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En pleine reprise de l'épidémie de Covid-19, plusieurs syndicats hospitaliers et collectifs de soignants organisaient ce jeudi, une nouvelle journée de grève et de manifestations, pour réclamer "des embauches massives et immédiates".
L'Humanité s'est rendu à l'hôpital Saint-Louis à Paris pour suivre les membres du collectifs Inter-Urgences et Inter-Hopitaux qui organisaient un rassemblement et une prise de paroles devant le centre hospitalier parisien. Reportage en direct live avec ces soignants toujours mobilisé le 15 octobre 2020.

#Soignants

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Transcription
00:00On est là pour alerter à nouveau le gouvernement du manque de personnel qui est malheureusement encore plus criant qu
00:09'avant.
00:11N'oubliez pas que pendant le Ségur, évidemment, je sais bien que vous ne l'oubliez pas, on a eu
00:15beaucoup de renforts qu'on n'aura pas cette fois.
00:18Là, les lits ouverts pour le Covid sont moins importants, évidemment, vu que la vague est quand même un peu
00:24moins importante.
00:25Mais nous manquons toujours de personnel, même avant le Covid, on manquait de personnel.
00:30On avait des lits qui étaient fermés.
00:33Et là, évidemment, avec la vague qui arrive, c'est encore pire.
00:38Depuis le Ségur, beaucoup, beaucoup d'infirmiers, de médecins ont quitté l'hôpital.
00:46Alors, leur motivation, c'était certainement, s'il nous reste un peu à vivre, on va aller vivre dans des
00:52endroits où on a envie.
00:54Près de notre famille, etc.
00:57Donc, le gouvernement, lui, avec ses 183 euros, il n'a attiré personne.
01:03Surtout qu'en plus, ils nous le donnent en deux fois.
01:05Les gens du privé, les gens qui sont partis en province, les quelques personnes qui sont partis travailler à l
01:13'étranger,
01:15ont quitté, ne reviennent pas.
01:17Ça ne suffit pas.
01:18Les intérimaires, non plus, ne veulent pas prendre de poste à l'hôpital,
01:23parce que les conditions de travail, en venant travailler chez nous,
01:25elles voient bien, en fait, ce qu'il en est,
01:28qu'en fait, elles veulent gérer leur planning eux-mêmes,
01:31elles-mêmes, pardon, ou eux-mêmes,
01:34et donc ne pas prendre de poste à l'hôpital.
01:36Donc, la solution que nous, nous demandions, c'était rouvrir des lits,
01:41rembaucher, mais pour ça, augmenter significativement les salaires.
01:49Le minimum que nous demandions, en fait, c'était 300 euros,
01:52pour taper fort, pour être un peu au niveau des autres infirmières de l'OCDE.
02:00Ça n'a pas été écouté.
02:04Ça n'a pas été...
02:07Ça n'a pas été entendu.
02:09On a fait du bricolage, on a mis des pansements sur des jambes de bois.
02:15Depuis le Ségur, les gens continuent de partir,
02:18je dirais même qu'ils partent encore plus vite.
02:22Personnellement, il y a deux semaines,
02:23j'ai fait quatre nuits dans quatre services différents,
02:27j'ai appris que quatre personnes s'en allaient,
02:30avaient demandé deux nuits,
02:31avaient demandé leur mutation,
02:35leur dispo, enfin bref.
02:38Donc, en fait, il y a des services entiers qui sont décimés.
02:43C'est quatre sur, je dirais,
02:45huit coquelicots, quatre sur huit infirmières et infirmiers.
02:51Quatre s'en vont, demandent leur dispo pour aller travailler en province.
02:56Fougère 6, les gens sont déjà partis.
03:00Donc là, on a un grand espoir.
03:02On est quatre sur onze de nuit.
03:05Et moi, je ne vous parle que des chiffres réels que j'ai de nuit,
03:11parce que la journée, évidemment, c'est la même chose.
03:17La Covid ou quoi ?
03:21Pourquoi c'est une blague ?
03:22Non, ce n'est pas encore le Covid, j'espère ne pas l'attraper.
03:25Eh bien, écoutez, puisque tu mets ça...
03:29Sur le carreau ?
03:30Sur le carreau, sur le tapis, je ne sais pas, sur le carreau,
03:34plutôt sur le pavé.
03:35N'oublions pas de rendre un petit hommage
03:38ou un grand hommage à tous nos collègues
03:40qui ont été hospitalisés.
03:43L'hôpital Saint-Louis, malheureusement, a été touché.
03:46Une de nos collègues a été hospitalisée en réanimation longtemps.
03:50Elle s'appelle Brigitte et elle est encore en rééducation.
03:53Et malheureusement, elle ne reviendra pas.
03:57Voilà pour moi ce que j'avais à dire
03:58au nom du collectif Inter-Hôpital.
04:01Et je vais, comme j'ai certainement oublié pas mal de choses,
04:04je vais passer le micro à ma collègue du collectif Inter-Urgences,
04:08Coco, la team Coco.
04:14Comment tout c'est, là ?
04:16Écoute, tu te débrouilles, hein.
04:18T'appuie là-dessus ?
04:19Ouais, t'appuie un peu partout, tu verras ça.
04:21Vous m'entendez ?
04:22Non.
04:23Vas-y.
04:23Vas-y.
04:26Vas-y, appuie.
04:28Ouais, allô ?
04:30Ah oui, Coco parle !
04:32Vas-y.
04:33Bon, alors que concernant le collectif Inter-Urgences,
04:37nous, à notre niveau, les comptes n'y sont pas.
04:40On a rencontré la direction il y a plus d'une semaine.
04:45On manque d'effectifs infirmiers, AS, et même médecins.
04:51Les lits d'aval ne sont toujours pas d'actualité.
04:55La problématique, c'est que là, avec la pandémie qui court,
05:01on est un peu désemparés, un peu irritables, un peu angoissés dans cette prise en charge au niveau du gouvernement.
05:11On pense que, comment vous dire, c'est un peu particulier.
05:18On a survécu au mois de mars, mais là, la difficulté, elle est de plus en plus importante.
05:25Et je pense qu'il faut que le gouvernement entende qu'on ne va pas pouvoir assumer la deuxième vague.
05:34Cette soi-disant deuxième vague.
05:35Donc, pour l'instant, on prend toute notre énergie qui nous reste pour venir travailler,
05:43mais on est inquiets quand même.
05:46Donc, voilà, pour notre part, en tout cas, à notre niveau, au niveau des urgences, voilà le ressenti.
05:57Marion, Marion, on passe la parole à Marion.
06:03Non, je voulais juste rappeler qu'on a pris les blouses vite, je crois qu'on a oublié d'en
06:08parler,
06:08pour représenter les collègues, en fait, qui sont partis, depuis le Ségur et avant même le Ségur.
06:15Tous les gens qui ont quitté l'hôpital, qui n'y croient plus et qui ne veulent plus donc revenir.
06:21Donc, on a sorti des blouses vides pour représenter ça.
06:25Voilà, aujourd'hui, c'était ça, l'opération blouses vides.
06:29Il mâche mal, hein.
06:33Ah non, ça dépend pourquoi.
06:35Il y a des gens qui veulent prendre la parole ou des choses, des ressentis, ou...
06:39Ça ira pour vous ?
06:40Quoi ?
06:42Euh... Salvatore ?
06:45Pierre !
06:46Pierre, allez, Pierre !
06:48Allez, Pierre !
06:49Allez, Pierre !
06:50Allez, Pierre !
06:54Clique, clique !
06:59La gauche caviar !
07:01La gauche caviar !
07:05La gauche caviar !
07:06J'appelle l'introduction.
07:08Non, je voulais vous dire que...
07:09Moi, je vais partir l'année prochaine,
07:12j'ai fait mes droits, j'y crois plus.
07:14J'ai d'autres possibilités d'être utile.
07:17Je trouve que dans cet hôpital, malgré tous nos efforts,
07:22toute notre bienveillance, toute notre capacité,
07:24c'est un superbe hôpital ici.
07:26Les conditions de travail sont pénibles, parfois dangereuses,
07:30on le sait.
07:30Mais le pire, c'est la façon dont on accueille les patients maintenant,
07:34les durées d'attente, les brancards agglutinés.
07:37Moi, je travaille aux urgences la moitié de mon temps.
07:41Euh...
07:42Les personnels soignants qui se bat la nuit,
07:45vraiment seuls, pour trouver des lits.
07:47Ça n'a pas changé.
07:48Des personnes malades, des personnes de plus en plus âgées.
07:51Les statistiques, nous les avons.
07:55Les personnes âgées restent de plus en plus de temps sur un brancard,
08:00aux urgences, dans tous les hôpitaux de Paris.
08:03Nous l'avons publié.
08:05Nous l'avons dit.
08:06Tout le monde s'en fout.
08:07Nous n'avons aucun indicateur qui est pris en compte par nos directions.
08:12Je ne supporte pas que les urgences soient négligées à ce point
08:16et que les malades soient de plus en plus isolés sur leurs brancards.
08:21Les personnes âgées, c'est de la maltraitance.
08:23Et la maltraitance aux patients, c'est aussi de la maltraitance aux soignants
08:27de façon indirecte et réciproquement.
08:29Voilà pourquoi je pars.
08:30Nous avons malheureusement une direction totalement absente
08:34malgré toutes les lettres que nous leur avons faites,
08:36malgré toutes les remarques que nous avons écrites.
08:40Ils ne viennent pas nous voir.
08:41Ils n'essaient pas de régler nos problèmes.
08:43Ils règlent leurs problèmes, mais pas les problèmes des soignants,
08:46ni les problèmes des patients.
08:48Et donc, j'ai vraiment beaucoup de regrets.
08:50Je pense que je serai utile ailleurs,
08:52mais je fais partie des gens qui vont partir.
08:54Ne pleurez pas.
08:56Merci.
09:04La médecine générale libre.
09:13Il faut quand même que les médecins généralistes entendent.
09:28Non mais là, ça marche mieux.
09:31Désolée, je n'avais pas mis le volume à fond.
09:32Ah voilà, c'est un potage.
09:34Après tout le temps qu'on n'avait pas fait d'action,
09:37je savais tout mentir.
09:37Et bien, dans cette histoire-là, il n'y a pas que l'hôpital qui souffre.
09:41En ville, c'est exactement pareil.
09:42On a le droit d'être et libéral et parti de la fonction publique.
09:48Et la désertification et le désinvestissement des gouvernements successifs en ville
09:54font exactement les mêmes dégâts que ce soit en ville qu'à l'hôpital.
09:58L'hôpital a les moyens de crier et d'être médiatisé.
10:02La ville, non.
10:03C'est beaucoup plus difficile.
10:05À chaque fois qu'on a essayé de faire quelque chose,
10:07on a eu soit Charlie Hebdo, soit les attentats du 13 novembre.
10:10Donc la ville ne bouge plus, sinon ça va être mortel.
10:13Et il n'y a que l'hôpital maintenant qui peut se permettre de dire que ça ne va pas.
10:17Et ça ne va faire qu'empirer si les gens ne prennent pas conscience.
10:24Bravo !
10:27Super.
10:29Ben c'est bien.
10:29Ben écoutez, merci d'être venu.
10:32Merci à vous.
10:33Donc...
10:34Il y a encore...
10:35Non, non, c'est...
10:37Pour les 300 euros.
10:39Il ne peut pas parler.
10:40C'est pas mal.
10:42Ah !
10:43Non, vous n'aurez pas bonne chance.
10:45Bonjour.
10:49Alors, pour ceux et celles qui seront là,
10:53encore ce soir à 19h30,
10:55et même si vous ne pouvez pas venir,
10:58dites bien à vos collègues qui travaillent de nuit,
11:01qui seront déjà sortis, etc., en fonction des horaires,
11:03que nous faisons une marche silencieuse autour de l'hôpital
11:07à partir de 19h30.
11:09Qu'on se le dise, oyez, oyez !
11:15Bonjour et bienvenue sur la page Facebook de l'Humanité.
11:20Donc vous l'aurez deviné, nous sommes actuellement à l'hôpital Saint-Louis à Paris,
11:24dans le 10e arrondissement, à proximité de la gare de l'Est,
11:27au plus près des blouses blanches,
11:30puisque c'est ici que les différents personnels,
11:33infirmiers, aides-soignants, médecins,
11:35ont décidé de faire une prise de parole avec un mot d'ordre qui est
11:39« Les blouses sont vides »,
11:41« Hôpital bafoué », « Démocratie en danger ».
11:44Et nous allons tout de suite donner la parole à Corinne, aide-soignante,
11:51qui fait partie du collectif Intérêt Urgence.
11:56Corinne, quelle est la situation aujourd'hui à l'hôpital Saint-Louis,
11:59et plus précisément dans votre service ?
12:02Alors dans notre service il manque des effectifs,
12:05donc des IDE, des AS, des effectifs,
12:12excusez-moi les infirmières, c'est un défaut de langage,
12:15des infirmières et des aides-soignants, on n'arrive pas à recruter,
12:19donc du coup c'est problématique pour nous,
12:24et donc on attend que les gens viennent,
12:30mais pour faire venir les gens, il faut que les salaires augmentent,
12:35parce que c'est un tout, c'est le salaire, les logements,
12:39c'est important pour nous, pour que les formations aussi,
12:43pour les jeunes ou les moins jeunes,
12:47peuvent venir à l'assistance publique,
12:49mais à nos difficultés là, les effectifs, on est en pénurie quoi.
12:55Alors le Ségur de la Santé le 20 juillet rendait ses conclusions,
13:00avec un appel à l'embauche de 7500 recrutements,
13:07on a parlé d'une prime Covid de 183 euros,
13:12payant deux fois des ouvertures de lits,
13:15comment ça s'est manifesté ?
13:17Alors concernant le Ségur, le Ségur on a eu le 25 septembre 90 euros,
13:23et on aura le reste mars 2021,
13:28donc voilà déjà un zéro pointé,
13:33et concernant les primes, les lits,
13:36bah non il n'y a pas eu d'ouverture de lits,
13:38et les effectifs, les 7500 infirmiers ou aides-soignants,
13:43parce qu'il ne faut pas oublier que,
13:46naturellement les infirmières, il n'y en a pas,
13:48mais il n'y a pas non plus d'aides-soignants,
13:50donc d'où la problématique.
13:52Après le Ségur, nous le collectif Interurgence,
13:55on n'a pas été invité à la table des négociations,
13:59mais on avait, nous ça fait 19 mois que nous sommes en grève,
14:03et qu'on a alerté naturellement l'administration,
14:08et l'assistance publique notre directeur,
14:10mais personne ne nous a entendus.
14:13Quelles sont selon vous les mesures à prendre de toute urgence
14:16pour sauver l'hôpital, pour venir en aide en tout cas à l'hôpital ?
14:22Bah la difficulté en ce moment, c'est que en fait le Covid est encore là,
14:28et que c'est une difficulté dans le sens où ça,
14:31c'est toute la France maintenant,
14:33ce n'étaient pas encore des régions,
14:35donc là, on a du mal à recruter au niveau renfort.
14:39La première fois au mois de mars, on a pu avoir de l'aide de Bordeaux,
14:42de Montpellier, de Toulouse,
14:44mais là, on est un peu coincé,
14:48donc ils essaient de trouver des solutions,
14:51mais c'est compliqué.
14:53– Alors, j'imagine comme des millions de Français, vous avez suivi le discours,
14:57enfin l'allocution, l'interview du président Emmanuel Macron hier soir au journal télévisé.
15:05L'hôpital, la situation de l'hôpital public a été tout de même la grande absence de ces annonces.
15:12Est-ce que c'est révélateur pour vous ?
15:15– Nous, on était des héros et les premiers de cordée au mois de mars,
15:20mais là, on a l'impression d'être… on est les oubliés.
15:24Voilà. Aucun mot pour nous, aucune solution, à part nous empêcher peut-être de circuler.
15:33Il ne faut pas oublier que sur l'hôpital, vous avez deux équipes,
15:38une grande équipe de 7h à 21h et une équipe de nuit,
15:42donc ça va être une difficulté pour pouvoir.
15:44On ne tient pas à avoir naturellement 135 euros d'amende,
15:48et donc il faut mettre en place les choses correctement.
15:51Je pense que le temps, ils n'ont pas réfléchi, le Covid ne va pas s'arrêter à 21h.
15:57En tout cas, nous qui voyons autour de nous les gens malades,
16:02il n'y a pas un temps horaire en fait.
16:05Il n'y a pas de temps horaire, donc on ne comprend pas sa position en fait.
16:09On n'a pas compris.
16:10– Concernant vos collègues, vous voyez des démissions, des départs volontaires ?
16:17Comment ça se passe ?
16:17– On a des envies, on a des collègues qui ont envie de partir,
16:24on essaie au mieux de les réconforter, de leur dire de rester,
16:28parce que c'est une équipe en fait, de travailler ensemble et de travailler à l'hôpital.
16:34Il faut qu'ils restent, nous on a besoin d'eux, donc on essaie de les retenir,
16:39mais c'est complètement difficile vu que la situation elle est compliquée.
16:44Donc ce n'est pas la même chose que dans le temps, vu que je suis une ancienne aide-soignante.
16:49Donc les choses, c'est compliqué pour eux en fait.
16:53– Alors avec la reprise de l'épidémie, la PHP envisage l'annulation des congés pour les personnels soignants.
17:01Alors craignez-vous une nouvelle dégradation des conditions de travail dans les jours et les semaines qui viennent ?
17:07– Le problème c'est qu'on est fatigué, même si on nous enlève nos CEA,
17:10ce qui avait été modifié pendant le mois de mars, on nous avait enlevé nos congés annuels.
17:18Là on nous demande au volontariat de les enlever, vous voyez, c'est plus subtil que ça.
17:26Donc écoutez, là pour l'instant on voit que les modifications des plannings n'ont pas été faites,
17:31on ne nous a pas imposé le fait d'enlever les congés annuels,
17:35mais après, s'il y a vraiment une difficulté, c'est une histoire de solidarité, de se proposer.
17:40En tout cas, moi je pense comme ça. Voilà.
17:44– Merci Corinne.
17:45– Je vous envoie Sylvie, maintenant. Elle part plus que moi.
17:49– Attends mon char.
17:50– Oui, madame.
17:52– Oui.
17:59– Alors nous sommes avec Sylvie, infirmière du collectif
18:04interhôpitaux. Sylvie, on vous a écouté tout à l'heure au microphone,
18:08devant tous vos collègues, l'ambiance au sein de l'hôpital.
18:13– L'ambiance actuelle, du désarroi, du dépit.
18:21On espérait, on espérait qu'avec la crise du Covid, qu'au moins le Covid aurait cet avantage, entre guillemets,
18:31ce qu'il a eu, de montrer l'hôpital avec ses difficultés, mais on pensait qu'au niveau du gouvernement,
18:38il prendrait vraiment la mesure du problème, qui évidemment ne date pas d'aujourd'hui ni d'hier,
18:47mais on pensait qu'il y allait avoir des grandes, grandes choses de fait, une restructuration en profondeur.
18:54Là, comme je disais tout à l'heure, ça a été pansement sur jambes de bois, on s'est dit,
19:00allez hop, on va leur donner un petit peu d'argent,
19:0480 euros et puis encore 80 euros, ça va les faire rester, ça va les faire revenir.
19:09Non, ce n'est pas comme ça qu'on restructure un hôpital, ce n'est pas comme ça qu'on
19:13peut rouvrir des lits,
19:15ce n'est pas comme ça qu'on fidélise le personnel avec ce qu'il a vécu pendant la crise
19:19du Covid
19:19et avec ce qu'il vit depuis, on va dire, une vingtaine d'années.
19:23Ça fait, je ne veux pas dire de bêtises, 10 ans que nos salaires sont bloqués, donc c'est ni
19:28plus ni moins un rappel.
19:30Là, l'augmentation, c'est un petit rappel de ce qu'on n'a pas eu comme augmentation par rapport
19:35à l'inflation, etc.
19:37Ces dernières années, ça date quand même, je crois, de 10 ans.
19:41Donc voilà, pour ce qui est, on est extrêmement déçu du Ségur.
19:45Déjà, on n'était pas convaincu de ce qui allait se dire, de ce qui allait se passer,
19:51mais on s'est dit, bon, on va jouer le jeu, le collectif interhôpital en a fait partie,
19:59le collectif interurgence, malheureusement, n'a même pas été appelé à la table des négociations.
20:05Or que c'est eux qui ont commencé vraiment le mouvement, qui ont alerté,
20:09parce que ce qui est le plus visible à l'hôpital, c'est les brancards pleins aux urgences et les
20:14gens dans les couloirs.
20:15Mais s'ils sont comme ça, c'est parce que dans les services, il n'y a plus de lits,
20:18et que les services sont fermés à cause du personnel.
20:22Donc en fait, le problème aux urgences est visible, mais c'est tout l'hôpital qui a des gros gros
20:30problèmes.
20:31Manque de médecins, manque d'infirmières, manque d'aides-soignants, manque de gens dans les labos, à tous les niveaux.
20:38Donc voilà, on avait quand même un petit peu d'espoir, on s'est dit on va les laisser faire.
20:42Bon, on ne sait pas, ils vont peut-être nous écouter, ils vont peut-être enfin comprendre avec ce qui
20:46se passe.
20:47Et bien non, une augmentation de 183 euros qu'on aura entièrement en mars,
20:57des heures supplémentaires qui ont été un peu majorées pendant la crise du Covid.
21:01Et les réouvertures de lits ?
21:03Alors, pour ce qui est des réouvertures de lits, évidemment, on nous promet 4000 lits.
21:09Alors 4000 lits, si besoin.
21:12Vous savez, c'est un peu du dafalgan, si besoin.
21:16Ça veut dire si le patient a des douleurs, on lui donne du dafalgan.
21:19S'il n'en a pas, on ne lui donne pas.
21:21Donc les lits, si besoin.
21:22Bon, ça veut dire quoi les lits, si besoin ?
21:24Moi, je suis bête, je n'ai que Bac plus 3, je ne suis qu'infirmière.
21:28Des lits, si besoin, je ne comprends pas ce que ça veut dire.
21:30Des lits, on en a besoin tout le temps, toute l'année.
21:33On en manque.
21:34Depuis 20 ans, les lits sont fermés.
21:36La population vieillit, on est de plus en plus d'habitants en France.
21:42Les gens vieillissent, on a besoin de lits, tout le temps.
21:48Alors les lits, si besoin, ça veut dire que vous vous cassez une jambe à Baurias, on va vous envoyer
21:52un lit.
21:52Si vous attrapez une grippe très très forte à Toulouse, on va vous mettre un lit là-bas.
22:02À Nantes, ça va être quoi ? Un noyé.
22:04Au Pays Basque, ça va être un qui va se prendre la planche à voile sur la tête.
22:09Bref, du coup, qui va aller soigner ces gens ?
22:13Parce qu'un lit d'hôpital, c'est deux ou trois équipes.
22:17Médecins, infirmières, aides-soignants, brancardiers, la radio, etc.
22:22C'est une équipe.
22:24Donc, on va chercher le personnel, on va aller le chercher où ?
22:27Déjà, on va aller le chercher où ?
22:29On va les mobiliser comment ?
22:31Déjà, il n'existe pas, ensuite on le mobilise, donc il faudrait une réserve.
22:35Ça, ça serait bien, si vous voulez, dans l'idéal, s'il y avait des infirmiers, des aides-soignants sans
22:43poste au chômage.
22:44Là, oui, on pourrait dire, allez hop, mission à tel endroit, on y va tous, sortez tous vos caravanes, vos
22:49camping-cars, on y va.
22:52Là, non, c'est pas possible, on n'est pas assez à l'hôpital.
22:56S'il y avait trois mesures à prendre d'urgence, quelles seraient-elles selon vous ?
23:02Alors, les mesures à prendre d'urgence, c'est l'augmentation du personnel.
23:09Alors déjà, que ce soit les infirmiers, les aides-soignantes, les laborantins, les radiologues, les sages-femmes, tout.
23:17Ensuite, les médecins, parce que n'oubliez pas qu'un médecin qui va dans le privé, il est riche.
23:23Le médecin à l'hôpital, bon, il écrit, il enseigne, etc., mais il n'est pas bien payé.
23:33Donc ça, c'est l'augmentation des salaires.
23:35Une fois que l'augmentation des salaires est conséquente et que les gens reviennent et que les nouveaux viennent travailler
23:42à l'hôpital, les nouveaux diplômés, on rouvre des lits.
23:47On rouvre des services, on rouvre des lits, on rouvre même des hôpitaux qui ont été fermés, des maternités qui
23:52ont été fermées, des réanimations, des hôpitaux comme...
23:58Ah, j'ai un trou de mémoire, l'hôtel Dieu, etc. Il y a moult exemples dans toute la France
24:03qui ont été fermés. Donc ça, on rouvre. Donc ça, c'est donc les... Comme ça, on peut rouvrir des
24:11lits.
24:11Et la troisième mesure, moi, alors j'hésite entre 3 ou 4. Alors ça serait déjà l'arrêt de la
24:21tarification à l'activité. Ça, évidemment, c'est pas...
24:26C'est pas ce qu'il faut parce que c'est un cercle vicieux. Plus vous travaillez, plus vous faites
24:31des actes, plus vous avez d'argent, donc du coup, plus la médecine coûte cher.
24:35Ça, c'est certain. On n'a pas à faire des concurrences, voilà, à celui qui va faire le plus
24:42d'actes et du coup, le service aura plus d'argent.
24:45Il faut que ce soit réparti autrement. Quand vous avez de l'argent pour vous acheter une voiture et que
24:52vous avez, comment dire, un autre gros problème à votre maison,
24:59vous allez attendre, vous allez prendre une voiture un peu moins chère et vous allez pouvoir acheter autre chose d
25:06'important aussi.
25:07Là, non. Il y a un budget pour tel service, il n'ira pas dans l'autre, etc.
25:11Donc ça, et le quatrième, ça serait que les médecins aient plus de vues sur la gestion de l'hôpital.
25:22Moi, je parle en tant qu'infirmière. Je connais, ce n'est pas mon domaine, la gestion de l'hôpital,
25:29les médecins, etc.
25:31Mais une chose est certaine, c'est que pendant le Covid, quand on a laissé les rênes aux médecins, ça
25:36tournait.
25:38Qu'il faille des gestionnaires dans un hôpital, peut-être. Par contre, que c'est les médecins, eux, qui sont
25:46capables de gérer leur service, etc.
25:48C'est leur métier de soigner des gens.
25:50Alors, le gouvernement n'est pas une contradiction près, puisque vous n'êtes pas sans savoir qu'après avoir donné
25:57quelques conclusions pour satisfaire l'hôpital public,
26:01qui ne sont de toute façon pas du tout à la hauteur, le projet de loi de finances de la
26:05sécurité sociale envisage une économie à hauteur de 800 millions d'euros pour l'année 2021 dans le secteur hospitalier.
26:13Alors, déjà, je ne sais pas comment c'est possible, vu qu'on travaille encore plus par rapport à la
26:20crise du Covid, qui n'est pas terminée.
26:23On vient de nous annoncer hier soir qu'il y en avait au moins pour un an des problèmes.
26:29Le virus, il ne va pas disparaître comme ça, comme il est arrivé.
26:33À moins qu'ils reprennent l'avion comme il est arrivé, je ne sais pas.
26:38De toute façon, on ne peut pas dire avec le Covid. On découvre un peu au jour le jour.
26:43Mais là, actuellement, vous constatez une recrue ?
26:45Oui, c'était très calme. On a toujours eu un petit peu de patients atteints de ce virus, même pendant
26:53l'été.
26:53Mais là, les lits se remplissent. On est obligés de repousser un peu les murs.
26:57Mais ce n'est pas subi comme ça avait été au mois de mars. Il ne faut pas dire non
27:03plus.
27:03Voilà. Mais pour ce qui est du budget de la Sécurité sociale, eh bien, écoutez, déjà, la Sécurité sociale, ça
27:10ne va pas être compliqué de faire des économies par rapport à cette année,
27:15vu le gaspillage qu'on a mis dans les tests qui coûtait 70 euros. On a testé tout, n'importe
27:21qui.
27:22Une fois qu'on a eu des tests, on n'en avait pas une fois qu'on en a eu.
27:26Vous avez des gens qui vont se tester tous les jours, des fois.
27:31Mais ça sert à quoi ? Il faut tester les gens qui ont des symptômes, les gens qui ont été
27:36en contact avec quelqu'un qui est atteint.
27:38C'est ça, l'important. Donc là, en fait, c'est remboursé, c'est remboursé, c'est remboursé.
27:44Donc ça, c'est un gros gaspillage. Donc si on se tient par rapport à l'année 2020, 2021, on
27:50pourra effectivement faire des économies là-dessus.
27:52Mais si c'est pour faire des économies par rapport à avant, c'est... Bon, ben, eux, ils vont encore
27:58faire des fermetures de lits,
28:01le capacitaire, c'est-à-dire que vous aurez un médecin pour plus de patients, une infirmière pour plus de
28:07patients, etc., pour économiser...
28:09Nouvelle dégradation ?
28:10Encore, toujours et toujours, de toute façon. Ils veulent faire des économies sur l'hôpital.
28:15C'est quelque chose... C'est incroyable. À partir du moment où on fait des économies sur l'hôpital, ça
28:23veut dire qu'on ne peut pas soigner les gens correctement.
28:25Ça veut dire que les gens, on ne peut pas faire de prévention. Ça veut dire que le diabétique, il
28:31ne va pas pouvoir être soigné en temps et en heure.
28:34Donc du coup, après, au lieu d'avoir un diabète équilibré, il va se retrouver en cardiologie pour des artères
28:42bouchées.
28:42Il va se retrouver en... Comment... Amputé dans une clinique. Donc tout ça, ça va coûter plus cher.
28:49Il aura une greffe rénale parce qu'évidemment, le diabète, les conséquences, c'est des problèmes rénaux.
28:55Donc en fait, au lieu de faire des lits pour soigner correctement dès le début des gens, on va repousser
29:02tout ça et ça va coûter encore plus cher.
29:07Il faut axer sur la prévention et il faut ouvrir des lits de manière à ce que les gens, on
29:12les soigne dès le début de la maladie.
29:14Si on tarde, ça augmente. Moi, j'ai eu un patient, je crois qu'il a été décédé il y
29:20a trois semaines, qui ne voulait pas se soigner pendant la période du Covid.
29:25Résultat, il est mort parce qu'il n'a pas eu ses cures de chimio, etc. On est obligé de
29:30repousser sans arrêt les opérations, les cures de chimio.
29:33C'est très, très grave parce que ça aussi, ça fait des décès. Et ça, ça coûte. Parce qu'au
29:39lieu de venir pendant deux jours faire sa cour de chimio ou trois jours,
29:43lui, il est resté plusieurs semaines à l'hôpital. Voilà.
29:47Ok, merci.
29:49La sécu, la sacreuse.
29:50Merci Sylvie. On l'aura bien compris, le personnel est révolté et il a toutes les bonnes raisons de l
29:55'être.
29:56Merci beaucoup pour votre témoignage et puis nous avoir reçu aujourd'hui à l'hôpital Saint-Louis.
30:01Merci à vous.
30:02Merci.
30:03De nous rendre visite.
30:05Voilà. Donc, ce Facebook Live se termine. Nous vous invitons évidemment à suivre toute l'actualité sur cette grande journée
30:17de mobilisation et de grève nationale sur l'humanité.fr,
30:22dans le quotidien L'Humanité et aussi à travers L'Humanité Dimanche en kiosque tous les jeudis. Nous allons mettre
30:30fin à ce live et merci de l'avoir suivi.
30:35Merci.

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