- il y a 9 heures
Boire de l’eau en bouteille, avoir un vélo cargo, pratiquer le running ou manger chez Master Poulet : autant de petites choses qui disent beaucoup de vous et de la France, sociologiquement et politiquement.
Dans le livre "Nous, les Français – Raconter la France comme les politiques ne le feront jamais", six auteurs se penchent sur l’anecdotique qui raconte le pays. Entretien avec deux d'entre eux : Gérald Andrieu, journaliste et auteur de « Le peuple de la frontière », aux éditions du Cerf, et Jean-Laurent Cassely, journaliste, conférencier, auteur, qui a écrit « La France sous nos yeux », coécrit avec Jérôme Fourquet.
00:00 – Introduction : le livre "Nous les Français" et la question du titre
07:56 – La France de la colère, fractures territoriales
17:32 – Les "peurs françaises"
29:41 – Immobilier, nostalgie et peur du déclassement à l'approche de la présidentielle
Disponible en podcast https://www.humanite.fr/les-podcasts-de-lhumanite
Soutenir l'Humanité avec un don https://www.humanite.fr/don
Accéder aux contenus exclusifs https://abonnement.humanite.fr/
Instagram https://instagram.com/lhumanitefr
Twitch https://twitch.tv/lhumanitefr
TikTok https://tiktok.com/@lhumanitefr
Twitter https://x.com/humanite_fr
Bluesky : https://bsky.app/profile/humanite.fr
Threads https://www.threads.net/@lhumanitefr
Facebook https://www.facebook.com/humanite.fr
Dans le livre "Nous, les Français – Raconter la France comme les politiques ne le feront jamais", six auteurs se penchent sur l’anecdotique qui raconte le pays. Entretien avec deux d'entre eux : Gérald Andrieu, journaliste et auteur de « Le peuple de la frontière », aux éditions du Cerf, et Jean-Laurent Cassely, journaliste, conférencier, auteur, qui a écrit « La France sous nos yeux », coécrit avec Jérôme Fourquet.
00:00 – Introduction : le livre "Nous les Français" et la question du titre
07:56 – La France de la colère, fractures territoriales
17:32 – Les "peurs françaises"
29:41 – Immobilier, nostalgie et peur du déclassement à l'approche de la présidentielle
Disponible en podcast https://www.humanite.fr/les-podcasts-de-lhumanite
Soutenir l'Humanité avec un don https://www.humanite.fr/don
Accéder aux contenus exclusifs https://abonnement.humanite.fr/
Instagram https://instagram.com/lhumanitefr
Twitch https://twitch.tv/lhumanitefr
TikTok https://tiktok.com/@lhumanitefr
Twitter https://x.com/humanite_fr
Bluesky : https://bsky.app/profile/humanite.fr
Threads https://www.threads.net/@lhumanitefr
Facebook https://www.facebook.com/humanite.fr
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:01Boire de l'eau en bouteille, avoir un vélo-cargo, pratiquer learning ou manger chez Masterpullet.
00:05Autant de petites choses qui disent beaucoup de vous et de la France, sociologiquement et politiquement.
00:11En son exemple, un livre se penche sur l'anecdotique qui raconte justement le pays.
00:16Et nous recevons deux de ses six auteurs.
00:19Gérald Landrieu, bonjour.
00:21Bonjour.
00:21Alors on ne va pas faire comme si on ne se connaissait pas, on se connaît très bien, on a
00:23travaillé ensemble à Marianne dans une autre vie.
00:27Du coup, tu es journaliste, on se tutoie si ça vous va.
00:30Oui, oui, faisons pas semblant, on se connaît, faisons pas semblant.
00:32Tu es journaliste et tu es auteur du Peuple de la Frontière aux éditions du Cerf.
00:37Jean-Laurent Casselli, bonjour.
00:39Bonjour.
00:39Tu es journaliste aussi, conférencier, auteur et tu as écrit La France sous nos yeux, co-écrit avec Jérôme Fourquet.
00:46D'abord, merci d'avoir accepté notre invitation.
00:48Je vais le montrer quand même ce livre, Nous les Français.
00:51On en parle beaucoup.
00:52D'abord, bravo pour ce succès, parce que je crois qu'une réimpression a été lancée ces jours-ci.
00:58D'abord, peut-être s'arrêter sur le titre.
01:00Alors, je sais que c'est une question qu'on vous pose beaucoup, mais malgré tout, nous, quand on a
01:04reçu le bouquin, quand on l'a vu un petit peu partout, ce Nous, il nous a marqué.
01:07Parce que j'ai l'impression qu'on parle beaucoup de ce Nous.
01:09Il y a notamment Olivier Faure qui a lancé un film tank qui s'appelle Nous, justement.
01:15Et dans l'introduction, vous décrivez ce Nous, c'est toi Gérald qui le décrit, ce Nous comme atomisé, éclaté.
01:23Est-ce que ce livre, c'est simplement une façon d'observer cet éclatement d'une certaine façon, ou c
01:30'est une façon de le réparer aussi, peut-être, possiblement ?
01:34Ce qui est sûr, c'est qu'effectivement, le Nous est partout.
01:38Et qu'on nous vend souvent dans le débat public une France totalement archipélisée, atomisée, fracturée.
01:45Vous connaissez tous ces mots.
01:47Et nous, on a voulu explorer la réalité de ces fractures.
01:51Et en fait, on voit qu'il y a une cohabitation de différents Nous.
01:54Et les Français sont des gens très complexes.
01:57Et eux-mêmes, dans une même journée, vont passer d'un Nous à un autre, d'un groupe à un
02:01autre, d'un collectif à un autre.
02:02Mais cette multitude de Nous qui existe dans le pays, que nous vivons tous quotidiennement,
02:09en fait, ça n'enlève rien à l'aspiration ou à un désir de collectif.
02:14Souvent, dans le débat public, les choses sont caricaturées.
02:16Et en fait, les Français sont des êtres humains.
02:18Et les êtres humains sont complexes.
02:19Ils sont à la fois repliés sur des petits Nous.
02:21Et ils sont en recherche de grands Nous.
02:23On l'a encore vu cet été.
02:25Tour de France, des tas de gens sur le bord des routes.
02:28Même pour regarder l'éclipse solaire, les gens se sont réunis.
02:32La Coupe du Monde, réunion aussi.
02:34Vous allez me dire, mais tout ça, c'est anecdotique, c'est sportif.
02:36Il y a quand même, dans le pays, une forme de recherche de collectif.
02:39Et en même temps, une atomisation.
02:41Parce que les choses ne sont pas simples.
02:43Alors justement, pour revenir sur cette atomisation,
02:45je me tourne vers toi, peut-être Jean-Laurent.
02:48Qu'est-ce qui a éclaté ce Nous, justement ?
02:50C'est quoi ? C'est les crises démocratiques ?
02:52C'est l'explosion des inégalités ?
02:53C'est une frustration vis-à-vis des conditions de vie ?
02:55Qu'est-ce qui a fait que justement ce Nous ait éclaté en mille morceaux aujourd'hui ?
03:00C'est vrai que je constate que le mot archipel et l'adjectif archipélisé
03:06ont été employés avant même deux, trois minutes de cette conversation.
03:10Et moi, pour avoir travaillé, pour avoir eu le plaisir et l'honneur de travailler avec Jérôme Fourquet,
03:14mais qu'on connaît bien tous dans le petit collectif,
03:17je considère qu'on est un peu, je ne sais pas si c'est des disciples,
03:20mais qu'en fait, on fait partie un peu de la même famille en termes d'approche.
03:25Nous, on vient plutôt du journalisme, la plupart d'entre nous.
03:29Jérôme est plutôt un sondeur, même s'il a une formation de géographie électorale,
03:32ce que les gens savent peu.
03:33Mais en tout cas, dans l'archipel français, par exemple,
03:36il y a une manière de parler des tatouages, des prénoms des Français,
03:40des choses qui ont l'air un peu anecdotiques, mais en fait, qui sont très révélatrices.
03:43Et Gérald, moi, nos co-auteurs, on aime bien ces délires, j'allais dire,
03:47enfin ces approches-là, qui consistent à être un peu malins,
03:51à prendre par la bande les sujets de société, les sujets culturels, les sujets politiques.
03:54Donc, je ne vois pas forcément l'opposition.
03:57C'est vrai que dans le Nous, nous, on a plutôt voulu montrer que la thèse de la fragmentation,
04:02elle est devenue un peu clichée, en fait.
04:05C'est-à-dire que les politiques ou les éditorialistes la brandissent comme un,
04:09ouais, comme un peu, je ne sais pas, un sujet pour disserte de Sciences Po, quoi.
04:14Mais c'est devenu un peu gratuit, un peu facile.
04:16On ne sait pas trop à quoi ça correspond.
04:17Et en fait, je pense, Gérald l'a très bien dit,
04:19si on avait gagné la Coupe du Monde, on aurait eu des scènes de liesse, de folie.
04:22On aurait commenté ça, on aurait tous dit, ah, ça y est, c'est la France qui se réunit.
04:26Je me rappelle qu'une des très nombreuses marques sponsors de l'équipe de France
04:29avait comme signature pendant la compétition.
04:32Ça faisait cinq ans qu'on attendait de se retrouver aux quatre ans, je ne sais plus, tous les combien.
04:38Les quatre ans.
04:38Quatre ans, merci.
04:39On voit à quel point je suis mauvais en foot.
04:40C'est pour ça que je n'ai pas écrit dessus, d'ailleurs, dans le livre.
04:43Mais j'ai parlé du running et de la course à pied.
04:45Sport de CSP+, il en est, mais on aura peut-être l'occasion d'en parler.
04:48En tout cas, pour revenir à ce qui nous rassemble et ce qui nous divise,
04:50c'est vrai qu'on aurait pu avoir un rassemblement incroyable autour de la victoire de l'équipe de France
04:54et peut-être le RN qui passe au pouvoir une année plus tard.
04:57On se serait dit, oh là là, est-ce qu'on nous aura invités sur les plateaux ?
05:00Est-ce que c'est la même France ? Est-ce que c'est deux Frances différentes ?
05:03Ou est-ce que les Français sont effectivement tiraillés entre cette envie de rassemblement et ces divisions ?
05:08En fait, c'est un peu les deux en fonction des sujets, en fonction des moments.
05:10Mais je pense qu'on est quand même dans une humeur politique,
05:13dans une humeur du pays de manière générale,
05:15qui est plutôt à, je pense, un peu une fatigue vis-à-vis des oppositions, des divisions
05:20et, comment dire, d'une polarisation qui est parfois plus jouée théâtrale que réelle
05:27quand on discute avec les uns et les autres, y compris dans les dîners de famille,
05:30quand il y a le tonton réac et la nièce woke, pour prendre vraiment la grosse caricature.
05:35Voilà, parfois, on est quand même beaucoup à ne pas se reconnaître dans ces extrêmes.
05:39Alors, on va venir sur les différents exemples, évidemment, avec du temps.
05:44Mais d'abord, il y a 100 entrées, 100 entrées, plutôt.
05:49Comment vous les avez choisis ?
05:51On imagine forcément une espèce de joyeuse conférence de rédaction.
05:54Et puis, Gérald, te connaissant, j'étais largement reconnu là-dedans.
05:58Et je vois bien pas mal de tes idées.
06:00Comment ça s'est passé ?
06:01Vous avez fait une espèce de brainstorming joyeux, un peu foutraque,
06:05et puis vous vous êtes lancé des défis.
06:06Comment ça s'est passé ?
06:07Alors, c'est joyeux et foutraque, et j'ai l'impression que ça se ressent quand on lit le livre.
06:12Et il faut dire qu'on l'a fait avec beaucoup de joie, et beaucoup de foutraquerie.
06:16Je ne suis même pas sûr que ce mot existe, mais je vais l'inventer pour l'occasion.
06:19Pour avoir travaillé sur des livres collectifs par le passé,
06:22souvent, en fait, vous recevez une commande, vous travaillez dans votre coin,
06:25vous livrez votre chapitre, et puis vous savez pas du tout ce que les autres ont écrit.
06:28Là, l'idée, c'est qu'on a fait, en fait, des véritables conférences de rédaction,
06:31chez Jean-Laurent Cassé.
06:32C'est chez moi, il faut le dire, moi.
06:33Voilà, notre rédaction, c'est chez lui.
06:36Il nous a donc imposé de retirer nos chaussures à l'entrée.
06:38C'est un traumatisme collectif, et ça a donné lieu à une entrée dans le livre.
06:43Et donc, oui, on s'est renvoyé la balle, et surtout, on s'est contredit,
06:47on s'est amusé, on a voulu surprendre, on a travaillé à plusieurs.
06:50Il y a des entrées qui ont été écrites par deux, trois, quatre, cinq personnes.
06:54Et donc, ce côté collectif et joyeux, on a formé notre propre nous
06:58pour explorer le nous, en quelque sorte.
07:00C'est exactement ça, oui.
07:01Et je suis très content de voir que, dans les interviews qu'on fait les uns et les autres,
07:05depuis quelques jours, les journalistes nous disent,
07:07« Ah, mais c'est très drôle, on a ri, on a trouvé que c'était mal. »
07:10Et c'est vrai qu'on s'est vraiment bien marré en écrivant ce bouquin.
07:14On se marre aussi en le lisant, c'est évidemment intéressant,
07:17évidemment sur le fond, c'est le fond qui prime.
07:19C'est sérieux, mais c'est sérieux.
07:20C'est pas un hymne de blagues, mais...
07:21Oui, non, non, mais il y a pas mal de choses qui font réagir.
07:23Pardon, si tu voulais...
07:24Non, mais c'est pour poursuivre un petit peu le côté ludique.
07:28C'est une façon de dire aux gens,
07:29« Vous n'osez pas toujours lire des essais.
07:31En fait, vous avez droit de lire des essais.
07:33Nous, on est payés pour les lire, donc on les a digérés.
07:36Et c'est pas parce qu'on s'intéresse, je sais pas, au vélo-cargot
07:39qu'on n'en tire pas des conclusions politiques et idéologiques
07:41beaucoup plus structurantes, beaucoup plus importantes,
07:44beaucoup plus lourdes, et qui ont beaucoup plus de sens pour le pays
07:47et l'élection présidentielle qui se profile. »
07:50Tu fais une parfaite transition, justement, vers...
07:52J'ai compris.
07:52C'est parfait, on n'a même pas répété,
07:54mais vers l'élection présidentielle, justement.
07:57Je voulais parler d'une entrée en particulier,
07:59la France de la colère.
08:00La France de la colère, qui mériterait d'être un peu plus explorée,
08:04justement, par les candidats.
08:06Alors, est-ce que tu peux nous décrire,
08:08parce que c'est toi qui as écrit cette partie-là,
08:11cette route de la colère,
08:13et qu'est-ce qu'elle apprendrait, cette route,
08:14aux différents candidats ?
08:15Bon, ça fait plusieurs années,
08:17et tu le sais, parce qu'on a travaillé ensemble,
08:19que je travaille sur les fractures territoriales,
08:23la fameuse France périphérique,
08:24le périurbain, l'hyper-ruralité, etc.
08:26Et en cherchant qu'elle était la ville
08:28la plus noniste de France
08:30au moment du vote sur le TCE en 2005,
08:33j'avais repéré une commune
08:34qui s'appelle Grenet,
08:36qui est dans le nord de la France.
08:38Et donc, j'ai commencé à regarder
08:40les résultats de Grenet,
08:41qui est la deuxième ville de France
08:42la plus noniste, pas la première.
08:44Et puis, en fait, en regardant autour de Grenet,
08:46je me suis rendu compte que toutes les communes
08:48qui environnaient Grenet,
08:49en fait, enregistraient des records en nonisme,
08:52en opposition aux différents traités européens
08:55lors des référendums,
08:56et aussi qu'il y avait un vote RN très élevé,
08:58ils étaient souvent en première, deuxième ou troisième position
09:01à l'échelle du pays,
09:02c'est-à-dire sur 36 000 communes.
09:03Et donc, je me suis dit, là,
09:05il y a une poche de colère,
09:06et en fait, j'ai trouvé une route de la colère,
09:07c'est 50 kilomètres,
09:09qui passe donc par Grenet et les villes environnantes.
09:11Alors, on est non loin de Lens,
09:13on est non loin d'Énim Beaumont,
09:14qui est le fief de Marine Le Pen,
09:15donc ça n'est pas totalement une surprise.
09:18Et d'ailleurs, quand on regarde
09:19les données socio-économiques,
09:21ça n'est pas une surprise.
09:22Il y a un taux de pauvreté qui est 10 points au-dessus,
09:25il y a 15 points au-dessus,
09:27un taux de chômage qui est 10 points au-dessus de la moyenne,
09:29enfin, tout ça, on connaît.
09:30En fait, ce qui, moi, me surprend, finalement,
09:32et c'est ce que j'explique dans le livre,
09:34c'est qu'on connaît tellement bien
09:35que c'est insensé qu'il existe encore des Grenets,
09:37et c'est insensé que les candidats
09:39ne parcourent pas cette route de la colère
09:41pour comprendre, en fait,
09:43ce qui trahit profondément le pays,
09:44et ce à quoi devrait servir une présidentielle,
09:47c'est de répondre à ses attentes,
09:49à cette colère,
09:50à cette inquiétude du quotidien,
09:51et à cette angoisse du lendemain.
09:53– Mais Grenets, d'ailleurs, c'est très intéressant,
09:55et ce bassin-là,
09:56parce que c'était longtemps communiste aussi,
09:57c'est passé, ça passe de plus en plus au RN.
09:59– Évidemment, oui,
10:00et parmi les fameuses communes
10:02qui sont sur la route de la colère,
10:04beaucoup étaient encore à gauche
10:05jusqu'au dernier municipal,
10:07et certaines viennent de basculer au RN,
10:09c'est très juste.
10:10– Et alors là, on parle d'une ville
10:12loin des pôles des décisions,
10:13loin des métropoles,
10:14enfin, loin, on n'exégère pas,
10:15mais en tout cas, ce n'est pas une métropole,
10:16mais par contre, il y a une autre ville
10:19dont vous parlez,
10:20qui est bien plus grande, c'est Marseille.
10:22Jean-Laurent, c'est toi qui t'y penches cette fois,
10:25et là aussi, ça illustre pas mal de fractures,
10:27c'est ça ?
10:27Est-ce que tu peux nous parler
10:28de ce que tu as observé à Marseille, justement ?
10:30– Oui, parce que je suis le Marseillais de l'équipe,
10:32alors que Gérald et Niçois,
10:33on a quand même une minorité de sudistes
10:36quand même assez importante dans ce collectif.
10:38Il se trouve que Marseille,
10:39moi, ça m'intéresse depuis des années,
10:41parce que j'y suis né,
10:42j'ai grandi, même si j'ai vécu longtemps à Paris,
10:45enfin, que je vis depuis longtemps à Paris,
10:46mais comme vous le savez,
10:48tous les Parisiens vont à Marseille maintenant.
10:50C'était une des villes les plus visitées
10:51par les Français cet été.
10:53Et donc, tout le monde s'intéresse à Marseille,
10:55tout le monde a un avis sur Marseille,
10:56les gens qui y vivent,
10:57les gens qui passent en touriste
10:59ou les gens qui n'y sont jamais allés.
11:00Et si on pense à Marseille,
11:02tout de suite, on pense, je pense à l'OM
11:04ou probablement à la musique, au rap et à Djoul.
11:06Et en fait, je démarre cet article
11:08en parlant du caractère incroyablement fédérateur de Djoul
11:11qui, à l'été 2020, donc en plein Covid,
11:15avait lancé avec tous ses potes rappeurs
11:18cette chanson incroyable en bande organisée
11:20sur l'album du même nom,
11:22qui était donc ce collectif
11:22de tous les rappeurs marseillais réunis.
11:25Et ça a été un succès incroyable
11:27sur les plateformes, sur YouTube.
11:30Le clip est devenu mythique au stade.
11:33Le clip qui a lieu au stade Vélodrome
11:34notamment est devenu mythique.
11:35Et c'est vrai qu'autour de ce côté fédérateur,
11:41on pourrait s'arrêter un peu au cliché médiatique
11:43de Marseille, la ville réunie,
11:44la ville cosmopolite,
11:47justement un peu archipel ou en millefeuille
11:49où tout le monde s'entend bien
11:50et tout le monde va au stade.
11:52Et ça, c'est un peu, je vais dire, la carte postale.
11:54Alors il y a eu ça, il y a eu Djoul,
11:56le pape est venu à Marseille,
11:58ça a créé un grand engouement.
11:59Donc il y a des choses qui fédèrent.
12:01Encore une fois, il y a un « nous » marseillais,
12:03des anciens marseillais,
12:04des différentes couches d'immigration,
12:06des néo-marseillais,
12:07ce qu'on appelle les néo-marseillais,
12:08c'est-à-dire ces gens qui sont souvent
12:10un peu plus aisés,
12:11qui viennent de...
12:12des parisiens avec des gros guillemets
12:13qui sont des gens qui viennent d'ailleurs
12:15et qui s'installent en ville.
12:17Et on s'est rendu compte
12:19en triturant un peu la carte électorale
12:21que finalement, aux dernières élections municipales,
12:23même si c'est la gauche qui a gagné,
12:24Benoît Payan, en ça,
12:25Marseille a un peu rattrapé avec retard
12:28les autres métropoles,
12:29avec une coalition un peu rose-verte
12:32qui est attentive à la question des écoles,
12:34mais aussi des inégalités,
12:35mais aussi à la question
12:36de l'aménagement de l'espace public,
12:38du recul de la place de la voiture,
12:39tout ce qu'on a vu à Bordeaux,
12:41ce qu'on a vu à Strasbourg,
12:43ce qu'on a vu à Lyon,
12:44à Paris, évidemment, etc.
12:45Et en même temps,
12:46une fois qu'on a dit ça,
12:47il y a aussi tout un réservoir de vote
12:49RN très puissant,
12:51parce que le candidat Franck Alizio,
12:53si je me rappelle bien,
12:54du RN était au deuxième tour.
12:55Le RN a échoué,
12:56mais il fait quand même un carton,
12:58notamment dans des quartiers
12:58qui ne sont pas les quartiers nord,
13:00les plus appauvris,
13:02de plus en plus les quartiers sud,
13:03où la droite traditionnelle
13:04s'est faite clairement grand remplacée
13:06par le RN,
13:07mais surtout dans les quartiers
13:08qu'on appelle les quartiers est,
13:09que les gens qui ne sont pas marseillais
13:10situent moins,
13:11qui sont en gros les quartiers
13:13de maisons individuelles,
13:15où on se déplace en voiture,
13:16qui sont un peu le lotissement
13:17pavillonnaire à l'intérieur de Marseille.
13:19Et en fait,
13:20on s'est rendu compte
13:20que dans ces quartiers,
13:22notamment dans un quartier
13:23un peu intermédiaire
13:24qui s'appelle Saint-Jean-du-désert,
13:25qui est le quartier
13:26où Jul est né, agrandi,
13:28qui est dans le cinquième arrondissement,
13:29pour ceux qui connaissent,
13:30mais déjà un peu à la périphérie,
13:31en fait, le vote RN est très fort.
13:33Et plus on s'éloigne,
13:34plus les puissants,
13:36y compris dans des quartiers
13:37plutôt bourgeois.
13:38Et en fait, on s'est dit,
13:38tiens, il y a plusieurs styles de vie,
13:40il y a plusieurs styles de villes
13:41à Marseille comme ailleurs.
13:42Et ce côté à la fois fédérateur
13:44avec la musique,
13:45en fait, avec la pop,
13:46l'identité culturelle
13:47qui est autour de Marseille,
13:48qui est très fédératrice.
13:49Et le vote,
13:50on voit qu'il y a à la fois
13:51du nous et du pas du cou.
13:53Et ça, c'est quelque chose
13:54qu'on retrouve uniquement à Marseille
13:55ou c'est quelque chose
13:56qu'on pourrait reproduire
13:57sur toutes les métropoles,
13:58disons, françaises,
14:00c'est ce que tu décris
14:02avec une opposition nord-sud
14:03et une fracture centre-périphérie,
14:06disons,
14:06c'est propre à Marseille
14:07ou c'est un schéma très français ?
14:10C'est vrai que...
14:11Vas-y Gérald.
14:11Oui, moi, ce qui m'a surpris,
14:13par exemple,
14:13dans les dernières municipales à Paris,
14:15on pouvait dire
14:16que le loup RN est rentré dans Paris
14:17parce qu'il est rentré par les portes.
14:19Et donc, aux portes des métropoles,
14:21commence à arriver le RN.
14:22Et donc, il y a une fracture,
14:24en tout cas,
14:24entre périphérie et hyper-centre
14:26à l'intérieur même des métropoles.
14:27C'est-à-dire cette fameuse fracture territoriale
14:29à l'échelle du pays
14:30entre métropole et ruralité
14:32ou France périphérique,
14:33on commence désormais
14:33à la retrouver
14:34à l'intérieur des hyper-grandes villes.
14:36C'est quand même intéressant
14:37et ça devrait alerter
14:38ou interroger
14:39ou intriguer
14:40les responsables politiques.
14:41Oui, complètement.
14:42Alors, on a parlé
14:43un petit peu de la France périphérique
14:44mais on a parlé d'une grande ville.
14:46Forcément, on se pose la question
14:47de comment réunir les deux enjeux
14:49et comment les réconcilier.
14:50On en parle beaucoup,
14:51notamment François Ruffin
14:52avec les Tours et les Bourgs
14:54en particulier.
14:56Et vous proposez un remède,
14:58c'est toi, Gérald,
14:59La Marche.
15:00Alors, au début,
15:00je crois que c'était
15:01un coming-out macroniste.
15:02Voilà, mettons-nous en marche.
15:03Mais bon, c'était un peu dépassé,
15:04donc on ne sait pas ça.
15:05Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
15:07Raconte-nous un petit peu
15:07pourquoi La Marche ?
15:08Alors, ça commence par une blague,
15:10une joque.
15:12Je voulais savoir
15:13qui étaient les gens
15:14qui se rendent au travail à pied.
15:16Parce qu'il faut bien le dire,
15:18c'est un luxe.
15:18Et je pensais que c'était
15:19un luxe réservé
15:21aux hyper-métropolitains
15:23ou aux gens
15:23qui vivent dans des secteurs
15:25denses géographiquement,
15:27très, comment dire,
15:28irrigués par les transports
15:29en commun, etc.
15:30Et en fait,
15:31par la statistique,
15:32parce qu'on a travaillé
15:32quand même avec un data-analyste
15:34qui s'appelle Mathieu Garnier
15:35et qui est un fou furieux
15:36de la data,
15:36il faut saluer son travail,
15:38il m'a trouvé des données
15:39qui sont complètement dingues,
15:40qui montrent qu'en fait,
15:41on pourrait réconcilier
15:41les Français,
15:42alors ça relève de la blague,
15:43mais réconcilier les Français
15:44des métropoles
15:45et de l'hyper-ruralité,
15:46parce que ce sont
15:47les deux catégories
15:48de la population
15:49qui vont embaucher,
15:51qui se rendent au travail
15:53à pied.
15:53Alors, vous allez me dire,
15:54mais à quoi ça sert
15:55de dire ça ?
15:57Ça permet en fait
15:58d'explorer la question
15:59des mobilités,
15:59la question des transports
16:01et de dire qu'en fait,
16:02là encore,
16:03les choses sont bien
16:03plus compliquées.
16:04Oui, dans la France périphérique,
16:06c'est-à-dire aux portes
16:07des métropoles,
16:08on est obligé
16:09d'utiliser sa bagnole,
16:10mais dans la grande ruralité,
16:12on va aussi au travail à pied
16:14parce qu'on habite
16:14dans un village
16:15et aussi, il faut bien le dire,
16:16la statistique est un peu faussée
16:17parce que ce sont
16:17les agriculteurs
16:18qui, principalement,
16:20se rendent sur leur lieu
16:21de travail à pied,
16:21c'est tout simple,
16:22ils sortent de leur maison,
16:24ils sont sur leur exploitation.
16:26Mais j'ai trouvé
16:26que c'était marrant
16:27puisqu'à l'heure
16:28des mobilités douces,
16:29et on voit bien
16:29que ça génère
16:30des conflits très durs,
16:31parfois,
16:32entre automobilistes
16:33et cyclistes,
16:34d'explorer qui étaient
16:35les gens qui marchaient
16:36pour se rendre au travail.
16:37et pour les fans
16:39hardcore de géographie politique,
16:40il y a une forme
16:41de diagonale de la marche
16:42qui se dessine,
16:43qui recoupe plus ou moins
16:44ce qu'on appelle
16:45la diagonale du vide,
16:46donc c'est cette zone
16:47de la France peu habitée.
16:48Oui, oui.
16:49La marche que tu connais,
16:50parce que c'est aussi pour toi
16:51un moyen journalistique,
16:53on parlait du peuple
16:53de la frontière,
16:54c'est aussi un peu
16:55ce que tu as fait,
16:56est-ce que ça,
16:56enfin, pas complètement,
16:57mais tu avais pris ton bâton
16:58de pèlerin, disons,
16:59est-ce que ça en s'est en lien aussi ?
17:01Oui, oui,
17:01je me suis intéressé aussi
17:03à cette question de la marche,
17:04c'est effectivement
17:04que pour un livre précédent,
17:05j'avais marché
17:06le long de la frontière
17:07terrestre française,
17:08de Dunkerque jusqu'à Menton,
17:09ça m'avait pris 5 mois,
17:10et ça m'avait permis
17:12de rencontrer, en fait,
17:12tout un électorat
17:13qui ne vote pas
17:14pour Emmanuel Macron,
17:15alors même que
17:16les médias,
17:17c'était,
17:17et le milieu,
17:18le système,
17:19c'était entiché
17:19de ce candidat-là,
17:21et d'où ma passion
17:22et mon obsession
17:22pour la marche.
17:23Merci d'outer
17:24mes petites lubies.
17:27C'est un grand marcheur,
17:28Gérald,
17:28en fait.
17:28C'est le dernier marcheur
17:30d'ailleurs de France.
17:32Non, mais au-delà
17:33de la géographie,
17:34vous essayez aussi
17:35d'entrer dans les esprits.
17:37Jean-Laurent,
17:38tu te penches notamment
17:38sur les peurs,
17:40en particulier une peur,
17:41celle des squatteurs.
17:43Alors, pourquoi
17:44et qu'est-ce que ça dit
17:45justement de la France ?
17:46Alors, il faut tout à fait,
17:47il faut dire
17:48que ça s'inscrit
17:48dans une séquence du livre
17:49qui est assez importante,
17:52qu'on a surnommée
17:53« La France a peur »
17:53entre nous.
17:54Et en fait,
17:55dans cette séquence,
17:56qui est un peu
17:57la séquence sombre
17:57qui fait peur,
17:59on s'intéresse
18:00au, j'allais dire,
18:03à l'inverse du feel good,
18:04quoi,
18:04enfin au bad vibes,
18:05en tout cas,
18:06à tout ce qui fait peur
18:06aux Français.
18:07Que ce soit d'ailleurs
18:09très loin
18:10avec les arnaques
18:12au faux Brad Pitt
18:13de manière dématérialisée
18:15sur les réseaux,
18:15ou que ce soit
18:16au coin de la rue
18:16avec les cambrioleurs,
18:17on va avoir l'occasion
18:18d'en parler.
18:19Et donc,
18:20dans cette radiographie
18:20des peurs,
18:21j'ai consacré
18:22un article
18:24à la figure du squatteur,
18:25parce qu'il se trouve
18:26que j'ai travaillé
18:26sur les questions
18:27d'immobilier,
18:27de logement
18:28ces dernières années
18:29et je me suis rendu compte
18:30en interviewant
18:31beaucoup de propriétaires français,
18:32il y a des millions,
18:32des dizaines de milliers
18:33de propriétaires en France,
18:35qu'ils avaient tous,
18:37déjà,
18:38ils pensaient tous
18:38que c'était de moins en moins
18:40intéressant d'être propriétaire,
18:42qu'ils payaient trop de taxes,
18:43d'impôts, etc.
18:43Bon, ça,
18:44c'est pas très surprenant,
18:45mais surtout,
18:45ils me parlaient tous
18:46de la peur d'être squattés,
18:48que leur logement
18:49soit squatté,
18:49c'est-à-dire que quelqu'un
18:51rentre,
18:51comme le dit le droit,
18:52sans occupation,
18:54ni sans droit ni titre,
18:55et occupe illégalement
18:56le logement.
18:57Bon, et en fait,
18:57il se trouve que
18:58quand on regarde
19:00les sources qu'on peut trouver,
19:01il y a même eu un observatoire
19:02du squat qui avait été créé
19:04il y a quelques années,
19:05notamment par Emmanuel Wargon,
19:06le ministre du logement,
19:07on se rend compte
19:07qu'il y a très peu de cas.
19:08Alors, vous pouvez répondre
19:09oui, mais évidemment,
19:09parce que la plupart des cas
19:10n'arrivent pas au tribunal,
19:11donc en fait,
19:12il y a un chiffre noir
19:13du squat
19:14et il doit y en avoir
19:15des milliers,
19:15des dizaines de milliers.
19:16En fait, c'est un peu
19:17plus compliqué que ça.
19:18Il y a le squatteur
19:20stricto sensu,
19:21donc celui qui est rentré
19:22par les fractions chez vous
19:23et qui reste.
19:24Évidemment,
19:25on comprend que ça peut
19:25être traumatisant pour les gens,
19:26mais il y a aussi
19:27les gens qui sont de bonne foi,
19:29les familles,
19:29les couples
19:29qui sont rentrés
19:30avec un dossier
19:31et puis en fait,
19:32il y a un moment,
19:33ils ne peuvent plus payer,
19:33donc ils sont en situation
19:34d'impayé.
19:35Et donc,
19:36ça raconte d'une part
19:39la peur effectivement
19:40de l'autre,
19:41entre guillemets,
19:42de la part du propriétaire
19:42qui se méfie finalement
19:44du locataire,
19:45qui voit une figure
19:46potentielle de tricheur,
19:48d'arnaqueur,
19:49et puis ça dit aussi
19:49évidemment la crise du logement,
19:50puisque pourquoi
19:51on arrive à ces situations
19:53extrêmes ?
19:54Je ne parle pas
19:55des cas de malveillance,
19:57c'est parce que souvent
19:58les gens sont acculés,
19:59n'arrivent plus à payer
20:00et je me suis rendu compte
20:01en écrivant cet article
20:02qu'il y avait quelque chose
20:04comme 3 à 5 %
20:05d'impayés
20:06dans la région
20:07Île-de-France,
20:07donc ça commence
20:09à être très important
20:10et c'est une manière
20:11encore une fois
20:11un peu détournée
20:12par un archétype culturel,
20:14cette figure du squatteur,
20:15de parler d'un sujet
20:17grave et important
20:18comme la confiance
20:19entre les gens
20:20et la crise du logement.
20:22Alors,
20:22tu le disais,
20:22ça dit beaucoup
20:23de la crise du logement,
20:24mais aussi de la France
20:25des propriétaires.
20:25Vous vous penchez d'ailleurs
20:26sur différentes entrées
20:27sur la France
20:28des propriétaires,
20:29mais justement,
20:29est-ce que la France
20:30est encore un pays
20:31de propriétaires ?
20:32On a longtemps dit ça
20:33et là aussi,
20:34vous amenez
20:34des éléments de réponse.
20:36Qu'est-ce qu'il a né ?
20:37Oui,
20:37j'embraille
20:38sur la séquence immobilier.
20:40Oui,
20:41c'est notre Stéphane.
20:43Est-ce qu'on va revenir
20:43sur les peurs,
20:44mais c'est en lien aussi.
20:45Oui,
20:46non,
20:46mais bien sûr,
20:46bien sûr.
20:46Est-ce qu'il y a cette peur
20:47de la France des propriétaires,
20:48mais est-ce qu'elle existe
20:48vraiment encore ?
20:49Oui,
20:49alors,
20:49elle est absolument massive
20:51et j'ai consacré
20:52notamment un article
20:53sur la France Airbnb
20:54parce que c'est un sujet
20:55sur lequel je travaillais
20:56aussi récemment.
20:56Donc,
20:56dans les propriétaires,
20:57vous avez des gens
20:58qui font de la location
20:58longue durée,
20:59location courte durée,
21:00mais c'est vrai
21:00qu'aujourd'hui,
21:02il y a aussi,
21:03comment dire,
21:04traditionnellement,
21:05on pense que le propriétaire
21:06français,
21:07c'est plutôt quelqu'un
21:08qui a un vote conservateur.
21:09On l'imagine inquiet,
21:10on l'a dit,
21:11de la peur du squat.
21:11On l'imagine aussi touché,
21:15sensibilisé par la question
21:16de la révolte fiscale.
21:18C'est vrai aussi
21:19que c'est une population,
21:20les propriétaires,
21:21c'est une population âgée,
21:23il y a beaucoup de plus de 60 ans
21:24qui sont propriétaires
21:24notamment de résidences secondaires,
21:25mais il y a aussi,
21:26il ne faut pas l'oublier,
21:27beaucoup de Français
21:28qui sont des gens,
21:30des actifs,
21:30des trentenaires,
21:31carantenaire,
21:31cinquantenaire,
21:32qui sont des parents
21:33qui ont des enfants ados
21:34et qui ont fait leur rentrée
21:35des classes il y a quelques jours.
21:38Et dans cette population-là,
21:39effectivement,
21:40s'est imposée de plus en plus
21:41l'idée que le travail
21:43ne payait pas assez,
21:44qu'on ne pouvait pas vivre
21:45de son salaire
21:45et que donc,
21:46être propriétaire,
21:47c'était un rempart
21:48quelque part au déclassement
21:49et notamment le fait
21:50de faire de la courte durée,
21:51de louer son logement.
21:53Mais c'est vrai que,
21:54chez les plus jeunes,
21:55on voit le rêve
21:57de devenir propriétaire
21:58s'éloigner quand même
21:59de plus en plus,
22:00ce qui crée aussi
22:01des rancœurs,
22:02du ressentiment,
22:02des injustices aussi
22:04entre les générations,
22:05même si notre collègue,
22:08notre camarade Franck Dedieu
22:09consacre un article
22:10à la fameuse grande transmission
22:12dont on commence à parler,
22:13le fait que toute une partie
22:14de ce patrimoine immobilier
22:15va être transférée mécaniquement
22:17chez les jeunes générations,
22:19mais en fait,
22:19c'est plutôt chez les millenials
22:20qui sont comme nous,
22:22plus si jeunes que ça,
22:22même si on a l'air
22:23beaucoup plus jeunes,
22:24Gérald et moi.
22:25Mais blague à part,
22:26il va y avoir un repartage
22:28aussi important sur l'immobilier.
22:29Mais oui,
22:29pour répondre à votre question,
22:31pardon,
22:31j'étais un peu long,
22:32est-ce que l'accession
22:33à la propriété
22:34est encore possible
22:35pour les jeunes ménages,
22:36les jeunes couples ?
22:36C'est de plus en plus
22:37un problème,
22:38d'autant que la maison individuelle
22:40a connu ces dernières années
22:43à cause de la législation
22:48sur l'étalement urbain,
22:49contre l'étalement urbain.
22:50Donc, on voit bien
22:51qu'effectivement,
22:52dans les métropoles,
22:53en tout cas,
22:53on arrive un peu
22:54à la fin d'une possibilité
22:55qui était la possibilité
22:56de devenir propriétaire
22:58relativement jeune.
22:59Il y a la question
23:00des conditions matérielles,
23:01mais est-ce que c'est
23:01pas aussi un changement
23:02de philosophie ?
23:03La propriété ne fait plus rêver,
23:04peut-être,
23:04parce qu'il y a peut-être
23:05un désir d'être moins ancré,
23:08d'avoir plus de liberté ?
23:08Je ne sais pas,
23:09qu'est-ce que vous pensez
23:10de ça ?
23:11Alors, celui qui a travaillé
23:12notamment sur ces questions
23:13chez nous,
23:13c'est Raphaël Liorca.
23:15Ce qu'il dénote,
23:16il y a plusieurs entrées,
23:17un consacre au logement,
23:17parce que c'est quand même
23:18un tiers du budget des Français,
23:19on ne pouvait pas passer à côté.
23:21Lui, il note que les Français
23:22déménagent moins,
23:23donc une forme de ralentissement.
23:25La question, c'est
23:25est-ce que c'est contraint subi
23:27ou est-ce que ça relève du choix
23:28parce qu'il y aurait
23:29une sorte de modification
23:30des aspirations profondes ?
23:32Ce qu'il note aussi,
23:34c'est que désormais,
23:35l'accession à la propriété,
23:37c'est devenu presque
23:38un sport olympique.
23:39Ce que je veux dire,
23:40ça n'est plus aussi simple
23:41que ça l'était
23:41pendant les 30 Glorieuses.
23:43Et du coup,
23:44il considère,
23:45il utilise une formule,
23:46il dit,
23:46désormais,
23:47vous avez des gens
23:47qui vous proposent
23:48de hacker le système
23:50parce qu'en fait,
23:51le système est tellement complexe
23:53pour accéder à un logement,
23:55c'est que ça devient une épreuve.
23:56Et donc,
23:57vous avez des tas de gens
23:57qui vous donnent des conseils,
23:59qui sont des sortes de coachs
24:00pour essayer d'avoir un appartement,
24:02ne serait-ce que pour louer
24:03un appartement.
24:04Bon, je n'irai pas juste
24:05que sur le sujet
24:06de ceux qui sont obligés
24:07de tricher sur leur dossier
24:08qu'ils présentent
24:09aux agences immobilières,
24:10mais c'est un sport national,
24:11tout le monde le sait
24:12et on vit dans un théâtre d'ombre
24:14où les agents immobiliers
24:15considèrent qu'il faut encore
24:16donner un dossier
24:17en fournissant des fiches de paix
24:19qui sont toutes truquées en France.
24:20Toutes.
24:21Tout le monde le sait
24:22et donc,
24:23je ne sais pas
24:23ce qui relève de l'aspiration
24:24et de la contrainte,
24:26en fait,
24:26dans l'accession à la propriété
24:27ou ne serait-ce que
24:28dans un logement à louer.
24:30Voilà.
24:31En tout cas,
24:31si vous voulez continuer
24:32ce sujet-là,
24:32c'est vrai,
24:33il y a énormément d'entrées
24:33sur l'immobilier
24:34et c'est très intéressant.
24:35Ça pourrait être un sujet aride
24:36mais vous le traitez justement
24:37de façon à nous aspirer
24:39complètement dans ce sujet-là.
24:41Donc là aussi, bravo.
24:42Mais je voulais revenir
24:42sur l'action des peurs
24:44parce qu'on a fait
24:44un petit crochet vers l'immobilier
24:46mais c'est un lien.
24:48Vous êtes à l'humanité
24:49donc il y a une tradition communiste
24:51et vous êtes allé vérifier une phrase.
24:53L'électeur RN
24:54est un ancien électeur communiste
24:55qui a été cambriolé deux fois.
24:57C'est toi Gérald, je crois.
24:59Alors, verdict,
24:59ça intéresse nos lecteurs
25:01et nos spectateurs.
25:01Alors, déjà, le problème
25:03c'est la genèse de cette phrase.
25:05Si quelqu'un sait
25:06qui l'a inventée,
25:07qui l'a prononcée la première fois,
25:08je suis preneur.
25:09Moi, je n'ai pas trouvé la source.
25:10C'est une légende urbaine
25:12de la politique.
25:13C'est une légende urbaine
25:14et en fait,
25:14je me suis amusé
25:15à essayer de la vérifier.
25:17En fait, c'est invérifiable
25:18parce que si on la vérifie
25:19véritablement,
25:20l'électeur RN
25:21serait un ancien électeur communiste
25:23qui a été cambriolé deux fois.
25:24Il faudrait que Mathieu Garnier,
25:26qui est notre data-analyse formidable,
25:27me trouve une stat
25:28sur les gens
25:28qui ont été cambriolés deux fois.
25:30Donc, la chose que l'on a fait,
25:32c'est qu'on a comparé
25:34le vote RN
25:35au taux de cambriolage
25:37sur l'entièreté
25:37des communes de France.
25:39Et ce qui peut être intéressant,
25:40c'est que ça me permet
25:41de sortir trois profils
25:42types de communes.
25:43Alors, accrochez-vous,
25:44il faut se concentrer un peu.
25:45Il y a des communes
25:46à fort taux RN
25:47et à fort taux de cambriolage.
25:50Et ça me permet
25:51de dessiner des communes
25:52qui sont des toutes petites villes
25:54puisqu'elles sont à 2500 habitants,
25:56grosso modo.
25:57En France,
25:57une ville est considérée
25:58à partir de 2000 habitants.
25:59Donc, fort taux RN,
26:01fort taux de cambriolage,
26:02les communes de 2000 habitants.
26:04Faible vote RN
26:05et fort taux de cambriolage,
26:06ce sont les grandes villes
26:07et notamment les métropoles,
26:08ce qui donne une moyenne
26:09de villes de 10 000 habitants.
26:11En revanche,
26:12ce qui politiquement
26:12peut être très intéressant,
26:13c'est le troisième profil type
26:15des communes.
26:15C'est les communes
26:16qui ont un fort taux RN
26:17et très peu de cambriolage
26:19au final.
26:20Et là, on est dans des villages
26:21qui tournent
26:21nous alentours de 500 habitants.
26:24Alors, pourquoi c'est intéressant ?
26:25C'est parce que c'est des gens
26:25qui vivent dans la peur
26:26d'être cambriolés
26:27alors que le cambriolage
26:28est plutôt minoritaire.
26:30En revanche,
26:31ce que montre la statistique,
26:32c'est que désormais,
26:33les cambriolages vont
26:34de plus en plus loin
26:35dans la France profonde
26:36et que les gens
26:37qui votaient déjà RN
26:38et redoutaient d'être cambriolés
26:39ont toutes les chances
26:40désormais d'être vraiment cambriolés
26:41et donc confortés
26:42dans leur propre vote.
26:44Nous, la question,
26:44c'est toujours de ramener ça
26:45aux politiques
26:46quand ça l'air anecdotique.
26:47C'est de dire, en fait,
26:47aux responsables politiques,
26:48il y a là un sujet
26:49de préoccupation majeure.
26:50Il faut savoir le sentir.
26:52Et donc, là, les politiques,
26:52par exemple,
26:53ils ont trois profils type de ville.
26:54Ils peuvent adapter
26:55leurs réponses
26:56et leurs discours
26:56à ces trois profils de ville.
26:58Alors, justement,
26:59sur cette peur du cambriolage
27:01et du cambriolage effectif,
27:02il y a un dispositif
27:02qui fonctionne énormément.
27:04C'est le dispositif
27:04de voisins vigilants.
27:06Vous en parlez aussi.
27:07C'est quelque chose
27:07qui est trop peu traité,
27:11près de 40 millions de Français
27:13vivent dans une commune
27:14dans laquelle plus de 10 habitants
27:15y sont inscrits.
27:15Donc, ça dit quand même
27:16quelque chose de ce succès.
27:18Mais qu'est-ce que ça raconte,
27:19justement, ce succès,
27:21cette adhésion
27:22vers ce dispositif-là
27:23qu'on pourrait voir
27:24comme solidaire,
27:25mais malgré tout,
27:26c'est une solidarité
27:27qui se construit sur la peur ?
27:28Alors, moi,
27:28j'inverserais peut-être
27:29le discours.
27:30C'est que, de prime abord,
27:32on peut se dire,
27:32oula, l'installation
27:33d'un tel système,
27:35c'est l'instauration
27:36de petites milices
27:37à travers le pays.
27:39C'est comme ça que nous,
27:40les bobos,
27:40on le voit pour dire les choses.
27:42Quand on a commencé
27:42à bosser sur le sujet,
27:43on s'est dit,
27:44voilà, voisins vigilants,
27:45comme le disait,
27:46c'est la mine fasciste,
27:47les gens qui s'arment.
27:48Et Raphaël Liorca
27:49qui a bossé sur le sujet,
27:51en fait,
27:51il se rend compte que
27:52c'est d'abord, en fait,
27:53c'est une sorte
27:54de nouveau réseau social.
27:56Parce que, donc,
27:56il y a un million
27:57de voisins vigilants
27:58et que les cambriolages,
28:00par exemple,
28:01et les rôdeurs,
28:02ça concerne,
28:03c'est la quatrième alerte
28:04reçue sur le réseau
28:05voisins vigilants
28:06puisque c'est une sorte
28:06de Waze.
28:07Vous pouvez signaler
28:08quelque chose
28:09qui ne va pas,
28:10qui vous déplaît.
28:10Et en fait,
28:11d'abord,
28:12ce sont les gens
28:13qui sont égarés,
28:14c'est les dépôts sauvages
28:15d'ordures qui sont signalés.
28:17Et donc, finalement,
28:18là aussi,
28:18c'est pour dire,
28:19je reviens au propos
28:20initial qu'on avait,
28:22les Français sont
28:22beaucoup plus complexes
28:23qu'on ne voudrait le penser.
28:25Ils sont beaucoup plus
28:26ambivalents et complexes
28:27que les responsables politiques
28:28nous le disent.
28:29Et derrière,
28:29voisins vigilants,
28:30oui,
28:30il y a une trouille de l'autre.
28:31Il ne faut pas du tout
28:32la nier.
28:33La France a peur,
28:34on l'a dit,
28:34c'est une part importante
28:36du livre.
28:38Mais en fait,
28:38il y a encore une fois
28:39cette complexité
28:39qu'on retrouve
28:40dans des sujets
28:41comme les voisins vigilants.
28:42Je voulais quand même
28:43préciser,
28:44parce que je l'ai découvert
28:45comme toi,
28:46je pense,
28:46dans l'article de Raphaël,
28:47que l'appli s'appelle
28:49Voisins Vigilants Solidaires.
28:50Elle a changé de nom,
28:51justement,
28:51pour mettre en avant
28:52ce caractère
28:55purement sécuritaire.
28:56Et comme le dit Raphaël
28:57à la fin du papier,
28:58c'est aussi ce qui permet
28:59de retisser du lien
29:00dans la France pavillonnaire
29:01et du lotissement
29:01où on ne connaît pas
29:02forcément son voisin.
29:03Et donc,
29:03on peut être souvent
29:04cambriolé.
29:05Je renvoie à ce que
29:07disait Gérald tout à l'heure.
29:08Voilà,
29:08ça tourne.
29:08On tourne.
29:09De la recirculation
29:10entre les articles.
29:11On est en toupie totale.
29:12J'avais aimé cet article.
29:15Et ça dit aussi
29:16quelque chose
29:17des abandons,
29:18de la démission
29:18de l'État aussi,
29:19parce qu'il y a une volonté
29:20d'être protégé davantage,
29:21donc on va se protéger
29:22par nous-mêmes.
29:22Mais il y a aussi
29:23toute une dynamique
29:23d'avantage de volonté
29:25d'autogestion au-delà.
29:26On a beaucoup parlé
29:27des auto-justiciers,
29:28notamment.
29:29Et justement,
29:30sur ce point-là,
29:31sur le désir d'État,
29:32est-ce que vous avez noté
29:33un désir d'État particulier ?
29:34Il y a toute une partie
29:35sur les services publics,
29:36notamment.
29:36Est-ce que les Français
29:37croient encore en l'État
29:38ou au contraire,
29:38ça devient des immenses libéraux
29:39qui vont s'organiser eux-mêmes ?
29:41Bon,
29:41j'ai une note
29:42de mes petites marottes
29:43que tu connais.
29:44Et pour ce qui est de l'État
29:45et des services publics,
29:45je suis obsédé
29:46par ce qu'on a fait
29:48de la Poste.
29:48La Poste,
29:49société anonyme,
29:51ok,
29:51mais à capitaux publics.
29:53Et donc,
29:54pour moi,
29:55la Poste,
29:55c'est vraiment l'incarnation
29:56de la présence de l'État
29:57et de la considération
29:59qu'il porte aux citoyens
30:00qui sont à proximité
30:01du bureau de Poste.
30:02Parce que, bon,
30:02je ne vais pas vous faire
30:03la symbolique,
30:04c'est ce qui vous relie
30:04à l'autre,
30:05c'est ce qui fait
30:06que vous n'êtes pas isolé
30:07et donc considéré par l'État.
30:08Et là aussi,
30:09c'est intéressant
30:09de voir une corrélation
30:10entre présence ou absence
30:11de bureau de Poste
30:12et taux de vote RN.
30:14Et en fait,
30:15quand vous avez un bureau de Poste,
30:16le taux de vote RN
30:17est trois points en dessous
30:19d'une commune
30:19où il n'y a pas
30:21de bureau de Poste.
30:21Et alors,
30:22quand on rentre dans le détail,
30:23ça devient passionnant
30:24parce qu'on est même allé
30:25jusqu'à tester,
30:26avec Mathieu,
30:28qui fait vraiment
30:28un travail formidable,
30:29on est allé jusqu'à tester
30:30la présence ou pas
30:32de relais Poste
30:32qui sont les bureaux de Poste
30:34au rabais
30:34qu'on installe
30:35chez les commerçants.
30:36Je dis au rabais
30:36parce qu'en fait,
30:38c'est très utile,
30:39ça rend bien des services
30:40et les commerçants
30:40qui font ça
30:41le font avec bon cœur,
30:42ils trouvent un intérêt
30:43et les gens autour aussi.
30:44Mais on voit bien
30:45que dans les faits,
30:47ça ne remplacera jamais
30:48le bureau de Poste.
30:49Et oui,
30:49il y a un désir d'État.
30:51Et d'ailleurs,
30:51il y a une autre entrée
30:52qui est consacrée
30:52aux services publics.
30:53Les gens y sont attachés.
30:56Ils se sentent quand même
30:58un peu trop éloignés
30:59de l'État.
31:00Et je pense que les Français...
31:02En fait,
31:02en France,
31:02l'État,
31:03c'est quelque chose de majeur.
31:04Ce n'est pas une petite chose.
31:05Et le recul de l'État,
31:07c'est une question sérieuse
31:09et qui sera,
31:09à mon sens,
31:10évoquée dans cette campagne.
31:11Et si elle ne l'éptait pas,
31:12ça serait une erreur.
31:14Et en même temps,
31:14si je peux rajouter un point,
31:16ce que je trouve intéressant,
31:17donc qu'on traite dans le livre,
31:18tu as quand même cette question
31:18du ras-le-bol fiscal.
31:20Oui, c'est vrai.
31:20Il monte avec les Nicolas qui paient,
31:22le fameux slogan
31:23de ce père de famille,
31:25on va dire,
31:26qui travaille
31:27et qui est essoré
31:28par le système
31:29et les impôts,
31:30selon lui.
31:30C'est devenu un peu
31:31un mème d'extrême droite
31:31qu'on a vu
31:32devenir très populaire.
31:33Et au moment où on parle,
31:34Sarah Knafo vient de faire paraître
31:36son livre sur
31:36le casse du siècle,
31:38qui est donc son enquête
31:41sur la manière
31:42dont l'État nous vole,
31:43selon elle.
31:43Donc j'ai hâte de voir
31:44les chiffres de vente
31:46de ce bouquin
31:46pour voir si effectivement
31:47ça trouve un écho
31:48dans le public.
31:48Mais c'est vrai que sur l'État,
31:49il y a quand même
31:50ce paradoxe.
31:52Oui, on est encore
31:52dans cette ambivalence.
31:53Je pense que les gens
31:54veulent plus d'État,
31:54mais qu'ils soient
31:55plus efficaces
31:56et moins dépensiers.
31:57Alors ça peut déplaire
31:58aux spectateurs
31:59et aux lecteurs de l'HUMA,
32:00mais on est encore une fois
32:01dans cette complexité-là.
32:03Vous allez me dire,
32:03oui, mais ce ne sont pas
32:04les mêmes personnes
32:04qui ont ce raisonnement.
32:06Ben si, parfois,
32:06ça peut être la même personne
32:07qui aime l'État,
32:08qui aime les services publics
32:09et qui est capable aussi
32:10de critiquer la dépense publique.
32:12Oui, oui, il y a une volonté
32:13de peut-être,
32:15possiblement,
32:15continuer à contribuer,
32:17disons,
32:17au fonctionnement de l'État
32:18à l'État-providence,
32:19mais on veut savoir
32:20où va l'argent,
32:21on veut que l'État
32:22soit justement efficient
32:22et en raccolté les fruits.
32:25Alors, je rebondis
32:25sur ce que tu disais
32:26sur les bureaux de poste.
32:27Il y a aussi un point intéressant
32:28où vous rangez,
32:31disons, par catégorie,
32:33les...
32:34Alors peut-être que tu vas
32:35me le raconter,
32:36mais différence de score,
32:37justement, dans les villages
32:38équipés de différents services
32:39ou de commerces,
32:40qu'est-ce qui fait
32:41qu'on va voter plus RN
32:43dans telle ou telle commune ?
32:45C'est la même méthodologie
32:46qui est expliquée précédemment.
32:47Je la rappelle
32:48parce que là aussi,
32:49elle est un peu complexe.
32:50On a regardé dans les villages
32:51de moins de 1000 habitants
32:52le vote RN,
32:53son niveau,
32:53et en face,
32:54le taux d'équipement
32:55en services,
32:56en commerce, etc.
32:57Et on s'est rendu compte
32:58de faits assez marrants
33:01qui retiendront l'attention,
33:02mais derrière,
33:03il y a une explication
33:04bien plus intelligente,
33:05en tout cas,
33:05je crois,
33:06j'espère,
33:07c'est que les villes
33:08qui possèdent
33:09un institut de beauté
33:10ou une onglerie
33:10sont les villes
33:11qui ont un taux de vote RN
33:12plus élevé,
33:14de 3 points.
33:15A contrario,
33:16les villes
33:16qui ont des équipements
33:18de tourisme,
33:18à savoir une structure
33:20de soie à l'élastique,
33:21via ferrata,
33:22ou une structure d'escalade,
33:24etc.,
33:25ont un taux de vote RN
33:269 points en dessous
33:27de la moyenne
33:27que les autres villages
33:28de moins de 1000 habitants,
33:30puisque la référence,
33:31c'est ça.
33:32Vous allez dire,
33:32mais qu'est-ce que c'est
33:33que cette folie ?
33:33Évidemment qu'il n'y a pas
33:34de corrélation.
33:35Si vous ouvrez
33:35un institut de beauté,
33:37vous n'allez pas participer
33:38à faire augmenter
33:39le RN.
33:39Simplement,
33:40ces équipements
33:41sont révélateurs
33:42des conditions
33:43socio-économiques
33:44des gens qui vivent
33:45dans ces villages.
33:46Et les villages
33:47qui accueillent,
33:47en fait,
33:48des structures de tourisme,
33:49donc j'évoque
33:50la Via Ferrata,
33:51le Soil et l'escalade,
33:52mais ça va être
33:53un bassin de piscine,
33:55ça va être
33:56un office de tourisme,
33:57ça va être...
33:59Des auberges de jeunesse,
34:00Des auberges de jeunesse,
34:01etc.
34:01Des villages vacances.
34:02Des villages vacances.
34:03Tout ça,
34:03ça dénote d'endroits
34:04qui sont attractifs,
34:06dynamiques,
34:07et donc qui génèrent
34:08des revenus,
34:08de la richesse
34:09et qui font vivre
34:09la commune et ses environs.
34:11C'est aussi bête que ça.
34:12Et où ça génère
34:12du collectif aussi,
34:13j'imagine qu'il y a un peu de...
34:14Oui, oui, c'est ça.
34:15Et en fait,
34:15cet argent qui rentre
34:16peut générer du collectif
34:18par la bande,
34:19puisque ça permet aussi
34:19de financer des structures,
34:21de faire vivre
34:21des associations,
34:23des entreprises,
34:24des commerces de proximité,
34:25etc.
34:26Par effet domino,
34:27en quelque sorte.
34:28Alors,
34:29il y a une donnée
34:30qui transparaît
34:30un petit peu
34:31de toutes les entrées,
34:32c'est une forme de nostalgie.
34:34Est-ce que c'est si présent
34:35que ça,
34:36aujourd'hui,
34:36chez les Français,
34:37ce discours-là
34:38de « c'était mieux avant ? »
34:41Enfin,
34:41quel regard vous portez
34:42justement sur cette question-là,
34:43sur la nostalgie ?
34:44Alors,
34:44merci de poser la question,
34:45parce que pour nous,
34:46c'est un thème
34:46qui est important,
34:47au point qu'il clôt le livre.
34:50C'est le dernier article.
34:52Plusieurs choses.
34:53On peut en faire une lecture
34:54à plusieurs niveaux.
34:56Déjà,
34:56l'amplitude temporelle
34:57de la nostalgie,
34:58elle est très vaste.
34:58Elle va de nos ancêtres
34:59les Gaulois,
35:00entre guillemets,
35:01au design de la Renault R5
35:03des années 80
35:03et même aux années 2000
35:04et à la nostalgie
35:06du petit téléphone Nokia
35:07avec le serpent
35:08pour les plus âgés
35:09d'entre nous
35:09qui nous regardent.
35:11Donc,
35:12elle est très variable
35:13en termes d'univers temporel,
35:15en termes de valeurs.
35:16Elle est variable aussi
35:17sur,
35:18comment dire,
35:19le critère
35:20sur lequel on est nostalgique.
35:21C'est-à-dire,
35:21est-ce qu'on est nostalgique
35:21des valeurs,
35:22du « c'était mieux avant »,
35:23l'ordre,
35:24la religion,
35:25les grandes institutions
35:26qui nous encadraient ?
35:27Où est-ce qu'on est nostalgique
35:29finalement du vintage,
35:30du rétro,
35:30de l'esthétique culturelle
35:32de la nostalgie ?
35:33C'est un peu les deux
35:33et on s'est rendu compte
35:35qu'en tout cas déjà
35:36qu'il y avait un tronc commun
35:37de nostalgie
35:38qu'on pourrait dater
35:39aux 30 glorieuses.
35:40Dans tous les sondages,
35:41il y en a un notamment
35:42qui a fait beaucoup de bruit
35:43d'Ipsos,
35:44si je ne dis pas de bêtises,
35:45qu'on recite
35:46parce que dans,
35:47je crois,
35:47plus d'une trentaine de pays,
35:48on a demandé aux gens
35:52et évidemment,
35:53bingo,
35:53c'est en France
35:54que les gens
35:55ont été le plus nombreux
35:56à répondre en 1975.
35:58Donc il y a quand même un truc,
35:59je veux bien que les sondages
36:00ne soient pas toujours bien faits
36:00mais là,
36:01il y a quand même
36:01plus de 30 pays,
36:02ça raconte quand même
36:03quelque chose.
36:04Donc il y a ce tronc commun
36:05de nostalgie
36:06du plein emploi,
36:08de la France
36:08qui était tournée vers la vie,
36:09on connaît tout ça,
36:11on l'a entendu beaucoup
36:12mais je pense qu'il y a aussi
36:14probablement la panne d'avenir
36:15qui joue dans ce tronc commun
36:17nostalgique
36:18et cette communion nostalgique
36:21et Gérald,
36:21tu veux peut-être ajouter
36:22quelque chose ?
36:22Moi, c'est le pendant
36:24idéologique et politique
36:25qui moi me passionne
36:27sur cette question,
36:28c'est que je trouve
36:29que c'est ce qui fait,
36:30et c'est pour ça
36:31qu'on l'a mis à la fin,
36:32ça fait des Français
36:33un peuple éminemment politique.
36:35Quel est le lien ?
36:35C'est qu'à partir du moment
36:36où on se tourne vers le passé,
36:37ça montre bien
36:38que le présent
36:39et le futur
36:40ne nous satisfont pas
36:42et qu'il y a en fait
36:43une volonté
36:44qui travaille les Français
36:44de changer le cours des choses.
36:47Donc ça montre quand même
36:50cette volonté collective
36:51puisque si on veut retrouver
36:52du nous
36:53cette volonté collective
36:54de ne pas être embarqué
36:55dans le grand bain
36:56de la globalisation,
36:57de la mondialisation néolibérale,
36:59etc.
37:00Il y a des choses
37:00qui nous déplaisent
37:01dans le monde
37:02tel qu'il va.
37:03Alors, pour finir,
37:05ce sera ma dernière question,
37:06je vais vous la poser
37:07à tous les deux
37:08parce qu'on parle de nostalgie,
37:09la nostalgie ça dénote
37:10forcément d'une certaine peur
37:12du déclassement
37:13qui là pour le coup
37:14touche différentes Frances,
37:16différents de nous,
37:17que ce soit la France Airbnb,
37:19on en a parlé,
37:20la France périphérique,
37:21la France moche aussi,
37:22vous en parlez également,
37:23celle que Télérama
37:24avait appelée comme ça.
37:25C'est moins moche
37:25qu'il y a 20 ans.
37:26Exactement.
37:27Et vous l'expliquez.
37:29Aussi la France du travail,
37:30bien qu'elle travaille
37:31pour les actionnaires
37:32à partir du 9 octobre,
37:33là aussi vous notez,
37:36vous révélez
37:36le jour du dépassement
37:37justement des actionnaires
37:38et je salue d'ailleurs
37:39à cette occasion
37:40le travail de Franck de Dieu,
37:41c'est lui qui a travaillé là-dessus.
37:42Et de Sébastien Grob,
37:44journaliste économique
37:45à Marianne,
37:47qui a eu l'idée formidable
37:48d'inventer ce jour
37:48du dépassement capitaliste
37:50avec Franck de Dieu
37:51qui est l'équivalent
37:51du jour du dépassement
37:52de la Terre.
37:53Mais voilà,
37:54c'est le moment
37:55où on travaille plus
37:55que pour les actionnaires
37:56et non plus
37:57pour rémunérer les salariés.
37:58Et c'est hyper intéressant
37:59d'ailleurs parce qu'il y a
37:59une frise selon
38:00où vous travaillez,
38:02c'est beaucoup plus tôt.
38:03J'ai Total Energy,
38:03je crois que c'est au mois de mai
38:04à peu près.
38:05Oui, Total Energy,
38:06c'est dès le 23 mai,
38:07on ne paie plus les salariés,
38:08c'est fini,
38:09on ne rémunère plus
38:10qu'en dividendes
38:11les actionnaires.
38:12On voit très bien
38:13la part capital travail.
38:14Après, il y a des bons élèves
38:15qui sont surprenants.
38:16Bouygues, 14 décembre,
38:18Société Générale,
38:193 décembre,
38:20Veolia, Capgemini,
38:21fin novembre.
38:22C'est vrai qu'on ne les attendait pas.
38:23Non, non.
38:24Mais on passe en revue
38:25l'entièreté des entreprises
38:26du CAC 40.
38:27Donc, si vous êtes vous-même
38:28employé d'un grand groupe,
38:29vous pouvez voir
38:30pour qui vous travaillez
38:31et à partir de quelle date.
38:32C'est ça.
38:32Vous pouvez demander des comptes
38:33et organiser un grave général.
38:35Je pense que c'est un outil,
38:38ce jour du dépassement capitaliste
38:39est un outil
38:40dont devraient se saisir
38:41les salariés.
38:42Déritablement.
38:42Ça devrait être un indicateur
38:43connu partout en France.
38:45Complètement.
38:45Non, mais je suis totalement d'accord.
38:47D'ailleurs, j'invite les spectateurs
38:48à se jeter sur votre livre
38:50parce qu'il y a toute une partie
38:50là-dessus.
38:51Et juste pour revenir
38:52à ma question
38:53sur la peur du déclassement,
38:55on a l'impression
38:56que c'est ce qui devrait
38:57régir les prochains débats
38:59pour l'élection présidentielle.
39:00Est-ce que de ce côté-là,
39:01les candidats aujourd'hui
39:02sont à la hauteur ?
39:04Est-ce qu'ils sous-estiment
39:05peut-être d'une certaine façon
39:06cette peur du déclassement
39:07qui a l'air de toucher
39:09toutes les Frances ?
39:10Pas seulement la France
39:10qui vote RN,
39:11pas seulement la France des bourgs,
39:12etc.
39:12C'est vraiment toute la France
39:13on a l'impression,
39:14en vous lisant en tout cas.
39:15Non, moi je n'ai pas l'impression
39:17parce que ce sont des thèmes
39:18qui se sont imposés
39:19dans le débat,
39:19de même que celle
39:20de la fiscalité.
39:22Je pense qu'on va avoir
39:23des débats moins centrés
39:25sur uniquement l'identité
39:26et l'immigration
39:27que ce qu'on a connu.
39:28On voit que même
39:29au Rassemblement national,
39:30un des sujets de clivage,
39:31c'est celui de l'économie.
39:33Donc je pense que là,
39:35il y a aussi toute une génération
39:36qui arrive aux manettes
39:38et qui arrive,
39:39qui devient adulte,
39:40qui a des enfants,
39:41qui vote,
39:42qui est aussi la population
39:43des consommateurs,
39:44des consommatrices.
39:45On voit très bien
39:45que dans cette génération-là,
39:48oui, le sentiment
39:50d'essoufflement,
39:51le fait de ne pas y arriver
39:53gagne beaucoup de population,
39:55y compris d'ailleurs
39:55les populations
39:55qui vont relativement bien.
39:57C'est là où il y a peut-être
39:58quelque chose de neuf
39:58par rapport aux Gilets jaunes,
39:59par rapport à toutes les crises
40:00dont on a parlé ces dernières années,
40:01c'est qu'y compris la France
40:03qui va bien
40:04avec de grands guillemets,
40:05se sent de moins en moins
40:08à l'aise
40:08ou en tout cas
40:09fait partie aussi
40:10des populations
40:11qui ont peur
40:12de ce déclassement.
40:14Pour ajouter un point,
40:16je dirais que,
40:17moi, pour ma part,
40:18j'espère que cette crainte
40:19du déclassement
40:20va devenir un sujet
40:22majeur de débat.
40:23Le problème,
40:23c'est que là,
40:24on sent bien
40:24que jusqu'à décembre,
40:25on va surtout avoir
40:26la course de petits chevaux,
40:28qui est candidat,
40:28la multiplicité des candidats,
40:30qui va s'effacer,
40:30qui va se rallier.
40:32Il faut espérer
40:32que cette fois,
40:33on ait droit
40:33à une véritable présidentielle
40:34avec des débats thématiques
40:35parce que si on passe en revue
40:36les différentes campagnes
40:38présidentielles précédentes,
40:39elles ont été,
40:40en fait,
40:41sur le plan idéologique,
40:43thématique,
40:43elles ont été balayées,
40:44parfois par l'affaire Fillon,
40:46parfois par l'idée
40:47qu'il fallait simplement
40:48repousser le mal
40:49qui était le voterène
40:50et donc voter pour Emmanuel Macron.
40:52Et j'espère que cette fois,
40:54en fait,
40:54cette campagne,
40:55elle ne sera pas confisquée
40:55et que la multitude de thèmes
40:56qu'on aborde,
40:57notamment dans Nous,
40:58les Français,
40:59seront abordés
41:00et que les Français auront droit,
41:01enfin,
41:01à une campagne présidentielle
41:02assez digne
41:03et sur ces thématiques
41:05qui leur sont chères
41:06parce que ce sont leurs préoccupations
41:07de savoir
41:08est-ce qu'ils ont un avenir
41:09décent à offrir
41:10à leurs enfants.
41:10Oui,
41:11espérons-le,
41:12mais en tout cas,
41:12voilà,
41:13nous,
41:13les Français,
41:14donc je le remontre
41:14une nouvelle fois à la caméra,
41:15évidemment,
41:16on le conseille
41:16et on le recommande
41:18autant pour nourrir
41:19notre réflexion personnelle
41:20mais aussi pour nourrir
41:21les dîners de famille
41:22parce que je pense
41:22qu'il y a pas mal
41:23de points
41:24qui peuvent créer
41:24des frictions
41:25mais surtout
41:25des débats
41:26très intéressants
41:27entre les différents
41:29nous,
41:29justement,
41:30qui composent
41:30la société française.
41:31En tout cas,
41:31merci beaucoup,
41:32messieurs,
41:33de votre travail
41:33et d'avoir été là
41:35et puis,
41:36vous continuez
41:37à nous suivre
41:38et à vous abonner,
41:38évidemment,
41:39à l'humanité.
41:40A bientôt.