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La collaboration et l'occupation allemande sont-elles des questions d'actualité ? Oui, à en croire le vif débat et l'instrumentalisation politique faits autour de la sortie du film de Xavier Giannoli, "Les Rayons et les Ombres", biopic du journaliste collaborationniste et de sa fille, Jean et Corinne Luchaire, avec notamment Jean Dujardin au casting. L'analyse de Cyprien Caddeo et Emilio Meslet.
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00:00La collaboration et l'occupation allemande sont-elles des questions d'actualité ?
00:05Oui, à en croire le vif débat et l'instrumentalisation politique faites autour de la sortie du film de Xavier
00:10Giannoli,
00:11Les rayons et les ombres, biopic du journaliste collaborationniste Jean Luchère et de sa fille, l'actrice Corinne Luchère, avec
00:17notamment Jean Dujardin.
00:19Les rayons et les ombres sorti le 18 mars et qui pour l'instant est un succès plutôt en salle
00:23puisqu'il a quasiment 500 000 entrées à l'heure où on enregistre cette vidéo
00:26et aussi un succès critique globalement, on va en reparler tout de suite.
00:30Et justement pour en parler, j'accueille Emilio Mellet, grand reporter au service politique de l'Humanité.
00:35Salut Emilio !
00:35Salut !
00:36Et donc moi c'est pris un cadeau, je ne me suis pas présenté, chef adjoint du service politique de
00:40l'Huma, toujours.
00:41Je précise qu'on a tous les deux vu le film, donc on va pouvoir en parler très tranquillement.
00:46Par ailleurs on va devoir un peu forcément spoiler l'intrigue, donc si jamais vous ne l'avez pas vu
00:52et que vous ne vouliez pas être spoilé,
00:54passez votre chemin et revenez une fois que vous l'avez vu.
00:56Je précise aussi qu'il ne s'agit pas ici de dire qu'un film a obligation d'être un
01:02traité de véracité historique.
01:04Un film a le droit de trahir l'histoire, évidemment c'est la liberté de la fiction, mais s'il
01:08le fait, un, il se doit d'être honnête,
01:09et deux, il est normal qu'on discute des effets politiques des trahisons de l'histoire qu'opère le film.
01:17Donc comme on l'a dit, le film est fait polémique jusqu'à maintenant encore dans l'opinion publique française.
01:23Justement Emilio, c'est quoi les termes de la polémique ?
01:27Alors cette polémique, en réalité, elle tient du fait qu'il y a une différence, un désaccord d'analyse et
01:32de réception politique de cette œuvre de Xavier Giannoli.
01:36Ce qu'on peut très bien voir en regardant tout simplement les notes moyennes, en général, quand il y a
01:42des films qui sortent, qui sont donnés par les différents médias sur le ciné.
01:45Et on voit qu'il y a deux camps nets, il y a à peu près tout le monde, et
01:48il y a les médias de gauche, la plupart, qui voient dans le film de nombreux problèmes.
01:55Dans le premier camp, il y a ceux, on l'a dit, qui sont majoritaires, qui voient un grand film,
02:00déjà un classique.
02:02Et c'est vrai, il faut le dire, les décors, la reconstitution matérielle, les acteurs, tout ça est quand même
02:09un emballage extrêmement bien ficelé.
02:12C'est comme le voit même gagner le César du meilleur film l'an prochain.
02:16Potentiellement. Donc un classique, formellement, difficilement critiquable, sur la nuance et sur le manichéisme, là où d'autres, dont nous
02:27sommes, et aussi de nombreux historiens,
02:29ils voient qu'à force de vouloir absolument tout sacrifier pour essayer de rechercher la complexité dans la collaboration,
02:37et bien le film finit par minimiser, voire réhabiliter cette collaboration jusqu'à devenir, par certains aspects, presque un film
02:45révisionniste.
02:46Oui, j'affiche là à l'écran un exemple de ce que tu illustres, enfin ce que tu racontes, une
02:51illustration de ce que tu racontes.
02:52Plutôt, là, une tribune dans le monde de l'historienne Bénédicte Vergeachénion, spécialiste de Vichy, de la collaboration biographe de
02:59Philippe Pétain,
03:00qui s'en prend vertement au film en l'accusant justement de falsification historique.
03:05On y reviendra évidemment. Dans le monde, donc c'est le monde d'hier, donc c'est pour dire du
03:101er avril,
03:11donc c'est quand même quelque chose, la polémique était encore fraîche, et on a dans ce même numéro du
03:16Monde,
03:16on a en fait la tribune était face face avec une autre tribune de critique cinéma, cette fois Léonard Haddad,
03:21qui lui n'est pas d'accord et défend le film, et donc la controverse vit aussi dans les pages
03:26de la presse française,
03:27notamment du Monde. Qu'est-ce que, oui, peut-être discuter du contenu même du film, du sujet du film
03:34tout simplement,
03:35puisque donc le film choisit de faire le portrait de Jean Luchère et de sa fille, Corinne Luchère.
03:41Jean Luchère, c'est une figure particulière de la collaboration.
03:44En effet, Jean Luchère est un pacifiste. Dans les années 30, il était un artisan de l'amitié,
03:51la réconciliation franco-allemande, un des tenants du plus jamais ça après la Première Guerre mondiale,
03:55proche des ligues de lutte contre l'antisémitisme, un homme de centre-gauche, radical socialiste,
04:01et aussi un journaliste, un journaliste qui a basculé au nom de son pacifisme dans la collaboration,
04:07jusqu'à devenir le patron de presse le plus influent sous l'occupation,
04:13puisqu'il a fondé notamment en novembre 1940, les Nouveaux Temps, journal Collabo qui promeut une nouvelle Europe,
04:20qui se faisait le relais de la propagande nazie directement donnée par le Troisième Reich,
04:27et l'ambassade du Troisième Reich, qui était alors dirigée par Otto Abetz,
04:31l'un des amis des années 30 de Jean Luchère, qui lui aussi était un pacifiste, francophile,
04:37et qui est lui aussi versé non pas dans la collaboration, mais carrément dans le nazisme,
04:42jusqu'à en devenir l'ambassadeur.
04:45Jean Luchère était aussi co-signataire en septembre 1943 d'un texte,
04:49notamment avec un autre collabo, Marcel Déat,
04:53qui vise à instaurer en France un parti unique et un État national socialiste.
05:00Qu'est-ce qu'il a fait d'autre, Jean Luchère ?
05:02Eh bien, il a aussi été le fils d'un résistant, par contre, à l'inverse,
05:07Julien Luchère, qui s'en était pris dans la presse, justement, à son fils,
05:14dont il ne partageait pas les options politiques.
05:17Tout ça a conduit à la mort de Jean Luchère,
05:21puisqu'il fut condamné et exécuté à mort le 22 février 1946,
05:26là où sa fille Corinne Luchère, elle aussi, colla beau,
05:29ex-figure montante du cinéma français,
05:31la Greta Garbo française de la fin des années 30,
05:34notamment avec le film Prison sans barreau, qui l'a fait connaître.
05:38Elle n'est pas morte tout de suite après,
05:40elle a été frappée d'indignité nationale,
05:41ce qui a fait qu'elle n'a pas pu travailler
05:43et reprendre sa carrière d'actrice, comme dans l'entre-deux-guerres.
05:48Elle a fini par mourir plus tard,
05:51quelques années plus tard, dans l'indifférence générale.
05:54Et en fait, il faut comprendre que choisir de faire,
05:57de traiter de Jean Luchère, qui est certes un sujet de cinéma très intéressant,
06:01c'est quand même pas neutre à deux...
06:02Alors, c'est jamais neutre, de toute façon, les choix cinématographiques,
06:04mais c'est politiquement, on va dire, signifiant à deux niveaux.
06:08Premièrement, parce qu'en fait, il y a peu de films
06:10sur la collaboration au cinéma.
06:11C'est-à-dire qu'en France, on a quand même beaucoup plus de mal,
06:14comparé aux États-Unis, par exemple,
06:15où ils sont en capacité, dès qu'il y a un événement tragique
06:18dans leur histoire, à en faire film, en fait.
06:21La guerre du Vietnam, par exemple, à peine est-elle terminée,
06:23voire même elle est encore en train de se tenir,
06:25que déjà, il y a des films sur la guerre du Vietnam.
06:27Nous, on a beaucoup plus de mal à traiter
06:28de la colonisation et de la collaboration, par exemple.
06:32En France, un des rares exemples, contre-exemples
06:34de films sur la collaboration, c'était donc ce film
06:36de Louis Malle de 1974, donc ça fait 50 ans.
06:39La con de Lucien.
06:40Exactement.
06:41Donc, il n'y en a quand même pas beaucoup.
06:43Donc, prendre par ce prisme de la collaboration,
06:47c'est-à-dire par le prisme de quelqu'un qui vient du pacifisme
06:49et qui vient de la gauche, même si c'est le centre-gauche,
06:51en réalité, à l'époque, le parti cardical de gauche,
06:55c'est pas non plus anodin, on va dire, ça produit des effets.
06:59Et par ailleurs, il faut quand même préciser,
07:00le film est issu d'une adaptation d'un texte particulier
07:05qui sont les mémoires de Corinne Luchère,
07:08Ma drôle de vie, qui est le livre qu'elle a écrit en 1949,
07:11qui, là aussi, signe la question du point de vue du film.
07:14En fait, c'est peut-être là que réside tout le problème
07:16et la difficulté que certains, dont nous,
07:20pouvons avoir avec le film, c'est un problème de point de vue.
07:22Là, en réalité, Xavier Janoli, il adopte la position
07:26de Corinne Luchère sans prendre assez de distance
07:30avec ce qu'elle raconte.
07:32Il y a d'autres exemples de films subversifs,
07:35comme c'était le cas d'un film qui s'appelle
07:36Black Book de Paul Verhoeven,
07:38qui, de façon, je caricature,
07:41mais en gros, donnait l'histoire
07:43dans la Seconde Guerre mondiale aux Pays-Bas,
07:46la vie d'un gentil nazi
07:49et d'un méchant résistant.
07:52Là, ce n'est pas ça que fait Xavier Janoli.
07:54Il choisit le point de vue d'Ocarine Luchère.
07:57C'est ce qui fait que la réception est difficile,
08:00comme ça l'avait été il y a quelques années
08:02pour le film Bac Nord de Cédric Jiménez,
08:03qui était une plongée dans la police,
08:06la Bac marseillaise,
08:08qui s'en prenait au trafic de drogue,
08:11qui avait été perçue,
08:12et c'était notre cas,
08:14comme un film qui...
08:16Un film proflique.
08:17Un film proflique,
08:19avec des relents racistes.
08:19Du point de vue exclusif de la police.
08:21Parce qu'il prenait le point de vue
08:22d'un des policiers syndicalistes d'extrême droite
08:27qui racontait qu'il était lui-même,
08:29en gros, victime
08:30d'être le fusible de l'État,
08:32qui faisait sauter les petits fonctionnaires
08:33plutôt que d'assumer des responsabilités globales
08:35dans la lutte contre la drogue
08:37et les quartiers,
08:38je mets des guillemets,
08:39perdus de la République,
08:40comme ces gens-là le disent.
08:42Et bien c'est ce qui se passe en réalité
08:44avec le film de Xavier Giannoli,
08:45un problème de point de vue
08:46qui conduit en réalité
08:49à une inversion des valeurs.
08:50C'est un film qui dit,
08:51c'est le titre de la critique
08:55qu'on fait dans la tribune
08:56Bénédicte Vergès-Chignon,
08:59c'est un film qui ne veut pas tout voir
09:00en tout noir ou tout blanc.
09:02Effectivement, les films tout noir ou tout blanc,
09:03c'est rarement intéressant.
09:04Mais lorsque Giannoli fait ça,
09:07en réalité,
09:08il mélange le blanc et le noir,
09:10ce qui fait que ce qui auparavant
09:12été vu peut-être de façon un peu caricaturale
09:14très blanc et très noir
09:15devienne tout gris.
09:16Et donc on finit dans une sorte de confusionnisme
09:18à l'égard de la collaboration.
09:23Et ça prend des exemples aujourd'hui,
09:26on peut prendre des exemples aujourd'hui
09:28dans l'instrumentalisation politique
09:29qu'en fait une partie de la réacosphère,
09:32voire même la réacosphère dans son intégralité.
09:35Et je te propose qu'on commence par,
09:37c'est difficile à dire,
09:38mais la plus subtile d'entre eux,
09:40Eugénie Bastier.
09:41Oui, sur Europe 1,
09:42donc radio de Vincent Bolloré.
09:44On écoute, elle a adoré le film,
09:46écoute aussi la question du journaliste.
09:48Et au fond, ce qui gêne certains,
09:50n'est-ce pas que ce film fasse sauter le tabou
09:51d'une collaboration venue aussi de la gauche ?
09:54Et oui, c'est en partie cela a raconté Jean Luchère,
09:57cet homme de centre-gauche, humaniste, pacifiste,
10:00entraîné par son pacifisme et par son amitié
10:02avec le nazi Otto Abetz
10:03dans la réconciliation franco-allemande,
10:05puis dans la collaboration.
10:07C'est effectivement un choix audacieux.
10:09Mais attention à ne pas tordre le sens du film,
10:11il serait aussi absurde de dire que ce film est fasciste
10:14que d'affirmer qu'il prouve que la collaboration
10:16fut majoritairement de gauche.
10:18Bien sûr, il y a eu des collaborateurs venus de la gauche,
10:21et c'est bien d'en parler et de lever ce tabou.
10:24Il y a Pierre Laval, bien sûr,
10:25Simon Epstein, l'historien, avait montré
10:27dans un paradoxe français qu'il y a eu des filosémites à Vichy
10:29comme des antisémites dans la Résistance,
10:31mais n'exégérons pas non plus,
10:32ce ne furent pas les plus nombreux.
10:34La grande force de Giannoli,
10:35c'est précisément de ne pas raconter cette histoire
10:37en noir et blanc,
10:38de montrer le glissement progressiste,
10:41progressif, d'un progressiste justement
10:43vers la compromission,
10:45sous l'effet de la faiblesse, de l'ambition,
10:47de l'appât du gain,
10:47et il montre aussi, et ça c'est assez rare,
10:49la violence qu'a pu avoir parfois l'épuration,
10:52ce que les cinémas français n'ont pratiquement jamais fait,
10:54à l'exception peut-être d'Uranus, de Claude Berry.
10:58Voilà pour Eugénie Bassier,
11:01sur Repin, propriété,
11:02on le rappelle de Vincent Bolloré,
11:03qu'on se réjouisse sur les ondes de Bolloré,
11:06qu'on ait levé le tabou de la collaboration de gauche,
11:10évidemment ce n'est pas anodin.
11:11Non, ça sert à un propos politique bien actuel justement,
11:15leur idée c'est de faire un comparatif
11:16avec ce qu'a pu être la collaboration de gauche aujourd'hui,
11:20en faisant, disent-ils, sauter le tabou,
11:22pour en fait renvoyer dos à dos tout le monde.
11:24Si la collaboration c'est un peu de gauche,
11:26un peu de droite, un peu d'extrême droite,
11:28en réalité c'est personne,
11:29de leur point de vue,
11:30et donc ça permet aussi de,
11:32à la fois, en partie,
11:34aussi diaboliser la gauche,
11:35en disant qu'eux aussi ce sont des collabos,
11:37c'est une rhétorique qu'ils utilisent,
11:38notamment vis-à-vis des islamistes aujourd'hui,
11:40que la gauche, voilà.
11:41Les islamo-collabos.
11:42Les islamo-collabos, c'est l'expression régulière,
11:45voilà, on l'a vu dans la rhétorique,
11:47notamment dans le conflit israélo-palestinien,
11:49dans la guerre que mène Israël au Gaza,
11:52et bien la gauche,
11:52et notamment la France insoumise,
11:54seraient les alliés du Hamas,
11:55les collabos.
11:56Donc ça sert à la fois à écarter la gauche,
11:59et en même temps,
12:00à nuancer tout ce qui s'est passé par ailleurs,
12:03que, c'est ce qu'elle ne dit pas,
12:04Eugénie Bastier,
12:05elle dit,
12:06la gauche n'était pas majoritaire parmi les collabos,
12:08mais qui étaient les majoritaires parmi les collabos ?
12:10Je te le donne en mille.
12:11La droite et l'extra-droite, évidemment.
12:13Oui, bien sûr,
12:14c'est là où on touche à la question de la dépolitisation
12:17du sujet même de la collaboration
12:19dans le traitement de Xavier Giannoulli.
12:22Parfaitement,
12:23parce que la thèse du film,
12:27c'est que Jean Luchère ne rentre pas en collaboration
12:31parce qu'il est nazi, profondément antisémite, etc.
12:35Ce qui est vrai,
12:36il n'était pas antisémite a priori.
12:40Par contre,
12:41le film nous montre
12:43que ce choix
12:44serait guidé davantage
12:46par une irrésistible pulsion de vie,
12:50un instinct de survie
12:51de Jean Luchère
12:52qui voit ici un intérêt à collaborer,
12:55à la fois pour le plus jamais ça,
12:57parce qu'il ne veut plus que les peuples entrent en guerre,
12:59mais aussi pour des intérêts personnels, matériels,
13:01parce qu'on voit notamment des scènes d'orgie
13:03avec les nazis où il la bouffe de l'alcool à profusion,
13:07on est dans l'oubli de soi.
13:09Lui-même, comme sa fille,
13:10son malade de la tuberculose,
13:12ce mal qui se transmet de parents à enfants.
13:17Et donc, si on s'en tient au film,
13:20Jean Luchère n'était pas un collabo convaincu,
13:22ce n'était pas un collaborationniste,
13:23c'était un simple collaborateur
13:25qui le faisait
13:27parce qu'il n'avait presque pas d'autre choix.
13:29En réalité,
13:31je force le trait volontairement
13:33parce que ce n'est pas le propos
13:35que désire avoir le fiel,
13:37mais en creuse,
13:38c'est presque celui qui le tient.
13:39Oui, bien sûr.
13:40Et moi, il y avait une citation
13:42qui m'avait marqué dans le film,
13:44en fait,
13:44qui est à un moment,
13:45Otto Abetz,
13:45qui est l'ambassadeur du Reich,
13:47qui est ce grand ami de Jean Luchère,
13:49qui le fera basculer aussi
13:50dans la collaboration.
13:51Et dont on ne comprend pas bien
13:52dans le film
13:52comment il bascule
13:53parce qu'à un moment,
13:53il repart en Allemagne
13:54et il revient en Allemagne
13:55alors qu'il critiquait,
13:57au contraire,
13:57Hitler auparavant.
13:58On ne comprend pas.
13:59Charge au spectateur
14:00de combler l'ébéance du film.
14:02Voilà, on a quelqu'un
14:03qui, lorsqu'il revient,
14:05passe la frontière,
14:06il redevient,
14:06il devient nazi
14:07là où il ne l'était pas.
14:09Oui, à ce titre,
14:10Otto Abetz,
14:11c'est un personnage assez raté
14:11dans le film, je pense.
14:12Mais il a cette citation
14:14qui est pour le coup très juste.
14:15Il dit,
14:16à propos de Jean-Luc Cher,
14:17il dit,
14:17il ne faut pas juger
14:18un journaliste uniquement
14:19à ce qu'il écrit
14:19mais aussi à ce qu'il n'écrit pas.
14:21Et il lit ça
14:21au moment précis,
14:23c'est-à-dire au moment
14:24où Vichy est en train
14:24de passer les lois
14:25de zèle anti-juive,
14:27donc Port de l'étoile jaune,
14:28le statut des juifs,
14:30voilà,
14:31et puis bientôt,
14:32il y aura bientôt les rafles.
14:33Et à ce moment-là,
14:34en fait,
14:34Jean-Luc Cher,
14:35au lieu d'écrire là-dessus,
14:36quitte à écrire positivement
14:37à propos de ça
14:38puisqu'il est dans un journal collabo,
14:40il préfère écrire sur Roosevelt.
14:41Et sous-entendu,
14:42en gros,
14:42il écrit sur autre chose
14:43comme ça,
14:43il nous laisse tranquille.
14:45Eh bien,
14:45en fait,
14:45le film,
14:46on pourrait lui appliquer
14:47sa propre maxime,
14:49j'ai envie de dire.
14:50On peut juger un film
14:50à ce qu'il filme
14:51mais aussi à ce qu'il ne filme pas,
14:52à ce qu'il ne montre pas.
14:53Et là,
14:54concernant la collaboration,
14:55il y a quand même
14:55des grosses béances.
14:56En l'occurrence,
14:57sur la scène que tu cites,
14:59il y a deux problèmes.
15:00Le premier,
15:00c'est déjà ce qu'il filme.
15:01C'est ce que nous dit
15:03Bénédic Vergès-Chignon
15:03dans sa tribune.
15:05Il dit que le spectateur
15:06assiste aux états d'âme
15:08de Luchère
15:09au moment de commenter
15:10le statut des Juifs
15:11dans le quotidien
15:11qu'il dirige.
15:12C'est le troisième paragraphe.
15:15Frase suivante,
15:16un quotidien
15:17qui n'existe pas
15:18au moment où ce statut
15:19fut promulgué
15:20par le gouvernement de Vichy.
15:21S'il a eu des états d'âme,
15:22ce qui reste à prouver,
15:23il n'aurait donc pas pu
15:24en faire état
15:25dans son journal.
15:26Donc,
15:26c'est-à-dire que,
15:27déjà,
15:27première chose,
15:29Giannoli décide de filmer
15:30quelque chose
15:31qui n'existe pas.
15:32Oui,
15:33tout à fait.
15:34Et par ailleurs,
15:34d'inventer une scène.
15:35Il invente une scène,
15:36ce qui est de son droit.
15:38Oui, bien sûr.
15:38Mais du coup,
15:38nous,
15:39on doit aussi en analyser
15:40les effets.
15:41Exactement.
15:41Et s'ajoute
15:43au filmage
15:44de quelque chose
15:45qui n'existait pas,
15:47ce qu'il ne filme pas,
15:48c'est-à-dire
15:49les effets
15:49de la collaboration,
15:51les effets matériels
15:52de cette collaboration.
15:53C'est-à-dire que
15:54il ne filme jamais
15:56des personnes juives,
15:58hormis celles
15:58qu'il parvient
16:00à aider
16:01pour fuir.
16:03C'est-à-dire
16:04qu'on ne voit pas
16:04d'étoiles jaunes
16:04dans le film.
16:05Il n'y a pas
16:06de commerce
16:07qui était détenu
16:08par des juifs
16:08qui sont fermés.
16:09Il n'y a pas
16:10de train qui parte.
16:11Il n'y a pas
16:11la violence des nazis
16:12qui s'exerce
16:13à la fois
16:13sur les personnes juives
16:15et aussi
16:15sur les personnes résistantes.
16:17Il n'y a même pas
16:17un soldat allemand
16:18qui exercerait
16:19une violence dans la rue.
16:19La seule violence
16:20qui est visible
16:21à l'écran,
16:22c'est celle,
16:23un,
16:23soit qui s'exerce
16:25contre Corinne Luchère
16:25au tout début du film
16:27par des personnes
16:27qui lui reprochent
16:28la collaboration.
16:29Après-guerre.
16:30Après-guerre.
16:32Soit c'est
16:33une autre scène
16:35réinventée
16:36par Xavier Gennoli
16:38dont nous parle aussi
16:39l'historienne
16:40Bénédicte Vergès-Chénion.
16:42Et je vais vous le lire.
16:43Mais encore plus imaginaire
16:44est l'arrestation
16:45de Luchère
16:45par les FFI,
16:46forces françaises
16:47de l'intérieur,
16:48répugnant
16:48dans le plus pur style
16:50d'épuration sauvage
16:51alors qu'il fut arrêté
16:53par des militaires américains
16:54en Italie.
16:54La résistance se retrouve
16:55ainsi dépeinte
16:56sous son pire jour.
16:57C'est-à-dire qu'en plus,
16:58lorsqu'il décide
16:59de falsifier,
17:00il le fait
17:01pour avoir
17:02un effet
17:03sur le spectateur.
17:03Puisque la seule violence
17:04qui émane,
17:05ça veut dire
17:05qu'il veut opérer
17:07une sorte de rééquilibrage.
17:08En tout cas,
17:08je ne sais pas s'il le veut
17:09mais c'est ce qu'il fait.
17:10Une sorte de rééquilibrage
17:11entre la violence des nazis
17:12qui n'est pas montrée
17:13et celle des résistants
17:14qui est montrée
17:15alors même que ce n'est pas
17:16ce qui s'est passé
17:17dans la réalité.
17:18Il y a d'autres cinéastes
17:19qui ont déjà fait
17:21des uchronies
17:22qui changent
17:22la réalité historique.
17:24L'un des cas
17:25les plus célèbres
17:25c'est celui
17:26de Quentin Tarantino
17:26qui l'a fait
17:27notamment dans deux films
17:28Inglourious Bastards
17:29et dans Once Upon a Time
17:30in Hollywood.
17:30Prenons le cas
17:31d'Inglourious Bastards.
17:31Il tue Hitler
17:32à la fin de son film
17:34dans un cinéma.
17:35Un commando juif
17:36qui tue Hitler.
17:36C'est un commando
17:36qui incendie un cinéma
17:38et c'est une manière
17:40pour lui
17:40de rendre justice
17:41justement aux juifs
17:42de les faire
17:44assassiner
17:44leurs bourreaux
17:47et de dire
17:48en même temps
17:48quelle peut être
17:49aussi la force du cinéma
17:50sur les imaginaires
17:51et sur les constructions
17:53politiques.
17:53Sa fonction cathartique aussi.
17:54Une fonction cathartique
17:55parfaitement.
17:56Et là
17:57Xavier Gennelli
17:57lui il fait l'inverse
17:58en réalité.
18:00Et surtout
18:01il n'assume jamais
18:01c'est-à-dire que
18:01l'Ukronie
18:02chez Tarantino
18:03elle est assunée
18:03de manière presque cartoon
18:05dans le film
18:05que tu cites
18:06Inglourious Bastards
18:06ce qui là
18:07n'est pas le cas
18:07le film a tous les atours
18:09du film
18:10inspiré d'une histoire vraie
18:10d'ailleurs c'était créé
18:11et dans la bande-annonce
18:12et au début du film
18:13la distance n'est pas mise
18:15sur le film.
18:16Et au-delà de ça
18:17c'est même
18:18exactement l'inverse
18:19parce que Tarantino
18:19lui quand il le fait
18:20il le fait
18:20sur un fait
18:21que tout le monde
18:22sait.
18:23C'est-à-dire que
18:23Hitler s'est suicidé
18:25dans son bunker
18:26lorsque les soviétiques
18:28sont arrivés à Berlin
18:29pour éviter justement
18:30d'avoir encore
18:31trimballé comme martyr
18:32qu'il a fait
18:33incendier
18:33sa propre dépouille
18:35par les soldats nazis.
18:36C'est un fait
18:37plutôt connu
18:38en l'occurrence
18:38l'histoire de Jean Luchère
18:39et de Corinne Luchère
18:40est un fait peu connu
18:41et donc il demande
18:42à son spectateur
18:43de combler tout seul
18:45des choses
18:45qu'il ne peut pas savoir
18:46s'il ne connaît pas
18:47l'histoire de Jean Luchère.
18:47Et on peut faire le pari
18:49malheureusement
18:49que la plupart des spectateurs
18:50ne feront pas l'effort
18:52et on le comprend par ailleurs
18:53c'est pas un jugement de valeur
18:54d'aller vérifier
18:55sur Wikipédia
18:56ou sur un livre d'histoire
18:57si tout ce qui a été dit
18:58dans le film est vrai.
18:59Et on vous conseille
19:00du coup à ce titre-là
19:00l'intégralité de la tribune
19:03de Bénédicte Verges et Chénion
19:07qui nous montre
19:08exactement
19:09toutes les inventions
19:11que peut faire
19:12le film.
19:13En tout cas les imprécisions
19:14les choix qu'il fait historique.
19:16Et on vous conseille aussi
19:16ce texte
19:18sur Facebook
19:18de l'historien
19:19Laurent Joly
19:20spécialiste aussi
19:21de l'antimétisme
19:22et de la variée de Vichy
19:24où il reprend
19:25des réponses
19:26qu'il a données
19:26aux Guardian
19:27puisque preuve
19:28que le film
19:28n'intéresse pas
19:29qu'uniquement en France
19:30ça intéresse aussi
19:30au moins en Europe
19:31la presse britannique
19:33en l'occurrence
19:33de gauche
19:33The Guardian
19:34a interviewé
19:35Laurent Joly
19:36sur les limites du film
19:38justement
19:38et donc l'historien
19:39est très intéressant
19:39il est donné
19:40un point d'accès libre
19:41ici
19:41sur son Facebook
19:42donc je vous conseille
19:43d'aller voir
19:44c'est un peu long
19:45mais ce que raconte
19:45Laurent Joly
19:46qui lui-même
19:47réagit
19:48à une publication
19:49d'un autre historien
19:50Henri Rousseau
19:51spécialiste
19:52de la seconde guerre mondiale
19:54et du négationnisme
19:55qui lui aussi
19:56justement remercie
19:57Bénédicte Vergès-Chégnon
19:59de remettre
20:00les pendules
20:01de l'occupation
20:01à l'heure allemande
20:02on note la formulation
20:04et donc
20:04il dit qu'il partage
20:05absolument
20:06son opinion
20:07bien que
20:08Gilles Noli
20:09n'ait pas cherché
20:09à réhabiliter
20:10la collaboration
20:10comme Sartor le n'accuse
20:12ce qui n'est pas notre cas
20:13je le rappelle
20:13mais que le film
20:14est une régression
20:15à la fois sur le plan
20:15historique
20:16mais aussi cinématographique
20:17parce qu'il reprend
20:19les pires clichés
20:19de certains navets
20:20de la mode rétro
20:22des années 70
20:22notamment par la vision
20:23des Allemands
20:24et par cette insistance
20:26à montrer
20:27les bordels
20:28des Paris
20:28occupés
20:29sur les ambiguïtés
20:29et dilemmes
20:30de l'époque
20:31il vaut mieux
20:31voir ou revoir
20:32la comble Lucien
20:33chef d'oeuvre
20:34de Louis Malle
20:35ou lire les oeuvres
20:36de Patrick Modiano
20:37oui tout à fait
20:38et là il reprend
20:38ce qu'on disait
20:39sur la collaboration
20:41n'est représentée
20:42qu'à travers
20:42les agapes décadentes
20:44qui ont existé
20:46par ailleurs
20:46mais résumer
20:48la collaboration
20:49à finalement
20:50c'était une façon
20:51de bouffer
20:51et de faire la fête
20:52alors que tout le monde
20:53creusait la gueule
20:53et crevait de faim
20:54par ailleurs dans Paris
20:56et parce qu'on se rapprochait
20:57de ce qu'a eu le pouvoir
20:58tout simplement
20:58et on a vu la lumière
20:59on est rentré
21:00c'est encore une fois
21:03une orniette
21:04extrêmement réduite
21:04pour appréhender
21:06la collaboration
21:06et totalement
21:07comme tu l'as dit
21:08dépolitisante
21:08puisque toute la fonction
21:10enfin toute la décision
21:11idéologique
21:12de la collaboration
21:13par des authentiques
21:14antisémites
21:14et des authentiques nazis
21:15est complètement
21:17alors j'irais pas
21:18qu'elle est totalement absentée
21:19puisqu'il y a des moments
21:19où on voyait les traités
21:20par exemple on voit
21:21très brièvement
21:22Jacques Doriot
21:23lors d'un meeting
21:24mais vraiment c'est une scène
21:24de je pense
21:25qui dure 30 secondes
21:25à peu près
21:27et on voit
21:28effectivement aussi
21:28un autre journaliste
21:29et Céline
21:30on voit Céline
21:31dans une scène inventée
21:32encore une scène inventée
21:33Céline qui fait
21:33une espèce d'exclambre
21:34à l'ambassade d'Allemagne
21:35pour être plus antisémite
21:36que les antisémites
21:37bon ça n'a pas grand intérêt
21:39et puis ça
21:40presque par contre
21:40ça dédouane les autres
21:41encore une fois
21:42mais justement
21:43en fait tout ça
21:43on l'a dit
21:44tiens déjà
21:45le point de départ du film
21:46c'est son point de vue
21:46en fait le film
21:47il a un autre problème
21:48c'est son dispositif filmique
21:50on l'a dit
21:51il y a le hors champ
21:52c'est à dire
21:53tout ce qu'on ne voit pas
21:54à l'image
21:55et bien
21:57ça crée des effets
21:57or il aurait pu faire
21:59un autre choix
22:00Giannoli par exemple
22:00via son décor
22:01tout ce qu'il ne montre pas
22:03il aurait pu le montrer
22:03de façon plus sublimine
22:04à l'arrière
22:05on aurait pu voir
22:05des gens passer
22:06à l'arrière fond
22:07parce qu'en plus
22:08le jaune en plus
22:09vu la colorimétrie
22:09qu'il choisit dans le film
22:10ça ressort
22:11si on voit des étoiles jaunes
22:11croyez-moi
22:14on les verrait
22:15absolument
22:15il y a une deuxième chose
22:16qu'il fait
22:17et qui de fait
22:19réhabilite un petit peu
22:20Jean Luchère
22:20et c'est la scène
22:21que tu allais évoquer
22:21avec un journaliste
22:22des nouveaux temps
22:23qui veut signer
22:25lui un édito
22:26clairement antisémite
22:27pour défendre
22:28les lois
22:28des statuts des juifs
22:29voilà
22:30exactement
22:30et il se trouve
22:31qu'à ce moment là
22:32et bien
22:33magie du cinéma
22:34Jean Luchère n'est pas
22:35dans les locaux
22:36et donc cet édito passe
22:37et comme si Jean Luchère
22:39à son corps défendant
22:41son journal devient antisémite
22:42voilà
22:42alors qu'il est
22:43encore une fois
22:44on rappelle que
22:44les nouveaux temps
22:45c'était quand même
22:45l'officine de relais
22:47de la propagande
22:48et nazie
22:49et vichysoise
22:50de manière évidente
22:51donc ça c'est la deuxième chose
22:53et comme il a
22:54ce qui pourrait
22:55parfois être
22:57défendable
22:57parce qu'en fait
22:58s'il veut se mettre
22:59dans la tête d'un collabo
23:00c'est normal
23:01qu'il se mette
23:02dans une forme de bulle
23:03mais justement
23:03c'est là où les questions
23:04de décor peuvent le régler
23:05ce genre de scènes
23:07peut-être n'auraient pas
23:08leur place
23:09parce qu'en fait
23:09elles sont justement
23:11trop dédouanantes
23:12pour Jean Huchière
23:13et il se passe
23:13il y a une troisième chose
23:14je vous l'ai dit
23:14il était malade
23:15ils étaient malades
23:16tous les deux
23:17ils ont la tuberculose
23:18et ce qui
23:19fait qu'il y a des scènes
23:21d'intenses souffrances
23:22pour les personnages
23:22pour lesquelles
23:23de fait
23:24on rentre un petit peu
23:24en empathie avec eux
23:27et c'est ce qui peut créer
23:28aussi une forme
23:29pas d'attachement
23:30mais vous m'avez compris
23:31je crois que le terme
23:32le bon terme
23:32c'est empathie
23:35voilà
23:36alors là où
23:38il essaie d'humaniser
23:39en réalité les collabos
23:40et dans le même mouvement
23:41il déshumanise la résistance
23:43oui bien sûr
23:44le problème du film
23:45c'est qu'aussi
23:45il propose une vision
23:47où finalement
23:48l'entrée en collaboration
23:48et le fait d'y rester
23:49pour Jean Luchère
23:50c'est presque un engrenage
23:51où on ne sort plus
23:52c'est-à-dire qu'une fois
23:52qu'il est rentré
23:53dans la collaboration
23:54et en fait il y reste
23:55mais un peu par routine
23:57parce que c'est son cercle social
23:58finalement
24:00alors qu'en fait
24:00Jean Luchère quand même
24:01il faut le rappeler
24:01c'est un jusqu'au-boutiste
24:02de la collaboration
24:04il y a une scène
24:05absolument frappante
24:07dans le film
24:07qui est la toute fin du film
24:09qui est la fuite
24:10vers Sigmaringen
24:11donc une ville allemande
24:12où se réfugie
24:13le gouvernement
24:15en exil de Vichy
24:17alors que le débarquement
24:18a eu lieu
24:18que les alliés avancent
24:20et que l'Allemagne
24:21est en train de perdre
24:22donc on les voit
24:23Jean Luchère
24:24et Corinne Luchère
24:24avant leur arrestation
24:27c'est un boui-boui
24:29c'est pas très grand
24:30ils ont pas l'air
24:31d'être très nombreux
24:31ils font la fête
24:32ils chantent
24:33ils sont un peu inquiets
24:34de ce que va devenir
24:35le Reich
24:35ils ont quasiment acté
24:37la défaite
24:38on sait
24:38eux-mêmes savent
24:39qu'ils vont perdre
24:41et ensuite
24:42ils s'en vont
24:43alors que le film
24:44oublie un élément
24:45central
24:46de la vie
24:47de Jean Luchère
24:49enfin central
24:50il est de cette marginale
24:52et la fin
24:52mais en tout cas édifiant
24:53parce qu'en fait
24:54il y a quelque chose
24:54que ne mentionne pas le film
24:55ce sont ses fonctions
24:56de ministre de l'information
24:57dans la commission gouvernementale
24:58de Sigmaringen
24:59tout à fait
24:59ça veut dire que concrètement
25:00il est dans le gouvernement
25:01alors un gouvernement sans pouvoir
25:03parce que là c'est vraiment
25:04ils ont tous des postes de ministre
25:05mais enfin
25:06ça vaut pas grand chose
25:07puisque de toute façon
25:07ils n'ont pas de prise réelle
25:08sur le cours des événements
25:10à ce moment-là
25:10mais ça veut dire
25:11qu'il accepte à ce moment-là
25:12de rentrer dans le gouvernement
25:13de Vichy
25:14de fin de règne de Vichy
25:17alors que
25:17en plus
25:17selon toute évidence
25:18tout est perdu
25:20donc voilà quelqu'un
25:21qui jusqu'au bout
25:23adhérera à ce régime de Vichy
25:26et à cette collaboration
25:26et tu l'as dit toi-même
25:27il signe ce texte
25:28il demande
25:29à ce qu'en gros
25:29le régime nazi
25:32la structure nazi
25:33soit implantée en France
25:34avec un parti unique
25:35etc.
25:35et en 43
25:36en 43
25:36donc de toute façon
25:37on voit bien que
25:39c'est pas uniquement
25:40un concours de circonstances
25:41qui l'amène
25:42à la collaboration
25:44que l'adéquation idéologique
25:46elle est quand même présente
25:47et ça le film l'évacue
25:48totalement
25:50peut-être pour avancer
25:50je voulais peut-être
25:51qu'on te montre un extrait
25:52puisque
25:52Xavier Giannoli
25:53ça on peut lui prêter
25:55enfin lui donner gage de ça
25:57acceptait de se prêter au débat
25:59sur des plateaux télé
26:00notamment avec des historiens
26:01et je voulais vous montrer
26:02un extrait
26:02c'était donc sur C'est ce soir
26:05où il était précisément
26:06pris à partie
26:07enfin en tout cas
26:08interpellé plutôt
26:09par l'historien
26:10dont vous parlez
26:11Laurent Joly
26:11on écoute l'extrait
26:12Ne me demandez pas
26:14en plus
26:14d'être responsable
26:16de l'analyse
26:16et de l'éventuelle
26:18récupération
26:18sauf que vous la provoquez
26:19un petit peu
26:19parce que je vous écoutais
26:20à la radio la semaine dernière
26:21et vous avez comparé
26:22Doriot à Mélenchon
26:23non je n'ai pas fait ça
26:24si un peu
26:25j'ai dit que je ne m'attendais pas
26:26moi ma génération
26:28je suis allé dans les 70
26:29de réentendre
26:30des jeux de mots
26:31avec des noms
26:32je ne peux pas imaginer
26:33quelqu'un comme vous
26:33non plus
26:34ne soit pas
26:35après d'aller dire
26:36qu'en disant ça
26:37je fais une prise de position
26:38anti-mélenchoniste
26:40ou quoi que ce soit
26:40non
26:41non mais ça peut contribuer
26:42à banaliser
26:43en quelque sorte
26:44ce qu'a été
26:45vraiment le fascisme
26:46parce que les jeux de mots
26:47de Mélenchon
26:48ils sont tout à fait détestables
26:49mais c'est quand même
26:51absolument incomparable
26:53avec ce qu'a été
26:55Doriot
26:55qui appelait
26:56à l'extermination
26:56des juifs
26:57dont les militants
26:59allaient traquer
27:00les juifs
27:00après l'édiction
27:01de l'étoile jaune
27:02et étaient allés
27:05sur le front de l'Est
27:06souhaitaient la victoire
27:07de l'Allemagne
27:08c'est ça le fascisme
27:09c'est quand même
27:10pas comparable
27:11à Mélenchon
27:12qui est un représentant
27:13de la gauche autoritaire
27:14dont on voyait
27:15Pascal Laurie
27:16l'a écrit dans un livre
27:17ils étaient un peu
27:18antisémites
27:19les communistes
27:20de l'entre-deux-guerres
27:21ils n'étaient pas
27:21Léon Blum
27:21ils avaient des dérapages
27:23antisémites
27:23moi Mélenchon
27:25je le situe là-dedans
27:26mais vous n'êtes pas le seul
27:27le même jour
27:28je lisais dans le monde
27:29l'entretien d'un collègue
27:30comparer Mélenchon
27:32à lui
27:33Ferdinand Céline
27:34et à Jean-Marie Le Pen
27:35c'est un autre débat
27:36alors qu'il faut comparer
27:36au tribun
27:37alors il y a deux choses
27:38à dire dans cet extrait-là
27:40c'est la première
27:41c'est déjà la phrase
27:43au début de John Lee
27:44moi j'ai fait un film
27:45je ne suis pas responsable
27:46de comment il a reçu
27:48ce qui est déjà un problème
27:49parce qu'en l'occurrence
27:51parce qu'il adopte
27:52un point de vue
27:52il est de fait responsable
27:53de la façon
27:54dont il est reçu
27:56il ne peut pas
27:56se dédouaner lui
27:57absolument
27:58de l'oeuvre qu'il produit
27:58on ne peut pas
28:00séparer l'oeuvre
28:02du cinéaste
28:03puisque c'est son objet
28:04à lui
28:06tout à fait
28:06oui
28:07et puis encore une fois
28:08c'est bien
28:08ses choix à lui
28:09qui ont produit
28:11soit il considère
28:12que tout le monde
28:13a mal compris son film
28:13et auquel cas
28:14personne n'a compris son film
28:15c'est vrai que le film
28:16est raté aussi
28:17soit c'est effectivement
28:18que les gens ont bien compris
28:19et que les effets
28:19produisent ce qu'ils sont
28:21tout simplement
28:22et après il y a une deuxième chose
28:23c'est les sorties politiques
28:24enfin les sorties médiatiques
28:25de Xavier Dianoli
28:26donc là Laurent Jolie
28:27lui dit
28:28vous avez vous-même
28:29commencé à tisser des liens
28:31avec la situation contemporaine
28:32actuelle
28:32en disant finalement
28:34ça va peut-être vous faire penser
28:35à Jean-Luc Mélenchon
28:36avec des comparaises
28:38hasardeuses à Doriot
28:40ça aussi c'est un sujet
28:40bon il est libre d'expression
28:42Xavier Dianoli
28:42encore une fois
28:43il n'est question de dire
28:44qu'il n'a pas le droit
28:44de faire ce film
28:45ni il n'est question de dire
28:46qu'il n'a pas le droit
28:46de dire ce qu'il a dit
28:47mais ça appelle réponse politique
28:51non seulement ça appelle
28:52réponse politique
28:53mais aussi on peut s'inquiéter
28:56de l'opportunité
28:57qu'il donne aussi
28:58à des personnalités
29:00qui eux ont des objectifs
29:01politiques très clairs
29:02et affichés
29:03de récupération
29:04dont on va vous montrer
29:05quelques extraits
29:06on vous a montré
29:06Eugénie Bastier
29:07mais il y en a quelques outranciers
29:10qui ont donné
29:12de la voix
29:13commençons peut-être
29:13par Eric Nolo
29:14Eric Nolo
29:14qui a vu deux voix
29:15le film lui
29:15là on vous présente
29:16le tweet qu'il a fait
29:17la première fois
29:18qu'il a vu le film
29:20Eric Nolo
29:21bien inséré
29:21dans la Bolo-Risphère
29:22désormais aussi
29:24c'est censé que le mec
29:26de gauche dans le couple
29:26Nolo-Zemmour
29:27qui est passé
29:29à l'extrême droite
29:32toute similitude
29:33avec un personnage
29:33dont nous parlons
29:34est évidemment fortuite
29:35alors lui il avait
29:36des similitudes
29:37mais pas celle-là
29:37exactement
29:38lui il y voit
29:39des concordances
29:40avec des temps
29:41de notre époque
29:42ça change
29:43des émois du Bobo
29:43Trente Mères
29:44dans le cinéma
29:45français
29:45s'est fait une spécialité
29:46il ne va pas
29:47beaucoup plus loin
29:47dans l'analyse
29:48mais on se doute bien
29:49que ce qu'il cible
29:51c'est effectivement
29:51la gauche
29:53on peut voir aussi
29:54parmi les critiques
29:56mettons celle de
29:56Juste pour le plaisir
29:57du journal du dimanche
30:00qui lui s'émeut
30:02d'un film brillamment écrit
30:05aussi captivant
30:06qu'éclairant
30:07au point qu'on ne voit pas
30:08les trois heures passées
30:09les rayons des ombres
30:10allient précision historique
30:12donc reconstitution minutieuse
30:14et virtuosité formelle
30:15ils sont en pamoison
30:16devant le film
30:17en disant qu'il est
30:18d'une précision historique
30:20et reconstitution minutieuse
30:23on vous a dit
30:23en quoi la précision historique
30:25déjà on n'y était pas
30:26absolument fausse
30:26et peut-être là
30:27on va chercher les faf
30:28de chez Faf quand même
30:29oui mais c'est
30:31moi je m'inquiéterais
30:32si des gens comme ça
30:33aimaient mon film
30:33personnellement
30:34chez Radio Courtoisie
30:35cette fois
30:36oui tout à fait
30:37donc dans leur émission
30:37en ligne droite
30:38qui est une de leur talk
30:41voilà avec un ancien
30:42de Valeurs Actuelles
30:43qui était journaliste
30:43chez Valeurs Actuelles
30:44présenté comme historien
30:46qui s'appelle Eric Branca
30:47et là on est dans
30:48le top du top quoi
30:49la collaboration
30:50de l'extrême droite
30:50non elle est peut-être
30:51devenue
30:52la vérité de la collaboration
30:53de l'extrême droite
30:54non elle est peut-être
30:55devenue
30:55de fait
30:56mais elle n'était pas
30:57au départ
30:58il y avait beaucoup
30:59de gens d'extrême droite
31:00mais je pense
31:00même moi
31:01que la majorité
31:02des collabos
31:03étaient de gauche
31:04c'est le cas
31:05de Jean Luchère
31:05alors Jean Luchère
31:06était surtout
31:07voilà
31:08on ne va pas
31:09trop lui dire la parole
31:11mais voilà
31:11la majorité
31:12je pense que
31:13la majorité
31:13des gens sont de gauche
31:14la preuve Jean Luchère
31:15voilà
31:15source t'inquiète
31:17sondage au pif
31:18source le film
31:18de Xavier Giannulli
31:19a priori
31:19c'est ça qu'il nous dit
31:20alors évidemment
31:21Xavier Giannulli
31:21n'a jamais prétendu ça
31:22mais voilà
31:24comment le film
31:24peut être instrumentisé
31:25et encore une fois
31:25le film peut être
31:26instrumentalisé
31:27non pas parce que
31:28Xavier Giannulli
31:29serait devenu
31:29un immense fasciste
31:30ce qu'il n'est pas
31:32évidemment
31:32c'est que le film
31:33lui-même
31:34a occulte des choses
31:35qui permettent
31:36de plaquer cette lecture là
31:37de la collaboration
31:38à savoir une lecture
31:39pour le coup
31:40et là on est en plein dedans
31:41pour ce qui est
31:41radio courtoisie
31:42révisionniste
31:43ça on peut le dire
31:43sans sourcier
31:44et justement
31:45même la grande qualité
31:47que lui voient
31:47tous ces gens
31:48c'est de ne pas
31:49être suffisamment clair
31:50parce qu'ils ont bien compris
31:51que c'est dans ces ambiguïtés là
31:53qu'ils étaient
31:53en capacité de s'insérer
31:56elle le dit un peu plus tôt
31:56Eugénie Bastier
31:57dans sa chronique
31:58ou un peu plus tard
31:58je ne sais plus
31:59mais concrètement
32:01elle dit que ce n'est pas
32:02un film à thèse
32:02ce n'est pas un film
32:03qui assène
32:04c'est la même chose
32:05dans la critique d'Eric Neuhoff
32:06dans Le Figaro
32:08qui ne fait pas de critique politique
32:09il n'est pas une offensie politique
32:10mais pour eux
32:12c'est un grand film
32:12justement parce qu'il n'est pas
32:14il est en nuance
32:15il est tout en
32:17ce que eux appellent
32:18de la nuance
32:18nous on y voit des ambiguïtés
32:20et de la dépolitisation
32:22la nuance est possible
32:23parce que le film
32:23dépolitise son sujet
32:24si tu politisais vraiment
32:25et tu prenais vraiment
32:26l'histoire de Jean-Luc Cher
32:27la nuance serait quand même
32:28un peu plus compliquée
32:28et ce qui ne voudrait pas
32:30dire être plus
32:35tranché
32:35plus méchant
32:37ou plus gentil
32:37avec Jean-Luc Cher
32:38mais d'être plus
32:41honnête
32:41plus juste
32:44avec ce qu'a été
32:45la collaboration
32:45et ça m'amène peut-être
32:46à une dernière question
32:47qui sera le mot de la fin
32:48est-ce qu'on n'est pas
32:49finalement face à un film
32:50qui est le plus parfait
32:52produit de son époque
32:52c'est-à-dire
32:53qui est confusionniste
32:55alors qu'il essaie même
32:56de le condamner
32:59ce confusionnisme
33:00c'est qu'en fait
33:01il fait une réponse
33:02confusionnisme
33:02au confusionnisme
33:03tout à fait
33:04et c'est exactement
33:06ce qu'il est
33:06mais c'était la métaphore
33:08du noir et du blanc
33:09que j'utilisais
33:10parce que c'est celle
33:10qui est utilisée
33:11par tout le monde
33:11à la fin
33:12tout ça donne du gris
33:13sauf qu'en réalité
33:15bien que des
33:17des collabos
33:18aient été des parfaites
33:20personnes
33:20qui aidaient
33:20leurs collègues
33:23ou leurs voisins
33:23avant la guerre
33:24mais ils ont été
33:25miliciens
33:26pour reprendre
33:26une analogie
33:27d'une collègue
33:27et un résistant
33:29qui oui certes
33:30a été violent
33:32à la libération
33:34et bien à la fin
33:35ce qui était du bon côté
33:36de l'histoire
33:36ça restait
33:36ça reste
33:37les résistants
33:38oui exactement
33:40et c'est
33:41ce film-là
33:42malheureusement
33:43fait l'inverse
33:44en nous montrant
33:44des collabos
33:46pleins de nuances
33:47et finalement
33:47un peu
33:48à paix
33:48à leur corps
33:49défendant
33:50par la grande roue
33:51de l'histoire
33:51et les
33:52peu de résistances
33:53filmées
33:54et ces résistances
33:54sont effectivement
33:55plutôt des salauds
33:57dans la brève scène
33:58où ils sont
33:59en tout cas montrés
34:00voilà ce qu'on pouvait
34:01vous raconter
34:01sur les rayons
34:03et les ombres
34:03de Xavier Giannoli
34:04sur la polémique
34:05et je trouve ça
34:06par ailleurs intéressant
34:08parce que c'est pas si souvent
34:09quand un film
34:10fait société
34:11finalement fait sujet société
34:12et fait parler
34:13autour de lui
34:14et ça montre encore
34:15la fonction de l'art
34:16quand bien même
34:16on n'a pas aimé le film
34:17vous l'avez compris
34:19on trouve ça
34:19par ailleurs intéressant
34:20de pouvoir parler de ça
34:22donc si vous voulez
34:23le découvrir en salle
34:24n'hésitez pas à y aller
34:25évidemment
34:26et puis nous
34:27on se retrouve prochainement
34:28pour d'autres
34:29vidéos politiques
34:30pour l'UMA
34:31peut-être d'autres vidéos
34:31sur d'autres films
34:32si jamais
34:32ils font parler d'eux
34:34et on vous invite aussi
34:35on vous les a pas montré
34:36peut-être qu'on peut le faire
34:37rapidement
34:37les critiques
34:38de nos collègues
34:39critiques
34:40justement
34:40en l'occurrence
34:42dans l'humanité
34:44quotidienne
34:44celle de
34:45Michael Melinard
34:46et dans l'humanité
34:48magazine
34:49celle de
34:50Sophie Joubert
34:51voilà
34:51je vous montre la critique
34:52de Michael Melinard
34:54qui est à l'expo
34:55sur l'humanité
34:56.fr
34:57si vous voulez prolonger
34:59finalement la discussion
35:00qu'on a eue
35:01avec Emilio
35:02et bah du coup
35:02c'est l'heure pour moi
35:03de te dire
35:03salut
35:05salut
35:05et puis à la prochaine
35:05allez salut