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  • il y a 11 heures
Après plusieurs jours de détention arbitraire dans les geôles israéliennes, l’ensemble des ressortissants français, dont notre collègue Émilien Urbach, ont été expulsés ce lundi. De retour en France, il témoigne sur ses conditions de détentions au micro de Sarah Nedjar.

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Transcription
00:00Émilie Urbach était nos yeux sur la flottille, la globale, ce mot de flottille là.
00:05Et je suis très contente de te voir en vrai.
00:07Salut !
00:08Comment ça va ?
00:09Eh ben ça va.
00:10Tu es arrivé hier soir ?
00:11On est arrivé, oui, hier matin à Sturcy.
00:15J'étais dans une sorte de bêtaillère, tu vois, dans un bus fermé.
00:22On ne voyait rien de l'extérieur, sur des chaises en métal.
00:25On était une quinzaine enfermés dans ce truc-là et on attendait devant l'aéroport duquel on est partis pour
00:33rejoindre Athènes.
00:35On était près de 250 membres de la flottille, essentiellement des participants originaires des pays européens, à rejoindre Athènes.
00:47Donc on a tous été déportés.
00:51On va revenir sur ce parcours. Tu as été un peu plus de deux semaines, c'est ça, à bord
00:56de la flottille, par rapport au départ ?
00:59C'était il y a deux semaines, trois semaines ?
01:00Ah ben le départ a eu lieu le 31 août de Barcelone.
01:0431 août de Barcelone. Donc il faut l'expliquer, la Global Smooth Flottilla, ça fait partie de ces élans de
01:10flottilles, de bateaux,
01:11qui partent en direction de Gaza pour briser, rompre un blocus qui empêche l'aide humanitaire et internationale d'entrer
01:19dans ces eaux.
01:21Un blocus qui est considéré comme illégal par le droit international.
01:26Ce n'était pas la première des flottilles. Il y en a eu une il y a quelques mois maintenant,
01:32mais il y en a depuis des dizaines d'années.
01:34Certaines ont été même mortelles. On pense à la flottille turque qui avait dénombré des morts suite à une attaque
01:43israélienne.
01:44Donc c'était une entreprise dangereuse. Mais cette Global Smooth Flottilla, c'était la première fois que cet élan de
01:50bateaux était aussi massif,
01:52qu'il y avait autant de nationalités, une quarantaine de mémoires.
01:55Tu as suivi ça pour nous. Dis-moi, au départ, en tant que journaliste, quand tu pars, tu y vas
02:03dans quel état d'esprit ?
02:05Et tu te demandes qu'est-ce que tu pensais qui allait se dérouler ?
02:12Ce qui allait se dérouler, j'en savais trop rien. Mais je pars couvrir une initiative citoyenne assez inédite,
02:21parce qu'en effet, ça ressemble plus de 45 pays. C'est quelque chose qui s'organise en deux mois
02:28suite à la marche pour Gaza
02:30qui avait eu lieu au début de l'été. Et en deux mois, donc, des délégations de tous ces pays
02:37achètent des bateaux
02:38en levant des fonds parmi leur société civile. Achètent des bateaux, les mettent en commun, choisissent des lieux de départ.
02:47Alors, il y a eu le premier départ au lieu de Barcelone le 31 août. Puis d'autres bateaux sont
02:55partis de Tunisie 15 jours plus tard.
02:57D'autres ensuite de Sicile et encore ensuite de Grèce pour faire qu'une cinquantaine de bateaux arrivent au large
03:07des côtes Gazaoui
03:11dans la nuit du 2 au 3 octobre ou du 1er au 2. J'avoue qu'à être un peu
03:15à côté de la plaque au niveau des timings.
03:18Le calendrier n'est plus dans la tête.
03:20Mais en tout cas, c'était couvert, oui, cette initiative qui était inédite, historique.
03:28À plusieurs moments, je me suis permis de comparer ça à 1936, tu vois, au Brigade Internationale, à cet élan
03:36antifasciste
03:39contre la réaction fasciste en Espagne. C'était vraiment du même ordre.
03:44Des militants vraiment avec des cultures militantes complètement différentes selon les pays.
03:51Donc ça, c'était assez inédit à couvrir.
03:54Emilia Urbac, concrètement, il y a quelques jours, tu étais détenu.
03:59Oui.
04:00Explique-nous comment ça s'est passé.
04:03Ben, écoute, moi j'étais donc à bord du voilier le Mia Mia, qui est un voilier de 42 pieds,
04:10ça veut dire 13 mètres à peu près.
04:12On était une 10 à bord.
04:15On est un des derniers voiliers à avoir été interceptés.
04:17Donc les premières interceptions ont eu lieu au début de la nuit, vers 22 heures, à peu près à 80
04:26000 des codes gazaouis.
04:29Notre voilier, lui, il a atteint à peu près, on était à environ 30 000 des codes gazaouis lorsqu'on
04:34s'est fait intercepter le lendemain matin, vers 7 heures.
04:39Écoute, l'interception, c'est impressionnant, parce que tu as un gros bateau militaire israélien qui arrive,
04:46qui t'ordonne des choses au micro, en même temps un autre qui t'asperge avec un canon à eau,
04:51qui t'intime l'ordre d'arrêter le moteur, tu t'exécutes.
04:54Puis là, tu as un Zodiac avec un scie militaire armé qui te tienne en joue et qui monte à
05:01bord du bateau.
05:02Et puis ensuite, ils nous font rentrer à l'intérieur du bateau et ils prennent le bateau en main.
05:06Enfin, tout ça dans les zones internationales, donc de façon complètement illégale, c'est véritablement un acte de piraterie.
05:14Ça ne peut pas s'appeler autrement, parce qu'à cet endroit-là, on n'est pas dans la zone
05:19interdite militaire.
05:23On est à l'extérieur, on est dans les zones internationales, on a le droit de naviguer, n'importe qui
05:27a le droit de naviguer à cet endroit-là.
05:28Et donc, on est vraiment attaqué par des gens armés, par des pirates qui volent notre bateau et qui nous
05:35kidnappent et nous emmènent jusqu'au port de Zahdod.
05:41Alors, pendant cette partie où on navigue avec les militaires, c'est finalement, une fois ce moment de violence passé,
05:48ça se calme.
05:50À l'intérieur du bateau, on fume les dernières cigarettes, on boit encore du café, enfin l'ambiance.
05:56Et puis, eux ne sont pas plus violents que ça à nous conduire, voire même nous disent...
06:01Vous n'étiez pas entravés ?
06:02Non, et puis ils nous disent même... Alors, dans d'autres bateaux, ils l'ont été.
06:05On nous a dit qu'ils avaient été tout de suite les mains liées, etc.
06:12Mais par contre, une fois qu'on arrive à Zahdod, qu'on débarque, mais là, c'est une violence inouïe
06:16qui s'abat sur nous.
06:17C'est un truc de... C'est la police israélienne du ministre de l'Intérieur, là, qui nous...
06:25On descend du bateau, c'est tout de suite une clé de bras.
06:28On nous amène dans un endroit avec des barrières bâchées.
06:33On nous fait mettre à genoux, la tête baissée.
06:36Ceux qui ne la baissent pas assez, on nous la colle au sol de façon très violemment.
06:41On nous fait asseoir sur les genoux, enfin...
06:43Et ça, ça dure d'abord 4 heures.
06:47Pour moi, parce qu'il y en a certains, au fur et à mesure, qui s'en vont...
06:50Enfin, qui sont déjà emmenés en prison.
06:53D'autres qui continuent à arriver, des autres bateaux interceptés.
06:58Et puis on nous déplace dans un autre endroit du port, toujours à l'extérieur,
07:01dans un autre endroit caché avec des barrières bâchées.
07:06Pareil, même situation.
07:07À ce moment-là, on voit des scènes comme Greta Zunberg qui arrive avec...
07:12Qui en font force de porter le drapeau israélien.
07:15Puis qui est, pareil, mis à terre par les cheveux.
07:22Enfin, forcée de se tenir à genoux devant un drapeau israélien.
07:26Ça a été relayé par la presse au conditionnel.
07:29Tu étais présent et tu l'avais vu.
07:30Je l'ai vu, des scènes d'humiliation comme ça, et gratuites.
07:33C'est-à-dire que, gratuitement, ils foncent vers une personne,
07:36et quel que soit l'âge.
07:37Ça peut être un vieux militant de 60 berges.
07:41Et mets-toi à genoux, et je te mets la tête par terre.
07:44De façon, mais complètement gratuite.
07:45Complètement gratuite.
07:46De l'intimidation comme ça.
07:48Et puis tu as le ministre de l'Intérieur qui arrive pour nous insulter.
07:53Vous êtes des terroristes.
07:57Alors, bien sûr, tout le monde réagit.
07:59On crie, free Palestine, free Palestine, free Palestine.
08:02N'empêche de parler.
08:04Ce mec nous regarde de façon puante, vraiment.
08:07Et ça en va.
08:08Et puis là, d'un seul coup, on a une vingtaine de ces policiers
08:12qui viennent nous mettre des serres-câbles autour des mains.
08:17Lorsqu'on est déjà par terre, à genoux, la tête penchée,
08:20qui nous lie les mains dans le dos.
08:24Comme ça, on reste encore deux heures dans cette situation ultra-violente.
08:28Et puis la nuit tombe.
08:29Et puis ces flics, ils sont cagoulés.
08:32Ils sont hyper-impressionnants.
08:33Il y en a certains vraiment qui font du zèle.
08:35Enfin, c'est un moment dur.
08:39Puis ensuite, on est amené.
08:42Il y a un grand hall, le lieu des douanes du port d'Agenod,
08:46où ils ont installé tout un parcours pour l'occasion.
08:52Parce qu'ils ont 480 personnes à gérer, un truc comme ça.
08:58Et là, première étape, ils nous dévalisent.
09:01C'est-à-dire qu'ils nous prennent tout ce qu'on a.
09:04Vous n'aviez plus de portable ?
09:05Alors, on s'était tous débarrassés.
09:07Ça, c'était une consigne qui avait été donnée à tous les participants,
09:10de se débarrasser de tout ce qui avait pu servir aux communications entre nous.
09:14Pour qu'ils ne puissent pas savoir qui étaient les capitaines des bateaux,
09:19qui étaient les leaders du mouvement,
09:21quelles étaient les consignes qui avaient pu être données à des moments.
09:24Enfin, voilà, c'était plus par sécurité.
09:26Donc, on s'était tous débarrassés de ça.
09:27Mais vraiment, c'est tous les effets.
09:29Moi, on m'a arraché, même les bracelets offerts par ma fille.
09:33On m'a jeté.
09:35Enfin, on s'est fait dévaliser, voler, quoi, réellement, quoi.
09:39Et puis ensuite, un parcours à l'intérieur duquel on nous fait signer des papiers ou pas.
09:44Alors, on a des avocats palestiniens qui sont là, qui essaient de nous accompagner.
09:49Mais il y a toute cette difficulté de la langue,
09:51cette difficulté aussi d'une situation qui est complètement inédite, même pour eux.
09:55Parce qu'il y avait eu des retours d'expérience des précédentes flottilles.
10:00Mais là, c'était inédit.
10:01Et donc, les choses ne se passaient pas réellement comme tout le monde avait pu l'anticiper.
10:06Et puis, en fait, au bout de ce parcours,
10:10on se retrouve les mains liées avec ces réflexes,
10:15les yeux bandés et placés dans une sorte de bétaillère.
10:18Et là, en tout cas, en ce qui me concerne,
10:20parce que d'autres étaient déjà partis vers la prison dans le désert de Negev,
10:25nous, on repasse la nuit dans cette bétaillère
10:27où ils ont foutu la clim au plus froid possible.
10:31C'est-à-dire qu'on a froid, on a peur même de...
10:34Les plus vieux ont peur, crient à l'aide, etc.
10:36Personne ne réagit, on se réchauffe en se tenant par cadre, par siège, comme ça.
10:44J'ai appris que dans d'autres de ces bétaillères,
10:48au contraire, ils avaient mis la clim au plus chaud.
10:51Dans d'autres, ils avaient joué entre le chaud et le froid.
10:54Enfin, c'est vraiment une forme de torture.
10:56On y a passé la nuit, comme ça.
10:58Puis au petit matin, on a été conduits.
11:00Donc, je ne vais pas dire le nom,
11:03parce qu'il m'est sorti de la tête de cette prison,
11:05mais une prison en plein désert du Negev, dans le sud.
11:10Au moment où vous y êtes, vous savez où vous êtes ?
11:12Vous avez connaissance, vu que vous n'avez plus de moyens de communication avec l'extérieur,
11:16que le rapport à la langue est compliqué ?
11:19Oui, on sait où se situe cette prison, on sait où on est.
11:22Mais en même temps, on y va.
11:24Ces camions dans lesquelles on nous transporte sont complètement fermés.
11:28On ne voit rien du tout.
11:30Et on arrive, lorsqu'on ouvre, on est au sein de cette enceinte,
11:35de cette prison.
11:38Et là, dans cette prison, on est placé
11:45par entre 12 et 15 personnes par cellule.
11:49Alors qu'il y a 8 lits dans chacune,
11:52un toilette, un lavabo.
11:56Je crois que sur les 4 jours où je suis resté,
11:59on a dû faire 2 repas.
12:02Pas un coup de fil, alors que légalement,
12:05on est censé avoir pu le faire.
12:08Pas un seul temps de promenade.
12:15Des scènes d'humiliation,
12:16des canons passés au travers des portes,
12:19dès qu'il y en a un qui chante un peu trop fort.
12:25Des scènes assez dures.
12:26Et en même temps, le fait qu'on soit 500 dans ces prisons,
12:30dans toutes ces cellules,
12:31il y a quelque chose qui se passe de fraternel.
12:34Tout le monde prend soin les uns des autres.
12:36Ça chante, ça crie, etc.
12:38Donc on ne se sent pas seul et abandonné.
12:44On est un mouvement.
12:46Le mouvement continue d'exister à ce moment-là.
12:48Et ça fait tenir.
12:50Mais voilà, c'est des conditions.
12:53Et tout ça, sans cadre légal.
12:55C'est-à-dire qu'encore une fois,
12:58la flottille, elle est déclarée.
13:00Elle est légale.
13:01C'est une mission humanitaire.
13:02Elle est protégée par les conventions internationales.
13:04Elle se fait attaquer par un acte de piraterie.
13:09Il n'y a aucun cadre légal.
13:10Sur mon passeport, il n'y a pas de tampon
13:11selon lequel je suis enterré en Israël ou pas.
13:15Elle est ressortie.
13:16Enfin, tout ça se fait.
13:17C'est vraiment du kidnapping.
13:19On nous part que dans un endroit.
13:20Et puis, on nous expulse.
13:23Tout ça avec la complexité des États aussi,
13:25qui en fait acceptent, des autres États,
13:26qui acceptent finalement que ça se passe,
13:28qui agissent très, très peu.
13:29Enfin, l'État français a été, excusez-moi,
13:32mais lamentable dans cette histoire.
13:33Tu nous as parlé plusieurs fois ici,
13:36quand on était en visio avec toi sur la flottille,
13:38du fait que tu contactais le Quai d'Orsay
13:40et que tu n'as jamais vraiment eu réponse à tes questions,
13:42que tu as demandé si la France comptait.
13:45Tu as envoyé un bateau pour protéger ses ressortissants
13:50et tes appels sont restés sans réponse.
13:53Au moment de ta détention aussi, tu as senti cet abandon.
13:56Ah oui, oui.
13:57Moi, le Quai d'Orsay, je l'ai appelé la nuit
13:59où on s'est fait bombarder,
14:03où une dizaine de bateaux ont subi des attaques
14:06à l'explosif lancés par des drones.
14:08Je les ai appelés.
14:09Il était 2h27 le matin.
14:12La personne que j'ai eue au standard au Quai d'Orsay
14:14a entendu la dernière détonation.
14:15Et ce soir-là, j'ai été écouté.
14:18J'ai eu des gens en téléphone dans une cellule de crise
14:21qui étaient assez désemparés par rapport à ce qui se passait,
14:23mais qui prenaient au sérieux.
14:25J'ai rappelé le lendemain,
14:27et puis ensuite le sur-sur-lendemain face aux menaces qui arrivaient,
14:29etc.
14:33Et là, par contre, ça a été un traitement hyper humiliant.
14:36On a remis en cause le fait que je puisse être un journaliste
14:39à bord de la flottille.
14:40Vraiment, en disant, mais comment ça se fait que vous appeliez
14:43avec votre 06, si vous êtes là-bas ?
14:47On a Starlink à bord, on a des moyens de communication.
14:50Oui, oui.
14:51Et puis ces bombardements, ce n'est même pas véritablement avéré.
14:55Enfin, vraiment, une remise en cause complète.
14:57Et puis on me raccrochonnait à deux reprises.
14:59Je rappelle, on m'explique,
15:00écoutez, monsieur, si on vous a raccroché au nez,
15:02c'est qu'on ne veut pas vous parler.
15:04Et puis lorsque la rédaction du journal appelle le Quai d'Orsay,
15:07on dit oui, oui, c'est vrai qu'il y a eu une coupure.
15:09Enfin, des manières de faire,
15:11mais qui ne sont pas dignes d'un État comme la France, en fait.
15:14Et là, sur place, en prison,
15:17il y a un consul, certes personnellement très gentil,
15:19très jovial, qui me propose qu'on se tutoie,
15:23qui nous offre des bananes.
15:24On était avec le camarade de la CGT, Cédric Cobert,
15:27il nous prenait à part, nous disant,
15:28vous êtes un peu mes petits protégés, etc.
15:31Je vous ai amené des bananes.
15:33Et qu'il nous disait des choses,
15:36enfin, qu'il n'en savait rien, en fait, de ce qui se passait.
15:38En rentrant en cellule,
15:40les camarades slovaques
15:42nous expliquaient ce que leur consulat leur avait dit.
15:44C'était ce qui s'est passé.
15:46Il y a un avion qui va être affrété,
15:49sans doute vers la Grèce, etc.
15:51Le même jour, on a un consul qui nous explique,
15:53mais n'importe quoi,
15:54qui nous dit, oui, peut-être, avant mercredi,
15:56peut-être, on ne sait pas trop,
15:58qui ne maîtrise absolument rien.
16:00Et qui peut nous amener des bananes.
16:02Un point, c'est tout.
16:03C'est hallucinant.
16:04Et quand on arrive à Athènes,
16:05on a un consul à Athènes qui nous accueille
16:08et qui dit aux gens,
16:10bon, ben voilà, vous êtes maintenant à Athènes,
16:12il faut que vous contactiez vos proches,
16:14vos familles pour rentrer en France.
16:16Alors, moi, j'ai eu la chance d'être parti pour la rédaction de Luma.
16:20Donc, Luma avait anticipé, avait pris un billet.
16:23Mais tous les autres se retrouvent en carafe.
16:27Alors, je les ai eus, certains, je les ai eus au téléphone.
16:29Il y a des militants grecs qui les ont accueillis chez eux,
16:32le temps qu'ils trouvent de quoi se retourner, etc.
16:34Mais c'est un abandon total de l'État français.
16:36Alors, on sait la situation politique.
16:40Mais, enfin, moi, j'ai trouvé ça hallucinant
16:46de ce que ça veut dire.
16:47Enfin, quand on sait la place qu'avait la France au Moyen-Orient,
16:53son aura, son influence,
16:55sa manière de collaborer avec les autres États et les populations,
16:59là, on se dit, mais en fait, il n'y a plus rien, quoi.
17:03Enfin, on est dans un État de déliquescence complet.
17:06Je te pose une question par rapport à ton retour
17:10au moment où tu apprends, du coup, un peu tard,
17:14et par d'autres biais que l'administration française
17:18que tu vas rentrer.
17:21Des papiers à signer, tu rentres en tant que quoi ?
17:24Est-ce que tu as le droit, si tu veux, en tant que journaliste,
17:26de te rendre sur place ?
17:28Au final, aujourd'hui, qu'est-ce que tu sais de tes droits
17:30après la flottir ?
17:31J'en sais rien du tout.
17:32J'en sais absolument rien.
17:34On nous a demandé de signer un papier.
17:36Il y a une loi en Israël
17:38qui dit que si tu es sous le coup d'une expulsion,
17:46elle doit s'être effectuée dans les 72 heures
17:48et tu peux demander à ce qu'elle soit effectuée plus rapidement.
17:50On nous avait conseillé, surtout les journalistes,
17:53de signer ce papier.
17:55Il y avait beaucoup de militants qui ne voulaient pas le signer
17:56parce que ce papier voulait dire...
17:59Enfin, dans ce que tu signais, il était dit
18:02que tu acceptais de dire que tu étais rentré illégalement
18:05dans les eaux territoriales israéliennes.
18:06Une chose, encore une fois, qui est complètement faux.
18:09Mais en même temps, les avocats nous avaient dit
18:10mais même si vous signez ce papier,
18:12de toute façon, vous le signez sous contrainte.
18:15Et puis, c'est avéré que vous n'êtes pas rentré.
18:18Donc, ça n'a aucune valeur légale et on attaquera, etc.
18:22Donc, on a signé ce papier.
18:23Finalement, ça n'a servi à rien.
18:25On a quand même vu un juge.
18:28Ça n'a servi à rien.
18:29Et on a tous été déportés le même jour
18:31qu'on ait signé ou pas ce papier.
18:33Je ne sais pas du tout s'il y a une décision légale
18:36qui a été prise, nominative ou pas.
18:38Il y a des rumeurs qui disent
18:39qu'on serait interdits de territoire israélien
18:41pendant une trentaine d'années.
18:42Mais encore une fois, il n'y a aucun papier
18:44qui, moi, personnellement, m'a été remis.
18:47Est-ce qu'aujourd'hui, tu as pu,
18:51et même au moment de la flottie,
18:53voir un peu le traitement médiatique
18:55qui avait été accordé à la flottie
18:57de la part des confrères ?
19:01Est-ce que tu considères que la flottie
19:04a rempli son rôle au niveau médiatique
19:08de mettre l'accent sur ce qui se passe à Gaza,
19:11sur ce blocus humanitaire,
19:13sur le fait que les bateaux,
19:14on ne l'a pas dit, mais on le redit,
19:15étaient pleins de vivres,
19:18de bandages, de médicaments
19:19qui avaient à bord des équipes médicales ?
19:22Quelle a été la réponse médiatique ?
19:24Est-ce que tu la considères ?
19:25Ça dépend de où on part.
19:28Il y a certains lieux,
19:30il y a certains pays
19:30où il y a eu un véritable traitement médiatique,
19:33en Espagne, en Italie, en Grèce.
19:35Vu ce qu'on a pu recevoir comme information,
19:37il y avait réellement
19:38du traitement médiatique.
19:39En France, ça pose véritablement des questions.
19:43Je reviens sur...
19:45Tout a été toujours traité au conditionnel.
19:47Et même cette histoire de...
19:49Au moment où on a été bombardés,
19:52toutes les rédactions ont traité ça au conditionnel.
19:55Comme si elles avaient simplement reçu
19:58un communiqué de presse de la Soumoud
19:59qui disait que l'information n'était pas vérifiable,
20:01alors qu'il y avait 40 journalistes à bord,
20:04des élus, des vidéos, des syndicalistes.
20:08Enfin, c'est-à-dire que l'information était vérifiée.
20:13Pourquoi ils ont toujours...
20:14Ils ont continué à traiter ça au conditionnel
20:17pour permettre à l'État français de dire
20:19on n'est pas sûr,
20:20peut-être que ça ne sert à rien de les protéger.
20:22Enfin, à quoi ça sert ?
20:23De quoi on se fait complice
20:25quand on traite les choses comme ça ?
20:26C'est quand même hyper étonnant.
20:28Moi, cette question, je n'arrive pas à y répondre
20:29parce que...
20:35Pour moi, c'est incompréhensible que des confrères...
20:38Il y a une faute professionnelle,
20:40mais c'est la même chose que lorsque tu as
20:41des travailleurs humanitaires,
20:44médecins sans frontières, médecins du monde,
20:46qui disent le nombre de morts à Gaza,
20:50c'est celui qui est donné par les autorités sur place,
20:53voire même peut-être qu'elles sont sous-chiffrées,
21:00que l'ONU valide ces chiffres
21:02et que nos confrères en France,
21:04parce que je dis en France,
21:05parce que ce n'est pas le cas partout,
21:06traite ça aussi au conditionnel.
21:07Il y aurait 66 000 morts à Gaza.
21:11Pourquoi on fait ce traitement-là comme ça ?
21:15Qu'est-ce que tu retiendras ?
21:17Ce sera ma dernière question.
21:18Qu'est-ce que tu retiens
21:19et que tu as envie de dire,
21:21vu que tu as été, encore une fois,
21:24nos yeux sur cette flottille ?
21:25Qu'est-ce que tu as envie de transmettre aux gens
21:27qui nous regardent et de transmettre au monde
21:29sur ce qui s'est passé là-bas ?
21:31Ça peut être sur ton voyage, sur ta détention ?
21:34Moi, je pense que là, il y a une flottille,
21:36il y a une autre flottille qui est à peu près,
21:38aujourd'hui, là, ce matin,
21:40à un peu moins de 200 000 déconnes Gazaouis.
21:42C'est neuf bateaux de la Southend Madeleine.
21:46Donc, une autre flottille qui est partie de Sicile
21:50il y a quelques jours.
21:53Je pense qu'il faut porter le regard sur eux,
21:57faire attention à eux.
21:58Ils vont sans doute subir à peu près
22:00le même traitement que celui qu'on a subi.
22:03Mais ce qui nous a protégés tout le long,
22:05parce qu'on a véritablement été menacés,
22:07c'est la mobilisation.
22:09Et il faut qu'elle continue
22:10pour protéger ces gens dans ces flottilles,
22:12mais aussi pour faire cesser ce qui se passe à Gaza.
22:16Parce que quand même, l'objet de tout ça,
22:18c'est de faire arriver de l'aide humanitaire à Gaza.
22:20C'est que le blocus cesse.
22:22C'est que l'État de Palestine puisse se construire.
22:24Il a été reconnu par la France, enfin.
22:28Tant mieux.
22:28Mais donc, il faut maintenant passer aux actes.
22:31Qu'est-ce que c'est un État attaqué
22:32comme il est attaqué ?
22:33Reconnu et attaqué comme il est attaqué ?
22:38Et aucune réaction.
22:39C'est-à-dire que lorsque la Russie attaque l'Ukraine,
22:41à juste titre,
22:43elle met des sanctions.
22:46On essaie de permettre aux gens qui résistent à cette agression
22:49d'y résister le mieux possible, etc.
22:51Là, c'est complètement l'inverse.
22:54On ne les aide pas, on les abandonne.
22:56L'État français doit prendre des sanctions,
22:58doit faire en sorte que les pays européens
23:00prennent des sanctions contre l'État d'Israël,
23:02qui est un État criminel dirigé par l'extrême droite,
23:05qui tue, qui est en train de commettre un génocide.
23:07Et ce n'est pas une appréciation.
23:09C'est les responsables de l'ONU qui utilisent maintenant ce terme.
23:12On n'est plus dans des suppositions.
23:16Il faut que des mesures soient prises pour que ça cesse.
23:19Les seuls qui peuvent véritablement agir,
23:21ce n'est pas nous les citoyens.
23:22Bien sûr, nous, on peut mettre en place ces flottilles.
23:24Il y en aura d'autres tant qu'il faudra dénoncer comme ça.
23:28Il y aura encore des manifestations.
23:30Mais ceux qui peuvent agir,
23:31c'est les responsables politiques européens.
23:33Et pour l'instant, ils ne font rien.
23:34Ils se rendent complices d'un crime.
23:36Enfin, l'histoire les jugera, évidemment.
23:38Il y a des membres de ta flottille qui sont toujours détenus ?
23:41Ce matin, quand je me suis levé,
23:43il y avait encore une quarantaine de personnes dans cette prison,
23:48dont le petit-fils à Nelson Mandela,
23:50qui lui n'avait toujours pas été libéré.
23:53Il y a un gros souci sur les passeports des pays du Sud.
23:56C'est-à-dire que l'aide consulaire est plus compliquée pour eux.
24:02Alors, je n'ai pas encore vérifié cette info,
24:06mais un bus devrait être affrété pour les amener en Jordanie,
24:12d'où ils devraient avoir plus de facilité à avoir une assistance consulaire.
24:17Mais oui, les camarades des pays du Sud
24:19étaient forcément plus vulnérables
24:23tout le long de la flottille et puis à l'intérieur de cette prison.
24:25et ils étaient encore une quarantaine ce matin à être enfermés.
24:31Et c'est le risque que courent les participants de la flottille
24:35qui est en cours et des flottilles qui se préparent, encore une fois.
24:40Écoute, merci d'avoir donné ce témoignage.
24:42Encore une fois, on est très contents de t'avoir ici,
24:46sains et saufs, et de t'avoir suivi.
24:49Je ne sais pas si tu as vu les réceptions qu'il y avait sur les vidéos que tu as
24:52faites.
24:53En tout cas, la rédaction de l'humain était derrière
24:57et je l'ai senti très très fort et ça a permis de tenir à bord.
25:01On te dit merci, c'était précieux.
25:03On te dit merci, bravo.
25:06Donc voilà, il y a vraiment eu des gens qui t'ont suivi,
25:08les petites vidéos, les petites capsules qu'on sortait, etc.
25:11et qui envoyaient de la force et du soutien à la flottille en entier.
25:16Donc merci, merci beaucoup.
25:19C'est un témoignage qui est précieux.

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