- il y a 17 heures
Assa Traoré est l'invité de Sarah Nedjar et Benjamin Patinaud alias Bolchegeek pour l'émission ÇA IRA !, en direct de la Fête de l"Humanité.
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NewsTranscription
00:07Merci d'être avec nous pour cette partie culture de Saïra, en compagnie de Bolche Geek, je te présente, et
00:16de moi.
00:17Merci d'être avec nous aujourd'hui.
00:19Assa Traoré, on ne vous présente plus sur la fête de l'humanité.
00:22Vous êtes une figure emblématique de la lutte contre les violences commises par les policiers et les gendarmes en France.
00:29En 2016, on le rappelle, pour ceux qui ne connaissent pas votre histoire, votre frère Adama est décédé lors de
00:34sa garde à vue à Persens et dans le Val d'Oise.
00:37Et depuis, vous vous battez pour la vérité et la justice en fondant notamment le comité Adama,
00:42en demandant la réouverture d'enquêtes, dénonçant des versions changeantes des forces de l'ordre, des gendarmes,
00:48commandant des contre-expertises pour faire la lumière sur les raisons qui ont fait que ce 19 juillet 2016,
00:54votre frère soit entré à la gendarmerie vivant et soit ressorti sans vie.
00:59Et vous affirmez aussi que votre frère est mort, oui, de violences des gendarmes, mais aussi de racisme systémique.
01:07Je vous remercie particulièrement d'avoir accepté cette interview parce que, comme je l'expliquais un petit peu avant,
01:11on va prendre un angle un petit peu différent d'habitude pour parler de ce combat-là.
01:17Moi, j'ai noté que vous disiez quelque chose depuis très longtemps,
01:21qui était qu'un des premiers objectifs de votre combat, c'était que la mort de votre frère ne soit
01:26surtout pas un fait divers.
01:28Et je pense qu'on peut dire que cet objectif-là, c'est déjà une première victoire,
01:33puisque votre frère est devenu un symbole, et vous-même, vous êtes devenu un symbole,
01:38pas uniquement de cette affaire-là, mais plus large, de tous ces combats contre les violences policières et contre le
01:46racisme.
01:46Et vous disiez aussi autre chose que vous dites souvent, vous dites « nous sommes devenus des soldats malgré nous
01:51».
01:53Et avec cette affaire, vous en êtes venus à incarner, à devenir un de ces visages de ce combat.
01:58Alors, je ne sais pas si c'est malgré vous, du coup, mais ce n'est pas quelque chose que
02:01vous aviez prévu à la base.
02:03Et donc, c'est de ça qu'on va parler aussi aujourd'hui, c'est comment ce combat qui est
02:08aussi culturel contre les violences policières
02:10et contre le racisme systémique, il est aussi incarné par des gens, il est aussi incarné par la musique,
02:17par des représentations, par des symboles comme le t-shirt.
02:20Et on va parler de tout ça et de comment vous vous inscrivez dans cette histoire-là.
02:23Et c'est aussi interroger le lien entre les luttes et les cultures,
02:26comment la culture influençait les luttes et comment les luttes inspirent la culture.
02:33Merci beaucoup. Alors, j'ai une première question, justement, une question un petit peu large.
02:39Ce combat pour la justice et la vérité pour votre frère, c'est quelque chose qui vous concerne, du coup,
02:45à titre personnel à la base,
02:46mais qui a résonné beaucoup dans le reste de la société, parce que beaucoup de gens qui ont vécu les
02:51mêmes choses
02:51se sont reconnus aussi dans votre combat. Ça a donné que vous pouvez organiser des manifestations massives.
02:58On voit que ça mobilise beaucoup dans la jeunesse, mais pas seulement.
03:04Et c'est devenu un symbole, le t-shirt est devenu un symbole, le nom d'Adamaï est devenu un
03:08symbole, le vôtre aussi.
03:11Comment, en ces presque dix ans qui viennent de passer, vous avez vu l'évolution de ce phénomène et de
03:17ce combat,
03:17comment il a pris dans la société ?
03:20Déjà, bonsoir à vous tous. Merci pour cette invitation.
03:30J'ai envie de commencer en disant que, en ce septembre 2025, je pense que nous sommes tous devenus des
03:37soldats malgré nous.
03:38Je pense que si nous sommes là aujourd'hui, à la fête de l'Huma, je pense que si nous
03:42sommes là ce soir,
03:43si nous sommes dans les rues au mois de septembre, c'est que nous sommes tous devenus des soldats malgré
03:47nous,
03:47parce qu'on a un monde à sauver, on a notre pays à sauver.
03:51Et ça, on le fait ensemble.
04:01Et effectivement, quand mon frère va mourir, moi j'avais peur qu'on oublie Adama.
04:05J'avais peur qu'on oublie mon frère.
04:06J'avais peur que mon frère devienne un fait divers.
04:09Et qu'on se dise, il y a dix ans, Adama Traoré était juste un jeune homme qui est mort
04:14en plein milieu l'été,
04:15que les gens reprennent leur activité, aillent au travail, repartent à l'école.
04:20Et pour moi, ce n'était pas possible.
04:21Mais aujourd'hui, on est là, on rentre dans la dixième année.
04:24On est en train de construire la dixième année.
04:26C'est même le premier événement qu'on fait dans les dix ans, pour aller sur les dix ans du
04:33combat Adama.
04:33Ça fait neuf ans que nous sommes à la fête de l'UMA.
04:35Donc pour nous, déjà, c'est une victoire.
04:37C'est une victoire que la question des violences policières puisse s'inscrire dans cet espace.
04:43C'est inscrire dans la fête de l'UMA.
04:46Et quand on voit qu'aujourd'hui, en 2025, on a plusieurs collectifs sur la question des violences policières, du
04:53racisme qui est là.
04:54Et comme je dis, aujourd'hui, le combat Adama, on l'a gagné.
04:57On l'a gagné sur plusieurs domaines.
05:01On l'a gagné parce que le combat Adama, on a imposé la question du racisme.
05:06On a imposé la question de la discrimination.
05:10En 2016, les questions des violences policières ne faisaient pas partie du tout du langage politique de gauche.
05:17Les questions des violences policières ne faisaient pas partie de l'espace public.
05:20Et on a imposé cette question-là.
05:22On a imposé ce sujet-là.
05:24Donc c'est une victoire qu'on a eue.
05:26Et le combat Adama, comme je dis, nous ne sommes pas encore arrivés au bout de la justice.
05:31Mais ce n'est pas ça qu'il faut seulement retenir.
05:35Ce qu'il faut retenir, c'est de dire comment, sur ces 10 ans, on a construit ce combat ensemble.
05:40Et ce qu'on doit retenir, c'est de dire comment on a lutté ensemble.
05:44Comment on a porté ce combat ensemble et comment on l'a construit.
05:49Et oui, on l'a construit aussi sur le niveau culturel.
05:52Parce que j'ai tout de suite compris que si je voulais que l'histoire de mon frère puisse continuer
05:56à vivre,
05:57elle ne pouvait pas vivre seulement à travers nos voies.
06:00Elle ne pouvait pas seulement vivre à travers nos quartiers.
06:04Mais elle devait vivre à travers la culture.
06:08Parce que la culture, c'est populaire.
06:10Parce que la culture, ça rassemble.
06:12La culture, peu importe ta couleur de peau, c'est un point commun où tout le monde peut arriver.
06:19Et tout de suite, on a mis la culture dans le combat Adama.
06:23Ce qui va se passer six mois après la mort d'Adama, le 2 juin,
06:28des artistes qui sont présents ici.
06:30Hier, on avait Youssoufa.
06:32Aujourd'hui, on a Fianso.
06:33Ces artistes ont organisé un concert à la cigale.
06:38Et ce concert à la cigale avec de nombreux rappeurs français qui ont porté la voix,
06:45qui ont porté nos mots, qui ont porté nos rêves, qui ont porté nos colères.
06:49Et en fait, cela signifie que ça représente la culture populaire.
06:54Et c'est de dire que ça traverse nos combats, que ça traverse nos voix et que ça va à
06:58travers la musique.
07:00Dans le combat Adama, on a aussi décidé d'écrire le livre.
07:04Le livre Lettre à Adama, c'est de dire que ces mots, nos mots vont voyager, que le nom de
07:08mon frère va voyager.
07:10Et la culture, elle a une place assez forte et très puissante.
07:13Et elle est même pour moi politique.
07:16Parce qu'aujourd'hui, on ne peut pas avancer politiquement si on ne met pas la culture dedans.
07:20Parce que la culture, chacun voit la culture de son point de vue.
07:25Chacun a une culture qu'elle aime.
07:28Et nous, dans le combat Adama, c'est un allié.
07:31Elle a eu une place très importante à travers le hip-hop, à travers le rap, à travers la peinture.
07:38Je peux vous raconter une anecdote qu'il y a eu en 2018.
07:41Un matin, je me lève et je me retrouve en une de vogue.
07:45Et je ne comprends pas pourquoi je suis en une de vogue sur un projet de peinture.
07:50Et une heure après, j'ai Claire Tabouret, celle qui va faire les vitraux de Notre-Dame,
07:55qui m'appelle, qui me dit « Assa Traoré, je suis désolé que vous appreniez un matin la une sur
08:02vogue ».
08:02J'ai eu une commande et de cette commande, c'était de faire le portrait d'une femme.
08:06Et j'ai dit qu'elle habite à Los Angeles.
08:08Et j'ai dit que je ferais Assa Traoré.
08:10Ils ont refusé que je fasse Assa Traoré.
08:12Et elle a dit que mon art est puissant, que mon art m'appartient,
08:17que ma culture m'appartenait.
08:18Et que le combat que je porte, s'ils ne sont pas soutenus avec les gens avec qui je travaille,
08:23« Vous n'aurez aucun autre portrait si ce n'est pas celui d'Assa Traoré ».
08:27Et elle a imposé...
08:34Et elle s'est excusée.
08:36Et elle a imposé...
08:38Ce n'est pas seulement Assa Traoré qu'elle impose sur cette une,
08:42c'est surtout un tableau qu'elle va faire qui va rentrer au Galerie de Monet,
08:45qui est un des plus grands musées d'Europe,
08:48où le nom d'Adama Traoré va être figuré en grand,
08:52où le nom d'Adama Traoré, où la question des violences policières
08:55va être un sujet à ce moment-là, à travers mon portrait,
09:00à travers le portrait de Claire Tabouré.
09:02Et j'ai dit à Claire Tabouré, merci pour ce qu'elle a fait,
09:08merci pour ce combat,
09:09merci d'avoir porté la question des violences policières
09:12à travers sa peinture, à travers son art, à travers sa culture.
09:16Merci de l'avoir imposé dans un monde
09:18où la question des violences policières,
09:21où le nom d'Adama Traoré n'aurait même jamais pu apparaître
09:24si ce n'était pas à travers l'art.
09:26C'est ça la puissance de l'art.
09:28C'est ça la puissance de ce qu'on veut faire.
09:31C'est ça et c'est ce qu'on a imposé.
09:34Et c'est pour ça qu'à chaque fois,
09:35dès qu'on fait la marche Adama,
09:39on fait un concert.
09:40Et on m'a dit, mais pourquoi tu fais un concert ?
09:42Je leur dis, on nous a appris à lutter dans nos pleurs,
09:46on nous a appris à lutter dans nos larmes,
09:47et nous on a appris à lutter dans la joie.
09:49Parce que la joie emmène de la force,
09:51la joie emmène de l'énergie.
09:53Et les personnes qui luttent,
09:59il faut déconstruire ça,
10:01il faut déconstruire cette façon de lutter,
10:04de dire qu'on va venir nous sauver,
10:06et qu'on doit lutter en étant dans le misérabilisme,
10:10parce que quand on lutte avec dignité,
10:12quand on lutte et quand on voit qu'il y a des enfants,
10:15des familles vont venir assister à un concert,
10:18vont venir voir des artistes qui vont passer un moment,
10:21c'est ça notre plus grande force.
10:22Et ça recharge nos batteries,
10:24comme en ce moment ici à la fête de l'Huma,
10:26où on a les débats, où on a les sujets qui sont assez lourds,
10:29mais on a aussi des moments où on échange,
10:31où on partage, où on crée des liens.
10:33Et à travers la culture, ce qui est fort,
10:36c'est que quoi qu'il arrive,
10:38qu'on vienne d'un milieu sociable,
10:42aisé ou pas aisé,
10:42d'un quartier, de pas d'un quartier,
10:44peu importe, ta religion, ta couleur de peau,
10:47la culture, elle crée des liens de solidarité.
10:50Et les liens de solidarité,
10:51c'est ce qu'il y a de plus puissant dans nos luttes,
10:53et je pense que c'est ce qu'il y a de commun dans nos luttes.
10:56Parce que les liens de solidarité
10:58créent de l'amitié,
10:59les liens de solidarité créent de l'amour,
11:01les liens de solidarité créent de la force,
11:04et c'est ce qui fait qu'on va créer des alliances,
11:06et c'est ce qui fait qu'on va converger.
11:08Moi, je n'utilise pas le mot « converger » tout de suite,
11:10je leur dis d'abord,
11:11créons des liens,
11:12créons des liens de solidarité.
11:14Et à travers la culture,
11:15on peut le faire à travers une musique,
11:17à travers de la peinture,
11:21à travers le cinéma,
11:23le cinéma où le combat d'Ama
11:25est aussi présent à travers des acteurs.
11:27La musique aussi,
11:29avec ce concert mythique à La Cigale,
11:31dont vous avez parlé juste un peu avant,
11:33c'est vrai que le rap est très vite venu à vos côtés.
11:37On peut penser à des paroles de Dooms,
11:40qui a dédié un titre à votre frère.
11:44On peut aussi penser,
11:46puisque quand on s'imagine à Satrahori,
11:49on l'imagine comme vous êtes venus aujourd'hui,
11:50avec le t-shirt,
11:52avec le t-shirt « Justice pour Adama »,
11:55« Sans justice, vous n'aurez jamais la paix ».
11:57D'ailleurs, vous m'aviez dit
11:58qu'il y avait des t-shirts à vendre juste derrière,
12:01après, pour rester avec nous,
12:02mais juste après cet agora.
12:06Oui, on a Marfou ce qui est là,
12:08on a les t-shirts en vente.
12:10Il y a quelque chose que vous devez aussi retenir
12:12dans nos luttes,
12:13c'est que ce soit pour la famille Traoré
12:15ou n'importe quelle famille,
12:16l'argent est le nerf de la guerre.
12:18Les familles payent tout,
12:20toutes les familles payent tout.
12:21Aujourd'hui, nous sommes en cassation
12:23et pour valider cette cassation à la fin,
12:25nous la payons.
12:26Donc, on remercie aussi cet espace
12:28de la fête de l'Huma
12:29qui nous permet de pouvoir,
12:31depuis neuf ans,
12:34financer cet espace,
12:35en tout cas, nos combats.
12:37Donc, on a Marfou ce qui est là,
12:38on a quelques t-shirts,
12:39si vous voulez,
12:40aussi sur notre stand.
12:40Et si on peut parler de ce t-shirt,
12:42justement,
12:43puisque quand on parle d'art
12:45et de culture,
12:47de symboles,
12:49et on va dire que ce t-shirt
12:51est iconique maintenant,
12:52quand ce visuel,
12:54il est lié à la question
12:55des violences policières
12:57et au niveau du rap,
12:58notamment.
12:59Je me souviens que, par exemple,
13:00Black M avait fait un clip
13:02où il portait ce t-shirt.
13:04Ce clip avait été flouté à l'époque
13:05par la chaîne musicale
13:06qui passait le clip.
13:08Ça veut aussi dire que,
13:10même dans l'art,
13:10la lutte peut être silenciée.
13:15Même dans l'art,
13:16en fait, l'art est une arme,
13:17pour moi,
13:18c'est une arme la plus puissante
13:19parce que c'est un moyen
13:21où on peut faire passer
13:22tous les messages.
13:23On n'a pas forcément besoin
13:25d'aller manifester,
13:26faire une revendication.
13:28Et en fait, la culture,
13:29on peut la trouver
13:30par tous les moyens,
13:31que ce soit à travers les livres,
13:32à travers un conte,
13:33à travers la musique,
13:35à travers un vêtement.
13:36Et effectivement,
13:37ça, c'est quelque chose
13:38qui veut l'arrêter,
13:39c'est quelque chose
13:39qui veut le contrôler.
13:40Et en fait,
13:41c'est pour ça que la culture,
13:42il ne faut jamais la laisser
13:43entre leurs mains.
13:44Ça veut dire que,
13:45dans nos combats,
13:46nos combats que nous menons
13:48dans la lutte,
13:49on parle beaucoup
13:50de ce qu'on fait.
13:51Il y a l'intellectualisation
13:53qu'il faut mettre dedans,
13:53mais il y a cette culture
13:55qu'il ne faut surtout pas
13:55leur lâcher.
13:56c'est que le symbole Adama,
13:59le T-shirt Adama,
13:59est devenu un symbole de lutte.
14:01Nous, on reçoit des milliers
14:02depuis dix ans de photos
14:04où les gens voyagent
14:05avec le T-shirt
14:06et font des photos symboliquement
14:08dans n'importe quel pays.
14:09Les rappeurs,
14:10les artistes portent ce T-shirt.
14:13Mais aujourd'hui,
14:14le T-shirt Adama,
14:15c'est aussi comme un autre T-shirt.
14:17Et ça, c'est quelque chose
14:17qu'il ne faut jamais leur laisser.
14:18Je ne sais pas si vous vous en souvenez,
14:20en 2020,
14:22on a J.R.
14:24qui avait fait à Paris
14:27dans le dixième
14:27un portrait de George Floyd
14:29et d'Adama avec un oeil.
14:31Et une semaine après,
14:33on a Astin,
14:34Astin Taibi,
14:35on a des artistes
14:35du quartier de Stin
14:37qui avaient fait le visage
14:39d'Adama Traoré
14:40et de George Floyd.
14:41On a des syndicats de police
14:43qui ont fait un message
14:44sur les réseaux sociaux,
14:45sur Twitter,
14:46en appelant à leurs collègues
14:48à venir à Astin
14:49pour venir effacer
14:51avec de la peinture blanche
14:52le visage d'Adama Traoré
14:54et de George Floyd.
14:56Ça veut dire que même dans la mort,
14:57nous ne pouvons pas exister.
14:59Même sur les murs,
15:01en étant mort,
15:02on ne peut pas exister.
15:03Même en étant mort,
15:04quand on veut marcher,
15:06exister avec des symboles,
15:08exister avec des mots
15:09et des images,
15:10ça, on veut nous faire taire.
15:12Nous avons fait un appel,
15:13un contre-appel,
15:14et nous avons dit
15:15que nous allons aller à Astin
15:17devant cette fresque
15:19et que personne ne toucherait
15:21à cette fresque.
15:22Les quartiers ont répondu
15:23que nous sommes partis
15:24devant cette fresque.
15:27Les policiers,
15:28les syndicats de police
15:29ne sont pas venus
15:30et sont partis pleurer
15:32devant le préfet.
15:36On leur a dit
15:36que cette culture nous appartient
15:38et que même nos morts
15:39et que même nos luttes
15:41ont le droit d'exister
15:42à travers des images,
15:44à travers un tee-shirt,
15:46à travers une photo.
15:47Et ça, c'est quelque chose
15:48de très important
15:49parce qu'on le voit même
15:50à travers le combat
15:51et nos combats,
15:52le combat à la main.
15:53Quand on fait des photos,
15:55quand on fait des expos photos,
15:56c'est des photos
15:57qui voyagent.
15:58C'est des photos
15:59qui voyagent
15:59à travers le monde
16:00et chacun peut s'approprier
16:02une image comme elle veut.
16:04Chacun peut s'approprier
16:05une photo
16:05et une image
16:06avec l'émotion qu'elle veut.
16:08Et c'est comme ça
16:08pour la photo.
16:10Et c'est pour ça que je dis
16:11qu'à travers nos luttes
16:13et nos combats,
16:13la culture a une place
16:15centrale.
16:17Justement,
16:17il y a eu
16:18Black Lives Matter,
16:19bravo,
16:21entre-temps,
16:21il y a eu
16:22Black Lives Matter
16:22qui a changé beaucoup
16:24et qui est devenue
16:26une lame de fond
16:26planétaire
16:27qui, j'imagine,
16:28a pris aussi
16:30le combat
16:30que vous meniez,
16:31vous,
16:31depuis déjà des années
16:33et qui est devenu
16:34un vrai marqueur
16:35et qui a atteint
16:35la culture,
16:36y compris mainstream.
16:38Parce que maintenant,
16:38au cinéma,
16:39tu peux avoir
16:39Miles Morales
16:41dans Spider-Man
16:42sur son sac,
16:42il a un logo BLM,
16:44tout ça.
16:44Et il y a une autre
16:45forme de récupération
16:46qui, parfois,
16:46est critiquée
16:48par des militants,
16:49notamment,
16:49qui est le risque,
16:50et j'aimerais bien savoir
16:51ce que vous en pensez,
16:52est-ce qu'il y a un risque,
16:52justement,
16:53en atteignant la culture
16:54mainstream comme ça,
16:56que ça perde en radicalité,
16:57que ça devienne presque
16:58une esthétique
16:59et que ce soit aussi
17:00une façon, peut-être,
17:00d'enlever de la radicalité
17:03de ces combats-là ?
17:04Est-ce que c'est une victoire
17:05d'atteindre le mainstream
17:06ou est-ce que c'est aussi
17:07une façon, peut-être,
17:08de diluer, des fois,
17:08les messages de ces combats-là ?
17:12Moi, je suis fier de dire
17:13qu'on a imposé le combat
17:15à Dama,
17:16aux personnes
17:17qui sont puissantes,
17:18aux personnes riches,
17:19qui ne regardaient même pas
17:20les questions
17:21des violences policières,
17:22qui n'en parlaient même pas,
17:23et on a réussi
17:24à leur imposer.
17:25Et c'est ça, la force,
17:26et c'est ça, la puissance.
17:28On n'est pas là
17:28pour faire de l'entre-soi,
17:29mais de dire que nos sujets
17:31ne vont pas nous appartenir
17:32qu'à nous,
17:33mais que nos sujets
17:34vont devenir vos sujets,
17:35et que vous allez financer
17:37nos sujets,
17:37et que vous allez la mettre
17:38sur l'espace,
17:39et qu'on va utiliser,
17:41en tout cas,
17:42l'espace qu'ils ont
17:43pour que ce soit une force.
17:44Par exemple,
17:45on a Rihanna,
17:47avec sa marque,
17:48en 2020,
17:49a mis ma photo,
17:51a utilisé,
17:52a parlé des questions
17:52des violences policières
17:53en France
17:54à travers sa marque,
17:56Fenty,
17:57pour nous,
17:57c'est une victoire.
17:58ça veut dire que dans le monde entier,
18:00on sait qu'en France,
18:02et quand on tire le rideau,
18:03qu'il y a du racisme,
18:04de la discrimination
18:05et des violences policières.
18:07Et le but,
18:08ce n'est pas que ce soit
18:08des sujets qui restent entre nous,
18:10ce ne sont pas des sujets
18:11qu'ils doivent garder entre nous,
18:14ce sont des sujets
18:15qu'on doit porter.
18:16On a Stella McCartney,
18:17qui a fait une ouverture
18:19avec le nom de Adama,
18:21c'est-à-dire de l'imposer
18:22dans ces espaces-là.
18:24Ces espaces-là
18:25doivent prendre ces sujets-là,
18:27doivent faire un débat.
18:28On ne doit pas rester
18:30qu'entre nous,
18:31ici,
18:31à la fête de l'Huma
18:32ou dans le quartier populaire,
18:34mais de dire
18:34dans cet espace-là,
18:35parce que si on veut
18:36changer le monde,
18:38ici,
18:39à la fête de l'Huma,
18:40on peut prendre cet exemple,
18:41la jeunesse,
18:42elle est énorme,
18:43mais si on veut la changer,
18:45ce monde-là,
18:46on doit la changer
18:46avec le soutien
18:48des personnes qui sont là.
18:49On doit la changer
18:50économiquement,
18:51parce qu'elle va changer
18:51le monde,
18:52elle va changer
18:52l'environnement,
18:53elle va changer
18:54le racisme,
18:55elle doit être portée
18:56par toutes ces causes-là.
18:58Et quand on touche
18:59à la mode,
19:00où c'est assez fort,
19:02c'est aussi une appropriation,
19:04on se réapproprie
19:06ces codes-là,
19:07ces codes-là
19:08qui nous ont été pris,
19:09et on la façonne
19:10à notre façon,
19:10et c'est une façon aussi
19:11de l'imposer,
19:12parce qu'on l'impose
19:13avec nos mots,
19:14on l'impose avec nos luttes.
19:15J'aime bien dire
19:16que nos luttes
19:17ne sont pas seulement
19:18de la résistance,
19:19mais c'est aussi
19:20de la création.
19:21Tous les jours,
19:22on crée nos luttes,
19:23tous les jours,
19:24on pense nos luttes,
19:24et c'est ça
19:25où il faut aller.
19:26C'est-à-dire que
19:26quand on partira d'ici,
19:28c'est de dire
19:28comment nous allons
19:31renouveler nos luttes,
19:32comment nous allons
19:33emmener de la créativité
19:35à nos luttes,
19:35comment on la pensait,
19:37comment nous allons faire
19:38que des personnes plus âgées
19:40vont faire
19:41que nos luttes
19:41vont leur parler,
19:42comment nous allons faire
19:43qu'une jeunesse,
19:45on va faire en sorte
19:46qu'une jeunesse,
19:47nos luttes,
19:47va leur parler.
19:48Elle va passer seulement
19:49par la créativité,
19:51elle va seulement passer
19:52par la mode,
19:53elle va passer par des images,
19:55par de la culture,
19:56par de la musique,
19:57et ça,
19:58il faut être créativité,
19:59parce que nous sommes là,
20:01on dit souvent
20:02à la résistance,
20:03mais dans la résistance,
20:04il faut qu'on mette aussi
20:06créativité,
20:07parce que nos luttes,
20:07elles évoluent,
20:08et cette évolution,
20:09elle se fait
20:10à travers ce qu'on fait.
20:11Et justement,
20:12en parlant de créativité,
20:14de musique,
20:16de cinéma,
20:17vous avez aussi parlé
20:18de mode,
20:19c'est vrai que ça a pu
20:21surprendre dans un parcours,
20:23ça arrive moins aux Etats-Unis
20:24où on se dit
20:25qu'une personnalité
20:27qui est en lutte
20:28et qu'on connaît
20:29pour ces luttes
20:31peut être à la fois
20:32activiste,
20:33autre chose,
20:33être un visage.
20:35En France,
20:36c'était plus compliqué,
20:37on a beaucoup
20:39critiqué,
20:40questionner le fait
20:41que par exemple
20:42des marques de mode
20:43viennent vers vous.
20:44Est-ce que ça n'a pas
20:46utilisé votre combat
20:47pour vendre
20:48des chaussures,
20:50du papier,
20:51des magazines
20:51et d'un autre côté,
20:54ces paillettes-là
20:55n'utilisent-elles pas
20:56votre lutte ?
20:56Je vais vous poser
20:57la question en ces termes,
20:58est-ce que c'est vous
21:00qui bénéficiez de Vogue
21:01ou est-ce que c'est Vogue
21:02qui utilise votre combat
21:04pour en bénéficier ?
21:06En tout cas,
21:07je peux dire qu'aujourd'hui,
21:08le nom d'adama Traoré
21:09est rentré
21:09au Galerie de Monnaie.
21:10Qu'un homme noir
21:11est rentré à travers
21:12un portrait
21:12et que cet homme noir-là,
21:15son nom est dedans
21:17et qu'on a parlé
21:18des violences policières
21:19et ça a commencé
21:19avec le nom d'adama Traoré.
21:21J'en suis fière
21:21que la question
21:22des violences policières
21:23s'impose dans un espace
21:25où on est complètement
21:27inexistant,
21:28où on n'en parle pas.
21:30J'ai envie de dire
21:30qu'aujourd'hui,
21:32ces questions-là
21:33ne doivent pas
21:33nous appartenir
21:34seulement à nous,
21:35mais elles doivent appartenir
21:36à toutes ces sociétés-là
21:37qui sont là
21:38et de leur imposer,
21:40mais leur imposer
21:40à notre façon
21:41parce qu'on peut être maître
21:43de la façon
21:44dont ils veulent faire.
21:45Donc oui,
21:45moi aussi,
21:46je les utilise
21:47et c'est une façon
21:48de dire comment
21:49on fait vivre
21:49nos combats,
21:51comment on fait vivre
21:52nos luttes
21:53et c'est ça
21:53qui est important.
21:54C'est de dire,
21:55aujourd'hui,
21:56nos luttes,
21:57vous allez en parler
21:57et c'est pas une question
21:59et la question
21:59des pauvres
22:00ne reste pas qu'avec
22:01des pauvres,
22:01mais vous allez
22:02en tout cas
22:03en faire quelque chose.
22:04Et comment
22:04avec votre expérience
22:05sur ces...
22:07Et juste pour rappeler
22:08sur le fait
22:09de la mode,
22:10on n'a pas du tout
22:12le même rapport
22:12à la mort
22:14que dans certains pays.
22:15Moi,
22:16je suis française,
22:17mais originaire
22:18d'origine malienne,
22:20on n'a pas du tout
22:21le même rapport
22:21à la mort.
22:22La mort,
22:23on la prend
22:23avec dignité.
22:24La mort,
22:25on la prend
22:25avec force.
22:26Ça veut dire
22:26que même dans la mort,
22:27on est beau.
22:28Même dans la mort,
22:29on est digne.
22:30Même dans la mort,
22:30on est bien habillé.
22:32Et même dans la mort,
22:33on continue à lutter,
22:35mais en lutter
22:36sans être
22:37dans le misérabilisme.
22:38Donc ça,
22:38c'est un aspect
22:39qui est très important
22:40et qui est très porté
22:41où moi,
22:42j'ai été élevé,
22:43où moi,
22:44j'ai été éduqué dedans.
22:45Ça veut dire,
22:45peu importe
22:46ce qu'on fait,
22:46où on arrive,
22:47où on lutte,
22:49l'attitude
22:50et la dignité
22:51en font partie.
22:52Et la tenue vestimentaire,
22:54il y a des tenues vestimentaires
22:55pour chaque...
22:56On peut aller
22:57dans plusieurs pays
22:59en Afrique.
23:01Chaque moment de la vie
23:03est symbolisé
23:04par une tenue vestimentaire.
23:05Une tenue vestimentaire
23:07pour le deuil,
23:08une tenue vestimentaire
23:09pour la naissance,
23:10une tenue vestimentaire
23:11quand on passe
23:12dans l'adolescence,
23:13une tenue vestimentaire
23:14quand on vient d'accoucher,
23:15une tenue vestimentaire
23:16quand on va se marier.
23:20Et ça,
23:21c'est une appropriation
23:23de notre apparence
23:25et de la mode aussi.
23:27Et ça,
23:27c'est quelque chose
23:28que nous vivons
23:31depuis très longtemps,
23:32qui n'est pas nouveau.
23:33Ah, c'est une très vraie question
23:34de Bolchek.
23:34Oui, pardon,
23:35je voulais revenir
23:35sur justement
23:36ce rapport
23:37avec les médias,
23:39avec des grandes marques,
23:40avec en fait
23:41tout ce monde-là.
23:42Justement,
23:43comment vous,
23:44vous placez
23:45le curseur concrètement ?
23:46Qu'est-ce qui vous paraît
23:49vous indiquer que
23:50là, d'accord,
23:51je peux l'utiliser
23:52pour faire avancer le combat
23:53ou là,
23:54je pense qu'ils essaient
23:55trop de me censurer,
23:56ils essaient de m'utiliser.
23:57Est-ce que vous avez appris
23:58un petit peu ça
23:59et comment vous,
24:00très concrètement,
24:01vous placez la limite
24:02de ce qui est acceptable
24:02ou pas ?
24:05Moi, je marche seulement,
24:06je me dis toujours,
24:07je marche seulement
24:08avec celui qui m'assume
24:10ou ceux qui m'assument.
24:11C'est-à-dire que
24:12si dans le discours,
24:14ils arrivent
24:14à dire clairement
24:16qu'il y a du racisme,
24:18dire clairement
24:19qu'en France,
24:20la police,
24:21elle tue,
24:22qu'il y a des discriminations,
24:25ça, c'est des mots
24:26qui sont assez forts
24:26qu'il faut assumer
24:27parce qu'avant 2016,
24:28c'était très difficile.
24:29Moi, j'ai eu un procès
24:30parce que j'ai dit
24:31qu'il y avait des violences
24:32policières en France
24:34parce que la police
24:35avait tué mon père
24:36pour diffamation
24:37que j'ai gagné,
24:39mais je veux dire
24:39que nous avons gagné.
24:41et ça,
24:41c'est un curseur
24:43pour moi
24:43qui est très important
24:44où ce sont des mots.
24:45C'est-à-dire que
24:46les mots,
24:46l'importance,
24:47et ces mots
24:48ont l'importance
24:49à ces moments-là.
24:50Est-ce que tu es capable
24:51de dire
24:51qu'il y a du racisme ?
24:53Est-ce que tu es capable
24:54de dire
24:54qu'il y a de la discrimination ?
24:56Est-ce que tu es capable
24:57de dire qu'on tue
24:58des Noirs,
24:59des Arabes,
24:59des personnes racisées
25:00majoritairement en France ?
25:02Est-ce que tu es capable
25:02de dire
25:03que nous allons sortir ?
25:04Et ça,
25:05ce sont des curseurs
25:05qui sont assez importants.
25:06Et s'ils sont dits
25:07et qu'ils sont assumés
25:09et qu'elle peut avoir
25:10un écho
25:11et que ça peut faire
25:12une lumière
25:12sur nos combats,
25:13c'est un pont
25:14que je prends.
25:15Et justement,
25:16ces mots sont-ils
25:17plus difficiles
25:18à dire en France
25:18qu'ailleurs ?
25:19Si je peux me permettre
25:21de le rappeler,
25:22vous avez reçu en 2020
25:23le Bet International
25:25Global Good Award.
25:26C'est une distinction
25:27décernée par une chaîne
25:28américaine
25:29et qui met à l'honneur
25:30des personnalités
25:31qui luttent,
25:31notamment pour les droits
25:32civiques
25:33et contre l'injustice sociale.
25:36Est-ce qu'en France,
25:37on peut rêver
25:38de voir Assa Traoré
25:39gagner un prix
25:40si prestigieux
25:42ou institutionnel,
25:43on va dire culturel ?
25:44Et selon vous,
25:45pourquoi cette différence
25:46de perception
25:47aux Etats-Unis
25:48est bien du même combat ?
25:54Je pense que ça va
25:55au-delà
25:56de ce questionnement.
25:58C'est où il faut
25:59se poser,
26:00se positionner.
26:01C'est sur l'histoire
26:02de la colonisation
26:02l'histoire de l'esclavagisme
26:04aujourd'hui en France
26:05et la place qu'elle a prise
26:07dans l'espace français,
26:09la place qu'elle a prise
26:10dans l'éducation française.
26:11Et je pense que la France
26:13a un train
26:14où on est très,
26:15très en retard
26:16sur ces questions-là,
26:17où on n'assume pas
26:18complètement.
26:18Et tant que la France
26:19n'assumera pas
26:20son rôle
26:21dans la colonisation,
26:23dans l'esclavagisme,
26:24mais il va être très difficile
26:25pour elle déjà
26:26d'assumer les violences policières
26:27parce qu'on est à un niveau
26:29déjà où on n'assume pas
26:31les questions
26:32des violences policières.
26:33On est dans un niveau
26:34où on n'assume pas
26:35la question de discrimination
26:36et du racisme.
26:37Donc,
26:38c'est très difficile
26:39même pour eux
26:40d'assumer ça.
26:43On peut dire
26:44ce qu'on veut
26:44sur les États-Unis
26:45avec toutes les atrocités
26:47qu'on a pu voir
26:48chez eux,
26:48mais elles ont quand même
26:49reconnu
26:50ces questions-là
26:51du racisme
26:52et de l'esclavagisme,
26:53de la colonisation,
26:54du rôle qu'elles ont eu.
26:55Et c'est quand même,
26:56elles évoluent,
26:57elles essayent d'évoluer
26:58en même temps
26:59que leur population.
26:59Ce qui est assez difficile
27:00en France
27:01où on n'évolue pas du tout
27:02en même temps
27:03que sa population,
27:04où on a du mal
27:05à voir des personnes
27:07qui portent un foulard,
27:08où on a du mal
27:09à voir des personnes
27:10qui sont noires,
27:12où on a des mal
27:13à voir des personnes
27:14qui sont asiatiques
27:15ou peu importe.
27:16Cette évolution
27:17où on a du mal
27:18de voir
27:18que des personnes
27:19peuvent se mélanger,
27:20peuvent avoir de la mixité,
27:21peuvent avoir du brassage.
27:22Et tant qu'elle n'aura pas
27:24assumé clairement
27:25et que ce ne soit pas reconnu,
27:26que ce ne soit pas aussi reconnu
27:27dans nos livres manuels,
27:29dans l'éducation,
27:31cette histoire
27:31et le rôle
27:32et que ce soit reconnu
27:35sur l'esclavagisme
27:36et la colonisation,
27:37il sera assez difficile
27:38de distinguer un prix
27:41à Assa Traoré
27:42ou à quelqu'un d'autre
27:43parce qu'on a tué
27:44un homme noir
27:46dans un quartier populaire.
27:48Donc d'abord,
27:48avant d'en arriver là,
27:49c'est de reconnaître
27:50cette histoire-là.
27:51Et je pense que
27:52quand elle aura évolué
27:53en même temps
27:54de sa population,
27:55on aura fait
27:55un pas énorme.
27:56Et qu'est-ce que ça fait
27:57pour vous de devenir
27:58le visage de cette lutte-là ?
28:00Qu'est-ce que ça fait
28:00de se lever et de dire
28:01à la France,
28:02regarder les réalités
28:04en face
28:04et comment ça nous tombe dessus ?
28:07Quand ça nous tombe dessus,
28:08comment est-ce qu'on réagit
28:10en tant que
28:11simplement femme
28:12qui n'avait pas prévu
28:13en fait de prendre
28:14cette ampleur ?
28:16Moi, je suis là,
28:17si je suis là aujourd'hui,
28:18ce soir,
28:18je suis aussi là
28:19malgré moi
28:19parce qu'on a tué
28:20mon petit frère,
28:21parce que mon frère
28:22est mort ce 19 juillet,
28:23le jour des 5-24 ans,
28:25le jour de son anniversaire.
28:27Mon frère,
28:27elle avait une soeur jumelle
28:29et il n'y a rien
28:30qui disait
28:31que dans notre famille,
28:32un jour,
28:33on allait perdre
28:33mon petit frère.
28:35C'est pour ça
28:35que je suis là aussi
28:36ce soir devant vous.
28:37Si Adama Traoré
28:38ne serait pas mort,
28:39peut-être que
28:39je ne serais pas là.
28:40Mais malheureusement,
28:41mon frère est mort
28:42et je suis aujourd'hui
28:43la voie vivante
28:44de celle de mon petit frère.
28:46Je suis la voie vivante
28:47de celle de mon combat
28:48mais je pense que
28:49nous avons tous
28:50un rôle à jouer
28:51où nous devons être
28:52des voies
28:54pour les luttes
28:55que nous menons,
28:56où on doit être
28:56des voies vivantes
28:57pour d'autres morts,
28:58où on doit être
28:58des leaders
28:59dans le domaine
29:00dans lequel on est,
29:01où on doit être
29:01des leaders
29:02dans l'espace
29:04dans lequel on est,
29:05où on doit être
29:05des leaders
29:06pour un sujet
29:07qu'on porte.
29:08Moi, je ne pense pas
29:09que je suis
29:10cette voie
29:12et cette personne
29:14qui représente
29:14les violences policières
29:15mais en tout cas,
29:16je sais celle
29:17qui représente
29:18la voie de mon frère
29:19et à travers
29:20celle de mon petit frère
29:21qui n'est plus là.
29:22Je suis la voie
29:23d'Adama Traoré
29:23et le combat d'Adama,
29:25comme je l'ai dit,
29:26j'ai gagné,
29:27nous avons gagné
29:27le combat de mon frère
29:28parce qu'elle s'inscrit
29:29aujourd'hui
29:30dans l'histoire de France
29:31quoi qu'il arrive.
29:33Dans 50 ans,
29:34dans 100 ans,
29:34on parlera d'Adama Traoré.
29:36On a tué mon petit frère
29:37mais on n'a pas tué
29:38le nom de mon petit frère.
29:39Et c'est ça,
29:40mon combat.
29:41Et c'est ce qu'on a gagné.
29:44Il y a une autre...
29:45Et le combat d'Adama,
29:46juste pour vous dire
29:46que moi,
29:48je ne suis pas
29:48dans le fait
29:49où on enferme
29:50une personne
29:51dans la représentativité
29:52de quelque chose.
29:53On a créé une école
29:54qui s'appelle
29:55Génération Leader
29:56où on forme des leaders
29:57sur plusieurs mois
29:58parce que j'en suis convaincue,
30:01je suis persuadée
30:01que nous avons tous
30:03une âme de leader en nous.
30:04Il faut juste aller la construire,
30:06il faut juste aller la former,
30:08il faut juste aller,
30:09en tout cas,
30:09la travailler,
30:10rencontrer les bonnes personnes.
30:12Et on peut être des leaders
30:13et on peut avoir des leaders
30:14partout,
30:16partout où on est,
30:17dans chaque ville où on est,
30:18dans chaque pays où on est,
30:19dans chaque endroit où on est,
30:21dans chaque sujet où on est.
30:22Et plus nous sommes des leaders,
30:25plus nos luttes vont évoluer,
30:26plus nous allons grandir
30:28et plus la culture aussi
30:30aura un espace important
30:32parce que nos enfants
30:34qui sont en train de grandir
30:35maintenant en 2025
30:37doivent grandir
30:38avec cette culture
30:39qui est très riche,
30:41cette culture
30:42qui nous a été,
30:43en tout cas,
30:44qu'on a eue,
30:45nous en étant jeunes
30:46et qu'on a eue avant,
30:47on n'a pas le droit
30:47de leur enlever
30:48et donc c'est quelque chose
30:49qu'on doit continuer
30:50à entretenir.
30:51Il y a une autre figure
30:52qu'on connaît très bien
30:54ici à l'Humas,
30:55Angela Davis,
30:55elle a sa scène là-bas
30:57avec son portrait
30:58et c'est une figure
30:59de la génération précédente
31:02de militante
31:02que vous avez rencontrée
31:03en 2018
31:04et ici à la fête de l'Humas aussi,
31:06elle était là l'année dernière.
31:09Est-ce que c'était
31:10une figure aussi pour vous ?
31:12Est-ce que vous aviez
31:12des figures aussi ?
31:13Et est-ce que
31:14il y a une sorte de,
31:15vous ressentez une sorte
31:16de passation
31:16entre cette génération-là
31:18et vous,
31:19cette figure-là et vous
31:20et sans doute
31:21justement
31:21les futures générations
31:24pour qui peut-être
31:25vous allez représenter ça
31:27à l'avenir
31:28dans ces combats-là ?
31:29Et je me permets
31:29juste de dire très rapidement,
31:30il nous reste vraiment
31:31quelques minutes.
31:32D'accord.
31:33Pour répondre à ta question,
31:34vous savez,
31:34il y a des gens qui vont dire
31:35« Oui, de toute façon,
31:36ça ne sert à rien,
31:37vous n'allez jamais gagner,
31:38les violences policières,
31:39c'est toujours là,
31:40le racisme. »
31:41À ce moment-là,
31:42on sort ces noms-là,
31:43on dit Angela Davis,
31:45on dit ces personnes
31:46qui ont lutté
31:46et je leur dis
31:47« Non, ça ne sert pas à rien. »
31:49Parce qu'aujourd'hui,
31:49si nous sommes là,
31:50je suis là en tant que femme,
31:52en tant que femme noire,
31:53dans un espace
31:54créé par des Blancs
31:56en train de prendre la parole
31:57et nous sommes là
31:58tous ensemble
31:59parce que des personnes
32:01ont lutté avant nous,
32:02des personnes sont parties
32:03en prison avant nous,
32:04des personnes sont mortes
32:05avant nous,
32:06des personnes ont porté
32:07nos combats avant nous
32:07et des personnes ont fait
32:09en sorte que nous sommes là.
32:10Donc oui,
32:12nous avons un devoir
32:13de mémoire.
32:14Quand on parle de culture,
32:15ce n'est pas qu'à travers la musique,
32:16c'est aussi à travers
32:18ce travail de mémoire
32:20de toutes ces personnes
32:21qui ont lutté
32:22et qui ont fait en sorte
32:22que nous sommes là aujourd'hui,
32:24de comment nous sommes
32:25dans la transmission.
32:26Moi, j'ai envie de dire
32:26que quand on parle de hip-hop,
32:28quand on parle de rap,
32:29quand on parle de musique,
32:30pour moi,
32:31c'est la bande-annonce,
32:34de toutes nos luttes
32:37que nous menons
32:38et qui est une continuité
32:40et de dire aujourd'hui
32:41comment on construit
32:42ces nouvelles figures-là,
32:44qu'on met en avant
32:45des figures qui sont là,
32:46des figures qui sont vivantes,
32:48des figures qui ne sont pas mortes,
32:49des figures qui vont grandir
32:50en même temps
32:52qu'une génération
32:52et comment on va la faire évoluer.
32:54Ça, on le fait ensemble.
32:56Merci.
32:57Merci à Sartre Auret.
32:58On aura une dernière question
32:59si on a le temps.
33:01Imaginons que vous obteniez
33:04justice pour Adamas,
33:05qui est, je pense,
33:06ce qu'on souhaite
33:06toutes et tous ici.
33:09Et on espère
33:09que ça va enfin arriver.
33:10Ça ne sera vraiment
33:11pas trop tôt.
33:13Mais après,
33:14qu'est-ce qui se passe ?
33:15C'est quoi la suite ?
33:18C'est une question
33:19qu'on me pose
33:20assez souvent
33:21et je réponds
33:22à cette question
33:24toujours de la même façon.
33:26En 2016,
33:28on est montré
33:29dans un train,
33:29on nous a mis
33:29dans un train.
33:31Et c'est dans le train,
33:32parce que mon frère est mort,
33:33et c'est dans le train
33:34où on mène la vérité,
33:36où on est parti
33:36chercher la vérité
33:37et la justice.
33:38Et dans ce train,
33:39on a rencontré
33:41plein de monde.
33:42Dans ce train,
33:43on a rencontré
33:44des personnes extraordinaires.
33:45dans ce train,
33:46on a rencontré
33:47énormément de luttes.
33:48Dans ce train,
33:49on a évolué
33:50avec beaucoup de personnes.
33:51Dans ce train,
33:52on a grandi,
33:54on a créé
33:54des liens de solidarité
33:55avec beaucoup de monde.
33:56Dans ce train,
33:57nous sommes là ici
33:58à la fête de l'humain.
33:59Mais nous ne sommes pas
34:00arrivés au bout de ce train.
34:02Nous ne sommes pas encore
34:03arrivés à la destination.
34:05Et quand nous arriverons,
34:06bien évidemment,
34:08à la fin du procès
34:10de la justice,
34:11de tout ce qu'on aura épuisé,
34:12parce que pour moi,
34:13nous avons gagné ce combat,
34:15ce combat a été gagné,
34:16c'est une victoire
34:17que nous avons remportée.
34:18Et bien évidemment,
34:19nous allons continuer
34:20à le construire ensemble.
34:22Mais quand nous arriverons
34:23au bout de ce train,
34:24pour moi,
34:25c'est de se réunir
34:27et de dire
34:27comment on avance
34:28et comment on le construit ensemble
34:30et qu'est-ce qu'on fait
34:31de tout ce qui s'est passé.
34:33J'ai envie de poser
34:33une claquée.
34:34La question qu'il faut se poser
34:35tous ensemble,
34:36c'est de dire
34:37comment se sont construits
34:38ces 25 dernières années
34:39et comment nous allons construire
34:41ces 25 prochaines années.
34:42Mais pour pouvoir construire
34:43ces 25 derniers,
34:44c'est de déjà avoir compris
34:46ces 10 dernières années,
34:47de les comprendre,
34:48de dire
34:49qu'est-ce qui s'est passé,
34:50comment on a évolué,
34:51comment nous sommes en arrivés là
34:53et qu'est-ce qu'on fait
34:54pour pouvoir,
34:55après ce train-là,
34:56aller
34:58et les construire ensemble.
35:00J'ai envie de dire,
35:00on peut le faire
35:01de différentes manières,
35:03on peut le faire différemment.
35:04C'est en occupant un espace,
35:05mais on l'occupe
35:06de manière très forte.
35:08On peut l'occuper
35:08sur des places décisionnaires,
35:09on peut l'occuper politiquement,
35:12on peut l'occuper économiquement,
35:14on peut l'occuper socialement.
35:18Ça, l'histoire en tout cas
35:19nous le dira.
35:20Je ne pourrais pas vous le dire
35:22maintenant.
35:23Je ne connais pas mon avenir.
35:25En tout cas,
35:25tout ce que je sais,
35:26c'est que nous allons continuer
35:27à nous battre
35:28pour dire que personne
35:29n'a le droit de mort
35:30sur la vie de qui que ce soit
35:32et que nous allons continuer
35:33à former,
35:34nous allons continuer
35:35à lutter
35:36pour que des personnes
35:37soient à des postes décisionnaires,
35:39à des postes puissants,
35:41à des postes forts
35:42et continuer à dire,
35:44surtout parce que moi,
35:45je suis une femme
35:45et que les femmes,
35:47nous sommes en tout cas
35:49l'avenir
35:50et cet avenir-là,
35:51nous allons le construire
35:52et cette place
35:53que nous devons prendre,
35:54elle doit être encore
35:55plus renforcée,
35:56elle doit être encore
35:57plus forte,
35:58elle doit être forte économiquement,
36:00elle doit être forte aussi
36:00dans l'espace.
36:01Donc,
36:03ce que je ferai après,
36:04on le verra ensemble,
36:07on en parlera ensemble,
36:09mais en tout cas,
36:09on fera en sorte
36:10que maintenant,
36:11ceux qui sont avec nous
36:12soient dans des postes importants
36:14ou soient dans un espace important
36:16que nous puissions en compter.
36:16Avec Génération Leader,
36:17justement,
36:18dont vous parliez ?
36:19Avec Génération Leader
36:20et avec d'autres luttes
36:21et après,
36:22on verra,
36:22pourra ça travailler.
36:24Merci beaucoup.
36:25Merci beaucoup.
36:26Ce qu'on retient aussi
36:27de cet échange,
36:28c'est que souvent
36:30quand on filme,
36:31quand on prend une photo,
36:32quand on peint,
36:33on parle d'immortaliser
36:34une personne,
36:35un instant,
36:35un moment
36:36et au début de cet échange,
36:38vous disiez vouloir
36:40immortaliser Adama.
36:41Vous considérez
36:42que c'est chose faite
36:43en quelques mots ?
36:46En tout cas,
36:47quand je suis là aujourd'hui,
36:48quand on me dit
36:49que je suis la sœur
36:49d'Adama Traoré,
36:51je suis avec beaucoup d'émotion,
36:53je suis très ému
36:54et je dis
36:55mon frère,
36:55il est mort à 24 ans,
36:56il n'a pas
36:58vécu en tout cas
36:59ce qu'il aurait dû vivre
37:01mais aujourd'hui,
37:02son nom a changé
37:04beaucoup de choses,
37:04son nom est porteur d'espoir,
37:07son nom a eu
37:07un tournant important
37:08dans l'histoire
37:09en France,
37:10sur la question
37:11des violences policières,
37:12sur la discrimination,
37:13sur beaucoup de choses
37:14et je sais que personne
37:15n'oubliera le nom
37:16de mon petit frère,
37:17même après ma mort,
37:18même après
37:20d'autres luttes
37:20qui vont arriver,
37:21on dira qu'il y a eu
37:22un combat,
37:23on dira qu'il y a eu
37:24une lutte,
37:25elle s'appelle
37:25celle du combat
37:26Adama Traoré,
37:27et ça c'est mon combat
37:29et ça c'est ma fierté
37:30et en tout cas
37:31merci pour toutes les personnes
37:33qui ont lutté,
37:34qui continuent
37:35à lutter à travers nous
37:36et je dis à chaque fois
37:37on avance tous
37:39pour un combat,
37:40on avance tous
37:40pour une lutte
37:41mais on avance tous
37:42pour ne pas dire
37:44que dans plusieurs années
37:46nous ne serons pas
37:46des coquilles vides
37:47parce que ces coquilles-là
37:49vont raconter des histoires,
37:50ces coquilles-là
37:51vont raconter des émotions,
37:52ces coquilles-là
37:53vont raconter des luttes,
37:54ces coquilles-là
37:55vont raconter des créations,
37:57de la culture
37:57et de l'amour
37:58donc continuons
37:59à remplir nos coquilles
38:01avec force,
38:02avec conviction,
38:03avec amour
38:04et c'est de dire
38:05que ce combat-là
38:06nous allons le faire ensemble
38:08parce que si nous sommes là
38:09parce que si nous sommes là
38:10c'est que nous sommes devenus
38:12des soldats malgré nous
38:13si vous êtes là
38:14c'est que vous êtes des soldats
38:15malgré vous
38:16le combat
38:17nous allons continuer
38:17à le faire
38:18merci pour Adama
38:19merci pour tout le monde
38:20et justice pour tout le monde
38:21merci
38:22merci
38:28et aussi merci
38:30à tous les artistes
38:31parce que c'est pas facile
38:32on a de nombreux artistes
38:34que ce soit peintres
38:36musiciens
38:36ou autres
38:37qui prennent
38:38des engagements
38:39à travers nos luttes
38:40on le voit aussi
38:41à travers la Palestine
38:42on voit aussi
38:43les coups qui se prennent
38:45donc c'est important
38:46de leur rendre hommage
38:47et leur rendre force
38:48parce que
38:50leur voix elle compte
38:51et on a besoin d'eux
38:52ce sont nos alliés
38:53dans nos luttes
38:54donc il faut continuer
38:55à les soutenir
38:56et c'est important
38:57qu'on puisse aussi
38:57les applaudir ce soir
39:01merci d'avoir été avec nous
39:03merci beaucoup
39:03merci Luma
39:07on vous souhaite
39:08une très bonne soirée
39:08je sais pas s'il y a quelque chose
39:09sur la scène
39:10après
39:11j'ai pas vu le programme
39:12je suis encore là demain
39:13on va me dire tout de suite
39:14ce qu'il y a derrière
39:14pour la chaîne de Twitch
39:17en tout cas
39:17merci d'avoir été avec nous
39:19merci d'avoir parlé de culture
39:20d'à quel point c'était important
39:22de visibilité
39:23et de visibiliser
39:25les luttes et les combats
39:26merci à tous
39:27c'est important
39:27c'est important
39:28il y a Marc Fousquet là
39:29avec les t-shirts
39:30merci à vous
39:30merci à vous
39:31merci à vous
39:32Merci.