Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 semaine
Une semaine après que Marie Truchet, magistrate de 44 ans, s'est écroulée en pleine audience, ses confrères lui rendent hommage partout en France. Nous étions au tribunal de Nanterre quand la présidente de l’audience, Mariannig Imbert, a prononcé un discours fort en hommage à sa collègue disparue. Ce drame met en lumière leurs conditions de travail qui se dégradent.

L’ambiance est grave au tribunal de Nanterre. Ce mardi, les magistrats en robe et le personnel se pressent dans la salle n°2 accolée aux grands escaliers rouges. Avant que la comparution immédiate ne débute, la présidente de l’audience, Mariannig Imbert, prononce un discours en hommage à sa collègue disparue, Marie Truchet. Ce texte, ses collègues magistrats l’ont écrit ensemble. Ils saluent une femme « forte, humaine et courageuse » qui se dévouait à son métier, pour la justice, sans compter ses heures.

Marie Truchet, est décédée alors qu’elle présidait une audience de comparution immédiate mardi 18 octobre. Une enquête est en cours pour déterminer les causes exactes de sa mort. Elle laisse derrière elle un tribunal en deuil et des collègues désireux de porter sa voix.

Perçue comme la magistrate qui restait toujours debout, son décès a réuni le tribunal de Nanterre autour d’un sujet : la lutte pour une justice qui a les moyens d’agir, face à un constat terrible : « Nous avons crié. Et Marie a crié. Mais il ne s’est rien passé. Elle n’a pas été écoutée ».
Une justice à court de recours

Un hommage fort et une dénonciation sans équivoque. Avec ce texte, la magistrature de Nanterre assenne : « Nanterre coulait, comme coule toute la justice en France. » Faisant le récit d’une lutte pour mettre fin à la dégradation du système judiciaire français, la magistrate revient sur la Tribune des 3000, les mouvements de protestations, les lettres adressées au garde des Sceaux, Eric Dupont-Moretti, et le dépôt de plainte récent des magistrats contre l’État français devant la commission européenne, pour « manquement à la législation européenne » en matière du travail des magistrats.

À Nanterre et partout en France, on dénonce des « départs multipliés » et « non remplacés ». La présidente d’audience fait un constat sans appel, mettant en contraste l’effort de groupe et le sentiment d’abandon. « Le tribunal judiciaire n’a jamais cessé de faire face, malgré les moyens toujours plus faibles. »

Les demandes répétées d’effectifs, pour un renfort de nouveaux magistrats, greffiers et fonctionnaires, n’auront pas suffit. Les chefs de juridictions et les syndicats n’ayant reçu qu’un silence pour réponse, décrient aujourd’hui plus que jamais l’inaction de l’Etat.
Une minute de silence

« Il y a 7 jours Marie est tombée, elle ne s’est jamais relevée. » C’est sur cette phrase, qui tombe comme une pierre sur le sol, que la présidente se fige brutalement. Et avec elle la salle d’audience toute entière. Une minute de silence est observée dans tous les tribunaux en France à 13h30 en hommage à Marie Truchet.

Dan

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Nous avons crié, et Marie a crié, mais il ne s'est rien passé, elle n'a pas été écoutée.
00:18Marie, c'était quelqu'un qui était vraiment investi et qui avait vraiment le sens de la justice
00:23et qui voulait que la justice tourne, parce qu'elle aimait profondément son travail,
00:28parce qu'elle a envie de rendre une justice humaine dans des délais raisonnables,
00:33qui est ce qu'on devait aux justiciables, aux partis civils comme aux prévenus.
00:37Aujourd'hui, on sent bien qu'il y a un très fort écho et que toute la communauté judiciaire au
00:42sens large
00:43a été très touchée du décès de Marie.
00:46Nous avons tous reçu des témoignages de soutien et on a compris que son décès nous touchait vraiment tous.
00:53Et je pense surtout à sa famille, à ses proches aujourd'hui, pour qui c'est une déflagration immense.
00:59Malheureusement, au-delà des actions médiatiques, ça fait des années que la justice crie sa souffrance
01:04et qu'il ne se passe pas grand-chose.
01:06Le premier livre blanc sur la souffrance des magistrats, il date de 2015.
01:11Depuis 2015, on explique qu'il y a une souffrance au travail qui est liée à la surcharge
01:16et que tout le monde fait face et qu'à chaque fois on se dit « ça, on ne peut
01:20plus,
01:20mais on ne peut plus tenir cette audience », mais finalement on la tient quand même
01:23parce que quand on lit les dossiers, on se dit que ce n'est pas possible pour les gens
01:26d'attendre aussi longtemps et de ne pas avoir de réponse.
01:28Nous, ce qu'on veut, c'est des personnels formés.
01:31Donc on veut des magistrats, on veut des greffiers.
01:35Et pour l'instant, ce qu'on nous propose, c'est éventuellement des assistants de justice.
01:39Alors c'est bien, mais ça ne remplace pas un magistrat qui tient l'audience,
01:44qui va rédiger des jugements.
01:45Le problème de la justice aujourd'hui et pourquoi elle craque, c'est que ça fait des années et des
01:50années qu'elle est sous-dotée.
01:51Quand les budgets de la justice augmentent, ils vont vers la pénitentiaire, ce qui est bien.
01:55La pénitentiaire en a besoin, mais quand vous regardez la part dédiée à la création de fonctionnaires titulaires,
02:02c'est-à-dire greffiers et magistrats, cette part, elle est infime.
02:05Donc aujourd'hui, on annonce certes des recrutements plus importants,
02:08sauf qu'en fait, quand vous regardez les délits à départ en retraite, recrutement,
02:13finalement, c'est dilué.
02:16C'est-à-dire que vont arriver en juridiction une ou deux personnes en plus.
02:20Alors qu'aujourd'hui, il faudrait minimum au siège 35 personnes en plus.
02:25La France est bien en dessous des normes européennes en matière de justice.
02:29La justice est sous-dotée depuis des années.
02:31Malheureusement, il semble que ce soit le cas pour bon nombre de services publics, police et hôpitaux.
02:35Après, c'est un choix de société qui ne relève pas de nous, magistrats.
02:39C'est un choix de société globale, de savoir si on veut ou non une justice.
02:43Alors si oui ou non, et si oui, il faut s'en donner les moyens.
02:46Alors pour Nanterre, nous avons choisi de lui rendre hommage en lisant un texte
02:50qu'on a écrit spécialement pour Nanterre et pour elle,
02:53et qui sera lu au début de l'audience de la 16e chambre,
02:57donc la comparution immédiate, et de la 18e chambre.
03:00Nous avons choisi ça parce qu'elle est morte alors qu'elle présidait il y a 7 jours la comparution
03:04immédiate.
03:05Et qu'à la 18e chambre, aujourd'hui, elle aurait dû tenir cette chambre-là,
03:09qu'elle aimait son métier, et pour nous, ça nous semblait le plus bel hommage
03:15qu'on pouvait lui faire de le lire en audience, en robe.
03:18Il y a 7 jours, notre collègue Marie Touchet est morte, en robe,
03:23alors qu'elle présidait l'audience de comparution immédiate.
03:26Elle n'avait que 44 ans.
03:28Marie était une magistrate remarquable, toujours présente et attentive aux autres.
03:33Son absence laisse un vide et une peine immense pour sa famille,
03:37ses proches, ses amis, ses collègues, et toute la communauté judiciaire.
03:42Marie était forte, humaine et courageuse.
03:44Elle faisait partie de ses amis qui vous font rire,
03:48de ses collègues qui rendent les journées plus douces,
03:50de ses magistrats déroués qui restent tard,
03:53qui ne comptent pas leurs heures et travaillent sans cesse pour continuer à rendre la justice.
03:57Depuis des années, la situation de l'enterre n'a cessé de se dégrader.
04:02Les départs non remplacés se sont multipliés,
04:04mais le tribunal judiciaire n'a jamais cessé de faire face,
04:08malgré des moyens toujours plus faibles.
04:10Et Marie a fait face.
04:13Alors nous avons alerté.
04:15Les chefs de juridiction ont demandé sans cesse,
04:18mois après mois,
04:19des renforts de magistrats, de greffiers, de fonctionnaires,
04:23mais il ne s'est rien passé.
04:25Nous n'avons pas été écoutés.
04:28Alors les syndicats ont pris le relais,
04:30mais il ne s'est rien passé.
04:32Alors il y a eu la tribune des 3000,
04:34des mouvements de protestation,
04:36de magistrats, de fonctionnaires et d'avocats,
04:38dans toute la France.
04:40Nanterre coulait,
04:42comme coule toute notre justice.
04:44Marie était à nos côtés,
04:46et il ne s'est toujours rien passé.
04:49Nanterre a bataillé.
04:50Nous avons listé 121 impossibilités de faire.
04:54Le barreau s'est mobilisé à nos côtés,
04:57pour dénoncer ce manque de moyens criants,
04:59injustifiables et inacceptables pour tous.
05:02Nous avons crié,
05:03et Marie a crié.
05:05Mais il ne s'est rien passé,
05:06elle n'a pas été écoutée.
05:09Mais nous avons fait face,
05:10comme toujours.
05:12Alors nous avons vu certains de nos collègues
05:14craquer,
05:15et s'arrêter qu'à leur charge,
05:17sans cesse croissante,
05:18était trop lourd à porter.
05:20Nous avons vu d'autres collègues
05:22tenir coûte que coûte,
05:23parce qu'il le fallait,
05:24parce qu'on le devait.
05:26Dans cette tempête,
05:27Marie était là,
05:28solide,
05:29motivée,
05:30et toujours souriante.
05:32Elle a hurlé avec nous.
05:34Nous avons à nouveau écrit aux gardes des Sceaux,
05:36mais il ne s'est rien passé,
05:38elle n'a toujours pas été écoutée.
05:40Puis nous,
05:42avocats et magistrats,
05:43avons fait notre métier.
05:44Nous avons attaqué l'État en justice.
05:47Et Marie était encore là,
05:49mais il ne s'est rien passé,
05:51personne ne l'a écoutée.
05:53Nous avons été abandonnés.
05:55Il y a sept jours,
05:57Marie est tombée,
05:58elle ne s'est jamais relevé.
06:09Sous-titrage Société Radio-Canada
06:20Sous-titrage Société Radio-Canada

Recommandations