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  • il y a 9 heures
Gaza, entre propagande et désinformation : table ronde, au village des médias indépendants de la Fête de l'Humanité, avec Avec Sarra Grira, rédactrice en chef OrientXXI, Sébastien Crepel, co-directeur de la rédaction de l’Humanité, Yanis Mhamdi, journaliste Blast, Dominique Pradalié, présidente de la Fédération internationale des journalistes, Denis Siffert, directeur de la publication et de la direction de Politis, et Rami Abou Jamous, journaliste correspondant de guerre palestinien (en direct de Gaza).

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Transcription
00:00:00Merci d'être venus si nombreuses et si nombreux pour participer à cette discussion sur le traitement médiatique de la
00:00:09guerre coloniale
00:00:10qui a fait depuis deux ans plus de 60 000 morts à Gaza, dont une proportion de civils, 80%
00:00:17et absolument sans précédent dans les guerres modernes.
00:00:21Cette guerre se joue depuis le début sur le terrain de l'information avec des opérations de propagande du pouvoir
00:00:29et de l'armée israélienne
00:00:30qui visent à déshumaniser les palestiniens, présentés dès le 7 octobre comme « des animaux humains » collectivement coupables des
00:00:40attaques perpétrées par le Hamas.
00:00:42Et en Europe, en Occident, cette torsion, cette manipulation du récit, elle a complètement imprégné le traitement médiatique de l
00:00:52'entreprise d'anéantissement en cours
00:00:54dans l'enclave palestinienne à laquelle nous assistons.
00:00:58Il a conduit à l'occultation des enjeux politiques liés à la colonisation et à l'occupation des territoires palestiniens
00:01:07et c'est allé de pair sur un terrain qui est interdit à la presse internationale avec un ciblage systématique,
00:01:15délibéré, de nos confrères et de nos consœurs palestiniennes.
00:01:20Au moins 240 d'entre eux ont été assassinés par l'armée israélienne.
00:01:26C'est inédit dans l'histoire. À titre de comparaison, 67 journalistes ont été tués au cours de la Seconde
00:01:33Guerre mondiale.
00:01:33À travers ces journalistes que les relais de la propagande israélienne tentent de discréditer en les désignant comme des terroristes.
00:01:42C'est la vérité qu'on assassine. C'est la seule fenêtre dont nous disposons sur ces événements que le
00:01:48pouvoir et l'armée israélienne tentent d'obstruer.
00:01:52Et on souhaiterait aussi leur donner la parole au cours de cette rencontre, puisqu'on sera en direct avec Rami
00:02:01Aboujamouz,
00:02:01qui est le correspondant d'Orient 21. Et on remercie Orient 21 d'avoir pu établir ce lien-là.
00:02:08Donc on fera intervenir Rami au cours de cette rencontre.
00:02:12Yannis Mamdi aussi de Blast, qui est à bord de la flottie et qu'on devrait pouvoir, à bord de
00:02:18l'un des bateaux de la flottie, qu'on devrait pouvoir joindre.
00:02:21Je vous présente aussi, donc autour de moi, Dominique Pradalier, présidente de la Fédération internationale des journalistes,
00:02:27qui est engagée, qui est dans un engagement acharné depuis deux ans pour mettre en lumière le sort réservé aux
00:02:43journalistes palestiniens.
00:02:45À mes côtés encore Sébastien Crépel, qui est co-directeur de la rédaction de l'Humanité.
00:02:54Denis Siffer, qui est éditorialiste à Politis, ancien directeur de Politis.
00:03:03Et Sarah Grira, rédactrice en chef d'Orient 21. Merci à vous toutes et tous.
00:03:14Alors peut-être si on peut d'emblée établir la connexion avec Rami.
00:03:21Vous savez qu'il est dans des conditions extrêmement difficiles avec l'extension des opérations de l'armée israélienne à
00:03:30Gaza.
00:03:34Ça ne marche pas. Donc pour l'instant, ça ne marche pas. On réessayera tout à l'heure.
00:03:42Je me tourne peut-être d'abord vers toi Sébastien.
00:03:44Le 1er septembre dernier, l'Humanité a publié une une complètement noire avec simplement ce message au rythme où les
00:03:54journalistes sont tués à Gaza.
00:03:55Il n'y aura bientôt plus personne pour vous informer.
00:03:58L'Human a répondu comme 150 autres médias dans le monde et comme d'autres médias français trop rares, hélas,
00:04:06à l'appel de RSF en publiant cette une choc.
00:04:10En France, cet appel a été assez peu suivi.
00:04:15Comment est-ce que tu expliques le manque ou même l'absence de solidarité des journalistes français avec leurs confrères
00:04:21et consœurs palestiniens, palestiniennes,
00:04:24qui sont pourtant notre seule source d'informations sur le terrain et l'absence de solidarité aussi d'un certain
00:04:29nombre de rédactions, de directions de rédaction ?
00:04:33Merci Rosa. Bonjour à tous, à toutes.
00:04:37En premier lieu, je voudrais dire qu'on a fait ce choix qui est un choix assez radical pour un
00:04:42journal papier, de décider de ne publier aucun titre,
00:04:47de noircir complètement la une jusqu'à ce qu'on appelle la lettrine de notre logo, avec cette seule phrase,
00:04:55qui n'est pas une phrase qu'on a choisi de rédiger, mais qui était la phrase que proposait Reporters
00:05:01sans frontières de reprendre à l'ensemble des médias auxquels ils s'adressaient
00:05:06pour exprimer leur solidarité avec les confrères et consœurs journalistes palestiniens à Gaza.
00:05:12On a accompagné cette une d'une d'une derre. La derre, donc, c'est la dernière page d'un
00:05:18journal.
00:05:18Vous avez peut-être vu, d'ailleurs, ce journal et cette une. Elle a fait un peu événement parce qu
00:05:23'elle a été assez commentée,
00:05:26en tout cas plus que ce qu'on ne l'espérait. La derre, elle, était couverte des portraits des quelques...
00:05:33Je ne me souviens plus du nombre exact, mais je crois que c'est entre 200 et 240 journalistes palestiniens
00:05:40tués depuis le début de l'offensive israélienne
00:05:45après le 7 octobre 2023. Alors, on a répondu à cet appel, d'abord parce qu'il nous semblait qu
00:05:52'on avait un devoir de solidarité élémentaire
00:05:54avec nos confrères et nos consœurs palestiniens à Gaza, à un moment qu'on peut qualifier de moment charnière de
00:06:03l'histoire,
00:06:04où ils sont désormais les seuls, les uniques témoins pour le monde entier du génocide en cours à Gaza.
00:06:14Puisque je rappelle, aucun journaliste étranger ne peut toujours entrer dans l'enclave près de deux ans après
00:06:23le début de l'offensive israélienne. Donc ils sont les seuls et uniques... Ils sont nos yeux, en fait.
00:06:29Ils sont nos yeux et nos oreilles pour nous faire savoir ce qui se passe là-bas. Mais ils sont
00:06:34bien plus que ça.
00:06:35Ils sont des témoins, mais ils sont aussi des cibles.
00:06:39Ils sont des cibles quotidiennes de l'armée israélienne. Et ils sont aussi, dans leur mission de journaliste au quotidien,
00:06:47des sauveteurs. Des sauveteurs parce qu'ils font partie de cette frange de la population qui, à chaque fois que
00:06:54se produit
00:06:54une explosion, un bombardement, courent sur les lieux et se contentent pas d'observer ce qu'il se passe et
00:07:01de le rapporter,
00:07:02mais également agissent avec leurs concitoyennes, concitoyens pour essayer de sauver des vies quand c'est possible,
00:07:09s'impliquer eux-mêmes au péril de leur vie.
00:07:12Donc ce sont des journalistes qui, au sens propre du terme, courent tous les risques.
00:07:17Ce sont des reporters de guerre les plus impliqués qu'ils soient.
00:07:22Alors, pour venir à ta question, Rosa, moi, mon premier étonnement, c'est que nous ayons été, en fait, les
00:07:28seuls
00:07:29de toute la presse quotidienne nationale, ce qu'on appelle la PQN, c'est-à-dire les journaux écrits, les
00:07:34journaux imprimés,
00:07:36les journaux papiers. On a été les seuls à publier cette une à l'appel de RSF.
00:07:41D'ailleurs, je veux rendre ici hommage à mes confrères de Politis, qui font pas partie de la presse quotidienne
00:07:46nationale,
00:07:47mais sont la presse magazine hebdomadaire, qui eux aussi ont publié une une similaire à la nôtre.
00:07:52Mediapart également l'a fait, mais on se rend compte que cet appel, il avait une résonance dans le monde
00:07:58entier,
00:07:59et en fait, on dénombre seulement 150 médias courageux dans le monde entier à avoir suivi cette campagne.
00:08:10Peut-être qu'Orient 21 aussi, voilà, excuse-moi, j'avais oublié Orient 21.
00:08:14Et je peux que j'en oublie quelques-uns aussi en France, mais on était de fait pas nombreux.
00:08:19Alors c'est d'autant plus étonnant que RSF, vous connaissez tous, comme vous et moi,
00:08:24c'est une organisation qui, a priori, ne prend pas partie dans les conflits,
00:08:27et pas étiqueté comme organisation pro-palestinienne,
00:08:33et que la réalité terrible du génocide, de la faim, du massacre des journalistes est attestée, documentée, prouvée,
00:08:42et que c'est bien pour cela que RSF se proposait de relayer ce message et de lancer cette campagne.
00:08:53Et de mon point de vue, si ça a été si peu suivi, c'est bien parce que mettre sous
00:08:59les yeux de tous cette réalité,
00:09:01de la part d'ONG, d'associations, d'organisations qui, a priori, ne prennent pas partie,
00:09:10gêne, en fait, gêne terriblement ceux qui voudraient jeter un voile là-dessus.
00:09:16Moi, de mon point de vue, c'est pas de l'indifférence, c'est pas de l'ignorance de la
00:09:23part des autres médias de cette question.
00:09:25Moi, je parle de boycott de la campagne de RSF, puisque tous les médias étaient interpellés.
00:09:30Donc, boycott de la campagne de RSF de la part des autres journaux,
00:09:35qui a un rapport très direct avec la défiance dont sont victimes nos consoeurs et nos confrères palestiniens
00:09:44vis-à-vis de la véracité des infos qu'ils rapportent.
00:09:48Je sais pas si vous avez remarqué, mais ils ont droit,
00:09:53enfin, nos confrères et nos consoeurs journalistes palestiniens ont le droit
00:09:57à un traitement véritablement discriminatoire dans les médias qu'on peut appeler « mainstream ».
00:10:01Leur parole est tout le temps sujette à caution.
00:10:04Ils ne sont pas considérés comme peuvent l'être des personnalités qui ne sont pas des journalistes
00:10:14et donc qui ont une objectivité moindre que la leur.
00:10:17Je pense par exemple aux porte-parole de l'armée israélienne
00:10:19qui ont régulièrement tribunes ouvertes, notamment dans les médias audiovisuels.
00:10:24Et quand il s'agit de nos confrères et consoeurs journalistes palestiniens,
00:10:28il y a comme un soupçon qu'ils seraient, en quelque sorte, les propagandistes
00:10:32ou les agents, les porte-parole du Hamas sur place
00:10:36et donc seraient indignes de confiance.
00:10:40Donc leur témoignage dérange.
00:10:42Ils dérangent le récit officiel de la guerre,
00:10:44ils dérangent ce narratif des porte-parole de l'armée israélienne
00:10:48qu'on entend régulièrement.
00:10:51Dans nos colonnes, à l'humanité, quand par exemple une journaliste gazaoui
00:10:55comme Maa Husseini raconte comment les journalistes ont faim,
00:11:00comment certains ne reviennent pas de leur mission,
00:11:03quand Rami Abou Jamous, j'espère qu'on l'entendra tout à l'heure,
00:11:06raconte que sa famille et lui ont faim eux aussi,
00:11:09tout cela en fait contribue à mettre à mal le récit officiel.
00:11:15Il y a un autre épisode qui nous a d'ailleurs tous marqués profondément à l'HUMA,
00:11:19c'est le torrent de désinformation qui a suivi la une que nous avons produite
00:11:25qui montrait un enfant décharné par la faim à Gaza.
00:11:30On a été les premiers de la presse quotidienne nationale
00:11:33à publier une image de ce type.
00:11:36On n'a pas été les seuls par la suite,
00:11:38il y a eu notamment Libération qui, effectivement, l'a également publié.
00:11:48Mais avant que d'autres médias suivent,
00:11:51on nous a expliqué qu'il s'agissait d'un enfant qui souffrait d'une maladie
00:11:57qui expliquait son état.
00:11:58D'ailleurs, quand bien même il s'agirait d'un enfant malade,
00:12:01rien ne justifie qu'on le laisse sans soins, sans nourriture,
00:12:05et donc qu'il se retrouve dans cet état.
00:12:08On nous a expliqué que c'était une photo prise en Syrie
00:12:10pendant la guerre civile des années 2010.
00:12:14Alors pourquoi je vous donne cet exemple-là ?
00:12:17Parce que là aussi, ce récit de propagande, en fait,
00:12:21visait à jeter le discrédit sur la source journalistique de cette photo,
00:12:28sur la crédibilité de la photojournaliste qui avait pris cette photo.
00:12:33Je ne sais plus si c'était l'AFP ou Reuters.
00:12:35C'était l'AFP, voilà, travaillant pour l'AFP.
00:12:38Et donc il s'agissait de contrer, en quelque sorte,
00:12:42de jeter le doute sur le sérieux de ce travail,
00:12:45à tel point qu'on a dû, pour se justifier,
00:12:48publier ce qu'on appelle le bordereau de la photo,
00:12:51où les éléments étaient donnés, étaient datés,
00:12:56circonstanciés, précisés.
00:12:59Dans quelles circonstances avait été prise cette photo ?
00:13:03Moi, je pense que ça, cette entreprise à laquelle on a affaire,
00:13:08ce n'est pas ponctuel, ce n'est pas limité là aux semaines que l'on vit,
00:13:14aux doutes légitimes que pourraient avoir nos confrères et nos consoeurs des médias mainstream.
00:13:19Moi, je pense que ça rentre dans le cadre d'un travail de falsification historique de longue haleine,
00:13:23qui vise, en fait, à jeter les bases d'un révisionnisme futur,
00:13:29pour nous expliquer demain que l'histoire du génocide,
00:13:31qui s'écrit sous nos yeux, en fait, n'a pas eu lieu.
00:13:34Je voudrais ajouter une chose,
00:13:36qui est très en lien avec ce que je viens de dire,
00:13:39tu me dis, Rosa, si...
00:13:40C'est que l'histoire de cette guerre coloniale n'a pas commencé avec le 7 octobre 2023.
00:13:47Au contraire d'autres médias, nous, à l'humanité,
00:13:50on n'a pas découvert l'existence du fait colonial israélien envers la Palestine avec le 7 octobre,
00:13:56et cela change toute la perspective par rapport à nos confrères.
00:14:01Et c'est, je pense, ce que les médias mainstream,
00:14:05et pire encore ceux qui penchent à l'extrême droite, nous reprochent.
00:14:08Si on fait du 7 octobre le point zéro du conflit,
00:14:12aussi horribles que soient les actes qu'on reproche au Hamas,
00:14:17on fausse la compréhension et on efface l'oppression historique de la Palestine.
00:14:23Cela fait depuis toujours que l'UMA suit ce conflit,
00:14:26qu'on rapporte, qu'on enquête sur les violations du droit international quotidiennes d'Israël.
00:14:32Bien avant le 7 octobre, on était sur place lors de la première intifada,
00:14:36on était sur place lors de la seconde,
00:14:38on était lors de l'opération plomb-durci contre Gaza,
00:14:41on ne s'en souvient pas, mais ça date de bien avant 2023,
00:14:45dès 1967 avec Jacques Coubar, nous y étions.
00:14:48On était à Génine, qui se souvient de Génine,
00:14:50dans les décombres du camp en 2002,
00:14:52quand l'armée israélienne interdisait déjà aux journalistes de se rendre dans le camp.
00:14:56On n'a pu y rentrer qu'après le retrait des chars israéliens.
00:15:00Moi, j'ai encore en tête les phrases dans l'UMA de notre reporter
00:15:02qui disait qu'on y sentait l'odeur des corps en décomposition,
00:15:06l'odeur de chair brûlée.
00:15:08Eh bien, je pense que c'est tout cela, en fait,
00:15:11dans l'opération qu'on est en train de vivre,
00:15:15qu'on veut effacer, qu'on ne veut plus voir
00:15:19cette persistance du fait colonial dans le temps et dans son horreur.
00:15:24Merci, Sébastien.
00:15:29On va revenir tout à l'heure sur l'occultation des enjeux politiques
00:15:33liés à la colonisation, à l'occupation,
00:15:35mais je voudrais me tourner vers toi, Denis.
00:15:37On vient de parler de la porosité des médias mainstream
00:15:40à la propagande israélienne,
00:15:43avec la reprise du récit de l'armée et du pouvoir israélien,
00:15:48les invitations lancées à des militaires,
00:15:50les interviews complaisantes d'officiels,
00:15:53la prudence aussi par rapport à un certain champ lexical,
00:15:56avec le rejet du terme génocide ou sa mise entre guillemets,
00:16:00et le refus de nommer une situation d'occupation
00:16:04qui est pourtant juridiquement qualifiée.
00:16:07Est-ce que tu as senti, disons plus récemment,
00:16:11une inflexion dans cette reprise ?
00:16:16Oui, il y a eu une inflexion,
00:16:19mais c'est intéressant d'analyser les circonstances
00:16:22dans lesquelles elle est intervenue
00:16:24et pourquoi elle est intervenue ?
00:16:27Il y a eu 60 000 morts, sans doute beaucoup plus,
00:16:30on pense plutôt 100 000,
00:16:32et énormément de civils,
00:16:35on parle de 80% de civils.
00:16:37Avant, on parlait de dégâts collatéraux,
00:16:39mais ça n'a plus de sens.
00:16:41La collatéralité est plus importante que la cible avouée.
00:16:45Donc on n'en est plus là.
00:16:48Donc il y a eu un discours depuis le début
00:16:54qui visait en effet à occulter l'histoire du conflit.
00:16:59Et je pense qu'on est quelques-uns ici
00:17:02à avoir tout fait pour réinscrire ces événements,
00:17:06en particulier le 7 octobre,
00:17:07dans l'histoire longue du conflit.
00:17:12Et on voit aujourd'hui que s'il y a eu une inflexion,
00:17:18elle est intervenue non pas après les bombes,
00:17:21comme je le disais,
00:17:23mais quand les photos sont apparues
00:17:25de jeunes enfants décharnés, etc.
00:17:29C'est-à-dire qu'il y a eu une sorte de retour de mémoire
00:17:32par rapport à la Shoah,
00:17:33il faut dire les choses qu'elles sont,
00:17:35et ça coïncide avec la prise de parole,
00:17:38la somme d'autorité supposément humaniste
00:17:43au sein de la communauté juive
00:17:45qui ont dit qu'on va rompre le silence, etc.
00:17:47Et c'est à cet instant-là que ces gens ont pris la parole.
00:17:52Alors on pourrait dire beaucoup de choses sur la façon
00:17:54dont ils ont pris la parole,
00:17:55et moi je récuse l'idée qu'ils ont rompu le silence
00:17:58parce qu'ils n'ont pas été silencieux avant.
00:18:01Ils ont appuyé explicitement ce qui se passait
00:18:04et ce que faisait le gouvernement israélien.
00:18:07Et c'est une réflexion qu'on peut avoir
00:18:09sur ce qu'on appelle les sionistes de gauche,
00:18:13la gauche juive en France,
00:18:16un certain nombre d'entre eux,
00:18:18il ne faut pas non plus globaliser,
00:18:19mais ces gens finalement,
00:18:23par une sorte de continuum absolument inavouable,
00:18:27et si on leur dit, ils sont horriblement choqués,
00:18:30ont été complices des fascistes
00:18:33que sont Bengvir, Spottrich et Netanyahou.
00:18:37C'est-à-dire qu'évidemment,
00:18:39ils ne manquent pas de critiquer ces gens-là dans le discours,
00:18:43mais en réalité, ils les ont couverts
00:18:46et ils ont finalement approuvé ce qui se passait
00:18:51en niant la réalité.
00:18:52La réalité, c'est-à-dire effectivement
00:18:53la recontextualisation historique
00:18:56à laquelle ils se sont toujours refusés.
00:18:58Le 7 octobre a ébloui tout
00:19:02d'une façon aveuglante,
00:19:03y compris l'histoire.
00:19:06La nature même du Hamas
00:19:09a été simplifiée à l'extrême.
00:19:13C'est-à-dire que le Hamas
00:19:15est une organisation qui pratique le terrorisme,
00:19:18mais elle n'a pas toujours été.
00:19:19Elle a aussi été à un moment donné
00:19:21une organisation qui a cherché des voies politiques
00:19:23et qui, à ce moment-là, elle a été rejetée
00:19:25par les pays occidentaux, etc.
00:19:27Tout ça, c'est absolument nié.
00:19:29Et le Hamas, il faut le dire aussi très clairement,
00:19:33est une fabrication israélienne.
00:19:35Une fabrication israélienne.
00:19:39Évidemment, je ne pense pas que le Hamas
00:19:40soit complice de ça.
00:19:43Nonobstant tout le mal que j'en pense, par ailleurs,
00:19:45mais ils n'ont pas été complices de ça.
00:19:48Mais Israël, en effet,
00:19:50a instrumentalisé le Hamas depuis le début.
00:19:52Je vais simplement évoquer un souvenir personnel
00:19:56qui me ramène à mon âge.
00:19:57C'est qu'en 1989, j'étais allé à Ramallah
00:20:01faire un reportage
00:20:02et j'étais allé dans la Moukata.
00:20:04Ceux qui sont allés là-bas savent ce que c'est.
00:20:06C'est maintenant le siège de l'autorité palestinienne.
00:20:08Mais à l'époque, c'était le siège
00:20:10de l'administration civile israélienne.
00:20:12Et j'avais interviewé les responsables
00:20:14de l'administration civile.
00:20:15Et un certain nombre d'entre eux s'étaient vantés.
00:20:18On est en 1989.
00:20:19Ils s'étaient vantés de favoriser le Hamas,
00:20:24de leur trouver des salles de réunion,
00:20:25de leur permettre de diffuser des tracts, etc.,
00:20:29pour casser les reins de l'OLP.
00:20:31C'est-à-dire qu'à ce moment-là, déjà,
00:20:34ce discours qui visait à choisir le pire des adversaires
00:20:40pour justifier l'horreur de la politique israélienne
00:20:44était déjà en marche.
00:20:45Il ne faut pas oublier que le sionisme a de la suite
00:20:49dans les idées, si j'ose dire.
00:20:52Il faut toujours réinscrire tous ces événements
00:20:54dans l'histoire longue du sionisme.
00:20:57Ce qui est intéressant de voir,
00:20:58c'est que les gouvernements israéliens successifs
00:21:03agissent rarement à froid.
00:21:05Ils ont besoin de circonstances favorables
00:21:10pour avancer leurs pions,
00:21:11mais le projet, la ligne, disons,
00:21:15de l'objectif historique est toujours la même
00:21:18et on la retrouve facilement.
00:21:19Le 7 octobre a, en effet, été un événement
00:21:22qui a permis de pousser très, très loin
00:21:25les pions de la réalisation de l'objectif sioniste
00:21:29qu'on a tous compris,
00:21:31c'est-à-dire, effectivement,
00:21:32l'expropriation des Palestiniens
00:21:34et pour autant qu'ils résistent,
00:21:36leur extermination,
00:21:37leur extermination,
00:21:38y compris de façon différente,
00:21:41mais non moins efficace,
00:21:43en Cisjordanier.
00:21:45Et donc, il y a cette continuité, disons,
00:21:49de la politique sioniste
00:21:51qui s'exprime
00:21:53et, évidemment,
00:21:56le corollaire de ça,
00:21:58c'est aussi de dire
00:21:58que le Hamas
00:22:02est une nation uniquement terroriste,
00:22:05exclusivement terroriste,
00:22:06ce qui est vrai, en partie,
00:22:08mais ce qui est très insuffisant
00:22:09et je le rappellerai simplement,
00:22:11certains d'entre vous s'en souviennent sans doute,
00:22:13qu'en 2001,
00:22:15quand il y a eu les attentats aux Etats-Unis,
00:22:20Sharon,
00:22:21qui était à l'époque le Premier ministre,
00:22:23avait dit,
00:22:23nous, on a un Ben Laden parmi nous,
00:22:27c'est Arafat.
00:22:29Donc, ce n'était même pas le Hamas,
00:22:31c'était l'idée,
00:22:32c'était l'idée que,
00:22:34on a de toute façon,
00:22:37des terroristes aveugles contre nous,
00:22:39etc.
00:22:39Ce qui était gonflé,
00:22:40parce que Arafat venait précisément
00:22:42d'accepter,
00:22:43enfin, 12 ans auparavant,
00:22:45d'accepter le renoncement à 78%
00:22:50du territoire palestinien.
00:22:52Donc, l'homme qui avait choisi
00:22:54la voie de la négociation,
00:22:56il était déjà exclu,
00:22:57banni,
00:22:59ostracisé
00:22:59par la politique israélienne.
00:23:02Alors, autant dire,
00:23:03le Hamas,
00:23:03vous voyez,
00:23:06il y a un élèvement
00:23:08que je voulais évoquer,
00:23:09mais je vais le faire tout de suite,
00:23:11tout au récent,
00:23:12vous avez vu sans doute,
00:23:14vous avez vu sans doute,
00:23:15l'affaire Enthoven.
00:23:16Je ne sais pas si vous avez vu
00:23:17l'affaire Enthoven.
00:23:20Elle est très intéressante,
00:23:22cette affaire.
00:23:23Enthoven,
00:23:24c'est le clan de BHL,
00:23:26c'est cette équipe-là.
00:23:28D'ailleurs, même d'un point de vue familial,
00:23:29c'est le même clan.
00:23:31Mais Enthoven a été exclu
00:23:35du salon du livre
00:23:37de Besançon
00:23:38par la mère verte de Besançon.
00:23:42A mon avis,
00:23:42je ne sais pas si elle est là,
00:23:43si elle m'entend,
00:23:44mais je ne voudrais pas le dire publiquement,
00:23:46mais je pense qu'elle a fait une erreur.
00:23:48Si elle est là,
00:23:49tu pourrais lui dire...
00:23:50On a arrêté beaucoup,
00:23:51je l'ai écrit,
00:23:52mais on a arrêté beaucoup
00:23:53à prédire ce qui allait arriver,
00:23:55malheureusement,
00:23:56à ses dépens.
00:23:57La machine s'est mise en branle
00:24:02et la censure,
00:24:03le délit d'opinion,
00:24:04etc.,
00:24:04tout ça s'est mis en mouvement.
00:24:06Mais ce qui m'a intéressé,
00:24:07c'est la couverture médiatique
00:24:09de cette affaire,
00:24:10parce que sur France Inter,
00:24:12alors là aussi,
00:24:12je ne veux pas faire des liens familiaux
00:24:14qui sont hasardeux,
00:24:15mais enfin,
00:24:16Ed Toven se trouvait quand même
00:24:19monsieur Adèle Van Rijt,
00:24:20c'est-à-dire le mari de la directrice
00:24:23de France Inter.
00:24:25On a fait des sujets
00:24:28pour dire que c'était horrible,
00:24:30qu'il avait été exclu,
00:24:31etc.
00:24:31Et il y avait une sorte de micro-trottoir
00:24:33dans le salon du livre
00:24:34où tous les écrivains disaient
00:24:35c'est scandaleux,
00:24:36c'est ça, on se retire,
00:24:38c'est un délit d'opinion,
00:24:39etc.
00:24:40Pour bien comprendre,
00:24:41Denis, pour ceux qui n'ont pas suivi
00:24:42cette affaire,
00:24:43il a auparavant expliqué
00:24:44qu'il n'y avait pas de journaliste
00:24:45à Gaza.
00:24:46Je vais le dire,
00:24:46je vais le dire,
00:24:47je vais le dire,
00:24:48je vais le dire,
00:24:48je ménageais mes effets
00:24:49que tu viens de casser,
00:24:51justement,
00:24:52cruellement.
00:24:54Oui,
00:24:55parce qu'en fait,
00:24:57tout ce qui était dit
00:24:58à ce moment-là,
00:24:59c'était à la suite
00:25:01d'un tweet polémique,
00:25:03on disait,
00:25:03c'est ça,
00:25:03à France Inter.
00:25:04Il a été exclu
00:25:05à la suite
00:25:06d'un tweet polémique.
00:25:08Jamais il était dit
00:25:10ce qu'il avait dit
00:25:11effectivement.
00:25:12Et ce qu'il avait dit
00:25:13effectivement,
00:25:13et ça rejoint ton propos
00:25:15tout à l'heure,
00:25:16il avait dit,
00:25:16il n'y a pas de journaliste
00:25:18en Palestine,
00:25:19il n'y a que des tueurs,
00:25:21des terroristes,
00:25:22des massacreurs
00:25:23et des preneurs d'otages.
00:25:24Voilà ce qu'il avait dit.
00:25:25Et la couverture médiatique
00:25:29a été de dire,
00:25:30oh,
00:25:31c'est une opinion finalement
00:25:33et toutes les opinions
00:25:34sont permises.
00:25:35Ben non,
00:25:36ça,
00:25:36ce n'est pas une opinion.
00:25:38C'est du négationnisme
00:25:39et ça devrait être sanctionné
00:25:41même par la loi
00:25:42si un même propos
00:25:45avait été tenu
00:25:46à l'encontre
00:25:47des tragédies juives.
00:25:50Et ce n'est qu'après
00:25:51qu'il a été réintégré
00:25:55parce que la pauvre mère
00:25:56de Besançon
00:25:57n'a pas pu faire autrement.
00:25:58Tous les écrivains
00:25:59se retiraient.
00:26:00Je ne suis pas sûr
00:26:00qu'ils étaient complices.
00:26:01Je pense qu'ils étaient
00:26:02plutôt un peu,
00:26:02comme on dit méchamment,
00:26:04mais qui ne l'a pas été
00:26:05dans sa vie,
00:26:06les idiots utiles
00:26:07dans cette histoire.
00:26:09Mais toujours est-il
00:26:10qu'elle a dû le réintégrer.
00:26:11Et qu'est-ce qui s'est passé ensuite ?
00:26:13Eh bien,
00:26:13il a eu droit
00:26:13à une interview
00:26:14sur la France Inter
00:26:16pour se justifier
00:26:17et pour dire,
00:26:18bon,
00:26:18j'aurais peut-être
00:26:18un peu exagéré,
00:26:19mais c'est quand même
00:26:21le Hamas
00:26:22qui tue
00:26:22des journalistes palestiniens.
00:26:24Voilà,
00:26:25donc là,
00:26:25on a un exemple
00:26:26terrible
00:26:27et caricatural
00:26:28de la relation,
00:26:30je dirais,
00:26:31entre ce clan
00:26:33animé par
00:26:34Enthoven,
00:26:34entre autres,
00:26:35et un grand média
00:26:36de service public.
00:26:38Il ne faut pas généraliser.
00:26:39Beaucoup de journalistes
00:26:40dans ce service public
00:26:41ne pensent pas pareil,
00:26:42mais qui couvrent
00:26:44de façon
00:26:45absolument scandaleuse
00:26:46et répandent
00:26:47un mensonge
00:26:48vraiment
00:26:50épouvantable.
00:26:52Merci,
00:26:52Denis.
00:26:53Je voudrais
00:26:53qu'on reste
00:26:57sur ce point,
00:26:58Dominique,
00:26:59de mémoire
00:27:00de journalistes,
00:27:00de mémoire
00:27:01de militantes
00:27:02de la liberté
00:27:02de la presse.
00:27:03Est-ce que tu t'es déjà
00:27:04trouvé confronté
00:27:05à de telles situations
00:27:06où, en fait,
00:27:07on met en doute
00:27:09la probité
00:27:09de journalistes
00:27:11qui sont pris
00:27:11pour cible,
00:27:12assassinés,
00:27:13où on met
00:27:14en cause
00:27:14leur qualité même
00:27:16de journaliste ?
00:27:16Est-ce que c'est
00:27:17déjà arrivé ?
00:27:18Ça n'est jamais arrivé,
00:27:20jamais au grand jamais.
00:27:21Et pour poursuivre
00:27:23ce que disait
00:27:24mon confrère
00:27:25Denis Siffer,
00:27:28ce monsieur
00:27:29Eindhoven
00:27:30a relayé
00:27:31un clip
00:27:31où on voit
00:27:32le journaliste
00:27:34assassiné
00:27:34avec sa veste
00:27:36presse
00:27:37et il y a marqué
00:27:38« Terroriste »
00:27:39sur chacun,
00:27:40comme ça.
00:27:41C'est ça le clip.
00:27:43C'est une horreur.
00:27:44Et la Fédération
00:27:45internationale
00:27:46des journalistes,
00:27:47avec notre affilié
00:27:49palestinien,
00:27:50le Palestinian
00:27:52Journalist
00:27:52Syndicate,
00:27:53PJS,
00:27:54on va porter plainte.
00:27:56On va porter plainte
00:27:57parce que c'est scandaleux.
00:28:04Non seulement
00:28:05on assassine
00:28:07nos confrères
00:28:07et nos consoeurs,
00:28:08mais on les salit
00:28:09après leur mort
00:28:10pour être sûr
00:28:11que vraiment
00:28:12on va essayer
00:28:13de toutes les façons
00:28:15possibles
00:28:15de dire
00:28:16« Ne soyez
00:28:17surtout plus
00:28:18journalistes ».
00:28:19Alors,
00:28:19il faut savoir
00:28:20que nous sommes
00:28:22en face
00:28:22de puissances
00:28:23extrêmement importantes
00:28:25qui ont
00:28:26beaucoup d'argent,
00:28:27qui ont
00:28:28beaucoup
00:28:28d'entre-gens
00:28:29et le gouvernement
00:28:33colonisateur
00:28:34dominé
00:28:35par l'extrême-droite,
00:28:36ce n'est pas
00:28:37un hasard,
00:28:38et M. Netanyahou,
00:28:40il a quand même
00:28:40bombardé
00:28:41sept pays
00:28:42autour
00:28:42sans que
00:28:43personne ne bouge.
00:28:45ce gouvernement
00:28:46colonisateur
00:28:47a créé
00:28:48au sein
00:28:49de sa cellule
00:28:49de renseignement
00:28:50une cellule
00:28:51de délégitimisation
00:28:54des journalistes.
00:28:55Donc,
00:28:56une cellule
00:28:56qui est attachée
00:28:58à,
00:28:59sur chaque journaliste,
00:29:01essayer
00:29:01qu'il soit
00:29:02à Gaza
00:29:02ou ailleurs,
00:29:04ou ailleurs,
00:29:05essayer
00:29:06de le salir,
00:29:07essayer
00:29:08d'inventer
00:29:08quelque chose,
00:29:09essayer
00:29:09de faire croire.
00:29:11Et malheureusement,
00:29:12et c'est un exemple
00:29:13excellent,
00:29:14merci Rosa Moussaoui
00:29:16de nous donner
00:29:16l'occasion de le dire,
00:29:18c'est un exemple
00:29:19excellent pour dire
00:29:20qu'il y a des journalistes
00:29:21partout
00:29:21qui travaillent bien.
00:29:23En France,
00:29:24il y en a plein.
00:29:25Et pour compléter
00:29:27ce que disait
00:29:28mon confrère
00:29:29de l'humanité,
00:29:32le 16 avril dernier,
00:29:34sur les marches
00:29:35de l'Opéra Bastille
00:29:36à Paris,
00:29:36200 journalistes
00:29:38se sont couchés
00:29:38un par un
00:29:39au nom
00:29:41de nos confrères
00:29:42et consœurs
00:29:43assassinés.
00:29:44Donc,
00:29:45individuellement,
00:29:46il y a beaucoup
00:29:46de journalistes.
00:29:47Vous avez vu ça
00:29:48dans les médias
00:29:49mainstream ?
00:29:50Non.
00:29:50Pourtant,
00:29:51quand même,
00:29:51que 200 journalistes
00:29:52français
00:29:53viennent montrer
00:29:54leur solidarité
00:29:56de façon aussi
00:30:00spectaculaire,
00:30:01c'est rare.
00:30:03Eh bien,
00:30:03c'est pour vous dire
00:30:04qu'individuellement,
00:30:05il y a beaucoup
00:30:05de journalistes
00:30:06qui travaillent
00:30:06très très bien.
00:30:08Maintenant,
00:30:09sur le plan
00:30:10des journalistes
00:30:11assassinés,
00:30:12il y a des recours,
00:30:13évidemment,
00:30:14en justice
00:30:14qui sont effectués.
00:30:16On dira
00:30:17c'est long,
00:30:17c'est tard,
00:30:18etc.
00:30:18Oui,
00:30:19mais il faut quand même
00:30:19le faire.
00:30:21Et pour nos confrères
00:30:22et consœurs,
00:30:24j'espère que nous aurons
00:30:25Rami Aboujamouz
00:30:26tout à l'heure,
00:30:27pour nos confrères
00:30:28et consœurs,
00:30:29nous,
00:30:29ce que l'on fait
00:30:29à la Fédération
00:30:31internationale
00:30:31depuis deux ans,
00:30:32comme l'expliquait bien
00:30:33Rosa Moussaoui,
00:30:35la fédération
00:30:35qui, au passage,
00:30:38représente
00:30:38quelques 600 000
00:30:40journalistes
00:30:41et travailleurs
00:30:41des médias
00:30:42dans 147 pays,
00:30:44nous,
00:30:44ce qu'on fait,
00:30:45c'est qu'on aide
00:30:45nos confrères
00:30:46et consœurs
00:30:47palestiniens
00:30:48de quatre façons.
00:30:50La première,
00:30:51c'est de leur donner
00:30:52les moyens
00:30:52de travailler.
00:30:54Et c'est comme ça
00:30:55qu'ils peuvent
00:30:57joindre l'étranger,
00:30:58parce qu'on a ouvert
00:30:59trois centres d'aide
00:31:00à Gaza.
00:31:01Je ne vous dis pas,
00:31:02enfin,
00:31:02vous imaginez
00:31:03ce que ça peut être.
00:31:04c'est comme ça
00:31:05qu'ils peuvent avoir
00:31:06du matériel,
00:31:07de l'aide,
00:31:07de la nourriture,
00:31:08quand on peut.
00:31:10Donc,
00:31:10on a ouvert
00:31:11trois centres d'aide
00:31:12et au travers
00:31:13de ces centres,
00:31:14on peut communiquer
00:31:15avec l'extérieur.
00:31:17Donc,
00:31:18j'espère qu'on aura
00:31:18Rami tout à l'heure,
00:31:20car nous avons eu
00:31:21un Zoom
00:31:21au Ramallah
00:31:22au mois de novembre
00:31:23dernier,
00:31:24pendant une heure
00:31:25avec une centaine
00:31:27de nos confrères
00:31:28et consœurs
00:31:29de Gaza,
00:31:30une heure en direct,
00:31:31avec une dignité,
00:31:33un courage.
00:31:35On était tous
00:31:36au bord des larmes
00:31:36mais on se retenait,
00:31:37on est allés pleurer
00:31:38après.
00:31:39Ils étaient à 80 kilomètres
00:31:41de nous,
00:31:41vous savez,
00:31:4280 kilomètres.
00:31:44On se rend compte
00:31:45de ce que ça veut dire
00:31:46d'être interdits
00:31:47dans un territoire.
00:31:48Ils étaient seulement
00:31:49à 80 kilomètres.
00:31:50Donc,
00:31:51on les aide juridiquement,
00:31:52on les aide
00:31:53de cette façon-là
00:31:55et puis,
00:31:56de toutes les façons
00:31:56possibles,
00:31:57on a ouvert des fonds
00:31:58de soutien,
00:32:00on leur fait passer
00:32:01de l'argent
00:32:01autant qu'on peut
00:32:02pour qu'ils puissent
00:32:04continuer à exercer
00:32:05leur métier.
00:32:06Pourquoi ?
00:32:07Parce que chaque fois
00:32:08qu'il y en a un
00:32:08qui a été tué,
00:32:09un autre s'est levé,
00:32:10deux autres se sont levés
00:32:11qui sont devenus
00:32:12journalistes
00:32:13et ils savent
00:32:14que c'est au péril
00:32:15de leur vie.
00:32:16Ils le savent tous.
00:32:17Anas Al-Sharif
00:32:19qui a été tué
00:32:20début août,
00:32:21assassiné,
00:32:22visé assassiné,
00:32:23avait enregistré
00:32:24son testament
00:32:26en disant
00:32:27quand vous verrez ça,
00:32:28c'est que j'aurais été tué.
00:32:30Mais ils le font
00:32:31quand même
00:32:31avec un sérieux
00:32:33et une qualité
00:32:33que nous saluons
00:32:34du monde entier.
00:32:36Jamais une
00:32:37de leurs informations
00:32:38depuis deux ans
00:32:39n'a été mise en cause.
00:32:41Jamais.
00:32:42Ça veut dire
00:32:43le sérieux
00:32:43et la qualité
00:32:44du travail
00:32:45que fournissent
00:32:46tous ces jeunes gens
00:32:47parce qu'ils sont
00:32:48extrêmement jeunes
00:32:49maintenant.
00:32:51Et le moins
00:32:53qu'on puisse faire
00:32:53et je remercie
00:32:54notamment l'humanité,
00:32:56Politis,
00:32:56Orient 21 bien sûr,
00:32:58c'est de pouvoir
00:32:59relayer ce travail
00:33:01car ils sont
00:33:01un exemple
00:33:02pour nous tous.
00:33:04Si on laisse faire
00:33:05un génocide,
00:33:07c'est un génocide.
00:33:09Si on laisse
00:33:11exterminer
00:33:11des journalistes
00:33:12à Gaza,
00:33:14c'est pour empêcher
00:33:15que les citoyens
00:33:17soient au courant
00:33:18dans le monde
00:33:18de ce qui se passe
00:33:19ici et là.
00:33:20Et si on laisse faire
00:33:21à Gaza,
00:33:22on laisse faire partout.
00:33:23On laisse faire partout.
00:33:24Et en plus,
00:33:25on perd notre humanité.
00:33:28On essaye
00:33:29de nous faire perdre
00:33:30notre humanité.
00:33:38Alors,
00:33:39il y a beaucoup
00:33:40d'autres actions
00:33:41en dehors des journalistes.
00:33:42Par exemple,
00:33:43114 avocats
00:33:44ont déposé
00:33:45une plainte
00:33:46contre le président Macron,
00:33:48contre le premier ministre
00:33:49et les ministres responsables
00:33:52devant la Cour pénale
00:33:53internationale
00:33:54de l'AE.
00:33:54Il y a beaucoup
00:33:55d'autres initiatives.
00:33:56On ne veut pas dire
00:33:57qu'il n'y a que
00:33:58les journalistes.
00:33:59Mais c'est vrai
00:33:59que s'il n'y a plus
00:34:00de journalistes,
00:34:00on ne saura plus
00:34:01ce qui se passe.
00:34:02Et j'attire votre attention
00:34:03sur le fait que
00:34:04la guerre est déclarée
00:34:05aux journalistes
00:34:07et surtout
00:34:07à la liberté
00:34:08de la presse
00:34:08dans le monde entier.
00:34:11Dans le monde entier.
00:34:13Je suis malheureusement,
00:34:15puisque j'ai l'honneur
00:34:16de présider
00:34:16cette fédération,
00:34:18trop bien placée
00:34:19pour le savoir,
00:34:21on tue des journalistes
00:34:22en toute impunité.
00:34:23Et je terminerai
00:34:24avec la permission
00:34:26de Rosa Moussaoui
00:34:27sur le fait
00:34:28que la fédération
00:34:29est porteuse
00:34:30d'un plan,
00:34:32d'une convention internationale
00:34:33contre l'impunité
00:34:35des assassins
00:34:35de journalistes.
00:34:36Ça n'existe pas.
00:34:38Nulle part.
00:34:39Et nous souhaitons
00:34:40et nous voulons
00:34:41que les Nations Unies
00:34:42l'adoptent
00:34:43en Assemblée Générale.
00:34:45Et ce plan
00:34:46est très concret.
00:34:47Et trois points
00:34:49premier point,
00:34:50un comité
00:34:51de surveillance
00:34:51permanent.
00:34:52Pourquoi on tue
00:34:53des journalistes ?
00:34:54Parce que c'est
00:34:55en toute impunité.
00:34:56Aussi bien au Nicaragua,
00:34:58au Mexique,
00:34:58à Gaza,
00:34:59en Inde,
00:35:00au Burkina Faso,
00:35:02partout.
00:35:04Donc,
00:35:04un comité permanent.
00:35:06Deuxièmement,
00:35:07la possibilité
00:35:08d'enquête internationale
00:35:10indépendante
00:35:11sur place.
00:35:12Et troisièmement,
00:35:13l'obligation
00:35:14pour chaque pays
00:35:15de dire chaque année
00:35:15ce qu'il a fait
00:35:16pour la liberté
00:35:17de la presse.
00:35:18Voilà trois points
00:35:19essentiels.
00:35:20Nous voulons
00:35:21que cette convention
00:35:32soit adoptée
00:35:33par les Nations Unies
00:35:34et mise en œuvre.
00:35:35Si on ne le fait pas
00:35:36dans quelques années,
00:35:38il n'y aura plus
00:35:38de journalistes.
00:35:39On ne se lève pas
00:35:40tous les matins
00:35:41en disant
00:35:41« Non, je vais être
00:35:42un héros aujourd'hui. »
00:35:43Ben non.
00:35:44Ben non.
00:35:45Ben non.
00:35:46Ben non.
00:35:47Ben non.
00:35:47Et donc,
00:35:48si on veut
00:35:49continuer à être
00:35:50des citoyens,
00:35:51il faut aider
00:35:51les journalistes.
00:35:52C'est pour ça
00:35:53que je modérais
00:35:54un peu
00:35:54mon propos tout à l'heure
00:35:56en disant
00:35:56qu'il y a beaucoup
00:35:57de journalistes
00:35:58individuellement
00:35:59en France
00:36:00comme partout
00:36:00qui font très bien
00:36:01leur travail
00:36:02avec beaucoup de courage.
00:36:03Il faut les aider.
00:36:05Donc,
00:36:05pour que cette convention
00:36:07aboutisse,
00:36:08il faut que les pays
00:36:09déclarent publiquement
00:36:10qui la soutiendront.
00:36:12La France de M. Macron
00:36:13pour le moment
00:36:14reste sur la réserve.
00:36:15Donc,
00:36:15poussez la France
00:36:17de M. Macron
00:36:18à dire publiquement
00:36:19qu'il soutiendra
00:36:19la convention.
00:36:20Merci beaucoup,
00:36:21Dominique.
00:36:29C'est vrai que
00:36:31les conditions
00:36:32de l'exercice libre
00:36:33du métier de journaliste
00:36:34se sont rarement
00:36:35autant détériorées
00:36:36que depuis 20 ans.
00:36:37Les journalistes
00:36:38sont devenus des cibles.
00:36:39Donc,
00:36:39cette idée
00:36:40d'une convention
00:36:41internationale
00:36:42pour la protection
00:36:42des journalistes
00:36:43est une très belle idée
00:36:44et je crois
00:36:45qu'on peut s'engager
00:36:46tous ensemble
00:36:46à la soutenir,
00:36:47à la porter
00:36:48avec la Fédération
00:36:49internationale
00:36:50des journalistes.
00:36:51Merci beaucoup.
00:36:52Est-ce que
00:36:54est-ce qu'on peut avoir
00:36:55la liaison
00:36:56avec Gaza,
00:36:57avec Rami Aboujamouz ?
00:36:59Il semble que oui,
00:36:59il est là,
00:37:00il est avec nous.
00:37:01Bonjour, Rami.
00:37:04Bonjour, Rami.
00:37:06Bonjour.
00:37:08Bonjour.
00:37:20Merci.
00:37:30Merci beaucoup.
00:37:49Merci à toi, Rami.
00:37:52On est très heureux et très émus d'être avec toi
00:37:56et que tu puisses participer à cette fête de l'humanité.
00:38:00J'espère que la prochaine fois, tu seras là, que tu viens...
00:38:06C'est un honneur de se dire, je vais bien venir être avec lui,
00:38:10physiquement, sur place.
00:38:11Ce sera la prochaine fois, et ce sera après un temps.
00:38:15Rami, l'autre fois, je t'écoutais sur les ondes de France Culture.
00:38:19J'en avais parlé d'ailleurs avec Sarah, et tu expliquais toute la difficulté d'exercer ton métier d'informée
00:38:30dans les conditions qui vous sont faites aujourd'hui par l'armée israélienne,
00:38:36et tu décrivais cette situation invivable, et notamment sur les questions de la famine.
00:38:45Et en plateau, le journaliste de France Culture, après ton témoignage qui était d'une force extraordinaire,
00:38:51s'est tourné vers un intervenant en plateau à Paris pour lui demander si ce que tu racontais était vrai.
00:38:58Et c'était complètement absurde comme situation.
00:39:04Comment tu appréhendes les interventions qui sont les tiennes dans des médias qui, on l'a dit tout à l
00:39:14'heure,
00:39:14ont tendance à mettre en doute le récit que vous, les journalistes palestiniens,
00:39:21vous nous faites de l'entreprise d'anéantissement en cours ?
00:39:28Pour moi, il n'y a aucun problème avec les médias, parce que chaque média, il a sa propre politique,
00:39:34il faut bien se dire éditorial, et donc je prends cette chance-là de parler que ce soit les médias,
00:39:41pour parler de ce qu'il y a à Paris, après s'il peut me voir quelqu'un à Paris,
00:39:45s'il peut dire au nom de quelqu'un qui vient à Paris.
00:39:49Moi, je joue plutôt sur l'intelligence des auditeurs, des téléspectateurs, des lecteurs,
00:39:54parce que je sais très bien que ces gens-là, ils ne sont pas dupes, ils ne sont pas, entre
00:40:00guillemets,
00:40:01ils savent très bien ce qui se passe.
00:40:02Après, si le journaliste ou bien l'animateur, il veut sortir malheureusement comme quelqu'un qui est un pignon rond
00:40:11de ce qui se passe,
00:40:12c'est sans problème.
00:40:13Mais moi, je le compte à 100% sur les téléspectateurs, les auditeurs, je sais très bien qu'ils sont
00:40:18très intelligents,
00:40:20je sais très bien qu'ils savent très bien ce qui se passe,
00:40:22et il suffit que moi, il y a un témoignage de Gaza, qui sort de Gaza, avec une voix francophone,
00:40:28et qui parle de Gaza, qui vit à Gaza, qui vit le genocide, qui vit les massacres, qui vit la
00:40:33famille.
00:40:34Je crois que l'auditeur et peut-être le téléspectateur, il est très intelligent pour comprendre
00:40:39est-ce que c'est vrai ce qu'il est en train de dire, est-ce que il n'y
00:40:43a pas à justifier
00:40:43ou bien à prendre un jugement de quelqu'un qui vit en France,
00:40:48et non pas quelqu'un qui vit à Gaza ou en Palestine.
00:40:52Rami, tu es toujours à Gaza-ville, en dépit des ordres d'évacuation lancés par l'armée israélienne.
00:40:58Est-ce que tu peux nous dire deux mots de la situation présente
00:41:04et de comment toi, tu peux exercer ton travail dans les conditions de cette nouvelle offensive de l'armée israélienne
00:41:15?
00:41:15Oui, malheureusement, là, pour le moment, pour les journalistes qui sont à Gaza-ville,
00:41:19on est toujours à Gaza-ville, on ne peut pas se déplacer.
00:41:21On a un problème de déplacement parce que pour aller au sud, c'est un problème.
00:41:26Il y a une rue pour aller au sud, c'est ce que s'appelle la rue Rashid,
00:41:29mais malheureusement, maintenant, cette rue, surtout pendant la journée,
00:41:32il y a un flux de déplacés qui sont en train de fuir des bombardements
00:41:36parce que malheureusement, l'occupation, ils sont en train de faire une nouvelle stratégie,
00:41:40c'est la stratégie de déplacement par le bombardement.
00:41:44Ils sont en train de bombarder les immeubles, les tours.
00:41:46Quand on dit tours chino, c'est les immeubles de plus de neuf étages.
00:41:50Et justement, ça veut dire des centaines, voire des milliers de personnes qui sont dans la rue,
00:41:54donc ils sont obligés de partir.
00:41:56Et bien sûr, à force de bombarder ces coins-là, surtout l'eau nord, l'est et le sud de
00:42:03la ville de Gaza,
00:42:04il y en a pas mal de gens qui veulent partir.
00:42:06Donc pour nous, les journalistes, on reste ici à Gaza.
00:42:09Moi, personnellement, pendant la famine et pendant la malnutrition,
00:42:13j'avais un peu, à 47 ans, je ne pouvais pas faire du terrain, je n'étais pas en forme,
00:42:18donc je préférais rester derrière un bureau.
00:42:21Mais par contre, il y a d'autres collègues, surtout les caméramans et les photographes
00:42:26qui sont beaucoup plus jeunes que moi, qui sont toujours sur le terrain, qui font un grand travail.
00:42:31Aujourd'hui, on a du mal à tout couvrir parce qu'il y a une intensification des bombardements.
00:42:36On ne peut pas, même dans la ville de Gaza, on ne peut pas être informé de tout ce qui
00:42:40se passe.
00:42:40Parfois, l'information tarde deux, trois heures, et même si on est juste dans un touc,
00:42:46une petite cage dans la ville de Gaza, mais à force d'avoir une intensification des bombardements
00:42:52et des rêves et des frappes israéliennes, malheureusement, on n'arrive pas à tout être informé tout de suite.
00:42:59Mais malheureusement, la famine et surtout la malnutrition, ça affaiblit beaucoup de journalistes.
00:43:05Moi, je fais partie parce que c'est un peu l'âge, mais par contre, les jeunes, ils sont toujours
00:43:11là,
00:43:11qui continuent à travailler, qui font un travail excellent, justement pour éclaircir ce qui se sert
00:43:18pour les gens qui sont à l'étranger, qu'est-ce qui se passe à Gaza, comment on est en
00:43:23train de vivre ce génocide.
00:43:25Surtout, actuellement, ce nettoyage ethnique, parce que là, ils veulent déporter toute la population de Gaza vers le sud.
00:43:33Donc, la famine est toujours là, l'aide humanitaire qui entre, ce n'est pas du tout suffisant,
00:43:39il y a entre 70 à 100 camions par jour, et parmi les 70 et 100 camions par jour d
00:43:45'aide humanitaire,
00:43:46la moitié, presque, c'est le secteur privé.
00:43:48Donc, il faut acheter du marché, et le marché du marché, il faut beaucoup d'argent parce que c'est
00:43:52trop cher,
00:43:53et la majorité de la population est ruinée, ils n'ont pas ce pouvoir d'achat, d'acheter des épiceries
00:43:59ou bien des suprêtes,
00:44:00et ils dépendent à 100% d'aide humanitaire.
00:44:03Et c'est pour ça que l'image courante qu'on voit tous les jours, c'est des enfants, des
00:44:08femmes, des personnes âgées,
00:44:12qui sont avec des casseroles, des jéricales, en train de chercher de l'eau, en train de chercher quelque chose
00:44:16à manger,
00:44:17parce que malheureusement, ils n'ont pas de moyens d'acheter du marché.
00:44:20Et les Israéliens, ils font exprès que la moitié de cette aide humanitaire soit le secteur privé,
00:44:25pour qu'il y aura toujours une difficulté pour la population de Gaza de vivre et de s'en sortir
00:44:31de la famine.
00:44:32Et malheureusement, pour la malnutrition et la famine, surtout pour les plus vulnérables,
00:44:36comme les enfants et les personnes âgées, une fois on est dans la malnutrition,
00:44:41on est dans la famine, ce n'est pas qu'avec un peu de nourriture, on reprend la forme.
00:44:48Il faut un soin, il faut des soins médicaux, et malheureusement, on n'a pas des hôpitaux spécialisés dans ce
00:44:55domaine,
00:44:55on n'a pas de médicaments spécialisés dans ce domaine.
00:44:58Et c'est pour ça qu'à chaque jour, il y a de plus en plus de personnes qui vont
00:45:03se reposer en paix,
00:45:04malheureusement, à cause de cette arme, l'arme de la famine, qui a pour nous été une arme fatale,
00:45:11beaucoup plus que l'arsenal militaire et les bombardements,
00:45:13parce que c'est mourir lentement et surtout en silence.
00:45:19Merci Rami.
00:45:27Merci Rami pour ce témoignage.
00:45:31Si tu souhaites rester avec nous, tu peux réintervenir quand tu veux.
00:45:37Sache que, ici, ce week-end s'exprime une solidarité incroyable avec le peuple palestinien, avec...
00:46:04Voilà, et on va continuer de faire vivre cette solidarité,
00:46:10on va continuer à alerter sur le sort de nos confrères et de nos consœurs palestiniens, palestiniennes,
00:46:18qui nous informent chaque jour.
00:46:20Vous êtes dans nos pensées tous les jours.
00:46:24Merci encore à toi pour le travail que tu accomplis.
00:46:29Merci à vous et merci à tout ce que vous faites.
00:46:31Et c'est vraiment très gentil de soutenir les journalistes palestiniens, surtout à Gaza.
00:46:40Mais il faut que ça continue, pas à soutenir que les journalistes.
00:46:46Nous, on fait partie de 2,3 millions de personnes.
00:46:49On n'est pas en privilège à nos frères et nos sœurs qui vivent avec nous ces génocides.
00:46:57C'est vrai que nous, on est un peu plus sur la cible parce qu'on voit qu'on est
00:47:03ciblé.
00:47:04Moi, j'ai déjà dit qu'on est tous condamnés à mort.
00:47:07Mais on attend, chacun, il attend son heure d'exécution et comment il va être exécuté.
00:47:12Mais c'est pareil pour toute la population de Gaza.
00:47:16Donc, merci de continuer à parler de ce qui se passe à Gaza,
00:47:19de parler des enfants, de parler des femmes, des personnes âgées,
00:47:23de la famine, de la pauvreté et surtout de ce génocide,
00:47:27de ce nettoyage et de nous qui ont cours.
00:47:29Et qu'apparemment, il continue, l'armée d'occupation veut continuer jusqu'au bout.
00:47:34Et Gaza, c'est le dernier mur pour la déportation.
00:47:38Si ce mur va être brisé, je crois qu'on va à 2,3 millions,
00:47:42ou bien ceux qui restent des 2,3 millions de personnes,
00:47:45ils vont être déportés vers l'étranger.
00:47:47Malheureusement, avec le silence de la communauté internationale
00:47:51qui donne toujours le droit israélien de se défendre,
00:47:57mais plutôt de s'étendre.
00:48:00Parce que c'est la fameuse phrase que l'on entend tout le temps,
00:48:03Israël a le droit de se défendre.
00:48:04C'est juste pour ne pas dire qu'Israël a le droit de s'étendre.
00:48:07On a vu comment ils sont en train de bombarder les pays entiers.
00:48:11Partout, 7 pays ont été bombardés par Israël.
00:48:14Et c'est toujours, malheureusement, l'enfant gâté de l'Occident,
00:48:18l'impunité.
00:48:19Et c'est pour ça que ce mur-là de Gaza va être brisé.
00:48:22La déportation est très proche.
00:48:25Merci pour ton témoignage, Ramy.
00:48:27C'est des paroles, évidemment, extrêmement fortes qu'on entend.
00:48:31Et Sarah, Ramy vient d'évoquer une opération de nettoyage ethnique.
00:48:39On s'est dit, en préparant ce débat, qu'il y avait tout ce qu'on a évoqué tout à
00:48:46l'heure,
00:48:46l'occultation des enjeux politiques, la volonté de ne voir cette guerre livrée au peuple palestinien,
00:48:53cette guerre coloniale, que par le prisme de la catastrophe humanitaire.
00:48:57Comment on fait, quand on est une revue comme Orient 21,
00:49:01pour tenir une ligne radicalement différente de la petite musique médiatique qu'on entend
00:49:09et qui domine dans les médias mainstream ?
00:49:17Déjà, avoir Ramy, ça aide à tenir cette ligne.
00:49:21Je suis désolée, c'est un peu ronde.
00:49:24Ça reçut.
00:49:35Je rappelle que Ramy a tenu un journal de bord pour Orient 21,
00:49:39qui a contribué, il continue à le tenir, qui a contribué à mettre en lumière
00:49:43un certain nombre de faits qui étaient complètement passés sous silence
00:49:50ou invisibilisés, occultés.
00:49:52Et qu'il a eu pour ce journal de bord deux prix à Bayeux,
00:49:57ce qui est une première, en fait, dans l'histoire du prix des correspondants de guerre de Bayeux.
00:50:04Eh bien, je dirais, comme Sébastien avait dit tout à l'heure,
00:50:07que tout ça n'a pas commencé le 7 octobre.
00:50:10Et justement, la principale manière peut-être de dire que comment on tient cette ligne,
00:50:15c'est justement d'inscrire ça dans l'histoire longue.
00:50:18C'est-à-dire de ne pas commencer à réfléchir ou à analyser ce qui se passe à Gaza,
00:50:24mais aussi en Cisjordanie.
00:50:26On le rappelle, à Jérusalem, en Cisjordanie,
00:50:28parce que Rami parlait d'un nettoyage ethnique, effectivement, à Gaza.
00:50:32Il y a aussi un nettoyage ethnique en cours en Cisjordanie,
00:50:36avec les colons qui ont totalement, en fait, comment dire,
00:50:40carte blanche pour faire absolument ce qu'ils veulent là-bas.
00:50:44Et que ça s'est intensifié depuis le 7 octobre.
00:50:48Et tenir, en fait, cette ligne éditoriale,
00:50:51c'est déjà, en fait, inscrire ce qui se passe en Palestine
00:50:53dans une vision anticoloniale.
00:50:56Déjà, ne pas parler d'un conflit, parce que ce n'est pas un conflit,
00:50:59c'est une guerre coloniale.
00:51:01Et inscrire ça, en fait, dans son paradigme idéologique,
00:51:04un paradigme colonial, raciste.
00:51:07Et inscrire les choses dans cette lecture-là.
00:51:12Et aussi, en fait, justement, ne pas se laisser imprégner, justement.
00:51:20Parce qu'en fait, on a parlé tout à l'heure de la communication,
00:51:23on peut parler de la hasbara, donc la propagande israélienne, etc.
00:51:28Mais quand Sébastien a dit tout à l'heure,
00:51:30ce n'est pas de l'indifférence, c'est du boycott,
00:51:32je suis tout à fait d'accord, ce n'est pas de l'indifférence, c'est du boycott.
00:51:35Et pourquoi, en fait, ce boycott ?
00:51:37Parce que c'est du racisme, en fait.
00:51:39Et peut-être, en fait, ce qu'il faudrait,
00:51:40c'est aussi souligner qu'une des raisons pour lesquelles
00:51:49la Palestine et ce qui se passe en Palestine
00:51:51est couvert de cette manière en France,
00:51:53parce qu'il y a des échos entre là-bas et ici,
00:51:56c'est parce que c'est des Arabes qui se font tuer.
00:51:58Et qu'on s'en fout quand ce sont des Arabes qui se font tuer.
00:52:06Et ça, c'est quelque chose, justement, qu'on a vu spécifiquement
00:52:09dans le cas des journalistes qui ont été tués,
00:52:11c'est-à-dire qu'on sait effectivement que RSF a eu beaucoup de mal à...
00:52:16Alors, il y a ceux, effectivement, il y a nos rédactions
00:52:19qui ont dit oui tout de suite.
00:52:20Ils ont essayé de convaincre beaucoup d'autres,
00:52:23mais par exemple, quand il y a eu les six journalistes
00:52:26qui ont été tués, dont Anas Sharif, justement,
00:52:29dont on a parlé tout à l'heure,
00:52:30le correspondant d'Algésie,
00:52:31quand ils ont été tués début août,
00:52:34je ne sais pas si vous avez remarqué,
00:52:35aucune agence de presse, aucune SNJ,
00:52:39SDJ, pardon, Société des Journalistes,
00:52:41n'a émis un communiqué pour se solidariser avec les journalistes.
00:52:45Et ce qui se disait en off, en fait,
00:52:47c'est que ça ne concerne pas les médias français ni occidentaux.
00:52:51Alors que quand ça a atteint,
00:52:53et ça, on l'a très bien vu, par exemple,
00:52:55dans les mois qui ont suivi le 7 octobre,
00:52:58on a vu la différence de couverture entre justement
00:53:01les médias mainstream et les autres,
00:53:04entre ce qui se passait,
00:53:06ce qui s'était passé le 7 octobre,
00:53:09côté israélien,
00:53:10et entre ce qui se passait à Gaza
00:53:12à partir du 8 octobre.
00:53:14Et il ne s'agit pas, en fait, de dire
00:53:15oui, on est indifférent, non,
00:53:17on n'est pas indifférent au fait qu'il y a eu
00:53:181200 morts côté israélien,
00:53:21mais la manière dont ça, ça a été couvert,
00:53:25l'empathie à laquelle, en fait,
00:53:27les médias ont largement contribué.
00:53:30Et en contrepartie de ça,
00:53:32il y a eu une invisibilisation totale,
00:53:34mais totale des Palestiniens
00:53:35pendant les trois premiers mois.
00:53:37Et qu'au moment où on a commencé à en parler,
00:53:40c'était en janvier,
00:53:41parce qu'il y a eu l'avis de la CIJ,
00:53:43de la Cour internationale de justice.
00:53:46Et c'est là, justement,
00:53:47quand on a commencé à en parler,
00:53:49vraiment par le prisme humanitaire,
00:53:50c'est-à-dire, c'est des déplacés,
00:53:52ce sont, voilà, ils meurent de faim.
00:53:54Et c'est, comme j'avais cité, en fait,
00:53:58dans un article, une phrase
00:54:00de la journaliste Hassina Meshay,
00:54:01que je trouve formidable,
00:54:03c'est de dire,
00:54:05les Palestiniens sont...
00:54:06Israël ne tue pas,
00:54:07mais les Palestiniens sont tués.
00:54:09C'est-à-dire, en fait, on parle...
00:54:11Il y a quelques jours,
00:54:12j'écoutais un sujet à la radio,
00:54:14on parlait de la situation à Gaza,
00:54:16et on nous explique qu'effectivement,
00:54:17les Gazaouis meurent de faim,
00:54:20qu'ils sont bombardés,
00:54:21qu'ils sont tués,
00:54:22mais à aucun moment, en fait,
00:54:23durant ce reportage,
00:54:24le mot Israël n'a été prononcé.
00:54:27Ils sont tués, mais on ne sait pas par qui.
00:54:28C'est comme lorsqu'il y a eu, en fait,
00:54:30l'épisode Hendrajab,
00:54:31cette petite fille de 6 ans
00:54:33qui a été tuée
00:54:35avec tous les membres de sa famille
00:54:38dans leur voiture.
00:54:39Ils ont été encerclés pendant des heures
00:54:41par les chars israéliens.
00:54:43Même les ambulanciers
00:54:44qui sont venus à leur secours
00:54:46ont aussi été tués.
00:54:49Ils ont été bombardés
00:54:50par l'armée israélienne.
00:54:52Et quand on a...
00:54:53Finalement, voilà,
00:54:55la mort de Hendrajab
00:54:56a été confirmée,
00:54:58je crois que c'est le Parisien
00:54:59qui avait titré,
00:55:00la petite fille de 6 ans,
00:55:03Hendrajab,
00:55:03retrouvée morte.
00:55:05C'est retrouvée morte,
00:55:06on peut dire ça pour le petit Grégory,
00:55:08parce qu'on ne sait toujours pas
00:55:09qui l'a tuée,
00:55:09mais je crois que pour Hendrajab,
00:55:11on sait qu'il l'a tuée,
00:55:12donc retrouvée morte,
00:55:14c'est...
00:55:14Le moins qu'on puisse dire,
00:55:15c'est que c'est indécent
00:55:16comme manière d'en rendre compte.
00:55:30Et tout à l'heure,
00:55:32Rosa, tu évoquais,
00:55:32justement,
00:55:33tu demandais à Aram,
00:55:35comment il gérait ça
00:55:36ou comment il ressentait
00:55:38justement son intervention,
00:55:41comment il appréhendait
00:55:41son intervention sur les médias.
00:55:43Il y a aussi justement
00:55:44cette modélisation,
00:55:45en fait,
00:55:45du discours palestinien
00:55:48sur les médias.
00:55:49Et je veux dire,
00:55:51on l'a beaucoup entendu aujourd'hui,
00:55:53on l'a aussi beaucoup entendu hier,
00:55:55ici même,
00:55:55au village des médias indépendants,
00:55:57il est beaucoup question
00:55:57de l'extrême droite,
00:55:59de Bolloré,
00:55:59de Sterrin,
00:56:00etc.
00:56:00À juste titre,
00:56:01bien sûr,
00:56:02on sait très bien de même
00:56:03qu'on parle de racisme
00:56:05et d'islamophobie,
00:56:06et donc on voit très bien
00:56:07les liens entre ici,
00:56:09la mémoire postcoloniale,
00:56:11ce cadavre dans le placard
00:56:13qui n'en finit pas de pourrir,
00:56:14ici,
00:56:15et le colonialisme
00:56:17dans les territoires palestiniens.
00:56:19Bien sûr qu'il y a,
00:56:20en fait,
00:56:21ce lien-là
00:56:22avec l'extrême droite,
00:56:24et puis on l'a vu
00:56:25avec, en plus,
00:56:26l'extrême droite
00:56:27qui essaye, là,
00:56:28de se dédiaboliser,
00:56:29qui a même réussi
00:56:30son entreprise
00:56:31de dédiabolisation
00:56:33en essayant,
00:56:34par son sionisme
00:56:35et par son soutien à Israël,
00:56:37de faire oublier
00:56:38ou de mettre sous le tapis
00:56:40son antisémitisme structurel,
00:56:42et on en a eu
00:56:43la plus grande preuve
00:56:44en mars dernier
00:56:45quand il y a eu
00:56:46le congrès des fascistes
00:56:48à Jérusalem
00:56:48où Benyamin Netanyahou
00:56:50a invité
00:56:51tous les fachos de la Terre
00:56:52à un congrès
00:56:53de lutte
00:56:53contre l'antisémitisme,
00:56:55on appréciera la blague,
00:56:57congrès d'ailleurs
00:56:58auquel, je crois,
00:56:59le correspondant
00:56:59de l'humanité
00:57:00a été interdit
00:57:03de séjour.
00:57:04Et bien sûr,
00:57:06je veux dire
00:57:06qu'il y a ça,
00:57:07le poids
00:57:07de l'extrême droite,
00:57:08etc.,
00:57:09mais le problème,
00:57:09en fait,
00:57:10quand il est question
00:57:10de la Palestine
00:57:11et d'Israël,
00:57:12c'est que ça s'étend,
00:57:13ce poids idéologique
00:57:14va bien au-delà
00:57:15de l'extrême droite.
00:57:16Et c'est pour ça
00:57:17que ça touche
00:57:18les médias mainstream
00:57:19et ça devient vraiment
00:57:20idéologique.
00:57:21C'est idéologique
00:57:22pour les raisons
00:57:22que je citais tout à l'heure,
00:57:24c'est-à-dire que
00:57:26Israël,
00:57:26c'est l'Occident.
00:57:28Israël,
00:57:28c'est l'avant-poste,
00:57:29ça a été pensé
00:57:29comme ça.
00:57:30Denis Sifer
00:57:30disait tout à l'heure
00:57:31le sionisme,
00:57:33la suite dans les idées,
00:57:35le colonisme européen aussi.
00:57:37Donc Israël a été pensé
00:57:40comme avant-poste occidental
00:57:43au Proche-Orient.
00:57:44Il l'est toujours.
00:57:45Et de l'autre côté,
00:57:47c'est des Arabes.
00:57:48Donc il y a ça.
00:57:49Et puis il y a vraiment
00:57:49quelque chose
00:57:50de l'ordre de l'idéologie
00:57:51dans la manière
00:57:52d'aborder,
00:57:53en fait,
00:57:53la question palestinienne
00:57:54où à un moment,
00:57:56on bute contre quelque chose.
00:57:58Ça n'est même plus rationnel,
00:57:59en fait.
00:58:00C'est-à-dire que
00:58:00si vous faites le test,
00:58:03si vous demandez
00:58:03à des journalistes
00:58:04pourquoi vous utilisez
00:58:05tel mot et pas d'autre.
00:58:06Pourquoi vous dites cela ?
00:58:08Par exemple,
00:58:08en fait,
00:58:08je sais,
00:58:09je ne vais pas citer
00:58:09la rédaction en question,
00:58:12mais Rami,
00:58:14il y a eu un moment
00:58:15où il est intervenu
00:58:15sur une chaîne française
00:58:17et il disait,
00:58:18il parlait des prisonniers israéliens.
00:58:20Il disait prisonniers palestiniens
00:58:21et prisonniers israéliens.
00:58:23Et en off,
00:58:24une fois que son intervention
00:58:26a été terminée,
00:58:27on l'a repris
00:58:27sur cet usage
00:58:28en lui disant,
00:58:30non,
00:58:30tu dois dire
00:58:31otage israélien.
00:58:32Et il a dit,
00:58:33ok,
00:58:33donc je dis aussi
00:58:34otage palestinien.
00:58:35Et on lui a dit,
00:58:36non,
00:58:36tu ne peux pas dire
00:58:37otage palestinien.
00:58:38Et pourquoi ?
00:58:40Il leur a dit,
00:58:40en fait,
00:58:41ils ont été enlevés,
00:58:43ils sont gardés,
00:58:44en fait,
00:58:45dans un endroit
00:58:45pour la plupart
00:58:46qu'on ne connaît pas,
00:58:47de manière tout à fait illégale.
00:58:49La Croix-Rouge
00:58:49n'y a pas non plus accès.
00:58:51En fait,
00:58:51c'est quoi la différence
00:58:52de conditions de détention
00:58:53entre les israéliens
00:58:55et les palestiniens ?
00:58:56Et la réponse
00:58:57du rédacteur en chef
00:58:59de la chaîne en question
00:58:59a été,
00:59:01bah c'est comme ça.
00:59:02Et je trouve ça magnifique,
00:59:03en fait,
00:59:04tout est dans cette phrase,
00:59:05bah c'est comme ça,
00:59:06en fait.
00:59:06Il n'y a rien de rationnel.
00:59:08Et on pourrait dire
00:59:09la même chose,
00:59:10en fait,
00:59:10de la séquence,
00:59:11j'imagine que
00:59:11un certain nombre
00:59:12d'entre vous
00:59:13avaient vu
00:59:13il y a une dizaine
00:59:14de jours
00:59:15avec Ronnie Broman
00:59:16sur le plateau
00:59:18de France Info
00:59:19qui expliquait en fait
00:59:20que si on parle
00:59:22du désarmement
00:59:22du Hamas,
00:59:23il faudrait quand même
00:59:23penser au désarmement
00:59:24d'Israël parce qu'à un moment,
00:59:26on ne peut pas désarmer
00:59:27les colonisés
00:59:28et ne pas penser
00:59:28au désarmement
00:59:29du colonisateur.
00:59:31Et en fait,
00:59:31là,
00:59:32on a mis,
00:59:32mais clairement,
00:59:33on lui a coupé la parole,
00:59:34on a mis fin au débat
00:59:35et on lui a expliqué
00:59:38qu'il ne pouvait pas
00:59:38faire ce genre de comparaison
00:59:39et quand il a dit
00:59:40pourquoi la présentatrice
00:59:43l'a juste ignorée,
00:59:45elle a regardé son compteur
00:59:46et elle a continué.
00:59:47Et c'est ça qui est fascinant,
00:59:48en fait,
00:59:48c'est à quel point
00:59:50ça défie,
00:59:50en fait,
00:59:51toute rationalité.
00:59:52Et je pense que contre ça,
00:59:54et c'est aussi important
00:59:54que justement
00:59:55le village des médias indépendants
00:59:58existe,
00:59:58c'est pour déconstruire,
00:59:59en fait,
01:00:00ce biais idéologique
01:00:02qui est tellement ancré
01:00:03qu'on ne questionne
01:00:04tellement plus
01:00:05et de justement
01:00:06questionner ça,
01:00:07questionner le vocabulaire
01:00:08qu'on utilise.
01:00:11Pourquoi on dit ça,
01:00:13en fait ?
01:00:13Pourquoi on dit
01:00:14plomb durci ?
01:00:15Pourquoi on reprend
01:00:16les noms d'opérations
01:00:18de l'armée israélienne
01:00:19quand on parle
01:00:20des Palestiniens ?
01:00:27Pourquoi ?
01:00:27En fait,
01:00:27on peut se poser quelque chose.
01:00:28Pourquoi on dit
01:00:29guerre des six jours ?
01:00:30Pourquoi on ne désigne pas
01:00:31les choses par leur date ?
01:00:32C'est une donnée objective.
01:00:33Guerre de juin 67,
01:00:34guerre d'octobre 73,
01:00:36etc.
01:00:37Et donc,
01:00:38je pense que c'est très important
01:00:40et c'est aussi notre rôle
01:00:42en tant que médias indépendants
01:00:43d'interroger ce narratif-là
01:00:45et aujourd'hui,
01:00:46en fait,
01:00:47avec ce génocide en cours
01:00:48et avec ce nettoyage
01:00:49ethnique en cours,
01:00:51de boycotter,
01:00:52à un moment,
01:00:53le narratif israélien.
01:00:54Et c'est-à-dire,
01:00:55de même qu'on le fait
01:00:56et on sait le faire,
01:01:00personne ne s'en émeut
01:01:01quand il s'agit de l'Ukraine
01:01:02à juste titre.
01:01:04C'est-à-dire que personne,
01:01:05aucun journaliste,
01:01:06en fait,
01:01:06ne va se dire
01:01:08qu'il y a eu un bombardement
01:01:10dans le Donbass.
01:01:11Ah bah tiens,
01:01:11je vais demander,
01:01:12moi,
01:01:13au Kremlin,
01:01:13qu'est-ce qu'il en pense
01:01:14ou quelle est leur version
01:01:17des faits.
01:01:17Bah non,
01:01:18en fait,
01:01:18vous ne demandez pas
01:01:19à l'agresseur
01:01:19pourquoi il a bombardé
01:01:21l'agressé
01:01:21et le territoire,
01:01:22en fait,
01:01:23qu'il a occupé.
01:01:23Eh bien,
01:01:24pourquoi on le fait
01:01:25pour Israël ?
01:01:26Et que ça vienne
01:01:28de la part de CNews
01:01:29ou d'Europe 1,
01:01:33etc.,
01:01:34ça se comprend.
01:01:35Que ça vienne
01:01:35de la part de médias
01:01:36du service public,
01:01:38c'est encore plus problématique.
01:01:39Et donc,
01:01:40il faut rappeler,
01:01:42en fait,
01:01:43à chaque fois
01:01:43qu'aucun journaliste
01:01:45n'a le droit
01:01:46d'aller à Gaza
01:01:48et que tant que nous
01:01:49on n'a pas accès
01:01:50à cette information,
01:01:52il est hors de question
01:01:53qu'on laisse,
01:01:54on donne de la place
01:01:55au narratif israélien
01:01:57et qu'inviter
01:01:58l'ambassadeur d'Israël
01:02:00le lendemain
01:02:01de l'assassinat
01:02:01de journalistes palestiniens
01:02:02sur le plateau
01:02:03pour qu'il nous explique
01:02:04qu'en fait,
01:02:05ceux qui ont été tués,
01:02:07les journalistes
01:02:08qui ont été tués,
01:02:08ils étaient,
01:02:10ils ont grosso modo,
01:02:11sans aucune preuve,
01:02:12ils ont participé
01:02:14au 7 octobre,
01:02:15c'est quand même extraordinaire.
01:02:16Et je rappelle,
01:02:17par ailleurs,
01:02:17parce que pour inscrire ça
01:02:19dans l'histoire longue
01:02:20et Denis Siffère
01:02:21parlait tout à l'heure
01:02:21du 11 septembre
01:02:22et de 2001,
01:02:24c'est aussi un des biais
01:02:25qu'on a aujourd'hui.
01:02:27À partir du moment
01:02:28où on dit
01:02:28mais oui,
01:02:29mais vous savez,
01:02:29tel journaliste,
01:02:30en fait,
01:02:30il fait partie du Hamas
01:02:32et il était là
01:02:33le 7 octobre
01:02:34et il a participé
01:02:36aux exactions
01:02:36du 7 octobre.
01:02:38Il y a quelque chose
01:02:39qui s'appelle
01:02:39le droit international
01:02:40et messieurs
01:02:41et mesdames,
01:02:42chers confrères
01:02:43et chers consoeurs
01:02:43journalistes,
01:02:44ça s'appelle
01:02:45une exécution sommaire
01:02:46en fait,
01:02:46quand vous bombardez
01:02:47les gens comme ça,
01:02:48même quand les gens
01:02:49en fait sont coupables
01:02:50de crimes
01:02:50et même de crimes
01:02:51contre l'humanité,
01:02:52on les arrête
01:02:52et on les envoie
01:02:53devant un tribunal.
01:02:54Mais ça,
01:02:55et la seule parole
01:02:56sans aucune preuve
01:02:57d'un ambassadeur d'Israël
01:02:58ne suffit pas pour ça.
01:03:01Merci, Sarah.
01:03:03Merci.
01:03:05Notre rencontre va toucher
01:03:07à sa fin.
01:03:08On va essayer quand même
01:03:08d'établir...
01:03:10Deux petites phrases,
01:03:11s'il te plaît.
01:03:12Attends.
01:03:12Si tu permets,
01:03:13Dominique,
01:03:14je demande juste
01:03:14si on a Yanis Mamedi,
01:03:17si on est en lien avec lui.
01:03:20Non, trop tard.
01:03:21Ok.
01:03:22Oui, j'avais oublié
01:03:24dans l'énumération
01:03:25des journalistes courageux,
01:03:26quelques journalistes israéliens,
01:03:29je cite Ares,
01:03:30je cite 972,
01:03:32qui font un travail formidable.
01:03:35Je tiens à préciser quelque chose.
01:03:37Voilà.
01:03:37Le plus 972
01:03:38est un magazine
01:03:39israélo-palestinien.
01:03:40Il y a des Palestiniens
01:03:41et des Israéliens.
01:03:42Et des Israéliens.
01:03:44Absolument.
01:03:45Et c'est important.
01:03:47Et puis,
01:03:48le 27 novembre
01:03:50au Théâtre de la Concorde
01:03:51à Paris,
01:03:52nous faisons un colloque
01:03:53l'après-midi,
01:03:54autopsie d'une couverture
01:03:56médiatique de deux ans.
01:03:5827 novembre à...
01:03:59Septembre.
01:04:0027 septembre, pardon,
01:04:02de...
01:04:03de 16h à 19h
01:04:04au Théâtre de la Concorde.
01:04:05Merci pour l'invitation.
01:04:07Et juste un dernier mot.
01:04:09Et on rappelle
01:04:09que l'assassinat
01:04:10de journalistes
01:04:11de la part d'Israël
01:04:11n'a pas commencé
01:04:12avec le 7 octobre.
01:04:13Et on pense notamment
01:04:14à Chéline Abourakle,
01:04:15la correspondante d'Al Jazeera
01:04:17qui a été tuée
01:04:17en mai 2021
01:04:19et dont on attend
01:04:20toujours le procès.
01:04:21De toujours.
01:04:23Je clôt cette rencontre
01:04:25en vous disant
01:04:25que cette presse indépendante
01:04:28dont vous avez
01:04:29une vision un peu
01:04:31dans ce village
01:04:31des médias indépendants,
01:04:32elle est fragile,
01:04:34elle est à soutenir.
01:04:35Donc, lisez
01:04:36l'humanité,
01:04:38Politis,
01:04:38Orient 21
01:04:39et tous nos autres
01:04:40confrères et consœurs.
01:04:42Abonnez-vous,
01:04:42soutenez la presse indépendante,
01:04:44soutenez la presse
01:04:45qui publie
01:04:46des reportages
01:04:47de journalistes palestiniens
01:04:48qui offrent
01:04:49une lecture critique
01:04:50de cette guerre coloniale
01:04:53et des événements en cours
01:04:54au Proche et au Moyen-Orient.
01:04:56Merci à toutes et tous.
01:04:58Merci encore à Rami
01:04:59pour son incroyable intervention
01:05:02depuis Gaza.
01:05:05Et bonne fête de l'humanité
01:05:07à toutes et tous.
01:05:16Alors, on me dit
01:05:17qu'on a en ligne aussi
01:05:20Khadija Tulfik
01:05:22qui est la correspondante
01:05:23du Média
01:05:25en Cisjordanie.
01:05:35et qui va peut-être
01:05:36nous dire quelques mots.
01:05:39Notre rencontre
01:05:40va tous toucher à sa fin.
01:05:42Malheureusement,
01:05:42on manque de temps
01:05:43mais qui va nous dire
01:05:43quelques mots
01:05:44sur son travail
01:05:45de journaliste,
01:05:46de correspondante
01:05:46dans les territoires occupés
01:05:48de Cisjordanie
01:05:49à un moment
01:05:50où le gouvernement israélien
01:05:52a validé en fait
01:05:53un plan d'annexion
01:05:56totale
01:05:56de la Cisjordanie.
01:05:58Oui, tout à fait.
01:06:00Alors moi,
01:06:00je rentre de terrain,
01:06:01je suis rentrée
01:06:02il y a à peu près
01:06:02une dizaine de jours
01:06:03et il faut savoir
01:06:05que vraiment
01:06:06la situation
01:06:06en Cisjordanie occupée
01:06:08est absolument catastrophique.
01:06:11Cette mission-là,
01:06:12elle a été vraiment
01:06:13sous l'égide
01:06:15de l'annulation
01:06:16en fait des colons,
01:06:18l'annulation
01:06:18des Palestiniens
01:06:19par les colons.
01:06:21Il y a vraiment
01:06:21une poussée
01:06:22de violences
01:06:23très extrêmes
01:06:24de violences meurtrières
01:06:26à l'encontre
01:06:27des Palestiniens
01:06:28et que ces colons
01:06:29commettent vraiment
01:06:30l'irréparable.
01:06:32Ça peut être
01:06:33des coups,
01:06:34des blessures,
01:06:35voire des assassinats
01:06:36comme ça a été le cas
01:06:37de notre confrère
01:06:39Aouda Hadalin
01:06:40qui était dans son village
01:06:42palestinien
01:06:43à Oumel Kheer
01:06:43à Masafariyata
01:06:44et il a été assassiné
01:06:46et il a été assassiné
01:06:46par le colon
01:06:47Inon Levy
01:06:48le 28 juillet dernier
01:06:49et donc
01:06:50ces crimes
01:06:52en fait
01:06:52sont commis
01:06:53vraiment en toute impunité.
01:06:55Le colon
01:06:56Inon Levy
01:06:56a pu ressortir
01:06:58libre
01:06:58quelques jours après
01:06:59tandis que
01:07:00pratiquement
01:07:01tous les cousins
01:07:02neveux
01:07:04de Daouda Hadalin
01:07:05ont été
01:07:06emprisonnés
01:07:07sans aucune
01:07:08justification.
01:07:09Donc c'est vraiment
01:07:10très très très difficile
01:07:12pour les Palestiniens
01:07:13j'ai également
01:07:13une pensée
01:07:14pour Aliyah Mlihet
01:07:15et la famille Mlihet
01:07:16qui ont été chassés
01:07:17de leur village
01:07:18d'Al-Mouaradjat
01:07:20dans la vallée du Jourdain
01:07:21et qui ont essayé
01:07:23de trouver refuge
01:07:24près de Jéricho
01:07:25mais ils ont été
01:07:25encore une fois
01:07:26chassés par l'armée israélienne
01:07:27et ils ont pu
01:07:29se réfugier
01:07:30pas très très loin
01:07:31et aujourd'hui
01:07:32tout est à reconstruire
01:07:33ils n'ont pas d'eau
01:07:34pas de maison
01:07:35ils n'ont absolument
01:07:36rien du tout
01:07:37et donc
01:07:38il faut aussi
01:07:40ne pas oublier
01:07:41la Cisjordanie
01:07:42occupée
01:07:43et le 9 septembre
01:07:45comme vous le savez
01:07:46probablement
01:07:47il y a eu une attaque
01:07:47à Jérusalem
01:07:48et ce jour-là
01:07:50l'armée israélienne
01:07:51a décidé
01:07:52d'assassiner
01:07:53deux petits
01:07:53de 14 ans
01:07:54Islam et Mohamed
01:07:55qui se sont rendus
01:07:57dans le camp
01:07:57de réfugiés de Jénine
01:07:58pour tenter
01:08:00de revoir leur maison
01:08:01et malheureusement
01:08:02les soldats israéliens
01:08:03les snipers
01:08:04ne leur ont laissé
01:08:05aucune chance
01:08:06donc je vous laisse
01:08:07imaginer ce que c'est
01:08:08de trouver la mort
01:08:11en fait
01:08:11quand on a 14 ans
01:08:12à 14 ans
01:08:13on est censé
01:08:15aller au collège
01:08:16on est censé
01:08:16avoir des amis
01:08:17on est censé
01:08:18jouer au foot
01:08:18ou peu importe
01:08:20on n'est pas censé
01:08:21se prendre une balle
01:08:22en fait
01:08:23dans la poitrine
01:08:24et donc
01:08:27c'est très très difficile
01:08:28ça a été vraiment
01:08:29l'une des missions
01:08:30les plus compliquées
01:08:31pour moi
01:08:33parce que vraiment
01:08:34il y a cette poussée
01:08:35cette flambée
01:08:35de violences
01:08:37de par les colons
01:08:38mais aussi
01:08:39de par l'armée israélienne
01:08:40et vraiment
01:08:42aujourd'hui
01:08:42j'avais envie
01:08:43de rendre
01:08:44hommage
01:08:45à Oda Hazalin
01:08:46qui a fait un travail
01:08:47formidable
01:08:47dans le plus
01:08:48972 magazine
01:08:50qui était aussi
01:08:51professeur d'anglais
01:08:52et qui était vraiment
01:08:52un homme
01:08:54riche
01:08:55et bon
01:08:55de cœur
01:08:57et qui a tout fait
01:08:58pour essayer
01:08:58de sauver son village
01:09:00à Oumal Khair
01:09:01et également
01:09:04je tiens aussi
01:09:05à dénoncer
01:09:08tout de même
01:09:08le stand
01:09:09du parti communiste
01:09:10chinois
01:09:11ici à l'humanité
01:09:12parce qu'il y a
01:09:13actuellement
01:09:14un génocide
01:09:15qui est commis
01:09:15aussi à l'encontre
01:09:16des Ouïghours
01:09:16et je pense aussi
01:09:18qu'il ne faut pas oublier
01:09:19ni les Ouïghours
01:09:20ni les Tibétains
01:09:21ni les Mongols
01:09:21et voilà
01:09:23ne pas oublier
01:09:24du parti communiste
01:09:24chinois
01:09:26il n'y a pas de stand
01:09:27du parti communiste
01:09:28chinois
01:09:29à la fête de l'humanité
01:09:31il n'y en a pas
01:09:33donc il aurait fallu
01:09:35te renseigner un peu
01:09:36pour vérifier
01:09:37cette information
01:09:38en tout cas
01:09:38je te remercie
01:09:39de ton témoignage
01:09:40depuis la Cisjordanie
01:09:42occupée
01:09:42et de nous rappeler
01:09:44que cette guerre
01:09:45coloniale
01:09:46elle se joue aussi
01:09:47sur le front
01:09:48de la Cisjordanie
01:09:50merci à toutes et tous
01:09:52à vous qui étiez
01:09:53ici
01:09:54et aux journalistes
01:09:56à distance
01:09:57à Rami
01:09:58merci
01:09:59au revoir

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