00:00Mais d'abord, Florence Bergeau-Blacler, plusieurs questions à vous poser.
00:03Je disais que vous êtes anthropologue française chargée de recherche au CNRS.
00:08On a notre premier invité général, Bertrand Cavalier, qui parlait d'intifada.
00:13On a aussi des drapeaux algériens, palestiniens, que nous avons vus dans les rues pendant ces moments d'émeute.
00:23On a à la fois Donald Trump, à la fois la Pologne, à la fois la Hongrie, qui ont parlé
00:27d'immigration.
00:28Personne en France ne parle d'immigration.
00:31Et on a plusieurs personnes sur les réseaux sociaux qui interviennent en ciblant justement les Algériens qui chantent dans les
00:38rues de Paris.
00:40On a aussi certains qui disent que lorsqu'on voit des drapeaux palestiniens d'autres pays dressés au moment d
00:48'émeute comme celle-ci,
00:49ce sont des déclarations de guerre.
00:51Florence Bergeau-Blacler, comment réagissez-vous en direct sur Europe 1 ?
00:56D'abord, bonjour et bonjour à vos invités.
00:59Alors, c'est vrai qu'on a vu les autorités se laisser complètement déborder.
01:03Moi, je pense qu'on fait une erreur d'analyse sur les protagonistes de ces manifestations.
01:07On a su identifier les black blocs, c'est-à-dire les antifas, les anarchistes, bref, l'ultra-gauche.
01:14Mais on refuse de nommer, en fait, cette portion de la population qui est très visible, que tout le monde
01:20voit à la télévision,
01:21et qu'on analyse sous l'angle du casseur, de celui qui va transgresser.
01:29Je lisais Jérôme Fourquet qui propose par ailleurs d'excellentes analyses, mais qui parle de transgression, de jouissance.
01:39Et finalement, on considère tous ces racailles, comme on les appelle, avec mépris, et c'est vraiment dommage,
01:45comme des gens qui n'ont aucune conscience politique.
01:47Ce sont des hordes, etc.
01:49Donc, en fait, on ne voit pas ce qu'il y a derrière.
01:51Or, ce qu'il y a derrière, c'est une population majoritairement musulmane.
01:55Et quand on regarde, justement, les statistiques sur ce qu'ils pensent,
01:59eh bien, ils sont 57% à préférer la charia aux lois de la République.
02:03Donc, en fait, ce ne sont pas des hordes qui sont en anomie,
02:06qui sont, c'est-à-dire, lancées comme ça dans l'espace à jeter des cailloux.
02:12Ce sont des personnes qui obéissent à un autre système normatif et influencées par la religion.
02:19Qu'ils soient pratiquants ou non, ça n'a aucune importance.
02:24Donc, le fait de se tromper dans l'analyse a abouti, finalement, à ne pas mobiliser assez,
02:30alors qu'on avait tous les signaux très inquiétants des drapeaux palestiniens, du caillassage,
02:39c'est-à-dire le fait d'envoyer des cailloux, non pas pour protester, mais pour tuer.
02:44Donc, c'est là la relation avec l'intifada.
02:46Ce sont des enfants, et ça fait deux générations, au moins,
02:50qu'on leur explique qu'ils sont comme les enfants de Gaza, qu'ils sont colonisés.
02:54Donc, ils ont complètement intégré ça, et leur violence, elle est licite,
02:58elle est halal, elle est permise, d'une certaine manière,
03:01contre cette société qui les opprime.
03:04Et donc, ces émeutiers, comme on les appelle, font un acte politique.
03:09Ils le font d'ailleurs quand ils brûlent la mairie de Limoges.
03:13Il faut voir qu'à Limoges, il y a un prédicateur frériste,
03:18donc des frères musulmans, qui a expliqué à ces jeunes
03:23qu'ils étaient détestés, qu'il fallait lutter contre l'extrême droite,
03:27qu'il fallait... Voilà.
03:28Donc, ils sont poussés aussi par les frères musulmans,
03:31qui sont les alliés de LFI.
03:33Tout ça n'est pas analysé correctement.
03:37Lorsque vous dites, par exemple, qu'ils sont poussés
03:39par les frères musulmans,
03:40vous savez, vous qui êtes précise dans tout ce que vous dites,
03:45qu'ils vont vous dire, vous n'avez pas de preuves.
03:47Que leur répondez-vous ?
03:51Déjà, pour en avoir, il faut travailler sur le sujet.
03:54Malheureusement, on est très, très, très peu à travailler sur ce sujet.
03:57J'ai écrit des livres, des articles sur ce sujet,
04:00sur la question du halal, de la halalisation, de l'islamisation.
04:02Donc, peut-être peut-on s'y référer.
04:05Les preuves, je les ai apportées.
04:08Sur l'intifada, sur les drapeaux palestiniens,
04:10sur les drapeaux algériens,
04:12une journée comme le 17 octobre,
04:14j'avais alerté plusieurs jours avant,
04:16Le fait, pour LFI, de mobiliser un 17 octobre
04:20est absolument criminel,
04:21parce que, pour les Algériens,
04:23et pour le monde musulman,
04:24le petit monde musulman qui vit en France,
04:27c'est une manifestation coloniale.
04:30Et je voyais même, comment s'appelle-t-il,
04:34le recteur de la mosquée de Paris,
04:37M. Chemsedinafis,
04:39qui postait une image de la scène,
04:41avec 17 octobre,
04:43ici, on a noyé des Algériens,
04:45commémoration du carnage, etc.
04:47Le même jour, le 17 octobre...
04:50Vous êtes l'une des rares à en avoir.