- il y a 19 heures
Jean Viard, sociologue, est notre invité ce matin pour évoquer son livre "Une France bousculée" (aux éditions de l'Aube). Un recueil de ces chroniques tenues pendant cinq ans sur France Info, de la pandémie de Covid-19 à notre monde secoué par Trump et l'intelligence artificielle. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20/le-grand-entretien-du-dimanche-11-janvier-2026-5120896
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00:00La France de 2026 dans le grand entretien. Ce matin avec Marion Lourdes, nous recevons l'un de nos grands intellectuels.
00:07Il est sociologue, directeur de recherche associé au Cevipof CNRS.
00:12On lui doit de nombreux ouvrages qui sont devenus des références et nous voulions l'entendre en ce début d'année sur les grands enjeux qui travaillent notre société.
00:22Il publie « La France bousculée », un recueil de ses chroniques tenues pendant 5 ans chez nos amis de France Info.
00:30Depuis la pandémie de Covid-19 jusqu'à notre monde secoué par Trump et l'intelligence artificielle.
00:38Un livre massif, un véritable objet énorme, un tour de force et une radiographie de notre société.
00:46Bonjour Jean Viard.
00:47Bonjour.
00:48Et bienvenue. C'est un grand livre sur la France que vous publiez et nos auditeurs peuvent vous interroger, réagir à votre analyse de notre société au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France.
01:04On va rentrer dans le détail et dans un certain nombre de ces enjeux dont vous vous emparez dans ce sujet.
01:10On a parfois l'impression que c'est l'éternel retour du même janvier qui secoue la France ou qui caractérise l'évolution de la France.
01:20Mais allez, admettons qu'il y a quelque chose comme du neuf, comme de la nouveauté en un début d'année comme celui-ci, début d'année en 2026.
01:30Si vous deviez pratiquer l'analyse à chaud, comment est-ce que vous qualifieriez l'ère du temps, l'ère du temps en France, ce 11 janvier 2026 janvier ?
01:42Mais si vous voulez, c'est une société qui ne supporte plus la crise du politique.
01:47C'est la première revendication des gens. Avant, il y a été l'immigration ou l'inflation, il y a d'autres sujets.
01:51La première question en ce moment, c'est la scène que nous offre le politique.
01:55Mais alors on peut dire, ils sont nuls, le président Macron, etc.
01:59Mais on peut dire aussi, c'est pas ça, on peut dire le monde a bifurqué.
02:03La culture politique était construite sur un affrontement de classe depuis la fin 19e, parce qu'avant les classes sociales ça n'existait pas.
02:10Et on était dans une dynamique des classes sociales, parce qu'il y avait des classes sociales.
02:14On est passé dans une société d'individus extrêmement autonome.
02:17Au fond, on va dire, le peuple est devenu foule, pour prendre une image.
02:20Et on ne sait pas gouverner la foule.
02:22Le peuple est devenu foule, qu'est-ce que ça veut dire ?
02:23Le peuple a une mémoire, les luttes ouvrières, la guerre, la résistance.
02:28La foule, c'est une immense masse de gens qui sont heureux.
02:3189% des Français vous disent, moi ça va.
02:34Mais les autres, et alors ceux d'à côté ça va encore, mais ceux au bout de la rue ça ne va plus du tout.
02:38C'est-à-dire que, moi j'appelle ça une société du double proche.
02:40C'est-à-dire que vous avez ce que vous connaissez bien, et ce que vous voyez au poste.
02:44Et plus c'est différent, plus vous avez peur.
02:45Avant d'entrer dans la différence entre les secteurs en crise, agriculture, médecine, et j'en passe, on va y venir.
02:54Un mot quand même sur la politique, puisqu'on démarre cette année avec la campagne des municipales,
02:58avec une crise politique majeure à la tête de l'exécutif.
03:02Et une petite musique qui est celle du déclinisme.
03:05C'était mieux avant.
03:07D'où ça vient ça, Jean Viard ?
03:08Est-ce que c'est nouveau ?
03:10Et comment l'expliquez-vous ?
03:11Pourquoi ça s'impose ?
03:12On est le pays où depuis presque 50 ans,
03:15vous avez un discours tenu par une extrême droite qui fait écho dans les oreilles.
03:18Je vous rappelle que le Front National, je crois que c'était créé en 1974.
03:22Et c'est devenu, bon, ça a changé de nom, mais c'est le même mouvement.
03:25C'est-à-dire l'idée quoi ?
03:26L'idée que le monde de hier, qui était appuyé sur quoi ?
03:29Qui était appuyé sur la domination des femmes,
03:30la domination de la nature et la domination des colonies ou des immigrés,
03:33on a fait venir les coloniaux chez nous,
03:34mais c'est la même domination, c'est Donald Trump.
03:37Donald Trump en 1910, tout le monde dit la même chose.
03:40Le problème, c'est qu'on est en 2025, en 2026.
03:43En France !
03:43Mais dans le monde entier.
03:44La question, elle est la même.
03:46Et on est face, effectivement, à cette transformation
03:48qui est bâtie sur deux ruptures anthropologiques gigantesques.
03:51La nature fait l'histoire, et c'est plus la politique.
03:54Et le masculin et le féminin sont en train d'exploser dans le rapport patriarcal.
03:58Les femmes sont beaucoup plus autonomes,
03:59mais elles font des études, elles gagnent leur vie,
04:01elles font l'amour si elles ont envie, etc.
04:03Attention, c'est pareil, c'est vrai que c'est une femme sur deux,
04:05quand vous regardez les études sur l'avis intime.
04:07Il faut faire toujours très attention, ne pas...
04:09Résultat quoi ?
04:09Vous avez une contre-attaque populiste, d'extrême droite,
04:12il faut dire ce qu'elle est,
04:13je veux dire masculiniste,
04:15qui veut effectivement remettre les femmes,
04:16ce qu'allait dire, sous la couette,
04:18qui veut remettre les immigrés,
04:19on va plutôt les faire travailler chez eux,
04:21et qui veut effectivement considérer
04:22qu'on peut forer, forer, forer toute la journée.
04:24Donc il y a un combat qui est en train de se mettre en place,
04:26et si vous voulez, c'est passionnant,
04:28parce que moi, ce monde me passionne.
04:30Passionnant, pas désespérant.
04:31Mais pas du tout, le monde change.
04:33Vous savez, la vie, ça tourne.
04:36Moi, j'étais jeune,
04:37mes grands-pères parlaient de Verdun,
04:39ils avaient tous les deux, sur la cheminée,
04:41ils avaient, vous savez, les culots,
04:42ils étaient dans l'artillerie,
04:43donc ils avaient gardé les culots.
04:45Mon père était dans l'artillerie en 1939.
04:47J'ai vu ces étudiants qui rentraient de l'Algérie,
04:49où ils étaient allés pacifier un pays
04:50où ils n'avaient aucune envie de faire la guerre.
04:52Donc moi, les discours sur aujourd'hui, ça ne va pas.
04:55Vous savez, quand je suis de mauvaise humeur,
04:56j'ai dit, écoutez, il y a eu 170 000 morts dans les guerres,
04:59dans les 64 guerres qu'il y a en ce moment sur le monde.
05:01C'est le double d'il y a 20 ans.
05:03À peu près, c'est les chiffres qu'on trouve sur Internet.
05:05C'est une journée de la guerre de 14.
05:07La pire.
05:08La pire, la pire.
05:09Alors d'accord, c'était des Anglais,
05:10donc on ne va pas pleurer autant,
05:11mais quand même, il y a eu 158 000 morts dans la même journée.
05:14Donc, ce n'est pas pour dire que ça va mieux,
05:16mais faisons attention au fait que l'écume du monde bouge.
05:20Donc, ça va dans tous les sens,
05:22et on est tous paumés.
05:22Donc, le problème, c'est qu'on n'a pas de direction.
05:26Et le problème, c'est qu'il n'y a plus de récits politiques.
05:28Avant, on appartenait à une classe sociale.
05:30On était nombreux.
05:31Quand on faisait une manif, on était 3 millions,
05:33on n'était peut-être pas riches,
05:34mais on était ensemble.
05:35Bon, aujourd'hui, quand il y a 10 000 mecs dans la rue,
05:37même 1 000, regardez les tracteurs.
05:39Hier, il y avait 670 agriculteurs.
05:40Parce que j'ai lu, peut-être qu'il y en avait un peu plus.
05:42Mais il y avait 42 tracteurs, je crois.
05:44Ça fait la une de toute l'actualité.
05:46Prochaine fois, je vais venir avec mon bilette.
05:48On est là, sur ces bouleversements.
05:50Mais en même temps, il faut les respecter.
05:52Parce que si les gens sont égarés,
05:54s'ils sont perdus,
05:55vous avez des nouveaux conflits.
05:56Vous avez le conflit masculin-féminin
05:58qui explose dans la question politique.
06:00Il y a presque 20 points d'écart
06:01entre le vote des dames, plus à gauche, plus écolo,
06:04et le vote des messieurs, plus conservateur,
06:06voire carrément réactionnaire.
06:07Il y a une deuxième rupture qui naissait.
06:09C'est la ville et la non-ville.
06:11Il y a 30 % des gens qui habitent dans les métropoles.
06:1370 % qui n'y habitent pas.
06:15Moi, je dis que vous n'oubliez pas
06:1663 % des façons à jardin.
06:1863 % des bébés naissent hors mariage.
06:21On est sortis des institutions.
06:23Ça a légèrement baissé.
06:24On est à 58 % cette année.
06:25Un léger progrès du mariage, 58.
06:27Donc, ça veut dire quoi ?
06:28On est sortis des cadres
06:29de la société industrielle précédente.
06:31On est dans une nouvelle société numérique
06:33qui a besoin de nouvelles matières premières,
06:35qui a besoin d'énergie différente,
06:36d'énormément d'électricité,
06:38qui a énormément besoin du cerveau des femmes.
06:39Et c'est pour ça qu'elles travaillent de plus en plus
06:41et elles contribuent énormément à la recherche.
06:43Et jamais autant de Français qui ont travaillé.
06:45Il faut toujours voir ça.
06:46Alors, justement,
06:47vous parlez d'un monde
06:49qui est en plein bouleversement,
06:50d'une France bousculée.
06:52Mais il y a des thèmes récurrents
06:53quand même dans ces 5 ans
06:54de chroniques d'actualité
06:55qu'on retrouve dans votre livre.
06:57Il y a le pouvoir d'achat, par exemple.
06:59Ça va de la hausse du prix du pétrole
07:01à la suite de la hausse du prix du chocolat.
07:02Il y a l'immigration.
07:04Il y a l'écologie.
07:04Est-ce que ça dessine une carte
07:06de nos obsessions,
07:08en tout cas de nos préoccupations françaises ?
07:09Je pense à l'héritage aussi, par exemple.
07:11Oui, mais pas que française.
07:13Regardez,
07:13Donald Trump,
07:14sans l'inflation,
07:15il n'aurait sans doute pas été élu.
07:16Et l'erreur qu'ont fait les démocrates
07:18de faire toute leur campagne
07:18sur l'avortement,
07:19la défense de l'avortement,
07:20qui est un droit important.
07:21Mais est-ce que c'est le cœur,
07:22dans le contexte actuel,
07:23d'une politique de gauche
07:24alors que les milieux populaires
07:26sont assaillis par l'inflation ?
07:27C'est le pouvoir d'achat.
07:28Bien sûr.
07:29C'est un sujet majeur.
07:31Des économies stupides,
07:32comme on dit.
07:32Oui, mais bien sûr.
07:33Mais si vous voulez,
07:34les prix alimentaires ont augmenté de 20%.
07:36Or, dans les milieux populaires,
07:38et c'est reste,
07:39l'inflation est terminée.
07:40L'inflation, oui, a atterri.
07:41Oui, mais 20%.
07:43Or, dans les milieux populaires,
07:44c'est 30% de la consommation des gens.
07:46Donc, si vous voulez,
07:46du coup, vous avez un bouleversement
07:47des modes de consommation, etc.
07:49Mais vous n'avez pas que ça.
07:50Si vous voulez,
07:51on est entré dans la société du numérique.
07:53Les gens commandent,
07:54et 30% des gens sont en télétravail.
07:56La culture de la jeunesse
07:57passe par Internet
07:58et les gens se font livrer.
08:00Donc, c'est un bouleversement
08:01du monde du commerce.
08:02On a vu Casino se casser la gueule.
08:04Enfin, disons, excusez-moi
08:05d'être un peu familier,
08:06mais en grande difficulté.
08:08Donc, ce monde est en plein changement
08:09et le modèle social de l'après-guerre
08:11est périmé.
08:12Il faut dire les choses simplement.
08:13On a construit un modèle social
08:14sur le travail
08:15parce qu'il y avait énormément
08:16de travailleurs
08:17et les charges sociales
08:18portaient sur le travail.
08:19Il faut porter les charges sociales
08:21sur la consommation.
08:22Ce passage,
08:23ce que dit Antoine Fouché,
08:24ce que disent l'autre,
08:24ce qu'on fait le Danemark,
08:26c'est vers ça qu'il faut aller.
08:27Parce qu'il faut que les salaires augmentent
08:28et après, les prix vont augmenter,
08:30bien sûr.
08:31C'est vers ça.
08:31C'est un modèle de celui-là
08:33et à l'extérieur,
08:34il est clair que l'ONU de l'après-guerre,
08:35c'est-à-dire les gagnants de l'après-guerre,
08:37est périmée.
08:37Mais ça explique aussi
08:38qu'on reste encore sur des thèmes
08:40comme celui des retraites,
08:41de cette réforme qui a eu lieu
08:42il y a maintenant un petit moment
08:44et que ça revienne en permanence
08:46dans le débat
08:47et dans les préoccupations
08:48de certains partis.
08:48Parce que le problème
08:49que n'a pas compris,
08:50excusez-moi,
08:50le président Macron
08:51sur les retraites,
08:53moi je l'avais dit à l'époque,
08:54donc je le répète tranquillement
08:55si vous voulez,
08:56c'est qu'on ne veut plus,
08:57on n'a pas tous la même vie,
08:59on n'a pas tous
08:59la même durée de vie,
09:00on a des espérances différentes.
09:02Par exemple,
09:03les Français héritent
09:04en moyenne à 63 ans.
09:06Or 65%,
09:0770% des Français
09:08font un petit petit héritage,
09:09etc.
09:10Il ne fallait pas mettre
09:10de limites d'âge,
09:11il fallait mettre de la durée.
09:12Si vous avez commencé
09:13à travailler à 16 ans,
09:14bon, etc.
09:15Et puis si vous voulez travailler
09:16plus longtemps,
09:17vous allez avoir
09:17une plus grosse retraite.
09:19Cette idée qu'à 64 ans
09:20tout le monde s'arrête,
09:21c'est une idée absurde.
09:21Et c'est faux,
09:22puisqu'un tiers des gens
09:23s'arrêtent avant,
09:24de toute façon,
09:24parce qu'ils ont travaillé
09:25très jeune,
09:26un tiers continue après
09:27parce qu'ils ont fait
09:27des études.
09:28Donc c'était l'idée
09:29de mettre un chiffon rouge.
09:30Ça nous redonnait
09:31une limite,
09:32comme si la vie
09:32avait une limite.
09:33La vie n'a pas de limite.
09:34La vie n'a pas de limite.
09:35On va parler
09:36de certains grands dossiers
09:38qui font l'actualité.
09:40Partons donc
09:40de la colère
09:41des agriculteurs.
09:43Vous avez longtemps
09:44travaillé sur le sujet
09:46depuis la campagne inventée
09:47en passant
09:48jusqu'au bonheur
09:50des campagnes.
09:51Le bonheur des campagnes
09:52se môle.
09:53Cette expression
09:54paraît étonnante
09:56en ce moment
09:57quand on voit
09:57la colère
09:58des agriculteurs.
09:59Qu'est-ce que vous pensez
10:00de la mobilisation
10:01de ceux
10:02qui sont venus
10:04à Paris
10:04ou pas ?
10:06Et quoi de commun
10:06entre un paysan
10:08qui a une ferme
10:09où il élève des animaux
10:10à taille humaine
10:10et un immense céréalier
10:12qui bénéficie
10:13de la PAC
10:14et qu'on appelle
10:14non pas paysan
10:15mais exploitant agricole
10:16tous les agriculteurs
10:18ne sont pas défavorables
10:19au traité du Mercosur
10:21qui cristallise
10:21les oppositions.
10:22Vous pourtant,
10:23vous qui connaissez
10:24bien les campagnes
10:25vous y êtes favorable ?
10:26Oui si vous voulez
10:27je pense que d'un point
10:28de vue géostratégique
10:29politique
10:29il est indispensable
10:30on a fait un accord
10:32avec le Canada
10:32qu'on fasse un accord
10:33avec l'Amérique du Sud
10:34on ne peut pas laisser
10:35Donald Trump
10:35considérer qu'il a un précaré
10:36et ça je pense que
10:37c'est essentiel
10:38dans les équilibres
10:39internationaux.
10:40Parce que d'ici
10:41que le traité
10:41s'applique
10:42etc.
10:42en réalité
10:43il a peu de conséquences
10:44après
10:45c'est vrai
10:45que les paysans
10:46les agriculteurs
10:47moi j'ai toujours
10:49habité à la campagne
10:49donc mes voisins
10:50c'est des fermiers
10:50je discute avec eux
10:51au bout du champ
10:52etc.
10:53donc je ne prétends pas
10:53être spécialiste
10:54j'ai même eu une petite ferme
10:55donc vous voyez
10:55ce n'est pas un monde
10:56qui m'est complètement étranger
10:57mais après
10:58je comprends leur souffrance
11:00parce que je veux dire
11:01cette société
11:02n'a plus de projet
11:02pour son agriculture
11:03vous savez
11:04l'agriculture
11:05ça sert d'abord
11:05à faire la guerre
11:06rappelez-vous
11:07les égyptiens
11:07mais bien sûr
11:08qu'est-ce qu'a fait De Gaulle
11:10on a déjà
11:11on va pas reprendre
11:11l'histoire entière
11:12mais repartons que
11:13du gaullisme
11:13de Pisani
11:14c'était un homme remarquable
11:15que j'aimais beaucoup
11:16si vous voulez
11:17il a dit
11:17on doit garantir
11:18notre protection
11:19c'est le nucléaire
11:20et notre indépendance alimentaire
11:22la nourriture
11:23c'est d'abord
11:23l'alimentation
11:24l'alimentation
11:25c'est la guerre
11:25si vous ne pouvez pas vous nourrir
11:27regardez ce qui s'est passé
11:28pendant la dernière guerre
11:29les anglais
11:30regardez le nombre de bateaux
11:31qui ont été coulés
11:31parce qu'il fallait continuer
11:32à nourrir l'Angleterre
11:33etc.
11:33donc on est là-dedans
11:35quelque part
11:35disons-nous
11:36on revient dans un monde de guerre
11:38de pandémie
11:39la pandémie on l'a vécu
11:40la guerre
11:40donc est-ce que l'Europe
11:41est indépendante
11:42en matière alimentaire
11:43en cas de guerre
11:44première question essentielle
11:45deuxième question
11:46si l'Europe explose
11:47est-ce que la France
11:48pourra assurer une subsistance minimum
11:49moi c'est les deux questions
11:50que je me pose
11:51et à partir de là
11:52ça entraîne des politiques publiques
11:54or il n'y a pas de politique publique
11:55je ne critique pas la ministre
11:56elle est très bien
11:57mais ce que je veux dire
11:57c'est une politique
11:58c'est-à-dire
11:59quel est le contrat
12:00que la société propose
12:01à ses agriculteurs
12:02c'est pas aux paysans
12:03de faire la politique avec Gaulle
12:04mais parce que c'était 1978
12:05la campagne inventée
12:06Jean Viard
12:07votre livre
12:07et en l'occurrence
12:08près de 50 ans plus tard
12:09vous dites que la campagne
12:10n'a toujours pas été inventée
12:12on n'a toujours pas fait
12:14la quatrième révolution agricole
12:16mais non
12:17ça passe
12:17mais ça m'énerve
12:18chaque fois que j'ai l'occasion
12:19de parler à des présidents
12:20de la république
12:21ou des gens comme ça
12:22je leur dis
12:22mais il faut faire un quatrième
12:23pourquoi ?
12:24et ils vous consultent
12:24ça arrive
12:25disons les choses simplement
12:27n'oublions pas
12:28que la majorité des français
12:29sont allés habiter
12:30dans les campagnes
12:3163% des français ont un jardin
12:334 millions à peu près
12:353,7 millions
12:35des bourgeoisies urbaines
12:36ont deux maisons
12:37donc c'est ça la vraie France
12:39c'est pas la France des immeubles
12:40et puis il y a les gens
12:41exclus qui n'ont ni un jardin
12:42ni une deuxième maison
12:43c'est les gens
12:43qui habitent près du périphérique
12:45essentiellement les immigrés
12:46donc la campagne
12:47aujourd'hui
12:48c'est d'abord
12:49des périurbains
12:50ensuite des résidences secondaires
12:52et 380 000 fermes
12:53au milieu
12:54qui touchent à tous ces gens-là
12:55donc des problèmes de voisinage
12:57d'odeur etc
12:57et en plus
12:58les gens qui vont à la campagne
13:00ont une culture
13:00beaucoup plus écolo
13:01n'oublions jamais
13:02que les 63% de français
13:04qui ont un jardin
13:05ils plantent
13:06moi quand je vois un politique
13:07je lui demande toujours
13:07qu'est-ce qu'il pense
13:08de la taille des tomates
13:09j'ai encore fait ça l'autre jour
13:10avec le président
13:10du groupe socialiste au Sénat
13:12vous auriez pu le faire
13:12avec Alain Baraton
13:13mais il n'est pas politique
13:14non mais je l'ai vu
13:14je l'ai vu en sortant
13:15on se connait
13:15on a présidé ensemble
13:17un festival des jardins
13:18donc si vous voulez
13:19il faut bien se dire ça
13:20et donc la France
13:22est en train
13:22nos parents et nos grands-parents
13:24sont montés vers la ville
13:25et nous qu'est-ce qu'on fait
13:26massivement
13:26on se réinstalle autour de la ville
13:28pour avoir des animaux
13:29des jardins etc
13:30donc les paysans
13:31sont au milieu de tout ça
13:32et la question
13:33c'est comment on construit
13:34un modèle
13:35effectivement
13:36avec une autonomie alimentaire
13:37dans certains domaines
13:38l'Europe ne peut pas
13:40avoir des règles différentes
13:40il n'est pas admissible
13:41que les cerises
13:42qui viennent de l'étranger
13:43soient avec des produits
13:44en interdit en France
13:45les paysans ne peuvent plus
13:46pour des produits
13:46c'est absurde
13:47mais c'est le parlement
13:48qui fait ça
13:48donc il faut des règles
13:50le miroir en tout cas
13:50c'est ce qu'avait
13:51à l'intérieur de l'Europe
13:52mais vous dites
13:53que vous entendez
13:54la colère des agriculteurs
13:55il n'y a pas que le marco sourd
13:56il y a aussi la dermatose bovine
13:57la baisse des budgets
13:58de la pâte
13:59la baisse des budgets
14:00de la politique agricole commune
14:02il y a beaucoup de choses
14:03qui bouleversent ce monde là
14:05vous entendez quand même
14:06que du coup politiquement
14:07Emmanuel Macron
14:08il ne peut pas se permettre
14:09de dire je vais signer
14:10face à cette colère là
14:11face à la mise en concurrence
14:12je ne suis pas président de la République
14:13et j'ai tendance à penser
14:15que le président de la République
14:15s'il n'avait pas eu
14:16le contexte agricole
14:17il aurait sans doute fait signer
14:18le traité
14:19dans le contexte
14:20je comprends qu'il ne le fasse pas
14:21mais quand même
14:22ça donne un image de la France
14:23à l'intérieur de l'Union Européenne
14:25qui n'est plus leader des projets
14:26bon
14:26mais après
14:27je comprends
14:28l'angoisse des agriculteurs
14:29c'est pour ça que je dis
14:30la question c'est qu'on n'a pas
14:31de grande politique
14:32pour leur donner un avenir
14:33ils se sentent méprisés
14:34les agriculteurs
14:35et comment vous le voyez
14:35la montée de ce syndicat
14:37la coordination rurale
14:38qui est classée très à droite
14:39par rapport à la FNSEA
14:40vous ne découvrez pas
14:41l'importance de l'extrême droite
14:43dans notre pays
14:43était plutôt
14:44de droite classique
14:45on va dire
14:45et qui était le plus présent
14:47je vous signale que
14:48le populisme
14:49c'est un phénomène périurbain
14:50l'essentiel des votes populistes
14:52dans le monde entier
14:53c'est l'immense périurbain
14:54des maisons
14:55qu'on a fait partout
14:56c'est 63% des gens
14:57qui ont un jardin
14:58ils ne votent pas tous populistes
14:59mais bon
14:59dans les villes
15:00très peu
15:00Paris
15:01est-ce que le Front National
15:02peut prendre Paris
15:02la réponse est non
15:03donc on est bien là
15:04dans une opposition très profonde
15:06et donc à l'intérieur de ça
15:07les paysans n'étaient pas
15:08les plus Front National
15:09mais il y a une partie oui
15:11y compris parce qu'ils ont l'impression
15:12qu'on ne leur donne pas d'avenir
15:14qu'on leur ferme des portes
15:15et qu'effectivement
15:16il n'y a pas de solution
15:16mais les crises sont aussi en interne
15:18on mange moins de viande
15:19les dames n'ont plus envie
15:20d'aller vivre sur des exploitations
15:22où on travaille tous les jours
15:23sur les animaux
15:24donc il y a aussi des problèmes
15:24de vie privée etc
15:25et puis il y a des problèmes de revenus
15:27donc il vaut bien sûr
15:28donc il ne faut pas se cacher
15:29de tous ces sujets là
15:30Autre dossier
15:31Jean Viard
15:31la grève des médecins
15:33qui a marqué cette semaine
15:34les médecins généralistes
15:35qui se mobilisaient
15:36notamment contre
15:37les dépassements
15:39d'honoraires
15:40et leurs limitations
15:41mais elle est symptomatique
15:43cette grève
15:43selon vous
15:44de ce que vous appelez
15:45la grande déprime française
15:48pourquoi ?
15:49Il en était déjà question
15:50en 2022
15:51et vous aviez déjà
15:52pris position sur le sujet
15:54en écrivant
15:55que ces grèves montrent
15:56qu'il ne peut pas y avoir
15:58de société
15:58sans nos médecins
16:00les problèmes demeurent
16:02on y est sourd
16:03malgré tout
16:04les français
16:04ils se mobilisent
16:06et ils soutiennent
16:06cette révolte
16:08des médecins libéraux
16:09qu'est-ce que ça dit
16:10pour le sociologue
16:11que vous êtes ?
16:11D'abord on soutient
16:12ces médecins
16:13parce qu'on n'a pas envie
16:13qu'ils arrêtent de nous soigner
16:14et c'est la première
16:15préoccupation des gens
16:16la médecine
16:17et l'alimentation
16:18c'est aussi pour ça
16:19qu'on soutient
16:20les agriculteurs
16:20après moi
16:22je n'aime pas trop
16:22les grèves de médecins
16:23spontanément
16:23personnellement
16:24si vous voulez
16:25parce qu'on est dans une société
16:27mais là c'est la même chose
16:28c'est d'abord
16:28il y a un grand désarroi
16:29quand vous avez écouté
16:30depuis deux mois
16:31les débats à la Chambre
16:31vous savez vous
16:32ce qu'il y a vraiment
16:32dans la loi
16:33et ce qui n'a pas été pris
16:34personne ne sait
16:36alors après
16:37est-ce qu'effectivement
16:37il faut réduire
16:38réguler davantage
16:39des congés de maladie
16:40on est dans une époque
16:42où les budgets ça existe
16:43donc comment on se pose
16:44la question de la médecine libérale
16:45et de l'autre côté
16:46de l'équilibre des budgets
16:47quand on voit l'explosion
16:48des congés de maladie
16:49excusez-moi
16:49l'explosion dans certains métiers
16:51alors c'est quand même curieux
16:52qu'il y ait des métiers
16:53où les gens sont aussi malades
16:54et c'est fragile
16:54et ils doivent engager
16:56des gens très très malades
16:57je ne donnerai pas de nom
16:58parce que je suis gentil
16:58sur le type d'emploi
16:59mais tout le monde
17:00peut les trouver sur internet
17:01mais il faut imposer aux médecins
17:02d'exercer dans les déserts médicaux
17:03comme on le dit
17:04et comme vous avez longtemps
17:09on salarie les médecins
17:10crée des maisons médicales
17:12la médecine de demain
17:13c'est une médecine de groupe
17:14avec des infirmières
17:15vous avez des endroits
17:17où vous allez d'abord
17:18voir une infirmière
17:18vous lui expliquez votre problème
17:20c'est toujours la même
17:21c'est votre infirmière
17:22et ensuite quand le médecin arrive
17:23elle dit voilà
17:23monsieur un tel
17:24il a tel problème
17:25à tel endroit etc
17:26donc le médecin
17:26il va réduire sa consommation
17:28sa consultation et tout
17:29il faut modifier nos rapports
17:31mais évidemment qu'il faut respecter
17:32la médecine telle qu'elle est
17:33dans sa liberté
17:34mais on ne peut pas renvoyer
17:35tous les gens
17:36notamment sur les urgences
17:37des hôpitaux
17:38parce que sinon
17:38ils sont complètement saturés
17:39donc tout ça
17:40doit faire débat
17:41mais c'est surtout une inquiétude
17:42pour moi je mets le même dossier
17:43que la paysannerie
17:44la société politique
17:45est en crise
17:46les gens ne savent pas
17:47où on va
17:47parce qu'on est passé
17:48d'une société
17:50qui allait vers le progrès
17:51et la lutte des classes
17:52à une société
17:52qui va vers la guerre écologique
17:53et effectivement
17:54un nouveau rapport
17:55en matière première
17:56donc une nouvelle géographie
17:57et c'est ça qui fait le problème
17:58quand il veut aller au Groenland
17:59il n'aurait pas voulu
18:00aller au Groenland
18:01il y a un siècle
18:02donc si vous voulez
18:03ça veut bien dire
18:04que la géographie politique
18:05se refait
18:05en fonction des matières premières
18:06en fonction des voies de la communication
18:08vous savez
18:09pendant la pandémie
18:10on a tous vu
18:11que l'idée d'avoir
18:12un fournisseur
18:13à l'autre bout de la planète
18:14ça posait problème
18:15et donc
18:16on repense la guerre
18:17et la pandémie
18:18donc on repense
18:19la géographie du monde
18:19le problème
18:20c'est de le faire
18:20de manière démocratique
18:21et de ne pas laisser
18:22mais la logique
18:24par exemple
18:24de Trump au Groenland
18:25elle est compréhensible
18:26après il peut le faire autrement
18:28qu'en disant
18:28je vais prendre le Groenland
18:29mais qu'effectivement
18:30ils dealent avec eux
18:31bien sûr
18:31Alors il y a de nombreuses questions
18:32d'auditeurs
18:33sur l'application Radio France
18:35il y a plusieurs questions
18:37qui concernent
18:38la politique
18:39Dominique qui vous dit
18:40il y a une solution
18:41pour calmer le peuple
18:42c'est l'exemplarité
18:44il y a des solutions
18:45d'autres
18:46qui suggèrent
18:47par exemple
18:48de refaire
18:49passer le peuple
18:51devant les urnes
18:52ou aux urnes
18:53en tout cas
18:53organiser des élections
18:55législatives anticipées
18:56c'est une idée
18:57qui est dans l'air du temps
18:58qu'est-ce que
18:59vous en pensez
19:00est-ce qu'il y a
19:01une fatalité
19:02finalement
19:03à ce désenchantement
19:05politique
19:05que nous traversons
19:06il n'y a pas une fatalité
19:07mais si vous voulez
19:08en gros
19:08la moitié
19:09vous restez optimiste
19:10ben oui
19:11mais attendez
19:12le monde n'est pas
19:13totalement tragique
19:14même s'il y a des enfoirés
19:16aux Etats-Unis
19:16qui suppriment les recherches
19:17sur les vaccins
19:18et qui jettent les livres
19:19des librairies
19:19et des bibliothèques
19:20et qui font partir
19:21leurs meilleurs savants
19:22récupérons les savants
19:23américains
19:24la vie c'est ça
19:25la vie c'est changement
19:26on a un programme pour ça
19:27d'ailleurs
19:27mais on est là pour ça
19:28très bien
19:28non mais je veux dire
19:29après si vous voulez
19:31quand le monde tourne
19:32la société a bifurqué
19:33le monde a bifurqué
19:35donc c'est comme en voiture
19:36quand vous tournez
19:37avec du gravillon
19:38vous dérapez
19:38bon et après
19:39vous retrouvez votre axe
19:40on est dans le moment
19:41où on dérape
19:42le problème c'est que
19:43le rôle des politiques
19:43c'est qu'ils ne leur racontent pas
19:45ils ne mettent pas en récit
19:46cette histoire
19:46il faut leur qu'ils donnent
19:48le sentiment
19:48qu'ils savent
19:49qu'on est en train de tourner
19:50et que le virage
19:50est un peu difficile
19:51or ils s'engueulent entre eux
19:53comme si on était
19:53il y a 30 ans
19:54c'est totalement ridicule
19:55je vous rappelle une chose
19:5690% des accords
19:57sont signés par tous les syndicats
19:59dans les entreprises
20:00le conflit capital-travail
20:01n'est plus central
20:02je ne dis pas qu'il existe plus
20:03il est secondaire
20:04et les politiques
20:04ils s'entretuent
20:05comme si on était encore en 40
20:07et la méthode
20:07ça peut être aussi
20:08de faire planer
20:08une menace de dissolution
20:10comme ça a été le cas
20:11par le Premier ministre
20:12ces derniers jours
20:12on apprend dans la tribune dimanche
20:14que le résultat
20:15de la Convention citoyenne
20:16sur les temps de l'enfant
20:17ne va pas être mis en oeuvre
20:17avant 2027
20:19il y a aussi ceux
20:19sur la Convention
20:20sur la fin de vie
20:21qui sont bloqués
20:22à l'Assemblée nationale
20:23c'est vrai que
20:24consulter les Français
20:25consulter cette foule
20:26que vous décrivez
20:27ça avait été fixé
20:29comme un objectif
20:29par Emmanuel Macron
20:30l'année dernière
20:31lors de ses voeux
20:32et pour l'instant
20:33on n'entend pas
20:34on ne voit pas
20:35les résultats
20:36comment ça peut être perçu
20:38en fait par les citoyens
20:39les gens disent
20:39on nous prend pour des cons
20:40excusez-moi
20:41parce qu'il y a des gens
20:42qui bossent
20:42ce qu'ils font
20:43est vachement bien
20:44d'ailleurs la première convention
20:45sur l'écologie aussi
20:46le Président Macron
20:48a eu des idées
20:48à ce niveau-là original
20:49après il a fait l'erreur
20:50de dire
20:51je vais prendre tout
20:51ce que vous proposez
20:52non il y a des choses
20:53qui ne rentrent pas
20:53dans le cadre légal etc
20:54mais c'est tellement
20:55la fin de vie
20:56travail magnifique
20:57l'école
20:58travail magnifique
20:59juste une chose de l'école
21:00remettons les travaux manuels
21:02à l'école
21:02moi j'ai fait du bois
21:03du fer
21:03de la cuisine
21:04et du coup
21:05j'ai construit ma maison
21:06j'ai réparé ma voiture
21:07il faut donner
21:08l'autoproduction domestique
21:09comme revenu complémentaire
21:10au milieu
21:10où ils peuvent le redonner
21:11Alors il y a de nombreuses questions
21:13et on n'aura pas le temps
21:14de les aborder
21:14puisque c'est la fin
21:15de cet entretien janvier
21:16mais qui concerne
21:17l'écologie
21:17des auditeurs
21:18et des auditrices
21:19qui se demandent
21:19pourquoi l'écologie
21:20n'est pas une priorité
21:22vous aviez écrit un livre
21:23l'individu écologique
21:25pour montrer le triomphe
21:26de l'individu
21:27et je renvoie donc
21:27à ce livre
21:28que vous publiez
21:29une France bousculée
21:30et c'est intéressant aussi
21:31de voir le sociologue
21:32s'affronter à des questions
21:33comme l'intelligence
21:34artificielle justement
21:36et à ce monde
21:37qui n'est plus fait de chair
21:38et de sang
21:39et d'émotion
21:40mais de quelque chose
21:41qui toucherait plutôt
21:42aux algorithmes
21:43et aux calculs
21:44une France bousculée
21:45c'est illustré
21:46par Pascal Lemaitre
21:47Jean Viard
21:48c'est publié
21:49aux éditions de l'Aube
21:50excellente journée
21:51et bonne année
21:52merci d'avoir été
21:53l'individu
21:53bonne année à vous
21:55merci d'avoir regardé cette vidéo
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