00:00L'ambiance actuelle, du désarroi, du dépit.
00:17On a mis des pansements sur des jambes de bois.
00:20Il y a des services entiers qui sont décimés.
00:24Depuis le Ségur, les gens continuent de partir.
00:27Je dirais même qu'ils partent encore plus vite.
00:30Personnellement, il y a deux semaines, j'ai fait quatre nuits dans quatre services différents.
00:36J'ai appris que quatre personnes s'en allaient.
00:38On pensait qu'il y allait y avoir des grandes choses de fait.
00:42Une restructuration en profondeur.
00:45Là, comme je le disais tout à l'heure, ça a été pansement sur jambes de bois.
00:50On s'est dit, allez hop, on va leur donner un petit peu d'argent.
00:5580 euros et puis encore 80 euros.
00:58Ça va les faire rester, ça va les faire revenir.
01:00Non, ce n'est pas comme ça qu'on restructure un hôpital.
01:03Ce n'est pas comme ça qu'on peut rouvrir des lits.
01:05Ce n'est pas comme ça qu'on fidélise le personnel avec ce qu'il a vécu pendant la crise
01:10du Covid
01:10et avec ce qu'il vit depuis, on va dire, une vingtaine d'années.
01:13À partir du moment où on fait des économies sur l'hôpital,
01:17ça veut dire qu'on ne peut pas soigner les gens correctement.
01:19Ça veut dire que les gens, on ne peut pas faire de prévention.
01:21Il faut axer sur la prévention et il faut ouvrir des lits
01:25de manière à ce que les gens, on les soigne dès le début de la maladie.
01:28Si on tarde, ça augmente.
01:30Moi, j'ai eu un patient, je crois qu'il a été décédé il y a trois semaines,
01:35qui ne voulait pas se soigner pendant la période du Covid.
01:39Résultat, il est mort parce qu'il n'a pas eu ses cures de chimio, etc.
01:43On est obligé de repousser sans arrêt les opérations, les cures de chimio.
01:47C'est très, très grave parce que ça aussi, ça fait des décès.
01:50Je trouve que dans cet hôpital, malgré tous nos efforts,
01:54toute notre bienveillance, toute notre capacité, c'est un superbe hôpital ici.
01:59Les conditions de travail sont pénies, parfois dangereuses, on le sait.
02:03Mais le pire, c'est la façon dont on accueille les patients maintenant,
02:07les durées d'attente, les brancards agglutinés.
02:10Moi, je travaille aux urgences la moitié de mon temps.
02:14Les personnels soignants qui se bat la nuit, vraiment seuls, pour trouver des lits,
02:19ça n'a pas changé.
02:20Tout le monde s'en fout, nous n'avons aucun indicateur qui est pris en compte par nos directions.
02:26Je ne supporte pas que les urgences soient négligées à ce point
02:30et que les malades soient de plus en plus isolés sur leurs brancards, les personnes âgées.
02:37C'est de la maltraitance.
02:38Et la maltraitance aux patients, c'est aussi de la maltraitance aux soignants de façon indirecte et réciproquement.
02:43Voilà pourquoi je pars.
02:45Nous avons malheureusement une direction totalement absente, malgré toutes les lettres que nous leur avons faites,
02:51malgré toutes les remarques que nous avons écrites.
02:54Ils ne viennent pas nous voir, ils n'essaient pas de régler nos problèmes.
02:58Ils règlent leurs problèmes, mais pas les problèmes des soignants, ni les problèmes des patients.
03:03Et donc j'ai vraiment beaucoup de regrets.
03:05Je pense que je serai utile ailleurs, mais je fais partie des gens qui vont partir.
03:08On a survécu au mois de mars, mais là, la difficulté, elle est de plus en plus importante.
03:15Et je pense qu'il faut que le gouvernement entende qu'on ne va pas pouvoir assumer la deuxième vague.
03:23Là, on a du mal à recruter au niveau renfort.
03:26La première fois au mois de mars, on a pu avoir de l'aide de Bordeaux, de Montpellier, de Toulouse.
03:30Mais là, on est un peu coincé.
03:34Donc ils essaient de trouver des solutions, mais c'est compliqué.
03:39On était des héros et les premiers de cordée au mois de mars.
03:43Mais là, on a l'impression d'être... On est les oubliés.
03:47Voilà. Aucun mot pour nous, aucune solution.
03:51Je pense que le temps, ils n'ont pas réfléchi.
03:53Le Covid ne va pas s'arrêter à 21h.
03:56Et en tout cas, nous qui voyons autour de nous les gens malades,
04:01il n'y a pas un temps horaire, en fait.
04:05Il n'y a pas de temps horaire.
04:06Donc on ne comprend pas sa position, en fait.
04:08On n'a pas compris.
04:11Sous-titrage Société Radio-Canada
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