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  • il y a 3 heures
Dans l’attente d’un calendrier d’actions construit par les syndicats, l’appel à bloquer la France le 10 septembre s’impose dans le débat politique. Pour Baptiste Giraud, maître de conférences en science politique, et auteur de "Réapprendre à faire grève", les confédérations devront parvenir à une large unité pour parvenir à une mobilisation sociale d’ampleur. Entretien avec le politologue au micro de Naïm Sakhi.

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Transcription
00:00Présente auparavant la colère sociale et d'autant plus palpable suite aux annonces de 43,8 milliards d'économies de
00:07coûts budgétaires
00:08présentées à la mi-juillet par François Béroud pour le prochain budget.
00:13Pour rappel, pour ceux qui nous écoutent, dans ce budget il y a pêle-mêle une réforme de l'assurance
00:18chômage,
00:19la monétisation de la cinquième semaine de congés payés, la suppression de deux jours fériés à Pâques et le 8
00:25mai,
00:25une année blanche, le gel des barèmes de l'impôt sur le revenu, la réduction de la couverture pour les
00:30affections de longue durée,
00:31la restriction des arrêts de travail, etc.
00:34C'est une concentration inédite et coordonnée d'attaques libérales qui ne passent pas auprès du monde du travail.
00:41L'ensemble des syndicats ont affiché leur opposition et le 1er septembre l'inter-syndical au complet se réunit, on
00:48y reviendra.
00:49Sans attente, sur les réseaux sociaux, des appels à bloquer le pays le 10 septembre ont émergé.
00:55Depuis, les partisans de cet appel se sont coordonnés au travers de l'application Telegram et l'appel « bloc
01:02au tout » s'est imposé dans le débat politique.
01:06Les partis de gauche, les Insoumis, les Communistes, les Verts et dans une moindre mesure le Parti Socialiste,
01:12ont apporté leur soutien à cette initiative cette semaine qui forcément ne laisse pas indifférent non plus les confédérations syndicales,
01:19au premier rang duquel, on l'imagine, la CGT, Solidaires et FSU qui sont souvent présentées comme des centrales «
01:24contestataires ».
01:26Dans ce contexte, les syndicats ne sont pas en reste puisque durant l'été, ils ont lancé une pétition contre
01:33le budget de François Béroux
01:34qui a dépassé les 300 000 signatures et les directions confédérales respectives se réunissent la semaine prochaine
01:41et une intersyndicale a donc lieu le 1er septembre, elle sera scrutée de près.
01:46Sur le champ professionnel non plus, les syndicats ne sont pas en reste puisque des grèves sont à prévoir le
01:5325 août dans les hôpitaux de Paris,
01:56dès le 2 septembre dans la branche de l'énergie ou encore le 7 octobre dans la santé et les
02:02organismes sociaux.
02:03Donc on va essayer avec toi de décrypter un peu ce qui se joue à la rentrée.
02:08Nous, on ne va pas être là pour juger du bienfait ou non de tel ou tel appel,
02:13ni pour trancher les dépasses syndicaux qui se poseront démocratiquement dans châtune des confédérations,
02:19mais pour décrypter, expliquer, analyser, comprendre ce qui se joue dans cette rentrée sociale.
02:24Baptiste, donc tu nous as par ailleurs accordé un entretien que vous pouvez retrouver ce matin sur le site de
02:30l'Humanité.
02:31Est-ce que tu peux nous expliquer c'est quoi cet appel à bloquer le pays le 10 ?
02:36Oui, alors juste avant de répondre à ta question, je vais vous remonter sur un point important que tu as
02:40souligné.
02:41Les sciences sociales n'ont pas vocation à anticiper l'avenir.
02:45Nous sommes totalement impuissants à deviner l'avenir.
02:48Donc la seule chose que je peux faire, c'est essayer de décortiquer les enjeux
02:53et de ce qui se passe autour de cet appel du 10, qui a commencé à émerger au début de
03:00l'été.
03:02Et déjà, ce qui me semble important de souligner, c'est qu'on peut noter comment les significations,
03:08le sens et les formes données à cet appel ont déjà commencé à évoluer de manière assez significative
03:13par rapport aux premiers appels qui avaient circulé.
03:17Et notamment parce que tu l'as dit, la gauche partisane et plus largement des militants du mouvement social
03:23ont commencé à s'intéresser et à s'emparer de cet appel et à lui donner un sens manifestement assez
03:29différent
03:29de celui qu'il était au début.
03:31Et c'est un appel qui cristallise la longue liste des motifs de mécontentement
03:36que peut susciter l'annonce du budget pour toutes les raisons que tu as évoquées.
03:42Et donc, ça peut aussi aider à comprendre que cet appel, pour l'instant,
03:46il est de nature à coaliser des motifs et des raisons de mécontentement sans doute très différentes
03:50dans leurs objectifs et dans les, j'allais dire, les inspirations idéologiques qui sont à leur fondement.
03:56— Alors comment s'organisent les partisans du 10 septembre ?
04:01Est-ce que ce sont des gens qui sont déjà engagés politiquement, syndicalement ?
04:05Est-ce que c'est des anciens gilets jaunes ? Est-ce que c'est des gens venus d'ailleurs
04:08?
04:09Et est-ce que, justement, dans le débat public, on fait le parallèle avec les gilets jaunes ?
04:14Est-ce que c'est quelque chose qui est pertinent, selon toi ?
04:17— Alors qui sont les gens, qui sont les personnes qui sont derrière cet appel ?
04:21C'est vraiment trop tôt pour le dire.
04:22Typiquement, on rejoint ce qu'on dit tout à l'heure.
04:24Alors pour les sciences sociales, il nous faut d'abord du temps, du temps d'enquête
04:27pour mener justement notre travail de recherche et objectiver
04:32quelles peuvent être les personnes qui s'investissent autour de cet appel.
04:37Ce qu'on peut dire sans prendre le risque de se tromper, c'est ce que je viens de dire
04:40précédemment,
04:41c'est sans doute qu'il y a derrière des mobilisations venues de mouvements
04:48ou de fractions de la population très hétéroclites, très composites,
04:51dans leur positionnement politique, dans leur aspiration à se mobiliser contre ce projet de budget
04:59et de réduction des dépenses sociales.
05:03Là où on peut faire un parallèle évident avec les gilets jaunes, c'est que ça donne l'appel,
05:07qui s'initie en dehors des structures organisées ou identifiées comme telles.
05:11Ce qui ne veut pas dire nécessairement que ce ne sont pas des militants qui ont pu initier la mobilisation.
05:16Mais en tout cas, ce n'est pas une initiative entre guillemets de sommet venu de direction centrale,
05:20ni des syndicats, ni de partis, ni de mouvements sociaux.
05:25Donc évidemment, là, il y a une similitude assez évidente avec ce qui s'est produit au moment des gilets
05:31jaunes.
05:32Et puis l'autre parallèle que l'on peut faire, c'est précisément que l'expérience des gilets jaunes
05:38a produit des effets sur la manière dont les directions partisanes ou syndicales aujourd'hui peuvent réagir à cet appel.
05:43Parce que grosso modo, ce qui a pu être reproché notamment aux directions syndicales et notamment à la direction de
05:48la CGT ou à celle de la CFDT,
05:49mais surtout à celle de la CGT, c'est d'avoir été au début très réticents à l'appel des
05:54gilets jaunes et même d'avoir marqué leur opposition aux premiers appels.
05:57On en reviendra sur la réaction des syndicats. Le mouvement s'appelle Bloquons-Tout. Concrètement, est-ce que le 17
06:04ans, la France peut être bloquée ?
06:06Alors, ça paraît peu plausible. Bon, on n'en sait rien, mais ça paraît peu plausible. Je rappelle déjà que
06:12dans la récente mobilisation
06:14contre le projet des réformes des retraites en 2023, il y avait eu un appel de l'intersyndicale à mettre
06:19la France à l'arrêt,
06:20ce qui revient globalement au même, qu'on était alors dans un contexte de mobilisation très forte,
06:26parce que l'ampleur des manifestations était sans équivalent par rapport à ce que la France avait connu sur les
06:33dernières décennies.
06:35Donc les conditions semblaient réunies pour qu'il puisse produire un durcissement de la mobilisation.
06:40Je rappelle aussi que celui qui avait lancé son mot d'ordre, c'était Laurent Berger,
06:43donc le représentant, le porte-parole à l'époque de la CFDT.
06:45Ce qui n'est pas anodin, parce que le porte-parole, le secrétaire ou la secrétaire aujourd'hui générale de
06:50la CGT
06:50appelle à la mobilisation, on y est entre guillemets habitué.
06:53Que la CFDT appelle à cette modalité d'action, c'est plus rare, moins fréquent en tout état de cause.
07:00Et malgré cela, malgré cette unité syndicale, malgré le ralliement de l'ensemble,
07:05ou en tout cas des principales forces syndicales organisées, à cet appel à bloquer ou à arrêter le pays,
07:10cela ne s'était pas produit.
07:12Un des grands enseignements qu'on peut retirer de la mobilisation de 2023,
07:16c'est qu'elle a été puissante dans la rue.
07:17Des cortèges manifestants très nombreux sur une longue période.
07:21Donc ces deux éléments sont à souligner.
07:24Mais que les grèves ont été limitées, y compris dans les secteurs habitués à en connaître,
07:30les secteurs dits stratégiques, je pense aux transports, je pense à la pétrochimie,
07:36les arrêts de travail ont été assez limités.
07:38C'est des secteurs, pour bien comprendre, où généralement on parle de grèves à procuration,
07:43à qui on délègue, ou des salariés mécontents contre un projet de loi du gouvernement,
07:48délèguent à ces professions la charge de la grève.
07:51Et cette fois-ci, c'était un peu plus dur pour eux de se mobiliser, pour plein de raisons.
07:55Oui, en tout cas, on parle de grèves par procuration depuis le mouvement de 1995.
07:59On va fêter les 30 ans cette année.
08:02Donc ce grand mouvement social qui s'était déclenché à l'hiver 1995,
08:06contre le projet de réforme de la sécurité sociale, déjà,
08:10et des statuts des fonctionnaires de projet Juppé.
08:12Et effectivement, la France avait connu un long mouvement de grève,
08:15de plus de trois semaines, qui avait pour le coup paralysé les transports,
08:18la SNCF, la RATP aussi dans la région parisienne.
08:21Par rapport à ça, en préparant, parce que demain, dans l'humanité,
08:23vous pouvez trouver un grand dossier sur la rentrée sociale.
08:28J'ai trouvé un chiffre assez intéressant.
08:29En 1995, sur les arrêts de travail pour raison de grève,
08:33plus de la moitié reposait sur les salariés de la SNCF et de la RATP.
08:38Donc là, on est vraiment dans l'illustration même de ce que c'est qu'une grève à procuration.
08:41Et si on regarde les mouvements, les grands mouvements sociaux qui ont suivi 1995,
08:46donc en 2003, par exemple, ou bien encore dans la séquence 2008-2010,
08:51à chaque fois, alors pas forcément la RATP, mais les cheminots, en revanche,
08:54avaient occupé une position assez centrale dans la mobilisation.
08:58Et donc, c'est imposé l'idée qu'en gros, il y avait des secteurs stratégiques.
09:01Pourquoi on dit stratégique ?
09:02À la fois parce que c'est des secteurs, lorsque les cheminots arrêtent le travail,
09:05c'est visible, ça perturbe évidemment les transports, la circulation des gens
09:09et dans une moindre mesure des marchandises.
09:13Et puis parce que ce sont des secteurs dans lesquels les syndicats comptent encore,
09:16ont une réelle présence incontestablement, même s'ils sont aussi affaiblis.
09:21Et donc, 2023 a montré que malgré tout,
09:24y compris dans ces secteurs où la présence syndicale reste importante,
09:28où les traditions de lutte restent importantes,
09:30la mobilisation avait du mal à prendre sous la forme, en tout cas, du déclenchement de grève.
09:35Alors, pour revenir sur le 10 septembre, et essayer de clôturer cette séquence,
09:40les partis de gauche ont apporté leur soutien,
09:42même le Parti Socialiste qui prétend toujours passer des compromis avec François Béroud.
09:48Quel est l'intérêt ? Qu'est-ce que cherchent les partis avec cette démarche ?
09:56Bon, je pense que d'abord, il n'a échappé à personne que nous sommes en période de rentrée.
09:59Donc tous les partis vont tenir ou sont sur le point de tenir leur université d'été.
10:05Et donc, les universités d'été sont d'abord des rentrées médiatiques pour les partis politiques.
10:13Et donc l'appel du 10, elle est une opportunité saisie par les forces d'opposition de gauche
10:19pour tenter de donner du crédit, donner un prolongement à l'opposition parlementaire
10:25qu'ils cherchent à incarner face à un gouvernement qui est de plus en plus contesté de toute évidence.
10:31Et évidemment, il y a un risque, enfin, il y aurait un risque pour les partis politiques de gauche
10:36n'aiment pas s'afficher du côté du mécontentement qui s'exprime.
10:38Et puis, il y a noté aussi que c'est sans doute une manière pour les partis de gauche
10:41de marquer leur différence par rapport au Rassemblement National dans leur manière de s'opposer au gouvernement Béroud,
10:47puisque à l'inverse des partis de gauche, le Rassemblement National, lui, marque et manifeste au contraire
10:52ses réticences à soutenir cet appel.
10:54Justement, tu parles de l'extrême droite.
10:56Alors, aujourd'hui, sur le mouvement des Gilets jaunes, on a un certain recul,
10:59mais qui n'était pas le cas des acteurs au moment où ça émerge en novembre 2018.
11:05Au début, il y avait quand même un appel du patronat routier un peu poujadiste
11:09et de l'extrême droite à manifester avec les Gilets jaunes.
11:13On se souvient des images de militants comme Yvan Benedetti en tête de manifestation à Paris,
11:19ce qui avait rebuté certaines forces progressistes.
11:22Est-ce qu'aujourd'hui, dans ce mouvement bloc au tout, l'extrême droite est présente
11:26alors qu'on sait que sur les réseaux sociaux, elle l'est, notamment avec le mouvement libertarien de Nicolas qui
11:32paye ?
11:33Sans aucun doute. De toute évidence, une partie de l'appel du 10 est portée par des militants venus de
11:41l'extrême droite.
11:42Et je pense que c'est une raison supplémentaire qui peut expliquer précisément
11:45à ce que les directions partisanes de gauche et une partie des militants syndicaux politiques de gauche
11:51font le choix aussi de ne pas déserter et d'occuper, entre guillemets, si je puis dire, le terrain.
11:56Parce que le contenu de l'appel du 10, dans ses modalités comme dans ses revendications, n'est pas figé.
12:02Pas du tout. Comme il n'y a pas d'organisation centralisée, il y a un enjeu de lutte, de
12:07conflit
12:08entre les militants qui s'emparent de cet appel sur le sens qu'ils vont être en capacité de lui
12:15donner.
12:16Donc on peut aussi voir l'intérêt des militants et des dirigeants politiques de gauche à s'investir,
12:20pour cette raison-là, sur l'appel du 10.
12:22Alors tu en as dit un mot tout à l'heure de ce rapport avec les syndicats.
12:28Donc comment les syndicats réagissent face à ce mouvement qui,
12:31donc tu nous le dis là, dans ton entretien de l'humanité,
12:35dans l'humanité.fr ce matin, ce mouvement appelle à des actions qui débordent le répertoire syndical habituel.
12:41Comment est-ce qu'ils réagissent, sachant qu'ils ne sont pas en reste,
12:44puisque eux aussi restent à avoir le cadre, mais eux aussi préparent une riposte sociale ?
12:50Effectivement. Alors pour expliciter peut-être la notion de répertoire d'action,
12:54c'est-à-dire les modalités d'action que les différentes organisations militantes sont habituées à activer.
13:00Tu l'as dit, l'intersyndicale n'est pas restée les bras croisés, si je puis dire, pendant ses congés
13:04estivaux.
13:05Elle a lancé une pétition.
13:06Bon, la pétition, c'est une modalité d'action ultra classique dans le répertoire d'action syndicale,
13:11avec la manifestation et la grève.
13:12Et ce qui caractérise l'appel du 10, c'est qu'on est plutôt sur des appels à des modalités
13:16d'action assez hétéroclites,
13:17le confinement, rester chez soi, ne pas aller consommer, ce genre-là.
13:22Bon, alors qu'on peut voir, comme je l'explique dans l'interview ce matin,
13:24ça peut être sans doute une forme de réponse aux difficultés que tout le monde a pu constater
13:28à faire de la grève un outil efficace de résistance, de protestation contre le gouvernement et le patronat.
13:36Mais en même temps, bon, c'est aussi, ça peut poser des difficultés pour le ralliement des syndicats à cet
13:42appel,
13:42parce que pour les syndicats, le lieu légitime et privilégié de la protestation, c'est le lieu de travail.
13:48que l'idée que c'est par l'arrêt de travail qu'on va bloquer l'économie
13:53et exercer une forme de pression politique sur le gouvernement.
13:57Donc la grève.
13:59Et justement, comment est-ce que les syndicats observent ça ?
14:02On a quand même le sentiment que, dans ceux qui sont plus concernés,
14:07ceux qui ont l'habitude d'organiser des manifestations,
14:09ils ne veulent pas passer à côté d'un nouvel épisode de JG Jaune s'il a lieu.
14:14Voilà, ils sont un peu attentifs, ils regardent ça quand même de très très très près.
14:17On est d'accord.
14:18Alors, je pense que c'est ce que je m'apprête à dire tout à l'heure.
14:21Je pense que là, on mesure un des effets de l'expérience de la mobilisation des Gilets Jaunes,
14:28au début de laquelle les organisations syndicales et la direction de la CGT en particulier,
14:33avaient regardé ce mouvement avec beaucoup de scepticisme, voire l'avaient condamné.
14:37Ça en était nettement démarqué avant de, je vais dire, être trop près d'aller,
14:41ou en tout cas avant de réviser leur jugement.
14:43Bon, ça peut s'expliquer, et c'est très facile de le dire après coup,
14:47où, à l'époque, les Gilets Jaunes, c'est un mouvement inattendu,
14:50personne ne sait véritablement ce qu'il y a dedans.
14:51Il y a des militants d'extra-droite très visibles, effectivement, sur ce mouvement-là.
14:55Et donc, ça peut expliquer qu'il y a eu d'abord un mouvement de rejet,
14:58ou en tout cas de mise à distance politique de cette mobilisation,
15:02avant que, à l'intérieur même de la CGT,
15:06remontent des informations du terrain, comme on dit,
15:08c'est-à-dire des différents territoires,
15:09qui ont permis aussi de faire savoir que ça impliquait, ça mobilisait,
15:14ça intéressait aussi des militants de la gauche,
15:16ou en tout cas des salariés qui n'étaient pas forcément des adhérents du Rassemblement National,
15:20et que ça cristallisait une forme de mécontentement social.
15:23Peut-être préciser, justement, qu'un militant syndical,
15:26ce n'est pas un professionnel de la politique,
15:27et qu'il est, comme tout le monde,
15:29qu'il a la même réactivité de vie qu'un travailleur,
15:31et qu'il est au contact du terrain.
15:33Tout à fait. Je crois que c'est effectivement un élément très important à rappeler.
15:36C'est sans doute un des principaux éléments même de distinction
15:38de ce que ça veut dire militer syndicalement,
15:41et militer dans un parti politique.
15:44C'est que l'immense majorité des adhérents et des militants syndicaux
15:47ont ce qu'on appelle des heures de délégation,
15:48pour ceux qui occupent des mandats de représentants du personnel dans leur entreprise.
15:52Donc ils ont 20 heures, 30 heures, 40 heures par mois,
15:55pendant lesquelles ils sont dispensés d'être sur leur poste de travail
15:58pour s'acquitter de leur tâche de représentant,
16:00mais le résultat, ils sont, entre guillemets, au travail.
16:02Donc s'il y a bien quelque chose qu'on ne peut pas reprocher aux militants syndicaux,
16:06c'est qu'ils sont d'abord encore des travailleurs,
16:08et toujours au contact de leurs collègues, tout simplement, de travail.
16:14Et donc il y a eu un, je vais dire, une analyse critique
16:18qui a été faite à l'intérieur même de la CGT,
16:20pour accepter l'idée que peut-être que l'organisation était passée un petit peu à côté
16:24de cette mobilisation des Gilets jaunes.
16:26Et donc, comme tu le suggères, je souscris à ton analyse,
16:29on voit que là, la direction de la CGT est attentive à ce qui se passe,
16:32elle cherche à analyser et ne condamne pas a priori.
16:35Elle voit bien que ce sont des modalités d'action, des objectifs revendicatifs
16:39qui ne sont pas forcément les siens,
16:40mais qu'elle prend au sérieux la colère sociale, le mécontentement social,
16:44que cet appel du 10 septembre traduit.
16:49Et donc, on voit une direction qui est prête, si ce n'est à s'engager directement dans l'appel,
16:54en tout cas, à le soutenir, à l'accompagner, si je puis dire, plutôt,
16:59pour tenter d'en faire quelque chose d'utile à la construction d'une mobilisation plus large.
17:03D'ailleurs, pour être tout à fait clair sur la position de la CGT,
17:08il y a une déclaration de Thomas Vacheron, qui est secrétaire confédéral,
17:12qui dit, je cite,
17:13« Il faut des mobilisations, elles seront nombreuses comme celles du 10 septembre,
17:16et il y en aura d'autres. »
17:17Et la CGT est une organisation, comme tous les syndicats, des organisations démocratiques.
17:22Et il y a son Parlement qui se réunit, on va le présenter comme ça,
17:26sans rentrer dans les termes un peu trop techniques,
17:28son Parlement qui rassemble l'ensemble des organisations qui se réunissent la semaine prochaine,
17:31et ils prendront une décision sur le calendrier d'action à la rentrée.
17:36Peut-être un mot, quand même, sur ce mouvement qui émerge.
17:41On a une frange du camp protestataire, appelons-le comme ça,
17:48syndiqués ou non, politisés ou non,
17:50mais en tout cas qui s'organisent sans attendre les consignes, entre guillemets, de l'intersyndical.
17:57Qu'est-ce que ça dit de la colère sociale qui existe dans le pays,
18:01qui est palpable, qu'on voit dans tous les résultats électoraux,
18:03et également dans les enquêtes d'opinion ?
18:06Ça atteste qu'elle existe toujours.
18:08On n'est pas très surpris là-dessus,
18:10parce qu'on a vu quand même l'ampleur que le précédent projet de réforme des retraites a suscité,
18:18donc l'ampleur de la mobilisation sociale.
18:21D'une certaine manière, cette mobilisation,
18:23elle a échoué à faire avorter ce projet.
18:27D'un autre, malgré tout, elle a attesté d'une capacité réelle,
18:30de mobilisation des syndicats,
18:32et elle a empêché, concrètement, que cette réforme puisse être votée.
18:37Donc elle a été adoptée, mais pas votée,
18:38ce qui n'est pas quand même complètement anecdotique.
18:42Moi, ce que je vois aussi dans l'émergence de cet appel du 10,
18:45c'est peut-être aussi, sans doute, une certaine forme d'impatience
18:48de la part de militants, de salariés mécontents.
18:53Face à l'absence de perspectives concrètes,
18:54pour l'instant, je pense qu'il y en aura,
18:56d'appels à la mobilisation de l'intersyndical.
18:59Je pense que cet appel du 10, pour l'instant,
19:00il occupe un vide, un vide qui est laissé par l'intersyndical.
19:03Alors il faut peut-être expliquer, pour ceux qui nous écoutent,
19:05pourquoi l'intersyndical va se retrouver le 1er septembre.
19:08Vas-y, on t'écoute.
19:10Vas-y, explique pourquoi l'intersyndical se réunit le 1er septembre.
19:12Elle se réunit le 1er septembre pour déterminer,
19:14enfin pour s'entendre sur des modalités d'action communes
19:20auxquelles les organisations syndicales seraient disposées à appeler.
19:25Bon, simplement, pourquoi le 1er septembre ?
19:27Parce que c'est la rentrée aussi pour l'ensemble des organisations syndicales.
19:31Tu le disais, la CGT réunit son Parlement,
19:34alors pour celles aussi qui s'en rentrent dans les détails,
19:36mais juste dire, la CGT, c'est une organisation qui fédère
19:39plein d'autres organisations.
19:40Vous avez les fédérations professionnelles,
19:41vous avez les structures interprofessionnelles.
19:43Voilà, c'est important à comprendre.
19:45Et donc, de manière rituelle et habituelle,
19:47dans la vie démocratique de cette organisation,
19:49à la rentrée, on réunit toutes les composantes de cette confédération
19:53pour déterminer ce que va être la stratégie de l'organisation.
19:57Donc la CGT va faire cela.
19:58La CFDT fait la même chose avec son université d'été
20:00qui se tient la semaine suivante.
20:03Et donc, c'est ensuite que les différents secrétaires nationaux
20:08auront des mandats.
20:09Des mandats, voilà.
20:11Quand Sophie Binet ou Marie-Lise Léon,
20:13secrétaire générale de la CGT et de la CFDT,
20:15elles reçoivent un mandat apporté dans les médias
20:18ou dans des réunions collectives.
20:20Oui, voilà.
20:20Donc effectivement, c'est un élément quand même très, très important
20:22à souligner.
20:23Lorsque des militants s'expriment sur les réseaux sociaux
20:26ou au long des appels, bon, c'est leur initiative,
20:28c'est leur droit le plus légitime absolu.
20:31Ils ne le représentent, entre guillemets, quand même.
20:33Lorsque les deux secrétaires dont nous parlions parlent,
20:36elles parlent au nom de leur organisation,
20:37et donc sur la base du mandat que leur confie leur organisation.
20:41Peut-être pour terminer sur le 10 septembre,
20:44est-ce qu'on a des précédents de mouvements sociaux victorieux
20:47sans organisation collective syndicale ?
20:50Non.
20:51Il n'y en a pas.
20:52Est-ce qu'on peut dire, parce que c'est un mythe
20:53qui revient souvent, et donc je m'attends à ce qu'il ressurgisse,
20:57le mythe de la grève générale ?
20:58On en reparlera, oui.
20:59On peut quand même dire tout de suite,
21:01bon, il y a eu deux mouvements de grève généralisée en France,
21:04pour la petite anecdote, sans appel à la mobilisation.
21:07Qui sont 36 et 68.
21:08À la grève générale, donc 1936-1968,
21:11plus de 9 millions de grévistes estimaient
21:13sur une population active de 15 millions de salariés à l'époque.
21:16Donc là, on est vraiment sur une France à l'arrêt,
21:19très clairement.
21:20Bon, il n'y a pas de mot d'ordre.
21:22Il n'y a pas de mot d'ordre.
21:23Il y a une dynamique de mobilisation qui s'enclenche.
21:25Et alors peut-être, je pense qu'on a une majorité ici à souhaiter,
21:28peut-être que l'appel du 10 peut être une première étape
21:32vers un processus de mobilisation qui peut aboutir à une extension.
21:35Alors, rentrons dans le cœur de ce sujet,
21:37également, du coup, de ton livre que je présente ici.
21:41Il y a Yuri dans le chat qui dit
21:42« Il faut arrêter avec les grèves perlées.
21:46Ça ne sert à rien. »
21:48Concrètement, c'est quoi faire grève ?
21:51Ça veut dire quoi et comment est-ce qu'on fait grève ?
21:54Est-ce que moi, demain, je suis salarié du Franprix en bas de la rue ?
21:59Il n'y a pas de syndicat, il n'y a pas de préavis de grève.
22:02Est-ce que je peux me mettre en grève ?
22:03Comment ça se passe ?
22:04Oui. Alors, les critiques qui expriment Yuri,
22:07on l'entend beaucoup dans les espaces militants.
22:10Je pense que grève perlée, ou plutôt journée d'action,
22:13ce qui est souvent reproché aux intersyndicales,
22:15c'est de programmer des journées d'action espacées
22:18avec l'idée que ce type de modalité d'action
22:21n'est pas de nature à créer un rapport de force suffisant
22:24pour contraindre le patronat et les gouvernements,
22:26surtout les gouvernements actuels,
22:28à des concessions, à des compromis,
22:30voire à des reculs sur leur position.
22:34On peut entendre tout à fait cette idée-là.
22:39D'un autre côté, penser qu'il suffirait d'appeler tout de suite,
22:42immédiatement, un appel à la grève générale reconductible,
22:46pour employer les termes militants consacrés,
22:49suffirait à débloquer ou à mobiliser plus largement les salariés.
22:53C'est sans doute se leurrer.
22:54C'est sans doute en tout cas une forme d'illusion politique.
22:57Par rapport à ça, est-ce que Sophie Binet, sur son bureau,
23:01a un bouton rouge sur lequel elle peut appuyer
23:03et mettre la France à l'arrêt ?
23:04Non. Alors, évidemment que non.
23:08Évidemment que non.
23:09Et surtout, enfin, vraiment, l'engagement dans la grève,
23:12c'est un processus complexe.
23:13Bon, c'est aussi un des éléments, ça permet de compléter ma réponse préalable,
23:17un des éléments qui peut expliquer que l'intersyndicale, pour l'instant,
23:21ne donne pas de position claire sur des appels à la mobilisation
23:24ou de position commune sur l'appel du 10.
23:27C'est aussi que les salariés et les militants sont aussi en congé,
23:30pour l'instant.
23:31Donc c'est très difficile, pour l'instant, pour les directions centrales,
23:33les syndicats, de savoir quel est l'état d'esprit des salariés.
23:38Et une mobilisation n'est possible que si les salariés sont d'abord disposés
23:41et disponibles pour se mobiliser.
23:44Ensuite, ça ne peut s'enclencher que si les directions prennent leurs responsabilités
23:48et jouent leur rôle d'organiser, impulser.
23:51D'accord ?
23:51Mais ce n'est pas un appel qui suffit à créer les conditions d'une mobilisation.
23:56Et quand même, c'est le point de départ de mon livre,
23:57et je pense qu'il faut quand même le rappeler pour comprendre
24:00dans quelles conditions structurelles on se retrouve.
24:03Tu me posais la question, est-ce que c'est facile de faire rêve ?
24:05Alors, d'un point de vue juridique, théoriquement, oui,
24:07et surtout pour les salariés du privé,
24:09puisque j'en profite pour le rappeler à ceux qui l'ignoraient,
24:11dans le secteur privé, il n'y a pas besoin de déposer un préavis préalable
24:15pour se mettre en grève,
24:17qu'à la différence des agents de la fonction publique d'État,
24:19par exemple, un salarié peut faire grève une heure
24:23et il sera retenu une heure de salaire
24:25là où les agents de la fonction publique,
24:26lorsqu'ils s'arrêtent une heure,
24:27en fait, c'est la journée entière de salaire
24:29qui est retenue sur leur fiche de paye.
24:31Donc, juridiquement, il y a moins d'obstacles à la grève du côté du privé
24:35et pourtant, ce sont les salariés du privé
24:38et surtout les salariés les plus précaires,
24:39ceux qui vont être les premières victimes
24:41et qui sont déjà les premières victimes
24:42de toutes les réformes néolibérales,
24:44de la protection sociale,
24:45de l'assurance au chômage,
24:47du marché du travail.
24:50Ce sont précisément ces salariés,
24:52ces principales victimes des réformes néolibérales
24:53qui sont les moins enclins à faire grève.
24:56Pour quelles raisons ?
24:57Comment ça s'explique ?
24:57Parce qu'on pourrait penser de prime abord.
25:00Ma question de classe est absolument ignoble.
25:03Je suis une femme précaire, isolée,
25:06qui enchaîne les temps partiels.
25:07Je n'arrive pas à jonder debout.
25:09J'ai d'autant plus de raisons de me mobiliser.
25:11Alors, quels sont les freins ?
25:12Tout à fait.
25:13Alors, ça ne veut pas dire que ces salariés,
25:15ces travailleurs et ces travailleuses,
25:16tu as raison de le dire,
25:17parce qu'elles sont majoritaires,
25:19se satisfont de leurs conditions salariales,
25:22de leurs conditions d'emploi.
25:23Mais il y a plein d'obstacles à leur mobilisation.
25:25Un, je pense que c'est un point important à rappeler,
25:28une majorité de ces travailleurs et de ces travailleuses
25:31sont salariés dans des entreprises dépourvues de syndicats.
25:34J'aime toujours rappeler ce chiffre.
25:36Les syndicats ne sont présents que dans 10% des entreprises en France.
25:39Alors, je corrige ensuite tout de suite.
25:41Ils sont présents dans les grandes entreprises.
25:42Donc, ça ne veut pas dire 10% des salariés.
25:44Mais ça veut dire qu'il y a au moins 40% des salariés
25:46qui n'ont aucun contact avec aucun syndicat présent en France.
25:50Premier point.
25:51Deuxième point.
25:52Dans des secteurs, je vais prendre Amazon,
25:53par exemple, de la logistique,
25:54qui sont connus de tous et de tous,
25:56ces syndicats sont présents, mais très fragiles.
25:58Très fragiles dans leur implantation.
25:59Pourquoi ?
25:59Parce qu'ils butent face à une répression patronale très forte.
26:03Parce que les travailleurs sont dans une situation très précaire.
26:06Faire grève, ça coûte.
26:07Et donc, c'est facile de dire se mettre en grève,
26:09mais il faut en assumer le coup.
26:12Et ensuite, parce que ce sont des collectifs de travail aussi
26:14qui sont très mobiles.
26:17C'est-à-dire, soit c'est des petits collectifs de travail,
26:20soit il y a beaucoup de turnover.
26:23Un collègue a estimé que dans la logistique,
26:25les salariés restent deux ans en moyenne dans leur travail.
26:28Donc, ça veut dire qu'on change en permanence de collègue.
26:31D'ailleurs, dans ton livre, il y a un exemple qui est frappant.
26:35Donc, tu suis une union syndicale dans le commerce à Paris
26:39qui essaie de mobiliser, de mémoire, tu prends trois exemples,
26:43les femmes de chambre, un magasin de chaussures et la pizzeria.
26:48Et dans la pizzeria, justement, tu prends l'exemple d'une grève victorieuse.
26:51Mais du fait du turnover, parce que ce sont des étudiants,
26:54des emplois pécaires, etc., etc.,
26:56il n'y a pas le souvenir de la grève victorieuse.
26:58Et l'acquis, entre guillemets, n'est pas maintenu durablement.
27:01Oui, tout à fait.
27:02Alors, effectivement, dans la restauration rapide, il y a des grèves.
27:05Il y a des grèves.
27:06Elles ont commencé dans les années 2000.
27:08C'est à ce moment-là que se structurent pour la première fois
27:10des sections syndicales chez McDo, pour prendre le plus connu, etc.
27:15Et moi, quand j'arrive sur ce terrain d'enquête cinq ans plus tard,
27:17à l'époque, il n'y a plus rien.
27:19Enfin, il y a toujours des syndicats.
27:20Mais ces leaders syndicaux, en tout cas,
27:23qui avaient émergé à la faveur de la grève, ne sont plus là.
27:27D'abord, parce qu'il n'y a pas grand monde qui rêve de faire toute sa vie chez McDo.
27:31Et donc, évidemment, ils saisissent d'autres opportunités professionnelles
27:33qui se présentent à eux pour évoluer vers d'autres entreprises
27:39et d'autres métiers plus intéressants, plus stimulants.
27:41Et par ailleurs, parce que les directions, elles s'organisent
27:43pour faire partir ces militants syndicalistes,
27:45en leur offrant notamment des chèques,
27:48des formes de transactions financières,
27:49pour les inciter à partir et pour ramener le calme,
27:52j'allais dire, ou la paix sociale dans leur entreprise.
27:54– Tu en as dit un mot, mais je voudrais bien que tu développes aussi.
27:57Il y a ce qu'on appelle la transformation, la mutation du monde du travail.
28:00On a l'image, tu faisais référence de 1936 et de 1968,
28:03où il y a des hordes d'ouvriers en col bleu
28:06qui sortent des usines organisées derrière le drapeau rouge.
28:09Aujourd'hui, le monde du travail est plus complexe,
28:11est plus qualifié, mais plus éparpillé.
28:14Par exemple, il y a l'émergence de l'ubérisation,
28:16de la sous-traitance.
28:17Qu'est-ce que cela provoque dans les moyens
28:19de mise en dynamique collective par les syndicats ?
28:22– Oui, et puis je rajouterais aussi un élément très important
28:25de différence par rapport au contexte des années 60-70,
28:27qui s'est souvent un peu de référentiel dans la mémoire militante.
28:31On est passé d'un capitalisme de production
28:33à un capitalisme de distribution.
28:35– De service.
28:36– Voilà, de service, ce que j'appelle un capitalisme de service.
28:40Donc là, il y a toute une série de choses.
28:43D'abord, c'est un salariat qui est beaucoup plus morcelé,
28:46ce qui caractérisait le capitalisme industriel
28:48jusque dans les années 60-70 et qui le reposait.
28:50Il n'y avait évidemment pas que ça.
28:52Mais sur des très grandes entreprises,
28:54il y avait un dicton, un slogan qui disait
28:56« Lorsque Renaud-Biancourt se met en grève,
28:58c'est la France qui tousse. »
28:59Parce qu'évidemment, c'est 30 000 ouvriers qui s'arrêtent d'un coup.
29:01C'est l'usine qui produisait les deux chevaux
29:03que tout le monde conduisait.
29:04Donc ça avait un impact économique et donc politique immédiat.
29:08Ces grandes concentrations ouvrières, elles ont disparu.
29:11Ça ne veut pas dire qu'il n'y a plus de production industrielle,
29:13mais il y en a quand même moins.
29:14Et là où elles existent, effectivement, tu l'as dit,
29:16c'est beaucoup de sous-traitance, beaucoup de finalisation.
29:18Donc ça veut dire des salariés qui travaillent ensemble,
29:21mais qui n'appartiennent pas aux mêmes entreprises,
29:22qui n'ont pas les mêmes employeurs,
29:23et donc des difficultés accrues pour coordonner,
29:28organiser la mobilisation.
29:29Je prends juste un autre exemple qui va parler aussi à tout le monde.
29:31L'aide à domicile ou les agents de sécurité
29:33que nous croisons tous lorsque nous rentrons dans nos magasins.
29:35Voilà des gens qui travaillent pour des très très grandes entreprises,
29:38mais qui constituent ce qu'on appelle des collectifs de travail
29:40totalement segmentés.
29:41C'est-à-dire qu'ils ne travaillent pas ensemble,
29:42puisqu'ils travaillent les uns chez les personnes auxquelles ils viennent en aide,
29:49les autres chez les magasins.
29:50Et donc il y a une difficulté réelle pour les syndicalistes
29:52à organiser concrètement ces salariés.
29:55Ce qui a été fait aussi dans les fameuses professions
30:00qui portent sur ces épaules des mouvements.
30:03Je prends l'exemple des cheminots,
30:04où aujourd'hui, en fait, la SNCF,
30:06c'est une holding qui regroupe différentes sociétés anonymes.
30:11Et les cheminots sont éparpillés.
30:14Par exemple, le conducteur du train
30:17n'a pas le même employeur juridique
30:20que la personne qui fait la maintenance
30:23ou celui qui va le guicher.
30:25Donc là, on est aussi sur un exemple concret
30:27de ce morcellement et des difficultés
30:30que rencontrent les syndicats.
30:30Tout à fait.
30:31Et c'est aussi pour ça qu'il ne faut pas mythifier,
30:32même si elle est réelle,
30:33la capacité de mobilisation des syndicats
30:35chez les Cheminots, chez les agents de DF,
30:37ce sont elles-mêmes,
30:37j'évoquais tout à l'heure en 1995,
30:39et donc je disais, on va célébrer les 30 ans.
30:41En 30 ans, ces entreprises se sont transformées
30:42de manière radicale
30:44sous l'effet des politiques de libéralisation,
30:46de mise en concurrence, de filialisation, etc.
30:48Donc, y compris dans ces entreprises,
30:51la capacité des organisations syndicales,
30:53même avec la meilleure volonté du monde,
30:54à organiser la mobilisation
30:56est beaucoup plus difficile
30:57qu'elle ne l'était il y a 30 ans.
30:59Il y a une question dans le chat,
31:00c'est quelque chose qui revient assez souvent
31:03et qu'il faut y répondre,
31:04que la grève tradie avec sa petite manif
31:07plan-plan ne sert à rien.
31:10Vous vous souvenez des manifs retraite ?
31:12Qu'est-ce qu'on a eu ? Rien.
31:13Mais concrètement,
31:14est-ce que bloquer, par exemple, un port,
31:16est-ce que c'est la CGT à Montreuil
31:19qui le décide
31:20ou les salariés syndiqués
31:23ou non en Assemblée Générale
31:25qui décident de ce mouvement ?
31:27Comment ça se passe ?
31:28Alors, les modalités de l'action,
31:30en règle générale,
31:31sur ce type de configuration de mobilisation,
31:35en tout cas,
31:35c'est la Confédération ou l'intersyndicale
31:38qui appelle à des mobilisations.
31:39Et ensuite,
31:39c'est aux salariés et aux syndicats
31:41de leur entreprise
31:42de décider la manière
31:43dont ils participent,
31:44s'engagent dans la mobilisation.
31:47Je veux d'abord dire un premier point.
31:48C'est que ce n'est pas parce que,
31:49tu disais tout à l'heure,
31:50il n'y a pas de bouton...
31:51Enfin, tu me posais la question
31:51sur le bouton ouvre de Sophie Binet.
31:53Ce n'est pas parce que Sophie Binet
31:54appelle les salariés et les militants
31:57de la CGT à se mettre en mouvement
31:58que tous les militants suivent.
32:00Bon, une grande partie de mes travaux,
32:01et j'essaie de le montrer dans ce livre,
32:04c'est que la plupart...
32:06Alors, ça sera sans doute moins le cas
32:08en septembre, là,
32:08mais une grande partie des appels
32:10à la mobilisation qui sont initiés
32:11par les directions centrales
32:13sont ignorés par les militants
32:15parce que se mobiliser, ça coûte.
32:17Et parce que, deuxièmement,
32:18pour s'engager dans l'action,
32:20encore faut-il être convaincu
32:21que l'action va être utile et efficace
32:23pour faire reculer le gouvernement.
32:25La question qui nous est posée
32:26est une vraie question.
32:27Je pense que c'est un des effets aussi
32:29qu'il va falloir mesurer de 2023.
32:322023 a sans doute été perçu
32:33par une majorité de ceux
32:35et celles qui ont participé
32:36à cette mobilisation comme un échec.
32:38Malgré ce que j'ai dit tout à l'heure.
32:41Oui, parce que la réforme n'a pas,
32:42in fine, n'a pas été empêchée.
32:44On est bien d'accord.
32:45Malgré la formidable mobilisation,
32:47les prêts de 3 millions de personnes.
32:48On est bien d'accord.
32:50Un conclave,
32:51bon, c'est très mal nommé,
32:52en tout cas une concertation
32:53avec les 10 partenaires sociaux,
32:54c'est ouverte,
32:56avec la nomination de François Béroux.
32:57On a vu que ça s'est conclu
32:58par un échec,
32:59puisque je rappelle que même
33:00la CFDT, la CFTC,
33:02la CFECGC
33:03qui ont participé jusqu'au bout
33:04aux discussions ont décidé...
33:05Ils n'ont rien obtenu.
33:06Voilà, ils ont décidé de ne leur rien signer.
33:11Donc, légitimement,
33:11on peut se poser la question,
33:12est-ce qu'une journée d'action suffit ?
33:14Mais en même temps,
33:15il y aurait une illusion à croire
33:16que, comme je disais tout à l'heure,
33:17parce qu'on va appeler
33:18à des modalités d'action
33:20supposément plus radicales,
33:21les salariés vont être
33:22plus facilement disposés
33:24à s'engager
33:25dans cette modalité d'action.
33:27Dans l'ouvrage,
33:27je prends un exemple,
33:28par exemple,
33:29d'une grève
33:30dans un entrepôt
33:31dans un magasin de chaussures
33:32que tu évoquais tout à l'heure,
33:33où la grève s'enlise,
33:34où les salariés sont très isolés,
33:35et les permanents de la CGT
33:36suggèrent aux grévistes
33:37« bloquons l'entrepôt ».
33:39C'est un mot d'ordre
33:39qu'on entend beaucoup
33:40sur les réseaux.
33:41C'est le mot d'ordre du 17 ans.
33:42Voilà, « bloquons les flux »,
33:43etc.
33:44Donc, les permanents de la CGT,
33:45ils sont OK.
33:46Ils disent « ne vous inquiétez pas,
33:47on sait faire ».
33:49Il n'y a pas de question
33:49de bureaucratie syndicale
33:51qui empêche ou quoi ?
33:51Ils sont à l'initiative
33:52de cette proposition
33:53qui refusent les salariés.
33:54Et pourquoi ?
33:55Parce qu'on est face
33:56à des ouvriers
33:57qui sont dans leur première expérience
33:58de la grève.
33:59Ils sont déjà assez tétanisés,
34:01je dois dire,
34:02parce que le patron ne bouge pas,
34:03parce qu'il ne se passe rien,
34:04parce qu'ils se retrouvent isolés
34:05dans leur propre entreprise.
34:07Et les autres catégories
34:08de salariés ne se joignent pas
34:09à leur mobilisation
34:09parce qu'ils ne s'y reconnaissent pas.
34:11Je parle là des salariés
34:12des boutiques.
34:13C'est des divisions
34:14à l'intérieur même du syndicat
34:15qui se produisent.
34:17Et donc, le blocage n'a pas lieu.
34:18Non pas parce que
34:18les petits bureaucrates
34:20de la CGT ne le veulent pas,
34:22mais parce que les salariés eux-mêmes
34:23ne le veulent pas,
34:24parce qu'ils craignent
34:25les représailles policières,
34:28judiciaires d'une telle action.
34:30Et puis, parce qu'ils n'ont pas
34:30du tout l'habitude,
34:31ce n'est pas du tout
34:31dans leur habitude,
34:33dans leur manière de protester.
34:34Ça ne veut pas dire
34:34qu'ils ne résistent pas
34:35à leur patron.
34:36Ils opposent plein de résistance
34:37à leur patron,
34:38mais pas sous cette forme-là.
34:39Alors, voilà,
34:40on va poursuivre
34:40sur la question de la répression.
34:41Il faut bien savoir,
34:42il faut peut-être redire un mot
34:44ce que c'est que le contexte
34:45de classe dans une entreprise.
34:47La CGT, en l'occurrence,
34:49se revendique d'un syndicalisme
34:50de masse et de classe.
34:51Donc, dans un rapport
34:53conflictuel, en tout cas,
34:54avec le patronat,
34:57on est aujourd'hui
34:58plus de deux ans
34:59après le mouvement de 2023.
35:01Il y a eu plus de 1000 CGT
35:03qui ont été inquiétés
35:04des suites de ce mouvement.
35:06Par exemple,
35:07dans une des professions,
35:09dans un des corps de métier
35:10où la grève a bien pris
35:11EDF, GDF,
35:13l'énergie,
35:14puisque ces entreprises
35:15ne s'appellent plus comme ça
35:16en tout cas pour GDF,
35:17mais dans l'énergie,
35:18cette grève a pris.
35:18On se souvient des Robins Desbois
35:19qui alimentent gratuitement
35:21des services publics
35:23ou qui coupent l'accès
35:25à l'électricité
35:27à tel ministre,
35:28etc.
35:30Il y a eu des condamnations
35:31des responsables syndicaux
35:34qui ont été condamnés.
35:35Non pas que la justice
35:37a pu démontrer
35:38que ces personnes-là
35:39ont coupé le courant
35:40à tel jour,
35:41à tel endroit,
35:41mais tout simplement
35:42parce qu'ils étaient responsables
35:44juridiquement du syndicat.
35:45Qu'est-ce que provoque
35:48cette répression
35:50anti-syndicale
35:51aujourd'hui
35:52à la base
35:53des syndicats ?
35:54Oui,
35:55et encore,
35:56là,
35:57tout ce dont on parle,
35:58on parle de secteurs
35:59dans lesquels
35:59les syndicats sont suffisamment
36:01présents,
36:02puissants,
36:03pour faire connaître
36:05ces situations
36:05de répression
36:06anti-syndicale.
36:08Et donc,
36:08il faut aussi voir
36:08toutes les formes
36:09de répression anti-syndicale
36:10plus souterraines
36:12qui s'exercent
36:13dans les entreprises
36:14que j'étudie
36:15plus particulièrement.
36:16Ah,
36:17mais c'est la marginalisation,
36:18par exemple,
36:19des militants syndicaux
36:20dans leur entreprise,
36:21c'est-à-dire on les affecte
36:22à un poste
36:22dans lequel ils sont
36:23totalement isolés,
36:25on les met au placard,
36:25comme on dit vulgairement,
36:27trivialement,
36:28dans ces entreprises.
36:29C'est une pression
36:31psychologique,
36:31morale,
36:32constante,
36:32qui est mise
36:32sur des militants
36:33qui, par ailleurs,
36:34sont généralement
36:34assez isolés
36:35parce qu'ils sont
36:35assez peu nombreux
36:37dans cette entreprise.
36:38Et donc,
36:39ce qu'il faut bien
36:39comprendre aussi,
36:40c'est que dans
36:41ces secteurs précarisés,
36:42la crainte de la représaille
36:44patronale est d'autant
36:44plus forte que la faiblesse
36:47structurelle du syndicalisme
36:48les expose d'autant
36:49plus facilement
36:50à ce risque de représailles
36:51là où,
36:52malgré ce qui existe,
36:54dans l'énergie,
36:55dans les transports,
36:56les syndicats ont la capacité
36:57d'offrir une forme
36:57de protection collective,
36:58si je puis dire,
37:00à leurs militants,
37:01de soutien moral,
37:02de soutien même économique,
37:03pour ceux qui sont licenciés,
37:05etc.
37:07En plus,
37:08ce qui caractérise
37:09toutes les entreprises,
37:10les livreurs,
37:11l'aide de missiles,
37:12toutes les entreprises
37:13de services
37:13dont on parle depuis
37:14tout à l'heure,
37:14la logistique,
37:15etc.,
37:16c'est des méthodes
37:16de management
37:17très coercitives.
37:18C'est vraiment
37:20l'ADN,
37:21ou en tout cas,
37:21c'est vraiment
37:21la caractéristique majeure
37:23de ce modèle
37:24d'organisation
37:26du travail.
37:27Et donc,
37:27on comprend d'autant mieux
37:28les craintes
37:30que peuvent susciter
37:31les perspectives
37:32de se mobiliser.
37:33Mais je voudrais aussi
37:33rajouter un point
37:34parce que je pense
37:34que c'est important
37:36pour celles et ceux
37:37qui nous écoutent.
37:38Moi,
37:38ce que j'ai observé
37:39aussi dans mon enquête,
37:39c'est que,
37:41à la fois,
37:41il y avait beaucoup
37:42de mécontentement
37:43chez ces salariés
37:44par rapport
37:44à leur situation
37:45au travail,
37:46leur situation salariale,
37:47mais aussi
37:48une très grande hésitation
37:50à se mobiliser
37:50dans le cadre
37:50de mobilisation
37:51de type interprofessionnel.
37:53Ces salariés
37:54et ces militants,
37:55lorsqu'ils se mobilisent,
37:56c'est généralement
37:56dans le cadre
37:56de conflits d'entreprise
37:57au moment
37:57des négociations
37:58de salaire.
37:59Voilà,
37:59parce qu'en fait,
37:59il y a des grèves.
38:00Il y a des endroits
38:01où il y a des grèves
38:01sur des conditions
38:02de travail
38:02ou de salaire
38:03victorieuses.
38:04Tout à fait.
38:05Et en lien
38:05avec ce que je disais
38:06précédemment,
38:07souvent,
38:07pas toujours,
38:08mais souvent,
38:09ces grèves
38:09se déclenchent d'abord
38:11en réaction
38:11au despotisme patronal,
38:13c'est-à-dire
38:13aux attitudes patronales
38:14très autoritaires
38:14qui existent
38:15à l'intérieur
38:18de ces entreprises
38:18sur le mode
38:19d'une forme
38:19de révolte morale
38:20de ces salariés
38:22face aux mauvais traitements
38:23qu'ils subissent.
38:25Donc,
38:25il existe des grèves
38:26mais quand même
38:26des grèves localisées
38:28dans les entreprises
38:29qui font sens
38:30comme un mode
38:30de résistance
38:31face aux mauvais traitements,
38:32si je puis dire,
38:34de la part
38:35de l'employeur.
38:36En revanche,
38:36ces mêmes militants,
38:37ces mêmes salariés,
38:38chaque fois,
38:38ce que j'ai pu observer,
38:39y compris dans des séquences
38:40de mobilisation forte,
38:41ils ont tendance
38:42à rester en retrait
38:44des mobilisations
38:46interprofessionnelles
38:46avec,
38:47en particulier,
38:48pour une raison
38:49importante
38:50qui est de dire
38:51mais qu'est-ce que ça va changer
38:53si je me mets en grève
38:54dans mon entreprise
38:55privée
38:55par rapport
38:56au gouvernement.
38:57Je vais pénaliser
38:57mon employeur,
38:59je risque de me pénaliser
39:00moi parce que
39:01je vais altérer
39:04le chiffre d'affaires
39:05de mon entreprise
39:06mais en gros,
39:07le gouvernement s'en fiche
39:08et donc,
39:09je ne vais pas interpeller
39:10le gouvernement.
39:11Donc,
39:11on peut aussi comprendre
39:12le fait qu'il y ait plus
39:14par exemple
39:14de militants
39:15des secteurs publics
39:16qui se mobilisent
39:17à la faveur
39:18de ces mobilisations
39:19interprofessionnelles
39:19parce qu'à la fois,
39:20vous avez plus
39:20de militants syndicaux
39:21et souvent
39:22des militants syndicaux
39:23aguerris,
39:24des traditions de lutte
39:25et en plus
39:25parce que se mobiliser
39:27contre le gouvernement,
39:28c'est aussi se mobiliser
39:29entre guillemets
39:29contre son propre employeur.
39:31Et donc,
39:31la vraie difficulté
39:32pour les confédérations
39:34syndicales,
39:35c'est de réussir
39:36à élargir
39:36la mobilisation,
39:37éviter ce que tu évoquais
39:39au début d'interview,
39:40c'est-à-dire la reproduction
39:40d'une forme de grève
39:41par procuration.
39:42Donc,
39:42intéresser à mobiliser
39:43aussi les salariés
39:45du privé
39:46et c'est là
39:47où ils ont
39:47le plus de difficultés,
39:48non pas par absence
39:49de bonne volonté
39:50de la part
39:50de la direction centrale,
39:51mais parce que
39:51les conditions sociales,
39:53politiques,
39:54économiques
39:55des travailleurs
39:56du secteur privé
39:57rendent cette mobilisation
39:59beaucoup plus difficile.
40:00Pour revenir un peu
40:01sur l'actualité
40:02qui nous réunit aujourd'hui,
40:05à savoir l'offensive
40:06qui se prépare
40:07contre le budget
40:08austéritaire
40:08de François Béroux,
40:09on a un précédent
40:10quand même
40:10d'une grève
40:12au-delà de 2023,
40:13d'une grève
40:13à vocation majoritaire
40:15qui a eu lieu
40:16le 5 décembre 2024
40:17dans la fonction publique.
40:19Qu'est-ce qui a permis,
40:23on explique
40:24le succès
40:25de cette grève
40:25par les déclarations
40:28à l'époque incendiaires
40:29de Guillaume Casbarian
40:30sur la nature même
40:32du travail des fonctionnaires,
40:33mais également
40:34la perspective
40:35de voir
40:35des jours
40:36de carence supplémentaires
40:37attribués aux fonctionnaires
40:38en cas d'arrêt maladie.
40:39Est-ce qu'aujourd'hui,
40:40des mesures
40:42comme
40:45touchées
40:45à des jours fériés,
40:46donc aux fameux
40:47deux jours de jours fériés,
40:48qui d'ailleurs,
40:48pour plusieurs millions
40:49de salariés,
40:49ça aurait été
40:50trois jours de jours fériés,
40:51puisque le 1er mai,
40:52il y a une proposition
40:53de loi centriste
40:54qui a été adoptée
40:54au Sénat
40:55qui vise à l'ouverture
40:56des commerces
40:57dits de proximité
40:58le 1er mai,
40:58donc pour un certain
40:59nombre de travailleurs,
41:01d'ailleurs souvent
41:01des femmes précaires,
41:02n'auront pas d'autre choix
41:03que de travailler
41:03le 1er mai.
41:04Est-ce que
41:06ces totems,
41:06quand même,
41:08on peut parler
41:08de l'assurance chômage
41:09aussi,
41:09qui va être touchés,
41:10est-ce que c'est de nature
41:12pour les syndicats
41:13à être des points d'appui
41:14pour convaincre
41:16toutes ces franges
41:17du salarié
41:17à se mobiliser
41:18sur un objectif commun ?
41:20Alors,
41:22incontestablement,
41:23l'attaque
41:24sur les jours fériés
41:26est sans doute
41:26l'un des points
41:27de cristallisation
41:30du mécontentement
41:31qui est le plus facile
41:32à activer,
41:33entre guillemets,
41:33pour la direction syndicale,
41:35beaucoup plus à mon avis,
41:36on peut dire presque,
41:37hélas,
41:37que les réformes,
41:39que la énième réforme
41:40de l'assurance chômage,
41:41parce que des réformes,
41:42il y en a quasiment
41:43tous les ans,
41:44les organisations syndicates
41:45sont généralement
41:46unanimement opposées
41:47à ces réformes,
41:48mais elles peinent
41:49à mobiliser.
41:50Et là aussi,
41:50c'est pas forcément
41:51l'absence de volonté
41:52de la part des directions,
41:54mais parce qu'il est
41:55très difficile
41:56de mobiliser
41:58sur ces qui sont là.
41:59Pourquoi ?
41:59Parce que les syndicats
42:01organisent d'abord
42:01les salariés,
42:03et que les chômeurs,
42:04les plus précaires
42:06sont généralement
42:06en marge des syndicats
42:08pour toutes les raisons
42:09qu'on a évoquées précédemment,
42:10et que c'est beaucoup
42:11plus difficile
42:12de mobiliser des salariés
42:14en solidarité
42:15à des chômeurs.
42:16Bon, j'allais dire
42:17que pour l'intersyndicale,
42:18l'avantage de l'annonce
42:19du projet de suppression
42:20de deux jours fériés,
42:22c'est que ça touche
42:22toutes les catégories
42:23de salariés,
42:25donc y compris
42:25celles et ceux
42:26qui constituent le cœur,
42:27j'allais dire,
42:28des militants
42:30des organisations syndicales,
42:32et donc assurément,
42:33c'est un point
42:33qui doit permettre
42:35de fédérer plus facilement
42:36leur mobilisation.
42:37D'ailleurs,
42:37on n'est pas sûr
42:38que ce soit un leurre,
42:39puisque c'est passé
42:39de 1 à 2
42:40à prix de rencontre
42:41entre François Bayrou
42:42et Emmanuel Macron
42:42en voie des annonces,
42:43on n'est pas sûr
42:44non plus que ce soit un leurre
42:45pour en fait
42:45n'obtenir qu'un seul jour
42:46et essayer de faire passer
42:47la pile comme ça.
42:48Oui, oui, tout à fait.
42:49Bon, ça c'est des stratégies
42:49de négociation assez classiques,
42:51c'est comme ça
42:51qu'on forme les RH,
42:53annoncer le pire
42:53pour obtenir
42:55finalement votre projet,
42:57obtenir ce qu'on veut
42:57en faisant mine
42:58de faire des concessions,
43:00mais que ce soit
43:01deux ou un jour,
43:01bon, je pense que
43:03quand même
43:03ce qui est visible
43:04pour tous les salariés,
43:05indépendamment,
43:05j'allais dire,
43:06de leur degré de politisation
43:07et de leur préférence politique,
43:09c'est que,
43:10tu as fait la liste
43:11tout à l'heure,
43:12mais ça s'objective
43:12très très bien
43:13à travers le projet
43:14de suppression
43:14de jours fériés,
43:16c'est qu'on ne demande
43:17que des sacrifices
43:20aux salariés
43:21sans imposer
43:22quoi que ce soit
43:23aux directions
43:24d'entreprise,
43:25aux patronats
43:25en termes,
43:26sur les questions
43:27notamment
43:27d'aide publique
43:29qu'ils perçoivent.
43:30Alors,
43:31dans l'entretien
43:31que tu nous as accordé
43:32ce matin,
43:33qui va nourrir
43:33un plus gros dossier
43:34dont je vous ai dit
43:35que vous pouvez retrouver
43:36dans l'humanité
43:37quotidienne de demain,
43:39tu expliques
43:39qu'il y a deux logiques
43:40de rassemblement
43:42à l'œuvre,
43:43quelles sont-elles
43:44et pourquoi est-ce que
43:47notamment la CGT,
43:49mais également Solidaires
43:50qui a exactement
43:51ce même mandat-là,
43:53cherche l'unité syndicale,
43:55ce qu'on appelle
43:56dans le jargon
43:56le syndicalisme rassemblé.
43:59Pourquoi est-ce
43:59qu'il existe
44:01cette tentative
44:02de mobiliser
44:03avec des organisations
44:05plus modérées ?
44:06– C'est vrai,
44:08donc on est sur
44:08deux logiques
44:09de rassemblement,
44:10j'allais dire
44:10deux agendas militants.
44:11Ce qu'on peut
44:12commencer à percevoir
44:13sur l'appel du 10,
44:14c'est que c'est un appel
44:16qui commence
44:16à coaliser
44:17des militants
44:18venus à la fois
44:20des organisations syndicales,
44:21mais aussi plus largement
44:22de ce qu'on peut appeler
44:23les organisations
44:24du mouvement social,
44:25du mouvement écologiste,
44:27féministe, antiraciste.
44:29Et donc l'appel du 10,
44:30il semble cristalliser
44:32cet appel
44:32au tous ensemble
44:33qui est souvent évoqué
44:34de convergence des luttes,
44:35qui est souvent évoqué
44:36dans le mouvement social,
44:37c'est-à-dire de faire converger
44:38lutte syndicale
44:38et lutte du mouvement social.
44:41De l'autre,
44:41il y a l'autre agenda
44:42qui est celui
44:43des directions syndicales
44:45pour l'instant
44:45et notamment celui
44:47de la CGT
44:48qui cherche à tout prix
44:49à s'opposer
44:51au projet du gouvernement.
44:52Là-dessus,
44:52il n'y a pas de débat.
44:54Je préfère le préciser
44:55quand même
44:56pour se passer
44:57à ceux qui nous écoutent.
44:57Il n'y a pas de débat
44:58à l'intérieur de la CGT,
44:58faut-il ou non
44:59s'opposer au gouvernement.
45:01Et d'ailleurs,
45:01à l'heure actuelle,
45:02à ma connaissance,
45:03l'ensemble
45:03des confédérations syndicales
45:04sont opposées à ce budget.
45:06Donc il faut bien comprendre
45:06que le débat qui se pose,
45:07c'est comment on s'y oppose.
45:09Voilà.
45:10Et la priorité affichée
45:12pour l'instant
45:12pour la direction
45:13de la CGT,
45:15c'est de maintenir
45:15l'unité syndicale
45:16qui a existé
45:18en 2023,
45:19donc effectivement
45:19ce qu'on appelle
45:20le syndicalisme rassemblé.
45:21Pourquoi ?
45:21Alors pourquoi ?
45:22L'analyse qui est faite
45:23du point de vue
45:24de la direction
45:24de la CGT,
45:25c'est que seule
45:26la CGT n'y arrivera pas.
45:28Bon,
45:30la CGT reste,
45:31tu l'as dit,
45:31effectivement,
45:32avec Solidaire
45:33dans une bonne mesure
45:33où la FSU,
45:35une organisation,
45:36ses militants
45:37occupent une place centrale
45:38dans l'organisation
45:38des luttes sociales.
45:40Tout le monde peut le voir
45:40dans les cortèges
45:41qu'il fréquente
45:42dans sa ville.
45:44Tout le monde peut le voir
45:44dans toutes les initiatives
45:45militantes qui existent.
45:46Les militants CGT
45:47sont, j'allais dire,
45:47omniprésents,
45:48en tout cas assez centraux
45:49dans ces espaces
45:51de mobilisation.
45:52Mais la CGT,
45:52elle est affaiblie
45:53et je voudrais même dire,
45:54peut-être,
45:54parce que c'est important
45:55de le prendre en compte,
45:56de regarder les choses
45:56avec lucidité,
45:57elle est très affaiblie.
45:58La CGT aujourd'hui,
45:59c'est 600 000 adhérents,
46:00je ne dis pas 600 000 militants,
46:02je dis bien 600 000 adhérents
46:05qui ne sont pas tous
46:06forcément disposés
46:07à s'engager comme ça
46:08dans des mobilisations.
46:09Et même s'ils le sont tous,
46:10on peut faire l'hypothèse
46:11qu'en 2023,
46:12qu'est-ce qu'on a vu ?
46:132 millions,
46:133 millions de personnes ?
46:14C'est grosso modo
46:15le nombre d'adhérents syndicaux,
46:17toutes organisations
46:18syndicales confondues.
46:19Donc d'un côté,
46:19c'est beaucoup.
46:20D'un côté,
46:21c'est beaucoup.
46:22Il faut quand même le rappeler,
46:23les organisations syndicales
46:24restent les principales forces
46:26organisées et sans doute
46:27celles qui sont le plus à même
46:28d'organiser un mouvement social
46:29d'ampleur.
46:30Avec une meilleure image
46:31auprès des Français
46:31que les partis politiques,
46:32y compris de gauche.
46:33C'est très clair.
46:34Et en même temps,
46:35pour l'instant,
46:36les organisations syndicales
46:37butent sur la difficulté
46:39à élargir la mobilisation.
46:40Et c'est toujours le risque,
46:41pour en revenir
46:42à une de tes questions précédentes,
46:43c'est que si elles commencent
46:44d'emblée à annoncer
46:45des modalités d'action,
46:46on va dire radicales,
46:49dures, etc.,
46:49c'est que ça va être
46:50sans doute un frein supplémentaire
46:51dans leur capacité
46:52à élargir la mobilisation
46:53pour convaincre
46:54celles et ceux
46:55qui ne se mobilisent jamais.
46:56Ils sont quand même
46:57la majorité.
46:58Il faut quand même
46:58avoir ça à l'esprit.
46:59C'est des âgés
46:59qui ne se mobilisent jamais.
47:00Si vous commencez tout de suite
47:01par dire grève générale
47:03reconductible,
47:04vous risquez d'être en difficulté.
47:05Est-ce qu'il y a ce débat
47:06qui a émergé
47:08sur la radicalité ?
47:11Qu'est-ce que c'est ?
47:11Comment on traduit ça
47:13syndicalement ?
47:13Je voudrais te faire réagir
47:14à une citation célèbre
47:15d'Horick Razucki,
47:17qui a été secrétaire général
47:18de la CGT dans les années 80,
47:19qui disait
47:19« La radicalité, c'est la masse ».
47:21Concrètement, ça veut dire quoi ?
47:23Oui, c'est un enjeu de lutte.
47:25Qu'est-ce qu'on appelle
47:25une action radicale ?
47:27En tout cas,
47:28ce que tu viens de rappeler
47:28et ce qu'a dit
47:30Razucki dans les années 80,
47:31est toujours la boussole,
47:32j'allais dire, politique
47:34d'un syndicat comme la CGT,
47:36mais on peut dire aussi
47:36de la CFDT.
47:38La priorité du syndicat
47:39est d'abord
47:40de rassembler la masse
47:41pour reprendre la phraseologie
47:42de la CGT
47:43sur des objectifs de classe,
47:44mais on ne fait pas
47:45une politique de classe
47:46sans la masse.
47:48Et donc,
47:48c'est toujours le dilemme
47:50et les tensions stratégiques
47:52qui animent le choix
47:53des modalités d'action.
47:55C'est pour ça que,
47:56généralement, d'ailleurs,
47:57sur les appels interconfédéraux,
47:58les modalités d'action
47:59sont toujours larges.
48:00Mais c'est toujours
48:01la difficulté.
48:02Élever un rapport de force,
48:04élever un rapport de force
48:05et à la fois convaincre
48:06une majorité de salariés
48:07de se mobiliser
48:09et réussir à les enrôler,
48:12à les faire participer
48:13à des modalités d'action
48:14qui créent effectivement
48:15un rapport de force économique,
48:16donc politique,
48:17vis-à-vis du gouvernement.
48:18Je reviens sur la question
48:19de l'unité syndicale.
48:20Moi, je voudrais te faire
48:23réagir à une image.
48:25En juin,
48:27à Montargis,
48:27dans le Loiret,
48:28l'extrême droite européenne
48:30avait organisé
48:30un grand colloque,
48:31un grand meeting
48:33avec en tête de proue
48:34le Rassemblement National
48:35en France.
48:36Et dans le même temps,
48:37une contre-manifestation
48:39avait eu lieu
48:40où étaient côte à côte
48:41Sophie Binet,
48:43donc la secrétaire général
48:44de la CGT,
48:44et Marie-Diz Léon.
48:46Alors qu'au moment même
48:48où la CFDT
48:49entr'ouvrait la porte
48:51de signer un compromis
48:52avec le patronat
48:53sur l'histoire du conclave
48:54sur les retraites.
48:56Sans animosité
48:57entre les militants
48:58d'une et de l'autre
48:59des confédérations.
49:00C'est un niveau
49:01de rassemblement
49:02qui est aujourd'hui,
49:02par exemple,
49:03sur le plan politique,
49:03si on fait un parallèle,
49:05assez compliqué à imaginer.
49:09assez compliqué à imaginer.
49:10Qu'est-ce que cela traduit
49:11aujourd'hui
49:13de la nécessité
49:15de rechercher
49:15cette unité
49:16pour des militants syndicaux
49:19qui, des fois,
49:20sont isolés
49:21dans des entreprises
49:21ou dans des territoires
49:22où l'extrême droite
49:24progresse ?
49:25Il y a deux choses
49:26dans ce que tu dis.
49:27Effectivement,
49:27il faut souligner
49:28et puis j'élargirai
49:29l'intersyndicale de 2023.
49:31Elle a fait la démonstration
49:31de ce que la gauche
49:32n'arrive pas à faire.
49:33C'est-à-dire la capacité
49:33à se rassembler
49:34en dépit de divergences
49:35qui peuvent être significatives.
49:37Et dans le respect.
49:38Dans le respect
49:38et sur des objectifs communs.
49:40On peut faire quand même
49:42l'hypothèse
49:42que les forces de gauche
49:43en dépit de toute leur divergence
49:44devraient pouvoir trouver
49:45des objectifs communs
49:47à opposer
49:47à la droite
49:48et à l'extrême droite.
49:49Bon, tu dis souligner,
49:50c'est un point important.
49:50Je pense qu'il faut le rappeler
49:51dans la période.
49:52Effectivement,
49:52c'est une surprise pour personne.
49:54La direction de la CFDT
49:55et la direction de la CGT
49:56ont des analyses divergentes
49:57de la manière
49:58d'accompagner ou de s'opposer
49:59aux réformes néolibérales
50:00de la protection sociale
50:01du marché du travail.
50:02Ce n'est pas nouveau.
50:03Ça fait 30 ans que ça dure.
50:04Mais il faut le souligner,
50:05dans le même temps,
50:05pour autant,
50:06il y a une unité
50:07qui n'est pas une unité de façade,
50:08qui est une unité réelle
50:09entre ces deux organisations
50:10pour s'opposer
50:12très fermement
50:12et sans baragouiner
50:14à l'extrême droite.
50:16Ça s'est matérialisé
50:16déjà de l'époque
50:17de Philippe Martinez
50:18et de Laurent Gargé
50:19par un appel
50:20dans l'entre-deux-tours
50:21des présidentielles
50:22en 2022
50:23à s'opposer
50:23à Marine Le Pen.
50:24Marie-Lise Léon
50:26et Sophie Binet,
50:27pardon,
50:28en ont fait de même
50:29au moment
50:30des élections législatives
50:31précipitées
50:32par la dissolution.
50:34Et ce n'est pas
50:34un sujet de débat.
50:35Ces organisations
50:36se sont même mobilisées
50:38pour empêcher
50:38l'extrême droite
50:39de prendre le pouvoir.
50:40La CGT
50:41est allée jusqu'à appeler
50:42à voter pour le programme
50:43du nouveau Front populaire
50:44par le cas de la CFDT.
50:46Mais l'implication
50:47de la CFDT
50:48dans sa sphère
50:49de rayonnance
50:49a eu un impact,
50:50on peut le dire.
50:52En tout cas,
50:53on réfléchit beaucoup
50:55là-dessus.
50:55En tout cas,
50:56on peut dire
50:56que c'est difficile
50:57à mesurer
50:57pour être tout à fait
50:58objectif
50:58quels effets
50:59ça produit
50:59sur le vote
51:00des salariés.
51:01On est sur des enquêtes
51:02en ce moment là-dessus.
51:03C'est très difficile
51:04à objectiver.
51:06Incontestablement,
51:07en revanche,
51:07ça a un effet déjà
51:08extrêmement positif
51:09par rapport
51:10à l'extrême droite.
51:10C'est que ça a un effet
51:12médiatique et politique.
51:13Voilà.
51:13C'est que ça montre
51:14qu'une partie,
51:15en tout cas des syndicats,
51:16parce que malheureusement,
51:17ce n'est pas le cas
51:17de forces ouvrières,
51:18mais une partie
51:19des syndicats,
51:20parce qu'il faut rajouter
51:21au-delà de la CFDT,
51:22de la CGT
51:22et de la FSU,
51:23solidaire,
51:24s'opposent
51:25de manière ferme
51:27à l'extrême droite.
51:31du coup,
51:32pour revenir sur cette recherche
51:34d'unité,
51:35comment est-ce qu'on peut
51:35décrypter l'attitude
51:36de la CFDT ?
51:38Elle s'affiche clairement
51:40en opposition
51:41au budget de François Béroud,
51:44à la suite
51:45du HEC du Conclave.
51:46Marie-Lise Léon,
51:47à la présentation
51:48du budget,
51:49disait que la mobilisation
51:50de la CFDT
51:50n'est pas à exclure.
51:51Dans le même temps,
51:52dans ses universités
51:53d'été,
51:54de rentrer
51:54lors d'une journée
51:55d'études sur le travail
51:56et inviter François Béroud,
52:00comment décrypter
52:01tout cela ?
52:02Je voudrais juste rajouter
52:03avant de répondre
52:03sur la CFDT
52:04quelque chose
52:05du point de vue
52:06de l'analyse
52:07que peut faire
52:08la direction de la CGT
52:10sur la nécessité
52:10de l'unité syndicale.
52:12Ce n'est pas simplement
52:13parce que la CGT
52:14est plus faible
52:14et qu'elle ne peut pas
52:15prétendre à elle seule
52:16à entraîner le monde salarial
52:17dans la résistance
52:19et dans l'opposition
52:19au gouvernement.
52:20Ce n'est pas simplement
52:21la nécessité de faire non
52:22en étant plus
52:23de militants syndicaux.
52:24C'est aussi que c'est
52:25vu comme une condition
52:27nécessaire
52:27pour inciter
52:28plus facilement
52:29les salariés
52:29à entrer dans l'action.
52:31Ça, on le voit très bien
52:31dans les enquêtes
52:32que l'on peut mener.
52:33Un des principaux arguments
52:35qui est opposé
52:37par les salariés
52:37pour expliquer
52:38pourquoi ils ne se mobilisent
52:40pas à l'appel
52:40des confédérations,
52:41c'est qu'ils disent
52:41« Regardez, déjà,
52:42ils ne sont pas d'accord
52:42entre elles.
52:43Donc si ils ne sont pas
52:43d'accord entre elles,
52:44comment voulez-vous
52:45qu'on s'oppose efficacement
52:47au gouvernement ? »
52:48Et donc créer les conditions
52:49de l'unité syndicale,
52:50c'est aussi impulser
52:51une dynamique de mobilisation
52:52qui est plus facilement
52:55mais qui est plus facilement
52:56de nature à convaincre
52:57les indécis
52:58de s'engager à l'entour
52:59tout simplement
52:59parce qu'ils vont avoir
53:00le sentiment
53:00que ça va prendre davantage,
53:02qu'on va être plus nombreux
53:04à se mobiliser
53:05contre le gouvernement.
53:06Pour la CFDT...
53:08Avant de revenir
53:09sur la CFDT,
53:10mais il y a une réalité
53:12qu'il faut qu'on prenne en compte
53:13aujourd'hui.
53:13On a parlé du recul
53:14du syndicalisme
53:15dans le monde du travail.
53:16Il y a aussi une autre réalité,
53:18c'est la montée
53:19de l'extrême droite
53:19qui aujourd'hui,
53:21dans certaines franges
53:21du salariat,
53:22est majoritaire.
53:23Du coup,
53:24est-ce que ça rend
53:25les choses d'autant plus
53:27compliquées
53:28pour mobiliser
53:29les salariés
53:30de la part des syndicats ?
53:32Deux choses.
53:32Je rajouterais
53:33syndicalisme faible,
53:34syndicalisme très divisé,
53:35ne l'oublions pas.
53:36Cinq confédérations
53:37représentatives
53:38sans compter solidaires
53:39et l'UNSA.
53:40N'oublions pas non plus,
53:41pour que ça soit
53:42quand même bien au clair,
53:43dans les équilibres syndicaux,
53:44c'est la CFDT aujourd'hui
53:45qui est devenue
53:45la première organisation
53:46aux élections professionnelles.
53:48Sans doute,
53:49sur ce terrain
53:49des mobilisations,
53:50la CGT reste devant.
53:52Bon,
53:53c'est quand même
53:53un premier point.
53:53Effectivement,
53:54un autre élément important
53:55qui permet de souligner
53:57une transformation
53:58aussi structurelle
53:59du salariat
54:00au-delà
54:00de sa condition salariale,
54:02ce qui a beaucoup évolué
54:03dans le monde
54:04des prolétaires,
54:05on pourrait dire,
54:06dans le monde
54:06des travailleurs,
54:07c'est aussi
54:07leur structuration
54:09idéologique.
54:10Alors,
54:11il ne faut pas
54:12réduire les classes populaires
54:13à un vote
54:14rassemblement national,
54:15ce n'est pas le cas.
54:16On en rappellera toujours.
54:17Il y a l'abstention.
54:18Et y compris
54:19dans certains franges,
54:20la gauche
54:21qui fait des bons scores.
54:22Tout à fait,
54:22voilà.
54:23Mais donc rappeler
54:23que le premier comportement
54:24politique,
54:25c'est l'abstention,
54:25ce qui n'est pas forcément
54:26une bonne nouvelle
54:26pour les syndicats
54:27non plus,
54:27parce que c'est aussi
54:29le symptôme
54:29d'une dépolitisation,
54:30d'un rapport
54:33beaucoup plus distant
54:34aux politiques.
54:36Et donc,
54:36du coup,
54:37ça crée un obstacle,
54:39j'allais dire,
54:39politique idéologique
54:40supplémentaire.
54:41L'abstention,
54:41comme la progression
54:42de l'idéologie
54:43du rassemblement
54:45de l'extrême droite
54:45dans des fractions
54:47importantes
54:47des classes populaires,
54:49ça rajoute évidemment
54:50des difficultés
54:51supplémentaires
54:52pour la direction
54:53syndicale
54:54à réussir
54:54à convaincre
54:55les salariés
54:56non seulement
54:57à se mobiliser,
54:57mais à se mobiliser
54:58sur des objectifs
54:59progressistes,
55:00parce que c'est évidemment
55:01un enjeu important,
55:01des tensions
55:02ou des conflits
55:06qui peuvent se jouer
55:06autour de l'appel
55:07du 10.
55:08C'est que la CGT,
55:09sans doute de nature,
55:11a accepté,
55:12a accompagné
55:12la mobilisation,
55:14mais à condition
55:15qu'elle porte évidemment
55:16sur des enjeux
55:17revendicatifs
55:18dans lesquels
55:18elle peut se reconnaître.
55:20Et donc,
55:20non pas sur des appels
55:23à la division du salariat
55:24ou pas simplement
55:25sur des questions
55:27fiscales,
55:28etc.,
55:28mais aussi sur des questions
55:29liées aux rémunérations,
55:30aux conditions de travail
55:31et à la taxation
55:32du capital.
55:33Bon,
55:34alors la fameuse question
55:35sur la CFDT,
55:36donc la CFDT marque
55:37son opposition,
55:39elle n'est pas parvenue
55:41à un compromis
55:42sur la question des retraites
55:43dans le fameux dit conclave.
55:44Dans le même temps,
55:45donc elle discute,
55:46elle sera présente
55:47à l'inter-syndicale
55:48qui devrait ou pas
55:50déboucher sur un appel
55:51collectif à l'automne
55:52de mobilisation.
55:54Dans le même temps,
55:54elle va s'afficher
55:55mardi prochain
55:55avec François Béroux
55:56comment est-ce qu'on peut
55:57décrypter ça ?
55:58Alors,
55:58il faut peut-être rappeler
55:59d'abord à ceux
56:01qui nous écoutent
56:01qu'inviter des ministres,
56:04parce qu'il y a aussi
56:04la ministre du Travail
56:05qui est invitée
56:06aux universités d'été
56:07de la CFDT,
56:08alors inviter des ministres
56:09du Travail
56:09et des premiers ministres
56:10dans la CFDT,
56:10c'est une pratique.
56:11Et d'ailleurs,
56:12pour être tout à fait juste,
56:14Sophie Binet débattra
56:15la fête de l'humanité
56:16face au ministre
56:16de l'économie,
56:17Eric Lombard,
56:18donc c'est pas non plus
56:19pour charger la bourrique.
56:21Alors, si je dis
56:22c'est une habitude,
56:23c'est pas pour dire
56:23c'est bien.
56:24Moi, je n'ai pas jugé ça
56:25en tant que sociologue,
56:27mais c'est juste pour dire
56:27que ce n'est pas
56:29quelque chose d'inédit.
56:32Évidemment,
56:32on peut se poser la question
56:33quand même,
56:34qu'attendent-ils ?
56:35Voilà.
56:36Qu'attendent-ils
56:36de faire venir
56:37le Premier ministre,
56:37la ministre du Travail,
56:38dans un contexte
56:40où de toute évidence,
56:41c'est un grand défi
56:43pour la CFDT,
56:44la CFDT est mise en crise
56:46dans son logiciel réformiste,
56:48dans son logiciel
56:48d'un syndicalisme
56:49qui préconise
56:50le dialogue social
56:51comme méthode
56:51de construction
56:52d'un compromis.
56:52Elle est mise en crise
56:53par une attitude
56:54ultra-radicale,
56:55on peut dire,
56:56du gouvernement
56:56et du patronat.
56:57Et du patronat.
56:58Qui ne veut plus passer
56:58de fameux compromis.
56:59Bon, on a tous eu
57:01le sentiment pour celles et ceux
57:02qui suivent la question syndicale
57:04que la CFDT
57:05était prête
57:06à signer un compromis
57:08en juin dernier.
57:10Il semblait quand même
57:10que c'était sur le bon chemin.
57:11Et puis, au dernier moment,
57:12le patronat a même tenté
57:14de changer de feuilles de route
57:15et de textes de négociation.
57:16Et de toute évidence,
57:17Marie-Biz Léon,
57:18on a été la première surprise.
57:19Enfin, ce n'était pas elle
57:20qui représentait la CDT,
57:21mais les représentants
57:22de la CDT
57:22ont été les premières surprises.
57:24du numéro 2,
57:25Yves-Henri Cordo,
57:25qui interpelle Patrick Martin
57:26devant les caméras
57:27sur le trottoir
57:28le dernier jour du conclave.
57:30Bon, alors,
57:32c'est plutôt dans la droite ligne
57:35de ce que j'ai pu analyser
57:36avec d'autres collègues
57:37dans un ouvrage récent,
57:38je cite,
57:38j'en profite pour le signaler,
57:40« Le dialogue social sous contrôle ».
57:41On est de plus en plus
57:43dans un contexte
57:44où le dialogue social
57:47se résume effectivement
57:48à des séances de concertation.
57:51Le gouvernement et le patronat
57:52acceptent de discuter
57:53avec les partenaires sociaux,
57:55comme on les appelle,
57:56les représentants syndicaux,
57:57mais sans chercher
57:59le moindre compromis avec eux.
58:01Et la seule chose
58:01qu'ils attendent des syndicats,
58:03c'est qu'ils accompagnent
58:04les réformes
58:05pour lui donner plus
58:06de légitimité.
58:08Alors, malgré toutes les critiques
58:09que sans doute
58:09beaucoup de ceux
58:10qui suivent ce chat
58:11peuvent faire à la CFDT,
58:14effectivement,
58:14la CFDT,
58:15c'est une différence majeure
58:16avec la CGT,
58:18part du principe
58:19qu'il est nécessaire
58:19d'accompagner les réformes,
58:20que les réformes structurelles
58:22du marché du travail,
58:23de la protection sociale
58:24sont nécessaires
58:25pour s'adapter
58:25aux nouvelles réalités économiques.
58:26Mais elle le fait
58:28à condition
58:28d'obtenir des compromis,
58:29notamment des compromis
58:31en faveur
58:32des plus précarisés,
58:33des fractions
58:35les plus fragiles
58:36du salariat.
58:38Pour rappel,
58:38c'est ce qu'elle avait obtenu,
58:40indépendamment du jugement
58:41que l'on peut porter,
58:42en 2003,
58:43lorsque la CFDT
58:45avait accompagné
58:46la réforme des retraites,
58:48mais en obtenant
58:49des mesures
58:50qui finançaient
58:51des dispositifs
58:51pour les salariés
58:52qui avaient eu
58:53des carrières longues
58:54et qui ont pu partir
58:55objectivement à la retraite,
58:56si bien d'ailleurs
58:56qu'à la fin,
58:58la réforme
58:58n'avait pas du tout
58:59réussi à faire d'économie.
59:00Là, la donne est nouvelle,
59:02enfin différente en tout cas.
59:04La CFDT,
59:05ni la CFTC,
59:06ni la CFECGC,
59:07aucune de ces organisations
59:08qui se réclament
59:09d'un syndicalisme réformiste
59:10ne parvient à obtenir
59:11de compromis
59:12à la hauteur
59:12de ce qu'ils attendent.
59:14Est-ce que finalement,
59:14ce n'est pas à travers
59:15la Macronie
59:15le patronat,
59:17c'est-à-dire le camp d'office,
59:17qui s'est radicalisé ?
59:20Non,
59:20en tout cas,
59:21moi je dirais surtout
59:22l'analyse
59:22qu'on peut faire
59:23de ce qui se passait
59:25en juin,
59:26c'est que
59:26le patronat
59:27voit d'autant moins
59:30d'intérêt
59:30à rechercher
59:30le moindre compromis,
59:31y compris avec la CFDT
59:32ou la CFTC,
59:33qu'il sait que de toute façon,
59:35le gouvernement
59:35va appliquer...
59:36Ça fait de route.
59:37Ça fait de route.
59:38Donc du coup,
59:39quel est l'intérêt
59:40pour le patronat
59:40de jouer le jeu
59:41de la négociation aujourd'hui ?
59:42Eh bien écoute,
59:43merci beaucoup Baptiste.
59:44Donc je vais reciter ton livre
59:45Réapprendre à faire grève.
59:48Je signale aussi
59:48que tu es le coordinateur
59:49pour le CILOMAG
59:51du dernier numéro
59:52Syndicat Parti
59:53entre Indépendance
59:54et Lutte Commune
59:55pour la Fondation Gabriel Péry.

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