- il y a 9 heures
Presque 35 000 communes, près de 900 000 candidats, 48,7 millions d’électeurs appelés aux urnes. Des enjeux locaux percutés par des débats nationaux. Le RN qui proclame sa victoire et veut renverser le front républicain. La droite qui répond à ses appels du pied plus ou moins discrètement. La gauche qui résiste malgré le climat délétère mais fait face à la question de l’union que certains voudraient épineuse, et une abstention importante, nouveau signe de la crise démocratique… En somme, de multiples enjeux.
Pour y voir plus clair et mieux comprendre les ressorts du vote, l'Humatch accueille Vincent Tiberj, professeur en sociologie politique à Sciences Po Bordeaux et chercheur au Centre Émile Durkheim et Yann Le Lann, maître de conférences en sociologie à l’université de Lille, spécialiste des questions du travail et notamment de la relation avec le vote et l'engagement.
00:00 Intro
2:02 Une percée du RN aux municipales ?
12:49 Le rassemblement de toutes les "droites" face à la gauche
28:09 À gauche, l’impact des projections pessimistes
39:02 Un besoin d’union à gauche
51:42 L’abstention, le symptôme d’une crise démocratique ?
1:20:57 Conclusion
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NewsTranscription
00:00:01Bonjour à toutes et tous et bienvenue pour ce nouvel match.
00:00:04Alors comme toujours pour commencer un petit rappel du concept,
00:00:07une question d'actualité, deux invités et un débat sur le fond.
00:00:10Et cette fois, évidemment, après le scrutin de dimanche,
00:00:13on se penche sur les élections municipales.
00:00:16Presque 35 000 communes, près de 900 000 candidats,
00:00:1948,7 millions d'électeurs appelés aux urnes,
00:00:22des enjeux locaux percutés par des débats nationaux,
00:00:24ou pas d'ailleurs, vous nous direz ça tout à l'heure,
00:00:26le RN qui proclame sa victoire et veut renverser le front républicain,
00:00:31la droite qui répond à ses appels du pied plus ou moins ouvertement,
00:00:34la gauche qui résiste malgré un climat délétère,
00:00:37mais fait face à la question de l'union que certains voudraient épineuse,
00:00:41une abstention aussi importante, nouveau signe de la crise démocratique,
00:00:46en somme de multiples enjeux, bref, pas toujours facile d'y voir clair.
00:00:50Alors pour y remédier et pour mieux comprendre les ressorts du vote,
00:00:54on vous accueille aujourd'hui Vincent Tibéry, bonjour.
00:00:56Bonjour, merci de l'invitation.
00:00:58Avec plaisir, vous êtes professeur en sociologie politique à Sciences Po Bordeaux
00:01:04et chercheur au centre Émile Durkheim.
00:01:06Vous avez pas mal travaillé sur l'abstention et vous êtes aussi l'auteur,
00:01:10entre autres, de la droitisation française Mite et Réalité,
00:01:13qui est parue en 2024.
00:01:14Alors c'est vrai que depuis, entre dissolution, gouvernement,
00:01:17cascade, recomposition et clair,
00:01:20on a presque l'impression que deux siècles se sont écoulés,
00:01:23mais vous nous direz à l'aune de ces municipales aussi si tout a changé ou pas finalement.
00:01:28Et puis face à vous, pour en débattre, on a Yann Lelanne, bonjour.
00:01:32Bonjour.
00:01:33Alors vous, vous êtes maître de conférence en sociologie à l'Université de Lille.
00:01:37Vous êtes spécialiste des questions du travail et notamment de la relation avec le vote et l'engagement.
00:01:43Vous êtes, entre autres, co-auteur de l'extrême droite, la résistible ascension.
00:01:48Et pour co-animer cette émission avec moi, j'ai à mes côtés Aurélien Sucher,
00:01:51chef du service politique de l'humanité.
00:01:53Salut Aurélien.
00:01:54Salut Julia.
00:01:55Alors maintenant que les présentations sont faites, on va rentrer sans tarder dans le vif du sujet,
00:02:01en commençant par une préoccupation qui est très répandue à gauche, en tout cas, on l'imagine,
00:02:06en tout cas, nous, ça nous préoccupe, la progression de l'extrême droite,
00:02:09alors que le RN, je le disais il y a quelques minutes, a proclamé son immense victoire d'Ixite Marine
00:02:15Le Pen dès dimanche soir.
00:02:17Une vague brune était d'ailleurs annoncée.
00:02:19Alors, est-ce qu'on est face à une nouvelle percée du Rassemblement national ?
00:02:23Qu'est-ce que vous en pensez, Yann Nelan ?
00:02:25Je pense qu'il faut vraiment relativiser ce point.
00:02:29Il y a une centralité du commentaire politique sur l'extrême droite depuis des années,
00:02:35évidemment dans le cadre d'une montée aux élections législatives et nationales.
00:02:39Par contre, on s'aperçoit que pour les élections municipales, c'est beaucoup plus compliqué.
00:02:43En dehors de certaines zones, notamment autour du pourtour méditerranéen,
00:02:47où il y a une percée au cours de ces élections qui a travaillé de longue date.
00:02:53C'est une zone de force.
00:02:55En réalité, je trouve que si on fait le ratio entre le rayonnement électoral de l'extrême droite lors des
00:03:02dernières élections
00:03:03et ce qu'ils arrivent à faire aujourd'hui, c'est encore une vraie difficulté.
00:03:09On est sur une organisation, si on prend la longue histoire du Rassemblement national et du Front national,
00:03:14qui depuis plus de 40 ans, performe à un haut niveau au moment des élections nationales,
00:03:20on pourrait s'attendre qu'il y ait des scores de premier tour qui soient plus importants.
00:03:26Je ne m'initie pas les victoires locales ici et là,
00:03:29mais en réalité, il y a un très faible rendement et une capacité à s'engager.
00:03:33On le voit dans l'engager des dynamiques au niveau local,
00:03:36par rapport à la capacité de mobilisation, notamment au moment des élections présidentielles.
00:03:43On voit par exemple que sur le score total à l'intérieur des scrutins des villes de plus de 3
00:03:49,5 millions d'habitants,
00:03:52on a 8% du corps électoral qui se mobilise pour l'extrême droite.
00:03:56Bon, pour au premier tour, en réalité, on voit que la vie locale,
00:04:02une grande partie des Français reste très réticente à l'idée qu'elle tombe dans l'escarcelle du Rassemblement national
00:04:08et donc ça crée encore des grandes difficultés pour lui dans ce scrutin.
00:04:14On a vu qu'aux Européennes, le RN est arrivé en tête dans 32 000 communes sur 34 000.
00:04:20Là, on compte, il va y avoir a priori une trentaine de villes où ces candidats peuvent espérer une victoire.
00:04:26Comment expliquer un tel différentiel, Vincent Tibéry ?
00:04:29Alors, il y a deux choses à avoir en tête.
00:04:31D'abord, la plupart du temps, les élections municipales sont des élections qui n'ont pas grand-chose à voir
00:04:35avec le débat et les acteurs politiques nationaux.
00:04:38L'essentiel des votes, si on regarde justement notamment les villes de moins de 3 500 habitants,
00:04:43c'est une liste diverse contre une autre liste qualifiée de divers,
00:04:47avec vraisemblablement quand même des enjeux locaux importants.
00:04:50On l'a vu sur les questions des panneaux photovoltaïques, sur les questions des méga-bassines.
00:04:56Et donc, on est quand même dans d'autres types de politiques.
00:04:58Ça, c'est un premier point.
00:05:00Donc, du coup, l'ERN, effectivement, même le PS, la LHI, dans ces scènes électorales-là,
00:05:06ça n'a pas grand-chose d'important.
00:05:08Et le deuxième point, c'est que l'ERN, mais là aussi, à l'instar d'autres partis nationaux,
00:05:13a énormément de mal à avoir des racines locales.
00:05:17Parce que, mine de rien, se présenter à une municipale,
00:05:20c'est avoir 5, 10, 20, 30 militants qui se sentent capables de porter l'étiquette ERN.
00:05:2815 hommes, 15 femmes, etc.
00:05:30Donc, c'est finalement extrêmement compliqué.
00:05:32On voit d'ailleurs qu'ils ont eu du mal dans leur recrutement,
00:05:34avec les polémiques qu'on a eues encore pendant ces municipales,
00:05:37alors que l'histoire des brebis galeuses, entre guillemets, avait déjà été pronté en 2024.
00:05:42Et donc, effectivement, juger du succès du ERN à l'aune de ces résultats municipales
00:05:48est doublement trompeur.
00:05:50Le ERN progresse un peu, mais il est très, très loin de cette vague brune
00:05:54proclamée à 20h05, un soir de premier tour.
00:05:58Néanmoins, il faut bien avoir en tête qu'il n'a pas disparu.
00:06:01Bien au contraire.
00:06:02Après, ça nous raconte aussi que la politique, c'est peut-être autre chose
00:06:06que ce qui se passe sur le plateau parisien.
00:06:08Pour brosser les motivations du vote ERN,
00:06:11on a ceux qui estiment qu'il s'agit de fâchés, pas fâchés,
00:06:14et certains qui affirment qu'il y a une dimension raciste
00:06:16qui est un déterminant bien plus ancré, même s'il n'est pas le seul,
00:06:19à l'instar du chercheur Félicien Fauré, qui explique ses multifactoriels.
00:06:23Qu'en pensez-vous et quelles sont à vos yeux les ressorts du vote ?
00:06:27L'identité idéologique des votants Rassemblement National, on la connaît.
00:06:32Ce sont des électeurs qui se mobilisent beaucoup sur les enjeux de sécurité,
00:06:37sur les enjeux d'immigration, qui vont investir ces thématiques
00:06:40comme absolument centrales dans leur motivation de vote,
00:06:43avec des motifs racistes, des motifs xénophobes.
00:06:48La polarisation idéologique gauche-droite, elle reste très forte,
00:06:53et en réalité, la structure de l'électorat Rassemblement National,
00:06:58elle est assez clairement identifiable.
00:06:59Et y compris, de ce point de vue-là, il faut un peu nuancer ce qui est dit parfois,
00:07:04c'est-à-dire un électorat qui, par exemple, sur les questions régaliennes serait de droite,
00:07:09mais sur les questions sociales serait de gauche.
00:07:12En réalité, ce n'est pas le cas.
00:07:14Sur un certain nombre d'indicateurs, notamment le contrôle des prestations sociales,
00:07:19sur les enjeux de l'État social, de la socialisation des ressources,
00:07:25en réalité, les électeurs du Rassemblement National sont, entre guillemets,
00:07:30plus à droite que les électeurs de droite.
00:07:31Donc, il y a une vraie dimension idéologique à leur vote,
00:07:36et il est fort à parier qu'au moment des municipales,
00:07:39lorsqu'ils sont sur la pension congrue de leur électorat,
00:07:44ils vont retrouver des personnes qui sont très mobilisées sur les thématiques racistes et xénophobes.
00:07:49Oui, là-dessus, c'est à peu près sûr.
00:07:52Le défi qui est posé à la droite, c'est justement, on s'aperçoit au cours de cette élection,
00:07:58qu'on a en quelque sorte une compétition très forte entre la droite et l'extrême droite.
00:08:04Les partis de droite estiment que c'est la dernière élection au cours de laquelle
00:08:08ils peuvent à ce point faire prévaloir leur leadership à droite.
00:08:11Et donc, ils sont en réalité rentrés dans une compétition très dure avec le Rassemblement National.
00:08:16Mais, la plupart du temps, en essayant de se positionner sur les thématiques de sécurité et d'immigration,
00:08:23de façon assez proche de celle du Rassemblement National.
00:08:27Donc, il y a bien une compétition entre les partis,
00:08:29mais avec une porosité idéologique de plus en plus forte qui se crée.
00:08:33Alors, on reviendra après sur cette question de la porosité avec la droite.
00:08:39On a prévu des questions là-dessus, spécifiquement, ne vous inquiétez pas.
00:08:42Mais juste avant ça, Yann Lelanne, vous disiez qu'un certain nombre de thématiques récurrentes se retrouvées chez les électeurs
00:08:50RN.
00:08:51Est-ce qu'au niveau local, ces questions-là jouent, si vous parliez du débat national,
00:08:56qui n'est pas le même que ceux des scrutins locaux,
00:08:59est-ce que pour autant les motivations de vote à l'extrême droite,
00:09:03on sait qu'ils ont aussi investi un certain nombre de listes, justement dites sans étiquette,
00:09:09est-ce que ces enjeux-là se retrouvent dans la campagne qui a été menée
00:09:13et qui explique aussi les votes à cette échelle ?
00:09:17On voit bien, alors là encore, il faut toujours avoir en tête que les élections ne seront pas la même
00:09:21selon la configuration de la ville, la configuration des candidatures.
00:09:25Et donc, on ne peut pas plaquer le dispositif national à l'ensemble de ces 36 000 communes.
00:09:30Il ne faut pas se leurrer.
00:09:32Et donc, effectivement, bien sûr que des récits portés par le RN, portés par la droite,
00:09:37peuvent se retrouver dans des élections locales.
00:09:39Il suffit de voir la manière dont Sarah Knafro se met à parler de Paris
00:09:42comme étant à feu et à sang et doit retrouver une ville heureuse.
00:09:46On imagine bien que des candidats, que ce soit à Roubaix ou à Lille, quand ils sont RN,
00:09:50vont insister effectivement sur, pas forcément le grand remplacement directement,
00:09:54mais sur le fait que la ville n'est plus la même et qu'elle est en insécurité.
00:09:57Donc, on va retrouver des formes de déclinaison.
00:10:00Et c'est assez intéressant de voir effectivement que ça va se jouer autour des questions de sécurité,
00:10:05des questions de propreté, va remettre en question aussi la gestion de la police municipale.
00:10:11Donc, ils veulent tous plus de caméras de suivi et de vidéosurveillance.
00:10:14Ils veulent tous plus de policiers armés.
00:10:15Alors même qu'on ne sait pas, et ça mériterait vraiment un travail,
00:10:19de vérifier l'efficacité de ces différents dispositifs de police municipale.
00:10:23Donc, bien sûr qu'il y a un espace pour faire atterrir les préoccupations nationales.
00:10:29Maintenant, il faut bien avoir aussi en tête que, vraisemblablement,
00:10:33que les électeurs RN et les candidats RN ne sont pas les mêmes
00:10:36quand on est à Menton ou quand on est à Hénin-Beaumont.
00:10:39Effectivement, et ça c'est un des trucs qu'il faut rajouter.
00:10:42Quand on réfléchit à ce que c'est que l'électorat RN,
00:10:45effectivement, quand on essaye de modéliser à travers les méthodes quanti
00:10:49qui votent RN, bon ben, le fait de trouver qu'il y a trop d'immigrés en France,
00:10:52c'est le premier facteur.
00:10:53Mais ça n'explique pas tout.
00:10:54Ça n'explique pas pourquoi, effectivement, on a cette convergence
00:10:58par-delà les classes sociales, alors même que les classes sociales existent,
00:11:01alors même que les différences, et même du côté des électeurs
00:11:04qui se retrouvent du côté du RN, on en a qui sont en demande
00:11:07de plus d'État et de protection, d'autres qui sont dans la position inverse.
00:11:10Entre le RN des villas à piscine du pourtour méditerranéen
00:11:14et le RN des corons, c'est pas la même histoire.
00:11:17Et c'est sacrément intéressant de réfléchir et d'essayer de comprendre
00:11:20pourquoi diable, autant de gens avec des positionnements aussi différents
00:11:23se retrouvent derrière Jordan Berdella et derrière Marine Le Pen.
00:11:28Et du coup, la conciliation aussi, peut-être, on voit qu'il y a une forme
00:11:32de double discours, ça veut dire, au Rassemblement National
00:11:34pour arriver à concilier tout le monde ?
00:11:36Alors, de manière intéressante, on voit qu'il y avait cette tentation
00:11:40de faire ça et historiquement, dans le RN, ça a souvent été le cas.
00:11:43C'est-à-dire qu'on a vu Jean-Marie Le Pen osciller entre la version
00:11:49autoritaire, autoritaire capitaliste, grosso modo, du Chirac Empire en 86
00:11:53et puis des mouvements qu'on appelle welfare chauvinist, c'est-à-dire
00:11:57en appelant à protéger les plus faibles, et donc en appelant à la protection sociale, etc.
00:12:02Et donc, il jouait systématiquement sur ces trucs-là.
00:12:04On a plusieurs travaux qui montrent combien cette ambiguïté perdure.
00:12:08Il n'empêche que depuis 2024, une petite musique est en train d'apparaître
00:12:13qui laisserait à penser que le RN devient un parti de droite économique,
00:12:18n'en déplaise à Bruno Retailleau ou à Gérald Darmanin,
00:12:20qui considèrent que Marine Le Pen est socialiste.
00:12:23Étonnamment, ils ne disent pas vraiment ça de Jordan Bardella.
00:12:26Et on voit bien que progressivement, il y a une espèce de lien,
00:12:31de tentative de devenir raisonnable.
00:12:34Une répartition des rôles aussi, peut-être ?
00:12:35Possiblement. Mais vraisemblablement également, une tentative de séduire les élites économiques
00:12:41au détriment même de ce que souhaitent une bonne partie de leurs électeurs.
00:12:45Et c'est une ambiguïté majeure de ce mouvement actuellement.
00:12:49Alors, on parlait de la rupture entre les élections locales et la scène nationale.
00:12:54Ceci dit, puisqu'on parle de l'extrême droite, eux ont voulu en faire un tremplin,
00:12:58un sujet en tant que tel, dans la perspective de 2027.
00:13:02Dans ce cadre-là, on voit aussi une volonté de poursuivre la stratégie dite de normalisation
00:13:09à l'occasion de ce scrutin.
00:13:11Elle a d'ailleurs engagé l'extrême droite un jeu de ping-pong.
00:13:15Avec la droite, ça a commencé à être évoqué.
00:13:17D'ailleurs, dès dimanche soir, on a entendu ça, on l'écoute en vidéo.
00:13:21Dans ces situations, je le dis, chacun doit prendre ses responsabilités.
00:13:26Partout où le contexte local le permet, le Rassemblement national tend la main
00:13:31aux listes de droite sincères, aux listes indépendances
00:13:34et à tous ceux qui refusent à la fois le désordre de l'extrême gauche
00:13:38et la dilution dans le macronisme.
00:13:40J'appelle au grand rassemblement des électeurs de droite derrière nos candidats
00:13:43qui sont en mesure de battre la gauche ou le Rassemblement national.
00:13:48Ne faisons pas la politique du pire au bénéfice de la pire des gauches,
00:13:53celle des insoumis.
00:13:54La seule consigne ce soir que je donne, c'est aucune voix pour LFI.
00:14:00C'est la seule consigne.
00:14:02Et bien entendu, tout sauf ces candidats socialistes, écologistes, communistes
00:14:07qui se sont alliés avec l'extrême gauche au premier tour
00:14:10ou qui vont s'allier cette semaine entre les deux tours.
00:14:15Alors, au-delà de ces déclarations, selon un sondage Ipsos-BVA,
00:14:1864% des électeurs LR sont pour une fusion avec le RN
00:14:22et la proportion monte à 78% chez les électeurs du Rassemblement national.
00:14:29Alors, vous commencez à en parler.
00:14:30Comment est-ce que vous analysez la perméabilité,
00:14:33au-delà peut-être uniquement des thématiques, entre LR et RN, Yann Lelan ?
00:14:37Il y a un premier facteur qu'il faut avoir en tête et qui est lié aux zones géographiques
00:14:43et à la composition de l'électorat-rassemblement national.
00:14:46Si on regarde ce qui se passe au pourtour méditerranéen,
00:14:49on a en fait un affrontement féroce entre les Républicains et le RN.
00:14:55Pas un affrontement de lignes, mais un affrontement de compétition électorale
00:15:00pour le contrôle des villes.
00:15:01Et de ce point de vue-là, les Républicains, c'est tout le jeu d'équilibriste de Rotaillot, à mon
00:15:05avis,
00:15:06ils ne peuvent pas abandonner, c'est encore une fois,
00:15:10la position de leadership à l'échelle locale.
00:15:12C'est la principale carte politique qu'ils ont dans le jeu de compétition.
00:15:19Donc, il y a un premier point, c'est qu'on peut avoir une sorte de tendance commune
00:15:24qui traverse la région, par exemple au sud de la France,
00:15:26mais le maintien d'une compétition électorale dure,
00:15:29comme elle est en train de se passer autour du bassin méditerranéen.
00:15:34Et ce qui est vrai, c'est que de ce point de vue-là,
00:15:36on voit bien qu'au nord, c'est autre chose qui se joue,
00:15:38même s'il y a cinq villes du bassin minier, par exemple,
00:15:41qui sont passées au premier tour dans le Rassemblement National.
00:15:45Cet électorat, Rassemblement National, des élections présidentielles,
00:15:50il peut s'abstenir au moment des élections locales,
00:15:53il peut même parfois décider que le maire d'une autre couleur politique fait du bon travail.
00:15:58Et donc, il y a des ajustements d'une élection à l'autre,
00:16:02ce qui explique une relative plus grande résistance
00:16:07de la droite, du Parti Socialiste et du Parti Communiste au nord qu'au sud.
00:16:12Donc, on a ça.
00:16:13Après, comment ça se joue et pourquoi est-ce que ça pose un problème politique,
00:16:17malgré tout, cette compétition,
00:16:18même dans le cadre d'une compétition féroce comme au sud de la France ?
00:16:22En réalité, ce qui se joue tout au long de la vie politique,
00:16:25c'est une sorte de banalisation des rapports entre les Républicains et le Rassemblement National.
00:16:30C'est-à-dire qu'on va remplacer le Rassemblement National par la FI
00:16:34dans le discours du Front Républicain.
00:16:36On va ne jamais confronter les responsables du Rassemblement National directement
00:16:42ou éviter la confrontation directe.
00:16:44On va se positionner sur les mêmes thématiques.
00:16:46Mais vous voyez, c'est toute une série de petits gestes au quotidien
00:16:49qui fait qu'on assiste à un vrai effondrement du Front Républicain
00:16:54et de la capacité du corps électoral à se remobiliser autour du candidat le mieux placé
00:17:00pour affronter l'extrême droite.
00:17:03Donc, il y a tout un système de micro-signes au quotidien
00:17:07qui se sont développés dans lesquels, finalement,
00:17:10le barrage qui a été symbolisé, entre guillemets,
00:17:16entretenu par les responsables de la droite face à l'extrême droite
00:17:20tend à s'effriter au quotidien par des petits signes.
00:17:24Pas simplement, vous avez raison, par la question de l'investissement
00:17:26des thématiques sécuritaires et immigration.
00:17:28La droite a toujours été sur thématique.
00:17:30Mais sur comment parle-t-on de l'extrême droite ?
00:17:32Comment parle-t-on la façon dont on doit s'adresser aux électeurs d'extrême droite
00:17:36qui est la volonté de créer une espèce de conglomérat de droite pour survivre ?
00:17:41Et de ce point de vue-là, je trouve que c'est peut-être le risque principal.
00:17:46On peut avoir un système de compétition électorale qui reste en place.
00:17:50C'est quand même, dans bien des régions, encore le cas,
00:17:54la volonté des Républicains de rester leader est quand même là.
00:17:57C'est une question de survie pour eux.
00:17:59Mais avec un déplacement de la conception du Rassemblement,
00:18:03de la façon dont on s'adresse aux électeurs du Rassemblement,
00:18:05qui, à mon avis, met en péril une partie des ressources républicaines.
00:18:10Et puis, vous parliez de barrage.
00:18:11On voit à Nice la difficulté que ça pose à la gauche
00:18:17de faire barrage à l'extrême droite, en l'occurrence incarnée par Éric Ciotti,
00:18:22alors que la convergence est manifeste avec Estrosi,
00:18:25qui lui fait face au second tour.
00:18:28Après, justement, l'ensemble de ces petits gestes
00:18:31rend compliqués pour les leaders de la gauche
00:18:34le fait d'expliquer qu'on va investir un leader républicain
00:18:38pour construire cet endigment du Rassemblement national.
00:18:42Donc, effectivement, pour mesurer l'influence du Rassemblement national
00:18:47sur l'échec politique,
00:18:50ce n'est pas simplement un enjeu de score.
00:18:52C'est aussi un enjeu de comment ça fait bouger,
00:18:54en réalité, les façons dont on s'adresse
00:18:57aux tentations racistes,
00:19:00aux positionnements xénophobes.
00:19:03Vincent Tibéri, dans vos travaux, vous montrez
00:19:05que la société est de plus en plus tolérante
00:19:06et que chaque cohorte générationnel est plus tolérante
00:19:08que la précédente.
00:19:10Pourtant, on assiste médiatiquement à une banalisation du RN
00:19:12et à une forme de diabolisation de la gauche.
00:19:15Et le discours de haine est de plus en plus décomplexé et accepté.
00:19:19Comment expliquer ce décalage ?
00:19:22Alors, soyons clairs, je continue à le penser.
00:19:27Et les données continuent à le montrer.
00:19:30Maintenant, effectivement, il faut bien avoir en tête
00:19:33qu'à aucun moment, je vais vous dire
00:19:35qu'il y a des ensembles générationnels homogènes.
00:19:38Que tous les boomers seraient conservateurs
00:19:40et que tous les millenials, ce serait progressistes, woke, etc.
00:19:44Ce n'est pas le cas.
00:19:45Des boomers, il y en a des biens.
00:19:48Et quand on y réfléchit, en fait,
00:19:51un des éléments les plus intéressants,
00:19:53c'est qu'on se retrouve dans une situation
00:19:54où le renouvellement générationnel,
00:19:56c'est à la fois de plus en plus de tolérance,
00:20:00notamment sur ces questions de migration,
00:20:03tolérance à l'endroit des minorités sexuelles, etc.
00:20:05Mais même en termes de demandes de gauche sociale,
00:20:08ça n'a clairement pas disparu avec le renouvellement générationnel.
00:20:11Et au contraire, on voit se renouveler des demandes
00:20:14de plus d'État, de moins de liberté économique
00:20:18et plus d'égalité.
00:20:19Enfin bref, il y a quand même pas mal de choses.
00:20:21Mais il n'empêche que le renouvellement générationnel,
00:20:25ça a aussi été la possibilité pour le RN de progresser.
00:20:28Parce qu'au sein de chaque génération,
00:20:31on a certes des barils-centres, des centres de gravité
00:20:34qui penchent vers plus de tolérance,
00:20:36mais on a quand même des conservateurs.
00:20:38Et notamment des conservateurs parmi les jeunes.
00:20:41Et on voit bien que parmi les jeunes hommes,
00:20:44les moins diplômés, etc.,
00:20:45on sent même qu'il y a quelque chose
00:20:47qui est en train de se cristalliser,
00:20:48à la fois autour d'une forme de racisme,
00:20:51notamment dans les zones rurales, on le revoit,
00:20:53mais également autour d'une forme d'antiféminisme,
00:20:55voire même de masculinisme.
00:20:57Mais simplement, du coup, ça nous donnait ce paradoxe
00:21:00qui était que plus une génération est récente,
00:21:02plus elle est tolérante,
00:21:03et moins elle devrait être attirée par le RN.
00:21:05Mais en son sein, on a des conservateurs
00:21:07qui, de plus en plus,
00:21:09s'alignaient sur le Rassemblement national.
00:21:12Est-ce que ça veut dire
00:21:13qu'il y a plus de jeunes
00:21:17qui sont concernés,
00:21:18vous parliez par exemple du masculinisme,
00:21:19dans une génération,
00:21:21ou est-ce que cette proportion
00:21:23dans cette génération se traduit davantage dans le vote ?
00:21:25Cette proportion se traduit davantage dans le vote.
00:21:28Il y a beaucoup plus de politisation
00:21:29de ces valeurs,
00:21:31là où, effectivement,
00:21:32dans les générations nées dans les années 40-50,
00:21:34il y avait un niveau important de xénophobie
00:21:37et de machisme, il faut être clair,
00:21:39mais qui n'était pas forcément connecté
00:21:42avec un bulletin de vote.
00:21:43Il n'empêche,
00:21:44et c'est un des vrais changements
00:21:47des années 2022-2024,
00:21:49c'est que désormais,
00:21:50les boomers conservateurs,
00:21:52ça vote RN.
00:21:53Et là, c'est un changement majeur,
00:21:56c'est un changement majeur
00:21:57parce qu'ils sont nombreux,
00:21:58ils votent de manière systématique,
00:22:00et ils vivent longtemps.
00:22:03Et donc, effectivement, désormais,
00:22:04l'ERN au niveau national
00:22:06peut s'appuyer sur ces électeurs-là.
00:22:08Or, ces électeurs-là, jusqu'ici,
00:22:10ils votaient notamment à droite.
00:22:11Et on revient à notre élément,
00:22:14c'est-à-dire que le Rassemblement national
00:22:17est en train de récupérer,
00:22:19de faire le plein des électeurs conservateurs,
00:22:21là où auparavant,
00:22:23voter pour Marine Le Pen
00:22:24dans certains milieux,
00:22:26ça ne se faisait pas.
00:22:27Donc, du coup, les républicains
00:22:28sont effectivement dans une forme
00:22:30de crise existentielle.
00:22:32Leurs propres électeurs les quittent
00:22:34pour des gens qui sont
00:22:35un peu plus à leur droite.
00:22:36Et on sent bien qu'en fait,
00:22:39il y a un mécanisme assez terrible.
00:22:40Ils veulent aller sur leur terre,
00:22:42ils veulent se mettre à parler
00:22:43comme l'extrême droite.
00:22:45Or, on l'a vu en Suède,
00:22:48on l'a vu au Danemark,
00:22:49on est en train de le voir au Royaume-Uni.
00:22:51Alors, cette fois-ci,
00:22:52pas avec les conservateurs,
00:22:53mais avec les travaillistes.
00:22:54Se mettre à parler comme l'extrême droite,
00:22:56c'est juste légitimer l'extrême droite.
00:22:59Et légitimer l'extrême droite,
00:23:00ça veut juste dire que vous leur permettez
00:23:02d'avoir encore plus de votes.
00:23:03Et vous, vous êtes encore plus dans la merde.
00:23:06Alors, notamment sur les questions de genre,
00:23:09un certain nombre d'études
00:23:10semblent montrer quand même
00:23:11une forme de backlash
00:23:14parmi les jeunes.
00:23:16Vous évoquiez la tendance
00:23:19chez les jeunes masculinistes, etc.
00:23:22Est-ce que pour vous,
00:23:24Yann Lelane,
00:23:25parce que je voyais qu'en plus,
00:23:26vous vouliez réagir à ce que disait
00:23:27Vincent Tibéry,
00:23:29on assiste peut-être aussi
00:23:30à une forme de nouveau basculement
00:23:32ou finalement,
00:23:34c'est encore un épiphénomène ?
00:23:37Moi, je trouve que la thèse
00:23:39de Vincent Tibéry,
00:23:40elle est très intéressante.
00:23:41Donc, peut-être qu'il faut
00:23:42passer un peu de temps dessus
00:23:44parce qu'en termes d'analyse
00:23:46des mouvements dans le corps électoral
00:23:48et dans la société,
00:23:49parce que c'est différent,
00:23:51elle pose des jalons
00:23:52à partir desquels, à mon avis,
00:23:54il faut réfléchir sur les problèmes
00:23:55qui sont posés à la gauche.
00:23:57Les indicateurs générationnels
00:23:59montrent effectivement,
00:24:00c'est ton travail,
00:24:02qu'il n'y a pas de backlash
00:24:05à l'échelle d'une génération.
00:24:07On retrouve des polarisations,
00:24:09c'est-à-dire que chaque génération
00:24:10est traversée par des polarités
00:24:12très fortes,
00:24:13mais effectivement,
00:24:14les indicateurs de tolérance,
00:24:16les indicateurs de refus
00:24:19de la xénophobie, etc.,
00:24:21sont plutôt en train de s'améliorer.
00:24:23Et donc, la question
00:24:23qu'on pourrait avoir
00:24:24à la suite de ton ouvrage,
00:24:25c'est pourquoi la gauche ne gagne pas,
00:24:27puisqu'on a ce mouvement de fond
00:24:29qui traverse.
00:24:30C'est la question qui était souvent posée.
00:24:32Donc, il y a une première question,
00:24:34c'est déjà,
00:24:35c'est une chose de dire
00:24:36que l'on refuse la xénophobie,
00:24:38qu'on est plus tolérant
00:24:39sur les comportements sexuels,
00:24:43etc.
00:24:44Mais c'est une autre chose
00:24:45de lui donner une valeur politique.
00:24:47Donc, il y a déjà,
00:24:48qu'est-ce qui fait qu'on vote ?
00:24:49Et des fois,
00:24:51l'articulation,
00:24:52on peut avoir une génération
00:24:53qui peut sembler très progressiste,
00:24:55mais qui vote effectivement
00:24:56sur d'autres thématiques,
00:24:57premièrement.
00:24:58Deuxièmement,
00:24:59il y a un enjeu,
00:25:00et là, je pense que tu es d'accord
00:25:02avec moi,
00:25:02qui est,
00:25:03faire de la politique,
00:25:05ce n'est pas uniquement
00:25:06avoir une idée abstraite,
00:25:07c'est s'organiser,
00:25:09c'est offrir un cadre collectif,
00:25:13c'est s'engager, etc.
00:25:15Comment est-ce que ces mouvements-là
00:25:17se traduisent ?
00:25:18Eh bien, en réalité,
00:25:19il y a une forme peut-être
00:25:20de désarmement politique de la gauche,
00:25:22avec des organisations peut-être
00:25:25plus faibles qu'avant,
00:25:28une difficulté à structurer
00:25:29le débat politique en profondeur,
00:25:31alors que dans le même temps,
00:25:33le courant réactionnaire s'arme,
00:25:35s'équipe d'un certain nombre d'outils.
00:25:37Et donc,
00:25:37on peut très bien avoir un mouvement
00:25:39plutôt progressiste dans une génération,
00:25:41mais dans la structuration
00:25:42du champ politique,
00:25:43dans la compétition électorale,
00:25:44beaucoup plus de ressources
00:25:45qui sont dans le camp adverse.
00:25:46Et donc, moi,
00:25:47je pense que la thèse de Vincent,
00:25:49elle est intéressante
00:25:49parce qu'elle dit
00:25:50qu'il n'y a pas une,
00:25:51contrairement à tout ce qui est raconté,
00:25:52il n'y a pas une demande d'autorité,
00:25:55il n'y a pas une demande même de fascisme,
00:25:56comme on l'entend parfois,
00:25:58aussi profonde qu'on l'imagine.
00:26:00On le voit bien,
00:26:01là, ces élections,
00:26:02on passe son temps à parler
00:26:03du rassemblement national,
00:26:04en réalité,
00:26:05il se passe aussi bien d'autres choses.
00:26:06Par contre,
00:26:07dans la structuration,
00:26:08dans la question des organisations politiques,
00:26:10dans la question de l'organisation,
00:26:12de la compétition électorale,
00:26:13des ressources médiatiques, etc.,
00:26:15il se passe,
00:26:15c'est ça aussi, la politique.
00:26:16Et là, de ce point de vue-là,
00:26:18on a peut-être un désaccordement
00:26:20entre une sorte de mouvement
00:26:21assez diffus
00:26:22que tu mesures
00:26:23dans les jeunes générations,
00:26:26mais une difficulté
00:26:27à trouver ce qu'on appelait
00:26:29à une époque
00:26:29un débouché politique,
00:26:30à trouver une traduction
00:26:33à l'intérieur du champ politique,
00:26:35avec l'abstention
00:26:37d'un côté très fort,
00:26:38mais qui touche tous les camps,
00:26:39donc ce n'est pas aussi simple que ça,
00:26:41et puis surtout,
00:26:42une capacité à se dire,
00:26:43très bien,
00:26:44il y a un camp politique
00:26:45qui porte mes idées.
00:26:46Et ça, on sait que
00:26:48c'est un défi
00:26:49qui est très fort
00:26:50pour la gauche.
00:26:51Je prends juste,
00:26:52parce qu'il faut quand même
00:26:52qu'on parle des communes,
00:26:53quel est le projet
00:26:55de la gauche
00:26:56pour les communes ?
00:26:57Là, on est dans un moment
00:26:58où les communes principales,
00:27:01les grandes agglomérations,
00:27:02vont être gérées
00:27:03par la gauche,
00:27:04elles l'étaient déjà
00:27:04en grande partie
00:27:05au cours du dernier mandat.
00:27:06Mais si on veut être
00:27:07un petit peu reauteur,
00:27:08comment,
00:27:09quels sont les principaux mécanismes
00:27:10qui font qu'on sait
00:27:11qu'en votant pour la gauche,
00:27:13on améliore sa condition de vie ?
00:27:14C'est compliqué.
00:27:16Si on regarde
00:27:17les projets écologistes,
00:27:19les grandes mairies écologistes,
00:27:20ont-elles réussi
00:27:20à marquer,
00:27:21en quelque sorte,
00:27:22l'idée qu'en votant pour elle,
00:27:24il y a une avancée significative
00:27:26comme le communalisme
00:27:28a été,
00:27:29à une époque,
00:27:30pour la gauche,
00:27:30un élément extrêmement
00:27:31identificateur ?
00:27:32Et donc,
00:27:32vous voyez,
00:27:33cet enjeu-là
00:27:34d'articulation
00:27:35entre un mouvement
00:27:36de fond
00:27:37qui traverse la société
00:27:37qui n'est pas réactionnaire,
00:27:39aussi réactionnaire
00:27:39qu'on imagine,
00:27:40mais le fait
00:27:41qu'ils soient en capacité
00:27:42de s'imposer
00:27:43dans les urnes
00:27:44et s'imposer
00:27:44dans les institutions,
00:27:45il y a un point de passage
00:27:46qui, en réalité,
00:27:47est le défi de la gauche.
00:27:49Là,
00:27:50dont on voit bien
00:27:50qu'elle s'étrie
00:27:52autour d'enjeux stratégiques
00:27:54qui volent en éclats
00:27:55le soir du premier tour,
00:27:57alors même que
00:27:58c'est justement
00:27:59cette incapacité
00:28:00à métaboliser
00:28:02les courants
00:28:02qui traversent la société
00:28:03et qui lui sont favorables
00:28:04qui devraient être
00:28:05le défi
00:28:06auquel
00:28:07elle s'affronte.
00:28:09Alors,
00:28:09du côté de la gauche,
00:28:10justement,
00:28:11parce qu'on voulait
00:28:12évidemment en parler,
00:28:13vous pouvez bien sûr
00:28:14réagir
00:28:15à ce que vient
00:28:15de dire Yann Lelan,
00:28:16mais on voulait aussi
00:28:18s'interroger
00:28:18sur le climat
00:28:19dans lequel la campagne
00:28:20s'est déroulée
00:28:21puisqu'il a été
00:28:21un peu particulier
00:28:22pour la gauche.
00:28:24On a eu
00:28:24dans la dernière ligne droite
00:28:27une diabolisation
00:28:28massive,
00:28:29corollaire
00:28:30à la normalisation
00:28:31du RN
00:28:32de la France insoumise
00:28:34après notamment
00:28:35la mort
00:28:36du militant
00:28:37néofasciste
00:28:38Quentin de Ranck
00:28:39à Lyon,
00:28:40les propos de polémique
00:28:42aussi de Jean-Luc Mélenchon,
00:28:44on a eu aussi
00:28:44des sondages
00:28:45annonciateurs
00:28:46de catastrophes
00:28:47pour la gauche
00:28:48comme à Lyon,
00:28:49par exemple.
00:28:50Est-ce que,
00:28:51d'après vous,
00:28:51Vincent Tibéry,
00:28:52ce type de phénomène
00:28:53durant une campagne
00:28:54ont une influence
00:28:55sur les électeurs
00:28:56de gauche
00:28:57dans un type d'élection
00:28:58qui, par ailleurs,
00:28:59on sait,
00:28:59est ancré localement ?
00:29:02Bien sûr
00:29:03que ça a une influence
00:29:04d'abord
00:29:04parce que c'est
00:29:05autant de temps
00:29:05de cerveau
00:29:06et autant de temps
00:29:07d'antenne
00:29:07que vous ne consacrez
00:29:08pas à autre chose.
00:29:10Le temps passé
00:29:11sur Quentin de Ranck
00:29:12et sur les propos
00:29:13de Jean-Luc Mélenchon,
00:29:14c'est autant de temps
00:29:15que vous n'accorderez pas
00:29:16aux enjeux climatiques,
00:29:17aux enjeux sociaux,
00:29:18aux enjeux économiques,
00:29:19aux enjeux culturels,
00:29:21etc.
00:29:21Donc, bien sûr,
00:29:22on voit bien
00:29:23combien on est aujourd'hui
00:29:25dans une question
00:29:25de querelles de récits
00:29:27et on voit également
00:29:28que la scène médiatique centrale
00:29:30a une fâcheuse tendance
00:29:31à favoriser certains récits
00:29:33plutôt que d'autres.
00:29:35Et c'est particulièrement visible
00:29:37quand il s'agit,
00:29:38par exemple,
00:29:38de parler des territoires,
00:29:40des régions.
00:29:41Effectivement,
00:29:42on reste centré sur Paris,
00:29:43enfin,
00:29:43Sarah Knafot,
00:29:45sur le journal de la Une
00:29:47pour annoncer sa candidature.
00:29:49Mais ça intéresse qui ?
00:29:50Et ça permet pourtant,
00:29:52effectivement,
00:29:53à Reconquête,
00:29:54de cacher leur incapacité totale
00:29:56à mettre en place
00:29:57des listes pour des mairies
00:29:59et des candidats.
00:30:00Et en plus,
00:30:00les rares listes
00:30:01qui ont été mises en place
00:30:02se sont bananées.
00:30:04Donc, Sarah Knafot,
00:30:05c'est la robe jaune
00:30:05qui cache la morne pleine.
00:30:07Et donc,
00:30:07il faut quand même
00:30:08avoir les choses en tête.
00:30:09Donc, on voit combien,
00:30:10effectivement,
00:30:11il y a une volonté
00:30:11d'imposer une manière
00:30:13de voir la société,
00:30:15notamment sur les questions,
00:30:16effectivement,
00:30:18de nargotrafic
00:30:19dans les banlieues,
00:30:20sur les questions
00:30:20d'agression,
00:30:22sur les questions
00:30:22d'insécurité.
00:30:23Donc, l'enjeu,
00:30:24il est là, effectivement.
00:30:25Ceux d'autant plus,
00:30:26et c'est une partie
00:30:27des leçons
00:30:28de ces municipales,
00:30:29que ce débat
00:30:30sur la scène médiatique centrale,
00:30:33il ne se répercute pas,
00:30:34il n'est pas suivi,
00:30:35notamment au niveau
00:30:36des citoyens.
00:30:37Si ça avait été le cas,
00:30:38on aurait dû voir
00:30:39une LFI
00:30:40qui, effectivement,
00:30:41se retrouvait
00:30:43de plus en plus derrière.
00:30:44Ce n'est pas le cas.
00:30:45Au contraire,
00:30:46il y a eu de très,
00:30:46très bons scores.
00:30:47Alors, pas partout,
00:30:48pas tout le temps,
00:30:49pas sur tous les candidats,
00:30:50mais il y a quand même
00:30:51un certain nombre de...
00:30:52Ça a été une surprise
00:30:53de voir la LFI
00:30:54à ce niveau,
00:30:55à Roubaix,
00:30:56à Lille,
00:30:56à Limoges,
00:30:57à Toulouse,
00:30:58à Bordeaux.
00:30:59Ils n'ont pas été ridicules.
00:30:59Malgré les précédents scrutins
00:31:01où ils avaient fait
00:31:02malgré les précédents scrutins,
00:31:03malgré le fait
00:31:04que, comme beaucoup de partis,
00:31:05son implantation locale
00:31:07n'est pas si forte que ça.
00:31:08Et là, on reviendra
00:31:09à la question
00:31:09effectivement des organisations.
00:31:12Mais voyez bien
00:31:13combien ce qui se passe
00:31:14en haut
00:31:15n'est pas forcément
00:31:16ce qui se passe en bas.
00:31:18Et pour revenir
00:31:19à ce que tu disais,
00:31:20Yann,
00:31:20sur la nécessité
00:31:21de trouver
00:31:22des débouchés politiques,
00:31:23le vrai souci
00:31:24est qu'aujourd'hui,
00:31:26les partis politiques français,
00:31:27en termes de nombre
00:31:28de militants,
00:31:29c'est pinot.
00:31:30C'est quelques dizaines
00:31:31de milliers de personnes.
00:31:32C'est beaucoup moins
00:31:33que les syndicats,
00:31:35c'est beaucoup moins
00:31:36que les assos
00:31:37environnementales,
00:31:38c'est beaucoup moins
00:31:39que les cafés associatifs,
00:31:40c'est beaucoup moins
00:31:41que tous ces réseaux
00:31:42qui, en fait,
00:31:44irriguent le territoire
00:31:44et font de la politique
00:31:45même sans le savoir
00:31:47ou même sans le vouloir.
00:31:48Et donc,
00:31:49un des enjeux aujourd'hui
00:31:50est vraisemblablement
00:31:51que,
00:31:52notamment,
00:31:53cette partie
00:31:54du spectre politique,
00:31:55cette partie du spectre
00:31:56partisan
00:31:56qui voudrait parler
00:31:58au nom du peuple,
00:31:59se souviennent
00:31:59qu'il faut y retourner.
00:32:01Il faut être présent,
00:32:02il faut être visible,
00:32:02il faut avoir des militants.
00:32:04Et surtout,
00:32:05il faut s'en inspirer,
00:32:06il faut se mettre au service.
00:32:07On est quand même
00:32:07dans un moment
00:32:08où les spécialistes
00:32:09des questions de travail,
00:32:11j'imagine que ça,
00:32:11ça te plaît bien,
00:32:12les questions
00:32:13d'enjeux climatiques,
00:32:15etc.,
00:32:15ce n'est pas
00:32:16les expertises des partis
00:32:17et des think tanks
00:32:18qui gravitent autour des partis.
00:32:19C'est les assos,
00:32:20c'est le pacte du pouvoir de vivre,
00:32:22c'est la CFDT,
00:32:23c'est la CGT,
00:32:24c'est France Nature Environnement,
00:32:25c'est Greenpeace,
00:32:26ce sont tous ces mondes-là
00:32:27sur lesquels,
00:32:29effectivement,
00:32:29il y a métabolisation possible.
00:32:32Et en plus,
00:32:33ces organisations
00:32:33sont effectivement
00:32:34beaucoup plus mobilisatrices
00:32:36pour les jeunes générations.
00:32:38j'ai plein d'étudiants
00:32:39et d'étudiantes maintenant
00:32:40à Sciences Po
00:32:41qui sont très très mobilisées
00:32:42politiquement,
00:32:43mais elles ne veulent pas
00:32:44aller dans les partis,
00:32:45elles veulent aller dans les assos
00:32:46parce que j'ai l'impression
00:32:46que là,
00:32:47il va se passer des choses.
00:32:49Yann Lelan,
00:32:50vous avez évoqué
00:32:50les stratégies
00:32:51qui volent en éclat
00:32:52au second tour
00:32:52puisqu'on voit
00:32:54qu'il y avait des listes
00:32:55qui disaient
00:32:55« on va s'allier,
00:32:57on reparlera de Paris
00:32:57et Marseille ensuite »
00:32:58mais finalement,
00:32:59ça se passe plutôt bien
00:33:00dans bien des villes
00:33:01pour le second tour
00:33:02avec des fusions de gauche
00:33:04et on parlait du fait
00:33:06qu'on parle peu
00:33:07des programmes,
00:33:08on a très peu parlé
00:33:08pendant l'hérité
00:33:09de ce que proposaient
00:33:10les différentes forces politiques
00:33:11pour les communes.
00:33:12Il y avait eu
00:33:13une vague verte en 2020
00:33:14avec les écologistes
00:33:15qui avaient pris énormément
00:33:17de grandes villes,
00:33:18des métropoles dans le pays.
00:33:19Là, cette année,
00:33:20on n'a pas du tout parlé
00:33:21de climat,
00:33:21on n'a pas du tout parlé
00:33:22d'écologie.
00:33:22On verra si ça a un impact
00:33:24ensuite sur les résultats finales
00:33:26parce que ça se joue
00:33:27aussi au second tour.
00:33:29Dans les priorités
00:33:30des Français,
00:33:30selon les enquêtes d'opinion,
00:33:32il y a la sécurité,
00:33:33le logement,
00:33:34mais on n'a pas du tout
00:33:35parlé de sécurité,
00:33:36on n'a pas du tout parlé
00:33:36de logement social,
00:33:37par exemple.
00:33:38Il y a la santé
00:33:39en numéro 3.
00:33:40Les communistes,
00:33:40depuis des années,
00:33:41font des centres de santé municipaux.
00:33:42On n'en a pas du tout
00:33:43entendu parler
00:33:43sur les plateaux.
00:33:45Comment vous regardez ça ?
00:33:46Et par ailleurs,
00:33:47par exemple,
00:33:47le Rennes,
00:33:48quand ils ont 10 mères
00:33:49ou 20 mères
00:33:49réellus au premier tour,
00:33:51ça fait le tour
00:33:52des plateaux télé.
00:33:53Les communistes,
00:33:53quand ils ont 250 mères
00:33:54réellus au premier tour,
00:33:55ça ne passe pas du tout
00:33:56sur les plateaux télé.
00:33:58Non, alors,
00:33:59il y a beaucoup d'éléments
00:34:00dans ce que vous dites.
00:34:02Je vais juste faire un point
00:34:03sur Sarah Knafow
00:34:04parce que je pense
00:34:05que c'est très symptomatique.
00:34:07Et après,
00:34:07je viens sur votre question.
00:34:10Sarah Knafow,
00:34:11on enlève
00:34:12le 16e
00:34:14et le 8e
00:34:15arrondissement,
00:34:16ça ne pèse rien
00:34:17dans le système
00:34:19électoral parisien.
00:34:20Donc,
00:34:21on a une capacité
00:34:22à préempter
00:34:23la structure
00:34:24du débat public
00:34:25à partir
00:34:27des quartiers
00:34:28extrêmement riches
00:34:29de Paris
00:34:30contre,
00:34:32sans jamais d'ailleurs
00:34:32le dire
00:34:33qu'il s'agit
00:34:34d'un ancrage,
00:34:35on parle souvent
00:34:36de l'extrême droite,
00:34:37populaire,
00:34:37etc.,
00:34:38mais reconquête
00:34:40déjà,
00:34:41au temps de la
00:34:42candidature de Zemmour,
00:34:43c'était une partie
00:34:44des Hauts-de-Seine
00:34:45bourgeoise,
00:34:46l'Ouest parisien,
00:34:47dans lequel il y avait
00:34:48des scores,
00:34:48les lieux de villégiature,
00:34:50etc.
00:34:51Et donc,
00:34:51c'est quand même ça
00:34:52qui préempe le débat,
00:34:53c'est-à-dire des options,
00:34:55il faut aussi les regarder
00:34:55du point de vue
00:34:56des classes sociales,
00:34:57des options
00:34:58de classes
00:34:59qui pèsent
00:35:00beaucoup plus
00:35:01que d'autres
00:35:01lorsqu'elles sont fortes
00:35:02dans le 16e,
00:35:03dans l'8e arrondissement,
00:35:04dans les lieux
00:35:05de villégiature
00:35:06de la bourgeoisie.
00:35:08Et ça,
00:35:09évidemment,
00:35:10dans tous les débats,
00:35:12ça pèse
00:35:13énormément
00:35:13en termes de cadrage.
00:35:15C'est une évidence,
00:35:15mais au moment
00:35:16où on a les cartes
00:35:17électorales qui apparaissent,
00:35:18il faut quand même
00:35:19les regarder.
00:35:21C'est une force
00:35:21qui fait ses pointes hautes
00:35:23à Neuilly,
00:35:24dans le 16e,
00:35:24dans l'8e.
00:35:25Après,
00:35:26sur ce que vous dites,
00:35:26moi,
00:35:27je trouve que c'est très important
00:35:28et y compris
00:35:29c'est tout ce qui manque
00:35:31dans cette affaire,
00:35:32c'est-à-dire
00:35:32le fait que cette élection,
00:35:34les Français,
00:35:35en général,
00:35:36l'investisse,
00:35:37y sont attachés,
00:35:39elle remonte à loin
00:35:40dans l'histoire
00:35:40de la République
00:35:41et dans sa capacité
00:35:42à développer
00:35:44le service public.
00:35:46Donc,
00:35:47c'est très important
00:35:48que cette élection,
00:35:50elle est comprise
00:35:51comme une élection concrète.
00:35:53Le sondage montre d'ailleurs
00:35:54que c'est principalement
00:35:55en fonction des enjeux locaux
00:35:57que les électeurs
00:35:58se déterminent.
00:35:58Voilà.
00:35:59Simplement,
00:35:59force est de constater
00:36:00que c'est difficile.
00:36:01Le cadrage politique,
00:36:03le débat public,
00:36:05est-ce qu'on parle
00:36:05de la politique du logement ?
00:36:06C'est un excellent exemple.
00:36:07Totalement à la trappe
00:36:08des systèmes de spéculation
00:36:10en région parisienne,
00:36:12Marseille,
00:36:12Lyon,
00:36:13etc.,
00:36:13qui se déploient
00:36:14à l'intérieur des villes,
00:36:15qui mettent sous contrainte
00:36:17les budgets des ménages,
00:36:18etc.
00:36:18La question des offices HLM,
00:36:21la question du logement social,
00:36:23etc.,
00:36:23la question de la régulation
00:36:24des prix dans le privé
00:36:25pour les Parisiens
00:36:26qui vont être jetés
00:36:27de la ville,
00:36:29tout ça passe à la trappe
00:36:32avec cette espèce
00:36:33d'acceptation
00:36:34de la loi du marché
00:36:35dans laquelle on sait
00:36:36en réalité
00:36:37que les communes
00:36:38possèdent un pouvoir
00:36:39d'aménagement
00:36:40qui est absolument structurel.
00:36:43Et donc,
00:36:43on voit très peu
00:36:44d'éléments finalement
00:36:45que c'est cet enjeu
00:36:46autour du logement,
00:36:47c'est un enjeu autour
00:36:48de l'accès aux politiques
00:36:49de santé
00:36:49avec des déserts médicaux
00:36:51énormes qui se déploient,
00:36:53n'ont pas réussi
00:36:54à percer.
00:36:55Ou alors,
00:36:56ils percent,
00:36:56lorsqu'ils percent,
00:36:57ils percent,
00:36:58bon en mal en,
00:36:59mais contre,
00:37:00en fait,
00:37:00le cadrage public
00:37:01des débats.
00:37:02Et ça,
00:37:03c'est un vrai problème
00:37:04parce que ce qui s'effrite
00:37:05derrière,
00:37:06c'est la capacité,
00:37:07voilà,
00:37:07la commune,
00:37:08ça porte bien son nom,
00:37:08la capacité à faire commun
00:37:10à l'échelle locale
00:37:14comme à l'échelle globale.
00:37:15Et c'est là
00:37:17où on a une sorte
00:37:17de schizophrénie
00:37:18du débat politique,
00:37:19c'est que sans arrêt,
00:37:20on a une inquiétude
00:37:21de la société
00:37:22qui se délite.
00:37:23Sans arrêt,
00:37:24cette idée
00:37:25que la violence
00:37:25se déploie partout,
00:37:27l'insécurité,
00:37:28etc.
00:37:28Et au moment
00:37:29où il s'agit
00:37:30de traiter politiquement
00:37:31ces questions,
00:37:32il y a une incapacité
00:37:33à cadrer
00:37:34du point de vue
00:37:35du commun,
00:37:36de la part de logement
00:37:38qui doit être mis
00:37:38dans le cadre social
00:37:41pour que tout le monde
00:37:41puisse se loger.
00:37:42et la plupart du temps,
00:37:45je dirais que mon impression,
00:37:47c'est que lorsqu'il y a
00:37:48des candidats
00:37:49des gauches
00:37:49qui performent,
00:37:50ils performent aussi,
00:37:52et on ne peut pas
00:37:52leur en vouloir,
00:37:53sur des enjeux
00:37:53de raccordement,
00:37:54de grands points de repère.
00:37:56Mais toute la question
00:37:57du positionnement concret
00:37:59des politiques municipales,
00:38:00elle a tendance
00:38:01à passer à la trappe,
00:38:02alors que c'est la façon
00:38:03dont la plupart des Français
00:38:05veulent voir le cadrage
00:38:06de ces élections investies.
00:38:10Donc on a ce...
00:38:11Sur les terrains,
00:38:11les campagnes se font
00:38:12quand même
00:38:13sur un certain nombre
00:38:14de thèmes locaux, non ?
00:38:15Oui, alors de toute façon,
00:38:16c'est un passage obligé,
00:38:18mais on est obligé
00:38:20d'être marqué
00:38:20par cette ambiance
00:38:22dans laquelle,
00:38:24de fait,
00:38:25la question de l'extrême droite
00:38:26est toujours mis au centre,
00:38:29y compris la plupart du temps
00:38:30avec des bonnes intentions,
00:38:31c'est-à-dire en se disant,
00:38:32en la présentant
00:38:33comme un risque
00:38:33dans un certain nombre
00:38:34de médias de gauche,
00:38:35mais aussi,
00:38:37tout le temps
00:38:38qui est consacré à ça,
00:38:39c'est du temps
00:38:40qui n'est pas consacré
00:38:41à l'enjeu de comment
00:38:43est-ce que sur la base
00:38:44de cette vitalité associative,
00:38:46sur la base de cette vie
00:38:48qui se déploie
00:38:49à l'échelle des communes,
00:38:50on est capable
00:38:50de fonder des projets
00:38:53qui s'affrontent
00:38:54à la loi du marché,
00:38:55qui s'affrontent
00:38:56à la prédation
00:38:57d'une partie des...
00:38:59qui est développée
00:39:00par une partie
00:39:00des politiques dans les villes.
00:39:02Alors, puisqu'on parle
00:39:03des questions
00:39:03qui prennent toute la place,
00:39:05il y en a une
00:39:05qui a pas mal occupé
00:39:06le débat médiatique,
00:39:08au moins,
00:39:09mais aussi
00:39:10entre les forces de gauche
00:39:11depuis dimanche,
00:39:13c'est celle
00:39:14de la perspective
00:39:15du second tour
00:39:16et de l'union.
00:39:18Alors,
00:39:18au PS et chez
00:39:19ses proches alliés,
00:39:20certains ont clairement
00:39:22fermé la porte
00:39:22dès dimanche,
00:39:23et puis d'autres
00:39:24en viennent
00:39:25à devoir jouer
00:39:26les contorsionnistes.
00:39:27On écoute ça
00:39:28en vidéo.
00:39:28Il ne peut pas y avoir
00:39:30de fusion
00:39:31ou d'accord
00:39:32avec les listes
00:39:34d'un parti
00:39:34qui joue
00:39:36sur les consonances
00:39:37juives
00:39:37des noms de famille,
00:39:39qui foutent au pied
00:39:39les principes républicains.
00:39:41Et je sais que parfois,
00:39:43c'est localement
00:39:43très difficile
00:39:44comme situation
00:39:45et comme exigence.
00:39:46Mais si l'on veut
00:39:47être la digue
00:39:49qui empêche
00:39:50la bascule
00:39:51de la France
00:39:51dans les mains
00:39:52du Rassemblement national
00:39:53et de l'extrême droite,
00:39:54alors il faut
00:39:57impérativement
00:39:58que l'on soit capable
00:39:59de respecter
00:40:01nos principes,
00:40:02de ne pas nous renier
00:40:03et de montrer
00:40:04que la gauche républicaine
00:40:06ne cèdera pas
00:40:07aux sirènes
00:40:08de la France insoumise.
00:40:09À gauche,
00:40:10la stratégie
00:40:12de conflictualisation
00:40:13de Jean-Luc Mélenchon
00:40:14a montré ses limites.
00:40:16Il n'a pas
00:40:17la capacité
00:40:18d'emmener
00:40:18la gauche
00:40:19vers la victoire
00:40:20et de barrer la route
00:40:22à l'extrême droite.
00:40:24En conséquence,
00:40:25au premier
00:40:26comme au second tour,
00:40:27il n'y aura
00:40:28pas d'accord national
00:40:29entre le Parti socialiste
00:40:31et la France insoumise.
00:40:33Vous, Olivier Faure,
00:40:34vous seriez
00:40:34habitant à Toulouse,
00:40:35vous votez sans problème
00:40:36François Picmal.
00:40:38Si j'étais habitant
00:40:39à Toulouse,
00:40:39effectivement,
00:40:40je voterais
00:40:40François Picmal.
00:40:42François Picmal,
00:40:43donc on rappelle
00:40:43qu'il est candidat
00:40:44de la France insoumise
00:40:44arrivé en tête
00:40:45à Toulouse
00:40:46et François Picmal
00:40:47qui dit
00:40:47« Aujourd'hui,
00:40:48je fais le nouveau
00:40:49Front populaire toulousain ».
00:40:50Il se réfère donc
00:40:51à ce qui s'était passé
00:40:52en 2024,
00:40:53lors des législatives
00:40:54partielles
00:40:54après la dissolution
00:40:55prononcée par Macron.
00:40:56Les électeurs de gauche
00:40:57à l'époque
00:40:58avaient plébiscité
00:40:59l'Union,
00:41:00notamment face
00:41:00à l'extrême droite,
00:41:01d'où le nom
00:41:01aussi de « Nouveau Front populaire »,
00:41:03la promesse
00:41:03de conquistes sociaux,
00:41:05de batailles sociales
00:41:06et de résistance
00:41:07face au risque
00:41:07d'extrême droite.
00:41:09Il y a beaucoup
00:41:10de villes
00:41:10où à gauche
00:41:11ça a fusionné
00:41:12malgré...
00:41:13Donc il n'y a pas
00:41:13d'accord national
00:41:14comme l'a dit
00:41:14Olivier Faure,
00:41:15mais il y a des accords
00:41:16locaux qui se font
00:41:16beaucoup.
00:41:18À Paris et à Marseille,
00:41:20c'est plus compliqué,
00:41:20les deux plus grandes villes
00:41:21du pays.
00:41:21À Marseille,
00:41:22le candidat à l'EFI
00:41:23Sébastien Delogu
00:41:24a annoncé son retrait
00:41:25aujourd'hui.
00:41:26Et à Paris,
00:41:27alors que CNAFO
00:41:27s'est retiré
00:41:28et on sait très bien
00:41:29que ça va aider Dati,
00:41:30pour l'instant,
00:41:32il y a des discussions,
00:41:33mais pour l'instant,
00:41:34c'est pas en train
00:41:35de bouger face...
00:41:36Mais la question
00:41:36que je voulais vous poser,
00:41:37Vincent Tibéry,
00:41:38c'est face au récit médiatique
00:41:40qu'il y a eu
00:41:40pendant des semaines,
00:41:41aussi nourri par les partis,
00:41:43de deux gauches irréconciliables,
00:41:44à la fin,
00:41:45est-ce qu'ils ne sont pas rattrapés
00:41:46par les électeurs,
00:41:50même à gauche ?
00:41:51Oui, tout à fait.
00:41:52Encore une fois,
00:41:53on retrouve de nouveau
00:41:54cette strate nationale
00:41:56et ce qui se passe
00:41:56au niveau local.
00:41:57Et en plus,
00:41:58on peut rajouter
00:41:59la question
00:42:00des citoyens.
00:42:01Au niveau national,
00:42:02mais place publique,
00:42:03c'est combien de divisions ?
00:42:05Place publique,
00:42:06c'est un parti de masse ?
00:42:08Place publique,
00:42:09ils n'ont quasiment
00:42:09aucune possibilité
00:42:12d'obtenir des mairies.
00:42:13Donc, effectivement,
00:42:14c'est facile
00:42:14de dire pas de fusion,
00:42:16on peut rester...
00:42:17Parce que, de fait,
00:42:18le responsable,
00:42:19Raphaël Glucksmann,
00:42:21lui, a en tête
00:42:232027.
00:42:24Et c'est tout,
00:42:24quelque part.
00:42:25Il veut tout de suite
00:42:26enjamber ses municipales.
00:42:28Là,
00:42:28ce n'est pas la même chose
00:42:29quand vous êtes un citoyen,
00:42:31ce n'est pas la même chose
00:42:31que d'être gouverné
00:42:33par Jean-Luc Moudinck
00:42:34ou par, effectivement,
00:42:36François Picmal.
00:42:36Ce n'est pas la même chose
00:42:37si vous êtes à Limoges,
00:42:39d'être gouverné
00:42:39par un maire de droite
00:42:40ou un maire de gauche.
00:42:41Ce n'est pas la même chose
00:42:43autour de Lyon,
00:42:43ce n'est pas la même chose
00:42:44à Marseille,
00:42:45etc.
00:42:45Enfin,
00:42:46il y a un moment,
00:42:46il faut quand même
00:42:47se souvenir que
00:42:49les politiques municipales
00:42:51sont des vraies politiques.
00:42:52Vous le rappeliez,
00:42:53en termes de logement,
00:42:54en termes de santé,
00:42:55les maires sont quand même,
00:42:56pour un certain nombre d'entre eux,
00:42:57présidents des conseils
00:42:58d'administration,
00:42:59des hôpitaux.
00:43:00Les questions d'école,
00:43:01les questions de crèche,
00:43:03de cantine,
00:43:05de mobilité,
00:43:06tout ça,
00:43:07c'est des trucs énormes.
00:43:08Et donc,
00:43:09effectivement,
00:43:09il y a une différence
00:43:10entre la gauche et la droite.
00:43:12Et on voit combien
00:43:13on est effectivement
00:43:14dans une volonté
00:43:16de la part de certains acteurs
00:43:18de mettre en équivalence,
00:43:19mais ce n'est pas si nouveau,
00:43:21de mettre en équivalence
00:43:22extrême gauche
00:43:23et extrême droite.
00:43:24Et en fait,
00:43:24quand on y réfléchit,
00:43:26c'est la dialectique
00:43:27des extrêmes
00:43:28qu'on a commencé
00:43:29à voir émerger
00:43:30à l'époque,
00:43:30il y a très très très très longtemps.
00:43:32C'était Jean-François Copé
00:43:33qui parlait déjà des extrêmes.
00:43:35À un moment,
00:43:36ce n'était pas la France insoumise,
00:43:37mais c'était le front de gauche.
00:43:39Et en fait,
00:43:39quelque part,
00:43:41on rejoue,
00:43:41on est à l'umatch,
00:43:42on rejoue la question
00:43:43de l'anticommunisme.
00:43:45Voilà,
00:43:45quel est le vrai danger ?
00:43:46C'est l'extrême droite
00:43:47ou c'est les communistes ?
00:43:49Donc,
00:43:50vous voyez bien
00:43:50combien on se retrouve
00:43:51dans une situation
00:43:52où on veut essayer
00:43:53effectivement
00:43:54de faire sortir
00:43:55un adversaire gênant.
00:43:57Et c'est complètement oublié
00:43:59que du côté des citoyens
00:44:02et parmi eux des électeurs,
00:44:04cette question
00:44:05des deux gauches irréconciliables
00:44:07Manuel Valls
00:44:08le pensait,
00:44:08mais pas les gens d'en bas.
00:44:10Et en fait,
00:44:11vous voyez bien
00:44:12ce qui s'est passé
00:44:13en 2024.
00:44:14Les partis
00:44:15ont été obligés,
00:44:16face à la brutalité
00:44:18de la dissolution,
00:44:19mais aussi face
00:44:19à un début
00:44:20de pression populaire,
00:44:22à faire cet accord
00:44:23de NFP,
00:44:24à réussir
00:44:25en moins d'une semaine
00:44:25à laisser de côté
00:44:27toutes leurs tensions
00:44:27et réussir
00:44:29à avoir des candidats,
00:44:30un début de programme,
00:44:30etc.
00:44:31Mais c'est surtout,
00:44:31dès lors qu'il y a eu union,
00:44:33vous avez vu
00:44:35se mettre en branle
00:44:36dans la société
00:44:37un nombre impressionnant
00:44:39de mouvements
00:44:40associatifs,
00:44:42syndicaux,
00:44:43philosophiques,
00:44:44mais des réseaux
00:44:45de citoyens
00:44:46qui se sont mobilisés.
00:44:47Et en fait...
00:44:47C'est là qu'on peut faire
00:44:48le lien avec ce que vous
00:44:49disiez tout à l'heure,
00:44:49cet engagement
00:44:50qui aussi se tourne
00:44:51vers d'autres formes
00:44:53que la politique aujourd'hui.
00:44:54Et en gros,
00:44:55on voit bien
00:44:56qu'une des pressions
00:44:57quand vous regardez,
00:44:58y compris dans les enquêtes
00:44:59aujourd'hui,
00:45:00il faut toujours se méfier
00:45:00des enquêtes
00:45:01à autant de temps
00:45:01d'une présidentielle,
00:45:02mais la demande
00:45:03est très très claire
00:45:04d'une forme d'union.
00:45:06Et à rebours,
00:45:08effectivement,
00:45:08des logiques partisanes,
00:45:10voire même des logiques
00:45:11individuelles
00:45:12au sein des partis.
00:45:13N'oublions pas
00:45:14que François Hollande
00:45:15a lui aussi
00:45:16pris des positions
00:45:17très dures face aux alliances.
00:45:18Et semble-t-il,
00:45:19à Tulle,
00:45:20il va y avoir une alliance
00:45:21avec LFI.
00:45:21C'est quand même troublant, non ?
00:45:23Alors, il faut toujours
00:45:24se méfier des enquêtes,
00:45:25mais ceci dit,
00:45:26d'après un sondage
00:45:28au DOXA,
00:45:2858% des électeurs
00:45:30de gauche,
00:45:30mais seulement 31%
00:45:31du PS,
00:45:33sont favorables
00:45:33à une option
00:45:34de rassemblement
00:45:35dans la perspective
00:45:37du deuxième tour.
00:45:39D'ailleurs,
00:45:39cette perspective-là,
00:45:40on voit,
00:45:41au-delà de Marseille
00:45:43et Paris,
00:45:44où c'était plus compliqué,
00:45:46elle s'est vite
00:45:46retrouvée à Toulouse,
00:45:47on en parlait,
00:45:48à Brest,
00:45:48à Limoges,
00:45:49à Nantes,
00:45:49etc.
00:45:50Est-ce que ce récit-là
00:45:53d'une dynamique
00:45:54un peu d'union
00:45:55peut contrebalancer
00:45:57ce dont on parlait
00:45:58à l'instant
00:45:58de bataille,
00:46:00finalement,
00:46:00pour l'hégémonie à gauche,
00:46:02quoi,
00:46:02ultra-médiatisée ?
00:46:06Les proches du PS,
00:46:08comme d'ailleurs
00:46:08les proches
00:46:09des Insoumis,
00:46:10c'est à peine 5%
00:46:11aujourd'hui
00:46:11dans les enquêtes.
00:46:12Il faut quand même
00:46:13se souvenir
00:46:13qu'on continue
00:46:14à raisonner
00:46:15en termes
00:46:15d'électorat,
00:46:16de partisans,
00:46:17de supporters.
00:46:18En fait,
00:46:18la plupart des partis
00:46:19français,
00:46:20Rennes compris,
00:46:21sont assis
00:46:21sur des têtes
00:46:22d'épingles sociologiques.
00:46:24La plupart des gens
00:46:24sont en fait
00:46:25pas du tout définis
00:46:26en fonction
00:46:27d'une proximité partisane
00:46:28et c'est super important.
00:46:29Et la cliation gauche-droite,
00:46:30du coup,
00:46:30c'est le même ?
00:46:31Ça ne marche pas
00:46:32très bien non plus
00:46:33parce que c'est relié
00:46:33justement à cette logique
00:46:35des partis.
00:46:36Mais il n'empêche
00:46:36que derrière,
00:46:37il y a la question
00:46:37des valeurs
00:46:38et là, par contre,
00:46:39les choses sont
00:46:40beaucoup plus claires.
00:46:41Pardon, excuse-moi.
00:46:42Non, non, non,
00:46:42mais on est au cœur
00:46:44du sujet.
00:46:46En fait,
00:46:46il faut voir,
00:46:48tu parlais de Tulle,
00:46:50mais en réalité,
00:46:51Toulouse,
00:46:52qui est le cœur
00:46:53de cette thèse
00:46:54des gauches
00:46:56irréconciliables
00:46:56avec Delga,
00:46:58etc.
00:46:58Et Harold Delga
00:46:59qui est la présidente
00:47:00de la région occitale.
00:47:01Voilà.
00:47:01En fait,
00:47:02c'est sur le terrain
00:47:04des tenants
00:47:05de cette thèse
00:47:06des gauches irréconciliables
00:47:07que tout est en train
00:47:08de voler en éclats,
00:47:09que cette thèse
00:47:10est en train de voler en éclats
00:47:11puisqu'on parle
00:47:12d'une stratégie victorieuse
00:47:14d'union de la gauche
00:47:15à Toulouse,
00:47:17dans le cœur
00:47:17de l'endroit
00:47:19où cette thèse
00:47:20ou à Tulle
00:47:21chez François Hollande.
00:47:22Donc,
00:47:23ce qu'on voit,
00:47:24c'est que
00:47:26il y a
00:47:27une pression
00:47:28de l'électorat
00:47:29à la base.
00:47:30Certes,
00:47:31les choses sont déconnectées
00:47:32la plupart du temps,
00:47:33mais il y a la nécessité
00:47:34pour les candidats
00:47:35de lire
00:47:36les demandes sociales.
00:47:38Alors,
00:47:38ça prend une forme
00:47:39parfois très matérielle
00:47:41avec la manifestation
00:47:42devant Payan,
00:47:43le siège de Payan
00:47:44hier à Marseille.
00:47:46Il y avait
00:47:46la manifestation
00:47:47pour la candidature
00:47:48du Guet de Bélo
00:47:49à l'époque
00:47:49devant le siège
00:47:50du Parti Socialiste
00:47:50à Évry,
00:47:51au moment du NFP.
00:47:54Donc,
00:47:55on voit que les gens
00:47:56souhaitent aussi investir
00:47:57cette question stratégique.
00:47:59Une partie
00:47:59de l'électorat de gauche
00:48:01souhaite investir
00:48:02cette question stratégique
00:48:02et c'est assez nouveau
00:48:03d'ailleurs
00:48:03de voir tout d'un coup
00:48:04des gens se rassembler
00:48:05devant pour dire
00:48:06prenez vos responsabilités.
00:48:07Mais en réalité,
00:48:08ce débat,
00:48:09il est tranché
00:48:10à l'intérieur de la gauche.
00:48:11Qu'est-ce qui a marqué
00:48:12l'histoire de la gauche
00:48:13au cours des dernières années ?
00:48:14Le fait que
00:48:15les options sociales libérales
00:48:17ont été minoritaires.
00:48:19Il y a eu
00:48:20une expérience
00:48:21sociale libérale
00:48:22autour de Hollande.
00:48:24Elle a provoqué
00:48:25une crise
00:48:26dont on n'imagine
00:48:28pas la profondeur
00:48:28à gauche.
00:48:29Et d'autres options
00:48:31électorales
00:48:31ont germé.
00:48:33L'avancée
00:48:34de la FI
00:48:34hier,
00:48:36ce n'est pas
00:48:37Jean-Luc Mélenchon,
00:48:39etc.
00:48:39C'est la sécrétion
00:48:40lente au sein
00:48:41de la gauche
00:48:42d'options alternatives
00:48:43à l'échec
00:48:44du social-libéralisme.
00:48:46C'est ça.
00:48:46Donc, on peut
00:48:47après personnaliser
00:48:48les choses,
00:48:49etc.
00:48:49Mais il y a la quête
00:48:50d'une gauche
00:48:52déterminée
00:48:53qui est en rupture
00:48:54avec le libéralisme,
00:48:56avec les principes
00:48:56du libéralisme,
00:48:57du néolibéralisme,
00:48:58etc.
00:48:58C'est ça.
00:48:59Et ça tâtonne.
00:49:00L'histoire n'est pas
00:49:01limpide.
00:49:02Donc, on tâtonne.
00:49:03Mais ce qui est vrai,
00:49:04c'est qu'il y a un attachement
00:49:05très profond
00:49:06à ce que les stratégies
00:49:07de gauche
00:49:09puissent exprimer
00:49:09leur division parfois,
00:49:10mais déboucher
00:49:11sur une stratégie gagnante.
00:49:13Parce qu'il y a
00:49:13l'idée
00:49:14qu'au sein
00:49:15de l'électorat de gauche,
00:49:16qu'une mairie
00:49:16gérée par la gauche,
00:49:17effectivement,
00:49:18ce n'est pas tout à fait
00:49:18la même chose
00:49:19et que ça reste en place.
00:49:20Et donc,
00:49:21on voit bien
00:49:22que
00:49:24tous les moments
00:49:25dans lesquels
00:49:26ces prises de position
00:49:27de Glucksmann,
00:49:28de Hollande
00:49:29sont
00:49:31connectées
00:49:31à une conception
00:49:32du Parti Socialiste
00:49:33ou de Place Publique
00:49:34dans laquelle
00:49:34ce qui prime,
00:49:35c'est la présidentielle.
00:49:37Donc, il faut absolument
00:49:38dessiner une option alternative
00:49:39pour la présidentielle.
00:49:41Mais en réalité,
00:49:42en faisant ça,
00:49:43est-ce qu'on n'aggrave pas
00:49:43la crise
00:49:44au sein de la gauche
00:49:45de la nécessité
00:49:47de trouver une modalité
00:49:48d'intervention populaire
00:49:49dans laquelle on ne met pas
00:49:51uniquement cette perspective
00:49:52présidentielle
00:49:52comme l'alpha et l'oméga
00:49:54de toutes les stratégies.
00:49:56Lorsque les gens disent
00:49:57leur attachement
00:49:58à ce que leur ville
00:49:58soit sauvée par la droite,
00:50:00ils disent aussi
00:50:00la gauche peut changer la vie
00:50:02à l'échelle locale.
00:50:04Et donc,
00:50:05c'est en quelque sorte
00:50:06extrêmement périlleux
00:50:07de vouloir absolument
00:50:09comme ça
00:50:10tout indexer
00:50:11sur l'élection présidentielle.
00:50:12Et là,
00:50:13je crois qu'il y a un enjeu
00:50:14derrière
00:50:14qui est peut-être
00:50:15un peu implicite,
00:50:16qui est la conception du parti.
00:50:17Est-ce que le parti socialiste
00:50:19est une écurie présidentielle
00:50:21comme beaucoup de choses,
00:50:23beaucoup des tendances internes
00:50:24à la vie politique
00:50:25l'amène à être ?
00:50:26Existe.
00:50:27Ou est-ce qu'il est capable
00:50:29de,
00:50:30dans une tradition
00:50:31d'ancrage local,
00:50:32constituer des stratégies
00:50:33de rassemblement
00:50:34qui,
00:50:35certes,
00:50:36sont très peu payantes
00:50:37dans les réseaux sociaux
00:50:40où ils sont assignés,
00:50:42où on leur demande
00:50:42de rompre avec la FI
00:50:44sans arrêt.
00:50:45Mais en même temps,
00:50:45ce qui se joue derrière,
00:50:46c'est la conception du parti.
00:50:48C'est-à-dire,
00:50:48est-ce qu'on est un parti
00:50:51qui considère
00:50:51que l'ancrage local
00:50:53est important,
00:50:54que les conquêtes
00:50:54et les victoires locales
00:50:55sont importantes
00:50:56et qui est capable
00:50:57de faire un système
00:50:58de compromis
00:50:58pour les obtenir ?
00:51:00On voit bien là
00:51:01qu'il y a à la fois
00:51:02un débat sur
00:51:03quelle est la ligne
00:51:04vis-à-vis de la FI
00:51:04et puis il y a aussi
00:51:05un ligne
00:51:06et une ligne.
00:51:06François Hollande
00:51:07et Glucksmann
00:51:08sont des personnes
00:51:08qui n'ont aucun enjeu local
00:51:09et en réalité,
00:51:10s'en fichent
00:51:11parce que leur agenda politique
00:51:13est totalement désindexé
00:51:14de cet enjeu
00:51:15et c'est un secret
00:51:17de politique génial
00:51:18de savoir
00:51:18que, en réalité,
00:51:19ce n'est plus leur sujet.
00:51:21Or, moi,
00:51:22je crois que
00:51:23la sortie de la crise
00:51:24pour la gauche,
00:51:25ça passe par
00:51:26les médiations politiques.
00:51:27Ça passe par
00:51:28la revueification
00:51:29d'un certain nombre
00:51:29de médiations politiques
00:51:30et que les militants,
00:51:32le tissu associatif,
00:51:33la capacité à agir
00:51:35à l'échelle locale,
00:51:36c'est des choses
00:51:37qui peuvent dégager
00:51:39des résistances,
00:51:39des perspectives
00:51:40pour la gauche.
00:51:42Là, on parle
00:51:42de potentielle crise
00:51:44du modèle des partis.
00:51:45On voulait aussi,
00:51:46bien sûr,
00:51:46parler de crise potentielle
00:51:48de la démocratie
00:51:49avec l'abstention
00:51:50puisque seulement 57%
00:51:52des électeurs
00:51:52sont allés voter
00:51:53lors du premier tour
00:51:54des élections municipales
00:51:55dimanche dernier,
00:51:56sachant que les maires
00:51:57sont les élus
00:51:58préférés des Français.
00:51:59Il y a un taux
00:51:59de satisfaction
00:52:00de 66%,
00:52:01très très loin devant
00:52:02les parlementaires
00:52:03et le président
00:52:04de la République.
00:52:05À première vue,
00:52:06donc un paradoxe.
00:52:07Comment expliquer
00:52:08ce paradoxe ?
00:52:09Est-ce qu'il y a
00:52:10le signe là aussi
00:52:10d'une crise démocratique,
00:52:12Vincent Tibéry ?
00:52:13Alors, d'abord,
00:52:15il y a plusieurs éléments.
00:52:16Le premier élément
00:52:17sur lequel je veux revenir,
00:52:19c'est que ce qui se passe
00:52:21au niveau national
00:52:22en termes de démocratie
00:52:24se passe aussi
00:52:25au niveau local.
00:52:26C'est-à-dire que nous sommes
00:52:27quand même dans une culture
00:52:28démocratique
00:52:29qui reste très très fortement
00:52:30centrée sur la figure
00:52:32des élus
00:52:32et sur leur pouvoir
00:52:34de décision.
00:52:35Donc, en gros,
00:52:36le président ressemble
00:52:37au maire.
00:52:38C'est-à-dire cette idée
00:52:39qu'il pourrait à lui
00:52:39tout seul,
00:52:40avec ses muscles
00:52:41et son gros cerveau,
00:52:43réussir à transformer
00:52:44les villes.
00:52:44Et vous avez ces récits
00:52:46à longueur de temps.
00:52:47Quelque part,
00:52:47c'était Alain Juppé
00:52:48à Bordeaux.
00:52:49Vous pouvez vous dire
00:52:50que Jean-Michel Aulas
00:52:50à Lyon,
00:52:51il essayait de faire
00:52:51la même chose.
00:52:52On voit effectivement
00:52:53qu'il y a un vrai problème
00:52:55de capacité
00:52:56à associer correctement
00:52:58avec une vraie logique
00:53:00d'horizontalité
00:53:01les citoyens
00:53:02dans les communes.
00:53:03Et quand je dis
00:53:03les citoyens,
00:53:04c'est tous les citoyens.
00:53:05Pas ceux qui viennent
00:53:06aux réunions de quartier.
00:53:07Bien sûr,
00:53:08vous organisez
00:53:08une réunion de quartier,
00:53:09vous avez beaucoup de gens
00:53:10qui se déplacent.
00:53:11Mais est-ce que vous avez
00:53:12les bons ?
00:53:13Vous allez avoir ceux
00:53:14qui ont effectivement
00:53:15un intérêt politique,
00:53:17c'est des militants
00:53:17d'une organisation
00:53:18des intérêts économiques
00:53:20et il va manquer
00:53:21un certain nombre de gens.
00:53:23Il va manquer
00:53:23les familles populaires
00:53:26et particulièrement
00:53:27les femmes
00:53:27des familles populaires.
00:53:29Il va manquer
00:53:29les moins diplômés,
00:53:31il va manquer
00:53:31ceux qui ne se sentent
00:53:32pas à l'aise
00:53:33dans ce type de réunion
00:53:34pour interpeller un élu.
00:53:36Donc on voit bien
00:53:36que derrière,
00:53:37c'est une question
00:53:38objectivement
00:53:39de modèle démocratique.
00:53:40Et nous sommes
00:53:40dans un modèle démocratique
00:53:42qui fait qu'aujourd'hui,
00:53:43avant de questionner
00:53:44les citoyens
00:53:45et leur rapport au vote,
00:53:46on devrait questionner
00:53:47la part de responsabilité
00:53:48du système politique
00:53:49face à ça.
00:53:51La montée de l'abstention
00:53:52n'a rien d'inéluctable.
00:53:54Et ça se voit
00:53:55quand on regarde
00:53:56d'autres pays.
00:53:57Le Danemark,
00:53:58la Suède,
00:53:59la Norvège,
00:54:00il n'y a pas de baisse
00:54:01de la participation.
00:54:02Au contraire.
00:54:03Et ça frôle
00:54:04législative allègrement
00:54:05les 80%,
00:54:06là où grosso modo,
00:54:07même en France
00:54:08en 2024,
00:54:09on a atteigné
00:54:1164-65%.
00:54:12Premier truc.
00:54:14Deuxième truc.
00:54:15Arria Badves,
00:54:15mais du coup,
00:54:16la différence ?
00:54:17Pardon ?
00:54:17La différence de modèle,
00:54:19elle repose sur quoi ?
00:54:20On est très clairement
00:54:21sur des manières
00:54:22de concevoir
00:54:23son rôle d'élu,
00:54:24ces manières de concevoir
00:54:25le lien avec les citoyens
00:54:26beaucoup plus horizontaux,
00:54:27beaucoup plus structurés
00:54:28et beaucoup moins élitistes,
00:54:30en fait.
00:54:30Et on a cette espèce de...
00:54:31En gros,
00:54:32en France,
00:54:33on continue à raisonner
00:54:34en termes de César et de Tribun.
00:54:36Voilà.
00:54:36Et c'est pas vraiment comme ça
00:54:38qu'on devrait évoluer.
00:54:39Et ça se...
00:54:40Et ça, d'ailleurs,
00:54:40ça se décline au-delà de la politique
00:54:42dans le monde de l'entreprise.
00:54:43Les patrons français
00:54:44sont des patrons
00:54:45qui ont énormément de mal
00:54:46à comprendre
00:54:47ce que c'est
00:54:47qu'associer ses salariés.
00:54:49Là où d'autres modèles économiques
00:54:51réussissent effectivement
00:54:52à faire de la concertation,
00:54:53à faire que les travailleurs
00:54:55se sentent beaucoup mieux considérés.
00:54:56Ça, vous avez tout ça
00:54:57dans la sociologie du travail.
00:54:58Je pense à Dominique Médin
00:54:59et d'autres.
00:55:00Donc, pour revenir à l'abstention,
00:55:02oui, il y a eu une augmentation
00:55:03de l'abstention.
00:55:04À ceci près que,
00:55:05grosso modo,
00:55:06c'est la continuation
00:55:07de la ligne de progression
00:55:09qu'on a commencé à voir
00:55:10depuis les années 90,
00:55:12à partir de l'élection
00:55:13municipale de 95.
00:55:15Et en fait, derrière,
00:55:17c'est en partie
00:55:19la question des municipales,
00:55:21mais c'est d'abord
00:55:21la transformation,
00:55:22là aussi générationnelle,
00:55:24du corps électoral français,
00:55:26qui fait qu'on continue
00:55:28à avoir des cohortes
00:55:29extrêmement bien structurées
00:55:31qui votent régulièrement.
00:55:32On revient aux boomers.
00:55:33Et vous avez vu, du coup,
00:55:35où ils vont, les boomers,
00:55:36pour un certain nombre d'entre eux.
00:55:38Et à côté,
00:55:39vous avez des générations
00:55:40qui viennent après.
00:55:41La mienne a désormais
00:55:42une cinquantaine d'années.
00:55:43Mais on vote moins
00:55:43de manière systématique
00:55:46que notre alter ego
00:55:47il y a encore une vingtaine d'années.
00:55:48Et c'est encore plus vrai
00:55:50de nos enfants
00:55:51qui ont désormais
00:55:52une vingtaine d'années.
00:55:53Mais ça ne veut pas dire,
00:55:54encore une fois,
00:55:55que ces jeunes cohortes
00:55:57se désintéressent de la politique.
00:55:59Simplement,
00:55:59leur politique,
00:56:00ça ne passe pas
00:56:00par un bulletin de vote.
00:56:01Ça questionne
00:56:02la notion même de vote.
00:56:04Ça questionne
00:56:04ce qu'on fait dire
00:56:06à un vote,
00:56:06en France notamment.
00:56:07En France,
00:56:08c'est certes choisir,
00:56:09mais en fait,
00:56:10beaucoup moins choisir
00:56:11que élire.
00:56:12Voter contre
00:56:12parce que vous ne voulez pas
00:56:13Marine Le Pen
00:56:14à la présidentielle,
00:56:15vous vous retrouvez
00:56:16à soutenir Emmanuel Macron
00:56:17et son programme.
00:56:18Je crois que les gens
00:56:19ne sont pas d'accord.
00:56:20Vous vous mobilisez en 2024
00:56:21pour faire barrage
00:56:22pour certains électeurs.
00:56:23Vous allez même jusqu'à voter
00:56:24pour des candidats
00:56:26soutenus par LR
00:56:27ou Horizon
00:56:29ou Ensemble.
00:56:30Et à la fin,
00:56:31ce que vous avez fait
00:56:32ne tient pour rien
00:56:34dans la manière
00:56:35dont s'exerce le pouvoir.
00:56:36Il y a un moment,
00:56:37il faut quand même
00:56:38comprendre ce que ça veut dire.
00:56:39En fait,
00:56:40pendant longtemps,
00:56:40on pensait que le vote,
00:56:41c'était la seule manière
00:56:43de s'exprimer pour les citoyens.
00:56:44Ce n'est plus le cas.
00:56:45Ils utilisent autre chose.
00:56:46Et l'autre point,
00:56:48c'est que si on pense
00:56:49que l'abstentionnisme,
00:56:50c'est une crise
00:56:51d'intégration civique,
00:56:52c'est de passer à côté
00:56:53du point qui fait que,
00:56:54non, non,
00:56:55les abstentionnistes
00:56:56savent très bien
00:56:56pourquoi ils sont abstentionnistes.
00:56:58Et ce n'est pas nécessairement
00:56:59parce qu'ils se replient
00:57:00sur l'égoïsme.
00:57:01C'est qu'ils veulent faire
00:57:02une politique autrement.
00:57:04Alors,
00:57:05on reviendra peut-être
00:57:06juste après,
00:57:06si on a le temps,
00:57:07sur la question spécifique
00:57:09des jeunes
00:57:10et de leur vote,
00:57:11notamment à cette municipale,
00:57:12ce qui a aussi
00:57:13un petit peu de nouveauté.
00:57:15Mais juste avant ça,
00:57:16parmi les principales raisons
00:57:18évoquées par les abstentionnistes,
00:57:19alors là encore,
00:57:20c'est une enquête
00:57:21dans l'Institut de sondage,
00:57:22mais ceci dit,
00:57:23ce qui est évoqué,
00:57:25c'est que les maires
00:57:26ne peuvent plus rien faire,
00:57:27donc ce qui répond
00:57:28un petit peu
00:57:29à ce que vous disiez,
00:57:30Vincent Tibéri,
00:57:30ou encore,
00:57:31le scrutin est déjà joué.
00:57:33Est-ce que,
00:57:34pour vous,
00:57:34Yann Lallane,
00:57:35il y a aussi un sentiment
00:57:36de dépossession
00:57:37de l'élection
00:57:38de la part
00:57:39des électeurs ?
00:57:42Oui,
00:57:43alors c'est difficile
00:57:44ces questions
00:57:44parce qu'il y a
00:57:46évidemment
00:57:46un sentiment
00:57:47de dépossession
00:57:48qui est d'autant plus fort
00:57:49et visiblement
00:57:50sur ces élections.
00:57:51Il y a toujours
00:57:52une abstention
00:57:54depuis maintenant
00:57:55une cinquantaine d'années
00:57:56plus forte
00:57:57parmi les,
00:57:58notamment parmi les milieux
00:58:00les moins diplômés
00:58:02ou ceux qui ont
00:58:03le moins de ressources économiques
00:58:04et visiblement
00:58:05sur cette élection,
00:58:05c'est particulièrement,
00:58:06c'est toujours vrai
00:58:08depuis cinquante ans,
00:58:09c'est particulièrement
00:58:10pour cette élection
00:58:11mais il faut aussi
00:58:12se rappeler
00:58:12que l'abstention différenciée
00:58:15entre les groupes sociaux,
00:58:17entre les niveaux
00:58:17de diplôme,
00:58:18etc.,
00:58:18c'est pas une loi
00:58:19de la politique.
00:58:20C'est pas une loi.
00:58:21vous avez eu
00:58:23au début du XXe siècle,
00:58:24au XIXe siècle,
00:58:26des systèmes
00:58:27dans lesquels
00:58:28les différentes fractions
00:58:30de classe
00:58:32votaient
00:58:32avec la même intensité.
00:58:35Alors il y avait
00:58:35d'autres mécanismes
00:58:36d'exclusion
00:58:36mais du point de vue
00:58:38du vote,
00:58:39l'abstention différenciée,
00:58:40c'est un phénomène
00:58:40entre guillemets
00:58:41à l'échelle historique
00:58:42relativement nouveau.
00:58:43Nous, on s'est habitués
00:58:44à que les quartiers populaires
00:58:47votent moins
00:58:47que les quartiers
00:58:49les plus aisés.
00:58:51Mais en réalité,
00:58:52c'est un phénomène
00:58:53entre guillemets naturel
00:58:54qui s'est imposé
00:58:57récemment
00:58:57et de ce point de vue-là,
00:58:59il y a un enjeu.
00:59:02En réalité,
00:59:03tout le monde
00:59:03s'estime dépossédé
00:59:04du pouvoir politique
00:59:06et il y a un constat
00:59:07très dur.
00:59:08Là, pas simplement
00:59:09chez les classes populaires.
00:59:10Les classes populaires
00:59:10en tirent une conclusion
00:59:11plus dure
00:59:12qui est qu'elles vont
00:59:13moins souvent voter.
00:59:14Mais en réalité,
00:59:15si vous interrogez
00:59:17sur l'érosion
00:59:18de la souveraineté collective,
00:59:20vous le retrouvez
00:59:21dans de très nombreux...
00:59:22Mais qui n'est pas
00:59:23un constat faux.
00:59:25La façon dont
00:59:26le pouvoir économique,
00:59:29le façonnage
00:59:30des options politiques
00:59:32par la grande bourgeoisie,
00:59:33la bourgeoisie,
00:59:34pèse sur le système politique,
00:59:36c'est une réalité.
00:59:38Ce n'est pas
00:59:38une thèse complotiste,
00:59:40elle peut avoir
00:59:41des expressions complotistes,
00:59:42mais il y a une réalité
00:59:44qui est assez bien,
00:59:46qui est assez bien consciente
00:59:48parmi les groupes populaires,
00:59:49que, objectivement,
00:59:53la bourgeoisie
00:59:54pèse sur le débat politique.
00:59:58Donc, il y a cette expérience,
01:00:01mais simplement,
01:00:03la question,
01:00:03c'est comment est-ce
01:00:04qu'on ne l'alimente pas ?
01:00:05Parce que,
01:00:06dans la réalité,
01:00:08formellement,
01:00:08entre guillemets,
01:00:10les communes gardent
01:00:12une capacité
01:00:12d'éducation énorme.
01:00:13C'est-à-dire que ce qui est catastrophique,
01:00:15c'est de voir
01:00:16un sentiment d'impuissance,
01:00:18mais à l'intérieur
01:00:19d'un système juridique
01:00:21dans lequel les communes
01:00:22gardent une capacité
01:00:23d'aménagement,
01:00:23une capacité de gestion
01:00:25des budgets, etc.
01:00:26Avec de moins en moins
01:00:27de budgets,
01:00:27ceci étant dit.
01:00:28Avec de moins en moins
01:00:29de budgets,
01:00:30mais, entre guillemets,
01:00:31avec des budgets conséquents
01:00:32pour changer la vie des gens.
01:00:34Et je pense que,
01:00:35là où il faut faire attention,
01:00:36c'est qu'à force de dire,
01:00:37pardon,
01:00:38avec de moins en moins
01:00:39de budgets, etc.
01:00:40Oui, tout ça est vrai.
01:00:41Oui, je dis ça parce qu'on entend
01:00:42beaucoup de maires,
01:00:43notamment pendant le mandat,
01:00:44notamment au moment
01:00:45de la question du budget,
01:00:48alerter,
01:00:48tirer la sonnette d'alarme
01:00:49sur les coupes budgétaires
01:00:50pour les collectivités.
01:00:51C'est vrai pour les communes,
01:00:52les départements,
01:00:53les régions.
01:00:54Et justement,
01:00:54peut-être que ça participe,
01:00:56d'après vous,
01:00:56aussi à ce sentiment
01:00:59qu'on ne peut plus rien faire
01:01:00au niveau local ?
01:01:01Alors, ça participe,
01:01:02évidemment,
01:01:03au sentiment,
01:01:04mais en réalité,
01:01:05sur l'histoire longue,
01:01:06les finances locales
01:01:07se renforcent.
01:01:08Il y a une offensive
01:01:09du néolibéralisme
01:01:10pour les attaquer,
01:01:11mais les finances
01:01:14des communes
01:01:15dans les années 50,
01:01:1740,
01:01:18si on remonte,
01:01:18n'étaient pas très brillantes
01:01:19en réalité.
01:01:20Il a fallu des lois
01:01:21de décentralisation
01:01:22qui ont permis
01:01:24effectivement
01:01:24des innovations politiques,
01:01:26les mairies communistes
01:01:27qui ont investi
01:01:28dans la politique
01:01:30de l'enfance,
01:01:31dans les politiques culturelles,
01:01:33etc.
01:01:33Mais tout ça,
01:01:34entre guillemets,
01:01:34c'est un construit.
01:01:36Vous voyez,
01:01:36ce qu'on estime normal
01:01:38qu'une mairie fasse,
01:01:38qui s'est déployée
01:01:39au cours du XXe siècle,
01:01:41eh bien,
01:01:42ça résiste quand même
01:01:43à la vague néolibérale
01:01:45qui essaye de corseter
01:01:46comme ça les communes.
01:01:49Simplement,
01:01:50c'est là où peut-être
01:01:52il faut essayer de réfléchir
01:01:53à la question
01:01:53de la crise
01:01:53de la représentation.
01:01:55C'est-à-dire que
01:01:56je suis d'accord
01:01:56sur la vitalité,
01:01:58mais la vitalité
01:01:59qui traverse
01:02:00pas simplement la jeunesse,
01:02:02l'ensemble des générations
01:02:03sur le tissu associatif,
01:02:05la volonté
01:02:06de défendre des causes,
01:02:07mais il y a un enjeu
01:02:09de structuration
01:02:10de la perspective politique,
01:02:12de continuité
01:02:13dans l'action.
01:02:14Et là,
01:02:14de ce point de vue-là,
01:02:15il y a,
01:02:16de façon transgénérationnelle,
01:02:18un effritement
01:02:19de la capacité
01:02:20à participer
01:02:21à un sujet collectif commun.
01:02:23C'est-à-dire que
01:02:24c'est des formes
01:02:25d'investissement
01:02:25qui sont
01:02:29plus précaires,
01:02:30plus aléatoires,
01:02:32etc.
01:02:32mais le fait
01:02:33de constituer
01:02:34un sujet collectif
01:02:35commun,
01:02:36pas simplement
01:02:37en participant
01:02:37à des organisations politiques,
01:02:39mais en prenant au sérieux
01:02:40la représentation politique
01:02:41comme un espace
01:02:42de lutte,
01:02:43un espace
01:02:43où on peut gagner
01:02:44des choses,
01:02:44ça,
01:02:45c'est peut-être
01:02:45l'enjeu
01:02:46très,
01:02:48très,
01:02:48très,
01:02:48très important
01:02:50des prochaines années.
01:02:51Je prends un exemple,
01:02:52la France insoumise.
01:02:53La France insoumise,
01:02:54de ce point de vue-là,
01:02:55c'est contradictoire.
01:02:57C'est à la fois
01:02:59une structure
01:03:00qui permet
01:03:01la participation
01:03:02de groupes populaires
01:03:05aux élections
01:03:06plus importantes
01:03:06et qui s'est fixé
01:03:07cet objectif-là,
01:03:08mais c'est aussi
01:03:09une organisation
01:03:10qui décide
01:03:12que,
01:03:13finalement,
01:03:14la structuration interne
01:03:15n'a pas de valeur
01:03:16ou a une moindre valeur
01:03:18que dans d'autres organisations.
01:03:20Et donc,
01:03:21la question
01:03:21de la continuité
01:03:23de l'action collective,
01:03:23la continuité
01:03:24de l'action en commun,
01:03:25en réalité,
01:03:26c'est là,
01:03:27je pense,
01:03:27qu'une partie
01:03:29de la gauche pêche
01:03:32parce que
01:03:33c'est difficile.
01:03:34C'est difficile
01:03:35de se dire
01:03:36qu'on se fixe
01:03:37pour objectif
01:03:37de recréer
01:03:38des organisations,
01:03:40pas simplement
01:03:40des organisations politiques,
01:03:41mais de recréer
01:03:42une capacité
01:03:43d'action collective
01:03:44continue.
01:03:45Et la gauche
01:03:46a été désarmée là-dessus.
01:03:48Elle a été désarmée.
01:03:49Alors,
01:03:49on a dit les syndicats,
01:03:49mais même les syndicats
01:03:50ont été désarmés là-dessus.
01:03:52Et résultat,
01:03:53c'est de ce point-là
01:03:54que vient une partie
01:03:55du sentiment
01:03:57de dépossession.
01:03:58Mais,
01:03:58regardons un peu
01:03:59les choses,
01:04:00il y a des passions politiques
01:04:01qui reviennent,
01:04:02on est à Saint-Denis.
01:04:03Là,
01:04:04vous voyez comment
01:04:04tout d'un coup,
01:04:05des forces populaires
01:04:06peuvent décider
01:04:08que la politique,
01:04:08ça compte,
01:04:09c'est important,
01:04:10et créer
01:04:11des formes
01:04:11d'irruption.
01:04:12Ce qui montre
01:04:13que le désespoir
01:04:14est tout sauf total.
01:04:16Saint-Denis,
01:04:17où il y a une population
01:04:18très jeune
01:04:18et il y a eu
01:04:19beaucoup d'abstentions,
01:04:20et c'était une question
01:04:21qu'on voulait poser
01:04:21à Vincent Tibéri là-dessus,
01:04:22puisque les jeunes,
01:04:24selon les enquêtes
01:04:25qui sont faites,
01:04:26votent beaucoup moins
01:04:26que les personnes
01:04:28plus âgées,
01:04:30à chaque fois d'ailleurs,
01:04:32enfin depuis des années.
01:04:34Mais par contre,
01:04:35si on regarde bien
01:04:362026,
01:04:38la seule catégorie
01:04:39d'âge
01:04:39qui a voté plus
01:04:40qu'en 2014,
01:04:42on dit 2014,
01:04:43parce qu'en 2020,
01:04:43il y a eu le Covid,
01:04:43c'est les 18-24 ans.
01:04:45Donc,
01:04:46il n'y a jamais de fatalité
01:04:47et tout est réversible.
01:04:49Parce que,
01:04:49de fait,
01:04:51ce n'est pas simplement
01:04:52être jeune
01:04:52qui produit le vote
01:04:54ou l'absence de vote.
01:04:55C'est aussi un contexte,
01:04:57encore une fois,
01:04:57si vous êtes...
01:04:59Bien sûr,
01:05:00par exemple,
01:05:002020 est un mauvais exemple
01:05:02en termes de participation
01:05:03et qui ont pris
01:05:03chez les jeunes,
01:05:04mais de fait,
01:05:05si vous mettez en place
01:05:07une campagne
01:05:08autour des enjeux
01:05:08de l'environnement,
01:05:09de l'égalité sociale,
01:05:11des questions même
01:05:12de relations avec la police,
01:05:13etc.,
01:05:14vraisemblablement
01:05:15que vous aurez
01:05:15beaucoup plus de mobilisation
01:05:16chez les jeunes.
01:05:17En fait,
01:05:18je pense que les jeunes,
01:05:20on a tendance à oublier
01:05:21qu'ils ont été socialisés
01:05:23au vote,
01:05:23mais désormais
01:05:24depuis la primaire.
01:05:25Mais ils ont été socialisés
01:05:26de nouveau à la délégation,
01:05:28à la remise de soi
01:05:29à des élus.
01:05:30On n'a pas fait en sorte
01:05:31que,
01:05:31ou pas assez,
01:05:32que dans les écoles primaires
01:05:35dans lesquelles ils votent,
01:05:36dans les collèges
01:05:36dans lesquelles ils votent,
01:05:37dans les lycées
01:05:37dans lesquelles ils votent,
01:05:38en face de la politique
01:05:39autrement.
01:05:40Notamment en créant
01:05:42du collectif,
01:05:43en leur permettant
01:05:44d'apprendre à gérer
01:05:46effectivement
01:05:46les enjeux
01:05:48qui peuvent être
01:05:50une vraie vie
01:05:50communautaire
01:05:51dans un établissement scolaire.
01:05:53Donc s'ils ne votent pas
01:05:55maintenant,
01:05:55ce n'est pas parce
01:05:56qu'ils ne sont pas
01:05:57des bons citoyens
01:05:58et qu'on devrait rater
01:05:59leur éducation
01:05:59et qu'il faudrait de nouveau
01:06:01leur remettre
01:06:01de l'éducation morale
01:06:02et civique.
01:06:03Non, non,
01:06:04c'est plus compliqué.
01:06:05C'est aussi parce qu'on est
01:06:06face à des jeunes
01:06:07qui sont eux aussi armés
01:06:08pour décoder les discours
01:06:10et qui, du coup,
01:06:11dans certains cas,
01:06:12ne veulent pas y aller.
01:06:14Et il semble quand même,
01:06:15là, je...
01:06:16On a parlé de Saint-Denis
01:06:18et à Saint-Denis,
01:06:19on a quand même le travail
01:06:20de Jean-Yves Dormagin
01:06:21et Céline Braconnier.
01:06:22Céline Braconnier,
01:06:23est retourné dans son bureau
01:06:24de vote de Saint-Denis.
01:06:25Et là, il nous explique
01:06:26qu'il y avait plein de jeunes.
01:06:27Et donc, effectivement,
01:06:29en fait, ça nous raconte aussi
01:06:30que quand une campagne
01:06:32a lieu sur le terrain,
01:06:33et là, on revient à la question
01:06:35des racines sociales
01:06:36des différents partis
01:06:37et des organisations,
01:06:38quand une campagne a lieu
01:06:39sur le terrain,
01:06:41vous pouvez les mobiliser,
01:06:42les jeunes,
01:06:43si vous réussissez
01:06:44à ce qu'ils vous prennent
01:06:46au sérieux.
01:06:47Si vous-même,
01:06:48en tant que parti,
01:06:49vous les prenez au sérieux.
01:06:51Et c'est un des enjeux
01:06:52des élections à venir.
01:06:54C'est la théorie
01:06:54du quatrième bloc
01:06:55développé par la France Insoumise.
01:06:57Et c'est pas simple
01:06:58de faire revenir
01:06:59des abstentionnistes.
01:07:00À mon avis,
01:07:01c'est effectivement,
01:07:01il est plus simple
01:07:02de faire revenir
01:07:03des abstentionnistes
01:07:04que de décrocher
01:07:05des électeurs du RN.
01:07:07Ça, c'est pour le débat
01:07:08sur les tours,
01:07:08les bourgs,
01:07:09tout ça, tout ça.
01:07:10Mais néanmoins,
01:07:11les abstentionnistes
01:07:12ne sont pas abstentionnistes
01:07:13parce qu'ils n'ont rien
01:07:14dans la tête.
01:07:15Ils sont abstentionnistes
01:07:16parce qu'ils ont
01:07:16de bonnes raisons de l'être.
01:07:17Donc, il faut réussir
01:07:18à aller les chercher
01:07:19et c'est un enjeu majeur
01:07:21parce que, mine de rien,
01:07:22on parlait des jeunes
01:07:23mais n'oublions pas
01:07:24que lors de ces municipales,
01:07:26vous avez près d'un ouvrier
01:07:28et d'un employé actif
01:07:29sur deux
01:07:29qui ne s'est pas non plus déplacé.
01:07:31Donc, on revient de nouveau
01:07:32à ce que disait Yann
01:07:34sur les différentiels
01:07:35de mobilisation
01:07:36des classes sociales.
01:07:37En revanche,
01:07:38effectivement,
01:07:39les plus riches,
01:07:39les cadres,
01:07:40les retraités,
01:07:41CSP+,
01:07:42eux, oui.
01:07:43Alors, justement,
01:07:43ça tombe bien
01:07:44parce qu'on voulait aussi
01:07:46en parler.
01:07:47Juste un petit mot
01:07:47parce que je ne suis pas sûre
01:07:48qu'on l'ait dit.
01:07:49Peut-être que ça m'a échappé.
01:07:50Mais, sans ni pour ceux
01:07:51qui nous écoutent
01:07:52et qui n'auraient pas suivi
01:07:53ce qui s'y est passé,
01:07:55élection au premier tour
01:07:57du candidat insoumis
01:07:58allié aux communistes locaux,
01:08:01Bali Bagayoko,
01:08:02donc à un petit peu plus
01:08:04de 50%
01:08:06dans une ville
01:08:07qui était jusque-là
01:08:07dirigée par un maire socialiste,
01:08:10Mathieu Anodin.
01:08:11Alors, cette parenthèse
01:08:11est en fait classe sociale.
01:08:14Je rebondis là-dessus
01:08:15parce qu'on voulait
01:08:16évidemment parler du vote
01:08:18à l'aune de ces catégories.
01:08:22Vous évoquiez
01:08:23le différentiel
01:08:25en termes de participation.
01:08:27Quelles sont les grandes tendances
01:08:29en termes de vote
01:08:33au regard de ces classes sociales ?
01:08:35On entend, par exemple,
01:08:36pour aller vite
01:08:37et déconstruire un petit peu
01:08:38peut-être ce qu'on entend
01:08:39d'habitude
01:08:40que les classes populaires
01:08:41ont tendance à voter ARN
01:08:43que c'est là
01:08:44qu'elle fait ses meilleurs scores.
01:08:45Qu'est-ce qu'on peut en dire
01:08:47au regard des dernières élections ?
01:08:49La première chose
01:08:50quand on parle
01:08:50des abstentionnistes,
01:08:51c'est essayer
01:08:52de voir
01:08:54que c'est une catégorie floue.
01:08:56Si on prend
01:08:57sur l'ensemble
01:08:57d'un cycle électoral
01:08:58des municipales
01:08:59à des municipales
01:09:00en passant par
01:09:00les européennes,
01:09:01les présidentielles,
01:09:02etc.
01:09:03en général,
01:09:04on estime
01:09:05qu'il y a
01:09:07moins de 15%
01:09:08d'abstentionnistes intégrales,
01:09:10c'est-à-dire
01:09:10des gens
01:09:11qui ne vont jamais voter.
01:09:14C'est-à-dire que c'est intéressant,
01:09:14c'est-à-dire que c'est 85%
01:09:15des gens inscrits
01:09:17sur la liste électorale
01:09:18qui se mobilisent
01:09:20au moins une fois
01:09:21pendant un cycle électoral,
01:09:23la plupart du temps
01:09:24à la présidentielle,
01:09:25s'ils ne le font qu'une fois,
01:09:27mais qui vont aussi,
01:09:28la plupart du temps,
01:09:29voter plusieurs fois.
01:09:29Donc ça,
01:09:31c'est la première chose.
01:09:31Il y a peu
01:09:32d'abstentionnistes
01:09:34intégraux,
01:09:34en quelque sorte,
01:09:36qui ne vont
01:09:37jamais voter.
01:09:39Par contre,
01:09:40dans les groupes populaires,
01:09:41cette abstention
01:09:42intermittente,
01:09:42elle est très forte.
01:09:44Notamment parmi
01:09:45les personnes
01:09:46qui ont un faible
01:09:46niveau de diplôme.
01:09:48Ce qui est difficile,
01:09:49c'est que
01:09:51souvent,
01:09:51les forces politiques,
01:09:52alors,
01:09:54disons,
01:09:55tous les chiquets politiques,
01:09:57s'imaginent que
01:09:58les abstentionnistes
01:09:58sont un réservoir
01:09:59de voix
01:10:01de gens
01:10:02qu'ils peuvent capter.
01:10:03En réalité,
01:10:04il y a chez les abstentionnistes
01:10:06des divisions idéologiques
01:10:07très profondes.
01:10:08C'est-à-dire que
01:10:09ce n'est pas un groupe
01:10:10homogène.
01:10:11Ce qu'ils partagent,
01:10:12en général,
01:10:13c'est une critique profonde
01:10:15de la représentation politique
01:10:16telle qu'elle se fait.
01:10:17Mais il y a
01:10:18des divisions
01:10:19sur les enjeux
01:10:22du libéralisme,
01:10:23de xénophobie.
01:10:24on retrouve des polarités,
01:10:25vous voyez.
01:10:27Et c'est pour ça que,
01:10:29moi,
01:10:30la thèse du quatrième bloc,
01:10:31je trouve qu'il faut
01:10:33la nuancer
01:10:34et se dire
01:10:35qu'en réalité,
01:10:37ce n'est pas un bloc homogène.
01:10:39C'est un bloc
01:10:40qui est traversé
01:10:40de divisions
01:10:41très fortes,
01:10:42même s'il est
01:10:44socialement positionné.
01:10:45il y a des divisions
01:10:46idéologiques
01:10:46qui le traversent
01:10:48de façon importante.
01:10:50Mais de toute façon,
01:10:52entre guillemets,
01:10:54l'enjeu
01:10:55de la conquête,
01:10:58de la remobilisation
01:11:00de ces abstentionnistes
01:11:02pour la gauche,
01:11:02c'est un passage
01:11:04obligé.
01:11:05C'est un passage obligé
01:11:06parce que,
01:11:07dans un certain nombre
01:11:08de configurations,
01:11:10par exemple,
01:11:10si on regarde le Havre,
01:11:11ce qui s'est passé au Havre,
01:11:13si les bureaux de vote
01:11:15des groupes populaires
01:11:16avaient voté
01:11:17au même niveau que...
01:11:18Alors, on dit juste
01:11:19ce qui s'est passé au Havre.
01:11:20Edouard Philippe est arrivé
01:11:21en tête,
01:11:22mais talonné par Jean-Paul Lecoq,
01:11:24le candidat communiste
01:11:25soutenu par la gauche.
01:11:28Allez-y.
01:11:28C'est ça.
01:11:29Et donc,
01:11:29Edouard Philippe arrive
01:11:31spécifiquement en tête
01:11:32parce que les quartiers
01:11:33les mieux dotés
01:11:35de la ville,
01:11:36économiquement
01:11:37et en termes
01:11:37de capital scolaire,
01:11:38vont spécifiquement voter.
01:11:40Donc,
01:11:41en réalité,
01:11:41on voit que
01:11:42cette abstention différenciée
01:11:44dans un certain nombre d'endroits,
01:11:45c'est un goulot d'étranglement
01:11:47pour la gauche.
01:11:48Les insoumis
01:11:49ont décidé
01:11:50d'en faire
01:11:51une priorité.
01:11:52D'un point de vue
01:11:53des masses,
01:11:55il ne faut jamais
01:11:55oublier que
01:11:57l'abstention
01:11:58ne règle pas
01:11:59tous les enjeux,
01:12:00que l'enjeu
01:12:01du corps électoral mobilisé,
01:12:02comme vous avez 85%
01:12:03des gens qui vont
01:12:04au moins voter une fois,
01:12:05entre guillemets,
01:12:06il faut aussi mobiliser
01:12:07de ce point de vue-là.
01:12:08Mais,
01:12:08c'est un enjeu
01:12:10absolument stratégique.
01:12:12Simplement,
01:12:14il ne faut pas
01:12:15entre guillemets
01:12:15travailler
01:12:16ce corps
01:12:17des abstentionnistes
01:12:18en se disant
01:12:19c'est un corps
01:12:20qui est traversé
01:12:21par une colère sociale
01:12:23indépendante
01:12:23de tout positionnement politique.
01:12:25Non,
01:12:26c'est un corps
01:12:27entre guillemets
01:12:28constitué.
01:12:29Et donc,
01:12:30de ce point de vue-là,
01:12:30il y a des abstentionnistes
01:12:31de gauche,
01:12:32il y a des abstentionnistes
01:12:32de droite,
01:12:33il y a des formes
01:12:35de distance aussi
01:12:36à la politique
01:12:36qui sont importantes,
01:12:37qui ont des niveaux,
01:12:39en quelque sorte.
01:12:40Voilà,
01:12:41donc,
01:12:42évidemment,
01:12:45comment dirais-je,
01:12:46le fait de redonner
01:12:47du sens à la politique
01:12:49et là,
01:12:49on voit entre deux tours
01:12:50toute la façon
01:12:51dont les choses
01:12:51sont en train
01:12:52de se façonner
01:12:53autour de ce qu'on se disait,
01:12:54l'accès
01:12:55éventuellement
01:12:55de certains
01:12:56responsables d'extrême droite
01:12:57au pouvoir
01:12:59dans certaines villes,
01:13:00c'est des choses
01:13:00qui peuvent avoir
01:13:00des fortes capacités
01:13:02de mobilisation.
01:13:04Moi,
01:13:04j'ai tendance à dire
01:13:05que le corps électoral
01:13:06de gauche
01:13:06est parfois plus responsable
01:13:08que les organisations politiques
01:13:09qui sont censées
01:13:09le représenter,
01:13:10on l'a vu,
01:13:11au moment du NFP,
01:13:12après les européennes,
01:13:14dans lequel,
01:13:15finalement,
01:13:16après des mois
01:13:16de division,
01:13:19la simple perspective
01:13:21de cette unité
01:13:22avait eu une capacité
01:13:24remobilisatrice
01:13:25et une capacité
01:13:26à endiguer
01:13:29la régression
01:13:30de la gauche.
01:13:31Donc,
01:13:32il y a aussi,
01:13:33il y a cette dialectique
01:13:34entre le haut et le bas
01:13:34dont tu parlais,
01:13:35c'est-à-dire qu'il faut aussi
01:13:37que les organisations
01:13:38soient à la hauteur
01:13:41de la crise démocratique
01:13:42qui traverse le pays.
01:13:45Alors que la campagne
01:13:46des municipales
01:13:47a été très nationalisée
01:13:48sur les plateaux télé,
01:13:49que les forces politiques
01:13:50elles-mêmes
01:13:51jouaient un récit
01:13:52qu'elles veulent mettre
01:13:53en scène pour 2027
01:13:54puisqu'on a une municipale
01:13:56juste avant une présidentielle,
01:13:57il y a très,
01:13:58très peu de personnes
01:13:59qui sont,
01:13:59selon les enquêtes d'opinion,
01:14:01même si elles sont
01:14:02prises avec la tête,
01:14:02très, très peu de personnes
01:14:03qui sont allées voter
01:14:03pour sanctionner
01:14:04ou nous le gouvernement.
01:14:06À peine 23%,
01:14:06apparemment,
01:14:07c'est un des plus bas chiffres
01:14:08jamais obtenus
01:14:09lors d'une municipale.
01:14:10Comment ça s'explique ?
01:14:11Est-ce que c'est lié
01:14:13notamment au fait
01:14:14que les macronistes
01:14:15n'ont aucun ancrage local
01:14:17et qu'ils étaient,
01:14:18pour les sanctionner,
01:14:19c'était compliqué ?
01:14:20C'est exactement ça.
01:14:21C'est-à-dire que
01:14:22quand on regarde,
01:14:23effectivement,
01:14:23il y a eu des travaux,
01:14:24je pense,
01:14:25notamment autour de
01:14:25Martial Foucault et d'autres,
01:14:26qui nous montraient
01:14:27effectivement qu'il y avait
01:14:28un lien entre
01:14:30popularité du gouvernement
01:14:31en place
01:14:32et sanctions ou non
01:14:34lors des municipales.
01:14:35Mais c'était du temps
01:14:36où vous aviez
01:14:37effectivement
01:14:37un gouvernement UMP
01:14:39et des mairies UMP,
01:14:40un gouvernement PS
01:14:41et des mairies PS.
01:14:43Là,
01:14:43il n'y a pas de macronistes.
01:14:45Ils sont planqués.
01:14:47Les républicains
01:14:49essayent d'être
01:14:50à la fois dedans et dehors
01:14:51et de faire comme
01:14:51s'ils n'y étaient pas,
01:14:53voire même,
01:14:53ils se planquent
01:14:54derrière des côtés
01:14:54divers droits.
01:14:56Donc,
01:14:56effectivement,
01:14:57ça ne s'est pas vu.
01:14:58Ça ne veut pas dire
01:14:59que derrière,
01:15:00il ne va pas de nouveau
01:15:00se remettre en place
01:15:01des logiques
01:15:03de réalignement politique.
01:15:05Ce n'est pas...
01:15:06Mais on est désormais
01:15:07à un moment
01:15:08où il va falloir
01:15:09commencer à se préparer
01:15:10à cette présidentielle.
01:15:11Ce qui est juste troublant,
01:15:12c'est que vous voyez bien
01:15:13que la présidentielle
01:15:15se prépare en ce moment
01:15:16avec déjà des logiques
01:15:17purement individuelles,
01:15:19de candidature,
01:15:20notamment avec cette espèce
01:15:22de trucs dans l'espace
01:15:23de la non-extrême droite
01:15:25que le ticket
01:15:27pour se qualifier
01:15:28au second tour,
01:15:29c'est autour de 13-14%.
01:15:30Donc,
01:15:30tout le monde peut réussir
01:15:31avec toujours cette idée
01:15:33que du coup,
01:15:34comme ça,
01:15:34je ferai barrage
01:15:35au Rassemblement National
01:15:36la fois d'après.
01:15:37On voit bien
01:15:37que c'est un petit peu compliqué
01:15:38et c'est surtout
01:15:39ne pas comprendre
01:15:40la nature
01:15:41de la crise démocratique
01:15:42qu'on traverse.
01:15:43Et encore une fois,
01:15:44cette crise démocratique,
01:15:45elle n'est pas du côté
01:15:46des citoyens.
01:15:47Elle est effectivement
01:15:47du côté des partis,
01:15:49des organisations partisanes.
01:15:50Alors, effectivement,
01:15:51on a besoin de partis
01:15:52pour travailler
01:15:53dans le temps long,
01:15:54on a besoin de partis
01:15:54pour faire exister
01:15:55des projets,
01:15:57mais néanmoins,
01:15:58on est quand même
01:15:58dans un moment
01:15:59où, collectivement,
01:16:01ils ne sont pas au niveau.
01:16:04Là-dessus,
01:16:05sur la dépossession,
01:16:07la semaine dernière,
01:16:07le constitutionnaliste
01:16:08Benjamin Morel
01:16:09disait dans les pages
01:16:09de l'Humanité quotidienne
01:16:10la pire phrase politique
01:16:11qui existe,
01:16:12c'est « je ne peux pas ».
01:16:13Il n'y a rien de plus délétère
01:16:14qu'un maire qui dit
01:16:15« je ne peux pas »,
01:16:16ça se passe à l'interco maintenant.
01:16:18Ou à l'interco qui va dire
01:16:19« je ne peux pas »,
01:16:20ça se passe au niveau
01:16:20de la région.
01:16:21La région qui va dire
01:16:22« là, il faut un changement législatif ».
01:16:24À l'Assemblée nationale,
01:16:25ils vont dire
01:16:25« le gouvernement ne veut pas »
01:16:26et le gouvernement va dire
01:16:26« le commissaire européen ne veut pas »
01:16:27et le commissaire européen
01:16:28va pouvoir répondre
01:16:29« c'est pas moi qui maîtrise le dollar ».
01:16:30Est-ce que sur cette chaîne
01:16:31de « je ne peux pas »
01:16:32qui peut parfois exister,
01:16:34il y a quelque chose
01:16:34qui démobilise les citoyens
01:16:35et une responsabilité à gauche
01:16:37de dire « oui, on peut »
01:16:38et la politique,
01:16:39c'est de trouver des débouchés
01:16:40et de trouver des solutions ?
01:16:43Moi, je prends un exemple
01:16:44en général
01:16:45qui est celui de Béziers.
01:16:48Béziers,
01:16:49le maire
01:16:51décide
01:16:52d'extrême droite,
01:16:53à cette moment-là
01:16:54par l'extrême droite,
01:16:54c'est finalement
01:16:55qui a eu un candidat RN
01:16:58mais qui a été élu
01:16:59avec les voix du RN.
01:17:01Il ne fait pas grand-chose
01:17:02dans sa ville.
01:17:03Il travaille
01:17:04le journal municipal
01:17:06en expliquant
01:17:06que les immigrés
01:17:08vont arriver
01:17:09dans la région
01:17:11et qu'il faut endiguer
01:17:12l'immigration.
01:17:13Qu'est-ce que je veux dire
01:17:14par là ?
01:17:15Je veux dire simplement
01:17:15que les budgets
01:17:17sont bloqués
01:17:18parfois dans bien
01:17:19des communes.
01:17:19Toutes les communes
01:17:20n'ont pas les ressources
01:17:21pour pouvoir...
01:17:21Mais la politique,
01:17:22c'est symboliser.
01:17:23C'est aussi symboliser
01:17:25le conflit.
01:17:26C'est symboliser
01:17:27les moments de blocage.
01:17:28C'est ça aussi.
01:17:29L'extrême droite
01:17:30le fait.
01:17:31Elle symbolise
01:17:32qu'elle estime
01:17:32être les moments
01:17:33de blocage.
01:17:34Les gens
01:17:35à Hélène Beaumont
01:17:36ne votent pas
01:17:37pour la capacité
01:17:39de service public
01:17:40de la mairie.
01:17:41Ils symbolisent aussi
01:17:42une adéquation
01:17:43avec ce qu'ils estimaient
01:17:44être un blocage.
01:17:44et que le maire
01:17:46porte
01:17:48ce blocage,
01:17:49etc.
01:17:51La gauche
01:17:52a su le faire
01:17:52dans son histoire.
01:17:54Symboliser le conflit.
01:17:56Symboliser le fait
01:17:57qu'il y a
01:17:59une domination
01:17:59de classe
01:18:00qui empêche
01:18:01l'amélioration
01:18:02de la condition
01:18:03de vie des gens.
01:18:05Et la demande
01:18:06politique,
01:18:07c'est évidemment
01:18:08une bonne gestion
01:18:09des services publics.
01:18:10On le dit
01:18:11et on voit
01:18:12que les Français,
01:18:13la plupart du temps,
01:18:14on souhaiterait
01:18:14que les enjeux
01:18:14soient au centré
01:18:15là-dessus.
01:18:16Mais c'est aussi
01:18:17une volonté
01:18:18d'exprimer
01:18:19la conflictualité.
01:18:21La politique
01:18:21est définie
01:18:22par la conflictualité.
01:18:24Et si la gauche
01:18:26ne le fait pas,
01:18:27en réalité,
01:18:27c'est les formes
01:18:28de conflictualité
01:18:29d'extrême droite
01:18:29entre étrangers,
01:18:31nationaux,
01:18:32qui l'emporteront.
01:18:33Et donc,
01:18:33je crois que
01:18:34de son point de vue-là,
01:18:35il ne faut pas être simpliste.
01:18:37la conflictualisation
01:18:38de la vie politique,
01:18:40c'est la condition
01:18:41de la mobilisation
01:18:43du salariat.
01:18:44C'est la condition.
01:18:45Parce qu'en réalité,
01:18:47surtout dans notre pays,
01:18:48on parle souvent
01:18:48d'identité nationale,
01:18:49mais en réalité,
01:18:50quand on réfléchit
01:18:51d'un point de vue politique,
01:18:52l'identité nationale,
01:18:53à l'échelle européenne,
01:18:54c'est surtout
01:18:55la présence spécifique
01:18:56d'un courant
01:18:56de gauche radicale,
01:18:58beaucoup plus fort,
01:18:59présent en continu
01:19:01dans les échéances.
01:19:01Regardez,
01:19:02il y a très peu
01:19:02de pays en France
01:19:04qui ont la même tradition
01:19:07de la présence
01:19:07d'un courant
01:19:08de gauche radicale.
01:19:10Et c'est vraiment
01:19:11pas une spécificité française,
01:19:13mais c'est quand même
01:19:13une particularité
01:19:15de l'identité française,
01:19:17cet courant en continu
01:19:19qui s'explique
01:19:20par le rapport
01:19:20à la révolution,
01:19:22etc.
01:19:22Mais,
01:19:23c'est parce que
01:19:24il y a,
01:19:25dans le champ politique français,
01:19:26et de ce point de vue-là,
01:19:27c'est peut-être une ressource
01:19:28par rapport
01:19:28au pays scandinave
01:19:29que tu prenais comme exemple,
01:19:31l'idée que la politique
01:19:33contient sa part
01:19:34de conflictualité
01:19:35et qu'il faut l'assumer.
01:19:37Et de ce point de vue-là,
01:19:38les maires,
01:19:39dans l'histoire des maires
01:19:41de la banlieue rouge,
01:19:43aujourd'hui,
01:19:44on voit tous les abantissements
01:19:45de la banlieue rouge
01:19:46en termes de services publics,
01:19:47etc.
01:19:48Mais pendant longtemps,
01:19:49les mairies ont eu
01:19:49très peu d'argent,
01:19:50très peu de ressources
01:19:51pour pouvoir gérer
01:19:52de nouveaux services publics.
01:19:54Ce qu'elles ont fait,
01:19:55ces mairies,
01:19:55elles ont symbolisé
01:19:57un affrontement de classe
01:19:58sur la base
01:19:59des liens locaux,
01:20:01etc.,
01:20:01mais une capacité
01:20:02à vivre en commun,
01:20:04agir en commun.
01:20:05À chaque fois que ça pouvait
01:20:06se transcrire dans un service public,
01:20:07c'était fait.
01:20:08Mais la symbolisation politique
01:20:10d'un conflit
01:20:11est extrêmement importante.
01:20:16Vous prenez un département
01:20:17comme celui des Hauts-de-Seine,
01:20:19que je connais bien,
01:20:20la capacité de dire,
01:20:21très bien,
01:20:22nous sommes la gauche
01:20:23dans un gouvernement,
01:20:24dans un département
01:20:26géré par la droite.
01:20:27C'est une ressource politique
01:20:29qui a une valeur de classe,
01:20:31puisque ça correspond aussi
01:20:33à une distribution
01:20:33en termes de fraction de classe
01:20:35sur le territoire.
01:20:36Neuilly n'est pas
01:20:37Villeneuve-la-Garène,
01:20:38Neuilly n'est pas Nanterre,
01:20:40etc.
01:20:41Et donc,
01:20:41je trouve que
01:20:42c'est l'investissement
01:20:44assumé de cette capacité
01:20:46à symboliser le conflit
01:20:47et à mettre
01:20:49dans l'action collective
01:20:50les gens
01:20:50qui peut être une ressource
01:20:51même dans le cadre
01:20:52d'une baisse des budgets.
01:20:55Alors,
01:20:55conflit de classe,
01:20:57on va finir là-dessus.
01:20:59Juste peut-être
01:20:59avec une toute dernière question.
01:21:01Si on peut se tenir
01:21:02à un temps relativement court,
01:21:03ce serait vraiment parfait.
01:21:05Parce que là,
01:21:06on parlait du point de vue
01:21:06de la gauche,
01:21:07du salariat,
01:21:08du point de vue de la bourgeoisie,
01:21:10on l'a dit,
01:21:10les macronistes
01:21:11là, complètement absents,
01:21:12alors que certains
01:21:13ont fait de cette élection
01:21:15une préparation
01:21:16dans la perspective
01:21:16de la présidentielle.
01:21:17À qui la bourgeoisie,
01:21:19là, s'est-elle ralliée ?
01:21:21Est-ce que ça préfigure
01:21:22peut-être quelque chose
01:21:23pour la suite ?
01:21:25Alors,
01:21:25il faut toujours
01:21:26se méfier des prédictions.
01:21:28On est très, très loin
01:21:29notamment d'une présidentielle.
01:21:31Rappelons-nous
01:21:31qu'en 2011,
01:21:33c'était Dominique Strovskan,
01:21:35en 2016,
01:21:35c'était Alain Juppé.
01:21:36Et ça ne s'est pas déroulé.
01:21:37Très, très vite, en effet.
01:21:38Voilà.
01:21:39Donc, les choses vont bouger.
01:21:41La question, effectivement,
01:21:42est-ce qu'on va avoir
01:21:43une forme de radicalisation,
01:21:45notamment, effectivement,
01:21:45de ce que vous appelez
01:21:46la bourgeoisie,
01:21:47c'est-à-dire les classes aisées ?
01:21:48Alors, les classes aisées,
01:21:49là aussi,
01:21:49ce n'est pas homogène.
01:21:52Il y a des classes aisées
01:21:52qui votent à gauche
01:21:53et notamment
01:21:54les classes aisées
01:21:55autour
01:21:57de la science,
01:21:58autour de l'université,
01:21:59autour du service social,
01:22:00etc.
01:22:00Mais, effectivement,
01:22:02on voit bien
01:22:03qu'il y a des tensions
01:22:04autour des élites économiques,
01:22:05il y a des tensions
01:22:06autour, effectivement,
01:22:07du monde des entreprises
01:22:08avec cette idée
01:22:09que peut-être
01:22:10que le Rassemblement national
01:22:11serait finalement testable
01:22:13parce qu'après tout,
01:22:14ils ont l'air très raisonnables.
01:22:16Et donc, ça,
01:22:16c'est un des enjeux,
01:22:17effectivement,
01:22:18majeurs,
01:22:18de voir si ces élites économiques
01:22:20vont basculer.
01:22:21Et on voit bien
01:22:22qu'il y a quand même
01:22:23un certain nombre de signes
01:22:24qui pourraient être inquiétants
01:22:25de ce point de vue-là.
01:22:26Alors, on n'est pas
01:22:28dans l'Allemagne
01:22:29des années 30.
01:22:30Johan Chapouto le répète
01:22:31et je suis d'accord avec lui.
01:22:33Mais néanmoins,
01:22:34vous voyez bien
01:22:35que les positions défendues
01:22:36au sein du Figaro,
01:22:37le MEDEF
01:22:38qui appelle
01:22:39à ne pas voter
01:22:41pour l'extrême droite
01:22:41pour des raisons morales
01:22:42mais surtout pas voter
01:22:43pour le NFP
01:22:44parce que le programme
01:22:45était économiquement
01:22:47inconcevable,
01:22:48ça commence à faire
01:22:50beaucoup de petits cailloux.
01:22:51Johan Chapouto décrit
01:22:52d'ailleurs ces petits cailloux.
01:22:54Tout à fait,
01:22:54il le décrit très bien.
01:22:55donc avoir à suivre
01:22:57mais effectivement
01:22:58ça va être
01:22:58une des mobilisations
01:23:00sachant encore une fois
01:23:01qu'on est quand même
01:23:03dans une situation
01:23:04où cette victoire
01:23:06pourrait être une victoire
01:23:07à contre-courant social,
01:23:09à contre-courant
01:23:09des évolutions
01:23:10de la société.
01:23:11Donc rien n'est fait,
01:23:12on est encore très très loin
01:23:13mais ne commençons pas
01:23:15par partir perdant.
01:23:17Et ça,
01:23:18donc on aura une première étape
01:23:19dès dimanche prochain
01:23:20avec le deuxième tour
01:23:21des élections municipales.
01:23:22On arrive,
01:23:23pour ce qui nous concerne,
01:23:24au terme de ce premier
01:23:25rematch,
01:23:26il me reste à remercier
01:23:27nos invités,
01:23:28merci beaucoup
01:23:28à vous deux,
01:23:29merci Vincent Thibéry,
01:23:31merci Yann Lelane,
01:23:32merci à toi aussi Aurélien,
01:23:34et puis surtout
01:23:35merci à vous
01:23:37derrière vos écrans
01:23:38de nous avoir suivis.
01:23:38un dernier petit mot
01:23:40pour vous rappeler
01:23:41de ne pas manquer
01:23:42notre soirée électorale
01:23:43dimanche prochain,
01:23:44on sera en direct
01:23:45avec tous les résultats
01:23:47et puis aussi évidemment
01:23:48avec nos analyses
01:23:50à la fois sur
01:23:50l'humanité.fr
01:23:52mais aussi sur notre
01:23:53chaîne Twitch
01:23:54et d'ici là,
01:23:56bien sûr,
01:23:56n'oubliez pas,
01:23:57lisez l'humain,
01:23:58regardez nos vidéos,
01:23:59n'hésitez pas à vous
01:24:00sub à la chaîne
01:24:01et surtout,
01:24:02surtout,
01:24:03abonnez-vous,
01:24:03on a besoin de vous.
01:24:04Merci à vous.