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  • il y a 7 heures
Tous les jours, actualité, débats et bonne humeur rythment L'Heure des pros. Ce lundi, Pascal Praud reçoit Philippe de Villiers à l'occasion de la sortie de son nouveau livre "Résurrection".

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Transcription
00:00Philippe de Villiers, j'ai lu attentivement votre livre.
00:04Et là, au début, j'ai dit non, je trouve qu'il en fait beaucoup.
00:09Voilà ce que je me suis dit au départ sur le constat.
00:12Je vais lire le début.
00:14Aujourd'hui, tout est laid, tout est fade, tout est numérique.
00:19On ne jette plus un seul regard vers son voisin.
00:21On ne prend plus la main de celui qui glisse au fossé et tremble en tendant les doigts gourds.
00:25Il n'y a plus d'entraide, le nivellement universel a tué la vraie unité sociale.
00:30Ce ne sont plus que des solitudes agglomérées autour de l'homme global.
00:33Nous sommes d'entraide dans la société de la déliaison.
00:37Bien sûr, ça existe, mais enfin, tout n'est pas laid.
00:40Vous trouvez que tout est laid ?
00:43Oui.
00:46Quand j'étais petit, quand vous étiez petit,
00:50sur les mêmes territoires, à quelques kilomètres près,
00:56nous vivions dans une société de voisinage.
01:00Et ça change tout.
01:02C'était une société dans laquelle
01:06on vivait dans un lien d'abord vertical entre les vivants et les morts.
01:12Non pas pour que ce soit les morts qui commandent les vivants,
01:16mais pour qu'on aille chercher, nous les vivants,
01:20une force de résurrection chez les morts.
01:22Et ensuite, une société de voisinage horizontale.
01:28C'est-à-dire que tout le monde se connaissait,
01:30tout le monde se saluait,
01:32tout le monde s'entraidait.
01:35Et qu'est-ce qu'on a fabriqué aujourd'hui ?
01:37C'est de cette laideur que je parle.
01:39On a fabriqué une société de solidaires solitaires.
01:44Je vous donne un exemple que vous avez vécu.
01:48Quelqu'un, un de vos voisins qui glisse au fossé
01:52et qui tend les doigours pour appeler à l'aide.
01:57A l'époque, la main qui vient prendre celle du miséreux,
02:05du misérable, de celui qui est dans la détresse,
02:09c'est la main de son voisin, de sa famille.
02:15C'est une main du voisinage immédiat.
02:22Et aujourd'hui, c'est la main de l'État.
02:26On lui jette une prestation.
02:30Mais sans un seul regard.
02:33En d'autres termes, on a fabriqué,
02:35et c'est ça qui est laid,
02:37une société de solidaires solitaires.
02:40On est tous solidaires.
02:42On n'a que ce mot-là à la bouche.
02:43Mais on est solitaires.
02:46Il y a autre chose, d'ailleurs, dans l'exemple que vous venez de dire
02:48et qui influence beaucoup aujourd'hui les esprits,
02:52c'est que si vous voyez quelqu'un dans la rue,
02:55sur une route de campagne,
02:57avec la voiture ouverte par terre,
02:59vous pouvez imaginer que c'est un piège.
03:01Et que cette personne n'est peut-être pas en difficulté
03:04comme on l'imagine.
03:05Parce que circule sur les réseaux sociaux,
03:07attention, ne faites pas voir,
03:09ça peut être un piège.
03:10Je suis une personne qui veut vous piéger,
03:15tout simplement.
03:16Et une fois que vous serez arrêté,
03:17vous serez en difficulté.
03:19Alors moi, j'ai beaucoup aimé le début,
03:21évidemment, parce que le début est...
03:22D'abord, vous êtes écrivain.
03:24Vous avez quelque chose qui n'est pas si fréquent.
03:26C'est-à-dire que vous êtes entrepreneur,
03:29vous êtes écrivain,
03:30vous êtes homme politique,
03:32et vous avez dans votre ADN
03:34quelque chose qui n'est pas si fréquent.
03:35Parce que les chefs d'entreprise, parfois,
03:37ou les entrepreneurs n'ont pas toujours
03:39cette dimension littéraire, culturelle que vous avez,
03:42et puis vous avez fait de la politique.
03:43Donc il y a un plaisir de lire.
03:44Et ce plaisir de lire,
03:46on ne nous cachait rien de la vie,
03:48c'est au début du livre,
03:49on ne nous cachait rien de la vie,
03:51ni les larmes,
03:52ni les agonies,
03:53ni la mort.
03:54D'ailleurs, on agonisait,
03:55on mourait chez soi,
03:56devant de belles assistances.
03:58Les mystères du temps,
03:59de ses laideurs et de ses charmes
04:01étaient portés à...
04:02étaient à portée de l'enfance,
04:04sculptés sur les traits parfois exagérés
04:06des visages de gravité.
04:08On ne nous dissimulait rien,
04:10on nous élevait,
04:11on nous apprenait le va-et-vient
04:13entre le visible et l'invisible,
04:15avec en filigrane
04:16l'idée qu'on doit traverser la vie
04:18comme un guet,
04:19il faut y mettre la manière,
04:21sans chouard,
04:22ni trébucher.
04:23Donc là, on est sur autre chose.
04:25Et cette première partie est intéressante
04:27de ce point de vue-là.
04:28On ne nous cachait rien.
04:30Oui.
04:30Vous savez,
04:31quand j'étais petit,
04:33on habitait dans un village
04:34qui s'appelait la Macarrière.
04:37Cette maison était à 200 mètres du bourg
04:43et entourée de fermes.
04:46Et j'allais ouvrir mes persiennes
04:51le matin
04:52en écoutant...
04:56j'avais 10 ans, hein...
04:58en écoutant les trois mélodies
05:00qui réveillent la campagne.
05:02J'entendais l'appel du coq
05:06symbole du soleil qui se lève.
05:10J'entendais l'angélus,
05:12l'appel à la prière dans le sillon,
05:14et j'entendais
05:15Alcide le forgeron
05:17sur son enclume,
05:19l'appel au travail.
05:21Et ces trois mélodies
05:22composaient en moi
05:24une symphonie
05:25qui ne m'a jamais quittée.
05:26En fait,
05:28la vie était une combinaison
05:31de formes inédites
05:33qui était comme une cascade d'eau vive
05:38et qui faisait qu'on était heureux.
05:40La vie était une sorte de liturgie.
05:43C'est-à-dire que
05:45entre la liturgie religieuse
05:47et la liturgie temporelle,
05:48il y avait un lien.
05:50on vivait
05:51avec un sens.
05:56Et tout était enraciné.
05:58Aujourd'hui,
05:59tout est déraciné.
06:01Vous savez,
06:02Simone Veil,
06:02que je cite,
06:03la grande philosophe,
06:06l'ami de Gustave Thibon,
06:07dit une chose très très juste,
06:09il explique tout ce qui se passe aujourd'hui.
06:12L'enracinement
06:13est le besoin le plus profond,
06:15le plus méconnu
06:16de notre époque.
06:18Oui, mais c'est la généralité
06:19qu'on peut remettre en cause.
06:20Moi, je vais prendre votre famille,
06:22par exemple.
06:22Vous avez un petit-fils,
06:23il s'appelle Jacques.
06:24Il a un talent fou,
06:25il a 21 ans,
06:26il n'est pas du tout déraciné.
06:28Il y a une famille qui prolonge,
06:29dans des familles,
06:30on prolonge l'idée d'enracinement.
06:32Il y a des choses
06:33qui se transmettent
06:34de père en fils.
06:35Ça existe quand même.
06:36C'est la généralité.
06:38Il y a aussi une autre France
06:40qui veut ça.
06:41D'accord.
06:41Alors, justement,
06:42ça, c'est la partie résurrection.
06:44C'est qu'en fait,
06:45c'est le retour à la filiation.
06:47Alors, pour l'instant,
06:48c'est minoritaire,
06:48ce sont des minorités salvatrices.
06:50Mais si j'ai fait ce livre,
06:53c'est parce que,
06:55je pense toujours
06:56aux mots des Grecs,
06:59c'est au début du crépuscule
07:01que la chouette de Minerve
07:02prend son envol.
07:03Et en fait,
07:04la chouette de Minerve,
07:05toute en sagesse,
07:06nous dit,
07:07rien n'est fini.
07:09L'histoire est imprévisible,
07:10ce sont toujours les hommes
07:11qui commandent.
07:13Et ce que je sens en ce moment,
07:15et j'ai écrit ce livre,
07:16cet été,
07:17avant Louise Montangon,
07:20que vous avez reçue
07:21sur votre plateau,
07:22qui est à elle seule
07:23une petite lumière,
07:25une petite luciole
07:26dans la nuit,
07:27parce qu'à elle seule,
07:29elle a mis la pagaille partout
07:30en rétablissant le bon sens,
07:33et avant le Stade de France,
07:35avant la venue du pape.
07:36Et là,
07:37on a vu toute une jeunesse,
07:39non pas une jeunesse
07:39qui brûle les écoles,
07:40mais une jeunesse
07:41qui brûle les cierges.
07:43Donc,
07:43en fait,
07:44ce que je crois
07:44dans l'histoire de France,
07:46ce sont toujours
07:47les minorités,
07:48les minorités créatrices,
07:50les minorités restauratrices,
07:51les minorités salvatrices,
07:53qui gagnent.
07:54Et c'est la raison
07:55pour laquelle je pense
07:56que le pays
07:57va renaître à la vie.
07:58Et c'est la deuxième partie
07:59du livre, évidemment.
08:00La perte du passé
08:01équivaut à la perte
08:01du surnaturel
08:02dans l'enracinement,
08:03la grande philosophie,
08:05la post-modernité,
08:07distoptique de l'époque.
08:08D'où nous viendra
08:09la renaissance à nous
08:10qui avons souillé
08:11et vidé
08:12tout le globe terrestre
08:13du passé.
08:14Seul,
08:15si nous l'aimons,
08:16les déconstructeurs
08:17le savent mieux
08:18que nous parfois,
08:19car ils ont médité Orwell
08:20qui contrôle le passé,
08:22contrôle l'avenir,
08:24qui tient la souvenance,
08:25tient le récit.
08:27C'est vraiment d'abord
08:27très très bien écrit,
08:28puis c'est très référencé.
08:29Il y a souvent des citations.
08:30Alors, vous m'avez fait sourire
08:31parfois sur des choses
08:33parce que je me suis dit
08:34mais il emploie un mot.
08:35Là, vraiment,
08:37il faut aller dans le dictionnaire
08:38parce que personne
08:38ne connaît ce mot-là.
08:39Ah là,
08:40je...

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