00:00Bon, je veux pas être l'avocat du diable, mais je trouve qu'on en fait un peu trop avec
00:03ces histoires de mise en examen.
00:05Non mais si, réfléchis, le principal problème pour les ministres de Macron, c'est que personne sait qui c'est.
00:10Et bah se faire griller par Mediapart, quand on y réfléchit, c'est pas un mauvais plan média.
00:13Non mais prends par exemple Alain Griset, le type personne sait qui c'est, il oublie de déclarer 130 000
00:17euros, et bim !
00:18Macron qui perd par ailleurs l'un de ses ministres, Alain Griset, a présenté sa démission cet après-midi.
00:23Le ministre des PME a été condamné à 6 mois de prison avec sursis.
00:26Il était jugé pour déclaration incomplète ou mensongère de sa situation patrimoniale.
00:31Et voilà, personne le connaissait, condamnation, démission, et maintenant, ouais non, personne le connaît en fait.
00:37Bon, ça marche pas à tous les coups, mais il y a trop d'affaires aussi, les gens arrivent pas
00:40à suivre.
00:40C'est inédit, dans la Ve République, le ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, est donc renvoyé devant la
00:46Cour de Justice de la République pour prise illégale d'intérêt.
00:50Le secrétaire général de l'Elysée, Alexis Collère, a été mis en examen pour prise illégale d'intérêt.
00:54C'est le parquet national financier qui l'a annoncé.
00:57La Macronie avait fait sa rentrée politique. Voici l'heure de la rentrée judiciaire.
01:01Ce sont ici deux poids lourds de l'exécutif dont le maintien en poste pose question
01:04et qui nous rappellent à quel point la promesse de République exemplaire d'Emmanuel Macron n'a pas fait long
01:09feu.
01:09D'abord, il y a donc Alexis Collère.
01:12On parle là du secrétaire général de l'Elysée, le bras droit de Macron, son influent conseiller,
01:16parfois surnommé le vice-président ou AK-47.
01:20Oui, on ne se donne pas des surnoms de très bon goût à l'Elysée.
01:22Reste que AK-47 s'est enrayé puisqu'il a été mis en examen le 23 septembre dernier
01:26pour trafic d'influence et prise illégale d'intérêt.
01:29En cause, c'est lié un étroit avec un armateur privé italo-suisse, MSC.
01:33Ensuite, il y a Eric Dupond-Moretti.
01:35L'ex-avocat pénaliste est mis en examen depuis le 16 juillet 2021,
01:39soupçonné d'avoir utilisé son nouveau statut de ministre pour régler des comptes
01:42avec des magistrats qui s'étaient opposés à lui lorsqu'il était avocat.
01:45Ce qui est nouveau, c'est que le ministre va devoir passer par la case procès
01:48devant la cour de justice de la République.
01:50Une décision contre laquelle Eric Dupond-Moretti s'est pourvu en cassation
01:53et sa dernière chance d'éviter le tribunal.
01:55Alors, en attendant, cela pose plusieurs questions.
01:58Les deux hommes doivent-ils démissionner ?
02:00Un ministre peut-il administrer la justice tout en ayant des comptes à lui rendre ?
02:03Et si Eric Dupond-Moretti va en prison, est-ce qu'il aura quand même le droit de faire du
02:06karting ?
02:07La Team Jeune est en tête !
02:08Si j'avais su qu'une compétition de karting était organisée, j'aurais mis un veto très clair.
02:17Plus sérieusement, en matière de démission, il n'y a pas de règle en droit,
02:20mais une règle tacite, fixée par Emmanuel Macron lui-même, souvenez-vous.
02:24Sur votre conception des choses, si vous étiez mis en examen, est-ce que vous renonceriez à être candidat ?
02:30Oui, de la même façon que dans le principe, un ministre doit quitter le gouvernement lorsqu'il est mis en
02:35examen.
02:36Bon, ça c'était le Macron candidat de 2017, chanteur de la transparence et de la probité de la vie
02:40publique.
02:41Et cette règle, soyons fair-play, il a tenu un temps.
02:44En fait, dès le début du premier quinquennat, l'occasion s'est présentée.
02:46Les ministres François Bayrou et Sylvie Goulard ont dû démissionner suite à leur mise en examen dans l'affaire des
02:51emplois fictifs du MoDem.
02:52Mais ce Macron-là n'a pas duré longtemps.
02:54S'il veut la responsable, il est devant vous, qu'il vienne le chercher.
02:58Pour cause, depuis on a eu François Derugy, Muriel Pénicaud, Françoise Nyssen, Olivier Dussopt, Agnès Buzyn, Sébastien Lecornu, Gérald Darmanin,
03:05Damien Abad.
03:06Ouais, les ministres avec des casseroles, c'est un peu comme les Pokémon.
03:09Il y en a beaucoup et on galère à tous l'attraper.
03:12Le problème, c'est qu'à chaque affaire, la phrase de Macron de 2017 se rappelle aux bons souvenirs du
03:16gouvernement.
03:16Et là, il en faut des contorsions pour se dépatouiller avec ça.
03:19Regardez Olivier Véran.
03:20En 2017, celui qui avait, en quelque sorte, donné cette règle, c'était Emmanuel Macron lui-même,
03:25qui disait que s'il était mis en examen, il renoncerait à être candidat à la présidentielle
03:29et de la même façon qu'un ministre doit quitter le gouvernement lorsqu'il est mis en examen.
03:34C'est Emmanuel Macron qui le disait.
03:35Donc en fait, qu'est-ce qui a changé ?
03:36Vous oubliez un bout de phrase.
03:37Ah.
03:38Dans le principe.
03:39Dans le ?
03:39Pardon.
03:40Dans le principe.
03:41Alors là, j'avoue que c'est vous qui me perdez, mais...
03:43Non, mais il y a la question du principe et de son application concrète.
03:47Attention, cet exercice de mauvaise foi est réalisé par un professionnel,
03:50ne faites pas ça chez vous.
03:51Autre argument lunaire, celui du patron des sénateurs macronistes, François Patria,
03:55qui nous explique que la règle était valable tant qu'il n'y avait pas trop d'affaires.
03:58C'était la règle implicite quand il arrivait.
04:01Depuis, on a vu les affaires qui ont fleuri.
04:03Mais est-ce que c'est de la faute des juges s'il y a autant de mise en examen
04:05?
04:05Non, évidemment.
04:06C'est plutôt parce que les macronistes, en extase devant les méthodes de management des grandes boîtes du privé,
04:11ils sont allés piocher leurs cadres et ont élevé à un niveau olympique la pratique dite du pantouflage.
04:15Nous avons au sommet de l'État des hommes qui ont fait des allers-retours entre le secteur public et
04:22les secteurs privés,
04:23plusieurs fois, le pantouflage et le rétro-pantouflage,
04:27et qui donc incitent à confondre l'intérêt public avec l'intérêt privé.
04:31Bon, du coup, c'est peut-être l'occasion de rappeler ce que c'est concrètement qu'une mise en
04:34examen.
04:35Quand un juge d'instruction met qu'un de cas en examen, déjà c'est au terme d'une enquête,
04:38et cela veut dire que celle-ci a permis de réunir des indices concordants qui étayent le soupçon d'une
04:42infraction.
04:43Ça signifie donc que le dossier est loin d'être vide et que la mise en examen va devoir consacrer
04:47du temps à organiser sa défense.
04:49Et au-delà de l'aspect éthique, la question est aussi de savoir si un ministre peut exercer pleinement ses
04:53fonctions
04:53quand il a l'esprit occupé par la procédure judiciaire à son encontre ou un potentiel procès qui lui pend
04:58au nez.
04:59Mais derrière ces affaires, il y a aussi une autre peur qui est agitée, celle du risque d'un gouvernement
05:03des juges.
05:03Et le directeur de la rédaction du Figaro se fait d'ailleurs le relais de cette inquiétude sur Europe 1.
05:08On retrouve toujours les mêmes à la main d'oeuvre Dimitri.
05:10L'association d'extrême-gauche anticorps, le syndicat de la magistrature célèbre pour son fameux mur des cons,
05:16les journalistes justiciers de Mediapart qui ne font pas mystère de leur intention de renverser les systèmes.
05:22Ce que nous vivons, chacun a bien compris, c'est un nouvel épisode de la longue guerre entre d'un
05:27côté les juges,
05:28appuyés sur leurs alliés médiatiques, et de l'autre côté les politiques.
05:31Bon là, dit comme ça, ça fait un peu le discours victimaire sur les méchants gauchistes qui voudraient faire tomber
05:35les honnêtes ministres.
05:36Ceci dit, on peut comprendre le raisonnement.
05:38Si on a que le principe mise en examen égale démission, alors on donne de fait au juge la capacité
05:42de faire tomber un ministre.
05:43Et donc ils auraient, s'inquiètent-on, un incendant sur l'exécutif alors qu'ils ne sont pas élus.
05:47Bon, les ministres non plus ne sont pas élus, et encore moins le secrétaire général de l'ISÉ,
05:51qui est un rôle qu'aucun texte ne définit vraiment.
05:53Mais soit, en termes de séparation des pouvoirs, c'est un vrai débat constitutionnel qu'on peut tout à fait
05:58avoir.
05:58Ceci étant dit, puisqu'apparemment on a le droit de distinguer principe et mise en pratique.
06:02Dans le cas d'Éric Dupond-Moretti, on parle quand même d'un ministre qui va nommer le prochain procureur
06:07général près la cour de cassation,
06:09c'est-à-dire le magistrat qui va devoir juger de l'affaire Éric Dupond-Moretti.
06:12Un ministre qui va peut-être choisir ses juges, c'est vous dire à quel point ces derniers sont loin
06:17de gouverner.
06:17Voilà, c'est la fin de cette chronique, et si vous êtes capable de citer de tête toutes les affaires
06:20du quinquennat Macron,
06:21n'hésitez pas à tenter votre chance en commentaire, et le gagnant remportera son poids en bracelet électronique.
06:26Sinon vous pouvez juste liker la vidéo, vous abonner, en attendant on se dit à jeudi prochain,
06:31et n'oubliez pas, l'important quand on a la tête dans le flux, c'est de garder les pièces
06:34sur terre.
06:35Allez, salut !
06:36Sous-titrage Société Radio-Canada
06:45Sous-titrage Société Radio-Canada