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  • il y a 9 heures
Leurs pancartes alertent d'une "justice malade" ou "à bout de force": magistrats, avocats et greffiers se sont rassemblés mercredi partout en France pour réclamer des moyens "dignes" pour la justice, lors d'une journée d'appel à la grève. L'Humanité a rejoint la mobilisation parisienne.

Trois semaines après la publication dans Le Monde d'une tribune qui a fait l'effet d'une déflagration, plusieurs centaines de magistrats, greffiers et avocats se sont rassemblées à partir de midi devant le ministère de l'Economie à Paris. "Misère judiciaire, mensonges du ministère", "Et ils sont où et ils sont où les recrutements?", proclamaient certaines pancartes.

"Il y a un incendie qui touche les fondations de l'institution et on a un Éric Dupond-Moretti qui arrive sur les plateaux télé pour faire de la com avec un seau d'eau", souligne la secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, Sarah Massoud.

"On n'a jamais vu une telle mobilisation, une unanimité dans le constat d'une justice déshumanisée", a renchéri Katia Dubreuil, présidente du Syndicat de la magistrature.

Les deux principaux syndicats de magistrats ont déposé des préavis de grève - "une première" pour l'USM, majoritaire - et appelé avec les représentants des greffiers et des avocats à des "renvois massifs" des audiences.

Devant le tribunal judiciaire de Nantes, environ 200 magistrats, greffiers et avocats se sont réunis. "On fait de l'abattage. On travaille de plus en plus vite, mais derrière les dossiers il y a des gens, qui ont besoin d'être jugés correctement", protestait Yvon Ollivier, procureur de la République adjoint.

Les protestataires étaient une centaine à Besançon, une quarantaine à Bastia, entre 230 et 400 à Strasbourg... "Sur l'arrondissement de Strasbourg, il y a 74 postes de personnels de greffe vacants, sur 270, c'est plus d'un quart", a assuré une greffière, Caroline Barthel.

Lætitia Puyo, greffière au tribunal judiciaire de Paris nous explique : "Aujourd'hui, on finit des audiences à 5 heures du matin avec des victimes qui sont entendues à 3 heures et c'est indigne d'une société démocratique, on a honte de cettte justice".

À Paris, une délégation de l'intersyndicale sera reçue à 19H00 par le directeur de cabinet du ministre chargé des Comptes publics alors que le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a fait valoir à l'issue du Conseil des ministres qu'il y aurait "une augmentation de 30% du budget de la justice" entre le début et la fin du quinquennat.

À Lille, où environ 400 personnes ont manifesté à la mi-journée, une minute de silence a été observée en hommage à Charlotte, une magistrate qui avait mis fin à ces jours fin août, point de départ de la tribune publiée le 23 novembre dans Le Monde.

Intitulé "Nous ne voulons plus d'une justice qui n'écoute pas, qui raisonne uniquement en chiffres, qui chronomètre et comptabilise tout" ce texte a obtenu un succès aussi fulgurant qu'inédit: en trois semaines, il avait été signé par 7.550 professionnels, dont 5.

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Transcription
00:00Il y a le feu dans la maison, il y a un incendie qui touche maintenant les fondations de l
00:04'institution judiciaire
00:05et on a un Eric Dupond-Moretti qui arrive sur les plateaux télé à faire de la com' avec un
00:08seau d'eau.
00:09Voilà c'est ça la situation, donc c'est pour ça qu'aujourd'hui, vous voyez il y a énormément
00:13de monde derrière moi,
00:14c'est quand même inédit, et bien on vient aujourd'hui crier de ce qu'on a besoin d'effectifs
00:20en magistrat et en greffier.
00:22Du bon, du bon, rend l'argent, même en cash, on prend, on prend !
00:28Pour crier notre ras-le-bol, pour crier notre épuisement et crier aussi la perte de sens de tous les
00:34métiers de personnel de justice.
00:36Ça fait suite bien sûr à la tribune qui est maintenant signée par près de 7000 personnels de justice, greffiers,
00:43magistrats, auditeurs de justice.
00:46Et donc aujourd'hui, il y a ce symbole de se mobiliser devant le ministère des Finances et du Budget
00:51parce que nous demandons une loi de programmation sur 10 ans pour augmenter drastiquement les moyens,
00:58les moyens notamment humains et les moyens matériels pour le service public de la justice qui est totalement insuffisant et
01:04encore indigent.
01:05Nous avons obtenu et nous avons fait en termes budgétaires ce que la gauche et la droite en 10 ans
01:13ne sont pas parvenus à faire.
01:15Alors des efforts ont été faits, c'est vrai, mais ces efforts sont largement insuffisants.
01:19Et puis lorsque l'on regarde le détail de ce budget, on voit bien que la ventilation est très majoritairement
01:24pour la pénitentiaire,
01:26pour les politiques de l'enfermement et pas pour les services judiciaires et pas pour les gens qui travaillent sur
01:30le terrain et notamment dans les tribunaux.
01:32Et c'est ça aujourd'hui que l'on dénonce.
01:35Donc oui, une augmentation, mais cette augmentation, elle est tellement faible par rapport aux besoins qui existent
01:40qu'on a encore un pouvoir exécutif et en particulier un garde des Sceaux qui est complètement déconnecté quand même
01:46des réalités du terrain.
01:51Ce n'est pas seulement une question de moyens, de budget ou de revendications sonantes et tribuchantes.
01:57Je pense qu'aujourd'hui, les signataires ont aussi signé cette tribune parce que devenir magistrat, c'est aussi rendre
02:05une certaine justice.
02:06Une certaine justice où on prend le temps d'écouter les gens, où on a le temps d'évoquer des
02:11situations humaines qui sont difficiles,
02:13où on a du temps d'audience, du temps de motivation, où on n'est pas là à faire une
02:16justice d'abattage.
02:17Il y a une perte de sens au sein de l'institution parce qu'on n'a pas l'impression
02:21de rendre une justice qui soit digne d'un État démocratique.
02:24Donc c'est aussi ça aujourd'hui que l'ensemble des personnels de justice viennent dénoncer.
02:31Oui, je vois qu'il a du succès, mais c'est les chiffres.
02:34On est deux fois moins de magistrats que la moyenne européenne, deux fois moins de greffiers et fonctionnaires que la
02:39moyenne européenne.
02:40Donc ce qui a été fait là, sur le quinquennat, c'est largement pas suffisant.
02:46Concrètement, ça se traduit par des audiences nocturnes au pénal, avec des audiences qui se terminent après 21 heures,
02:53alors que tout le monde a commencé à travailler le matin à 8 heures.
02:57Et quand on termine le travail à 10 heures du soir, 11 heures du soir, et qu'on doit recommencer
03:03le matin de nouveau à 8, 9 heures,
03:06c'est épuisant sur le long terme.
03:08Ça se traduit aussi par des permanences le week-end, où les magistrats comme les greffiers, qui ont travaillé toute
03:17une semaine,
03:18enchaînent sur le week-end et travaillent encore la semaine suivante sans aucune compensation,
03:24ce qui fait qu'on enchaîne 12 jours d'affilée sans compensation.
03:31Ce qu'on veut dire simplement, c'est que les augmentations qui sont nécessaires, celles qu'on constate,
03:36c'est les augmentations de postes de magistrats, les augmentations de postes de greffiers,
03:41et pas simplement des augmentations qualifiées de sucre rapide.
03:46Il faut véritablement prendre en compte quelque chose que reconnaissent les greffiers,
03:50que reconnaissent les policiers, que reconnaissent les avocats,
03:53qui est le dénuement dans lequel se trouve la justice.
03:57Et si vous comparez avec les États européens, quand bien même vous restez sur une logique de médiane,
04:03on est très en dessous. Donc au final, nous, on se mobilise non pas pour avoir des augmentations de salaire,
04:09ou je ne sais quoi, on se mobilise parce que le choix de notre vocation, le choix de ce métier,
04:14il est d'être utile, et d'être utile à des gens qui sont dans des situations difficiles,
04:18et pour lesquels afficher simplement un manque de moyens, c'est quelque chose qu'on n'accepte plus aujourd'hui.
04:26Les greffiers se joignent à la tribune et à cette mobilisation aujourd'hui,
04:30parce que les greffiers sont un peu les invisibles de la justice.
04:33On est entrés dans ce métier par vocation, pour le service public,
04:38et aujourd'hui on n'a plus les moyens de fonctionner.
04:41On a une justice expéditive, on finit des audiences à 4h30 ou 5h du matin,
04:46avec des victimes qui sont entendues à 3h.
04:49Et c'est indigne aujourd'hui d'une société démocratique,
04:52et aujourd'hui on représente cette société-là, et on a honte de cette justice.
04:57Le problème c'est ça, c'est que la justice elle a été abandonnée depuis de très nombreuses années,
05:01mais pas que la justice, c'est l'ensemble des services publics.
05:03Et aujourd'hui on traite la justice comme une entreprise.
05:06La politique du chiffre, on chronomètre tout, ce n'est pas une entreprise,
05:10c'est un service public, et il faut revenir à l'humain, c'est fondamental.
05:18On n'a plus eu le temps d'exercer notre mission comme on doit la faire,
05:22c'est-à-dire dans l'écoute de l'autre, l'écoute du justiciable, l'écoute des avocats,
05:28et aujourd'hui cette tribune nous a permis de nous rendre compte que partout en France,
05:33tous les personnels de la justice n'ont plus les moyens de faire leur travail
05:37dans la dignité de l'autre et de nos citoyens.
05:40C'est pour ça aujourd'hui qu'on vient devant Bercy pour réclamer des sous, de l'argent.
05:46De l'argent pour quoi ? Pas pour nous, mais pour créer des postes supplémentaires,
05:52de magistrats, de greffiers, de personnels de justice,
05:56afin enfin de pouvoir faire notre métier comme on l'aime,
06:01et un métier qui est éminemment beau et important au sein de nos démocraties.
06:06Du pont, t'es foutu, la justice est dans la rue !
06:16On peut y aller sur ce qu'il nous faut, c'est des euros !

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