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Député européen et directeur de l'Humanité, Patrick Le Hyaric analyse la directive sur le droit d'auteur sur Internet votée ce mardi par le Parlement européen, et ses conséquences pour la presse en Europe.

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Transcription
00:11Patrick Leharic, bonjour. Je rappelle que vous êtes le député européen, gauche unitaire européenne, gauche verte nordique,
00:19et vous êtes également le directeur de l'Humanité. Et à ce titre, vous êtes en première ligne sur la
00:24question dont on va parler,
00:25les droits d'auteur sur Internet. Le Parlement vient de voter. Pour qu'on comprenne bien que comporte le texte
00:32exactement
00:32qui vient d'être voté positivement par le Parlement européen sur ses droits d'auteur à l'ère d'Internet.
00:39La question de fond, c'est qu'aujourd'hui, les grands groupes du numérique, Google, Facebook et d'autres,
00:47pompent les contenus des journalistes et les contenus des créateurs, font croire qu'ils les mettent à la disposition gratuitement
00:56au grand public,
00:58mais ils échangent tout ça contre de la publicité. Ils monétisent ces contenus qu'ils ne fabriquent pas, bien évidemment.
01:05Il n'y a aucun journaliste à Google, ni aucun musicien, ni aucune personne qui fait des films, du cinéma.
01:13Ils pompent donc le travail des autres et font leurs recettes avec de la publicité.
01:20Et du même coup, ils assèchent les recettes publicitaires qui doivent aller dans les journaux.
01:26Et là, la question, aujourd'hui, avec la directive droits d'auteur, droits voisins,
01:31elle vise à demander aux grands groupes du numérique de rémunérer les éditeurs, les créateurs, les journalistes
01:40sur les profits qu'ils font à partir de ce pillage de la valeur de création qu'ils font quotidiennement.
01:51Rappelons que ça touche sur des sommes considérables.
01:53Eh bien, il faut savoir que pour les créateurs et la culture, il y a la valeur de 532 milliards
02:02d'euros dans l'Union européenne.
02:05532 milliards d'euros.
02:07Et il y a plus d'emplois aujourd'hui dans le secteur de l'industrie culturelle qu'il n'y
02:12en a dans l'automobile et les télécoms réunis.
02:16Par conséquent, c'est un secteur extrêmement important.
02:19Or, si on continue d'assécher la culture, les créateurs, les producteurs de films, les journaux,
02:30eh bien, on est en train de créer un système qui va totalement s'effondrer.
02:37Et au bout du bout, c'est l'uniformisation de la culture et de l'information qui sont là.
02:43Alors, qu'est-ce que va permettre ce texte ?
02:45Il va falloir qu'il soit bien sûr adapté dans les législations nationales, comme d'habitude.
02:49Comment est-ce qu'on peut imaginer qu'il va changer les choses, notamment dans la presse ?
02:54Dans la presse, on va créer, dans chaque nation, en France en tout cas,
02:59on va créer une structure qui ressemble un peu à la SACEM pour les auteurs, compositeurs, auteurs, interprètes.
03:08Et on va demander à l'État français d'aider à créer cette même structure.
03:14Cette structure, elle regardera ce que prennent les grands groupes du numérique.
03:21Et tel ou tel groupe du numérique contribuera à cette caisse.
03:26Et cette caisse répartira l'argent ainsi récupéré.
03:31Ça peut être tout de même un bol d'air réellement, financièrement, dans la comptabilité,
03:38dans le fonctionnement de la presse à l'heure actuelle, qui est en difficulté.
03:40On en a parlé.
03:41Ah oui, le syndicat maintenant qui regroupe la presse nationale, la presse régionale et les magazines qu'on appelle Allianz,
03:50a chiffré qu'on pouvait raisonnablement collecter 400 millions d'euros
03:56qu'on pourrait répartir aujourd'hui dans les entreprises de presse
04:00pour aider la production journalistique au lieu d'aujourd'hui de réduire les équipes de journalistes
04:07comme nous sommes contraints de le faire.
04:08À l'humanité, aujourd'hui, on est si asphyxié qu'on ne remplace pas depuis très longtemps les départs en
04:16retraite.
04:16Mais ne pas faire ça, c'est se priver de valeur, de création de valeur pour le journal
04:21parce qu'on réduit les reportages, on réduit les déplacements à l'étranger, on réduit les enquêtes.
04:29Chacun sait bien que pour faire un reportage ou une enquête, il faut se donner 15 jours, 3 semaines, voire
04:34un mois.
04:35Il faut accepter qu'un journaliste n'ait pas sa signature dans le journal pendant plusieurs jours,
04:40le temps qu'il fasse son enquête.
04:42C'est ça qui crée la valeur à la télévision, à la radio, comme dans les journaux.
04:45Donc ce n'est pas simplement un vote de principe, comme il y en a souvent au Parlement européen,
04:49mais là, ça touche sur la réalité, sur le concret de la presse, du fonctionnement de la presse,
04:54de la survie, du développement même de la presse.
04:57On est sur quelque chose de réel.
04:58Tout à fait, c'est à la fois réel et c'est extrêmement important
05:03parce que de quoi parle-t-on au fond ?
05:05Dès lors qu'on parle de la possibilité d'améliorer, de développer le pluralisme de la presse
05:10et la valeur de l'information que produit la presse, comme les créateurs d'ailleurs,
05:16mais pour ce qui nous concerne les journaux, les radios et les télévisions,
05:22eh bien ça aboutira au fait qu'on va améliorer la possibilité pour les citoyens de se faire leur opinion.
05:29Tel ou tel journal fera des enquêtes avec des angles différents,
05:34avec des points de vue différents, vraisemblablement,
05:36mais c'est ça la richesse démocratique qui permet aux citoyens de se faire son opinion par lui-même.
05:41C'est aussi une manière bien sûr de renforcer la presse indépendante et le sécreteur de la presse
05:47et de dire, parce que c'est quand même ce que c'était devenu,
05:50la presse, les grands groupes dont on parle, les grandes plateformes internet,
05:54devenaient elles-mêmes les grands éditeurs mondiaux finalement.
05:57C'est une manière de reprendre la main sur l'origine et la manière de faire l'information aujourd'hui
06:02dans le monde.
06:02C'est ça, c'est ce qui est en cours, parce qu'on ne peut pas laisser croire à un
06:11jeune de 16-17 ans
06:12qui cherche de l'information et qui tape Google, que c'est Google qui lui fournit l'information.
06:17Google n'a jamais écrit une seule ligne.
06:19Il l'organise néanmoins.
06:21Voilà, mais ce sont des journalistes d'une multitude de journaux ou de radios
06:26qui font ce décryptage des événements et de l'information et qui le mettent à la disposition.
06:32Google n'est qu'un tuyau et un tuyau aujourd'hui qui pille beaucoup.
06:36On en parlait tout à l'heure, il y a quelques instants, avant vous avec José Bové.
06:40C'est une victoire importante, on est ici en fin de mandature.
06:43C'est une victoire qui vous semble importante, cette victoire obtenue à plusieurs niveaux finalement,
06:48obtenue par le Parlement européen aujourd'hui.
06:50Pour le monde de la culture dans son ensemble, pour les éditeurs, pour les journalistes, oui.
06:55C'est une victoire qui participe de notre combat pour la diversité et l'exception culturelle.
07:01Voilà, merci Patrick Léyaric.
07:03Merci.

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