00:015h18, les initiatives en France. Bonjour Olivier Trant.
00:05Bonjour.
00:06Nous parlons ce matin sur Europe 1 de votre association Affuté.
00:10Vous vous mobilisez pour l'inclusion des personnes en situation de handicap mental et cognitif.
00:16On s'arrête sur handicap cognitif d'abord. Qu'est-ce qu'il faut entendre par là ?
00:20Il faut entendre tous les jeunes qui n'ont pas la capacité de pouvoir apprendre comme les jeunes classiques à
00:28l'école.
00:28Ils ont des difficultés d'apprentissage. C'est par ça qu'on entend le handicap cognitif ou mental.
00:34À ces personnes, à ces jeunes, vous proposez de faciliter l'insertion professionnelle.
00:42Exactement. Ce sont des jeunes autistes, porteurs de trisomie, de dyspraxie,
00:47qui ne peuvent pas aller dans les cours classiques ou du moins apprendre comme d'habitude en lisant,
00:53en parlant de la même façon que les autres.
00:56Et donc, on va leur apprendre une formation professionnelle.
01:01On va leur apprendre un métier d'une autre manière, avec une méthode universelle.
01:04Vous n'êtes pas là par hasard. Tout a commencé pour vous il y a bientôt dix ans,
01:08avec une expérience très personnelle. Racontez-nous.
01:11Exactement. Tout ça vient de mon fils Alexandre qui est autiste.
01:16Mon fils Alexandre ne sait pas lire, ne sait pas écrire et ne sait pas parler non plus.
01:20Il s'est retrouvé sur les bancs de l'école jusqu'en primaire.
01:24Et par contre, à la fin du primaire, il n'y avait plus de place pour lui.
01:27Comme il ne sait pas lire, il ne sait pas écrire et il ne sait pas parler.
01:29Il s'est retrouvé à la maison et malheureusement, ça ne s'est pas très bien passé à la maison
01:33puisqu'il voyait que ses frères et soeurs et ses parents.
01:35Et donc, il a commencé à regarder en boucle des vidéos de suicides.
01:39Et c'est là où j'ai décidé d'entreprendre ce projet d'inclusion pour lui et pour d'autres
01:44jeunes comme lui.
01:46Vous dites quelque chose d'extrêmement vrai, Olivier Trant.
01:49Un employeur, notre société d'ailleurs en général, va d'abord regarder chez une personne handicapée
01:55ce qu'elle ne sait pas faire.
01:56Or, vous, vous avez décidé de faire exactement l'inverse.
01:59Tout à fait. En fait, on se rend compte tout simplement que dans cette société,
02:03on a besoin de personnes qui peuvent travailler, à faire des tâches assez simples, assez élémentaires.
02:08Et tout notre cursus habituel consiste à passer par l'école, à savoir faire comme d'autres,
02:13à passer le bac, à avoir des diplômes.
02:16Or, on se rend bien compte qu'il n'y a pas forcément besoin d'avoir ces mêmes apprentissages pour
02:21tout le monde
02:21pour pouvoir exister dans cette société.
02:23Et donc, mon fils Alexandre, à 14 ans, il savait débarrasser correctement la vaisselle
02:28et placer correctement les verres, les couverts, les assiettes aux bons endroits.
02:32Et donc, sur ce constat très simple,
02:37on pouvait se dire que d'eux-mêmes, il pouvait y avoir aussi des talents, des compétences
02:42pour des tâches assez simples, assez élémentaires chez d'autres jeunes.
02:45Et donc, on va les emmener progressivement vers l'acquisition de compétences, d'aptitudes
02:50et dans l'emploi, en fait, tout simplement en identifiant ce qu'ils peuvent faire.
02:54Donc là, vous avez eu l'éclair, simplement en observant votre fils,
02:59de mettre en œuvre ce principe finalement très simple,
03:02de partir de ce qu'ils aiment faire, de ce qu'ils veulent bien faire, de ce qu'ils savent
03:07faire.
03:08Oui, tout à fait.
03:09Et donc, on se rend compte qu'il y a, pour tous ces jeunes-là, des aptitudes.
03:13Alors, certains n'auront pas la capacité motrice suffisante.
03:17Ils n'auront pas la dextérité des doigts ou autre.
03:21En revanche, ils peuvent très bien se comporter, parler, échanger avec du public.
03:27Et donc, on pourra les employer comme ça au service davantage,
03:30là où il n'y a pas besoin d'enforcement de motricité fine.
03:33Affuté, c'est le nom de votre association ?
03:35Vous dites que c'est une école bis.
03:37Qu'est-ce que vous proposez très concrètement, justement, à ces handicapés ?
03:42Alors, affuté, ça veut dire Association pour la Formation Universelle aux Tâches Élémentaires.
03:46L'acronyme, c'est affuté.
03:47On veut affuter les compétences de ces jeunes porteurs de handicap.
03:50On les prend dès l'âge de 14 ans et on les emmène progressivement vers l'acquisition d'aptitudes.
03:55Puis après, on les emmène dans les entreprises.
03:58Et ça va jusqu'à 30, 35 ans.
04:01Et donc, après, on les emploie dans les entreprises du milieu ordinaire,
04:07c'est-à-dire les grands groupes de restauration collective,
04:09l'hôtellerie, le nettoyage, la propreté, l'hospitalité,
04:12en distinguant toutes les tâches qui sont assez répétées,
04:15qu'on va pouvoir processer visuellement,
04:17avec des dessins pour expliquer ce qu'on attend de quelqu'un,
04:20sans mots et sans chiffres.
04:21Oui. Est-ce que ça marche ?
04:23Est-ce que les entreprises répondent présents ?
04:25Eh bien, pour l'instant, on a réussi en 5 ans,
04:27puisqu'on a 5 ans d'existence,
04:29à employer plus de 150 jeunes dans différentes entreprises ordinaires.
04:33Donc, ça change beaucoup le paysage pour ceux qui les accueillent.
04:38Donc, à répondre présente, en effet,
04:40vous voyez, il y a 150 jeunes qui sont maintenant inclus à différents niveaux
04:44dans ces métiers de la restauration, de l'hôtellerie, du nettoyage.
04:48On espère que ça puisse progresser,
04:49qu'on trouve encore d'autres métiers,
04:51d'autres employeurs qui acceptent,
04:52puisque tout l'enjeu, c'est de trouver chaussures au bon pied.
04:55Donc, ça veut dire que nous, si on a identifié qu'il y a un jeune
04:58qui est capable de faire une tâche ou deux tâches très correctement
05:01sur 2 à 3 heures par jour,
05:03eh bien, on a gagné son emploi pour 2 à 3 heures par jour.
05:05Et donc, on a changé sa vie, transformé sa vie.
05:07Votre fils, Alexandre, Olivier Trant, tout se passe bien pour lui ?
05:11Eh bien, Alexandre, du coup, il continue la formation,
05:14puisque lui, il a en 5 ans bien progressé.
05:17Il est passé d'une attention de 5 minutes par tâche
05:20à maintenant, il a plus de 2 heures.
05:22C'est formidable.
05:22Donc, voilà, c'est le moment où on peut commencer à pouvoir l'embaucher quelque part.
05:282 heures par jour de travail,
05:29pour que ce soit suffisamment valable pour l'employeur et pour lui.
05:32Donc, c'est le chemin parcouru pour Alexandre
05:35et c'est tout ce qu'on espère pour plein d'autres jeunes comme lui,
05:39c'est d'avoir une place, même pour quelques heures par jour,
05:41au milieu des équipes des autres entreprises.
05:44Voilà, tout cela grâce à Affuté, votre association, je le rappelle,
05:48pour l'inclusion professionnelle des personnes en situation de handicap mental et cognitif.
05:53Merci à vous, Olivier Trant.
05:55Je vous en prie.
05:56Et puis, plus d'informations, si vous le souhaitez,
05:58sur affuté.fr, afuté.fr.
06:01Voilà, avec un seul F.
06:03Merci à vous.
06:04Merci.