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  • il y a 1 semaine
7 personnes tuées, une cinquantaine d’autres blessées. Nous vous expliquons ce bilan oublié, du massacre de la fête nationale du 14 juillets 1953.

Le 14 juillet 1953, à l’occasion du défilé pour la fête nationale organisé par la gauche, les algériens du MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques) se joignent à la marche en fin de cortège. Arrivée à Nation, ils se dispersent moins rapidement que les français et la police ouvre le feu. Le bilan fait état de six morts algérien, un français et plus d’une cinquantaine de blessés. 70 ans après les faits, pour mieux comprendre l’origine de ce massacre et les raisons de son oubli de la mémoire collective, nous avons rencontré Daniel Kupferstein, scénariste du film Les balles du 14 juillet.

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Transcription
00:00Sept Algériens morts et plus d'une cinquantaine de blessés,
00:02voici le bilan oublié de la fête nationale du 14 juillet 1953.
00:06Une tuerie en plein cœur de Paris qui précéda la guerre d'Algérie
00:10et dont, 72 ans plus tard, la mémoire s'est effacée.
00:13De la prise de la Bastille par le peuple au défilé militaire sur les Champs-Élysées,
00:17la fête nationale a souvent changé de visage.
00:20Mais concentrons-nous sur une période bien précise.
00:22À partir de 1936, dans un moment d'après-guerre,
00:25le 14 juillet, c'est l'occasion pour les forces de gauche,
00:28menée par le Parti communiste français et la CGT,
00:31de défiler pour célébrer les valeurs républicaines.
00:33Ensuite, c'est à partir de 1950 que les Algériens rejoignent la marche,
00:37sous la bannière du MTLD,
00:38le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques.
00:41Et ce, malgré les divergences avec les communistes français.
00:44Mais la date précise qui nous intéresse, c'est le 14 juillet 1953.
00:47Le cortège se divise en deux parties.
00:49À l'avant, les Français, à l'arrière, les Algériens,
00:52qui représentent à peu près un tiers du cortège,
00:55selon Daniel Kupferstein, spécialiste de la question.
00:57Arrivé place de la nation, les Français se dispersent.
01:00Les Algériens, eux, arrivent quelques instants plus tard
01:02et continuent d'avancer sans aucune explication.
01:05Sourcé n'ait été donné à ce jour.
01:07Ce simple geste leur coûtera la vie.
01:09Les policiers ouvrent le feu.
01:11Sept morts, plus d'une cinquantaine de blessés.
01:13L'horreur et la panique embrasent l'Est parisien.
01:16Selon le politologue Emmanuel Blanchard,
01:18l'enquête policière a révélé que sept policiers reconnaissent avoir tiré.
01:21Des dizaines de douilles ont été retrouvées,
01:23alors que les victimes, six Algériens et un Français,
01:26ont tous été tués par balle.
01:28De l'autre côté, 15 policiers blessés,
01:31deux véhicules incendiés.
01:32Le massacre a duré moins de 30 minutes.
01:34Immédiatement, les autorités tentent de faire passer la manifestation
01:37pour une émeute déguisée,
01:38ce qu'Emmanuel Blanchard qualifiera de mensonge d'État.
01:41Les autorités déposent une plainte contre les manifestants
01:43pour rébellion et violence envers une personne dépositaire de la force publique
01:47qui aboutira à un non-lieu confirmé en appel en 1957.
01:51Les policiers, eux, ne seront pas inquiétés.
01:53Pour son film sur la mémoire de cet événement,
01:55intitulé Les balles du 14 juillet 1953,
01:58Daniel Kupferstein a rencontré de nombreuses personnes
02:01s'étant trouvées sur place.
02:03Proches ou victimes, c'est pourtant bien le témoignage d'un policier
02:05qu'il a le plus marqué.
02:07Dans mon film, j'ai retrouvé des policiers.
02:10C'est notamment un que j'ai appelé le tueur.
02:13C'est une indifférence totale en parlant des morts
02:20et des blessés, en tous les cas algériens,
02:23parce qu'il raconte que non seulement il n'a pas tiré en l'air,
02:28mais il a tiré à l'horizontale.
02:29Et puis il raconte tranquillement que le premier rang tombait,
02:33puis le deuxième.
02:33Et puis il raconte que les caniveaux, le sang était rouge, etc.
02:37Avec une espèce d'inhumanité totale.
02:40Pour Daniel Kupferstein, il existe une longue liste de raisons
02:43pour lesquelles ce massacre est peu évoqué de nos jours.
02:46Il nous en explique certaines.
02:48Pour qu'une histoire soit connue, il faut des porteurs de mémoire.
02:53Or, il n'y a pas eu de porteur de mémoire sur cette histoire.
02:56C'est-à-dire que d'un côté, en Algérie,
02:58le mouvement nationaliste algérien de 1952 et 1953
03:02était complètement divisé.
03:03Et avec peu d'influence, en plus, pour porter cette mémoire.
03:09D'autant plus qu'en 1954, il y a eu le développement, le début de la guerre.
03:15Donc il y a eu bien d'autres choses à commémorer, de drames, etc.
03:20Donc c'est tombé complètement dans l'oubli,
03:22parce que ça s'est passé avant le 1er novembre 1954.
03:25Et en France, c'est la responsabilité, on va dire,
03:29de toute la gauche française dans son rapport avec le colonialisme.
03:32Et puis, on était dans la guerre d'Indochine,
03:35on n'était pas dans la guerre d'Algérie.
03:37Voilà, ça joue ça aussi.
03:39Les morts algériens sont moins importants que les morts françaises.
03:43En 2023, pile 70 ans après ce massacre,
03:46de nombreux citoyens et collectifs
03:48ont organisé des événements pour se souvenir
03:50et se donnent rendez-vous, place de la nation.
03:52Sous-titrage Société Radio-Canada

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