- il y a 8 heures
Grand entretien avec Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, en direct de l'Agora de la Fête de l'Humanité.
Animé par Naïm Sakhi, journaliste à l'Humanité.
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00:00 Introduction
13:41 Réforme des retraites et conférence
23:10 Salaires dans le privé, TVA sociale et cotisations sociales
33:57 "Tout est à nous", livre de Sophie Binet
44:12 L'extrême droite au pouvoir : conséquences pour les syndicats et conclusion
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23:10 Salaires dans le privé, TVA sociale et cotisations sociales
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44:12 L'extrême droite au pouvoir : conséquences pour les syndicats et conclusion
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00:01Bonjour Sophie Minet, tu es secrétaire générale de la CGT, tu viens d'être réélu pour un
00:06son gros mandat lors du congrès de Tours qui s'est tenu en juin. S'en est suivi un été
00:11caniculaire marqué par de nombreuses vagues de chaleur. La France a compté 53 jours de
00:16forte chaleur, ça reprend 60% de l'été. A titre de comparaison, en 2022, lors de la dernière
00:24canicule, c'était 33 jours. Des pompiers à nos hôpitaux, les exécutifs et le patronat ont
00:29subtilement redécouvert l'importance des services publics, ce qui pose la question
00:34de leur financement, alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu prévaut un nouveau
00:39budget austéritaire. Sophie Minet, la France a-t-elle encore les moyens de payer ses services
00:44publics ?
00:47Bonjour à toutes et tous, je suis contente de vous voir aussi nombreux et nombreuses.
00:55C'est magnifique vu d'ici, il y a zéro place disponible, c'est génial. C'était quoi la question
01:04?
01:05Est-ce que la France a les moyens de payer ses services publics ?
01:08Oui, de l'argent, il y en a dans les poches du patronat, comme on dit toujours en manif.
01:15Donc oui, bien sûr, de l'argent, il y en a. Pourquoi est-ce que nos services publics vont
01:20aussi mal ? Parce que depuis dix ans, la politique de l'offre d'Emmanuel Macron a constitué, a
01:25baissé les impôts des plus riches, baissé les impôts des plus grandes entreprises, 50 milliards
01:30en moins chaque année, et derrière, à appliquer des politiques d'austérité pour nos services
01:37publics. Donc, premier moyen de trouver des leviers financiers, c'est de supprimer ces
01:43baisses d'impôts qui ont profité aux plus riches. Je rappelle que pendant les dix ans
01:47de mandat d'Emmanuel Macron, les milliardaires ont doublé leur fortune qui était déjà colossale.
01:53Donc, de l'argent, il y en a. Et puis, la deuxième chose, c'est que vous vous souvenez
01:58que l'année dernière, il y a un rapport qui a été publié d'ailleurs par quelqu'un
02:03que l'Humanité connaît bien, Fabien Gué, qui rappelle que la France dépense chaque
02:09année 211 milliards d'euros d'aides publiques sans conditions ni contreparties, qui sont
02:15d'abord absorbées par les plus grandes entreprises, celles qui ne sont pas exposées
02:18à la concurrence, avec des effets d'aubaine énormes. Donc, oui, d'autres pays qui est
02:23toujours la sixième puissance mondiale a les moyens de financer ses services publics.
02:28Mais ce que j'ai envie de dire, c'est qu'à tous ceux qui pensent que les services
02:32publics sont un coût, c'est au contraire le fait de ne pas les financer à la hauteur
02:37qui nous coûte un pognon de dingue. Qu'est-ce qui s'est passé cet été ?
02:41Pourquoi est-ce que la colère est si grande chez nous toutes et tous ?
02:45Parce que c'est 7300 morts, c'est 100 hectares de forêts qui sont partis en fumée, c'est
02:5225 000 familles qui ont été sinistrées, c'est centaines d'entreprises qui ont été
02:57dégradées. Tout ça, ça aurait pu être évité si nos services publics avaient les moyens
03:03de fonctionner. On a demandé à nos pompiers d'éteindre des méga-feux avec des verres
03:09d'eau. On a demandé aux soignants et aux soignantes de travailler dans des hôpitaux
03:13dans lesquels ils faisaient plus de 35 degrés, alors qu'on a fermé 45 000 lits dans les hôpitaux
03:19depuis 10 ans. Voilà pourquoi il y a eu cette situation cet été.
03:25Les leçons de la canicule de 2003 n'ont pas été tirées. Il y a 20 ans, la canicule,
03:31tu as rappelé le nombre de jours, mais c'est aussi important de rappeler la température
03:35moyenne. Il y a 20 ans, la canicule, on avait découvert ce que c'était que l'horreur
03:39d'une France à 30 degrés. Cette année, on a découvert ce que c'est que l'horreur
03:44d'une France à 40 degrés. Et donc cette canicule, elle est, un, le résultat de l'abandon
03:49de nos services publics dans lesquels on n'a pas investi. Donc notre société n'est pas
03:53prête à faire face au réchauffement climatique. Et deux, le résultat de l'absence de politique,
03:59de stratégie pour lutter contre le réchauffement climatique. Ça n'est pas une fatalité,
04:04ça n'est pas une catastrophe naturelle, ce qui s'est passé cet été. C'est le résultat
04:08de notre modèle économique qui nous mène dans le mur. Et donc là, il y a urgence à
04:13ce que les leçons soient tirées, à ce que les moyens soient donnés pour nos services
04:16publics, mais aussi à ce qu'il y ait une action résolue de lutte contre le réchauffement
04:20climatique. Et ce qui est révoltant, c'est de voir que comme après chaque crise, on
04:31est dirigé par des amnésiques. Ils nous ont fait le même coup au lendemain du Covid.
04:36Ils nous ont fait le même coup au lendemain de la crise financière. On fait comme si de
04:40rien n'était et on repart avec les mêmes recettes. Et en cette rentrée, on nous dit
04:44« Oui, il y a un problème de dette, il va falloir baisser les moyens des services
04:47publics, il va falloir vous faire les poches alors qu'on a déjà payé des dizaines
04:50de fois ». C'est à chaque fois le même discours, les leçons ne sont jamais tirées.
04:55Alors nous, le message, il est simple. Nous n'oublierons pas nos morts. Nous n'oublierons
04:59pas nos forêts. Nous n'oublierons pas toutes les familles qui ont été sinistrées.
05:12Dans quelques semaines, le débat sur le budget 2026 va commencer. Le débat sur le
05:18budget, ce n'est surtout pas une question de tableau Excel écrit depuis Bercy. La
05:22question du budget, c'est l'année prochaine, combien de pompiers, combien de véhicules,
05:27combien de canadaires, combien de soignants et de soignantes, combien d'hôpitaux
05:31climatisés, combien d'écoles et de crèches isolées. C'est ça la question concrète
05:35qui est posée dans ce budget. Et je le dis de façon très ferme, tous ceux qui ne
05:40feront pas les choix nécessaires seront responsables des morts l'année prochaine, puisque très
05:47probablement, malheureusement, il y en aura des nouvelles des canicules.
05:52Alors, tu parles de la question des moyens. La CGT, avec une intersyndicale appelée à
05:59une journée de grève et de mobilisation dans la fonction publique le 29 septembre,
06:03la question des salaires est au cœur des revendications. Oui, vous pouvez applaudir.
06:08Est-ce que la question des salaires est au cœur des revendications, mais est-ce que la
06:12revalorisation du point d'indice est une priorité au vu des urgences de revitaliser
06:17les services publics que tu as décrits juste avant ?
06:19Alors oui, c'est clair, c'est une évidence. En cette rentrée, on a une série de rendez-vous
06:25de mobilisation et c'est très important. La semaine prochaine, le 15, donc c'est
06:29mardi, il y a déjà un certain nombre de professions qui vont être mobilisées.
06:33L'énergie qui sera en grève, la santé qui sera en grève, l'enseignement supérieur
06:37et la recherche, un certain nombre de secteurs. Ensuite, samedi 26 septembre, il y a une
06:44coalition d'ONG, d'organisations syndicales qui appelle à des marches pour le climat,
06:49la justice sociale et la paix, parce que ces trois questions vont ensemble.
06:53Et puis enfin, 29 septembre, mardi, grandes grèves, grandes manifestations dans tout le
06:59pays pour nos salaires et nos services publics, à l'appel de l'ensemble des organisations syndicales.
07:14Cette journée de grève, il faut qu'on y soit toutes et tous. D'abord, évidemment, tous
07:20les agents publics, on est les premiers et premières concernés. Il faut y être, il
07:24faut montrer à tous ceux qui disent matin, midi et soir que les services publics coûtent
07:28trop cher, ce que c'est qu'une journée sans service public, ce que c'est qu'une France
07:32sans service public. Le 29 septembre prochain, par la grève, faisons-en une journée noire
07:37dans les services publics.
07:45Mais la mobilisation ne se limite pas aux fonctionnaires. Il n'y a pas que les fonctionnaires
07:49qui sont concernés par la question des services publics et de l'augmentation des salaires.
07:53Les services publics, c'est notre protection à toutes et tous. On l'a vu cet été, quand
07:58les urgences ferment, quand les hôpitaux ne peuvent plus fonctionner, quand ils ne sont
08:02pas climatisés, c'est des vies qui disparaissent. C'est nos vies qu'ils sacrifient en faisant
08:07des économies sur le dos des services publics. C'est pour ça qu'il faut toutes et tous y
08:11être, le 29, et pour exiger des augmentations de salaires pour toutes et tous. D'abord pour
08:17les fonctionnaires, parce qu'effectivement, depuis dix ans de macronisme, dix ans de gel
08:21du point d'indice, le pouvoir d'achat des fonctionnaires a baissé de 15 %. Ca veut dire,
08:29très concrètement, qu'aujourd'hui, par exemple, les pompiers qu'on envoie au feu,
08:33quatre pompiers sont morts cet été, quasiment mille ont été blessés. Le salaire d'embauche
08:40des pompiers, 1800 euros bruts, 1500 euros net. Leur salaire de fin de carrière, c'est
08:46ça qui est simple dans la fonction publique, c'est que le salaire d'embauche et le salaire
08:49de fin de carrière, c'est à peu près la même chose, malheureusement. Salaire de fin
08:52de carrière, pour ceux qui ont le grade le plus élevé, 2300 euros bruts. Voilà comment
08:57on paye les pompiers de ce pays. Les infirmières, c'est pareil. Les enseignants et enseignantes,
09:02c'est pareil. Nous sommes un des pays de l'OCDE qui paye le plus mal ses fonctionnaires,
09:07et c'est pour ça que nos services publics vont si mal. Donc la première chose que
09:11nous voulons gagner dans ce budget pour l'année prochaine, c'est une augmentation de salaire
09:16pour tous les fonctionnaires.
09:18Alors, justement, s'agissant du budget, de nouvelles coupes sont à prévoir dans les dépenses
09:27sociales. Ce matin, David Amiel annonce vouloir couper 6 milliards dans les retraites pour
09:32compenser leur revalorisation. Le ministre des Comptes publics entend supprimer l'abattement
09:37de 10% sur le revenu dont bénéficient les retraités. Le gouvernement s'était pourtant
09:42engagé à ne pas augmenter les impôts et les taxes, visiblement, sauf pour les retraités.
09:49Malheureusement, le disque est rayé. C'est toujours la même chanson qui nous rejoue chaque
09:53année. Chaque année, ils tentent de nous faire les poches alors qu'ils ont déjà braqué
09:58la caisse. C'est ça, le problème. C'est pour ça qu'il faut être très nombreux dans la rue
10:02le
10:0229 septembre, parce que c'est le niveau du 29 septembre qui leur mettra la pression sur
10:07le débat budgétaire et qui nous permettra derrière de travailler des suites. Parce
10:11que le 29 septembre, c'est le point d'ordre de la rentrée, mais c'est certainement pas
10:15la fin de l'histoire. Et c'est en fonction du nombre que nous serons mobilisés le 29
10:19neuf que nous pourrons mettre le débat budgétaire sous pression. Pas question que ce budget
10:24soit encore une fois écrit sous la dictée du patronat par le cornu en tête à tête
10:30avec le patronat. Il faut que nous, les travailleurs et les travailleuses, nous imposions nos choix.
10:35L'année dernière, on débattait à peu près de la même chose au même endroit, tous
10:39et toutes ensemble. L'année dernière, il y a eu de fortes mobilisations. 10 septembre,
10:4418 septembre, 2 octobre, grâce à cette mobilisation, on a empêché 80% des horreurs
10:50qui voulaient nous imposer. On les a empêchées. Donc ça montre que la mobilisation, ça sert,
10:56ça les fait reculer. Ils sont faibles, ils n'ont jamais été aussi faibles. C'est
11:00pour ça qu'il faut être mobilisés pour, un, empêcher les reculs, mais on ne va pas
11:05se limiter à ça. Si le budget 2026, 27, c'est la reproduction du budget 2026, c'est
11:12une baisse pour le budget de nos services publics. Au vu de l'été que nous avons passé,
11:17nous avons besoin de plus de moyens pour nos juges, nos greffiers, l'aide sociale à
11:22l'enfance, pour protéger enfin les enfants, les femmes victimes de violences sexistes
11:33sexuelles. C'est plus possible que dans notre pays, des milliers d'enfants soient en danger
11:39parce qu'on ne donne pas les moyens aux professionnels de les protéger. C'est une honte. Ce que nous
11:51voulons aller chercher, c'est un plan d'urgence pour nos hôpitaux. Il faut investir, reprendre
11:57leurs dettes, leur permettre de climatiser les équipements et enfin revaloriser les professionnels
12:01et réouvrir des lits. Nous voulons doubler les effectifs de l'inspection du travail. En
12:13France, il y a seulement 1700 inspecteurs et inspectrices du travail. Deux millions de salariés
12:23en France n'ont même pas d'inspecteur ou d'inspectrice du travail. Deux millions de
12:28salariés en France travaillent dans des zones de non-droit. Leur employeur peut tout
12:32se permettre, puisqu'il n'y a même pas d'inspecteur ou d'inspectrice du travail.
12:36Et la bonne nouvelle, c'est que créer des postes d'inspecteur et d'inspectrice du travail,
12:39ça ne coûte rien. Ils rapportent, puisque plus d'inspecteurs et d'inspectrices, ça permet
12:45d'avoir soit des entreprises qui payent leurs cotisations sociales, qui payent les salaires
12:49à la hauteur, soit des entreprises qui sont sanctionnées avec de l'argent qui rentre dans
12:53les caisses. Nous voulons aussi la titularisation de tous les précaires, de tous les contractuels.
13:06Jamais il n'y a eu autant de précaires dans la fonction publique. 25% des agents publics
13:13sont précaires. Dans les universités, si certains, certaines d'entre vous sont étudiants
13:17ou travaillent dans les facs, 50% des professionnels sont précaires. Bac plus 8, plus 10, plus
13:2312 parfois, précaires à vie. Il faut attendre 45 ans pour pouvoir être recruté. C'est
13:29plus possible, cette paupérisation de nos services publics. Il faut titulariser tous
13:33les précaires et tous les contractuels.
13:41Trois ans après la formidable mobilisation sociale contre la réforme Borne, le plus
13:47pouvoir macroniste ne s'est toujours pas défaite de la question des retraites. En échange
13:52de sa non-censure, Sébastien Lecornu avait décalé l'application de la réforme de 2023
13:57et lancé une conférence travail-emploi retraite. Tu débattras tout à l'heure avec Jean-Pierre
14:02Farandou, ministre du Travail, alors que les conclusions de la conférence dite TER sont
14:10attendues sous peu. Est-ce que pour la CGT, un compromis est possible ?
14:15Alors, d'abord, ce que je veux dire, c'est que c'est très important de mesurer ce que
14:20nous avons réussi. Emmanuel Macron pensait passer en force et nous mater en 2023 en nous
14:28renvoyant à la maison, en fait, en nous montrant que notre mobilisation n'avait servi à rien
14:31et qu'il fallait arrêter de tenter de se mobiliser. Bon, il s'est pris le boomerang
14:35en pleine face. Il a été sanctionné dans les urnes et il a fini son quinquennat sans
14:41leçon. On a réussi à bloquer toutes ces réformes, une par une, depuis la réforme
14:46des retraites. Deux réformes de l'assurance chômage enterrée, une réforme de la fonction
14:50publique à laquelle il a dû renoncer, la réforme de l'audiovisuel public. Souvenez-vous,
14:54Rachid Abati, balayé. Qu'est-ce qu'on a empêché d'autre ? Une réforme du code du travail
15:00qui était dans les cartons de François Bayrou et le musée des horreurs l'année
15:05dernière. Voilà tout ce qu'on a réussi à balayer. C'est le résultat de notre mobilisation
15:09contre la réforme des retraites. Et la stratégie de Macron, c'était de tourner la page sur
15:20la question des retraites, nous voler deux ans de vie comme si de rien n'était et qu'on
15:23passe à autre chose. Et on n'est pas passé à autre chose. On n'est pas passé à autre
15:27chose. On a imposé à Lecornu un décalage d'un an de la réforme des retraites. Alors
15:32elle n'est pas retirée, c'est important de le savoir. Elle est toujours dans la loi.
15:35Donc la première chose qu'il faut exiger des candidats et candidates à l'élection
15:39présidentielle, c'est l'abrogation de cette réforme.
15:50Aucun candidat, aucune candidate n'aura les voix des travailleurs et des travailleuses
15:55sans s'engager à abroger cette réforme.
16:05Alors oui, notre ami Lecornu, pour s'en sortir l'année dernière, il a décalé la réforme
16:10d'un an et il nous a annoncé une grande conférence. Pour tout le monde, TER, c'est les trains,
16:16mais en fait, c'est travail, emploi, retraite. C'est le nom de la conférence.
16:19Donc cette conférence, je vous invite à venir tout à l'heure voir le ministre du
16:24Travail parce qu'en fait, je vais moi aussi lui poser la question puisque je n'ai pas
16:27la réponse, puisque nous attendons toujours d'avoir le rapport, le résultat de cette
16:33conférence qui était animée par trois garants qui nous ont dit qu'ils avaient besoin
16:38de l'été pour écrire dans le plus grand secret leur rapport. Donc ça, en général,
16:42nous, ça ne nous plaît pas, c'est toujours très mauvais signe. C'est pour ça que tout
16:46à l'heure, devant le public de la fête de l'humanité, je vais demander au ministre
16:51du Travail ce qu'il y aura dans ce fameux rapport parce que ça ne sert à rien de nous
16:55dire qu'on va faire une conférence, qu'on va faire de la démocratie sociale si c'est
16:59pour écrire dans son coin en plein mois de juillet des préconisations qui ne ressemblent
17:03en rien aux débats qui ont eu lieu dans le cadre de la conférence. La question qui
17:08était posée, elle est simple. Quelle réponse aux millions de travailleurs et de
17:12travailleuses qui se sont mobilisés et à qui on a volé deux ans de vie ? Cette
17:16réponse, il y en a une seule, l'abrogation. La CGT est allée dans cette conférence
17:20pour le dire et surtout pour expliquer comment financer l'abrogation. On a fait
17:24des dizaines de propositions, il y a des dizaines de possibilités. L'égalité
17:27femmes-hommes, le fait de soumettre les primes à cotisation, le fait de soumettre
17:32les dividendes à cotisation, etc., etc. C'est 15 milliards à trouver, c'est
17:41vraiment très simple. Donc c'est ça la question à laquelle il faut répondre, pas
17:45autre chose. Mais le problème, c'est qu'en face, la stratégie du patronat, vous
17:50l'avez remarqué, à l'époque, en 2023, il nous avait dit la main sur le cœur, c'est
17:54la dernière réforme, ça va tout résoudre, ça va résoudre les problèmes de
17:58financement, ça va tout régler. On l'avait dit dès le début, c'est pas vrai que ça
18:01allait résoudre les problèmes de financement, ça ne l'a pas résolu. Et
18:04maintenant, la réforme ne s'applique même pas, qu'ils nous disent qu'il
18:07faut une nouvelle réforme. Et donc là, dans ce que porte actuellement le
18:11patronat, d'abord, il nous dit qu'il faut à nouveau reporter l'âge de départ
18:16en retraite. Alors comme ils ont compris que c'était pas très populaire, ils
18:20essayent de noyer le poisson en disant on va rajouter, on va plus parler d'âge
18:23légal, on va parler d'âge d'équilibre. Âge d'équilibre, ça serait un âge qu'on
18:28rajouterait en plus de l'âge légal avec des décotes hyper violentes pour
18:31ceux qui partiraient avant. Donc en gros, si je traduis, il y aurait toujours
18:35l'âge d'ouverture des droits. Donc pour eux, ils veulent rester à 64 ans. Mais
18:40si on part avant l'âge d'équilibre, donc admettons 65 ou 66 ans, il y aurait
18:4510, 20% de décotes. Donc évidemment, on n'est pas bête. Ça veut dire que c'est
18:49un décalage d'un ou deux ans de l'âge de départ en retraite. Voilà la première
18:52chose qu'ils veulent faire. Et la deuxième chose, qui est encore plus
18:56pernicieuse, c'est qu'ils veulent rajouter un étage de capitalisation à notre
19:01système de retraite par répartition. Alors ils savent que la répartition, on y est
19:07très attaché. Ils savent que d'ailleurs remplacer du jour au lendemain la
19:11répartition par la capitalisation, c'est impossible parce que ça coûterait
19:14beaucoup trop cher. Et donc ils avancent masqués. Ils nous disent ne vous
19:18inquiétez pas, on ne touche pas à la répartition. On met juste un petit étage
19:22supplémentaire de capitalisation. La capitalisation, vous connaissez, c'est
19:26l'épargne retraite. Chacun qui met de côté de l'argent, un argent qui est
19:31placé par les fonds, les fonds de pension, qui vont derrière spéculer
19:35dans nos entreprises. Orpea, on se souvient toutes et tous d'Orpea, qui étaient
19:40actionnaires d'Orpea, les fonds de pension canadiens. Pourquoi est-ce que
19:43les fonds de pension, c'est dangereux ? Parce que pour que les fonds de
19:46pension fonctionnent, il faut qu'il y ait le moins d'argent possible dans les
19:51salaires et dans l'investissement et qu'il y ait le plus d'argent qui monte aux
19:54actionnaires, puisque les fonds de pension sont actionnaires. Donc les
19:57fonds de pension, c'est très dangereux pour l'économie, pour les
20:00entreprises, puisque ça financiarise l'économie et les entreprises.
20:04Deuxième danger des fonds de pension, c'est jouer sa retraite en bourse. On n'est
20:07jamais sûr de la récupérer. Chaque crise financière, il y a des fonds de
20:11pension qui s'écroulent. Et puis le troisième problème des fonds de
20:15pension, ça coûte très cher. D'ailleurs, aujourd'hui, il y a quelques petits
20:19systèmes de capitalisation qui existent en France qui sont très
20:22subventionnés. Ça coûte 2 milliards d'euros aujourd'hui par an en
20:25exonération fiscale. Et derrière, le rendement est vraiment mauvais. Je
20:30pense qu'il y a des fonctionnaires dans la salle. Pour celles et ceux qui
20:33sont fonctionnaires, depuis 2003, on nous a imposé un étage par
20:37capitalisation supplémentaire. On n'en est pas forcément conscient, mais on est
20:40obligé, chaque mois, on cotise sur nos primes pour aller financer un étage de
20:45retraite par capitalisation. Le résultat, c'est quoi ? D'abord, cet étage par
20:49capitalisation sert à investir au hasard à Total, AXA, etc. Donc c'est avec notre
20:55argent qu'on va financer des grandes entreprises du CAC 40 sans avoir aucun
21:02contrôle sur nos investissements et où on va essorer ces entreprises pour qu'elles
21:06rapportent aux actionnaires. Et ensuite, ce fonds de pension dans la fonction
21:11publique, on a calculé, pour récupérer tout ce qu'on a cotisé, il faut passer 26 ans
21:17à la retraite. Or, la durée moyenne de vie à la retraite d'un fonctionnaire, c'est
21:2223 ans. Ça s'appelle un énorme enfumage. La capitalisation, c'est un énorme enfumage,
21:29c'est un casse sur nos systèmes de retraite. Ça ne résout absolument pas le
21:34problème de financement parce que ça coûte aussi cher, voire plus cher. Mais donc,
21:38pourquoi est-ce qu'ils veulent mettre la capitalisation ? Parce qu'ils veulent nous
21:42voler notre argent. Derrière, il y a des intérêts financiers énormes. C'est les
21:47banques et les assurances, AXA, les fonds de pension, etc. qui veulent... Le problème
21:52pour eux de la répartition, c'est que nos cotisations financent immédiatement les
21:57retraités, les chômeurs, toutes celles et ceux qui ne peuvent pas travailler. Il n'y
22:00a pas de passage par une case spéculation. Ce qui les intéresse avec la capitalisation,
22:05c'est qu'on récupère notre argent et après, ils peuvent spéculer avec, financiariser les
22:11entreprises, spéculer sur les états, etc. C'est ça, leur objectif. Et donc, aujourd'hui,
22:16c'est la bataille du patronat. Et c'est ce qu'il veut installer dans le débat, la
22:21nécessité de créer un étage supplémentaire de capitalisation. C'est un énorme enfumage.
22:28Il ne faut surtout pas céder.
22:31On l'aura compris. Pas de compromis sur la capitalisation.
22:37Pardon, c'est la question que je vais poser au ministre du Travail tout à l'heure.
22:40La première question, c'est il est où le rapport ? Et la deuxième question, c'est
22:46est-ce que dans ce rapport, il y a la capitalisation ? Oui ou non. Et s'il y a
22:50la capitalisation,
22:51ça fait six mois. La CGT a posé ses conditions pour rentrer dans ces discussions. Et dans
22:55les conditions, il y avait le fait qu'on n'était pas là pour discuter de la capitalisation.
22:59Donc, s'il y a la capitalisation, ça s'appelle une trahison et on en tirera toutes les leçons
23:04nécessaires.
23:06Donc, réponse tout à l'heure avec le ministre Farandou.
23:09La question des salaires est toujours plus prégnante. Le président du MEDEF, Patrick
23:14Martin, a été contraint d'y répondre en proposant de rapprocher le net du brut et
23:19de financer une partie de la protection sociale par la TVA. Est-ce que dans un contexte de compétitivité
23:24internationale, la France a les moyens d'augmenter ses salaires, notamment dans le privé ?
23:30C'est bien sûr que la France a les moyens, puisque là, tout décroche, sauf le taux de
23:37marge des entreprises. Le taux de marge des entreprises, il est de 31,6%. C'est un taux
23:41de marge qui est historiquement élevé. On se souvient, fin 2025, les dividendes ont encore
23:47atteint des records alors qu'ils avaient déjà atteint des records l'année dernière.
23:51Donc, la France est la championne d'Europe de distribution des dividendes. Donc, évidemment
23:56que les entreprises ont les moyens d'augmenter les salaires. Pourquoi est-ce que nous rentrons
24:02dans... On est au bord de la récession, justement à cause de cette stagnation salariale ? Et
24:07d'ailleurs, c'est ce que dit l'INSEE qui a sorti une note hier. Pourquoi est-ce que
24:11les gens ne consomment plus ? Évidemment, parce qu'on n'a plus d'argent. Quand nos poches
24:14sont vides, on ne peut pas partir en vacances, aller au restaurant ou aller au cinéma.
24:18Ce n'est pas plus compliqué que ça. Donc, le fait de ne pas augmenter les salaires, c'est
24:22non seulement une injustice sociale, mais une faute économique grave.
24:26Donc, la question, ce n'est pas est-ce qu'on a les moyens ? C'est juste que de
24:30ne pas
24:30le faire, c'est ça qui cause les difficultés économiques dans lesquelles on est. La France
24:36depuis cinq ans est un des pays, l'OCDE, qui a le moins augmenté les salaires avec le
24:41Japon. Pourquoi ? À cause de la politique d'Emmanuel Macron qui a fait tout ce qu'il
24:47pouvait pour déstabiliser le rapport de force des travailleurs et des travailleuses en dégradant
24:51les droits des chômeurs, en dégradant nos capacités de négociation dans les entreprises
24:55et les branches pour pouvoir mettre en place une politique d'austérité salariale. Nos
24:59salaires n'ont même pas retrouvé leur niveau de 2020. Elle est là, la situation. Des millions
25:04de travailleurs et de travailleuses, aujourd'hui, sont rattrapés par le SMIC. Certains, certaines
25:09d'entre vous bossent depuis dix ans, vingt ans et sont payés au SMIC ou pas loin du SMIC.
25:14La France est un pays de SMICards et de SMICards d'aujourd'hui. On est un pays de rentier
25:19et d'héritier parce qu'on vit mieux de son capital, de sa rente que de son travail.
25:26Sur la TVA sociale, avancée par Patrick Martin, pour la CGT, c'est oui.
25:31Lol, j'adore tes questions. Pour la CGT, évidemment, c'est non. Donc, vous l'aurez compris, en cette
25:38rentrée dans les élections présidentielles, le patronat a une stratégie d'enfumage sur deux
25:46aspects. Le premier, c'est la capitalisation. J'en ai parlé tout à l'heure. Le deuxième, c'est comme
25:52il a
25:52compris que, vu le niveau des salaires, il fallait les augmenter. En fait, il nous explique que pour
25:57augmenter le salaire net, il faudrait baisser le salaire brut. Alors là, déjà, il faut se concentrer
26:03parce qu'on a du mal à comprendre parce qu'en fait, tout ça, c'est notre salaire quand même.
26:06Donc, comment
26:07pour augmenter le salaire net, il faudrait baisser le salaire par ailleurs ? C'est un peu compliqué.
26:11Ce qui nous explique, c'est que pour augmenter le salaire net, il faudrait baisser les cotisations
26:15sociales des patrons. Alors que le sujet, c'est d'augmenter les salaires, ils nous répondent par un nouveau
26:20cadeau pour les patrons. Chapeau l'artiste quand même. C'est un hors-sujet complet, un hold-up.
26:31Il faut que nous soyons extrêmement lucides et clairs sur cette question-là. Les cotisations
26:38sociales, c'est notre salaire, c'est nos droits. Il faut se battre pour les cotisations sociales.
26:44Il faut arrêter de leur laisser développer leur discours sur les charges qui nous étouffent,
26:48on n'en peut plus, etc. Les cotisations sociales, c'est notre retraite, c'est notre
26:53chômage, c'est nos allocations familiales, c'est notre assurance maladie, c'est notre
26:57sécu.
27:05Les cotisations sociales, c'est notre trésor national, c'est notre sécurité sociale.
27:11Ils n'en veulent plus parce que cet argent, ils ne peuvent pas spéculer dessus et c'est ça
27:15qui les énerve. Ce que nous disons, c'est que nous voulons plus de salaire brut pour
27:21plus de bonheur brut. Les cotisations sociales, ce qui est génial, c'est que c'est une partie
27:32énorme de nos richesses, 640 milliards d'euros chaque année qui échappent au système capitaliste.
27:39C'est ça qui est génial. Et c'est pour ça qu'ils n'en veulent plus et c'est
27:42pour ça qu'il faut
27:43les défendre.
27:49Pardon, je voulais finir. TVA sociale, parce que là, j'ai traité juste le côté baisser
27:53les cotisations. Je n'ai pas traité l'autre côté, parce que quand même, l'enfumage
27:57est gros. Donc on baisse les cotisations et de l'autre côté, parce qu'il faut quand
28:02même qu'on paye, on augmente la TVA avec une soi-disant TVA sociale. Alors vous savez,
28:08avec les patrons, maintenant, c'est traduisons-les. Dès qu'ils vous disent un truc, ça veut dire
28:11l'inverse. Quand on dit plan social, ça veut dire plan de licenciement. TVA sociale,
28:16ça veut dire TVA antisocial. On commence à connaître. Il faut toujours traduire. Donc
28:21la TVA antisociale. La TVA antisociale, cette magnifique idée du patronat qui trouve que
28:29les prix n'ont pas assez augmenté, qu'il faut les augmenter encore plus. Mais moi, j'ai
28:33envie de leur demander. Vous voulez quoi ? Une essence à 4 euros le litre ? Un kilo de tomates
28:38à 10 euros. Parce que c'est ça, leur projet de TVA antisociale. C'est récupérer
28:4360 milliards de cotisations sociales qui ne payeraient plus. Donc 60 milliards de cadeaux
28:48supplémentaires pour les patrons. Et augmenter la TVA de 60 milliards. Nous, augmenter l'impôt
28:54le plus injuste qui soit de 60 milliards. Donc ça veut dire 3 ou 4 points de TVA en plus.
29:00C'est colossal. Alors, quoi qu'il arrive en 2027, il y a une certitude. Emmanuel Macron
29:09va quitter l'Elysée. Quel regard tu portes sur sa politique ?
29:13Ouais, ça se fait ! C'est une bonne nouvelle.
29:17Alors là, effectivement, c'est vrai que ça fait du bien. Ça donne la pêche. Mais
29:24soyons vigilants, les camarades. Soyons vigilants parce que le patronat est à la manoeuvre. Le
29:30patronat l'a dit. Il l'a décidé. Ils vont être omniprésents pendant cette campagne
29:36présidentielle. Pourquoi ? Parce que leur président, Emmanuel Macron, s'en va. Mais ils
29:42veulent que sa politique continue. Et donc, ils sont en train d'avoir une stratégie tous
29:48azimuts pour faire en sorte que sa politique de l'offre qui a mené le pays dans l'abîme,
29:53dans lequel il est aujourd'hui, soit reprise et continue. Et quand on regarde aujourd'hui,
29:57on se dit qu'ils sont sacrément efficaces parce que, évidemment, la droite s'aligne
30:03sur tous les caprices du patronat. Ça, c'est classique. Donc, les candidats de droite et
30:08les candidats macronistes nous proposent, alors que le bilan d'Emmanuel Macron est calamiteux,
30:14ils nous proposent de continuer et d'accélérer avec de nouvelles baisses d'impôts pour les
30:18riches et de nouvelles coupes dans les services publics. Mais ce n'est pas les seuls.
30:22Qu'est-ce qu'elle a annoncé Marine Le Pen quand elle est allée se prosterner devant
30:26les patrons il y a 15 jours ? Elle a annoncé 150 milliards d'euros de coupes dans les
30:31services publics. 150 milliards d'euros, c'est une saignée inédite. Même Nicolas Sarkozy,
30:37qui est le président de la République, qui avait le plus sabré dans les services publics,
30:41n'avait pas coupé 150 milliards de dépenses publiques. C'est un plan de licenciement,
30:46de privatisation violent dans nos services publics. Et dans le même temps, l'extrême-droite
30:50propose, elle aussi, de baisser les impôts pour les plus riches et pour les plus
30:54grandes entreprises. Donc ce qu'on observe, c'est qu'ils sont très bien organisés pour
30:58que le casting change. Tout change, finalement, sauf la politique économique et sociale.
31:05Donc nous, notre enjeu, c'est de changer cette politique de l'offre qui nous a menés
31:10dans le mur. Et moi, ce que je veux dire pour ça, c'est qu'à un moment, c'est
31:15plus
31:15possible qui nous force à rentrer dans un monde de post-vérité. Ça fait 10 ans
31:20qu'ils sont au pouvoir. Et aujourd'hui, le résultat de leur politique, on le voit
31:24concrètement. Donc il faut pouvoir les mettre en face de ces faits de façon extrêmement
31:30factuelle. Si je reprends les choses. D'abord, depuis 10 ans, 1, on nous a imposé des
31:37réformes ultra-violentes. Les ordonnances travail, la suppression des CHSCT. Ces ordonnances
31:44travail, on les paye chaque jour puisque les morts et les accidents du travail ont
31:49explosé. Ensuite, ils nous ont imposé 3 ou 4 réformes de l'assurance chômage
31:54différentes, cumulées. Le résultat, c'est qu'il n'y a jamais eu autant de pauvres chez
31:59les travailleurs et les travailleuses. Il n'y a jamais eu autant de pauvres dans le
32:02pays. Ensuite, ils nous ont volé 2 ans de vie avec cette réforme des retraites. Et
32:13que le chômage chez les personnes âgées augmente, chez les seniors augmente, nos
32:17salaires stagnent, la pauvreté augmente et les morts au travail explosent. Deuxième
32:23point, ils ont baissé les impôts des plus riches et des plus grandes entreprises et
32:27multiplié les aides aux entreprises. 50 milliards d'euros chaque année, 211 milliards d'aides
32:32aux entreprises chaque année. Le résultat, ils ont braqué la caisse. Il n'y a jamais eu un
32:38déficit aussi élevé en France. Mais ça, il faut quand même leur dire. C'est quand
32:42même eux qui nous font croire que c'est le sérieux budgétaire et que nous, on ne
32:46serait pas sérieux, on ne saurait pas gérer les comptes, etc. Ils ont créé 1 000 milliards
32:50de déficits supplémentaires par leur politique de cadeau pour les plus riches. Et ils veulent
32:54continuer. Et cette politique de violence sociale et de cadeau pour les plus riches, elle a été
33:06fait au nom d'une chose, la compétitivité du pays, la réindustrialisation du pays et
33:11la création d'emplois. Et là, ce qu'on voit, c'est que pareil, catastrophe. 60 000 suppressions
33:17d'emplois dans le privé l'année dernière, des usines qui ferment une par une une balance
33:21commerciale avec un déficit record. La politique de l'offre d'Emmanuel Macron,
33:26c'est un naufrage complet, un naufrage économique et social, mais aussi une catastrophe démocratique
33:31puisque quand même, ce président de la République, il a été élu pour faire barrage à l'extrême
33:35droite. Et le résultat de 10 ans de macronisme, c'est quoi ? C'est que pour la première fois
33:40dans la vie de notre pays, l'extrême droite est aux portes du pouvoir et peut y arriver
33:45par les urnes. Voilà le bilan d'Emmanuel Macron.
33:55Alors, en cette rentrée, tu publies un court essai chez Seuil qui s'appelle Tout est à
33:59nous, qui sera disponible le 13 octobre. Mais il y a quelques exemplaires de disponibles
34:04au forum social, dans lequel tu reviens sur la séquence qui s'est ouverte depuis 2023.
34:11Pourquoi ce choix ? Pourquoi ce besoin de prendre la parole en cette rentrée ?
34:19Oui, alors, c'est un petit bouquin que vous pouvez trouver au forum social sur le stand
34:25de la CGT. Pourquoi ? Parce qu'il y en a marre que ce soit toujours les mêmes qui
34:30monopolisent la parole et qui saturent le débat avec des enjeux politiciens, la question
34:37« Quel candidat ? » des petites phrases, avec le triptyque de CNews « Insécurité,
34:42immigration, dettes », avec les lamentations du patronat qui veulent payer toujours moins
34:48d'impôts et toujours moins de cotisations sociales. Il faut que les travailleurs et les
34:52travailleuses soient entendus. Et donc, le titre, c'est un slogan qu'on dit souvent
34:57dans nos manifs « Tout est à nous ». Mais oui, je suis désolée, tout est à nous, mes
35:01camarades. Tout est à nous parce que c'est nous qui créons les richesses. Il y en a assez
35:12qu'on nous culpabilise matin, midi et soir en nous disant que nous sommes un coup. On
35:16n'est pas un coup, c'est nous qui créons les richesses et donc c'est nous qui devons
35:20reprendre la main. Et le deuxième objectif du livre, c'est que malheureusement, on n'est
35:31pas dans un moment comme les autres. Le fait que le capital domine le temps de parole,
35:37malheureusement, ce n'est pas nouveau. Par contre, le fait que l'extrême droite soit
35:41aux portes du pouvoir, oui, ça, c'est nouveau. On est dans une situation d'une gravité inédite.
35:47On l'a vu en Allemagne la semaine dernière. Le pays qui a inventé le nazisme et la Shoah
35:55qui élit dans une région des néo-nazis, ça montre bien que le pire peut se produire.
36:02Malheureusement, en 2027, le pire peut se produire et l'heure est extrêmement grave.
36:08Donc l'objectif, c'est que toutes et tous ici ensemble, on a neuf mois pour renverser
36:14la table et pour inverser ce scénario. C'est ça l'objectif que nous devons avoir
36:19pour les neuf prochains mois.
36:29Alors oui, ça peut paraître, la barre, elle est haute parce qu'on voit les taux qui se
36:34resserrent et les planètes qui s'alignent toutes les unes après les autres. Jamais l'heure
36:39n'a été aussi grave parce que jamais en face de nous, le rapport de force n'a été
36:42aussi violent avec des milliardaires qui roulent pour l'extrême droite, la première
36:46puissance mondiale qui roule pour l'extrême droite, des milliardaires d'extrême droite
36:50qui contrôlent les réseaux sociaux, les médias, les maisons d'édition, etc.
36:53Les taux se resserrent. L'air est de plus en plus irrespirable.
36:58Donc oui, c'est dur, mais quelle que soit la difficulté de la bataille, il faut toujours
37:04la mener. Ça, c'est la première chose. Il n'y a que les combats qu'on ne mène pas,
37:08qu'on est sûr de perdre. Et puis...
37:12Applaudissements
37:15Et puis surtout, il faut quand même qu'on se dise qu'on a une petite expérience.
37:19On a une petite expérience. En 2024, c'est cette stratégie qu'ils avaient prévue,
37:24puisque Emmanuel Macron a dissous l'Assemblée nationale pour donner les clés à Jordan Bardella
37:29et le faire rentrer à Matignon. Et grâce à notre mobilisation incroyable à toutes et tous,
37:34on a réussi en trois semaines à faire dérailler le scénario. Donc ce qu'on a fait en trois
37:39semaines, on doit être capable de le faire en neuf mois.
37:46Applaudissements
37:48Alors, justement, en conclusion du livre, tu rappelles l'indépendance
37:54de la CGT aux formations politiques. Pour autant, tu réserves aussi des mots
37:59très durs à leur égard et tu pointes leurs responsabilités dans la montée d'extrême-droite
38:03en France, mais aussi avec... Je parle des formations de gauche.
38:07Tu as cause notamment une partie de la gauche de se focaliser sur les questions sociétales
38:14en négligeant les questions sociales. Ou encore, je te cite, entre une extrême-droite
38:19qui vise à remplacer les clivages de classe par les clivages identitaires et une gauche qui oublie
38:23à une des classes, le capital est gagnant à tous les coups. Ce sont des mots assez
38:26durs, Sophie Binet. Pourquoi ce choix ?
38:29Parce qu'il faut se dire les choses franchement. Enfin, pourquoi ?
38:34Applaudissements
38:35La langue de bois, ça suffit. Pourquoi est-ce que l'extrême-droite est aux portes du pouvoir ?
38:39Pourquoi est-ce qu'il y a malheureusement des millions de travailleurs et de travailleuses
38:42qui soit ne vont pas voter, c'est la majorité, soit votent pour l'extrême-droite,
38:46mais parce qu'on a été trahis quand même de nombreuses fois ? Et donc, à un moment,
38:50il faut arrêter de se moquer du monde. Et donc, il faut répondre aujourd'hui, malheureusement,
38:58les discours, les grandes valeurs, les discours de moralisation ne suffisent plus.
39:03On l'a vu aux Etats-Unis. Pourquoi est-ce que Donald Trump a été élu ? Parce que Kamala
39:08Harris
39:08ne s'est pas adressée aux travailleurs et aux travailleuses. Elle s'est contentée de dire
39:12que la démocratie, c'était important, que le racisme et le sexisme, c'était mal.
39:16Je suis d'accord avec elle. Elle a raison. Mais ça ne suffit pas. La démocratie,
39:21pour quoi faire ? Si la démocratie, c'est pour que systématiquement,
39:25dans un jeu soi-disant égalitaire, ce soit les travailleurs qui perdent à la fin,
39:28à un moment, on ne va plus voter, ça ne nous mobilise plus et on renverse la table.
39:32Donc, ce que nous voulons, c'est une gauche qui redevienne le parti des travailleurs
39:36et des travailleuses. Et puis, je le dis, il y en a assez aussi de tous ces discours
39:53misérabilistes et de charité. On demande la charité à personne. Nous, notre travail,
39:58il crée des richesses. On veut juste que ces richesses nous reviennent et même qu'on
40:03puisse décider quelles richesses on produit et comment. C'est tout. La charité, on n'en
40:08veut pas.
40:15Ce qu'on veut, c'est un discours qui arrête de nous présenter comme des coups, qui arrête
40:21d'humilier et de mépriser les travailleurs et les travailleuses et qui rendent leur fierté
40:25aux travailleurs et aux travailleuses. Donc, un, ce qu'il faut, c'est augmenter les salaires
40:30et permettre que nos salaires permettent d'avoir une vraie protection, une protection sociale
40:35et des services publics dignes de ce nom. Nous voulons cotiser plus, nous voulons payer
40:40plus d'impôts pour plus de solidarité et plus de protection.
40:49Et pour ça, il faut augmenter les salaires. Nous voulons augmenter les salaires pour pouvoir
40:54payer plus d'impôts et plus de cotisations. C'est un choix de société.
41:05La question, elle est simple. Est-ce qu'on veut vivre dans une société à l'américaine
41:09où, quand on a un cancer, il faut payer 150 000 dollars pour se soigner ? Ou est-ce qu
41:14'on
41:14veut vivre en France où, quand on a un cancer, quel que soit son revenu, on est pris en charge
41:19par les meilleurs hôpitaux du monde, par les meilleurs soignants et soignantes ?
41:26C'est ça, notre modèle social, c'est ça, notre pays, c'est ça, notre France. Et c'est
41:31ce qu'on va défendre dans ces élections présidentielles. C'est un choix de société.
41:36La deuxième chose, donc un, des salaires pour une bonne protection. Deux, il faut transformer
41:41le modèle de production, il faut le décarboner, il faut planifier. La leçon de cet été, c'est
41:47que, bien sûr, il faut plus de services publics, mais il faut lutter contre le réchauffement
41:51climatique, il faut transformer les modes de production. La mondialisation néolibérale,
41:56c'est plus possible. Il faut relocaliser la production. Ça sert à quoi que tous les
42:05vêtements qu'on porte et fait trois fois le tour du monde avant d'arriver sur notre
42:09dos ? Nous voulons pouvoir acheter des vêtements qui durent plus longtemps, qui sont produits
42:14en proximité et qui n'ont plus de produits chimiques. Ça sert à quoi qu'en France, on
42:25produise des poulets de batterie, des carrés Hermès et des obus pour aller inonder le monde
42:30de ces productions qui ont assez peu d'utilité sociale ? Ce que nous voulons, c'est produire
42:38en France et en Europe pour répondre aux besoins des populations françaises et européennes.
42:46Pour ça, il faut rompre avec le libre-échange. La guerre commerciale de Trump, c'est remplacer
42:52le droit international par la loi du plus fort, ou plutôt la loi du plus riche. Nous, ce
42:56que nous voulons, c'est un juste échange. Nous voulons que les droits de douane soient
43:00conditionnés en fonction des normes sociales, environnementales et fiscales pour que les droits
43:04soient tirés vers le haut et qu'on arrête de nous faire du chantage à l'emploi et du
43:08dumping en permanence.
43:15Et puis, le troisième volet du projet qu'il faut pour répondre à nos aspirations de
43:19travailleurs et de travailleuses, c'est la démocratie. C'est plus possible qu'on soit
43:23dans un pays autoritaire, dans des entreprises dans lesquelles, alors que c'est nous qui
43:27produisons les richesses, nous n'ayons pas notre mot à dire. Nous voulons que les travailleurs
43:31et les travailleuses soient dans les conseils d'administration des entreprises pour que
43:35nous puissions décider de l'orientation de l'économie.
43:43Nous voulons pouvoir donner notre avis sur notre travail et son organisation. Et nous
43:49voulons aussi pouvoir donner notre avis sur la marche du pays. Le 49.3, c'est plus possible.
44:00C'est ça le projet que nous attendons des candidats et des candidates de gauche. Et c'est ça qui
44:06permettra de battre l'extrême droite aux prochaines échéances électorales.
44:14Justement, l'extrême droite occupe une grande partie de ton discours et de ce livre. C'est une
44:20réalité, l'extrême droite progresse dans le salariat. La CGT, comme d'autres organisations
44:25syndicales, sont placées en situation de dualité. Cela vous oblige. Et la CGT, plus
44:30particulièrement, est prise par cible par les différents maires RN depuis les derniers
44:35scrutins municipaux. Si demain, le RN arrive au pouvoir, il entend affaiblir le pouvoir
44:39des syndicats. Quelles en seront les conséquences pour les travailleurs ?
44:45C'est une question très importante parce que pourquoi l'extrême droite est aux portes
44:50de pouvoir ? C'est quoi sa stratégie pour prendre le pouvoir ? C'est d'abord une alliance
44:54avec le capital et avec la droite qui est en cours. Et ensuite, et ça va ensemble, une
44:59stratégie de banalisation et de normalisation. Faire comme si elle était un parti politique
45:04comme les autres. C'est très important de marteler, de rappeler que l'extrême droite
45:09ne sera jamais un parti comme les autres.
45:19Alors, ce qui est bien, c'est que Marine Le Pen, elle ne s'en cache pas. Elle joue
45:23carte sur table. Elle l'a dit. Si elle est élue, au lendemain de son élection, elle
45:28va faire une réforme constitutionnelle. Dans cette réforme constitutionnelle, elle
45:31mettra quoi ? Ce qu'ils appellent la préférence nationale. C'est comme le patronat, il faut
45:36les traduire. La préférence nationale, ça s'appelle la xénophobie d'Etat ou l'apartheid.
45:41Ça revient à dire que toutes celles et ceux qui habitent en France n'auront plus les
45:46mêmes droits. Que les étrangers et les binationaux, par exemple, n'auront plus le droit d'accéder
45:51à la sécurité sociale, au logement social, aux prestations sociales, etc. Parce que la
45:56liste, elle peut s'allonger. Dès lors qu'on ouvre une brèche, cette brèche derrière,
46:00elle peut s'élargir à d'autres personnes ou à d'autres droits. Et ça, c'est une
46:06rupture majeure par rapport aux fondements qui font notre République. La deuxième chose
46:11qu'ils veulent introduire dans cette réforme constitutionnelle, c'est la fin du droit
46:15du sol. Le droit du sol, vous savez, ce n'est même pas un acquis de la Révolution française.
46:18Ça date d'avant. Ça date du XVIe siècle. Donc c'est un fondement de notre identité
46:23nationale et de notre identité française, le droit du sol.
46:31Donc, ce que nous prépare l'extrême droite, c'est un coup d'État constitutionnel. Pour
46:36faire passer cette réforme de la Constitution, elle l'a dit, elle veut faire un référendum
46:41et qu'on vote aux législatives en même temps que pour ce référendum. Et c'est là où
46:47est l'énorme danger. On le sait, après une élection présidentielle, il y a toujours
46:50un état de grâce, une dynamique. Elle veut utiliser cette dynamique pour faire passer sa
46:55réforme constitutionnelle et installer un apartheid d'État. Voilà ce que c'est que
47:01l'extrême droite. Voilà pourquoi il faut tout faire pour empêcher l'extrême droite
47:05de gagner. Voilà pourquoi il ne faut mettre l'extrême droite dos à dos avec personne.
47:09Alors, je sais que c'est difficile. C'est difficile parce que malheureusement, les idées
47:13d'extrême droite, elles infusent de plus en plus largement. On entend des personnalités
47:18de droite, des patrons, plein de gens qui, par exemple Aurore Berger, on pourrait en prendre
47:24plein d'autres exemples, mais quand même la ministre de lutte contre les discriminations
47:28qui nous dit que le grand remplacement n'est pas une théorie raciste, on atteint des sommets
47:34de gravité. Donc, oui, c'est vrai. Donc, vous pouvez la huer même plutôt. Oui, c'est
47:42vrai que c'est inquiétant parce que ces idées, elles infusent. Mais il faut surtout ne jamais
47:48dire que la droite, les macronistes et tant d'autres sont pareils que l'extrême droite.
47:54Il y a une différence fondamentale. Cette différence fondamentale, c'est le rapport à l'État
47:59de droit. L'extrême droite, elle veut s'attaquer frontalement à un autre État de droit pour
48:04remplacer le droit par la loi du plus fort ou plutôt la loi du plus riche. La fin de
48:12l'État de droit, c'est très concret pour chacune et chacun d'entre nous. Ça veut dire
48:15l'arbitraire. Ça veut dire qu'on peut être arrêté du jour au lendemain sans raison,
48:21qu'on peut être violenté sans raison. Ça veut dire que la justice ne fera plus respecter
48:26un droit, le même pour tous, qu'on soit patron, qu'on soit ministre ou qu'on soit
48:30ouvrier ou ouvrière. Alors oui, c'est vrai aujourd'hui, la justice, c'est quand même
48:34un peu une justice de classe parce que le droit est le reflet des rapports de force. Mais
48:38en attendant, on a une justice qui est indépendante et qui est républicaine. Avec l'extrême droite
48:43au pouvoir, et on le voit aux États-Unis avec Donald Trump, c'est à ça qu'il s'attaque
48:47à tous les contre-pouvoirs. L'indépendance de la justice, l'indépendance de la presse,
48:51l'indépendance des syndicats. C'est pour ça que l'extrême droite est un danger mortel.
48:59Et la dernière chose, pourquoi est-ce que l'extrême droite est en particulier un
49:04danger mortel pour les travailleurs et les travailleuses ? Pourquoi est-ce qu'une partie
49:08du patronat roule pour l'extrême droite ? Parce que l'extrême droite, elle veut faire
49:13diversion des clivages de classe en mettant sur le devant de la scène les clivages identitaires.
49:19Au lieu pour que les patrons, les milliardaires soient tranquilles, ce qu'elle explique, c'est
49:24que le problème, ce n'est pas ceux qui sont au-dessus de nous, qui volent l'argent
49:28que nous créons par notre travail, c'est ceux qui sont en dessous de nous ou proches
49:32de nous, qui gagneraient trop alors qu'ils sont au chômage, alors qu'ils sont étrangers,
49:38alors qu'ils arrivent tout juste en France. Et donc, c'est cette grande diversion identitaire
49:43que l'extrême droite organise et qui est très dangereuse parce qu'elle divise la classe
49:48du travail et qu'elle permet au capital, aux milliardaires d'être tranquilles et de
49:53pouvoir continuer à accaparer les richesses. C'est pour ça que l'extrême droite est
49:57un danger mortel pour les travailleurs et les travailleuses.
50:00Eh bien, merci beaucoup Sophie Binet. Vous pouvez l'applaudir. Et donc, on se donne
50:08rendez-vous à 17h45 au Forum Social pour obtenir les réponses de Jean-Pierre Forandou sur
50:15la guerre des retraites. A tout à l'heure.
50:18Et rendez-vous le 29 septembre, en grève et en manifestation.
50:21Sous-titrage Société Radio-Canada