00:00Le 14 juillet, c'est aussi un jour de honte nationale.
00:03Algériens abattus, syndicalistes tués.
00:06À l'époque, l'Huma en fait sa une.
00:08Retour sur un massacre oublié.
00:12Le 14 juillet 1953 est un mardi pluvieux.
00:16En marche du défilé militaire sur les Champs-Élysées,
00:19le PCF et la CGT participent à un défilé populaire.
00:23Une manifestation organisée contre l'arbitraire et la répression.
00:27Un peu plus loin, il y a une autre marche,
00:28celle des militants du MTLD.
00:30Un mouvement indépendantiste d'Algérie,
00:32qui est alors une colonie française.
00:34Le fondateur du mouvement, Messali Hajj, est alors enfermé.
00:38D'ailleurs, les forces de l'ordre s'attendent à des débordements.
00:41Des interprètes arabes français sont mobilisés
00:43en prévision d'interpellation.
00:45En milieu d'après-midi, les cortèges algériens et syndicalistes
00:48se rejoignent place de la nation.
00:50Si nord-africains et CGT travaillent dans les mêmes usines,
00:53notamment dans la métallurgie,
00:54on peut s'attendre à quelques tensions avec le PCF,
00:56qui, à l'époque, ne revendiquent pas l'indépendance de l'Algérie,
01:00comme ils ont pu le faire avec l'Indochine.
01:02Contre toute attente de la préfecture,
01:04le cortège se passe bien,
01:06jusqu'au moment où tout bascule.
01:08Il est 16h et une puits torrentiels s'abat sur la place.
01:11La foule se disperse,
01:12mais des parachutistes de retour d'Indochine
01:15provoquent les manifestants.
01:16Certains sont exfiltrés,
01:18mais aucun n'est arrêté.
01:20En fait, la police en rajoute même.
01:22Certains agents piétinent des portraits de Messali Hajj,
01:24et là, une bagarre éclate.
01:29Sans sommation,
01:31des policiers viennent de tirer,
01:32en visant le cortège.
01:34Le bilan officiel compte une quarantaine de blessés par balle,
01:37mais certains n'ont pas été à l'hôpital,
01:39de peur d'être arrêtés.
01:40Ce que l'on sait,
01:41c'est que la police a fait 7 morts par balle,
01:44tous manifestants.
01:45Parmi eux, 6 Algériens.
01:46Abdallah Bachar,
01:48Larbi Dawi,
01:49Abdelkader Draris,
01:50Mohamed Isidore Iloul,
01:52Tahar Majen
01:53et Amar Tajadit.
01:54Ils avaient tous entre 20 et 32 ans.
01:57Il y a aussi un Français parmi les victimes.
01:59Maurice Luraud,
02:00père de famille
02:01et membre du Parti communiste français.
02:03Au lendemain de la fusillade,
02:04l'humanité consacre sa une à ce drame.
02:07Photos d'un blessé en plein cœur de la page.
02:09Pendant 10 jours,
02:10le journal publie les noms,
02:11les témoignages,
02:12les photos
02:12et réclame des comptes.
02:14Il faut aussi préciser
02:15que le secrétaire général
02:16de la préfecture de police de Paris
02:18à l'époque,
02:18c'est Maurice Papon.
02:20Condamné pour ses actes de collaboration
02:21et responsable désigné
02:23d'un autre massacre
02:24en 1961
02:25où des Algériens
02:26ont été jetés dans la Seine.
02:28Concernant les policiers
02:29auteurs des tirs,
02:30place de la Nation,
02:31il n'y aura aucun procès
02:33et même aucune enquête.
02:35Ce massacre sera vite étouffé
02:37et oublié par l'État.
02:38Il faudra attendre les années 2000
02:40pour que la mairie de Paris
02:41pose une plaque à l'endroit du massacre.
02:43Des décennies plus tard,
02:44le fils de Maurice Leroux
02:45écrira dans les colonnes
02:46de l'Humanité dimanche
02:47« Chaque 14 juillet,
02:49mon père est de nouveau assassiné,
02:51mais cette fois par l'oubli. »