00:00qui ont eu les casseurs face à vous, avec combien de magasins qui ont été impactés ou cassés ?
00:05Aujourd'hui, un seul magasin, fort heureusement, mais c'était notre dernier magasin.
00:09Nous avons ouvert le 2 octobre dernier, après 5 ans de dur labeur,
00:15entre les autorisations administratives, les demandes de financement,
00:18parce qu'en fait, c'est vraiment une boutique qu'on a autofinancé.
00:22Vous avez des dettes sur le dos.
00:23Exactement.
00:25Et là, on voit les dégâts sur votre boulangerie, avec des hauts d'anarchie qui ont été tagués,
00:30le magasin vandalisé, saccagé.
00:32Vous avez le montant du préjudice ou pas, aujourd'hui ?
00:35Aujourd'hui, pas encore.
00:38Le dossier est entre les mains de nos experts.
00:42Nous avons la chance d'avoir une compagnie d'assurance qui a été très réactive,
00:47qui est déjà passée hier.
00:49Aujourd'hui, on attend le chiffrage.
00:52Simplement, l'activité est totalement à l'arrêt.
00:55Mais par contre, vos prêts et tout le reste, ça court.
00:58Il faut payer.
00:58Exactement.
00:59Tout à fait.
00:59Il faut continuer à supporter les salaires.
01:01Vous avez des salariés ?
01:02Oui.
01:02Nous avons 7 salariés sur cet établissement.
01:07Aujourd'hui, sur la première semaine en tout cas,
01:10nous avions pris la décision de les mettre en congé,
01:14donc à nos frais,
01:16tout simplement pour leur permettre de digérer.
01:18Je ne sais même pas si on peut digérer un traumatisme,
01:22mais en tout cas, leur permettre de récupérer des événements
01:26qu'ils ont subis de tout le stress.
01:28Oui.
01:29Et comment ça s'est passé, en fait ?
01:30Vous étiez là.
01:32Comment est-ce que ça s'est déroulé ?
01:35Combien de casseurs sont rentrés ?
01:36En marge des manifestations, j'imagine ?
01:38Tout à fait.
01:39C'est vraiment un saccage qui a eu lieu en marge des manifestations.
01:44Ce ne sont pas des manifestants, je tiens à le préciser,
01:46ce ne sont pas des étudiants qui sont venus revendiquer leurs droits
01:51de la manière la plus pacifique possible.
01:52Il y avait la manifestation pacifique d'un côté,
01:54et puis là, ce sont vraiment des casseurs qui sont venus se servir.
01:58Exactement.
01:58Et tout casser gratuitement ?
02:00Exactement.
02:00Ce sont des casseurs professionnels qui étaient organisés,
02:03qui sont venus dans un but de détruire, de semer la terreur.
02:06Qu'est-ce qu'ils venaient faire, alors ?
02:08Je ne sais pas.
02:09En fait, c'est la question qu'on se pose.
02:12Nous, en tant que commerçants,
02:13on a ouvert notre commerce comme tous les jours.
02:16De la semaine, on a été prévenus qu'il y avait une manifestation.
02:19Il y a toujours des manifestations.
02:20Franchement, dans un magasin de sport ou dans une bijouterie,
02:23on peut comprendre, ils viennent piller,
02:25ils viennent voler des affaires.
02:26Après, peut-être, ils revendront ou qu'ils gardront pour eux.
02:28Mais dans une boulangerie ?
02:29Je ne sais pas.
02:30Ce n'était pas l'heure du goûter ?
02:31Enfin, excusez-moi pour la mauvaise expression.
02:33Peut-être si, c'était l'heure du goûter pour eux.
02:35Ils se sont servis, ils ont pris des boissons,
02:37ils ont pris du café, ils ont pris des cookies,
02:39un peu de pain, de la farine, de la fin, de la levure.
02:41Et en même temps, ils ont tout cassé.
02:43Oui, et puis quelques mobiliers de terrasse,
02:47un gris pain.
02:50Mais c'est surtout qu'ils ont terrorisé nos équipes.
02:52Est-ce que vous avez essayé de parler, de les raisonner,
02:54de leur dire arrêter ?
02:55Mais c'était impossible.
02:57C'est une meute ?
02:57Mais c'était vraiment une meute.
02:59Ils se sont pris d'abord à la façade de la boulangerie.
03:02Bon, là, je n'ai pas les images.
03:04Mais la façade de la boulangerie a été démontée,
03:08mais de manière militaire et organisée.
03:11Et en fait, avec les pierres,
03:13les pierres ont servi de projectiles contre les forces de l'ordre.
03:16Comment est-ce qu'on arrive à expliquer ça ?
03:17Quel être humain, normalement constitué,
03:21vient pour semer la terreur ?
03:24Est-ce que vous avez entendu cette fameuse phrase ?
03:26Écoute, tais-toi, c'est pas grave,
03:28t'as les assurances ou tu seras remboursé.
03:29On vous l'a dit, ça, ou pas ?
03:31On ne me l'a pas dit, personnellement, ce jour-là.
03:33Mais vous l'avez entendu ?
03:33Mais c'est vrai que je l'ai entendu le soir,
03:35quand je suis venue constater les dégâts,
03:39sur le chemin qui me sépare de mon logement parisien
03:43jusqu'à ma boulangerie.
03:45Je voyais les jeunes.
03:47On voyait des jeunes, mais ce ne sont pas des jeunes de nos quartiers.
03:51Ce ne sont pas des habitants du quartier de la place de la République.
03:54Ce sont des jeunes qui sont venus d'ailleurs,
03:56qui étaient cagoulés.
03:57Ça veut dire quoi, qui venaient d'ailleurs ?
04:00Qui venaient des banlieues.
04:02Aujourd'hui, on va nous reprocher de parler de la banlieue
04:06en disant que si on en parle,
04:07si on dit que ces jeunes viennent de banlieues,
04:09qu'on stigmatise les banlieues.
04:10Moi, je ne suis pas d'accord.
04:11Moi, je viens de la banlieue.
04:12J'ai grandi là-bas.
04:14Je sais, la misère, je la connais.
04:17Je la côtoie encore aujourd'hui
04:19parce que mes enfants font du sport dans les quartiers nord de Marseille.
04:21Je n'ai vraiment aucun sujet.
04:24Mais qu'en revanche,
04:25moi, ce que je n'admets pas,
04:28c'est qu'on laisse éclater la violence,
04:30qu'on excuse la violence par une misère sociale.
04:33La misère sociale n'explique pas tout.
04:35Toutes les banlieues ne sont pas violentes
04:37et tous les gens pauvres ne sont pas violents non plus.
04:39Non, mais ce que vous voulez dire,
04:41c'est qu'il faut nommer les choses quand elles se passent.
04:42C'est ça, sans avoir peur.
04:44Exactement.
04:44Et ne pas dire qu'on stigmatise ou quoi que soit.
04:45Il y avait des casseurs, il venait de tel endroit, point barre.
04:47Tout à fait, et point barre.
04:49Et c'est la vérité.
04:50Ça, vous n'en savez rien.
04:51Je veux dire l'origine de...
04:51Vous ne savez pas où ils habitaient.
04:55J'ai l'impression que c'était une zone de banlieue,
04:56mais que je sache,
04:57ils ne vous ont pas laissé leur adresse, à mon avis,
04:59ni leur dernier relevé de quittance de loyer.
05:01Non, mais effectivement...
05:03Donc, faire attention.
05:05Aujourd'hui, on fait tout dans le politiquement correct.
05:08Ce n'est pas du politiquement correct,
05:09c'est qu'il faut être factuel.
05:10En tout cas, moi, c'est mon constat.
05:12On peut ne pas avoir le même constat,
05:14et je le conçois.
05:15Et je respecte votre opinion,
05:19mais moi, je veux simplement dire
05:21ce que moi j'ai vu, ce que j'ai entendu.
05:23Et c'est une histoire qui m'appartient à moi,
05:26tout comme elle appartient à toutes les personnes
05:28qui ont été touchées par ce qui s'est passé.
05:31Attendez, que je comprenne bien.
05:32Ce que vous voulez dire,
05:33c'est qu'il y a des espèces de codes
05:36ou de manières d'être, de dire, de parler
05:38qui vous font penser à...
05:39Oui, exactement.
05:42C'est une réalité, ça, aussi.
05:44Je ne sais pas.
05:44En l'occurrence, dans la rue,
05:45vous avez repéré quelqu'un qui habite
05:46dans le 19e arrondissement de Paris,
05:48ou quelqu'un qui habite à Bobigny,
05:49quelqu'un qui habite à Pantin, à Bagneux.
05:50Par rapport aux habillements ou aux...
05:53Non, c'est pas sérieux.
05:54Le jeune de banlieue, vous savez le repérer comme ça ?
05:56Par rapport aux habillements
05:57et aux manières parfois de parler,
05:59vous n'êtes pas la même chose
06:00entre des jeunes du 16e,
06:01des jeunes de Bobigny ou quoi que ce soit.
06:03C'est une réalité.
06:04Le 16e, c'est une chose,
06:04mais je ne sais pas si vous connaissez bien
06:05et Paris et la diversité de Paris,
06:07le 19e, le 20e.
06:09C'est Madame qui nous le dit aussi.
06:10Non, mais moi...