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  • il y a 21 minutes
Ancien champion de karaté, docteur en économie, chroniqueur télé, amateur de rap français, etc. On ne sait pas si Thomas Porcher se plaît à brouiller les pistes, mais il adore les multiplier. À la fois chercheur reconnu dans sa discipline et « bon client » des médias, cet auteur hyperactif a théorisé la nécessité de s’impliquer dans le débat public, il publie ce mois-ci, sa BD : "L'économie pour les 99% "

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00:00 La rencontre avec l'économie
06:00 Être un économiste de gauche ?
16:28 Les économistes dans les médias
23:26 Les idées reçues sur l'économie
35:25 L’aventure Place publique
44:00 Porcher et les médias

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Transcription
00:00Oui, on va évidemment longuement parler de ton livre, parce que c'est quand même pour ça qu'on t
00:04'a invité.
00:05Mais je voulais commencer par dire deux mots sur ton parcours, même si tu es devenu une personnalité médiatique,
00:10puisque je pense que tu es l'un des très rares économistes de gauche qu'on voit beaucoup à la
00:13télévision,
00:14et on en parlera. Il y a peut-être des gens qui ne te connaissent pas, donc tu es né
00:16en 1977,
00:17tu as grandi en Seine-Saint-Denis, tu es docteur en économie.
00:20Est-ce que tu peux nous parler un peu de ta rencontre avec cette matière ?
00:23À quel moment tu as décidé de devenir économiste ?
00:26En fait, ça a mis un certain nombre d'années. En fait, j'ai eu la chance, moi, d'avoir
00:32le temps de choisir.
00:33Ce qui n'est pas le cas de beaucoup de jeunes aujourd'hui, qu'on va parfois orienter,
00:37parce qu'ils ont des résultats scolaires moins bons. Moi, j'avais des résultats très moyens, très très moyens.
00:43L'économie au lycée ne me plaisait pas du tout. Je crois que j'ai eu une seule note au
00:46-dessus de la moyenne, c'est la première.
00:47Je me souviens, en option, en seconde, j'ai eu 11. Et après, j'ai eu tout le temps jusqu
00:51'au bac 9.
00:52J'ai été à la fac. Et à partir de la licence, j'ai même été, ça a été très
00:55dur en DEUG à l'époque, c'est L1, L2.
00:57Oui, je m'en souviens.
00:58J'ai mis, moi, je crois que j'ai fait ma L3 en 5 ans, donc j'ai redoublé deux
01:02fois.
01:02Et en fait, c'est venu à partir du master 1.
01:05J'ai eu des amis croyants, voilà. J'ai eu un déclic. Non, mais ce n'est pas ça.
01:08Moi, je trouve que c'est rassurant pour tous les gens qui galèrent à la fac.
01:11Tu as quand même un doctorat d'économie.
01:12Oui, voilà. En fait, il faut laisser le temps au temps.
01:14Parfois, il y a des gens, il y a beaucoup en économie.
01:16Moi, il y a un prof, un très grand prof qui s'appelait, alors comment il s'appelait ?
01:19Un prof d'HPE que j'avais eu à la Sorbonne qui avait dit pareil, qu'il avait eu le
01:22déclic en master.
01:23Un prof d'histoire de la pensée économique qui m'a dit en master, j'ai eu ce déclic et
01:27j'ai adoré la matière.
01:28Donc, ça met parfois du temps.
01:29Ce qui prouve qu'en fait, voilà, parfois tu travailles, tu n'as pas beaucoup de résultats.
01:33Et à un moment, il y a un truc qui va te plaire et tu as la maturité et tu
01:36as le déclic.
01:37Donc, parfois, les choses mettent du temps.
01:38Et je trouve qu'aujourd'hui, on veut que tout arrive rapidement.
01:41On veut tout de suite orienter des gens dans des filières, alors qu'il faut se laisser parfois le temps.
01:45En fait, j'ai fait un Erasmus quand j'étais en troisième année.
01:48Je voyais que j'avais du mal, donc j'ai dit je vais partir à l'étranger une année pour
01:51voir ce qui se passe.
01:52Et je suis parti à Budapest, un ancien pays qui passait de l'économie planifiée à l'économie libérale.
01:58C'était fin des années 90.
01:59À l'époque, c'était plutôt un pays de l'Est qui était vraiment, ce n'était pas le Budapest
02:03aujourd'hui.
02:04Et j'y étais.
02:05Et là, le fait de partir à l'étranger, d'être mélangé avec des gens qui faisaient HEC.
02:12Je ne sais pas, il y a eu un truc qui s'est passé.
02:13Quand je suis revenu, après, j'ai travaillé.
02:15J'ai travaillé beaucoup plus ma matière.
02:17Ce que tu me disais lors de l'un de nos entretiens, parce qu'on se connaît quand même un
02:20peu et on s'est pas mal interviewé.
02:23Tu me disais quelque chose d'intéressant.
02:25Tu me disais que toi, l'économie, ça t'avait aidé à comprendre ce que tu vivais quand tu étais
02:28gamin.
02:28Et quand tu voyais les pères de tes camarades de classe sombrer dans l'alcool parce que leur usine avait
02:35fermé.
02:36Ça peut servir à ça aussi, l'économie.
02:37En fait, vous savez, moi, je pense qu'il y a beaucoup dans les combats que l'on mène.
02:42Alors, il y a aujourd'hui beaucoup de combats qui sont, surtout avec les réseaux sociaux, de l'ordre de
02:45la posture.
02:46Moi, je vois, il y a beaucoup qui partagent.
02:47On prend une posture.
02:49Alors, c'est toujours plus simple de prendre une posture.
02:51Moi, je l'ai dit, pour sauver un dauphin dans un aquarium où là, vous allez voir un dauphin.
02:55C'est important les dauphins.
02:56Voilà, mais c'est très important.
02:57Mais je veux dire, vous mettez demain, les vidéos qui sont les plus vues sur les autres choses, c'est
03:01des vidéos de chat.
03:02Donc, vous mettez demain un dauphin qui est en très mauvaise posture et qu'il faut sauver.
03:05Et vous allez avoir un partage de plus d'un million de partages.
03:09Vous dites, oui, sauver tel truc.
03:11Il y a des choses qui sont vachement plus Instagrammables.
03:13Et tu as d'autres choses.
03:14Si vous mettez sur Instagram une augmentation du SMIC, ça n'intéresse personne.
03:17Alors que l'augmentation du SMIC touche beaucoup de personnes.
03:19Si vous mettez sur les réseaux sociaux, je ne sais pas moi, créer plus de postes de fonctionnaires dans la
03:23petite enfance, ça ne va pas faire beaucoup de likes.
03:26Et donc, moi, je pense que c'est important, en dehors de la prise de position de posture, d'avoir
03:32parfois une histoire invécue.
03:34Et c'est vrai que moi, comme j'habitais à côté d'une zone industrielle, au Bourget, j'ai grandi
03:38là, entre la zone industrielle du Bourget et de Blanc-Ménil, où il y avait Alstom, par exemple.
03:41Et là, on a vu les premières fermetures.
03:45On a vu des SDF dans les villes arriver, qui étaient des SDF qui étaient parfois des parents de camarades
03:49de classe, que tu voyais devant le Prise Unique, à l'époque, vers la Manche, etc.
03:52Donc, on a vu ça.
03:53Vous êtes 80-90 ?
03:54L'année 90-90, ça a commencé.
03:56Et en fait, au début, on ne perçoit pas ça quand on est enfant.
03:59Mais c'est vrai que quand j'étais en Master 1, qui a eu un cours, on a dit que
04:02le libre-échange allait favoriser une partie de la population, notamment les plus diplômés,
04:06et porter atteinte aux moins diplômés, notamment parce qu'ils subissaient des importations.
04:10Et que c'était finalement un paradoxe et qu'on avait quand même choisi d'y aller.
04:13Et j'ai compris, en fait, que les licenciements, l'appauvrissement d'un certain nombre de personnes en banlieue, ou
04:20même ailleurs, on pourrait prendre les territoires du Nord,
04:22étaient dus à un choix politique, parce que tout est en fait politique.
04:27Aujourd'hui, ce qui se passe à l'hôpital, c'est un choix politique qu'on a fait sur les
04:29budgets.
04:30Ce qui se passe à l'université, où il y a beaucoup de précaires, c'est un choix politique.
04:32À la base, en fait, ce n'est pas quelqu'un qui est moins bon et donc qui n'a
04:35pas eu le poste, un médecin étranger qui est moins qualifié.
04:38C'est des choix politiques qui amènent à ce qu'il y ait une précarisation d'un certain nombre de
04:42personnes.
04:42Et tu as fait ta thèse sur l'énergie, d'ailleurs.
04:44Je crois que le premier bouquin que j'ai lu de toi, c'était un livre sur les pétroles.
04:47Oui, tout à fait.
04:48Pourquoi cette thèse sur l'énergie ? Pourquoi est-ce que, justement, c'est un sujet politique, l'énergie ?
04:51J'avais fait une thèse, en fait, j'avais fait une thèse sur le pétrole, notamment en République du Congo.
04:56J'avais travaillé là-bas et j'avais, en fait, ce que j'avais montré dans ma thèse, c'est
04:59qu'on se dit souvent,
05:01oui, les pays pétroliers africains sont pauvres parce qu'il y a de la corruption.
05:04Alors, c'est vrai qu'il y a de la corruption. Il y a beaucoup de corruption.
05:07On a des présidents parfois qui sont très riches, etc.
05:09Mais en même temps, je me suis dit que si moi, je prenais la tête de ces pays sans être
05:13corrompu,
05:14j'aurais vraiment du mal à les développer.
05:16Pourquoi ? Parce que leur économie dépend majoritairement d'un bien, le pétrole,
05:21dont le prix est déterminé à l'extérieur sur les marchés financiers, donc qui peuvent fluctuer très fortement.
05:25Le pétrole est exploité par qui ? Par des compagnies multinationales privées.
05:28Ils n'ont pas leur compagnie publique.
05:30Donc, c'est elles qui décident des volumes et qui disent aussi quelle est la rentabilité d'un puits de
05:34pétrole.
05:35Et donc, dans ces conditions, se développer, c'est très, très compliqué.
05:38Donc, moi, j'ai fait ma thèse vraiment sur le cas d'un pays, d'un petit pays pauvre africain,
05:42mais ça aurait pu être aussi un petit pays pauvre asiatique, un petit pays pauvre d'Europe de l'Est.
05:49Comment tu arrives à essayer de te développer et de créer des financements
05:52avec une industrie aussi fluctuante que celle du pétrole ?
05:56Tu te définis comment sur le plan intellectuel aujourd'hui ?
05:59T'es un économiste de gauche, un économiste engagé, un économiste tout court ?
06:04Alors, économiste de gauche, ça ne veut plus rien dire pour moi.
06:06Pourquoi ça ne veut rien dire ?
06:06Parce qu'être de gauche, alors là, je pense que tu perds tout le monde avec ça.
06:10Parce qu'il y a eu des gens de gauche qui ont appliqué des politiques de droite.
06:13On a bien vu avec...
06:14Alors, on peut dire qu'après, François Hollande n'est pas de gauche,
06:16mais lui, il se définit comme quelqu'un de gauche, donc c'est très compliqué.
06:18Et puis, il a fait... Il était d'ailleurs avec le NFP.
06:20Donc, être de gauche et baisser les dotations sur l'université,
06:24ou être de gauche et faire le CICE et faire la loi travail.
06:27Parce qu'aujourd'hui, les licenciements d'Auchan, de Michelin,
06:31sont facilités par les lois travail.
06:33Parce qu'on peut licencier quand on a une baisse d'activité économique.
06:35On peut licencier aujourd'hui quand on fait des bénéfices ailleurs,
06:38alors qu'avant, ce n'était pas possible dans les lois travail.
06:40Donc ça, ça a été des choix qui ont été faits par des hommes de gauche.
06:42Donc, être de gauche, c'est très difficile aujourd'hui à définir.
06:46Alors, normalement, être de gauche, c'est être pour les politiques sociales,
06:50mais redistribution, etc.
06:51Mais il y a eu tellement de gens qui ont mis à mal cette idée.
06:57Est-ce que pour autant, il faut arrêter de le défendre ?
06:59Est-ce qu'il faut arrêter de défendre cette idée qu'il y a quand même...
07:01Bah oui, parce qu'après, on va...
07:02Des camps qui défendent des intérêts.
07:03Après, on va te mettre avec...
07:05Je ne sais pas, tu vas te retrouver sur un plateau avec Manuel Valls
07:07et on va te dire, il y a deux hommes de gauche.
07:08Non, non, on n'est pas du...
07:10Non, et puis vous avez...
07:14Une autre ancienne première ministre qui va se dire
07:16« Oui, je suis une femme de gauche »
07:18ou « Gabriel Attal, je venais de la gauche ».
07:19Non, mais ça ne veut plus rien dire maintenant.
07:21Non, non, non, non.
07:22Moi, je me...
07:23Oui, alors, je vais me définir bien sûr plutôt de gauche
07:26ou hétérodoxe contre le discours dominant.
07:28Mais c'est vrai que le mot « gauche » a été tellement galvaudé
07:30que c'est très difficile aujourd'hui de...
07:33Non, c'est surtout ce que tu fais qu'il faut vérifier.
07:35Alors, tu viens d'utiliser un terme hétérodoxe.
07:37Hétérodoxe, est-ce que tu peux le définir ?
07:39Parce qu'à ma connaissance, l'économie, c'est la seule discipline en France
07:42où on a inventé ce truc d'orthodoxie et d'hétérodoxie.
07:45Il y a des gens qui pensent bien, donc ils sont orthodoxes,
07:47ils sont dans la pensée dominante.
07:49Puis il y a des gens, un peu les vilains petits canards,
07:51qui sont hétérodoxes.
07:52Est-ce que tu peux définir un peu ce terme ?
07:53En réalité, c'est plus compliqué que ça.
07:56Là, c'était une façon surtout de se définir dans les débats.
07:59Mais les orthodoxes, c'est ceux qui voyaient l'économie quand même autour du marché.
08:02C'était le marché qui régule l'économie.
08:04Il y a tout un cadre de pensée orthodoxe qui met le marché au centre des réflexions.
08:09Et donc, dans ce cadre-là, si tu fais de la relance, ça crée de l'inflation.
08:12Si tu fais de la relance, ça marche sur le court terme et pas le long terme.
08:14Et donc, on reste bloqué dans ce cadre où, in fine,
08:17il ne faut créer que des incitations pour corriger le marché,
08:19mais laisser le marché faire.
08:20Et les hétérodoxes, c'est d'autres courants,
08:22les courants marxistes, les courants keynésiens,
08:24qui, eux, voient les choses complètement différemment.
08:26Donc, c'est des questions de modèles économiques
08:28qui sont discutées parfois à la fac.
08:30Mais après, aujourd'hui, vous avez des gens qui ont des pensées de gauche
08:34et qui sont très orthodoxes dans leurs recherches,
08:36qui vont sur les inégalités, par exemple,
08:38mais qui restent quand même dans le cadre.
08:39Et moi-même, sur mes recherches académiques,
08:41je publie dans des revues anglo-saxonnes.
08:43Donc, j'ai quelque chose, finalement, on peut qualifier d'orthodoxe.
08:47Mais dans la pensée, dans la structuration de la pensée,
08:49quelqu'un d'orthodoxe, c'est quelqu'un qui pense, voilà,
08:51qu'il faut laisser quand même faire le marché.
08:52Donc, s'il faut laisser faire le marché,
08:53comment tu corriges le marché ?
08:54Tu fais une petite taxe carbone, tu corriges le marché.
08:56Je vois, quand tu penses que ce n'est pas le marché de centre,
08:58tu fais autre chose.
08:59Et ce n'est pas plus facile, quand même,
09:01quand on veut faire une carrière académique,
09:03quand on veut entrer à l'université,
09:05quand on est un économiste orthodoxe, justement.
09:07Est-ce que ce n'est pas plus facile d'avoir accès à certains postes ?
09:09Si, c'est quand même plus simple,
09:13parce que les orthodoxes sont les grands professeurs,
09:16dans la majorité, aujourd'hui, à l'université.
09:18Et donc, quand vous avez un grand professeur,
09:19vous avez plus de chances de rentrer à l'université.
09:23Mais après, c'est quand même les budgets qui ont été...
09:26Parce que vous savez, dans les années 70,
09:28il y avait déjà beaucoup de vacataires à l'université.
09:30À l'époque, les vacataires se sont rebellés.
09:32Et les budgets ont augmenté.
09:34Et Mitterrand, il a dit à un moment,
09:35tous les gens qui travaillent depuis plus de deux ans à la fac
09:37doivent avoir un statut, il leur a donné un statut.
09:39Voilà.
09:39Aujourd'hui, vous avez les universités qui ne tiennent qu'avec des vacataires,
09:42c'est-à-dire des gens qui ont des doctorats
09:43et qui n'ont pas de poste, pour x, y raisons.
09:46Raison idéologique, mais aussi raison qu'il n'y a pas de moyens.
09:48Donc, si les politiques avaient mis les moyens sur la table,
09:51il y aurait probablement plus de pluralité
09:52parce qu'il y aurait des grands professeurs orthodoxes
09:54qui auraient placé leurs élèves orthodoxes,
09:56mais il y aurait aussi des hétérodoxes qui auraient pu placer les leurs.
09:58Et comme là, aujourd'hui, il y a une forme d'austérité budgétaire,
10:01c'est vrai que les grands professeurs
10:03étant majoritairement des orthodoxes,
10:05pour les raisons que tu viens de citer,
10:06vous avez, petit à petit, génération après génération,
10:08une élimination de ce qu'on pourrait appeler
10:09les économistes hétérodoxes.
10:12Mais sur les plateaux de télé,
10:13on voit quand même plus souvent des économistes orthodoxes, hétérodoxes.
10:16En gros, sur les plateaux de télé,
10:17il y a toi, un peu Gilles Raveau,
10:19qu'on a interviewé la dernière fois.
10:21À un moment, Frédéric Lordon,
10:22qui aujourd'hui est très, très discret,
10:24mais je crois que lui, c'est par volonté de y aller.
10:27Mais c'est vrai que l'espace médiatique est saturé
10:30par des économistes qui pensent que le marché, c'est bien.
10:32Ce qui est grave, en fait, moi, ce que je trouve problématique,
10:35c'est qu'effectivement, il y a des économistes de gauche
10:36qui arrivent à la télé.
10:38Gilles Raveau, moi, Thomas Piketty,
10:41qui a des...
10:41Évidemment, Thomas Piketty,
10:42oui, bien sûr, Julia Cagé.
10:43Julia Cagé, Zuckman aussi.
10:46Mais après, les éditos, les journalistes,
10:49les éditos du matin, de toutes les chaînes,
10:51c'est la même pensée.
10:53Regardez, par exemple, sur des mesures aussi importantes
10:56que l'ISF, la réforme de l'ISF.
10:58La pousse sur la fortune.
10:59Voilà, baisser les impôts.
11:00Alors, on va répéter, c'est donner 4 milliards de baisse d'impôt
11:04aux 1% les plus riches,
11:05c'est-à-dire ceux qui ont 25% du patrimoine,
11:0725% de ce qu'il y a dans l'immobilier
11:09et dans les comptes en banque.
11:10Ceux qui détiennent 25% de tout ça à l'échelle française,
11:13on va leur donner 4 milliards de baisse d'impôt.
11:15Ce qui est hallucinant.
11:16C'est un petit nombre, c'est 1% de la population.
11:18C'est un petit nom de l'immobilier
11:19qui en donne 4 milliards de baisse d'impôt.
11:21Et pourquoi on leur fait ça ?
11:22Pourquoi on fait ça ?
11:22Macron disait parce que ça va relancer l'investissement.
11:24Parce que ces 4 milliards de baisse d'impôt,
11:25ils vont investir.
11:26Alors, en fait, ils ont surtout acheté des actions en bourse,
11:28mais c'est ce que disait Macron.
11:29Et là, vous avez eu des éditos,
11:31que ce soit sur BFM,
11:32sur toutes les radios publiques.
11:35Tous les éditos ont dit la même chose.
11:36C'est super.
11:38Et là, il y a un problème.
11:39Alors que dans les économistes,
11:41chez les vrais économistes,
11:42parce que ce n'est pas les éditorialistes,
11:43les vrais économistes,
11:44il y avait un débat
11:45pour dire que ça n'allait pas fonctionner.
11:47Certains disaient que ça allait fonctionner,
11:48d'autres non.
11:48Il y avait un vrai débat.
11:49Dans les médias,
11:50le matin,
11:51à l'heure de grande écoute,
11:52tous les éditos ont dit
11:53que c'était super cette réforme.
11:54Et c'est pareil pour le CICE,
11:56c'est pareil pour la réforme des retraites.
11:57Et c'est là qu'il y a un problème.
11:58C'est-à-dire que,
11:58si aux heures de grande écoute,
11:59tous les économistes disent la même chose,
12:00les gens qui ne voient pas la différence
12:02entre un éditorialiste,
12:03pas la différence entre un vrai économiste,
12:04se disent
12:05« Ah ben il y a des consensus en économie,
12:06c'est la seule façon de faire. »
12:07Alors que dans la science économique,
12:09c'est faux,
12:09il y a des vrais débats.
12:10Et si vous êtes dans un séminaire d'économie,
12:11vous voyez que les économistes,
12:12ils se disputent.
12:13Vous voyez,
12:13donc c'est...
12:14La télé donne...
12:15Pourquoi la télé montre...
12:17Ils ont des formules.
12:18Il y a une vraie...
12:19Déjà, la plupart des gens
12:20qui parlent de la télé
12:20ne sont pas des économistes.
12:21Il faut dire la vérité,
12:21ils n'ont pas fait d'études d'économie.
12:23Il y a des directeurs de think tank,
12:25ils n'ont pas fait d'études,
12:26ils n'ont même pas un master.
12:28Donc là,
12:28c'est assez problématique.
12:30Et puis après,
12:31je pense qu'ils défendent
12:32un point de vue
12:33qui est vu pour certains
12:34comme le point de vue centriste.
12:35Alors qu'en réalité,
12:36non,
12:37ce n'est pas le point de vue centriste,
12:38c'est un point de vue
12:39purement libéral.
12:40Là, du coup,
12:40on peut aussi parler
12:41bataille des idées, finalement.
12:42Parce que c'est ce que tu définis
12:43aussi un peu dans ton bouquin.
12:45Nous, on parle beaucoup
12:46de bataille culturelle à l'UMA.
12:47Pour gagner contre l'extrême droite,
12:48etc.
12:49Est-ce que pour faire gagner la gauche,
12:51on n'a pas le meilleur temps
12:52de gagner cette bataille
12:52des idées économiques,
12:54en tout cas d'inverser
12:54le rapport de force,
12:55plutôt que de gagner
12:56cette bataille culturelle ?
12:57Le combat, il est où, finalement ?
12:58Je pense qu'il faut gagner
13:00effectivement la bataille culturelle.
13:01Après,
13:02il y a plusieurs stratégies
13:03qui ont été mises en place.
13:04Je ne suis pas sûr.
13:05Moi, à un moment,
13:05j'étais très sûr de la mienne.
13:06Moi, la mienne,
13:07c'était d'aller parler partout.
13:08Quand on vous tend un micro,
13:09vous parlez partout.
13:11Vous avez cinq minutes,
13:12vous parlez.
13:13Et vous,
13:14vous adaptez votre discours
13:15au temps de parole médiatique
13:16sur les temps de parole courts.
13:19Moi, c'était ça.
13:19Et ça a été aussi
13:21la volonté des économistes atterrés
13:22de peser dans le débat public.
13:24Et ils ont réussi.
13:25Ça ne va pas prendre un moment.
13:26Et il y a d'autres économistes,
13:27comme Frédéric Lordon, par exemple,
13:29qui, lui, théorisait le fait
13:30qu'il ne fallait pas y aller.
13:31Il ne fallait pas jouer ce jeu-là
13:31et il fallait faire à part.
13:33Je ne sais pas
13:33quelle est la stratégie gagnante.
13:35Je n'en sais rien.
13:37Il y a eu de plus en plus
13:38de débats qui ont été faits
13:39quand même dans les médias,
13:40de plus en plus,
13:41sur des questions.
13:42Souvent, on invite un pour, un contre.
13:44Est-ce que ça nous a vraiment servi ?
13:46J'ai du mal à...
13:47Pour moi,
13:48l'idéologie libérale
13:49est encore vraiment
13:50dans la tête des gens.
13:51Et même parfois
13:51des classes populaires
13:53qui sont persuadées
13:55ne sont pas trop taxés,
13:56que l'impôt, ça ne sert à rien,
13:58qu'ils payent plus d'impôts.
13:59Parfois, même des gens
14:00qui reçoivent plus des aides
14:02qu'ils ne payent d'impôts
14:03sont persuadés
14:03qu'ils payent trop d'impôts.
14:04Donc, on se dit
14:05qu'on a quand même échoué
14:06sur un certain...
14:06Que, par exemple,
14:07sur les droits de succession,
14:08la plupart des Français
14:09sont contre,
14:10alors que la plupart des Français
14:11ne les payeront pas.
14:12Il s'agit vraiment des gens
14:13qui ont un gros patrimoine
14:13et qui ont une concentration
14:14énorme du patrimoine.
14:15Les gens sont...
14:16Ah non, ils sont contre.
14:17Je veux laisser 50 000 euros
14:18à mon fils sans être taxé.
14:20Mais tu ne seras pas taxé
14:20de toute façon.
14:21Donc, oui, on voit bien
14:22qu'il y a une idéologie
14:23quand même qui est passée.
14:24Il y a des incompréhensions
14:24parfois aussi.
14:25Les gens ne sont pas...
14:27C'est aussi pour ça
14:27que tu as fait ce livre,
14:28parce que les gens
14:28ne sont pas au courant.
14:29En tout cas,
14:29ils ne sont pas conscients
14:30de tout ça.
14:32L'économie,
14:33c'est une science compliquée.
14:34Et en fait,
14:34c'est pour ça, moi,
14:36je pense que l'économie,
14:38c'est le partage du gâteau.
14:39Ceux qui prennent
14:40la plus grosse part du gâteau,
14:41ils ont compris
14:42qu'il fallait vraiment
14:43qu'il y ait des gens
14:43qui puissent défendre
14:45un système
14:46où ils gardent
14:46la plus grosse part du gâteau.
14:47Parce que ça fait 30 ans,
14:48disons-le clairement,
14:49ça fait 30 ans
14:49que les 1%
14:50voient leurs revenus
14:51augmenter plus vite
14:52que le reste de la population.
14:53Entre 1950 et 1970,
14:55les 1% se sont enrichis.
14:57C'est des gens très riches
14:57qui pèsent en milliards.
14:58Ils se sont enrichis,
14:59mais moins vite
15:00que le reste de la population.
15:01Ce qui devrait être normal.
15:02Depuis les années 80,
15:03ils s'enrichissent plus vite
15:04que le reste de la population.
15:05Donc, ils sont déjà très riches.
15:06Je veux dire,
15:07qu'est-ce que ça sert
15:08d'avoir 4, 5, 6, 7 millions en plus
15:10quand tu as déjà 30 millions ?
15:13Ils s'enrichissent de plus en plus vite
15:15quand les autres
15:15s'enrichissent, certes,
15:17mais beaucoup moins vite.
15:18Et ça veut dire
15:18qu'il y a un partage du gâteau
15:19qui est à leur avantage.
15:20Et ils font tout
15:21pour garder ce partage du gâteau.
15:23Et normalement,
15:23c'est à la gauche
15:24de s'emparer de ça.
15:25Et je veux dire,
15:25aujourd'hui,
15:26l'économie, c'est chiant.
15:27Ça va peut-être faire
15:28moins de clics,
15:28moins de vues
15:29que d'autres questions.
15:30Comme je dis,
15:30on a l'air des réseaux sociaux.
15:32Peut-être que...
15:32Il y a quand même
15:33certains de tes clashes
15:33qui font beaucoup de vues aussi.
15:34Tant mieux,
15:35tant mieux,
15:36mais je pense, moi,
15:39que les réseaux sociaux
15:40ont eu quand même un...
15:42Comment je veux dire ?
15:43Je pense qu'ils ont quand même
15:44vachement détourné
15:44la question économique
15:45sur d'autres questions
15:47qui sont beaucoup plus glamour,
15:49alors que la question économique
15:50nécessite quand même
15:50de se poser un moment
15:51et de rentrer dedans.
15:52Tu vois, même la BD,
15:53elle est très simple,
15:55elle est facile à lire, etc.
15:56Il y a quand même des fois,
15:57même des gens
15:57qui n'ont jamais fait l'économie,
15:58ils m'ont dit
15:58j'ai dû relire deux fois
15:59pour me concentrer.
16:00On doit se concentrer
16:00sur l'économie.
16:01C'est de l'économie,
16:02ce n'est pas de l'image,
16:05ils portent un truc
16:05où ils disent...
16:07Ce n'est pas palpable,
16:08c'est quelque chose...
16:08Voilà, et en fait,
16:09les gens aujourd'hui
16:10veulent beaucoup d'images
16:11avec quelqu'un
16:11qui va avoir une pancarte,
16:13Free World,
16:14je ne sais pas quoi,
16:14ils veulent des trucs,
16:15alors que parfois,
16:16il faut rentrer dans la mécanique
16:17parce que la mécanique,
16:18c'est le partage du gâteau.
16:19Et tant que tu ne comprends pas
16:20la mécanique,
16:21tu vas te faire avoir
16:21sur le partage du gâteau.
16:22C'est important
16:23d'avoir ça en tête.
16:24Alors, oui, mais justement,
16:25juste, tu avais une question à...
16:27Oui, vas-y.
16:28Là, tout à l'heure,
16:28je suis parlé
16:35par les grandes fortunes.
16:36Comment on peut facturer
16:37les discours en économie
16:38des médias françaises ?
16:38Je pense qu'il y a bien sûr
16:41qu'il y a ça,
16:41il y a ça aussi,
16:43mais ce n'est pas la seule chose
16:44qu'il explique
16:45parce que même sur des médias
16:47publics,
16:47vous avez quand même
16:48plutôt des gens,
16:48des libéraux.
16:49En fait, quand on regarde
16:50les économistes sur...
16:51Vous prenez les chaînes publiques,
16:52privées,
16:53vous avez des libéraux.
16:55Alors moi, je participe
16:55au débat, bien sûr,
16:56je ne vais pas me plaindre
16:57et je ne vais pas dire
16:58que je n'ai pas voix au chapitre,
17:00on me voit,
17:01mais globalement,
17:02quand on regarde les proportions,
17:03ça a été rêvé dans certaines émissions
17:05de Blast, etc.
17:06La Crimède,
17:07quand on voit les proportions,
17:09moi, sur les éditos du matin,
17:12souvent,
17:12c'est la même pensée
17:14qu'on soit sur le public
17:15ou le privé.
17:16Je pense qu'il y a aussi
17:16une formation
17:17dans les grandes écoles.
17:18Il y a eu vraiment
17:19une uniformisation de la pensée.
17:21Il y a encore quelques années,
17:22vous étiez formé en France,
17:24vous n'aviez pas la même pensée
17:24qu'un économiste formé en Italie,
17:27qu'un économiste japonais,
17:28qu'un économiste anglais,
17:29qu'un économiste américain.
17:30Aujourd'hui,
17:31un mec qui a fait
17:32une très grande école d'économie,
17:34qui a fait
17:35l'école d'économie de Paris,
17:36il aura la même pensée
17:37qu'un mec de London School of Economics,
17:38il aura la même pensée
17:39qu'un mec qui a...
17:39La pensée s'est uniformisée
17:41avec l'organisation.
17:42Et donc,
17:43on a même plus de réflexion.
17:44À une époque,
17:44il y avait quand même des gens...
17:45C'est pour ça qu'il y avait
17:45plusieurs capitalismes.
17:46Il y avait un capitalisme français,
17:47il y a eu un capitalisme japonais,
17:49il y a eu un capitalisme anglo-saxon.
17:50Il y a eu des moyens.
17:51On s'est développé
17:51de manière différente.
17:52On a choisi des voies.
17:53Nous,
17:54on avait un état stratège,
17:55on a développé le rail,
17:56etc.
17:56Le nucléaire,
17:57c'est des choix,
17:57en fait,
17:57qui ont été faits,
17:58des choix politiques.
17:59Et d'autres pays l'ont pas fait.
18:00L'Italie ne voulait pas du nucléaire.
18:01Les Etats-Unis n'ont jamais développé le rail.
18:02Il y avait vraiment une volonté.
18:04Aujourd'hui,
18:04il y a une uniformisation,
18:05il faut faire la même chose partout.
18:06Donc,
18:07je pense aussi
18:07que cette pensée unique
18:08est due aussi
18:08à l'uniformisation
18:09de la pensée
18:10des grandes écoles,
18:11en fait.
18:12Et aujourd'hui,
18:12en fait,
18:13quand je lis,
18:13moi,
18:13des livres d'économistes chinois,
18:14d'économistes indiens,
18:16il y en a quelques-uns
18:16qui sont traduits,
18:18c'est eux aujourd'hui
18:18qui sont les plus différents.
18:21Il y a un ancien politique
18:22qui n'est pas un économiste,
18:23mais qui est un intellectuel
18:24de sciences humaines
18:25qui a écrit un livre
18:25« The Indian Way »
18:26où le mec,
18:27il t'explique en grosso modo
18:28que c'est eux les meilleurs,
18:29qu'ils ont compris la voie,
18:30que l'Occident est fini.
18:31Enfin,
18:31les mecs,
18:31ils osent y aller.
18:32Je ne connais moi aucun livre
18:34qui défendra
18:35le modèle social français.
18:36Tous les livres,
18:36ils te disent que c'est la fin,
18:37la France est finie.
18:38Je veux dire,
18:38même les éditorialistes libéraux,
18:40on dirait qu'ils sont contents
18:40que ça ne marche pas.
18:42Ils sont hyper contents
18:43qu'il y ait une dette,
18:44qu'ils espèrent
18:45qu'on va devenir comme la Grèce.
18:46Il y a un truc de vraiment,
18:47au fond,
18:47on dirait qu'ils n'aiment pas
18:48le pays dans lequel ils vivent.
18:49mais il y a vraiment un truc.
18:50Et d'ailleurs,
18:50les élites,
18:50soit dit en passant,
18:51moi je me souviens
18:52quand j'étais jeune,
18:53il fallait regarder tout le temps
18:53les Etats-Unis.
18:54Puis après,
18:55dans les années 2000,
18:55il fallait regarder Londres.
18:56Alors là,
18:57c'était Londres,
18:57Londres,
18:58Londres.
18:58Puis après,
18:58il fallait regarder l'Allemagne.
18:59Macron,
19:00il a arrivé,
19:00il fallait regarder la Suède.
19:01Il ne faut jamais regarder
19:01ce qu'on a fait bien
19:02et comment on peut l'améliorer.
19:04Il faut toujours regarder
19:04les autres à côté.
19:05Donc,
19:06il y a un truc un peu,
19:07moi,
19:07qui amène après à ces consensus
19:09qu'on peut voir sur les chaînes.
19:11C'est des gens qui sont formés
19:12un peu partout,
19:13enfin dans les mêmes écoles.
19:14On a commencé à en parler,
19:15on va continuer un peu,
19:15parler de ce livre quand même.
19:17Alors,
19:17ça s'appelle
19:17l'économie pour les 99%.
19:19Première question,
19:19c'est qui les 99% ?
19:21C'est la majorité d'entre nous.
19:22C'est-à-dire,
19:24les 1%,
19:24en fait,
19:25enfin,
19:25les 99%,
19:26c'est tout le monde.
19:27Les 1%,
19:27c'est ce que j'ai dit,
19:28les plus riches
19:28qui ont 25% du patrimoine.
19:29Ça va aller faire la distinction
19:30qui a été faite plusieurs fois.
19:32Je me souviens qu'à Wall Street,
19:34quand il manifestait,
19:34il dit,
19:35nous sommes les 99%.
19:36Voilà,
19:37donc on a repris ça.
19:37Les 99%,
19:38ça veut dire nous tous.
19:39Et quand je dis l'économie
19:40pour les 99%,
19:41c'est l'économie adressée à tous,
19:43donc accessible,
19:44facile,
19:44mais aussi l'économie
19:45au service de la majorité.
19:48Et donc,
19:49il y a une dimension pédagogique
19:52qui explique de manière très accessible
19:54comment ça fonctionne,
19:55la dette publique,
19:56le CICE,
19:57l'énergie,
19:58les énergies renouvelables,
19:59la crise des lacs, etc.
20:01En quoi c'est important pour toi
20:02de mener ce travail
20:02de vulgarisation de l'économie ?
20:04Moi,
20:04j'ai fait des essais avant,
20:06les essais sont lus,
20:08comme d'autres,
20:09mais je me disais,
20:11l'économie,
20:12c'est une science compliquée,
20:13comme je l'ai dit.
20:14Même moi,
20:14parfois,
20:15je rentre le soir,
20:16vous tapez un gros livre d'économie,
20:18ça pèse sur vos épaules.
20:19Donc,
20:19je me suis dit,
20:20comment on peut amener les gens
20:21à s'intéresser à ça,
20:22une porte d'entrée ?
20:24Et il est vrai qu'aujourd'hui,
20:25il y a beaucoup de gens
20:25qui aiment les BD,
20:26que ça parle mieux,
20:27parfois une image parle mieux
20:28qu'un non-discours.
20:29Et donc,
20:30on est parti sur cette BD-là.
20:33Voilà,
20:34et je me suis dit,
20:34ça va toucher peut-être
20:35un autre public
20:35qui n'a pas envie
20:36de se taper forcément
20:37un essai le soir.
20:38Et c'est une porte d'entrée
20:39pour aller après plus loin.
20:40Tu me disais un truc
20:41assez inquiétant
20:42en préparant l'émission,
20:43parce qu'il y a quelques années,
20:44tu as sorti un livre
20:44qui s'appelle,
20:45c'est le traité
20:46d'économie hérétique
20:47qui a très très bien marché.
20:48Je crois qu'il en a vendu
20:4960 000 exemplaires,
20:50ça a été traduit
20:50dans plusieurs langues.
20:51Mais c'était donc en 2018,
20:53c'est ça ?
20:53Et tu me disais tout à l'heure,
20:54aujourd'hui,
20:55je ne pourrais pas le refaire.
20:56Tu as l'impression
20:57qu'il n'y a plus de place
20:58aujourd'hui
20:59pour des bouquins d'économie
21:02qui marchent vraiment.
21:03L'économie n'intéresse plus personne.
21:04Franchement,
21:05je pense que 2017,
21:06il y avait eu
21:07cette percée de Macron
21:09qui avait fait sa campagne
21:10sur de l'économique.
21:11Il avait dit,
21:12c'est l'économie
21:13qui va tout régler,
21:13la Startup Nation,
21:15les questions d'immigration
21:16et tout.
21:17Il n'y en avait pas du tout
21:17dans sa campagne.
21:18C'est vraiment
21:18l'économie, l'économie.
21:21Et en face d'ailleurs,
21:21la gauche aussi
21:22parlait beaucoup de l'économie.
21:23Et puis c'était au moment
21:24où la gauche avait travaillé
21:25sur les questions économiques,
21:26notamment avec le CICE,
21:27avec la loi travail.
21:28Oui, sous François Hollande.
21:29Sous François Hollande,
21:29très vrai.
21:30Sous François Hollande.
21:30Donc la question économique
21:31était au cœur quand même
21:32des débats.
21:34Et puis maintenant,
21:36alors ça peut remonter
21:37au moment de la réforme
21:38des retraites.
21:39Mais globalement,
21:40les dernières campagnes,
21:41alors elle est un peu particulière
21:42notre campagne la dernière fois
21:43parce que c'était
21:44après le Covid,
21:45mais on a parlé finalement
21:46très peu des questions économiques.
21:47Là, c'est revenu un peu
21:49avec les législatives,
21:51mais la question économique
21:53en elle-même
21:53n'intéresse plus le citoyen
21:55parce que le citoyen aujourd'hui
21:56il veut savoir faire quelque chose.
21:57Moi, quand je faisais
21:58des conférences avant,
21:59je m'en souviens,
22:00les gens me disaient
22:00c'est génial,
22:01mais qu'est-ce qu'on peut faire ?
22:02Il faut militer,
22:03il faut s'engager
22:04dans des partis,
22:05parce que la solution
22:06est politique,
22:07il faut militer
22:08quand on est contre.
22:09Mais aujourd'hui,
22:10en fait,
22:10ils veulent avoir
22:11vraiment quelque chose
22:12à faire de concret.
22:13Quand tu dis à quelqu'un
22:14oui, boycotte telle marque,
22:15il a quelque chose à faire.
22:16Quand tu dis à quelqu'un
22:17oui,
22:18achète que les produits bio,
22:20il a quelque chose à faire.
22:20Quand tu dis à quelqu'un
22:21tu as une application
22:22pour voir s'il y a tant
22:24de nutriments
22:25ou de machin truc
22:25dans ton...
22:26Ils ont quelque chose à faire.
22:27Donc les gens aujourd'hui
22:27veulent avoir des choses à faire.
22:28C'est pour ça que
22:29toutes les vidéos
22:31qui sont basées
22:32sur du personnel,
22:33même sur l'économie,
22:34comment investir,
22:34comment placer,
22:35comment ça cartonne.
22:36Parce que les gens,
22:37ils veulent...
22:37Et ce qui est dingue aujourd'hui,
22:38c'est que...
22:38Mais même sur le climat.
22:39Le climat.
22:41Même sur les questions climatiques.
22:43En fait, aujourd'hui,
22:43les gens,
22:43ils veulent avoir un...
22:44Alors je prends du vélo,
22:45j'achète des marques
22:46made in France,
22:46je ne prends plus l'avion.
22:47Ils veulent être acteurs du truc.
22:48Et je les comprends
22:49en se disant
22:50oui, je veux être acteur du truc
22:51parce que si j'attends
22:52les politiques,
22:53ils nous ont tellement trahis.
22:54Mais en même temps,
22:55on ne peut pas être dans un système
22:56où en haut,
22:56on dérèglemente tout
22:57pour qu'in fine,
22:58ça repose sur l'individu.
23:00Ce n'est pas possible ça.
23:01Et donc,
23:01c'est le en haut
23:02qu'il faut discuter.
23:03Et le en haut,
23:04c'est l'économie.
23:05C'est l'économie,
23:06c'est les règles économiques.
23:07Et là,
23:07les gens,
23:08j'ai l'impression que...
23:09Ils ont l'impression
23:09que ça ne changera pas.
23:10Et je les comprends moi
23:11parce qu'ils se sont tapés
23:13Sarkozy,
23:13gauche,
23:14ça devait changer.
23:14Ça n'a pas changé,
23:15ça a été encore plus loin.
23:16Macron,
23:16ça devait changer.
23:17Ça a été encore plus loin.
23:18Donc,
23:18on a eu en fait,
23:18soi-disant,
23:19une alternance.
23:19On a eu le même modèle économique
23:20pendant dix ans.
23:21Donc,
23:21les gens,
23:21ils sont persuadés maintenant
23:22que c'est fini.
23:25Alors que ça n'est pas fini.
23:26Alors,
23:26c'est marrant,
23:27tu dis qu'on ne parle plus d'économie.
23:28Et en ce moment,
23:28j'ai l'impression
23:29qu'on ne parle que de ça.
23:30Peut-être qu'on en parle mal.
23:30On parle d'aide publique
23:31en ce moment,
23:32du matin au soir.
23:33C'est quoi le problème ?
23:35Dans ton livre,
23:36tu donnes 10 principes
23:37d'autodéfense
23:37contre la pensée dominante.
23:39Principes intellectuels.
23:41Principes intellectuels.
23:41Qu'est-ce qui t'agace le plus
23:43quand tu allumes ta télévision
23:44et tu en parlais d'économie ?
23:45C'est quoi les phrases
23:46qui t'agacent,
23:46les pensées qui reviennent
23:47en boucle et qui t'agacent le plus ?
23:48Quand on fait de l'économie,
23:49il faut se poser une question.
23:50À qui cela profite ?
23:51Chaque fois qu'il y a une réforme,
23:53à qui cela profite ?
23:54Pourquoi à qui cela profite ?
23:55Et en fait,
23:57moi,
23:57quand j'allume la télé,
23:59là où j'en peux plus,
23:59c'est que,
24:00alors,
24:00on tape constamment
24:01sur les fonctionnaires.
24:02Je veux dire,
24:03constamment.
24:04Alors qu'on a quand même eu le Covid
24:06où là,
24:06on était en train de les applaudir
24:08les hospitaliers par la fenêtre.
24:09On a dit merci aux profs,
24:11on a dit en fait,
24:11c'est dur de donner des cours
24:12à des enfants tout seuls.
24:13Heureusement que les profs sont là.
24:15Et maintenant,
24:15on retape dessus.
24:16On retape,
24:17alors là,
24:17il y a une plasticité.
24:18On retape constamment
24:19sur les fonctionnaires
24:20et on nous dit toujours constamment,
24:21on dépense trop.
24:22On en a trop profité.
24:23On a l'impression,
24:24nos dettes ont augmenté
24:26très fortement à deux moments.
24:27À la crise de 2008,
24:29crise des banques,
24:30d'accord ?
24:30Et après le Covid.
24:32Donc,
24:32il y a eu deux crises majeures.
24:34Et ce qu'on nous explique
24:34à chaque fois pour rembourser la dette,
24:35c'est qu'on a l'impression
24:36que les profs étaient payés
24:3710 000 euros par mois,
24:39qu'on vivait tous au-dessus
24:39de nos moyens.
24:40C'est faux.
24:40Voilà, c'est faux.
24:41Voilà,
24:42on a l'impression de ça.
24:43Et au final,
24:44on dit,
24:44vous avez été trop gâtés.
24:46Mais en fait,
24:46nous,
24:46on n'a pas été trop gâtés.
24:47Et surtout dans la dernière,
24:48dans le dernier quinquennat Macron.
24:50Macron, en fait,
24:50il a gâté très fortement
24:52les grandes entreprises
24:52et les très riches.
24:53Il y a eu 40 milliards
24:54de baisses d'impôts
24:55ciblées majoritairement sur eux
24:56avec la flat tax,
24:57l'ISF et la baisse de l'IS.
24:59Et ça explique la moitié quasiment.
25:01Il y a eu l'impôt sur les sociétés
25:02et qui a profité majoritairement aux grosses.
25:07Et en passant,
25:08le CAC 40 à 1 200 filiales
25:09dans les paradis fiscaux,
25:09il faudrait peut-être voir
25:10ce qu'ils y font.
25:11Parce que là,
25:12il y a de l'argent à récupérer.
25:1340 entreprises
25:14qui ont 1 200 filiales
25:14dans les paradis fiscaux.
25:16Énormissime.
25:16Énormissime.
25:17Mais on parle de frais social.
25:18Retenez,
25:18donc si là,
25:19vraiment,
25:20elles y sont pour vendre,
25:21je ne sais pas moi,
25:22de l'essence
25:23ou autre chose,
25:24pourquoi pas ?
25:25Mais si elles y sont
25:25et qu'elles ne font rien,
25:27c'est que les multinationales,
25:28aujourd'hui,
25:28elles produisent là où le coût
25:29n'est pas cher.
25:30Elles vendent là où il y a de la demande
25:31et elles payent leurs impôts
25:32là où il n'y a pas d'impôt.
25:33Donc ça aussi,
25:33ce n'est plus possible.
25:34Donc il y a peut-être des choses
25:34à aller chercher.
25:36Mais une partie du déficit
25:37s'explique par ces baisses d'impôts
25:38et à la fin,
25:39on va aller les rattraper
25:40sur l'éducation.
25:416 000 postes en moins,
25:42ce n'est pas possible.
25:43L'éducation,
25:44c'est une dépense
25:44ou un investissement ?
25:46Là,
25:46on est à Saint-Denis ici.
25:47Saint-Denis,
25:48il y a une grosse partie
25:48de la population
25:49qui est plutôt
25:51sous le souhait de pauvreté.
25:52C'est une population
25:53plutôt jeune dans le 93.
25:55L'ascenseur social,
25:56le premier,
25:56normalement,
25:56on se dit,
25:57c'est l'éducation.
25:57Si on retire des postes de prof,
25:59on se supprime
26:00l'ascenseur social.
26:01Et après,
26:01on s'étonne.
26:02Ah,
26:02l'économie informelle,
26:03les trafics en tout genre
26:04augmentent.
26:05Si tu casses
26:05le premier ascenseur social,
26:06comment tu veux que les gens
26:07ne se rabattent pas ailleurs ?
26:09Non,
26:09mais il faut faire attention.
26:10Il faut vraiment faire attention.
26:11Les politiques macroéconomiques
26:12sont très importantes.
26:13Et quand t'entends
26:13le ministre de l'économie
26:15dire,
26:15il a dit ça très récemment,
26:16il faut taxer moins
26:17et travailler plus.
26:18Est-ce que tu as envie
26:19de répondre à cette phrase
26:19qu'on entend
26:21quasiment tous les jours
26:22depuis 30 ans ?
26:23Voilà,
26:23c'est ça qui est dingue.
26:24Là,
26:25ce qui est dingue,
26:26c'est que ça a été...
26:27Moi,
26:27il y a un truc
26:27qui m'interroge quand même,
26:28c'est que...
26:29En fait,
26:30ces phrases,
26:30elles sont sorties depuis 30 ans.
26:31Elles ont souvent été contredites,
26:33prouvées par x, y, raison
26:35parce que les Français
26:36ne travaillent pas moins
26:36que les autres.
26:37Quand on prend tout
26:37le travail en cumul d'heures,
26:40profession indépendante,
26:41etc.,
26:41finalement,
26:41on passe parfois
26:42même au-dessus
26:43de certains pays européens.
26:44D'ailleurs,
26:44quand on regarde
26:45les données de l'OCD,
26:46de l'Eurostat,
26:47ce n'est pas les mêmes.
26:48Donc, vous voyez,
26:48les gens,
26:49ils utilisent des données
26:49qu'ils veulent
26:50pour nous dire
26:50qu'on est fainéants.
26:51Alors,
26:51c'est beaucoup plus compliqué
26:52que ça,
26:52en réalité.
26:54Donc,
26:54ça,
26:54c'est la première des choses.
26:55Et je veux dire,
26:57baisser les taxes,
26:58c'est ce qu'il a fait,
26:58lui.
26:58Il a baissé les cotisations,
27:00le ministre qui était sous Macron,
27:01il a baissé les impôts
27:02et on est dans cette situation-là.
27:04Donc,
27:04le mec,
27:04il a un bilan,
27:05il a un passif
27:06et il est en train
27:07de nous faire la morale
27:08alors qu'il a un bilan passif.
27:09Donc,
27:09non,
27:10non,
27:10je veux dire,
27:11ce qui est dingue,
27:12c'est que ces phrases,
27:13elles continuent,
27:14je veux dire,
27:14là,
27:14il a sorti cette phrase,
27:16je pourrais être invité
27:17à un débat demain,
27:17on va me dire,
27:18bon alors,
27:18est-ce que c'est vrai
27:19que les Français ne travaillent pas assez ?
27:20Et ce débat,
27:21je l'ai fait à peu près 50 fois
27:22depuis 10 ans
27:24et on est toujours,
27:24et parfois,
27:25j'ai l'impression,
27:25une fois,
27:26il y a une émission
27:26qui m'a appelé,
27:27qui m'a dit,
27:28oui,
27:28il y a Macron qui est à Versailles,
27:30on veut faire une émission
27:31sur les grandes entreprises,
27:33les incitations qu'il a fait,
27:34Macron
27:35et ce grand Raoult
27:36qui fait à Versailles
27:37avec les grands chefs d'entreprise
27:38au niveau mondial.
27:39Et j'avais fait le même débat
27:40avec les mêmes personnes
27:41en 2017.
27:42Et j'ai dit,
27:42mais ce n'est pas possible,
27:43j'ai cru que c'était un canular
27:44quand il m'appelait.
27:45Et en fait,
27:45non,
27:45il t'appelait pour refaire
27:46le même débat.
27:47Et ça,
27:48c'est...
27:48Et tu réponds quoi du coup
27:49à ce moment-là ?
27:49Tu vas et puis tu ressors
27:51les mêmes arguments.
27:53C'est un peu chiant,
27:54mais en même temps,
27:54je me dis,
27:55le bourrage de crâne fonctionne.
27:56Est-ce que ça fonctionne ?
27:57Est-ce qu'il ne fonctionne pas
27:58que d'un côté,
27:59le bourrage de crâne ?
28:00C'est ça que je me dis,
28:01si la fonction de l'un côté,
28:02il peut fonctionner que d'autre,
28:02non ?
28:03C'est-à-dire que...
28:04Non, mais c'est ça,
28:04c'était ma théorie.
28:05Alors après,
28:06vu qu'on perd tout le temps,
28:09puisque finalement,
28:09on voit où on en est,
28:10on est réellement...
28:10Donc on perd quelque part
28:11tout le temps.
28:18avec une occupation
28:18du terrain énorme.
28:20Et donc, je me dis,
28:21de l'autre côté,
28:22il faut aussi faire
28:23du bourrage de crâne.
28:24Mais il nous faut quoi ?
28:25Un milliardaire de gauche ?
28:26Je pense que...
28:27Moi, je ne cracherais pas
28:28sur l'argent
28:28d'un milliardaire de gauche.
28:29Je sais qu'il y a des puristes
28:31parmi ceux qui nous écoutent,
28:32qui pensent qu'on peut tout faire
28:33par coopérative.
28:34Moi, je pense que si...
28:35Mais je pense que la révolution,
28:36elle doit se financer.
28:37Et donc, l'argent,
28:38quand on le trouve à gauche,
28:40je ne sais pas,
28:40mon Mathieu Pigasse,
28:41là, s'il vous entend,
28:42on a besoin d'un milliardaire.
28:43Non, mais c'est...
28:43On peut lancer des révolutionnaires
28:44parce qu'en face...
28:45Alors, il va falloir
28:47définir ce que c'est
28:47qu'un milliardaire de gauche,
28:48quand même.
28:48Non, non, non, je sais.
28:49Non, mais d'autres,
28:50d'autres, je ne sais pas.
28:50Est-ce que Mathieu Pigasse
28:51rentre dans cette définition ?
28:51Non, mais je ne sais pas
28:52qu'est-ce qu'il y a
28:52comme milliardaire de gauche.
28:53Il paraît qu'il y en a quelques-uns.
28:54Il paraît qu'il y en a quelques-uns.
28:55Il se cache, hein.
28:55Oui, il se cache.
28:56Il n'y en a pas beaucoup,
28:56mais il y en a quand même quelques-uns.
28:58Mathieu Pigasse,
28:59s'il avait appelé à voter le NFP,
29:00je trouvais ça plutôt sympathique
29:01de sa part.
29:02Courageux.
29:02Et courageux.
29:03Donc, s'il peut financer
29:04quelques médias de gauche
29:05ou des...
29:06Il n'est pas milliardaire,
29:07Pilios.
29:08Non, mais ou des...
29:08Et quelqu'un qui répond,
29:09c'est bien,
29:10le fact checké en direct,
29:11c'est vraiment l'avantage
29:11de...
29:12Ou des...
29:12Peut-être juste multimillionnaires.
29:13Ou des écoles de gauche,
29:15des mecs qui ont...
29:16Il y a plein de trucs.
29:17Il y avait une question
29:17derrière là-dessus.
29:18Est-ce qu'il ne faut pas supprimer
29:19les grandes écoles ?
29:19Puisque du coup,
29:20elles permettent
29:22d'uniformiser la pensée ?
29:23Non.
29:24Mais non,
29:24parce qu'il y a...
29:25Non, je ne pense pas.
29:26Je pense que...
29:27Non.
29:28Après, il y a...
29:28Ce qu'il faudrait,
29:29c'est qu'il y ait un enseignement
29:31beaucoup plus pluraliste.
29:32Mais c'est ce qui se passe
29:33dans certaines facs américaines.
29:34Dans certaines facs américaines,
29:35vous avez des...
29:36Même dans des facs anglo-saxonnes,
29:37vous avez quand même parfois des...
29:39Par exemple,
29:40il y a une chaire marxiste
29:41en Afrique du Sud.
29:43Il y a un professeur
29:44qui est professeur à Londres
29:46que j'aime beaucoup,
29:46que vous connaissez,
29:46qui s'appelle Atchun Chang,
29:47qui est professeur.
29:48Tu vois ?
29:48Qui est excellent,
29:49tu vois ?
29:49Qui est dans le mode...
29:50Donc, vous avez quand même
29:50des mecs que...
29:52Mais c'est très...
29:53Enfin, je te coupe, pardon,
29:54parce que tu parlais
29:54de la London School of Economics,
29:56qui est effectivement
29:56une grande école en Angleterre,
29:58mais qui a produit des pensées,
30:00enfin, des cerveaux
30:01extrêmement brillants
30:02et assez progressistes.
30:04Je ne sais pas,
30:04Naomi Klein, de mémoire,
30:05je crois qu'elle a fait cette école.
30:06J'ai l'impression que c'est
30:07surtout en France, tu vois,
30:08qu'il y a quand même
30:08une uniformité idéologique
30:10dans les grandes écoles.
30:11Tu vas à HEC, par exemple,
30:12c'est terrifiant
30:12quand tu regardes l'enseignement.
30:14La question n'est peut-être
30:15pas totalement débile, en fait.
30:16C'est de dire,
30:17on en finit avec tout ça
30:18pour faire quoi ?
30:20Il reste à définir quoi ?
30:21Mais en tout cas,
30:22on essaie de sortir
30:22de ce cercle-là.
30:24Oui, c'est vrai qu'à l'époque,
30:25quand même, à Sciences Po,
30:26il y avait Généreux aussi
30:27qui était très bon.
30:28C'est assez, oui.
30:29Mais après,
30:30les mécanismes de publication
30:34font que quand même,
30:35tu as quand même toujours
30:36une espèce de...
30:37Comme aujourd'hui,
30:38la publication académique
30:39est très importante
30:40et que la publication académique,
30:41elle reste quand même
30:43très orthodoxe,
30:44de manière...
30:44C'est-à-dire qu'on part du principe
30:46qu'on a des données,
30:48on fait travail des données,
30:49mais qu'il n'y a pas de remise
30:50en cause du système tel qu'il est.
30:51Ce qui n'était pas le cas
30:52d'économistes qu'on avait avant.
30:53Moi, je repense à Pierre Salama,
30:55que vous avez bien connu.
30:56Peut-être que vous avez
30:56Pierre Salama,
30:57un ancien économiste
30:58qui était sur l'Amérique latine,
31:00qui est décédé,
31:00qui était dans mon jury de thèse.
31:02Lui, il y avait une vraie pensée
31:04hétérodoxe.
31:04Vraiment,
31:05ça allait loin,
31:06c'était important.
31:07Et il était professeur
31:08des universités.
31:12C'est une grosse star.
31:14Et je ne suis pas sûr
31:15qu'aujourd'hui,
31:16je vais dire une fois
31:17que cette génération,
31:17elle part,
31:18petit à petit,
31:18elle est en train de partir.
31:19Je ne suis pas sûr
31:20qu'on ait un renouveau.
31:20Alors, il y en a quelques-uns
31:21chez les économistes
31:22atterriens, vraiment.
31:22Mais je ne suis pas sûr
31:23qu'on ait des mecs
31:24qui aillent aussi loin
31:25qu'à l'époque.
31:26Parce que malgré tout,
31:27il y a une uniformisation
31:28et que ça gagne.
31:29Même si on a des pensées
31:30hétérodoxes,
31:30on reste quand même
31:31dans un système.
31:32Donc, il y a un retour en arrière
31:33ce que tu décris quand même,
31:34globalement,
31:36sur l'amplitude des débats,
31:37sur l'amplitude des débats,
31:39sur l'amplitude des débats
31:40que nous connaissons aujourd'hui,
31:42on n'est plus dans
31:43les amplitudes de débats
31:44qu'il y avait
31:44dans les années 70-80.
31:46C'est-à-dire qu'à un moment,
31:47à cette époque-là,
31:48ils pensaient que tout
31:48était possible.
31:49Puis il y a eu la chute
31:49du mur de Berlin,
31:50il y a eu ce qui s'est passé
31:51en URSS,
31:52il y a eu plein de...
31:52Tout un tas de choses
31:53qui fait qu'aujourd'hui,
31:54les amplitudes sont un peu rélues.
31:56Il y a quelques intellectuels
31:57comme Lordon
31:57qui portent ça, vraiment.
31:58Mais après,
31:59je ne suis pas sûr
31:59que dans la tête...
32:02Dans ce que veulent les gens,
32:03même des classes populaires,
32:05il y a cette volonté
32:06tellement ils veulent,
32:07moi je pense surtout,
32:08qu'on améliore leur quotidien.
32:11Je ne suis pas sûr
32:12que des gens aient envie
32:12d'aller aussi loin
32:13qu'une sortie de l'euro,
32:15des choses comme ça.
32:15Je pense qu'ils veulent
32:16qu'on améliore leur quotidien.
32:17Et pour améliorer leur quotidien
32:18dans le cadre
32:18que nous connaissons aujourd'hui,
32:20c'est le partage du gâteau.
32:22C'est comment tu partages
32:23la création de richesses mieux
32:25et comment tu peux après,
32:27en aval,
32:27mieux redistribuer.
32:29Question.
32:29Donc c'est la hausse
32:30des salaires peut-être direct
32:31ou c'est la redistribution après.
32:33Mais tu as un vrai débat
32:34à voir là-dessus
32:34ce qui serait un débat
32:35finalement dans le cadre.
32:36Oui, mais comment tu partages
32:37le gâteau quand en face
32:38ils ont envie de le garder pour eux ?
32:39Tu as quand même
32:40un patronat aujourd'hui
32:41qui est quand même assez virulent.
32:43Quand on parle de partager le gâteau,
32:44d'augmenter les salaires,
32:45ma question c'était vraiment
32:46parce que partager le gâteau,
32:47ça fait évidemment qu'il faut le faire
32:49mais il y a quelque chose
32:49qui relève un peu de l'incantation.
32:50Tu vois, concrètement,
32:51comment est-ce que tu partages
32:52le gâteau quand en face
32:53tu as des grands patrons
32:54qui disent
32:54on n'a pas envie
32:55d'augmenter les salaires
32:56parce que ça ne nous plaît pas.
32:59Comment est-ce qu'on crée
32:59le rapport de force
33:00pour dépasser le stade
33:01de l'incantation ?
33:02Alors je te pose la question
33:02que tu es économiste
33:03et pas responsable.
33:04Oui, mais le rapport,
33:05c'est vrai que le rapport
33:06il est quand même politique.
33:07La solution finale,
33:07elle est politique.
33:08La solution finale,
33:09elle est politique.
33:11Après, il faut bien voter.
33:14On l'a vu,
33:15il y a eu des gros débats
33:16au moment de la dissolution,
33:17des énormes débats
33:18où on a vraiment vu
33:19que le patronat
33:19préférait le Front National,
33:20le RN,
33:21que le programme de gauche.
33:24Ça, on l'a vu,
33:25ils l'ont quasiment dit ouvertement,
33:26ils ont sifflé
33:27les dirigeants de gauche
33:28quand ils ont été voir le MEDEF.
33:30Les gens tous ont dit
33:31que le programme de gauche
33:32était irréalisable.
33:33Enfin, il fallait vraiment...
33:34Alors qu'il était soutenu
33:35par des économistes de renom.
33:36Vraiment, la liste
33:37qu'il a signée
33:37était des économistes.
33:38Non, moi, je ne l'ai pas signé
33:39parce que je suis neutre.
33:40Je suis neutre.
33:41Voilà.
33:42Mais neutre,
33:42mais tu dis que la bataille,
33:43elle se gagne politiquement.
33:44Oui, mais en fait,
33:45il faut...
33:46Bien sûr qu'elle se gagne politiquement,
33:47mais dans le sens où je suis neutre,
33:49c'est-à-dire que si je commence
33:49à soutenir un parti,
33:50après, je suis invité
33:51comme un homme politique.
33:52Donc, je ne suis plus invité
33:53comme un expert.
33:54Donc, moi, j'estime...
33:55Et puis, mon rôle, moi,
33:56c'est de fournir
33:57de la matière à réflexion.
33:59Après, je comprends
33:59qu'il y a des économistes
34:00qui aiment bien signer,
34:01je l'ai fait à certaines époques.
34:02Maintenant, ça ne m'intéresse plus trop.
34:04Je dis ce que j'ai à dire.
34:05Et après, voilà.
34:07Mais la solution est vraiment...
34:08En tous les cas,
34:09la solution est politique.
34:10La solution est politique.
34:11Donc, il faut...
34:12Un, il faut y croire.
34:13Parce que tu as beaucoup de gens,
34:14je pense, qui n'y croient pas.
34:15Il y a même des gens
34:15qui ont voté à gauche,
34:16moi, qui m'ont dit
34:16« Ouais, je vote parce que je suis de gauche,
34:18mais j'y crois pas.
34:19Je crois pas qu'ils vont appliquer le programme. »
34:20Il y a beaucoup de gens
34:20qui n'y croient pas,
34:21qui pensent que ce n'est pas possible,
34:22que ce serait une catastrophe.
34:24Et puis, après,
34:25il y a aussi ça.
34:26Des gens qui, parfois,
34:27sentent dans leur vie
34:28qu'effectivement,
34:29il faudrait mieux,
34:30plus de redistribution
34:31ou un meilleur partage,
34:32mais qui ont l'impression
34:33que ça va être la catastrophe après
34:34parce qu'on n'arrête pas
34:35de leur dire
34:35que si on fait ça,
34:36c'est la catastrophe,
34:37tout va fermer,
34:37on financera plus les rois.
34:39Et donc, les gens,
34:39ils s'interdisent
34:40d'aller choisir cette voie-là.
34:44Donc, en dehors
34:45de l'incarnation des gens
34:46que l'on met pour incarner
34:47ces mouvements,
34:49ces partis politiques
34:49qui peuvent être parfois
34:50des repoussoirs ou pas,
34:51je ne juge pas ça.
34:52Il y a même des gens
34:53qui se censurent parfois
34:54sur l'idée,
34:54qui vont se dire
34:55« Bon, je vais voter pour lui
34:55parce que,
34:56mais je ne crois pas que ça a changé. »
34:57Et d'autres qui disent
34:58« J'aurais voté pour ça,
34:59mais comme je n'y crois pas,
35:00je vais voter plutôt
35:02un programme plus centriste. »
35:03Alors qu'en réalité,
35:04il y a des moyens
35:04de faire une autre économie.
35:06Et toutes les sociétés riches
35:07sont développées
35:08selon des modèles différents.
35:09Il faut le rappeler, ça aussi.
35:10Tu parlais de politique,
35:11tu disais
35:13que tu n'avais pas envie
35:13d'être étiqueté économiste de gauche.
35:15En même temps,
35:16tu t'es engagé à un moment.
35:19Avec Raphaël Gnoukman.
35:20Oui, tout à fait.
35:21Qui n'est pas forcément...
35:22Pernouvian.
35:23Il faut la mettre aussi.
35:23Oui, il faut que ça rattrape.
35:24Non mais Raphaël Gnoukman
35:26qui a plein de qualités
35:26mais qui n'est quand même pas
35:29à gauche du spectre qu'on est.
35:31Quel bilan tu retires
35:32de cet engagement ?
35:33Je crois que tu avais adhéré
35:33à Place Publique.
35:34C'est ça ?
35:35Avec un cap clair.
35:35C'est ça ?
35:35Pardon, tu avais co-créé
35:36Place Publique ?
35:37Ah oui, avec un cap clair.
35:39Avec un cap clair.
35:40À l'époque, c'était un autre cap.
35:42Non mais c'est vrai,
35:43quel bilan ?
35:43Je crois que ça n'a pas duré longtemps.
35:45Enfin, t'as été rapidement,
35:46t'as compris qu'a priori,
35:47c'est allé d'une part.
35:48Quel bilan tu tires
35:49de cette expérience ?
35:50Et pour toi,
35:50est-ce que du coup,
35:51ça signe un peu ton...
35:52Oui, c'est l'arrêt de mort
35:53de ce genre d'expérience.
35:54Enfin, voilà.
35:55En fait,
35:55tous les économistes
35:56qui produisent un petit peu
35:58des arguments,
35:59des argumentaires,
36:01qui participent aux médias,
36:02ils finissent toujours
36:03par intéresser les politiques.
36:04Non, il faut vraiment le dire,
36:05que ce soit à droite
36:05comme à gauche.
36:06Nicolas Bouzou, etc.
36:08Les politiques,
36:08leur tournent autour.
36:10Ils aiment bien
36:10Nicolas Bouzou,
36:11ceux qui sont économistes libérales,
36:13mais même aujourd'hui,
36:14par exemple,
36:14Michael Zemmour,
36:15l'économiste sur les retraites
36:16qu'on a vu apparaître,
36:17les partis politiques vont le chercher.
36:18Ils aiment bien,
36:19ils l'invitent à leur journée d'été.
36:21Quand vous êtes...
36:21Et moi, j'ai commencé
36:22sur mes premières prises de position,
36:24c'était sur la question
36:24des gaz de schiste.
36:26J'avais écrit un petit truc.
36:27J'avais écrit un truc sur Total,
36:29un truc sur le gaz de schiste.
36:29Donc moi,
36:30les partis des écolos
36:31m'aimaient bien.
36:32Ils ont commencé à m'inviter.
36:34Toi, tu es content au début,
36:35tu es jeune,
36:36tu fais des trucs
36:36qui ont une portée politique.
36:38Cécile Duflo,
36:39tu appelles et tu dis
36:39ça m'intéresse que tu me dis,
36:41viens, viens déjeuner,
36:42j'ai envie de discuter avec toi.
36:43Et après, Cécile Duflo,
36:45elle m'a dit,
36:46écoute, j'aimerais bien
36:46que je sois mon économiste et tout.
36:47Moi, je dis, pourquoi pas ?
36:48Ça m'intéressait plutôt
36:49parce que je la trouvais sympathique
36:50et que c'était une personne
36:50que j'appréciais comme ça humainement.
36:52Tu te lances là-dedans,
36:53mais tu t'en...
36:54Et puis après,
36:55tu rencontres des gens.
36:56Amon, viens te voir.
36:58Alors, la France Insoumise
36:58serait venue me voir
36:59à l'époque de 2017,
37:00peut-être que j'aurais,
37:01mais ils n'étaient pas venus me voir.
37:02Ces questions-là
37:03les intéressaient moins,
37:04la question peut-être écologique
37:05à l'époque, je ne sais pas.
37:06Mais ils ne sont pas venus.
37:07Amon est venu,
37:07j'ai fait deux, trois fiches
37:08sur la transition écologique.
37:09Après, vous êtes dans un écosystème.
37:11Et un jour,
37:12c'était, je crois,
37:12Jadot nous avait réunis
37:14avec Glucksmann et d'autres,
37:15Claire Nouvian et tout.
37:17Ils voulaient peut-être
37:17qu'on fasse une liste
37:18pour les européennes.
37:19Moi, je ne savais pas trop.
37:21Et après,
37:21on a discuté avec Claire Nouvian
37:23et Raphaël Glucksmann.
37:24On a dit, tiens,
37:24on se disait,
37:25bon, on est un peu différents,
37:26mais quand même,
37:28l'Atlas,
37:28je pouvais se tenir
37:29sur un truc un peu sympa.
37:30Et on a lancé ce parti.
37:31Et en fait,
37:32on l'a lancé,
37:33mais à l'époque,
37:34bon, il n'y avait pas
37:34les contextes géopolitiques.
37:36Tout était différent.
37:37C'était vraiment
37:38un truc plutôt anti-Macron.
37:40Et quand on l'a lancé,
37:41il y a eu un effet un peu,
37:43il y a eu du succès.
37:44Non, oui, c'est-à-dire
37:45qu'on a eu des locaux,
37:46on a eu des adhérents rapides,
37:4720 000 adhérents,
37:48des gens qui venaient
37:49vers nous s'engager.
37:50Donc là,
37:51tu es tout de suite,
37:51tu dis, tiens,
37:52il y a un mouvement
37:52qui se crée
37:53et on remplissait des salles.
37:54On a rempli,
37:55à Montreuil,
38:02on remplissait.
38:02Donc quand tu remplis,
38:03partout où on allait,
38:04on remplissait les salles.
38:05Donc là, tu remplis,
38:06tu te dis.
38:06Tiens, je vois,
38:07tu y crois en fait.
38:08Alors, je voyais bien
38:08qu'on avait des différences
38:09sur les questions européennes.
38:10C'est-à-dire qu'il y avait
38:11une partie sur l'Europe
38:12où lui,
38:13moi, c'était vraiment,
38:15on change l'Europe
38:15à l'époque des Varoufakis
38:16et tout, tu vois,
38:17vraiment, on change.
38:18Ce n'était pas la sortie de l'euro,
38:19mais on change l'Europe.
38:20On sort des traités
38:20et tout,
38:21on change dedans.
38:22Et lui, c'était l'Europe
38:24comme point final.
38:24On sentait qu'il y avait
38:25quand même des...
38:26Voilà.
38:27Ils ont très européistes.
38:28Là, maintenant,
38:28il est maintenant complètement.
38:29Et même Aurore Laluc,
38:30Aurore Laluc,
38:30qui l'a rejoint
38:31quand je suis parti,
38:32qui a pris,
38:33qui a été élu,
38:34qui est une économiste
38:35quand même brillante.
38:36Elle, elle est plus
38:37européiste qu'européiste.
38:38Maintenant, une fois
38:39que tu es dedans,
38:39je pense que,
38:40je ne sais pas pourquoi,
38:41je pense qu'il y a un truc
38:42qui doit se passer.
38:42Mais à l'époque,
38:44il l'était,
38:45mais tu vois,
38:46il pouvait discuter
38:47avec un Varoufakis,
38:48un truc comme ça.
38:49Donc, il était quand même
38:49dans un truc un peu
38:50quand même de critique.
38:51Maintenant,
38:52il n'y a plus aucune critique.
38:53C'est-à-dire que l'Europe,
38:54c'est...
38:55Il oublie de...
38:56Enfin, il n'a pas compris
38:57que deux tiers
38:57des délocalisations,
38:58c'est en Europe.
39:00Visiblement,
39:00c'est...
39:01Donc, tu peux rester
39:01souverainiste dans l'Europe,
39:02mais perdre des usines,
39:03il n'y a pas de souci.
39:04Il y a des choses comme ça.
39:05Il n'a pas compris
39:06que dans l'Europe,
39:06il y avait des paradis fiscaux.
39:07Il y a des trucs comme ça,
39:08moi, qui me...
39:09Donc, dire que l'Europe,
39:10tout va bien, tout va bien,
39:11quand on voit
39:11l'architecture de l'Europe,
39:12ça ne va pas du tout bien.
39:14Tu vois,
39:14il y a un truc à refaire là-dedans.
39:16Et il faut qu'un homme d'État,
39:17il ose y aller, quoi.
39:19Voilà, mais donc,
39:19on a tenté ça.
39:20Et puis après,
39:20quand il s'est allié avec le PS,
39:22j'en suis sorti.
39:24Alors que j'aurais pu
39:25finalement y être
39:26et peut-être que je serais député.
39:28J'en suis sorti
39:28et puis maintenant,
39:29la politique ne m'intéresse plus.
39:30Parce qu'il y a beaucoup de temps,
39:31vous savez,
39:31en politique,
39:31il y a énormément de temps
39:33pour convaincre,
39:34faire des cours bêtes,
39:35des machins
39:35et ne pas parler du fond.
39:36En fait,
39:36le fond est un prétexte.
39:37C'est pour ça que moi,
39:38ça me fait trop rire
39:38leur NFP,
39:39honnêtement.
39:40C'est-à-dire que les mecs,
39:42avant les Européennes,
39:43alors que le FN était élevé
39:45avant les Européennes,
39:46ils ont tous fait
39:46leur petit calcul.
39:48Ils se sont tous dit,
39:49ah ben non,
39:50il y a eu quand même
39:51cette alliance.
39:52Vraiment,
39:53il y a eu la présidentielle.
39:55D'accord ?
39:55Il y a eu la présidentielle.
39:56Il y a eu cette alliance
39:57de circonstances juste après.
39:58Vu de loin,
39:59il y avait une volonté
40:00quand même de chacun
40:01de sauver son poste.
40:02Parce que l'alliance,
40:03alors là,
40:05ils font un score,
40:07très bien.
40:08Et là,
40:08tous les militants de gauche
40:10qui regardent ça de loin,
40:11qui ne sont pas des militants
40:11de parti,
40:12sont plutôt pour l'alliance.
40:14Ils redemandent l'alliance après.
40:15Et là,
40:15chacun se dit,
40:16ah ben non,
40:16vous savez,
40:17moi aux Européennes,
40:18j'ai plus de place,
40:19ça ne sert à rien.
40:20Donc,
40:20on ne s'allie pas.
40:21Ils y vont comme ça.
40:22Et là,
40:23sur le plateau,
40:23ils commencent à parler.
40:24Oui,
40:25le PS est revenu et tout.
40:26Et là,
40:27Macron dit,
40:28dissolution.
40:28Deux minutes après,
40:29sur le même plateau,
40:30ah oui,
40:30l'alliance,
40:30l'alliance,
40:31et là,
40:32ils sont d'accord sur tout,
40:33sur le programme en deux secondes,
40:34etc.,
40:34ils se font une alliance
40:35en trois jours.
40:36Est-ce qu'elle n'était pas nécessaire
40:38comme j'ai fait la serre ?
40:40Mais c'est assez marrant.
40:41Il y a quand même l'extrême droite
40:42qui est au port du pouvoir.
40:43Est-ce qu'il n'y avait pas
40:43une attailleuse nécessité
40:45pour la gauche,
40:46quelles que soient ses différences,
40:47il ne faut pas minimiser ta raison,
40:48à s'allier parce qu'en face,
40:50la menace était bien plus grave
40:51que ce qui les divisait
40:53que Monumax ?
40:54Oui,
40:54non,
40:54mais bien sûr,
40:55mais aussi,
40:57on ne peut pas enlever
40:57la stratégie individuelle
40:58de sauver son poste
41:00parce que sinon,
41:01tu as un peu de vision
41:01contra-cyclique
41:02et de long terme,
41:04tu vois,
41:04en amont
41:04pour faire les choix qu'il faut.
41:06Là,
41:06le FN,
41:07la dynamique,
41:08elle était là
41:08depuis au moins
41:09cinq,
41:10six mois,
41:10la dynamique de Jordan Bardella.
41:11On la voyait arriver quand même.
41:13On n'a pas été surpris
41:14des résultats,
41:15tu vois.
41:16Donc,
41:16les mecs,
41:16à un moment,
41:18se dire qu'une liste d'alliance,
41:20et tu vois,
41:20c'est qu'avant,
41:21ils ont fait leur calcul de partie.
41:23On va en placer tant,
41:24tant,
41:24tant,
41:24tant,
41:25tant.
41:25Notre partie doit vivre
41:26et sinon,
41:27il va se finir.
41:28Alors,
41:28pourquoi pas ?
41:29Mais quand on est un militant de gauche
41:31qu'on regarde ça de loin,
41:32moi,
41:32je comprends qu'on soit un...
41:33C'est intéressant parce que tu dis
41:34que la solution,
41:35elle est politique,
41:36mais tu nous dis que les politiques,
41:38ils sont,
41:39je ne vais pas caricaturer,
41:41mais presque tous pourris finalement.
41:42Non,
41:42je ne dis pas ça,
41:43mais tu vois,
41:43en fait,
41:44c'est comme tout.
41:44Moi,
41:45je pense que par exemple,
41:45la solution,
41:45c'est l'état stratège,
41:46mais effectivement,
41:47pour qu'il y ait un état stratège,
41:48il faut un stratège à la tête du pouvoir.
41:49Et là,
41:49c'est une autre question.
41:50Là,
41:50effectivement,
41:51la solution est politique,
41:52mais c'est vrai que parfois,
41:53quand on est en politique,
41:54on est dans des stratégies,
41:56mais plein de gens le disent parfois,
41:58qui sont des stratégies de parti
41:59qui peuvent être déconnectées
42:00parfois des besoins.
42:03On a une stratégie de parti,
42:04de rapport de force entre partis,
42:06parfois même de concurrence interne
42:08entre personnes de gauche.
42:10Là,
42:10tous ceux qui veulent aller...
42:11Vous avez vu le nombre de gens
42:12qui veulent être présidentieuse à la gauche ?
42:13On peut les lister ?
42:15Gixman,
42:15Ruffin,
42:16Mélenchon,
42:16Gixman,
42:17Ruffin,
42:18Mélenchon,
42:19Roussel,
42:19je pense.
42:20Je pense que Marine Tondelier,
42:22ça doit la chatouiller.
42:23Peut-être Rousseau aussi.
42:24Ça a quand même fait...
42:25Enfin,
42:25je pense,
42:26j'imagine,
42:27mais ça en fait quand même beaucoup.
42:29Et puis chacun avance son truc.
42:31Il a raison,
42:32Pierre-Antoine,
42:32est-ce que ce n'est pas démagogique ?
42:33Finalement,
42:33ce que tu fais,
42:34c'est-à-dire de taper sur la gauche
42:35en disant
42:35que c'est que des carriéristes
42:36qui pensent qu'à leur place ?
42:37Non,
42:37je n'ai pas...
42:38Non,
42:38mais là,
42:40je force le trait volontairement.
42:42Alors qu'en même temps,
42:42tu expliques quand même
42:43justement que la solution est politique
42:45et donc a priori plutôt à gauche ?
42:47Non,
42:48la solution est politique
42:49et à gauche,
42:49bien sûr,
42:50ça c'est sûr,
42:50mais après,
42:51il y a des blocages.
42:53Moi,
42:54je pense des stratégies de court terme
42:55qui sont liées à de l'obtention de postes
42:57qui parfois déconnectent les politiques,
43:00déconnectent les politiques,
43:01des objectifs profonds
43:03pour lesquels ils ont choisi
43:04d'être politiques.
43:06Voilà.
43:07Moi,
43:07hier,
43:07j'ai vu une émission
43:08sur les journalistes,
43:10c'est sur la France 5 hier,
43:13où ils interrogeaient un mort
43:14à Rachid Larèche de Libération
43:16qui explique qu'il a vécu
43:17avec les politiques
43:18et qu'en fait,
43:19ce qui l'intéressait à un moment,
43:20c'était ce qu'allaient dire les politiques,
43:22la petite phrase,
43:23le petit machin
43:24et que maintenant,
43:24il arrêtait
43:25et qu'il était sur les gens,
43:26uniquement les gens
43:27et il va y avoir des retraités,
43:29des gens qui ont perdu leurs parents
43:30juste après la retraite
43:31et qui mesurent comme ça
43:33la déconnexion qu'il y avait
43:34entre le politique
43:34et les vrais gens.
43:36C'est ça,
43:36moi,
43:36que je dis.
43:37C'est-à-dire que parfois,
43:37tu as des stratégies de court terme
43:38qui t'obligent à avoir un poste,
43:40qui te font faire des alliances
43:42après des défaites électorales
43:44juste pour conquérir ton poste
43:46plutôt que d'anticiper
43:48un petit peu avant l'alliance
43:49pour pouvoir gagner,
43:50eh bien,
43:51empêche effectivement
43:51que puisse un jour
43:52être appliqué
43:53un programme de gauche.
43:56Et est-ce que...
43:57Voilà,
43:57un programme,
43:58oui,
43:58un programme qui changerait
43:59de rapport de force.
44:00Moi,
44:00je voulais juste revenir un peu
44:01sur ton rapport aux médias
44:02parce qu'on en a un peu parlé
44:03tout à l'heure.
44:04Il y a un moment
44:05où tu as fait le choix
44:06d'aller beaucoup,
44:06beaucoup,
44:07beaucoup à la télévision.
44:07Oui.
44:08Y compris dans des émissions...
44:10Je revoyais tout à l'heure
44:11un clash que tu avais eu
44:12sur les grandes gueules de RMC.
44:14Génial.
44:15Avec Médicé de l'art.
44:16Oui,
44:17oui,
44:17mais alors,
44:18est-ce que...
44:18Non,
44:18mais justement,
44:18on ne peut pas le regarder
44:19parce que ça bug,
44:20mais c'est dommage
44:20parce que ça volait...
44:21Mais non,
44:22mais il y a quand même
44:22une vraie question derrière.
44:23Est-ce que tu penses
44:24que c'est vraiment utile
44:25d'aller te castagner
44:26avec des gens
44:28qui sont quand même plus là
44:28pour enchaîner des punchlines
44:29que pour être du fond
44:31ou est-ce que tu n'as pas
44:32un peu l'impression
44:32quelque part
44:33de perdre ton temps ?
44:34Alors,
44:34je vais te dire un truc.
44:35Il y a des fois,
44:35oui,
44:36on a cette impression-là,
44:37on se dit...
44:37Et aujourd'hui,
44:38j'en refuse beaucoup
44:39des médias
44:39parce que j'ai mon fils,
44:40parfois on t'appelle,
44:41on te dit
44:41oui,
44:41tu veux venir ?
44:42En plus,
44:42les médias importants,
44:43c'est marrant,
44:43ils sont avant 9h le matin,
44:44donc c'est là
44:45où tu as ton fils
44:46parce qu'il va à l'école
44:46à 8h30
44:47et après 17h,
44:48là où tu récupères ton fils,
44:49tu vois.
44:50Donc,
44:50c'est quand même difficile.
44:51Donc,
44:51il t'invite toujours
44:52à ces moments-là
44:52et moi,
44:53parfois,
44:54je n'y vais pas,
44:54je suis fatigué
44:54parce que tu te tapes
44:55une demi-heure de transport
44:57pour 15 minutes,
44:58même 15 minutes,
44:59je suis large,
44:59parfois 5 minutes de télé
45:00ou 10 minutes de télé
45:01d'un débat
45:02et tu rentres chez toi
45:03et donc maintenant,
45:03je pense qu'il y a d'autres
45:04qui doivent prendre le relais,
45:05d'autres jeunes,
45:06ça les intéresse,
45:06tu vois,
45:07de faire ça
45:08mais moi,
45:08maintenant,
45:08je suis de plus en plus vieux
45:09donc j'en fais moins qu'avant
45:11mais tu sais,
45:12sur les grandes gueules,
45:13c'est marrant que tu me dises ça,
45:14c'est qu'il y a un auditeur
45:15un jour qui a appelé
45:16et moi,
45:16je le vérifie aussi ailleurs
45:17mais je parle de l'auditeur au début
45:19et un auditeur qui a appelé
45:21qui a dit,
45:21voilà,
45:21moi,
45:22je suis droite,
45:23très clairement
45:24mais il me dit,
45:25voilà,
45:26il a dit ça à l'antenne,
45:28je suis droite,
45:28je n'aime pas du tout Mélenchon,
45:29c'est ce qu'il a dit,
45:30le mec,
45:30d'entrée de jeu,
45:31il a dit,
45:31je ne peux pas me le voir et tout
45:32mais il a dit,
45:33voilà,
45:33moi,
45:33je vous écoute tout le temps
45:35et effectivement,
45:35ça fait un an et demi
45:36que Porsche est là
45:37et il m'a convaincu sur des trucs
45:39et là,
45:40je me suis dit,
45:40tiens,
45:41tu vois,
45:41et là,
45:42l'autre fois,
45:42j'ai été à Foot Locker
45:43acheter une perte chaussure à mon fils,
45:45la vendeuse du Foot Locker,
45:46Pas de marque,
45:47Pas de marque,
45:48mais tu vois,
45:49j'ai été comme tout le monde
45:50et la vendeuse,
45:51elle m'a dit,
45:52ouais,
45:52j'adore les grandes gueules,
45:53je te voyais
45:53et il y a plusieurs fois,
45:55des gens en fait,
45:55qui ne sont pas dans les milieux intellectuels,
45:57non mais vraiment,
45:57qui ne sont pas des gens
45:59qui lisent le monde,
45:59le monde diplo,
46:02qui écoute France Inter,
46:04qui sont vraiment des gens
46:04au basket de...
46:06Enfin,
46:06moi,
46:06là où j'habite,
46:07on m'arrête plus pour me dire
46:08pourquoi tu es plus aux grandes gueules
46:10que pour me dire que d'un France Inter,
46:11c'est hallucinant,
46:12c'est-à-dire que France Inter,
46:14je touche énormément de monde,
46:153-4 millions,
46:17je suis hyper content,
46:18c'est une belle radio,
46:18j'ai le temps de débattre avec Dominique Seuss,
46:20c'est hyper...
46:21J'adore ça.
46:21Le mec est plutôt,
46:23on va dire,
46:23pompendant de droite,
46:24voilà,
46:24pompendant de droite,
46:25libéral,
46:26etc.
46:26L'orthodoxe.
46:27Voilà,
46:27mais quand je...
46:29Moi,
46:29j'habite vraiment dans un quartier
46:31proche d'une porte
46:32plutôt populaire
46:33et on m'arrête plus pour les grandes gueules
46:35en me disant,
46:35j'ai adoré et j'aime bien
46:36que pour France Inter.
46:38Donc,
46:38c'est ça.
46:39Je veux dire,
46:39mon père,
46:40moi,
46:41il me dit,
46:41lui,
46:42mon père,
46:42il adore les grandes gueules.
46:43Il me dit toujours,
46:44ouais,
46:44les grandes gueules,
46:45voilà,
46:45tu touchais des gens,
46:48etc.
46:48Même une fois,
46:50j'ai fait une interview
46:50pour un magazine
46:51qui s'appelait Challenge.
46:53Magazine économique,
46:55économique,
46:55plutôt libéral,
46:56en 2018,
46:58très pro-Macron,
46:59etc.
46:59Et un journaliste m'a dit,
47:01et c'est là qu'il m'a dit,
47:02écoute,
47:02moi,
47:03je suis plutôt Macron,
47:05il m'a dit,
47:05je suis plutôt libéral,
47:06nous,
47:06on est pensé libéral,
47:07mais il m'a dit,
47:07il y a un truc
47:07où tu m'as convaincu,
47:08alors,
47:09ce n'était pas dans les grandes gueules,
47:10c'était sur les médias,
47:11il m'a dit,
47:11sur la dette,
47:12tu m'as convaincu.
47:13C'est vrai ?
47:13Il m'a dit ça.
47:14Et donc là,
47:14je me suis dit,
47:15les gens,
47:16en fait,
47:16quand tu leur expliques bien,
47:18calmement,
47:19sans prendre,
47:19tu vois,
47:20j'ai aussi échangé,
47:21sans prendre trop de posture,
47:22avec ce que tu leur expliques
47:23calme,
47:24techniquement,
47:24calmement,
47:25les choses,
47:26et bien,
47:35on a raison,
47:35tout ce qui se passe
47:35et qui va mal,
47:36c'est des choses
47:37qui ont été à l'inverse
47:38de ce que nous on prenait,
47:38donc on a raison sur le fond,
47:40et quand on l'explique calmement,
47:41je pense que les gens
47:42sont convaincus,
47:43même s'ils sont parfois
47:44de droite,
47:44etc.
47:45Donc,
47:45tu n'étais pas d'accord
47:46avec cette pensée,
47:48un sociologue
47:48qui s'appelle
47:48Pierre Bourdieu,
47:50je crois que tout le monde
47:51le connaît ici,
47:51mais qui a 30 ans
47:52a théorisé cette idée,
47:54en fait,
47:54cette impossibilité
47:55pour les intellectuels de gauche
47:56d'aller sur les plateaux télé,
47:58parce qu'en fait,
47:58le dispositif médiatique
47:59est tellement cadenassé
48:00qu'en fait,
48:01tu ne pourras pas exprimer
48:02vraiment le fond de ta pensée,
48:03on t'interdira de le faire.
48:04Tu t'insurges contre cette idée
48:06et tu penses quand même
48:07qu'il y a des espaces
48:08sur RMC
48:11pour aller développer ta pensée.
48:12Alors,
48:13électoralement,
48:14je te dirais qu'on a perdu,
48:15alors donc,
48:16moi,
48:16je me suis interrogé plusieurs fois
48:17sur le fait
48:18de,
48:18est-ce que ça servait à quelque chose
48:19quand je vois finalement
48:20comment on nous resserre
48:21toujours la même sauce,
48:22on refait les mêmes erreurs,
48:23je dis,
48:24est-ce que tout ce qu'on a fait
48:25avec les économistes atterrés
48:25a servi ?
48:26Ou est-ce que ça n'a fait que
48:29conforter les gens
48:29qui pensaient déjà comme nous ?
48:31Donc,
48:32je n'ai pas de réponse à ça.
48:33Après,
48:33moi,
48:33je pense toujours que
48:34dans mon expérience
48:36purement personnelle,
48:37j'ai des gens
48:38de toute pensée économique
48:42et de toute classe sociale
48:45qui viennent me dire
48:45parfois que ce que j'ai dit
48:46était assez intéressant.
48:49Donc,
48:49j'ai plutôt l'impression que
48:50après,
48:50c'est effectivement
48:51dans un cadre
48:53où il y a un dispositif
48:53où tu es minoritaire,
48:55où tu es un contre trois,
48:57les marges que tu prends,
49:01elles sont faibles,
49:02mais en même temps,
49:02si tu ne fais pas ça,
49:03qu'est-ce qui se passe ?
49:04Si tu n'as pas un mec
49:06de gauche,
49:07tu vois,
49:08est-ce que tu n'as pas peur
49:09d'être un peu la caution
49:10de gauche
49:11de ces plateaux de télé-là ?
49:12Peut-être,
49:12oui,
49:13probablement.
49:13C'est ta fonction,
49:14entre guillemets,
49:14d'auditif.
49:15Après,
49:15moi,
49:15je m'en fous
49:16de ce qui se passe
49:16à la télé.
49:17Moi,
49:17je veux porter un message
49:18et en fait,
49:19je me dis toujours
49:19que tu es sur un BFM TV,
49:21tu as 500 000 auditeurs
49:23qui ne sont pas tous captifs,
49:26mais tu peux toucher
49:27un large public.
49:28Quand tu es sur France Inter,
49:30tu en touches un plus large.
49:31Quand tu es sur YouTube,
49:32tu touches des publics différents.
49:34Donc,
49:34en fait,
49:34moi,
49:34le but,
49:35c'est d'aller.
49:36Après,
49:36je ne suis pas sûr
49:37à 100% que ça marche,
49:38mais c'est ce qu'ont fait
49:39les libéraux en tous les cas.
49:40Je ne suis pas sûr.
49:41Est-ce qu'il y a des libéraux ?
49:42Est-ce qu'il y a des médias
49:44que tu t'interdis de fréquenter ?
49:46Est-ce que,
49:46par exemple,
49:46si demain,
49:47je dis n'importe quoi,
49:48Pascal Pro,
49:48je ne sais même plus
49:49si il est toujours sur CNews.
49:50c'est le CNews Européen.
49:52Oui, c'est ça.
49:52C'est l'édito de Paris Match.
49:55Si CNews te propose demain
49:57un édito économique
49:58dans l'émission de Pascal Pro,
49:59au moins tu seras
50:00l'économiste anti-libéral du plateau,
50:02tu dis quoi ?
50:04Pascal Pro,
50:05il a découvert
50:05Clément Viktorovitch.
50:07Exactement.
50:07Plus jamais que Clément Viktorovitch,
50:09avant de faire Quotidien,
50:11avant de faire France Info,
50:14il a commencé chez Pro
50:15et chez Ferrari.
50:17T'as raison,
50:17on les déconstruisait.
50:19Oui, ça dépend de ce que tu dis.
50:21Donc moi, je n'ai pas de...
50:22En fait, je t'explique.
50:23Un jour,
50:24je l'ai regretté, ça.
50:26J'allais à l'émission,
50:26il y avait Zemmour et Nolo
50:28pour présenter mon livre
50:28comme beaucoup d'autres.
50:30Et chaque fois que je débattais
50:31avec Zemmour,
50:32il n'y en avait pas assez,
50:33je chantais.
50:34Et lui, c'était un homme,
50:35Zemmour,
50:35qui aimait le débat.
50:37Et un jour,
50:37il voulait bien m'inviter
50:39à sa grande messe
50:41sur CNews
50:42où il mettait une demi-heure
50:43en face à face avec quelqu'un.
50:45Et il m'a dit,
50:45« Voilà, je vais t'inviter. »
50:48Et moi, je voulais y aller
50:49parce que je me suis dit...
50:50Et d'ailleurs,
50:51il y a une vidéo
50:51qui a beaucoup tourné
50:52sur les réseaux sociaux
50:53où au grande gueule,
50:54il est venu
50:55et où il s'est rétamé.
50:56Enfin, j'en parlerai.
50:57Enfin, je vous fais la petite parenthèse.
50:59Il est venu au grande gueule.
51:00Zemmour, tu parles.
51:00Zemmour est venu au grande gueule.
51:02Au grande gueule.
51:02Et moi, j'étais là chroniqueur
51:04et je lui ai dit,
51:05« Bon, on vous connaît
51:07sur vos positions
51:08contre l'islam,
51:09contre l'immigration.
51:09Mais sur le programme économique,
51:11je l'ai lu,
51:12ce que vous faites,
51:12c'est du Macron.
51:13Vous vous dites
51:14que vous allez inventer ça.
51:15Ça a déjà été inventé par Sarkozy.
51:16Et pour le reste,
51:17il était très mal.
51:18Parce qu'il était un peu...
51:19Et là, il m'a dit,
51:19« Non, non,
51:20c'est pas moi qui fais comme Macron.
51:23C'est Macron qui fais comme moi. »
51:24Je lui ai dit,
51:25« Mais à la fin,
51:25c'est la même chose.
51:26C'est du macronisme. »
51:27Et donc, il était très mal.
51:29Et donc, tu vois,
51:29là, je me suis dit,
51:29tiens, j'ai pu avoir un débat.
51:31Et moi, à l'époque,
51:32avant,
51:32quand il m'avait invité,
51:33en 2018, 2019,
51:34même 2020,
51:35je crois.
51:35C'était en 2020
51:35qu'ils m'avaient invité
51:36pour le livre « Les délaissés ».
51:37Je voulais y aller
51:38parce que j'adore le débat.
51:39Et à l'époque,
51:41la gauche avait théorisé
51:43le fait
51:44qu'il ne fallait pas
51:44aller débattre.
51:46Avec Eric Zemmour.
51:47Avec Eric Zemmour.
51:48La gauche radicale
51:50avait théorisé ça.
51:51Donc moi, j'ai dit,
51:51« Bon, je ne vais pas faire ça.
51:52Je vais encore me faire insulter
51:53par tout le monde.
51:54Je ne le fais pas. »
51:55Et jusqu'au jour
51:56où j'ai vu Mélenchon
51:57qui a dit,
51:57« Ah, je vais me faire Zemmour.
51:58Je vais me faire un débat
51:59sur BFM TV avec lui. »
52:00Et d'ailleurs,
52:01c'était le déclencheur
52:01de sa campagne
52:02parce que Zemmour
52:03était à 17%.
52:04Il n'arrêtait pas de cracher
52:05sur tout ce qui était
52:07immigré et principalement musulman.
52:09Et là, Mélenchon se dit,
52:10« Allez, j'y vais.
52:11Je me tape une heure. »
52:12Et pendant une heure,
52:13il y avait un méchant,
52:14un gentil.
52:15Et après,
52:16les autres ont fait
52:17la même chose finalement.
52:18Il faut aller débattre avec lui.
52:19Et c'est là que je me suis dit,
52:20en fait,
52:21j'aurais dû aller
52:22finalement débattre avec lui
52:23parce que je suis persuadé
52:25que moi,
52:26je suis persuadé
52:27que j'aurais été
52:30d'accord que c'est un débat
52:31quand même
52:32entre candidats
52:33à la présidentielle.
52:34Ce débat qu'il y a eu
52:36entre Mélenchon et...
52:37Là, c'était un débat.
52:39Je pense que c'était
52:40un débat entre...
52:40On peut en parler.
52:42On ne peut plus discuter
52:43d'ailleurs de l'opportunité.
52:45Moi, j'aime le débat
52:47et ça ne m'aurait pas...
52:48Ça ne t'aurait pas gêné,
52:48toi, demain,
52:49de débattre avec Zemmour
52:50d'économie, par exemple ?
52:52Non, parce que je suis persuadé
52:53que je serais meilleur que lui
52:54avec Bardella.
52:55Non, mais le truc,
52:56c'est ça aussi,
52:57c'est que sur ta matière,
52:58c'est ça.
52:59Donc, je n'ai pas de problème
53:01là-dessus.
53:03Et quand j'ai pu le faire,
53:04je l'ai fait.
53:05Donc, je trouve ça important.
53:06Moi, j'ai débattu
53:06après avec Mme Borne,
53:09avec Gabriel Attal.
53:10J'ai eu la chance
53:10de débattre avec ça.
53:11Sur des plateaux,
53:12tu veux dire ?
53:13Donc, Elisabeth Borne...
53:13Sur des plateaux
53:13et sur France Info,
53:15Elisabeth Borne sur France Info
53:16et Olivia Grégoire,
53:18aussi sur France
53:19et était ministre,
53:19sur France Info
53:20avec Gabriel Attal
53:21quand il était ministre
53:21du budget
53:22dans l'Express.
53:25Est-ce que tu as un souvenir
53:26d'une fois
53:27avec une politique
53:27ou un politique
53:28où ça s'est vraiment
53:29mal passé ?
53:29Même sur plateau
53:30ou en dehors ?
53:32Non, je n'ai pas de...
53:33Il y a eu des débats
53:36plus nerveux.
53:37Une fois, j'ai eu
53:38avec un journaliste
53:39à l'époque où vraiment
53:40les mecs étaient
53:40comme des dingues
53:41sur Macron.
53:42Il y a un journaliste
53:42je crois de l'Express
53:45qui a été un peu agressif.
53:49Un journaliste de l'Express ?
53:50Oui.
53:50Je ne me rappelle plus
53:51comment il s'appelle.
53:52La vidéo avait tourné.
53:53Il avait repris
53:54sur Arrêt sur Images.
53:55Il avait dit...
53:56Mais il y a un débat aussi
53:57une fois avec Agnès Verdier-Moulinier
53:58qui est à 500.
54:00Tu te souviens ?
54:01Sur l'ISF.
54:02Sur l'ISF...
54:03C'est un think tank
54:04qui s'appelle l'IFRAP.
54:05On est d'accord ?
54:06C'est une dame
54:06qui n'a aucun diplôme
54:07d'économie.
54:07C'est un diplôme
54:08d'économie
54:10qui doit faire des positions
54:11très libérales.
54:12Très libérales.
54:13C'est un think tank
54:14financé plutôt
54:15par le patronat.
54:16Et une fois,
54:16on a fait un débat
54:17sur l'ISF.
54:18La vidéo a été recoupée.
54:20Elle a beaucoup tourné
54:20sur les réseaux.
54:21Et c'était un débat
54:22qui était salutaire,
54:23je pense,
54:23qui était très important.
54:25Parfois,
54:26quand on connaît bien
54:26son sujet,
54:27c'est important
54:27d'avoir des débats.
54:30Pascal Praud,
54:31je ne sais pas si...
54:32On ne m'a jamais proposé.
54:33Je pense que je dirais non.
54:35Mais après,
54:35rappelons-nous
54:36que quand même
54:36Clément Victorovitch
54:37vient de là-bas.
54:38Tout à fait.
54:39Il ne faut jamais oublier ça.
54:40Ah, pule...

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