00:00En musique.
00:03Et la musique c'est avec Christophe.
00:05Christophe Conte, vous nous parlez de musique aujourd'hui, mais il est question d'hommes de lettres.
00:09Oui Daniel, un grand homme de lettres, mais qui parfois enzigouille au passage, un peu comme vous Zazie,
00:15qui avait supprimé le E de Volatile dans le titre de votre album.
00:19Bon, je sais que ça existe dans la langue française, mais ça m'arrangeait de faire comme si.
00:22Car je vais vous parler d'un écrivain qui lui aussi a écrit tout un roman sans la lettre E.
00:28Une omelette littéraire sans caser des E, si vous préférez.
00:36Baptisée La Disparition, parue en 1969.
00:40Il s'agit bien sûr de Georges Pérec, ou si on le prend au mot ou à la lettre, Gord
00:46Preck.
00:48Ça tombe à pic puisqu'il est l'objet d'une exposition qui vient de démarrer à la BNF, car
00:53il aurait eu 90 ans cette année.
00:54En plus, Pérec est un disciple de Raymond Queneau, donc ça nous ramène à vous, Zazie,
01:00puisque l'auteur de Zazie dans le métro fut aussi le cofondateur de Loulipov,
01:05ce laboratoire d'expérimentation littéraire dont Pérec fut l'un des membres les plus actifs.
01:11Mais, comme vous l'avez dit Daniel, je suis là pour parler de musique,
01:13donc j'ai cherché parmi les chanteurs ceux qui avaient pu être inspirés par Pérec,
01:18ou ceux qui le citaient en tout cas, lui par exemple.
01:20C'est un peu comme Pérec que je me souviens, de l'académie des Neufs et des temples égyptiens.
01:25Je n'ai pas vu le Caire depuis la mort de sa date, si tu condamnes...
01:28Voilà, vous avez reconnu M.C. Solar, « Les temps changent »
01:31et l'œuvre de Pérec qu'il cite est aussi celle qui a fait le plus des mules.
01:35C'est bien sûr « Je me souviens » en 1978,
01:38où il recueille 480 souvenirs des 15 années de sa jeunesse entre 1946 et 1961.
01:45Alors, il s'agit d'un long travelling sur des événements, des lieux, des personnes, des chansons aussi,
01:50tous introduits façon anaphore par « Je me souviens ».
01:54On résume vite ça des tartines de nostalgie,
01:56alors qu'il s'agit plus exactement d'une capture du temps qui passe
02:00et qui raconte un monde disparu, oublié, revivifié et recomposé par la mémoire collective.
02:06Il y a un chanteur français contemporain qui le manie ça avec une très grande adresse,
02:10vous l'avez reçu ici il n'y a pas longtemps, c'est Vincent Delerme.
02:13Et d'ailleurs, Delerme cite aussi Pérec dans une chanson en duo avec Neil Hanon de The Divine Comedy.
02:20Delerme sur scène avec Pérec en trait d'union, avec donc Neil Hanon et Pérec en trait d'union, ça
02:25donne ça.
02:26Qu'est-ce que vous allez lire pour nous aujourd'hui ?
02:29Je me souviens de George Pérec.
02:33Oh, fantastique, ok.
02:45Et j'ai l'impression que c'est un procédé qui a souvent été repris.
02:52Oui, alors par tout le monde, un peu n'importe comment, n'importe comment parfois.
02:58Et en chanson, ce sont toujours ceux qui ont cette obsession de la marque précise du temps qu'il emploie.
03:04Par exemple, Yves Simon, qui dans les années 70 n'avait pas son pareil pour faire éclore des souvenirs communs.
03:10On se souvient des Merveilles de Juliette, où il citait les films de Juliette Berthaud.
03:14Ou encore J'ai rêvé New York, où il convoquait les grandes figures d'un New York disparu, Lester Young
03:19ou Jimi Hendrix.
03:20Et il dialoguait avec elle.
03:22Eh bien, lui aussi a fini par révéler sa source d'inspiration dans un titre de 1999 qui s'appelle
03:29tout simplement Je me souviens.
03:30Je me souviens de Georges Pérec, un olipo joueur de go, un écrivain à very high-tech.
03:37Je me souviens de la musique, du mépris, un long traveling à Giné Gita, un générique.
03:46Alors Zazie, Raphaël l'a dit, il y a une chanson sur votre album intitulée La Nostalgie, où vous vous
03:52adressez à votre mère.
03:53Et les chansons d'Aznavour ou de Brel sont citées comme ces dernières choses qui demeurent quand la mémoire s
03:59'envole
03:59et quand tout le reste devient donc volatile avec ou sans eux.