00:03Musique
00:12Les journées d'architecture édition 2026 depuis le Grand Palais ici à Paris et on est ravis de démarrer avec
00:19Amélia Tavella.
00:20Bonjour Amélia.
00:21Bonjour Fabrice.
00:22Vous êtes architecte avec vous, on va voir comment bâtir avec l'existant, partir de ce qui est déjà là,
00:28de la mémoire, de la matière, des traces d'un lieu.
00:30C'est tout le principe de votre travail.
00:33Expliquez-nous et puis on va voir à travers deux exemples précis comment vous allez faire.
00:36Alors comment on bâtit à partir de l'existant ?
00:39Très vite Fabrice, pour qu'on comprenne un peu la genèse de cette démarche qui fait l'architecte que je
00:45suis aujourd'hui.
00:45Je suis née en Corse, la Corse est ma matrice et j'ai décidé de sans cesse retourner l'honorer
00:53et la réparer et la reconstruire.
00:55C'est comme ça que j'ai fini par bâtir avec l'existant, y prendre vraiment goût et devenir passionnée
01:03par cet acte de reconstruire plutôt que de construire.
01:06Et je crois qu'à l'heure qu'il est, c'est essentiel.
01:10On dit souvent que 80% de la ville existe déjà, du bâti existe déjà.
01:14On parle aussi beaucoup de rénovation et on a bien conscience qu'on ne peut pas continuer comme ça à
01:18s'étendre, notamment sur la nature.
01:20Ça fait partie de vos principes également ?
01:22Absolument. Et j'irai même plus loin puisque je dirais que ma petite particularité d'architecte, c'est de reconstruire
01:29des ruines et de valoriser des bâtiments qui sont totalement démolis.
01:36Complètement démolis, détruits. Alors on a un exemple, c'est justement avec ce couvent que vous avez réhabilité en Corse.
01:43On part du côté de Sainte-Lucie de Talano. Vous avez complètement réhabilité un couvent. Racontez-nous, c'était vraiment
01:49une ruine ?
01:50C'était un édifice totalement effondré que la nature avait particulièrement investi. Elle le protégeait même.
02:00Il a fallu faire une enquête très longue auprès des habitants, comme le ferait presque un archéologue, pour comprendre quelle
02:09a été la vie de ce bâtiment.
02:10Lui offrir une seconde vie et lui l'éveiller à nouveau. J'avoue que ce sont des actes historiques pour
02:22un architecte qui sont particulièrement passionnants.
02:26Alors justement, on est curieux. Ça a émané d'une commande parce qu'évidemment, laisser mourir une ruine, c'est
02:33vrai qu'il y en a sur notre territoire,
02:34peut-être évidemment en Corse. Qui est donneur d'ordre dans ces conditions ? Qui vous a mandaté justement pour
02:40vous occuper de ce lieu ?
02:41C'était un concours d'architecture initié par la collectivité de Corse. La Corse est étruffée de bâtiments en ruines.
02:48Dans son arrière-pays, c'est des édifices qui sont difficilement accessibles par la géographie, le relief que ça suppose.
02:57Donc c'est un vrai engagement, autant pour la maîtrise d'ouvrage que pour la maîtrise d'oeuvre, de prendre
03:03soin de ces lieux-là.
03:04Oui, et si on rentre dans le détail, vous avez pu retrouver des plans ou les reconfigurer, les imaginer ?
03:09C'est un bâtiment qui est tellement vieux, 1480 à peu près, qui a été d'abord un château défensif
03:15et ensuite un couvent secret investi par des moines
03:21qui ont ce talent d'aller trouver des sites d'une beauté folle, très retirés.
03:26Donc on a très très peu d'archives. On a réussi à reconstituer un certain nombre de littératures et de
03:33documentations,
03:33mais ce qui me permet, moi, de prendre une liberté un petit peu plus grande dans la façon dont j
03:39'ai reconstruit ce qui avait la part fantôme du bâtiment.
03:43Oui, et quel challenge pour vous, originaire de Lille, effectivement, de faire ça.
03:47Aujourd'hui, qu'est-ce que c'est ? On peut le visiter, on peut le voir ou il a
03:50repris une fonction ?
03:51Il a une vocation d'un lieu défensif. Il est devenu un lieu de partage.
03:56C'est une forme de tiers-lieu qui accueille toute manifestation et puis une médiathèque
04:05et puis qui génère énormément d'échanges à l'échelle du territoire.
04:10Voilà, pour ceux qui ont la chance d'avoir encore quelques jours de vacances, pourquoi pas aller du côté de
04:15Sainte-Ussie-de-Talano
04:15pour voir ce couvent donc complètement réhabilité.
04:18Un deuxième exemple avec vous, Amelia, le château de Nalis.
04:21On parle du côté de Château-Nave-du-Pape. Là, c'est une bâtisse vitivinicole.
04:28Là aussi, réhabilité. En tout cas, expliquez-nous ce projet.
04:32Tout autre échelle, concours international lancé par la famille Guigal qui fait l'acquisition de ce fief en 2017.
04:41Domaine de Nalis qui devient château de Nalis avec un terroir exceptionnel.
04:46J'ai la chance de remporter ce concours international.
04:49Et on livre à la fin de l'année un édifice qui fait plus de 7000 m²,
04:54qui comprend à la fois un process viticole et vinicole.
04:57Donc vraiment un outil de vinification complet fait à la main de la famille Guigal.
05:04Oui.
05:05Et puis toute quantité d'espace de réception et de jardin pour permettre, comment dire, aux visiteurs d'avoir une
05:15meilleure connaissance du vin depuis les vignes jusqu'à la bouteille qu'on va déguster dans le caveau.
05:20Oui. Alors là, on est donc très organique. On imagine des matériaux.
05:24Vous pouvez aller voir les photos sur le site. C'est du bois. C'est quelque chose de très naturel.
05:28J'ai souhaité construire ce bâtiment, qui est un château. Compliqué de se dire qu'on va faire un château
05:34en 2025.
05:36J'ai souhaité construire ce château comme la famille Guigal faisait du vin.
05:41Et leur devise, c'est nul bien sans peine.
05:44Donc je me suis donné énormément de mal avec tous mes co-traitants et toutes les entreprises qui ont participé
05:49à ce chantier.
05:50Et on a pris le parti de la pierre massive dans une forme d'exemplarité, à la fois dans l
05:59'authenticité qu'on recherchait de matériaux biosourcés, matériaux géosourcés,
06:05que dans le confort thermique et hygrothermique qu'on allait offrir au vin, qui est un client particulièrement lunatique, sensible.
06:16Et si on veut qu'il donne le meilleur de lui-même, on a tout intérêt à lui offrir un
06:20écran à la hauteur de sa splendeur.
06:22Donc on arrive aujourd'hui à avoir une température constante malgré les sautes de température qu'on a eues.
06:27Je suis associée à l'atelier Franck Boutet sur cette opération, en qualité environnementale, avec simplement des murs d'une
06:33épaisseur de 50 cm.
06:35D'accord.
06:36Donc c'est possible. On parle beaucoup, évidemment, c'est l'actualité de ces événements climatiques extrêmes.
06:42De la canicule.
06:43De la canicule. Et les architectes ont la solution. C'est des process que vous connaissez.
06:47On n'a pas besoin forcément de réinventer la roue. Vous nous dites que c'est déjà dans les modes
06:50constructifs.
06:51Je crois que c'est du bon sens et qu'il est très, très urgent, comme le principe d'aller
06:57reconstruire des ruines.
07:00Je trouve qu'il est essentiel aujourd'hui de retourner au bon sens.
07:06Et là, on est en Méditerranée, enfin, proche de la Méditerranée. Quand on parle de Côte-du-Rhône-Sud, on
07:12a des températures à peu près équivalentes.
07:14Il faut s'inspirer de nos anciens, regarder les habitats vernaculaires et construire de façon frugale.
07:21Et bien voilà, en tout cas, on a la compétence pour le faire. Merci.
07:25Et puis pour ceux qui peuvent aller voir aussi le château de Nalis et voir cette réhabilitation.
07:31Merci Amélia. Amélia Tavela, je rappelle que vous êtes architecte et à très bientôt.
07:34Merci.