- il y a 18 heures
Le Premier ministre en poste depuis 2010 sans discontinuité a reconnu sa défaite, prévue par les derniers sondages. Peter Magyar, un ancien membre du Fidesz ayant fondé le parti de droite libérale Tisza en 2020, sort victorieux du scrutin. Décryptage avec Vadim Kamenka et Théo Bourrieau.
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NewsTranscription
00:00— Qui est Peter Maguiar, le nouveau Premier ministre de la Hongrie ?
00:04Dimanche 12 avril, Viktor Orban a reconnu sa défaite aux élections législatives,
00:08malgré le soutien notamment de Donald Trump.
00:11Alors pourquoi l'ancien Premier ministre ultra-nationaliste est tombé ?
00:15Quelles conséquences pour la vie des Hongroises et pour les relations avec les pays de l'UE ?
00:20C'est à toutes ces questions auxquelles nous allons tenter de répondre maintenant.
00:23Alors comme je le disais, peut-être avant qu'on se lance dans le fond de l'affaire,
00:27un tout petit rappel du système électoral.
00:33En fait, là, c'est le parti de Peter Maguiar qui est arrivé en tête,
00:37qui a obtenu plus de 53% des voix aux élections législatives.
00:41Le parti devrait donc obtenir 138 des 199 sièges du Parlement.
00:46Vadim, est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu comment ça marche ?
00:48Comment est-ce que le Premier ministre hongrois est désigné ?
00:51En fait, est-ce qu'il est élu directement ? Est-ce que les gens votent pour lui directement ?
00:55Il vote pour son parti. En fait, c'est un peu comme les législatives.
00:58Enfin, il y a une partie qui est un peu comme le cité en France.
01:00C'est-à-dire que c'est des votes par unanimement, mais à un tour, pas à deux tours, par
01:04circonscription.
01:05Donc en gros, il y a 100 sièges grosso modo qui sont élus de cette manière-là.
01:09Et l'autre particularité, c'est que ça mêle aussi de la proportionnelle.
01:12Donc les 98 sièges restants, en gros, c'est de la proportionnelle.
01:15Donc en gros, c'est un mix des deux.
01:18Et sachant qu'en gros, pour que la proportionnelle fonctionne, il faut qu'une liste fasse plus de 5%
01:23des voix pour qu'elle soit reconnue.
01:24Donc ce qui fait qu'en effet, forcément, généralement, le parti qui arrive en tête,
01:29puisque c'était exactement la même chose il y a 4 ans pour Orban, qui avait fait 53 ou 6
01:32% des voix,
01:34du coup, ils avaient plus de deux tiers des sièges au final.
01:39Ce qui est intéressant de savoir, c'est qu'en gros, avec ce record de nombre de sièges et nombre
01:45d'élus,
01:46ils peuvent modifier la Constitution.
01:48Parce qu'à partir du moment où on a deux tiers des sièges, on peut modifier la loi fondamentale.
01:53C'est ce qui avait permis à Orban, par le passé, de pouvoir le faire et de restreindre tout un
01:59tas de mesures,
02:00et l'état de droit notamment.
02:02Et de se maintenir au pouvoir, parce que là, c'est le cinquième mandat de Victor Orban.
02:06Il avait été déjà élu en 96, je crois.
02:09Ensuite, il s'est retiré.
02:10En fait, là, ça fait depuis 2010 qu'il était au pouvoir.
02:12Donc ça fait 16 ans de l'ère Orban.
02:13Et ça avait été aussi rendu possible, puisqu'il avait changé un petit bout de la Constitution.
02:17Oui, aussi.
02:18Un truc sur lequel veut revenir Peter Magyar.
02:20Alors voilà, après ça, ça sera partie des choses qu'on va aborder.
02:23Mais il faudra voir si tout ce qu'il a annoncé, surtout ce qu'il n'a pas annoncé,
02:29les gens dans lesquels ils sont reconnus à travers son vote, seront déçus ou pas.
02:35Puisqu'en fait, il a fait assez peu de promesses, finalement, sur son programme,
02:40si ce n'est sur la fin de la corruption, sur un certain nombre de choses comme ça.
02:43Mais on sait assez peu sur quelle politique il va finalement mener.
02:46On va revenir, évidemment, sur le fond de sa politique et de celle de son parti.
02:49Puisque c'est vrai que quand on écoute les médias français,
02:52on entend beaucoup parler de ça y est, Victor Orban out,
02:56un libéral démocrate arrive au pouvoir, surtout pro-européen.
03:01C'est surtout comme ça qu'il est présenté.
03:03On va revenir un petit peu sur est-ce que c'est aussi simple que ça ou pas.
03:07Mais avant, ce serait peut-être pas mal que tu nous expliques
03:10pourquoi Victor Orban a perdu, assez lourdement quand même,
03:14un élément qui paraît central, c'est le contexte économique dans lequel était la Hongrie.
03:19Oui, tout à fait. Alors, juste pour finir sur cette histoire de parlement,
03:24ce qui est assez hallucinant, c'est que pratiquement le reste des sièges,
03:29puisqu'il y a trois ou quatre qui vont être pour des minorités
03:32ou pour les différents partis, en fait, le reste, il y a plus de 50 sièges
03:35qui quand même appartiennent au FIDESH, du parti de Victor Orban.
03:38Ce qui fait qu'en gros, ces deux blocs quand même conservateurs,
03:41puisqu'on le reviendra, mais Peter Maguire vient du parti du FIDESH,
03:44même s'il a monté sa propre formation.
03:46Ça veut dire qu'en fait, l'essentiel du Parlement sera à la droite
03:50et à l'extrême droite. Enfin, donc, ce qui annonce quand même
03:54un mandat pour la Hongrie, pas du tout progressiste.
03:58Et au contraire, c'est un certain nombre de points, on va le détailler,
04:00mais qui sont assez inquiétants finalement pour les Hongrois.
04:06Sur en gros, pourquoi est-ce que Orban a perdu ?
04:09Un, oui, il y a le contexte économique.
04:11C'est qu'en gros, depuis 2020, la période Covid, etc.,
04:14la Hongrie allait moins bien économiquement.
04:17Elle a misé sur tout un tas de réformes, de subventions, d'aides publiques, etc.
04:23Et ça a relancé notamment l'inflation, le chômage,
04:27l'inflation qui était grimpée, je crois qu'il y a encore un an, à plus de 20%.
04:30Donc on voit que ça a été quand même assez important.
04:33Et il y a tout un tas de pans finalement de la société qui ne profitaient plus du modèle un
04:40peu économique hongrois
04:41et on l'a inventé comme un peu un miracle, un miracle des Balkans.
04:47Donc tout ce qui est éducation, on voit qu'il y avait des vrais problèmes.
04:51Sur aussi les questions de santé, on voit que sur l'accès aux soins,
04:54ça pose un certain nombre de problèmes aussi, encore une fois,
04:56entre les grandes acclomérations et le reste du pays.
05:01Et pareil sur l'accès à l'emploi, puisque mine de rien,
05:04ça devenait de plus en plus dur pour un certain nombre de secteurs,
05:07que ce soit notamment l'automobile qui était un peu,
05:09ce qui drainait l'industrie en Hongrie.
05:12On voit que tous ces secteurs-là étaient quand même bien touchés ces dernières années.
05:16Et finalement, le discours et le récit qui était fait par Victor Orban de ramener de l'emploi,
05:21on voit qu'au contraire, en fait, à pas mal de jeunes quittaient en fait le pays
05:25pour trouver de l'emploi ou un meilleur modèle finalement ailleurs qu'en Hongrie.
05:29Donc en gros, ce récit-là a été mis à mal par la réalité des faits.
05:36Et l'autre gros morceau qui explique en tout cas une partie de la défaite,
05:41c'est toutes les affaires de scandale et de corruption
05:43qui ont miné des proches de Victor Orban et de son gouvernement en fait.
05:48Tu commençais à le dire, le nouveau Premier ministre hongrois, donc Peter Magyar,
05:54est un ancien proche de Victor Orban. Est-ce que tu peux nous expliquer quelle était leur relation ?
05:59C'était qui par rapport à Orban, Peter Magyar ?
06:01Pour qu'on comprenne bien que ce ne sont pas non plus des gens complètement opposés.
06:05Non, non. En gros, il a fait partie de la formation.
06:08Il a eu des postes de diplomate.
06:10Il a fait un certain nombre de postes de haut dirigeant en Hongrie.
06:17Et même son ex-femme, puisqu'ils sont séparés aujourd'hui,
06:20mais a fait partie du gouvernement Orban.
06:22Il a eu un ministère.
06:24Et en gros, ce qui précipite un peu la crise,
06:27c'est en gros en 2024 et l'apparition d'ailleurs de sa formation,
06:31c'est qu'en gros, sur le fait que la nouvelle présidente de l'époque,
06:37puisqu'il y a quand même un président en Hongrie,
06:39même s'il a assez peu de pouvoir en fait...
06:41C'est plus honorifique.
06:42Voilà. Donc un peu comme en Allemagne, dans d'autres pays.
06:45En fait, c'est vraiment le Parlement qui a les pleins de pouvoir et le Premier ministre.
06:50Le président, et donc qui était une présidente,
06:52a décidé de grâcier un homme qui était impliqué dans un scandale d'abus sur enfants.
07:00Et ça, ça fait scandale à l'époque en Hongrie.
07:03Et est-ce qu'il pousse du coup Peter Magar à dénoncer de fait cette grâce ?
07:11C'est le point de départ de la rupture.
07:13Oui, 2024. Après, est-ce que lui-même voyait un certain nombre de choses
07:17sur la corruption et d'autres à l'intérieur du système pour pouvoir vouloir en sortir ?
07:22En tout cas, c'est le point de rupture et son apparition,
07:25notamment dans le domaine politique,
07:26puisque c'est là où il décide de monter sa formation,
07:29puisque son ex-femme aussi démissionne du gouvernement contre cette décision.
07:34Et finalement, ce scandale amènera à la démission aussi de la présidente de l'époque.
07:39Donc on voit que ça a été quand même le début d'un énorme scandale politique
07:42qui l'a fait monter sur la scène nationale.
07:46Donc, Peter Magar se sépare de Victor Orban et donc du Fidesz,
07:50Fidesz, on ne sait pas très bien comment le prononcer,
07:52et donc fonde une autre formation, Tissa, Tisha, pareil, on ne sait pas très bien comment le prononcer.
07:57Est-ce que c'est deux formations strictement différentes
08:00ou est-ce que sur le fond, il y a quand même des éléments qui se ressemblent un petit peu
08:04?
08:04Ça se ressemble énormément, oui.
08:07En gros, son moteur, lui, c'est vraiment de lutter contre la corruption,
08:11l'accaparement des richesses,
08:13puisqu'il y a un certain nombre quand même de proches d'Orban
08:15qui ont bénéficié de la mainmise,
08:17puisque Orban, pendant 16 ans, a construit tout un régime
08:21et tout un système d'accaparement des richesses,
08:25mais aussi, par exemple, de l'espace médiatique.
08:26On sait que 80% des médias appartiennent à des proches de Victor Orban.
08:30En 16 ans, il a quand même déconstruit tout l'espace médiatique.
08:33Pareil sur l'espace judiciaire,
08:35il a détrucoté toutes ces lois qui garantissaient un certain état de droit.
08:39Pareil sur la Banque Nationale, il l'a mis au pas du Premier ministre.
08:44Donc on voit qu'en fait, tous les contre-pouvoirs, en gros,
08:47ont été mis au pas par Victor Orban.
08:49Ça, aujourd'hui, il faudra voir, en effet, dans les faits,
08:52si Peter Magar remet l'Hongrie, on va dire, dans le droit chemin,
08:58puisqu'en tout cas, il a sionné, notamment, les campagnes
09:02sur les affaires de scandale et de corruption,
09:05de chômage aussi, on en a parlé,
09:07tout l'aspect économique et social,
09:08pour se montrer comme quelqu'un qui arrivera à remettre
09:12et à recréer de l'emploi et à tourner la page,
09:14en gros, des dernières années Orban.
09:16Mais sur tout le côté, on va dire, conservateur, ultra-nationnel, etc.,
09:21il n'a rien dit dessus, il ne s'est pas du tout dédié
09:25des différents mandats de Victor Orban.
09:28Et pareil, sur le jeu, on va dire, politique internationale,
09:32on ne sait pas du tout comment il va se positionner,
09:34puisque s'il dit qu'il veut renouer le dialogue avec l'Europe,
09:38qui était en effet assez cassé avec Victor Orban,
09:42on ne sait pas exactement ce qu'il va présenter.
09:44Et pareil, vis-à-vis de la Chine ou de l'administration Trump
09:48ou de la Russie, aujourd'hui, il n'a pris assez peu la parole
09:52sur ces questions-là, parce qu'il ne voulait pas se fâcher
09:55avec tout l'électorat, finalement, qu'il a récupéré du Fidesh,
09:58parce que c'est ça, en fait, qui fait la bascule,
10:00c'est qu'il a récupéré pas mal de déçus du Fidesh.
10:02Et en même temps, il a reçu les voix de la gauche,
10:05une partie de la gauche, finalement, qui n'avait pas participé,
10:08parce qu'ils n'avaient pas un candidat important pour l'échelative.
10:12Et du coup, il a récupéré tous ceux qui souhaitaient sortir Orban
10:18de l'équation et de ses 16 ans de pouvoir.
10:22Mais sur l'Europe, j'ai quand même vu que, par exemple,
10:25Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne,
10:28l'avait appelé et félicité, je crois, un quart d'heure après son élection,
10:31enfin, très rapidement après son élection.
10:32On a l'impression que, même si lui n'est pas très clair
10:34sur la politique qu'il va vouloir mener sur les relations internationales,
10:38notamment sur la Hongrie comme faisant partie ou pas l'Union européenne,
10:41on a l'impression quand même que beaucoup des présidents
10:46d'autres pays de l'Union européenne voient ça comme une bonne nouvelle.
10:50Qu'est-ce que tu en penses ?
10:52Non, non, mais c'est sûr. Après, le problème, c'est qu'il faudra voir dans les faits.
10:55Mais je pense que, déjà, ce n'est pas du tout le même type de personnage.
10:59Victor Orban, même si, par exemple, s'il avait été réélu,
11:03je pense que ça aurait été extrêmement compliqué,
11:04les relations à nouveau entre l'Union européenne et la Hongrie,
11:06même si, bon an, mal an, ça fonctionnait,
11:09puisqu'à chaque fois, il avait menacé de veto.
11:11Il l'appliquait là, dernièrement, vis-à-vis de l'Ukraine.
11:13Mais on sait que, en fait, c'était pour obtenir un certain nombre de concessions
11:17de la part de l'Union européenne.
11:19Là, on le sait, ce n'est pas du tout le même personnage,
11:21ce n'est pas sous la même manière de gouverner.
11:24Mais comme il est quand même assez novice,
11:26ça fait à peine deux ans qu'il est dans l'espace politique hongrois,
11:29on ne sait pas du tout exactement quelle ligne il va adopter.
11:33Et forcément, elle sera plus souple vis-à-vis de l'Union européenne.
11:36Mais pour faire quoi ?
11:37Parce que si, par exemple, on parle de la question du gaz,
11:41et c'est revenu pas mal dans les médias aujourd'hui,
11:43c'est-à-dire de sortir de l'ordinaire russe,
11:46ce n'est pas seulement sortir de l'ordinaire russe,
11:48c'est qu'en fait, la Hongrie est dépendante du gaz russe aujourd'hui,
11:50qui est bon marché.
11:51Et ça veut dire qu'on le sait, vu aujourd'hui,
11:53le contexte économique et social en Hongrie,
11:55se passer de ce gaz-là pour lequel, c'est la grande question,
11:59c'est-à-dire le gaz américain, le gaz du Golfe ou le gaz norvégien,
12:04à quel coût ?
12:05Parce que ça, c'est important.
12:06Et du coup, forcément, ça engendre pas mal de conséquences au niveau interne.
12:12Donc, ce n'est pas juste de vouloir sortir de l'ordinaire de Moscou,
12:15comme on a pu le lire ou l'entendre dans différents médias,
12:19mais c'est-à-dire quelles conséquences ça a pour les Hongrois.
12:22Et pour le coup, il s'est fait quand même élire là-dessus,
12:23c'est-à-dire pour une meilleure qualité de vie,
12:26pour davantage d'emplois, pour en effet mettre fin aussi à l'air urbain.
12:29Mais ça ne fait pas forcément tout un programme.
12:32Et c'est vrai que pas mal de gens s'interrogent aujourd'hui
12:34sur quelle politique il va mener sur un certain nombre de secteurs.
12:37Puis tu parlais du gaz états-unien.
12:39On rappelle que Donald Trump avait soutenu publiquement Victor Orban,
12:43qu'il avait même dépêché, je crois, J.D. Evans,
12:45pour aller le soutenir.
12:47Et voilà, parce que quand il commençait à sentir que ça allait être compliqué,
12:52là, avec cette défaite de Victor Orban,
12:55est-ce que, je vais te demander de le dire dans une boule de cristal,
12:58j'adore faire ça,
12:59est-ce que les États-Unis vont dire, bon, on fait avec ce qu'on a
13:02et on va de nouveau essayer de nouer des relations
13:04avec le remplaçant de Victor Orban ?
13:06Ou est-ce que c'est, Victor Orban n'est plus là,
13:08donc on n'a plus rien à faire avec la Hongrie
13:10et ne nous parler plus, quoi ?
13:12Je pense que déjà, Victor Orban restera un personnage central
13:15puisqu'ils ont quand même une cinquantaine de sièges.
13:17Donc déjà, je pense qu'il va peser.
13:18Il va bien attendre, à mon avis,
13:20il a déjà été dans l'opposition à des faits au début des années 2000.
13:23C'est comme ça qu'il s'est construit aussi, jusqu'en 2010.
13:26Donc il sait faire, il sait être dans l'opposition.
13:28Il a quand même pas mal de relais médiatiques.
13:31Donc il est quand même...
13:33Il dispose quand même d'un grand pouvoir...
13:36Il n'a pas disparu, quoi.
13:37Il n'a pas disparu du paysage loin de là.
13:40Quand même, Peter Magar a appris, en gros,
13:43tout son début de carrière politique.
13:44Il était au sein du FIDEJ.
13:45Donc pareil, je veux dire, sa politique, en tout cas,
13:48par rapport au pays,
13:51par rapport à sa politique conservatrice,
13:53ça sera exactement...
13:54Alors ça ne sera peut-être pas un copier-coller,
13:56mais presque de la politique de Victor Orban.
13:58Il n'a pas parlé, par exemple, des droits LGBT.
14:01Il n'a pas parlé, par exemple,
14:03de centaines de questions vis-à-vis de la justice ou autre.
14:05Donc c'est pour ça qu'il faut rester assez prudent
14:09sur est-ce que ça va être un vrai changement pour la Hongrie
14:12ou est-ce que finalement,
14:14ça va être un changement à la marge
14:15et juste sur le côté peut-être plus libéral.
14:19On attend de voir en effet s'il y a un vrai changement
14:21et un retour de l'état de droit en Hongrie.
14:23Ça, ça va être une des priorités aujourd'hui
14:25d'un certain nombre de personnes.
14:27Bonjour à tous ceux qui nous rejoignent.
14:28Merci de nous rejoindre.
14:29Bienvenue ici.
14:30Quelqu'un demande, j'espère que je n'ai trop rien loupé.
14:32Ça fait 10-15 minutes qu'on a commencé.
14:34On parle de la Hongrie.
14:35On parle encore de la Hongrie, je pense,
14:37pendant une dizaine de minutes, quelque chose comme ça.
14:38Quelqu'un nous confirme aussi que le S en hongrois,
14:41ça se dit bien CH.
14:41Donc c'est bien FIDEJ et TICHA, j'imagine.
14:45Désolé pour le mauvais accent.
14:48Tu commençais à parler,
14:50donc on a commencé à dire que ce n'était pas la fin de Victor Orban,
14:53que le FIDEJ récoltait quand même une cinquantaine de sièges au Parlement.
14:56Donc il avait encore un poids politique extrêmement fort.
14:59Qu'en est-il des autres partis ?
15:01Parce que tu as commencé à dire,
15:02même la gauche a un peu voté pour Peter Magar.
15:05Là, on a l'impression qu'il y a un bloc FIDEJ extrême droite,
15:09un bloc TICHA du nouveau Premier ministre,
15:13moins à l'extrême droite,
15:14mais quand même très, très, très conservateur.
15:18Où est la gauche ?
15:19Ce sont les forces progressistes là-dedans ?
15:21Est-ce qu'elles sont complètement éteintes en Hongrie ?
15:25Complètement éteintes ?
15:26Non.
15:27Mais c'est dommage.
15:28Lina n'est pas là parce qu'elle avait fait un reportage.
15:31Elle avait fait quelques reportages sur place,
15:32comme Gaël avant.
15:33Non, ce qui est intéressant, c'est que...
15:34Lina Sankari, Jean-Esprit-Lamme, et Gaël Dosantis.
15:37Voilà.
15:37Mais on peut retrouver leur reportage sur le site de l'UMA.
15:41Tout à fait.
15:42Non, elle n'est pas absente, en fait.
15:43Mais le problème, c'est qu'elles ont pris, en 16 ans,
15:46pas mal de claques électorales.
15:48Notamment, ils ont, à plusieurs reprises,
15:50essayé de se rassembler autour d'un candidat commun,
15:53et ça n'a jamais fonctionné.
15:55La dernière fois, pareil,
15:57justement, c'était un candidat plutôt de droite, d'ailleurs,
15:59qui avait reçu un peu le soutien de pas mal de formations.
16:04Et c'est là où Victor Orban avait fait son meilleur score.
16:06Pareil, il avait fait 53% des voix.
16:08Donc, on voit qu'au fur et à mesure des années,
16:10le problème, c'est qu'entre quand même la poursuite
16:13de tout un tas d'opposants de la part de Victor Orban,
16:16la mise au pas de la presse ou de la justice,
16:20ça devenait de plus en plus difficile pour les forces progressistes
16:22de s'exprimer et de combattre ces idées
16:24qui, finalement, faisaient place dans la société
16:27avec une certaine réussite, en plus, économique de la part d'Orban.
16:32Mais non, ils n'ont pas disparu.
16:36Ils ont quand même un certain nombre de députés.
16:39Ils gardent aussi dans un certain nombre de villes
16:41un point important.
16:45Maintenant, ils n'arrivent pas à transformer cette force
16:48au niveau national.
16:50Peut-être que là, il faudra voir, en effet,
16:53comment se passe le mandat de Peter Maga.
16:55Mais si ni le Fidesz ni Peter Maga, justement,
16:59n'arrivent à montrer que, finalement,
17:00l'état de droit est respecté,
17:02peut-être que ça redonnera enfin des voix
17:04aux progressistes en gris.
17:06Mais en tout cas, le contexte politique
17:07est extrêmement compliqué sur place.
17:09Ils se font attaquer, poursuivre en justice.
17:12Donc, ça n'aide pas aussi,
17:14et son relais médiatique
17:15à donner corps à cette force politique.
17:18Il y a une autre petite force en Hongrie
17:21dont on parle assez peu,
17:22mais qui est quand même très inquiétante,
17:23un parti néo-nazi, on peut le dire comme ça.
17:27Alors, je suis désolé,
17:27Mi-Achank Mosgalom,
17:29qui veut dire le mouvement Notre Patrie.
17:32Alors, je n'ai pas noté les résultats,
17:34mais ils ont quand même gagné quelques sièges.
17:35C'est un des partis qui est en progression
17:37pendant ces élections législatives.
17:40Est-ce que...
17:41Comment je vais formuler ça ?
17:43Est-ce que le fait que ce ne soit pas le Fidesz
17:45qui ait remporté ces élections,
17:47est-ce que ça ne peut pas aussi donner de la force
17:49à un parti encore plus à l'extrême droite
17:51que n'était le Fidesz ?
17:52Comme on voit que là, il est un petit peu percé.
17:55Non, parce qu'en fait,
17:56il faudrait revoir au début des mandats,
17:58j'ai un trou sur la formation exacte.
18:01Mais en fait, le Fidesz était à l'époque
18:04un parti de droite conservatrice.
18:07Et c'est de plus en plus rapproché de l'extrême droite
18:10parce qu'il y avait des formations à l'époque
18:12qui étaient beaucoup plus à droite que le Fidesz,
18:14à l'extrême droite, clairement,
18:15néo-nazi ou autre.
18:17Je lis les trois lignes de Wikipédia.
18:19Le parti se présente ouvertement comme homophobe,
18:22anti-tigane et anti-sémite.
18:23Il est hostile à l'immigration.
18:24Mais il y en a d'autres.
18:26Pour le coup, dans les années 2000,
18:27il y avait une ou deux formations
18:29clairement d'extrême droite
18:30encore plus importantes que le Fidesz
18:33qui arrivaient à faire des 10% quand même aux élections.
18:37Et en fait, le fait que le Fidesz
18:39exactement récupère politiquement
18:40un peu sur la question de l'immigration,
18:45sur la question de la sécurité,
18:46sur la question de la presse,
18:48tout un tas de programmes politiques
18:51qui ont été mis en place
18:54par le Fidesz.
18:55C'est qu'il est qu'ils ont finalement
18:57siphonné tous ces partis-là.
19:01Aujourd'hui, je pense qu'avec la mauvaise santé économique
19:03et les scandales qui se répètent,
19:04en effet, des partis d'extrême droite
19:06peuvent en profiter.
19:07Mais Victor Orban,
19:09il a appliqué une politique déjà
19:12extrêmement à droite, on va dire.
19:14C'est quand même difficile de le dépasser.
19:18Mais en tout cas, il y avait des formations
19:19beaucoup plus à droite qui ont existé,
19:21qui ont été siphonées.
19:23qui ont disparu parce qu'ils sont alliés au Fidesz.
19:26Ils ont été intégrés pour partie.
19:28Donc voilà, c'est des choses
19:29qui existent en Hongrie
19:32depuis pas mal de temps.
19:33C'est aussi très dur pour la gauche
19:34d'exister médiatiquement
19:35et dans l'espace public
19:36à cause d'Orban.
19:37C'est sûr que tu disais
19:37qu'Orban et ses proches
19:38contrôlaient près de 90%
19:4080% des médias.
19:42On va voir si Peter Maguire
19:44fait quelque chose pour contrer ça.
19:46Mais ce n'est pas sûr du tout
19:47parce que pour ceux qui nous rejoignent,
19:49globalement, on est en train de dire
19:50que finalement, le programme politique
19:51de Peter Maguire n'est pas ultra clair.
19:53En tout cas, en termes de politique intérieure,
19:56est-ce qu'il va lutter
19:56contre les inégalités,
20:00faire que les médias
20:01soient moins concentrés,
20:02donner plus de droits aux personnes LGBT ?
20:04Bref, tout ça,
20:04il n'en a pas tellement parlé.
20:05Il a surtout parlé de corruption,
20:07de lutte contre la corruption.
20:08Oui, il a vraiment
20:08les deux choses centrales.
20:11En effet, c'était la corruption
20:13et toutes les affaires de scandale
20:15qu'ont visé les proches d'Orban.
20:18Et l'autre chose, en effet,
20:19c'était relancer l'économie hongroise,
20:22lutter contre l'inflation,
20:23relancer l'emploi,
20:25permettre aux jeunes finalement
20:26de rester et pas forcément
20:27de partir,
20:29lutter contre cet exode
20:30parce qu'il y a une question aussi
20:31démographique et importante en Hongrie.
20:34La question aussi des retraites
20:35puisque Victor Orban,
20:38dans les dernières semaines,
20:39je crois, de la campagne,
20:40au dernier mois,
20:41avait réhaussé un peu les retraites.
20:43Et voilà,
20:43c'est toutes ces questions-là
20:44sur lesquelles il s'est engagé,
20:46sur aussi un meilleur dialogue
20:48avec l'Union européenne
20:49pour permettre aussi,
20:50puisque l'Union européenne
20:51bloquait un certain nombre de fonds,
20:53puisqu'ils étaient en procès
20:54quand même aussi avec la Hongrie
20:55sur le respect ou pas
20:56de l'État de droit.
20:57Donc on voit que ça fait partie
20:58des choses qui pourront permettre
21:00et je pense que du coup,
21:01forcément, l'Europe
21:02qui sera bien vivante
21:03à l'écart de Peter Merger
21:04pourra peut-être débloquer
21:05un certain nombre de fonds
21:05qui permettront au pays
21:07de vers un mieux,
21:10un petit plus économiquement.
21:12J'avais prévu une dernière question
21:13un peu d'ouverture
21:14sur est-ce qu'on peut croire
21:16dans la, comment dire,
21:17une désillusion
21:18pour l'international et la fasciste.
21:19On vient de voir que,
21:20pas tant,
21:21que c'est pas...
21:22Bon, c'est toujours bien
21:23que Victor Orban soit parti.
21:24Évidemment, c'est une bonne nouvelle,
21:25mais sous remplaçant,
21:26il va falloir qu'on voit vraiment
21:27quelle politique il mène
21:28pour décider si c'est mieux
21:30pour les Hongrois et les Hongroises
21:31et pour globalement tout le monde.
21:34Merci beaucoup, Vadim.
21:35Je crois qu'on a fait le tour.
21:36On y voit un peu plus clair
21:37sur qui est Peter Baguillard,
21:39le nouveau Premier ministre hongrois.
21:42On a un peu aussi compris
21:44pourquoi Victor Orban avait perdu.
21:46Voilà.
21:48Évidemment, vous êtes,
21:48toute l'équipe du Monde
21:49est en train d'écrire
21:50des décryptages,
21:52des entretiens.
21:53Je ne sais pas ce que vous nous avez préparé.
21:54Mais si vous avez envie
21:55de creuser un petit peu
21:56ce sujet de la Hongrie
21:57pour aller encore plus en profondeur
21:58sur la politique hongroise,
22:00je vous invite évidemment
22:01à aller voir tout ce qu'on publie
22:03sur le site de l'UMA.
22:04Si vous avez envie d'acheter le journal
22:05demain matin,
22:06ce sera dans le journal.
22:08Voilà.
22:08Merci beaucoup, Vadim.
22:09De rien.
22:09Et puis, non, mais je pense
22:10que l'un des prochains reportages
22:12qu'on fera, justement,
22:14ça sera en Hongrie.
22:15On s'était dit
22:15plutôt d'attendre
22:16le résultat des élections.
22:17Et je pense qu'en faisant,
22:18justement, en allant dans les campagnes
22:20où c'est là, finalement,
22:21où le vote s'est joué,
22:22puisqu'on sait que déjà
22:23les grandes villes
22:23votaient contre Orban.
22:25On a vu des images
22:26de Budapest, notamment hier,
22:27la foule en liesse,
22:28hyper contente.
22:29Ce n'est pas forcément
22:30complètement représentatif.
22:31Enfin, ça veut dire quelque chose,
22:32mais ce n'est pas forcément
22:32représentatif.
22:34Parce qu'ils votaient déjà
22:35contre Orban.
22:35En fait, ils avaient,
22:36en gros, les votes étaient presque
22:37déjà acquis à Peter Maguire.
22:39Ce qui est plus intéressant,
22:40c'est de sillonner, justement,
22:41un peu les campagnes
22:43et de voir en quoi,
22:44pourquoi, finalement,
22:45aujourd'hui, le récit nationaliste
22:47que faisait Victor Orban
22:49a basculé plutôt du côté
22:50de Peter Maguire.
22:52Je suis désolé pour les prononciations.
22:54Je pense qu'on écorche
22:55tous les noms, les prénoms, etc.
22:56Mais bon, nous ne sommes pas en Groix.
22:58Vous nous pardonnerez.
22:59Merci beaucoup,
22:59Vadim Kamenka,
23:01responsable de la rubrique
23:02Monde de l'Humanité,
23:02spécialiste de l'Europe de l'Est,
23:03qui va écrire ces deux pages
23:05pour demain.
23:06Non, un petit portrait
23:07de Peter Maguire, justement.
23:08Ben voilà,
23:08tu as préparé le terrain un petit peu.