00:0017 octobre, les violences, les chaos, les pillages, à qui la faute ?
00:04Bonjour Alain Bauer.
00:05Bonjour.
00:06Je voudrais mentionner, j'en profite un instant, je souligne que vous publiez
00:10Il faut sauver nos enfants.
00:11Ça c'est un livre noir de la pédocriminalité en France,
00:14un sujet qui est essentiel pour les Français,
00:16même s'il n'est pas à la lune de l'actualité cette semaine, il l'a été beaucoup.
00:19La culture pédophile en France, les chiffres, vous avez travaillé, enquêté
00:22Il faut sauver nos enfants, c'est aux éditions First.
00:25Alain Bauer, vous êtes professeur émérite de criminologie
00:28au Conservatoire National des Arts et Métiers.
00:30On a besoin de comprendre à quel point l'État a été débordé le week-end dernier,
00:33quelle faille, quelle réponse.
00:34Pour Sébastien Lecornu, on a vu à l'œuvre un schéma insurrectionnel.
00:38Écoutons, c'était hier à l'Assemblée Nationale.
00:40Lorsqu'on est républicain, quel que soit son sentiment sur la personne du président de la République,
00:45on ne tolère pas que des groupuscules factieux puissent marcher sur l'Elysée, sur Matignon.
00:52Des groupuscules factieux, ils dénoncent l'ultra-gauche.
00:55Alors Alain Bauer, c'est quoi l'ultra-gauche ?
00:56Personne n'en sait rien.
00:57C'est un mot-valiste qui regroupe quatre grandes familles historiques
01:01dont on va dire que c'est, pour faire du Raymond Deveau se revisiter,
01:05c'est à la gauche de l'extrême-gauche.
01:08Mais en fait, ce sont ceux qui, dans le mouvement politique,
01:10considèrent que l'élection ne sert à rien
01:12et qu'il faut sortir du jeu électoral pour faire la révolution autrement.
01:18Alors vous avez toutes sortes, des nihilistes, des situationnistes,
01:22des branches diverses, du trotskisme, du communisme révolutionnaire, du spartakisme.
01:27Je vous en fais une liste très très longue.
01:28En gros, la révolution peut commencer par l'incendie de la mairie de Limoges.
01:32Alors pour eux, la révolution peut commencer par l'incendie de l'hôtel de ville de Paris en 1871.
01:36Parce que tout ça a des sources historiques.
01:38La France, c'est mille ans de jacquerie,
01:40donc ce n'est pas la peine de la redécouvrir tous les matins.
01:43C'est l'histoire de ce pays qui est constituée d'un affrontement permanent
01:47entre les agriculteurs, les paysans, les pêcheurs, les transporteurs,
01:51les étudiants, les lycéens, les ouvriers,
01:54par la violence, puisque la tradition de ce pays,
01:57c'est que l'État ne négocie que quand le rapport de force est suffisamment violent
02:01pour montrer que c'est vraiment sérieux.
02:03Dernier épisode, gilet jaune.
02:05Épisode totalement zappé et qui pourtant est vraiment le plus expressif
02:11de ce qui est en train de se passer, la génération Naël.
02:13Tout le monde a oublié qu'en 2023, il y a eu 10 jours d'émeute,
02:161 milliard de dégâts, des milliers de bâtiments ont brûlé.
02:19Mais en fait, personne ne vous en parle.
02:21Il y a une sorte de biais cognitif.
02:23Tout ça a été zappé comme si ça n'avait pas existé.
02:26Or, entre les gilets jaunes et actuellement, il y a eu cet événement.
02:29Qui a construit une génération.
02:32Il y avait toujours un déclencheur à chaque fois, Alain Bouéa.
02:35Il y avait eu effectivement la mort du jeune Naël.
02:38Il y a des projets de loi.
02:40Là, on a l'impression que c'est quelque chose de spontané.
02:42Et moi, je me dis quand même, est-ce qu'on n'est pas trop intoxiqué
02:47par les chaînes d'info et les réseaux sociaux
02:48et qu'à regarder la France à travers ce prisme,
02:51on imagine un climat insurrectionnel qui n'est pas celui qui correspond
02:54à l'état d'esprit des Français.
02:55Je me permets, j'ajoute, parce que le maire de Limoges est l'invité à 8h30,
02:58est-ce que la République a peur d'un gamin de 34 ans
03:00qui vit chez ses parents dans une yourte du limousin ?
03:03C'est l'image que la République donne
03:05en ayant trouvé un présumé coupable
03:11dont on ne sait aujourd'hui pas grand-chose.
03:12En fait, ce qu'on confond, c'est qu'il y avait dans les manifestations
03:15quatre populations différentes.
03:17Et on fait comme s'il y en avait une seule, ce qui n'est pas vrai.
03:19Vous aviez 500 000 à 800 000 manifestants plutôt joyeux et plutôt pacifiques.
03:24Vous aviez des casseurs dont la logique était politique,
03:27qui était la casse contre les institutions
03:29et contre un certain nombre de cibles, entre guillemets, capitalistes.
03:32Vous aviez des pilleurs qui ne sont venus
03:34que parce qu'il y avait une masse de manœuvres suffisante
03:37et des dégâts suffisants et une police submergée
03:39pour venir faire leur shopping.
03:41Et, tout le monde l'oublie, mais c'est important,
03:43les petites mains désœuvrées du narcotrafic,
03:45souvent exclues du système scolaire,
03:47qui, elles, se sont vengées
03:50en attaquant les lycées et le personnel enseignant, mes collègues.
03:53Ces quatre populations-là ne sont pas une population homogène.
03:57Il y a un effet d'open par quoi ?
03:58Il y a une convergence objective ?
04:00Non, non, pas du tout.
04:00Il n'y a convergence de rien du tout, à part la rage.
04:03La rage est convergente.
04:05Les revendications ne le sont pas,
04:06les objectifs ne le sont pas,
04:08les modes opératoires ne le sont pas.
04:10Mais de temps en temps, les profils ne le sont pas,
04:12on le voit tous les jours maintenant,
04:13avec la diversité qui va de totalement inconnue,
04:16jeune totalement inconnu du système mineur,
04:19à un majeur très connu du système,
04:21et encore, pour l'instant,
04:22ce sont ceux qui ont été arrêtés le plus facilement.
04:24Ceux qui ont demandé du temps pour préparer leur défense
04:27et ceux qui vont être arrêtés
04:29à l'issue d'une enquête judiciaire longue et compliquée.
04:32Là, on va voir d'autres profils apparaître.
04:34Le président de la République n'a pas ordonné l'état d'urbanche
04:37dimanche dernier pendant son allocution.
04:39Est-ce que vous, Alain Bauer,
04:40vous auriez ordonné, proclamé, entre guillemets,
04:42cet état d'urgence ?
04:43Et ma question plus précisément,
04:45qu'est-ce que ça aurait changé concrètement
04:47relativement aux décisions qui ont déjà été prises
04:49par le Premier ministre,
04:50il y a deux jours,
04:51c'est-à-dire les couvre-feux,
04:52les mesures de sécurité ?
04:53Qu'est-ce qu'on aurait pu faire de plus
04:54avec cet état d'urgence ?
04:56Gagner une journée de la réplique de l'émeute.
05:00En fait, ce type d'émeute, c'est dix jours.
05:02Les violences urbaines, c'est trois jours de nuit,
05:04deux jours, trois nuits,
05:05quand il y a un événement générateur limité
05:07sur un territoire limité.
05:08Il y a un barème comme ça, en fait ?
05:10Hélas, historiquement parlant.
05:12Donc on aurait gagné du temps, donc ?
05:13On aurait gagné une journée
05:14de la deuxième partie du pillage.
05:16Oui, mais vous, vous dites,
05:17on dirait qu'il y a un barème,
05:19que tout ça est assez classique
05:20et se reproduit rapidement,
05:21mais vous dites que l'État a eu peur ce week-end.
05:22L'État a eu très peur
05:23parce que c'est la première fois
05:24qu'il a eu autant d'émeutes
05:26dans autant d'endroits
05:27depuis la génération Naël.
05:30Et donc, là, il a été vraiment submergé.
05:32Rappel, dans la génération Naël,
05:33vous aviez des parents
05:34qui allaient récupérer leurs enfants
05:35par les oreilles
05:35ou en mettant dans le coffre
05:36ou des cordons humains
05:38pour protéger quelques institutions.
05:39C'est quand même dingue
05:40cette capacité d'absorption
05:41qu'a la France après avoir les émeutes.
05:43C'est un pays qui vit des trucs très violents
05:45et qui oublie très vite.
05:46Mais ça dure depuis 150 ans, ça.
05:47Milan.
05:48Oui, c'est ça.
05:48C'est vraiment une particularité française.
05:50Milan, c'est notre truc.
05:50Et ça, on pourra l'oublier aussi.
05:52Alors, je ne sais pas.
05:53Vu l'ampleur, on va l'absorber.
05:56C'est une possibilité.
05:57C'est entrer dans notre culture.
05:59La violence est un élément culturel
06:00du débat politique français.
06:02Pourquoi ?
06:02Parce que vous le savez mieux que quiconque.
06:04En France, l'État a créé la nation.
06:06Il l'a créé.
06:07Il est l'instrument structurel de la nation.
06:09Il est l'épine dorsale du système.
06:11Et quand il s'effondre doucement,
06:13quand il disparaît
06:14dans une espèce d'anglo-saxonisation bizarre,
06:16de globalisation heureuse
06:17qui n'a jamais existé
06:18que dans les esprits heureux
06:21de la Banque Centrale Européenne,
06:22en fait, la réalité aujourd'hui,
06:24c'est que ce pays vit dans la violence,
06:26que les mouvements,
06:27les changements politiques
06:28se font par la violence
06:29parce qu'on n'a jamais réussi
06:30à faire autrement.
06:31Merci beaucoup Alain Bauer.
06:32Merci beaucoup d'être venu nous éclairer
06:34ce matin sur ces profils.
06:36Même s'il reste encore
06:37beaucoup de zones d'ombre
06:38du coup sur le week-end à venir
06:39avec ce dispositif massif annoncé.
06:42Mais sur les profils,
06:42on comprend bien
06:43qu'il y a quand même
06:44plusieurs familles de Français
06:46très différents finalement
06:47qui s'illustrent
06:48sur ce terrain chaotique.
06:50Alain Bauer,
06:51professeur émérite de criminologie
06:52au Conservatoire National
06:53des Arts et des Métiers.
06:54Et je rappelle,
06:54pour nos auditeurs
06:55que vous publiez
06:55« Il faut sauver nos enfants »,
06:56le livre noir
06:57de la pédocriminalité en France.
06:59C'est aux éditions First.
07:00Merci beaucoup.
07:01Sous-titrage Société Radio-Canada