Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 15 minutes
Dans ce premier épisode de « RÉEL », le nouveau format de l’Humanité qui part à la rencontre des travailleuses et des travailleurs, @valadistaoff a suivi Camille, professeure d’histoire-géographie au lycée Suger à Saint-Denis. La spécificité du 93, le rythme, la charge de travail, la relation avec les élèves… Alors que les lycéens bloquent leurs établissements et réclament de meilleures conditions et plus d’équité, Camille nous raconte son quotidien et sa réalité.

Disponible en podcast https://www.humanite.fr/les-podcasts-de-lhumanite

Soutenir l'Humanité avec un don https://www.humanite.fr/don
Accéder aux contenus exclusifs https://abonnement.humanite.fr/

Instagram https://instagram.com/lhumanitefr
Twitch https://twitch.tv/lhumanitefr
TikTok https://tiktok.com/@lhumanitefr
Twitter https://x.com/humanite_fr
Bluesky : https://bsky.app/profile/humanite.fr
Threads https://www.threads.net/@lhumanitefr
Facebook https://www.facebook.com/humanite.fr

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:01Moi je me pose la question en fait, comment je fais après en éducation morale et civique ?
00:04Si dans ma classe, il y a un élève qui s'est fait attraper, qui a fait 10 heures de
00:07garde à vue
00:07et qui doit faire un service civique alors qu'il n'a rien fait, moi ça me met en difficulté.
00:11Salut c'est Père et bienvenue dans La Vraie Vie, le programme qui vous emmène à la rencontre
00:15des travailleuses et des travailleurs pour découvrir leur réalité et leur quotidien.
00:20Aujourd'hui on parle à la rencontre de Camille, prof d'histoire géo au lycée Sugère, à Saint-Denis,
00:24l'un des lycées touchés par le blocus des lycéens.
00:28Du coup là c'est ton trajet habituel ?
00:30Ça c'est mon trajet quand je ne prends pas le vélo.
00:32Et tu ne prends souvent pas le vélo ?
00:34Bah franchement quand j'ai un peu la flemme, je suis quand même à 40 minutes à vélo.
00:38On me pose souvent la question de c'est quoi être une prof dans le 93 ?
00:41Déjà c'est pas ce qu'on croit, c'est-à-dire que je pense que j'ai un travail
00:48qui peut parfois être aussi difficile
00:50que des profs qui sont dans les territoires, dans la grande ruralité par exemple.
00:54Les premières impressions que j'ai eues justement quand je suis comparée avec ma soeur,
00:59moi je viens d'une famille de profs donc voilà, on parle souvent de ça.
01:01Ok, c'était inné.
01:03Bah c'est qu'en fait j'avais des élèves hyper sympas, qui avaient trop envie de réussir,
01:10qui étaient motivés, qui croyaient à l'école, enfin qui croient à l'école, je peux encore mettre ça au
01:15présent.
01:15Et parfois quand je comparais avec des situations de collègues qui sont dans des territoires plutôt isolés,
01:22enfin rural isolés, etc.
01:23Bah nous voilà, c'est le contraire, les élèves ils ont pas envie, ils sont pas motivés.
01:28Parfois dans des lycées plutôt favorisés, les collègues ont d'autres difficultés.
01:35Donc vraiment la première chose c'est que c'est pas ce qu'on peut imaginer, qu'on peut voir
01:41dans, qui peut être véhiculé à travers des fictions, à travers des médias.
01:46Donc forcément oui, il va y avoir des situations hyper difficiles, et surtout c'est une concentration de situations difficiles.
01:53Moi je dis souvent ça, je dis que la particularité dans un territoire comme le 93, c'est pas le
01:58fait d'avoir des élèves en difficulté, ça il y en a partout en France.
02:00C'est la concentration en fait d'élèves en difficulté, mais difficile après, faut pas s'imaginer que c'est
02:06forcément le rapport avec le professeur qui est difficile.
02:09Ce qui est difficile c'est les conditions dans lesquelles étudient nos élèves, les conditions dans lesquelles ils peuvent travailler
02:13ou pas à la maison,
02:15leur environnement social en fait quand on n'a pas de logement.
02:18Moi j'ai des élèves, ça arrive souvent, on apprend en fait l'élève via l'hôtel, en fait comment
02:25travailler correctement.
02:27Et le prof le lendemain il arrive, comment ça t'as pas fait tes devoirs tu vois, donc bref.
02:30Quand je commence à 8h ça va parce que du coup y'a personne dans le métro.
02:35Ce dont se plaignent les élèves ce sont les rythmes, c'est vrai que l'année dernière par exemple on
02:40commence à 7h55, c'est hyper violent.
02:43Quand on a des élèves déjà habité à côté, j'ai des élèves qui viennent de trembler en France, j
02:48'ai des élèves à 4h30, 5h le matin.
02:52Ils sont éclatés le soir parce qu'ils finissent à 18h, ils ont une heure de transport et puis après
02:56ils se remettent à faire leur devoir.
02:57Donc quand des élèves revendiquent non à mardi 8h-18h tous les jours, vraiment y'a des élèves qui font
03:028h-18h tous les jours avec des trous parfois.
03:07C'est plus qu'à 35 ans.
03:09En fait y'a des trous.
03:10Ouais mais j'ai pas calculé exactement mais ce qui pose problème, le problème c'est la réforme des spécialités,
03:17la réforme bancaire.
03:20Les emplois du temps doivent s'organiser pour que tout le monde puisse faire son menu de spécialité.
03:25C'est un casse tête pas possible et ça crève et on a des élèves, on a des classes de
03:28première.
03:29Franchement on a plus des emplois du temps qui font 8h-10h après qu'on a un trou et qu
03:32'ils refont 7h-18h.
03:34Ah ouais, et puis t'habites à Tremblant en France, tu rentres pas chez toi ?
03:36C'est quoi le lien que vous avez en salle des profs ? Vous communiquez beaucoup ? Vous discutez ?
03:42Dans notre lycée c'est ce qui nous soude.
03:44Par contre je comprends pourquoi y'a des collègues en craquage.
03:46En fait toutes ces tâches ajoutées et puis comme je disais le fait d'être de plus en plus attentif
03:50sur les questions,
03:52sur les questions sociales en fait relatives à nos élèves.
03:55Le manque de moyens qui fait qu'on a l'impression de pas être écouté.
03:58On est cadencé par les sonneries, on est cadencé par...
04:01C'est la sonnerie qui nous dit quand aller aux toilettes, quand aller manger, quand s'arrêter.
04:06Et ça c'est un aspect du métier, je pense que je vais avoir du mal à atteindre le long
04:10terme.
04:10Est-ce que des fois t'entends la sonnerie genre chez toi ?
04:12Non. Jamais ?
04:13Non, par contre...
04:14C'est quoi ton réveil ? C'est la sonnerie ?
04:17Non, non, c'est pas la sonnerie du vie, c'est au secours quoi.
04:20Non, le problème c'est que c'est le rapport à l'immédiatité, on est vraiment à la minute près.
04:26En fait, si on arrive deux minutes en retard, trois minutes en retard, déjà on a les élèves qui sont...
04:31Ils sont censés être sous notre responsabilité, donc on est en tort.
04:36Et donc ça c'est une charge qui... ça pèse assez ça aussi.
04:39Mais je parle même pas des élèves du coup, parce que les élèves c'est pareil, c'est heure après
04:43heure, on passe de physique-chimie à lettres, à français, enfin...
04:47C'est un rythme de dingue.
04:50Moi je pense presque tout le temps au travail quoi, en fait.
04:54Donc je dirais que la seule vraie pause mentale, pour moi c'est les vacances d'été.
05:00C'est quoi ? Parce que 15 jours c'est pas assez pour...
05:02Bah parce que pendant la... les deux semaines de vacances c'est stratégique, tu dis ok, donc là je vais
05:07corriger les copies, je vais corriger les bacs blancs machin, faut absolument que je m'avance.
05:11Donc quand tu le fais pas, tu culpabilises, parce qu'en fait t'as ta famille, t'as tes enfants
05:14qui sont en demande de toi, t'sais là mince, moi je me suis dit que j'allais m'avancer.
05:17T'arrives le jour de la rentrée, les élèves sont à la main, mais t'as corrigé les bacs blancs,
05:20t'es même pas touchés, t'es là, bon, au secours.
05:22Donc en fait, moi j'ai le sentiment que même si je travaille pas, en fait j'ai toujours un
05:27truc de culpabilité de pas travailler.
05:30En vrai le rapport au travail, il est tellement... c'est aliénant !
05:34Après que t'aimes ou pas ton travail, il y a toujours cette question de...
05:37Bah j'ai envie de dire, le problème c'est que les profs ils aiment leur travail.
05:40C'est ça le problème.
05:41Et que du coup, oui justement, on aime notre... enfin je pense que les profs en général aiment leur travail,
05:48veulent bien le faire.
05:48Donc c'est ça qui crée un rapport parfois toxique au travail, parce qu'en fait, on est toujours dans
05:54une recherche d'une perfection qui ne sera jamais atteinte.
05:58C'est scisif notre travail en fait, ça décourage parfois.
06:02Mais il y a quand même des satisfactions, enfin plein de satisfactions, c'est ça qui fait tenir.
06:06Pourquoi ?
06:08Les moments de réussite des élèves, quand les élèves ont leur bac, quand les élèves te contactent les années après
06:13en disant
06:14Madame, je suis en L3 de droit, j'adore, c'est trop bien.
06:18Ça, ça fait plaisir.
06:19Bah oui, ça c'est trop bien.
06:21Bon, j'ai l'impression qu'il y a un peu d'agitation.
06:23Je regarde ce qui se passe.
06:25Il y a des collègues à l'extérieur, attention, on monte sur le parvis.
06:28Ok.
06:29Il y a des élus.
06:30Ok, bah c'est bien qu'on soit là.
06:32Le mouvement continue.
06:34Toi, tu t'attendais à ce qui dure...
06:36Parce que là c'était quoi ?
06:37Ça a commencé mardi ou le lendemain ?
06:39Ouais, chez nous ça a commencé un peu plus tard que dans les autres établissements.
06:43Ok.
06:43Bah ça a commencé hier.
06:45Pardon, ça a commencé lundi.
06:47Et du coup, lundi ça a été très violent.
06:49Enfin, j'ai vu les images des élèves qui se sont fait gazer.
06:52J'ai vu...
06:52Tu me demandais mon dernier coup au moral.
06:56Oui.
06:56J'ai vu un de mes élèves se faire attraper par les cheveux et conduire au poste.
07:01Un élève qui a rien fait.
07:02Enfin, en fait, il y a eu des témoignages d'une élue, de ses camarades, etc.
07:07Le gamin, il ressort comme si, en fait, il doit faire un service civique pour blanchir son casier judiciaire.
07:13Ça, ça m'a fait pleurer, franchement.
07:14Ah oui, quand même.
07:14Ah oui, non, mais en fait, c'est des...
07:16Donc c'est bien, voilà.
07:17Bah, ça ressemble un peu à ce qu'il y avait hier.
07:19Ok.
07:22Donc, on va essayer de voir s'il y a des collègues qui sont là aussi.
07:25Ouais.
07:26Là, il y a des élus.
07:28Il y a du monde, là ?
07:29Ouais, il y a du monde.
07:37Tu peux voir avec les collègues...
07:39On a autant qu'hier ?
07:41Comment ?
07:42On a autant qu'hier ?
07:43Il y a un peu plus de monde qu'hier, j'ai l'impression.
07:46Il y a des élèves de seconde qui, déjà, sont sur les blocus.
07:49Oh, c'est bien, ça les forme politiquement.
07:52Toi, ta première manif, t'avais quel âge ?
07:54Première.
07:55En première.
07:56C'était Bush, Blair, assassin pour la guerre en Irak.
08:00Ah oui.
08:00C'est ce qu'on disait avec une collègue hier.
08:01En fait, c'est pas que ça sert à rien.
08:04C'est que c'est pas ta manifestation qui va changer les choses.
08:06Mais en fait, c'est son premier contact avec la politique.
08:09Et moi, je trouve ça très bien.
08:11On a souvent tendance à dire que nos élèves sont dépolitisés.
08:15Enfin, que les élèves et les jeunes sont dépolitisés, démobilisés, etc.
08:18Bah, la preuve que non.
08:19Hier, il y avait plein d'affiches, là, avec des slogans hyper inventifs.
08:24Buongiorno, tutto bene ?
08:25Tu vois, moi, je me pose la question, en fait, comment je fais, après, en éducation morale et civique ?
08:28Parce que je suis censé faire ça, EMC, avec mes élèves.
08:32Et je leur apprends la démocratie participative, comment être un citoyen actif,
08:37la confiance dans les institutions, etc.
08:38Si dans ma classe, j'ai un élève qui s'est fait attraper,
08:40qui a fait 10 heures de garde à vue et qui doit faire un service civique alors qu'il a
08:43rien fait,
08:44moi, ça me met en difficulté.
08:46Moi, je vais devoir annuler mon cours que j'avais en ligne, là.
08:50Tu avais un cours, là ?
08:52Un cours de langue thaï.
08:52Ah ouais, je t'ai mis en retard de…
08:54Un cours de langue thaï.
08:54Ah, t'apprends le thaï ?
08:55Tu parles combien de langues ?
08:57Bah, je parle d'italien, allemand, anglais…
09:01Bon, l'anglais, bof.
09:02Là, aujourd'hui, normalement, tu as tes off, là ?
09:03Ouais.
09:04Je t'ai remis dans le travail.
09:06C'est pas grave.
09:07Tu vas rester…
09:07Bah, tu vois, c'est ça, c'est ça, vraiment.
09:09Pour tous ceux qui pensent que les profs, ils travaillent pas assez.
09:12Le nombre de collègues qui, parfois, par acquis de conscience, vont reprogrammer un cours
09:17parce qu'en fait, ils ont été en absence maladie…
09:19Enfin…
09:20C'est-à-dire, on peut pas dire après que les profs sont des flemmards, vraiment.
09:22Je t'ai même des profs, c'est moi qui leur dis syndicalement, écoute, tu as été malade, tu n
09:25'as pas à rattraper ton cours.
09:26Là, on va monter dans la salle des personnels et on va prendre une décision, savoir ce qu'on fait.
09:30Est-ce qu'on se met en grève ? Est-ce qu'on soutient les élèves…
09:32À GIP, quoi.
09:33À GIP.
09:34Je te laisse ça à l'instant.
09:35Ouais, ouais, carrément.
09:36On se revoit après, j'ai annulé mon cours de taille.
09:38D'accord. Tu penses que t'en as pour longtemps ?
09:39Non, je pensais.
09:40Hé, partez !
09:41Ok, vas-y.
09:46Il s'est passé quoi, là, du coup ?
09:47Là, on s'est réunis en salle des personnels pour décider un petit peu ce qu'on faisait.
09:51On était à la récréation, donc il y avait pas mal de collègues, une vingtaine de collègues.
09:54Et la question est de savoir ce qu'on fait.
09:57Il est évident qu'en fait, s'il y a une présence adulte sur le Paris,
10:01ça apaise à la fois les forces de l'ordre et les élèves.
10:06Donc, on a demandé à être le plus présent possible.
10:08Maintenant, il y a des collègues, ça fait deux jours qu'ils sont déjà en grève.
10:11Donc, c'est un petit peu compliqué de se remettre en grève.
10:13Toi, quand t'es en grève comme ça, tu perds le salaire ?
10:15Oui.
10:18Bah, quand t'es malade un jour aussi, tu perds le salaire maintenant.
10:20Il y a le jour de carence.
10:22Donc, lundi, j'étais malade.
10:24Ah, il y a un jour de carence ?
10:25Ah oui, il y a un jour de carence.
10:25Donc, si t'es malade un jour, tu perds ton salaire.
10:28Et puis là, en plus, ça rejoint ce dont on parlait tout à l'heure,
10:31sur les salaires qui n'étaient pas dingueux.
10:34Ah bah, pour les collègues les plus précaires,
10:38effectivement, je pense aussi aux AESH.
10:40Je pense qu'elles sont au même statut.
10:42C'est-à-dire, un jour unique de maladie, tu n'es pas bien et tu perds un trentième de
10:48ton salaire.
10:48Quand tu vois les gamins bloquer le lycée pour avoir des conditions plus dignes pour étudier,
10:56plus de profs, plus de moyens, est-ce que tu partages toutes ces revendications ?
11:00Bah, on ne peut faire que partager les revendications, en fait.
11:02C'est les mêmes qu'on a eu il y a deux ans, fausse de moyens.
11:04Enfin, en fait, c'est même pas une question...
11:06Les élèves, ils parlent souvent d'égalité. Ils ont raison.
11:08Mais en fait, c'est une question d'équité.
11:10On ne peut pas être mis sur un pied d'égalité, avoir les mêmes moyens
11:14qu'avec l'IPS qu'on a dans ce lycée, que des établissements plus favorisés.
11:19En fait, on a besoin de plus de moyens.
11:21Donc, c'est pas...
11:23Vous êtes bien content que vous avez une assistante sociale.
11:25Bon, d'ailleurs, on n'en a pas, là, à la rentrée.
11:27Mais il en faudrait deux.
11:28Voilà, en fait, vous êtes comme les autres lycées.
11:30Vous avez autant d'AED, donc de surveillants.
11:34Bah non, il en faudrait plus.
11:35Donc, c'est ça le problème, c'est l'équité.
11:37C'est bien que les élèves demandent l'égalité.
11:39Mais en fait, il faudrait l'équité.
11:40Ça veut dire, nous, on a besoin de plus de moyens.
11:42On n'est pas n'importe quel lycée, quand même, non plus.
11:45La famille, j'espère que ce premier épisode vous a plu.
11:47Nous, on se retrouve dès la semaine prochaine
11:50pour découvrir un nouveau métier.
11:57Sous-titrage Société Radio-Canada
11:59...
12:00...
12:01...
12:02...
12:02...
12:02...
12:02...

Recommandations