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  • il y a 3 minutes
Linda Kebbab, secrétaire nationale du syndicat de police UNITÉ, était l'invitée du Face à Face ce mercredi 21 octobre 2026. Elle évoque le maintien de l'ordre lors de la mobilisation du 17 octobre et le prochain rassemblement prévu le 24 octobre. 

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Transcription
00:00Bonjour Linda Kebab, merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation ce matin.
00:05Je le rappelle, vous êtes secrétaire nationale du syndicat de police Unité.
00:08Les violences jamais vues du week-end dernier à Paris, mais partout en France,
00:13ont laissé des traces dans les forces de l'ordre, avec des témoignages particulièrement bouleversants.
00:19On va y revenir en longueur, quel est le moral des troupes ?
00:21Mais j'aimerais avec vous d'abord ce matin se projeter sur ce qu'il pourrait advenir le week-end
00:26prochain,
00:26parce qu'en effet, de nouvelles manifestations sont annoncées il y a, on l'a appris il y a seulement
00:31quelques minutes,
00:32la coordination des Gilets jaunes indique avoir déposé une déclaration pour manifester à Paris.
00:38Sera-t-elle ou pas acceptée par la préfecture ? C'est là toute la question.
00:41Le ministre de l'Intérieur a donné des instructions au préfet avec un dispositif qui sera massif.
00:46Ce sont les mots de Sébastien Lecornu.
00:48Comment vous projetez-vous Linda Kebab ?
00:51Comment vous et vos collègues se projetez dans le week-end qui arrive ?
00:55À vrai dire, dans un contexte d'épuisement massif des troupes.
00:59Et d'ailleurs, on l'avait constaté déjà dès le week-end dernier,
01:03l'incapacité déjà des autorités à pouvoir créer de la mobilité, de la réactivité face au pillage notamment.
01:10Et la difficulté pour les policiers à se projeter,
01:13parce qu'entre les instructions qui n'étaient pas claires
01:16et les difficultés opérationnelles qu'ils rencontrent au quotidien,
01:20malheureusement, ça a participé à ne pas pouvoir apporter de réponse efficace.
01:24Et c'est important que vous précisiez qu'il y a déjà eu un dépôt de manifestation de la coordination
01:30des Gilets jaunes.
01:31Et la grande discussion qu'il va y avoir, notamment à Paris,
01:34entre la direction de l'ordre public, la préfecture de police de Paris,
01:38et l'association qui dépose, ça va être le parcours.
01:41Quel parcours ? Quel parcours emprunté ? Quelle rue ? Quelle place ?
01:45Parce qu'en effet, le parcours de la semaine dernière a posé beaucoup de questions.
01:49Alors, il a beaucoup interrogé.
01:52Il y a eu de grands débats, avec des interdictions notamment de manifester sur les Champs-Elysées.
01:56Et on a vu, malheureusement, des personnes se rapprocher de l'Elysée,
02:00qui ont justement pris ces interdictions comme étant une forme d'affront.
02:04Non, au final, Madame Chantret, tout le monde est affolé,
02:08mais je pense qu'il y a une forme d'amnésie politique.
02:10On a déjà eu ce cas en France, en 2018, au moment des Gilets jaunes,
02:14lorsqu'il y a eu l'interdiction, parce qu'elle est traditionnelle,
02:16de manifester sur les Champs-Elysées.
02:18Ce sont justement sur les Champs-Elysées que se sont donnés rendez-vous
02:22les Black Blocs, l'ultra-gauche, les Gilets jaunes, les casseurs.
02:25Ce que vous redoutez, là, c'est que Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur,
02:29a donné des instructions au préfet.
02:32Il le dit dans un télégramme, un message envoyé.
02:34Lorsque le dialogue avec les organisateurs n'aura pas permis de créer
02:38les conditions de sécurité nécessaires, vous prendrez alors des arrêts d'interdiction.
02:41Mais même si interdiction il y a, ce que vous craignez,
02:44c'est que ces rassemblements aient malgré tout lieu.
02:47C'est aussi ça qui est à craindre le week-end prochain.
02:49Aussi illégaux soient ces rassemblements, il faudra malgré tout les disperser.
02:53Et donc faire usage de la force légitime.
02:56Et dans ces cas-là, il va falloir faire appel aux forces de police.
02:58De fait, avec ce que l'on peut imaginer de pire, je rappelle encore,
03:04les manifestations illégales lors des Gilets jaunes n'ont pas empêché pour autant
03:08les rassemblements, donc les attroupements illégaux en l'occurrence.
03:11Et donc l'obligation d'utiliser la force avec de multiples blessés dans nos rangs.
03:16Et donc ce qui veut tout simplement dire que le 24, nous ne sommes pas encore sortis d'affaires.
03:19J'espère évidemment que la situation du 17 aura servi de leçon.
03:24Il y a une demande, une directive aux différentes directions au sein de la police nationale
03:29qui demande à ce que les effectifs soient à 75% présents.
03:32Et ça, on va revenir sur le dispositif.
03:34Mais est-ce que vous...
03:35Mais ça a son importance en termes d'interdiction et de mise en application des interdictions.
03:39Mais est-ce que vous, préventivement, même si on le comprend, ça n'empêcherait rien,
03:45vous souhaiteriez que ces manifestations, samedi, soient purement et simplement interdites ?
03:50Moi, j'aimerais juste que les manifestations soient pacifiques, soient sans violence.
03:54Je suis très attachée à la liberté de manifester.
03:56Je rappelle, je suis représentante du personnel.
03:58Je pense que la manifestation est un droit fondamental.
04:02Je déplore la nécessité, parfois incontournable, de les interdire.
04:07Notamment quand il y a des vérités de générer de la violence,
04:11comme on a pu le voir en 2018, comme on a pu le voir même lors de la réforme des
04:16retraites.
04:16Et comme on peut le voir là actuellement, c'est déplorable.
04:19Il faut parfois des décisions d'interdiction.
04:21Ce que l'on peut imaginer comme étant la pire des solutions.
04:24Mais néanmoins, une fois que l'interdiction est prononcée, il faut la mettre en application.
04:28Et là où le bas blesse, c'est que nous ne sommes pas une ressource inépuisable.
04:32J'aimerais revenir, et on reviendra sur ce que disait Laurent Nunez,
04:35en se projetant justement sur les défaillances qui avaient été celles de samedi dernier,
04:40sur le maintien de l'ordre, peut-être sur des policiers et des forces de l'ordre pas assez mobiles.
04:44Juste revenir sur les mots du patron de la CRS 8,
04:48qui s'exprime ce matin chez nos confrères du Parisien.
04:51On n'a jamais vu ça, parlant de samedi dernier.
04:54C'était un champ de bataille.
04:55On tenait les positions, on reprenait les carrefours comme à l'armée.
04:59En fait, c'était de la stratégie militaire.
05:01Le commandant se pince en début de soirée.
05:03Je me dis, mais comment on va faire ?
05:05On n'a plus de grenades, juste des lacrymaux.
05:08On était encerclés de partout.
05:10J'imagine que ce sont aussi des témoignages qui vous sont remontés de vos collègues.
05:15Je disais en début d'interview, quel est le moral des troupes ?
05:18Est-ce qu'on se projette ? Est-ce que vous avez déjà des collègues qui disent qu'on se
05:22met en retrait ?
05:23Ou tout le monde est aujourd'hui volontaire de se dire que ça va être très dur ?
05:27Ça peut être très dur, mais il faut y aller quand même.
05:29On s'est fait offense vraiment au courage de mes collègues.
05:31Je vous rappelle encore une fois, on a connu le mouvement des Gilets jaunes.
05:36En réalité, ce que les collègues demandent, c'est d'avoir des moyens pour travailler.
05:40Moi, j'ai des remontées de terrain partout sur le territoire.
05:43Encore hier, à Clermont-Ferrand, une vidéo qui me parvient avec des policiers qui sont retranchés, enfermés,
05:47parce que faute de munitions, ils ne peuvent pas se défendre
05:49et qu'ils sont obligés de relancer les projectiles qu'on leur envoie.
05:52Ils sont enfermés comme dans une forteresse, dans un bâtiment public,
05:55avec des gens qui veulent en découdre, voire même attenter à leur vie.
05:58Partout sur le territoire, c'est arrivé cela.
06:01Nous, ce qu'on demande, c'est juste d'avoir un déploiement qui soit à la hauteur,
06:04mais pas que, parce que le déploiement, encore une fois, c'est du vivier humain.
06:07C'est la capacité à anticiper, c'est la capacité à se recouper,
06:11parce que ce n'est pas seulement la question de la remontée d'informations
06:13par les services de renseignement, c'est la manière dont ils sont recoupés
06:16par la Direction Nationale du Renseignement Territorial
06:18et comment est-ce qu'elles sont présentées à l'autorité politique.
06:22Il y a eu des failles.
06:23Samedi dernier, on annonçait près de 200 000 manifestants.
06:27Selon le renseignement, il était 550 000 selon le ministère de l'Intérieur.
06:31Plus de deux fois plus.
06:32Voir 800 000, selon les organisateurs, j'ai tendance à couper la poire en deux.
06:37Je vais vous dire une chose très simple, madame.
06:39Tout le monde semble avoir oublié ce qui s'est passé en 2008.
06:42Je vais dire, ça fait trois jours que je suis la seule à dénoncer,
06:44avec le syndicat Unité, le démantèlement des renseignements généraux,
06:47avec la révision générale des politiques publiques,
06:49qui a consisté à littéralement mettre fin à la pratique,
06:53à cette culture que nous avions depuis 200 ans, depuis Napoléon,
06:55qui consistait à traiter de la matière humaine, à infiltrer,
06:58à aller collecter de la source d'informations.
07:01On dit aussi que les renseignements sont, pardonnez-moi l'expression,
07:06très bons, par exemple, sur la menace antiterroriste,
07:09très bons sur le crime organisé, le narcotrafic,
07:11et peut-être il y a des failles ou des trous dans la raquette.
07:15Je mets des guillemets à ça, sur notamment ces mouvements d'ultra-gauche,
07:18ces black blocs.
07:18C'est tout simple, il a fallu répondre déjà à l'urgence.
07:21Quand en 2012, nous sommes frappés par les premiers attentats terroristes de Mohamed Merah,
07:27je veux dire, c'est la sidération parmi l'autorité politique
07:29qui réalise que ces services de renseignement démantelés
07:32ne sont plus en capacité d'anticiper.
07:34Et donc du coup, on va dans l'urgence,
07:35commencer à recréer des services de renseignement dignes de ce nom.
07:38Et il aura fallu, 2015, tout le monde se souvient,
07:40vous savez, ces recrutements massifs au sein de la sécurité intérieure,
07:43du renseignement intérieur à l'époque,
07:45devenus depuis la DGSI,
07:46mais également du renseignement territorial en région,
07:49de la DRPP à la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris.
07:52Et donc tout cela a demandé des troupes.
07:54Et puis ensuite, derrière, il y a eu la question du narcotrafic
07:56qui demande de mobiliser en termes de renseignement
07:59autant les services de renseignement
08:01que les capacités des services judiciaires
08:03à faire également du renseignement à leur manière.
08:05Et qui ne peuvent pas être aujourd'hui non plus négligés
08:07au vu aussi de la situation.
08:09Et qui ne peuvent pas tout faire, Madame Chantrée, c'est important
08:11parce que depuis des années, nous disons sur vos plateaux,
08:14ça en devient presque galvaudé.
08:15Et je le déplore parce qu'au final, ça devient lisse.
08:18C'est un peu comme dans l'enseignement,
08:20quand on dit qu'il n'y a pas assez de professeurs dans l'hospitalier,
08:22quand on dit qu'il n'y a pas assez de soignants.
08:23Et bien, quand on dit dans la police qu'il n'y a pas assez de policiers,
08:24et je le dis depuis des années,
08:26il suffira d'une crise, d'une seule crise,
08:27pour que les Français réalisent qu'en effet, nous n'avons pas assez d'effectifs.
08:30Et vous pensez que nous sommes arrivés à ce point-là.
08:34Juste, j'y reviens, si on se projette sur samedi,
08:37là encore une fois dans la bouche du Premier ministre,
08:40de Laurent Nunez aussi, le ministre de l'Intérieur,
08:43il s'est projeté avec notamment des critiques
08:46sur ce qu'avait été le maintien de l'ordre samedi,
08:48peut-être des forces trop mobiles,
08:49et l'appui peut-être du RAID,
08:52de la BRI dans les rues, samedi à Paris notamment.
08:55Est-ce que c'est, d'abord, première question très simple, une bonne idée ?
08:59Est-ce que vous en avez besoin ?
09:00Alors, deux choses.
09:01À Paris, qu'est-ce qui s'est passé ?
09:03C'est que l'ultra-gauche est entrée en scène très rapidement, dès le matin.
09:06Et on l'a vu sur la place de la République.
09:07Et dès le milieu d'après-midi, à partir de 15h,
09:10vont arriver les pilleurs qui se sont donnés rendez-vous
09:13depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux,
09:14se chauffant les uns les autres,
09:16et indiquant qu'en gros, Paris sera totalement à leur merci,
09:19puisque visiblement, les policiers sont trop occupés dans les manifestations
09:22et espérant des violences urbaines, qu'ils ont obtenues.
09:24Moi, je le dis très simplement.
09:26C'est-à-dire que, de manière générale, on a, depuis des années,
09:29une rupture du dialogue social,
09:30une rupture entre la population et l'autorité publique,
09:33l'autorité politique, pardon,
09:34qui a donné les clés à l'ultra-gauche.
09:36L'ultra-gauche, ils ouvrent la porte, et les casseurs, ils s'engouffrent.
09:38C'est littéralement ce qui s'est passé samedi.
09:40Donc, évidemment qu'on a manqué de mobilité samedi.
09:42Les collègues nous disaient, là où nous voulions aller en renfort,
09:47on nous demandait de ne pas nous y rendre,
09:49quand bien même nous entendions sur les ondes nos collègues qui réclamaient des renforts.
09:51Mais qui demandait de ne pas s'y rendre ?
09:53L'autorité hiérarchique.
09:54Disant quoi ? Que c'était trop risqué ?
09:56Disant attendre les instructions au-dessus, qui n'arrivaient jamais.
09:59Ou des effectifs qui étaient envoyés,
10:01notamment sous format de compagnies de marche,
10:03donc qui ne sont pas formés au maintien de l'ordre,
10:04qui n'ont même pas l'équipement de protection,
10:06et qui ne voyaient pas passer une seule personne.
10:08Mais parce qu'ils étaient...
10:09Et qui décrivent parfois avoir vécu des moments de peur et de sidération aussi.
10:14Oui, bien sûr, certains ont vécu des moments de peur,
10:15avec le sentiment d'absence de réactivité de l'autorité.
10:19Il y a eu un défaut de mobilité.
10:21C'est-à-dire que le maintien de l'ordre à la française,
10:23traditionnellement, c'est le maintien à distance,
10:25notamment des éléments les plus violents,
10:27avec le gaz lacrymogène, avec les grenades, etc.
10:30Parfois des bons offensifs pour faire reculer les personnes.
10:33Mais même ça, ça semble avoir un manqué,
10:34en termes de grenades et en termes de matériel.
10:37Alors, on a manqué de tout, alors j'y arrive.
10:39Mais depuis dix ans, tout cela ne suffit plus,
10:41puisque nous avons aujourd'hui affaire à des individus
10:43qui viennent au contact,
10:44qui sont habillés de kevlar, de casque,
10:47et qui viennent se battre avec des policiers.
10:48On le voit, on voit des scènes avec des corps à corps
10:51entre des policiers et des membres du Black Bloc.
10:53De quoi on a manqué samedi ?
10:54D'anticipation, d'estimation,
10:57de valorisation du travail des policiers.
10:59Quand les policiers, à la prise de service le matin,
11:01on leur a donné une bouteille d'eau,
11:03et qu'on leur dit, vous inquiétez pas,
11:04vous aurez tout l'occasion d'être à nouveau fournis en eau,
11:06en nourriture, et peut-être en minutions si nécessaire.
11:07Ce dont nous doutons,
11:10c'est qu'il y a bien un manque d'anticipation.
11:12Quand des collègues font 15-16 heures de vacations
11:15avec une seule bouteille d'eau en guise de repas,
11:16et sans munitions,
11:17il n'a pas pu avoir lieu.
11:18Pourquoi ?
11:19Parce que déjà, les stocks n'étaient pas forcément anticipés.
11:22Et quand des effectifs voulaient,
11:25dans ce simulacre de guerre,
11:27fournir des munitions,
11:28c'est-à-dire aller rééquiper les effectifs sur la voie publique,
11:31ils étaient pris au milieu des pillages,
11:32et donc des barricades,
11:33et des voies inaccessibles.
11:35Sur l'appel au RAID et à la BRI,
11:36vous, la policière que vous êtes,
11:38dites quoi ?
11:39C'est une bonne idée ?
11:40Parce que certains,
11:42et notamment grâce au service police-justice de BFM,
11:44disent qu'ils ne sont pas forcément formés
11:47à ce maintien de l'ordre,
11:49à ce contact-là.
11:50Est-ce que c'est, de fait,
11:52un appui est suffisant,
11:54et de bonne augure pour les événements
11:56qui pourraient advenir samedi ?
11:58RAID, BRI et du côté de la gendarmerie GIGN
12:00ont à cœur de métier
12:02de travailler dans des situations dégradées,
12:04notamment au milieu confiné,
12:05pour ce que l'on appelle des forcenés,
12:07des prises d'otages,
12:08des personnes qui menacent d'attenté à leur vie,
12:10éventuellement des prises d'otages
12:12de nature terroriste,
12:13comme on l'a malheureusement connu en 2015.
12:15Mais nous ne sommes pas...
12:16Mais des scènes à lesquelles on...
12:17Mais les violences urbaines
12:18ne sont absolument pas leur cœur de métier.
12:20Et je manquerais à ma mission
12:21de représentant du personnel,
12:22je ne faisais pas passer ce message.
12:24Il y a une forte inquiétude
12:25dans les rangs du RAID.
12:26Je vous rappelle, Mme Chantrick,
12:27en 2023, lorsque notre pays
12:29a été dépassé par les émeutes,
12:30le RAID a été appelé en renfort.
12:32Le RAID a été appelé
12:34par désespoir en renfort.
12:35Suite à la mort de Naël
12:36et des émeutes urbaines.
12:37En 2023, alors même que le RAID
12:39n'a agi que dans le cadre
12:40de ce qui est opérationnellement prévu,
12:43et donc du coup dans le cadre administratif
12:45qui leur est accordé,
12:46avec une dotation matérielle
12:47qui leur est attribuée,
12:48un armement de force intermédiaire
12:49qu'on appelle chez nous le bin bag,
12:51donc c'est un calibre 12,
12:52qui envoie un sachet rempli de sable
12:54ou de billes, qui est non létal,
12:56avec un cadre d'emploi
12:57qui est bien déterminé,
12:58c'est-à-dire notamment
12:58on vise une cible
12:59qui est considérée
13:00comme non létale le torse,
13:01il y a eu un mort.
13:02Les policiers du RAID
13:03ont été mis en examen.
13:04L'État n'a jamais été responsabilisé.
13:06L'autorité hiérarchique
13:07n'a jamais été responsabilisée.
13:08L'autorité politique
13:09n'a jamais été responsabilisée
13:10sur le fait d'avoir déployé,
13:11c'est important,
13:12des effectifs dont le maintien de l'ordre
13:14et les violences urbaines
13:14ne sont pas leur cœur de métier,
13:15avec un matériel
13:16que les effectifs du RAID
13:18ne sont pas allés acheter d'eux-mêmes
13:19que l'État leur a donné
13:20et aujourd'hui,
13:21ils sont les seuls devant les juges.
13:22Mais quelle conclusion a tiré
13:23de ce que vous nous dites là ?
13:24La conclusion,
13:24c'est que ce que je sais,
13:25c'est que les effectifs du RAID
13:27sont très réticents.
13:28Ils y iront.
13:29Ils y iront ?
13:30Parce qu'ils ont le sens du métier,
13:31parce qu'ils sont professionnels,
13:32parce qu'ils aiment leur pays,
13:33parce qu'ils veulent protéger.
13:34À votre connaissance,
13:35ils ne savent déjà.
13:36Ils ne feront pas valoir
13:37un droit de retrait, par exemple.
13:38Jamais les policiers français
13:39n'ont fait valoir
13:40de droit de retrait,
13:40même dans les pires des situations.
13:42Néanmoins, je vous le dis,
13:44ce sera gravissime
13:45si demain,
13:46des policiers sont mis en examen
13:47alors qu'ils ont respecté
13:49la doctrine d'emploi
13:50et que malgré tout,
13:51ils se retrouvent comme aujourd'hui
13:52des policiers mis en examen.
13:53Linda Kebab,
13:54j'aimerais vous interroger
13:54sur la question
13:55de l'interdiction ponctuelle
13:56des réseaux sociaux
13:57demandée par certains politiques.
13:59Mais on apprend dans le même temps
14:00aussi que ces réseaux sociaux,
14:02ces vidéos postées
14:03sont un outil très utile
14:05pour les policiers que vous êtes
14:07pour enquêter
14:07suite à ces violences.
14:09Qu'en dites-vous ?
14:10Est-ce qu'il faut les interdire
14:11parce que ça a effectivement
14:14créé une émulation
14:15d'appeler à se rassembler,
14:16créer des points de rendez-vous
14:17ou finalement,
14:20gardons-le
14:20parce que vous gardez un œil aussi
14:22sur ces appels
14:23et ces rassemblements ?
14:24Vous savez,
14:24j'ai un peu de mal toujours
14:25avec les gens qui disent
14:26les violences
14:26et les réseaux sociaux.
14:27Avant, on disait
14:28que c'était les jeux vidéo
14:28et puis avant ça,
14:29c'était la science-fiction.
14:30C'est trop simpliste.
14:31C'est trop simpliste.
14:32En 2005,
14:32il n'y avait pas de réseaux sociaux.
14:33On a connu des violences majeures
14:35avec des tentatives d'homicide
14:36sur des policiers.
14:37Je veux dire,
14:37il n'y avait pas de réseaux sociaux
14:38à l'époque.
14:39La criminalité,
14:40ce n'est pas le réseau social
14:41qui le génère.
14:42Il ne fait qu'agglomérer
14:43des paroles
14:44qui se réunissent
14:45et qui vont aller agir
14:46en criminalité organisée
14:47éventuellement
14:48si les parquets retiennent
14:49cette qualification.
14:49En réalité,
14:50c'est avoir suffisamment
14:51d'effectifs
14:51pour surveiller
14:52ces mêmes réseaux sociaux
14:53plutôt que de punir
14:54l'ensemble de la population
14:55qui, elle, utilise
14:55les réseaux sociaux
14:56de manière convenable.
14:57C'est également,
14:58comme vous avez dit,
14:59un très bon outil
14:59pour l'enquête judiciaire.
15:01Mais en réalité...
15:03Ça leur a permis de remonter
15:04et d'arrêter des individus.
15:05Mais au-delà de l'effectif
15:06de police
15:06qui peut être chargé
15:08de surveiller les réseaux sociaux
15:09pour anticiper éventuellement
15:10ou aller à l'issue
15:11collecter des informations,
15:13pourquoi avons-nous besoin
15:14de prendre des mesures radicales
15:16comme des couvre-feux actuellement
15:17alors que notre pays
15:18est en passe
15:19de connaître une récession,
15:20que la croissance économique
15:21est en berne,
15:21que nous disons partout
15:22qu'il faut absolument relancer
15:23la croissance,
15:24que les touristes sont effrayés ?
15:25On a aujourd'hui
15:26des couvre-feux
15:27qui sont indispensables
15:29à Paris,
15:30à Lyon,
15:30qui permettent de soulager
15:31les policiers.
15:32C'est vrai,
15:32même s'ils doivent eux-mêmes
15:34faire appliquer ces couvre-feux
15:35évidemment par les contrôles
15:36et les verbalisations.
15:37Ils doivent être maintenus ?
15:38Mais nous n'avons malheureusement
15:40pas le choix.
15:40Mais d'un autre côté,
15:41on vient attenter
15:42aux libertés individuelles
15:43et publiques.
15:43De l'autre côté,
15:44on vient attenter
15:44à une croissance économique
15:45qui est en berne.
15:46Et de l'autre côté,
15:47on punit tout le monde.
15:48Et c'est ce qui est assez agaçant
15:50dans ce pays
15:50et je pense que
15:51c'est ce que beaucoup
15:51de téléspectateurs pensent
15:53et d'auditeurs.
15:54C'est que nous punissons
15:55toujours l'ensemble du groupe
15:56parce que notre nation
15:57n'a jamais été capable
16:03parce qu'il faut comprendre,
16:04parce que les causes sociales
16:05et économiques,
16:05parce que X raisons.
16:07Au final,
16:08qui paye ?
16:08Tous ceux qui n'ont rien
16:10à se reprocher.
16:10Et je vois en filigrane aussi
16:12la question de la réponse pénale
16:13parce que régulièrement...
16:15Et de l'anticipation,
16:16et de la prévention,
16:17et de l'éducation,
16:17et de la responsabilisation parentale.
16:19Avant d'en venir
16:20aux incarcérations,
16:21aux comparutions aussi immédiates
16:22qui sont très nombreuses en ce moment
16:24avec des tribunaux
16:25parfois un peu débordés,
16:26une question sur l'autodéfense.
16:29Certains commerçants en ont parlé,
16:31des responsables politiques également.
16:32qui ont dit que ces derniers jours
16:34comprendre finalement
16:35face à ce sentiment d'abandon
16:38des commerçants,
16:39des habitants aussi
16:40qui auraient pu y penser.
16:42Est-ce que vous considérez aujourd'hui
16:43que c'est un vrai risque ?
16:44D'ailleurs,
16:44nous avons joint
16:46des fournisseurs,
16:47des commerçants
16:48qui vendent justement
16:49ces armes d'autodéfense.
16:51Certains disent que leur stock
16:53s'épuise,
16:54ce qui veut dire qu'il y a une demande.
16:55Est-ce que c'est lié
16:56avec les événements ?
16:57Il faut rester très prudent.
16:58Mais la policière que vous êtes
17:00dit quoi
17:01à ces habitants,
17:02ces commerçants,
17:03faire défense soi-même aujourd'hui,
17:06c'est un vrai risque là aussi.
17:07C'est un véritable échec surtout.
17:09Échec.
17:09C'est-à-dire,
17:10on parle tout le temps
17:11d'État-providence,
17:12mais au final,
17:13ce qui veut dire
17:13que l'État n'est plus protecteur,
17:14ne garantit plus
17:15que ces missions régaliennes
17:17soient menées avec justesse.
17:18Et lorsque la sécurité
17:20n'est plus garantie,
17:21les libertés,
17:22elles sont attaquées.
17:23Moi, je déplore
17:24d'entendre cela.
17:25Et je me garderais bien
17:26de dire que je le comprends.
17:27Même si humainement,
17:28on peut saisir
17:29le cheminement cognitif
17:31qui amène à cela.
17:31Mais c'est un vrai basculement.
17:32C'est une catastrophe.
17:34C'est un échec.
17:35Que s'est-il passé
17:36pour qu'en France,
17:39État centralisateur,
17:40État providence absolue,
17:42qui a une capacité,
17:43vous le disiez juste avant
17:44cette interview,
17:45à collecter de l'impôt
17:46de manière si coercitive parfois,
17:48et parfois avec beaucoup de froideur,
17:50ne parvient pas
17:50à instaurer la sécurité.
17:52C'est juste inacceptable.
17:53Et avant de parler de ça,
17:54des commerçants aussi
17:55obligés de faire appel
17:56à des agents de sécurité privés
17:58pour sécuriser.
17:59C'est l'échec de notre pays
18:00sur la voie publique.
18:01Des agents de sécurité privés
18:02qui se postent sur la voie publique
18:03et qui, au demeurant,
18:05exposent aussi
18:05leur intégrité physique
18:06à des pilleurs,
18:07des casseurs et des agresseurs
18:08parce qu'ils sont tout autant
18:09exposés que des policiers
18:10tout en étant moins formés
18:11et moins équipés.
18:12Linda Kebab,
18:13vous soutenez votre ministre
18:13de l'Intérieur aujourd'hui,
18:14Laurent Nunez,
18:15dont on sait qu'il a déposé
18:17sa démission,
18:17refusé par le président
18:18de la République,
18:20premier figue de France.
18:21Il était là au maintien
18:22de l'ordre pour les gilets jaunes
18:24en tant que préfet de police
18:25de Paris.
18:25Certains saluent aussi
18:26ses grandes qualités.
18:28Il n'est pas le seul responsable
18:29dans tout ça.
18:30Moi, je n'ai pas pour habitude
18:31de soutenir des ministres.
18:32Je suis représentante
18:33du personnel.
18:34Et quand quelqu'un a failli,
18:35il a failli.
18:36Je pense qu'il y a eu
18:37des gros défauts
18:38au ministère de l'Intérieur,
18:39autant du point de vue
18:40du dialogue social
18:41avec les organisations syndicales
18:42que nous sommes
18:42puisque nous représentons
18:43les effectifs de terrain.
18:44Et nous sommes souvent balayés
18:45des discussions
18:46alors que nous apportons
18:47une vision empirique
18:48qui est complètement,
18:48disons, méprisée
18:49par la technocratie.
18:51Et de l'autre côté,
18:51factuellement,
18:52il y a un échec.
18:52Qui pourrait se targuer
18:53de dire que il y a eu...
18:55Qui peut se targuer
18:56de dire que samedi
18:57était satisfaisant ?
18:58Après, la démission
18:59avec le refus
18:59du président de la République,
19:00bon, moi, je trouve
19:01que c'est toujours
19:01un peu des scènes de théâtre
19:02qui sont jouées par le politique
19:03pour offrir à l'opinion publique
19:05l'idée que peut-être
19:06il y aurait une remise en question.
19:07Et ce n'est pas la légende
19:08qui se trouve.
19:09C'est important.
19:10Monsieur Nunez
19:11était secrétaire d'État
19:12au moment des Gilets jaunes.
19:12On avait déjà à l'époque
19:14apporté des solutions,
19:16notamment comment
19:16faire évoluer
19:17le maintien de l'ordre
19:18avec le marquage indélébile.
19:20On nous dit
19:21c'est compliqué.
19:22On a aujourd'hui
19:23connaissance d'armements
19:24européens qui sont éprouvés,
19:25notamment en Belgique,
19:26je ne me garderai bien
19:27de citer des marques,
19:28qui marquent les auteurs,
19:30qui peuvent mener,
19:31en fait, même il y a aussi
19:32de l'armement intermédiaire
19:34qui permet de déposer de l'ADN,
19:35sauf qu'on a à chaque fois
19:36des oppositions législatives.
19:37On a la vidéo algorithmique
19:38pour laquelle on va
19:39d'expérimentation
19:41en expérimentation,
19:42ça n'a jamais l'imposé.
19:44Et aujourd'hui,
19:44ce sont des outils
19:45qu'on nous refuse dans le travail.
19:46Or, Monsieur Nunez
19:47sait tout cela.
19:48Il faut que ça aille plus loin.
19:49C'est ce que vous dites.
19:49En 2018, il était secrétaire d'État.
19:51Il a été préfet de police de Paris.
19:52Enfin, on ne parle pas
19:53d'un monsieur Castaner
19:55qui arrive dont ne sait où
19:57et qui méconnaît
19:58complètement le métier.
19:59Linda Kéval.
20:00On parle juste de termination,
20:01on parle d'un ministre aujourd'hui
20:02qui remet sa démission
20:03disant qu'il a échoué.
20:05Alors que, je le dis tout simplement,
20:06cet échec aurait pu être évitable.
20:08Il leur suffit juste
20:09de nous écouter.
20:09Une dernière question
20:10plus personnelle.
20:12Plusieurs fois,
20:12je vous ai demandé
20:12si certains de vos collègues
20:13pourraient faire valoir
20:15leur droit de retrait.
20:15Vous dites non.
20:16On va continuer, vous.
20:18Au vu de la situation,
20:19de la violence aussi,
20:21du clivage,
20:22d'une société polarisée.
20:23Vous n'avez pas envie parfois
20:24de vous dire
20:25j'en ai assez
20:26et j'arrête là.
20:27Et comme tous,
20:28ça fait dix ans
20:29que j'en ai fait
20:29mon combat le plus personnel.
20:32Balayant les menaces
20:33d'enquête administrative,
20:35de ma propre administration.
20:36Enfin, il y a quelques années
20:37au moment des Gilets jaunes
20:38lorsque je disais des vérités,
20:39on me disait
20:40que le président de la République
20:40lui-même pouvait réclamer
20:41une enquête administrative
20:42à mon endroit.
20:42Est-ce que ça m'a fait taire ?
20:43Non.
20:44Prenez cela comme un exemple.
20:45Je ne suis que l'illustration
20:46de ce que sont mes collègues.
20:47C'est-à-dire qu'ils sont
20:49assaillis en permanence
20:50mais ils y vont
20:50et je suis très fière d'eux.
20:51Juste un dernier élément,
20:52je sais qu'on peut dépasser
20:53un tout petit peu.
20:54Juste pour vous dire
20:55qu'il n'y aura pas
20:55de droit de retrait
20:56de la part de mes collègues.
21:05Notamment par l'épuisement,
21:06la fatigue
21:06et si l'un d'entre nous tombe.
21:08Merci beaucoup.
21:09Le message est passé.
21:09Merci d'avoir été avec nous
21:11dans ce studio.
21:11Linda Kebab.
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