00:06Et l'invité d'RTL Soir est le président du conseil régional du Grand Est, Franck Leroy, bonsoir.
00:13Bonsoir.
00:14Merci d'être avec nous et rappelons-le évidemment, ce sont les régions qui financent les lycées.
00:19Les conseillers régionaux gèrent la construction, l'entretien, l'équipement, le fonctionnement de tous les lycées publics de leur territoire.
00:27Ça concerne 315, je crois, 315 lycées pour l'éducation nationale.
00:34Donc cette revendication sur la vétusté, le manque d'entretien, le manque de matériel, elle s'adresse à vous.
00:40Mais avant de rénover, dans l'immédiat, il faudra réparer.
00:43Est-ce que vous avez déjà chiffré les dégâts chez vous depuis le début du mouvement ?
00:48C'est difficile parce qu'à date, plus de 80 établissements ont été visés par des faits de vandalisme,
00:54par des dégradations diverses de biens ou par des violences.
00:57Mais on peut imaginer qu'on sera entre 2 et 4 ou 5 millions d'euros.
01:02La plupart des dégâts sont faits en dehors des lycées, devant les lycées.
01:05Donc sur le domaine public des communes concernées.
01:07Ça concerne Strasbourg, Mulhouse, Reims, Forbach, Lunéville, etc.
01:13Donc c'est difficile de faire la part des choses entre les dégâts que les villes vont subir
01:17et les dégâts qui concernent l'enceinte elle-même des lycées.
01:20Bon, on va dire 2 à 5 millions d'euros.
01:23Et puis en espérant évidemment que cela cesse assez rapidement.
01:272 à 5 millions d'euros qui viendront, j'allais dire, se retirer des budgets d'entretien
01:36ou autres de ces bâtiments, de ces lycées publics.
01:39Comment vous recevez ces critiques, voire ces attaques des lycéens aujourd'hui
01:46sur l'état de leur lycée ?
01:49Alors l'état des lycées est très variable.
01:51Vous avez des lycées qui ont été pris pour cible alors qu'ils sont, je ne vais pas dire neufs,
01:55mais en tout cas en parfait état et dans lesquels il n'y avait pas un enseignant qui manquait à
01:58la rentrée.
01:58C'est ce qu'on ne comprend pas dans ce mouvement, c'est que l'idée ça a été de
02:03s'attaquer aux lycées,
02:05tous lycées confondus, alors que certains lycées peuvent poser problème.
02:08On a des problèmes de sanitaire parfois, d'autres ne posent aucun problème.
02:12Mais ce qui est frappant c'est qu'effectivement on a pu attaquer des loges de concierge,
02:16incendier des façades de lycées qui ne posaient aucun problème de locaux.
02:20Donc c'est malheureusement le fait que ce mouvement lycéen a été rattrapé par des casseurs.
02:26Je ne dis pas que ce sont des lycéens qui ont cassé, certains ont cassé,
02:29pour d'autres ont été rattrapés par d'autres mouvements qui s'attaquent aux biens publics,
02:33quels qu'ils soient et quel que soit leur état.
02:35Mais vous avez évoqué une situation assez contrastée et disparate,
02:39on peut aussi vous répondre que j'imagine qu'il y a une forme de solidarité qui joue au niveau
02:45des lycéens,
02:46qui dénonce d'ailleurs à ce sujet les inégalités entre les établissements des bons quartiers
02:51et ceux des secteurs plus défavorisés.
02:54Non, non, ce n'est pas du tout, ça ne concerne pas ou les métropoles ou les villes moyennes.
02:59On a des lycées qui pour des raisons historiques sont dans des situations différentes.
03:03On a des lycées anciens qui ont été restaurés, des lycées construits il y a 10 ou 15 ans
03:08qui ont aussi été visés par ces manifestations, ce qui est tout à fait regrettable
03:13parce que c'est évidemment des montants d'investissement importants qui sont consentis.
03:17On investit à peu près 250 millions d'euros tous les ans dans les lycées.
03:21J'ajoute qu'on fournit à chaque lycéen un ordinateur portable, gratuitement,
03:26qu'on fait un certain nombre de choses pour qu'ils vivent leur scolarité lycéenne
03:30de la meilleure manière qu'ils soient.
03:32Et d'ailleurs, les représentants des lycéens que nous avons rencontrés il y a la semaine dernière
03:38dans le conseil académique de la vie lycéenne,
03:40reconnaissaient que le mouvement leur avait échappé.
03:42Et en tout cas, leur préoccupation était très loin d'être ceux des casseurs aujourd'hui.
03:48Vous voulez dire qu'ils ont des demandes qui sont déconnectées de la réalité ?
03:52Pas forcément, mais d'abord, toutes les demandes ne concernent pas les régions.
03:56La première demande qui a été exprimée, c'était Parcoursup.
04:00C'est ensuite des emplois du temps qui sont complexes.
04:02Et le remplacement des enseignants.
04:05Le remplacement des enseignants, ça peut être des questions.
04:07La question du portable dans les lycées et l'interdiction du portable dans les lycées fait débat.
04:12Ça peut être de temps en temps des locaux vétustes ou des problèmes de transport.
04:15Donc quand on discute, quand on arrive à nouer le dialogue avec les lycéens,
04:19et c'est absolument essentiel parce qu'on ne sortira de cette crise que par le dialogue.
04:22Donc ça veut dire que quand le calme sera revenu, vous, vous allez discuter avec les mouvements lycéens ?
04:27Vous allez les recevoir ?
04:28Moi, je cherche à discuter avec eux.
04:30Je l'ai fait avec le recteur d'académie la semaine dernière dans le cadre d'une visio organisée
04:34avec le conseil académique de la vie lycéenne.
04:36Et on a eu en face de nous des lycéens parfaitement constructifs
04:39qui d'ailleurs regrettent la tournure des événements.
04:41Le problème, c'est qu'ils ne sont plus maîtres de l'événement aujourd'hui
04:45parce que les plus violents ont pris le dessus
04:48et que les plus modérés, mais qui sont peut-être aussi les plus responsables,
04:52ont du mal à se faire entendre dans un débat qui leur a complètement échappé aujourd'hui
04:56et qui se déroule dans la rue, là où ils devraient se dérouler,
04:58dans les instances de concertation qui existent.
05:00Je rappelle que c'est cette semaine qu'on doit normalement renouveler les conseils de vie lycéenne.
05:04Quand le calme sera revenu, vous allez les recevoir et vous allez dialoguer avec eux.
05:09On est d'accord.
05:10Mais moi, je suis prêt à les recevoir dès demain,
05:12à condition qu'effectivement, on tourne le dos à la violence
05:15qui n'apporte strictement rien au débat,
05:17qui tend les relations, qui crée des drames.
05:20Vous en avez cité tout à l'heure.
05:21Bien sûr.
05:22Et ça pose la question de la réponse policière et judiciaire face aux casseurs.
05:27Est-ce qu'elle est adaptée ?
05:29On entend de plus en plus, depuis quelques heures,
05:32des voix s'élever pour dire que cette réponse,
05:36elle est inadaptée, elle est disproportionnée.
05:39Je ne le pense pas.
05:41Quand vous avez des forces de l'ordre qui sont prises pour cible,
05:44elles se défendent et c'est normal.
05:46Quand vous avez des bâtiments qui sont incendiés,
05:48la police intervient avec les sapeurs-pompiers
05:50et c'est normal qu'elles interviennent.
05:52Parce que là, on est dans une casse.
05:54On n'est pas dans une manifestation où on exprime une opinion.
05:57On vient détruire.
05:58La difficulté, c'est que dans cet enchaînement de violence,
06:02il est difficile d'entendre les voix les plus raisonnables côté lycéen
06:05alors qu'elles existent.
06:06Moi, j'ai de la peine pour eux
06:07parce que quelque part, ils ont été complètement dépossédés
06:09de leur mouvement par des individus violents
06:13qui n'ont qu'une envie en découdre avec les forces de l'ordre
06:16ou cassés ou du mobilier urbain
06:18ou des portails de lycée.
06:20C'est tout à fait agréable parce qu'il y a sûrement
06:23manière, à mon avis, de renouer le dialogue,
06:26d'apporter des améliorations point par point
06:29sur les lycées qui peuvent poser problème,
06:31sur des problématiques de Parcoursup.
06:33Le ministre du Légué national a dit que le débat était ouvert
06:36de manière à sortir par le haut de cette crise.
06:40Il faut une réponse policière et judiciaire plus rapide ?
06:44Elle est nécessaire quand il y a des violences
06:47mais plus rapide, c'est difficile parce que pour avoir été avocat
06:50il y a quelques années, quand on veut faire condamner quelqu'un,
06:54il faut démontrer, il faut arriver avec des preuves.
06:56Il y a la règle du contradictoire qui impose d'échanger ses preuves
06:59et donc on ne peut pas sommairement décider de condamner quelqu'un
07:03sans avoir toutes les preuves rassemblées.
07:05Donc le travail de la police et de la justice,
07:06il est forcément un peu long,
07:09mais en même temps, s'il faut faire condamner
07:11les auteurs des faits à des réparations,
07:13ce qu'attendent évidemment les régions,
07:14il n'est pas question de faire payer le contribuable
07:16pour des désordres qui ont été commis dans le cadre des meutes.
07:19Et vous soutenez de ce point de vue-là
07:21la loi qui est en préparation avec un projet de loi,
07:24cette loi qu'on appelle casseur-payeur ?
07:27Alors je ne connais pas exactement les termes de la loi,
07:29en tout cas les auteurs de faits doivent être poursuivis,
07:31condamnés et doivent réparer.
07:32Y compris ceux qui sont présents sur les lieux
07:34lorsqu'il y a la casse ?
07:35On alartiste le débat,
07:37mais à mon avis, tout cela ne passera jamais
07:39le Conseil constitutionnel.
07:40Quelqu'un qui ne commet pas des méfaits
07:43ne peut pas être condamné pour les actes de violence.
07:46Ça c'est un point qu'on mettra au débat ce soir.
07:49Non mais il y a aussi de la communication derrière tout ça.
07:52Et je pense qu'il faut être très prudent en la matière.
07:54Quand quelqu'un commet des faits répréhensibles,
07:56il est normal qu'il soit poursuivi,
07:58il est normal qu'il soit condamné,
07:59et il est normal qu'il ait à réparer
08:01ou que ses parents aient à réparer
08:03ce que le mineur a commis.
08:04Ça c'est la règle.
08:05Maintenant, qu'on le veuille aller plus loin,
08:07moi je veux bien pour donner un signal,
08:09mais je ne suis pas certain dans un état de droit
08:10que ça puisse aller beaucoup plus loin.
08:12Quelqu'un qui ne commet pas par sa main
08:14ou qui n'apporte pas une assistance
08:16à un fait délictuel,
08:17délictuel ne peut pas être condamné
08:19pour un fait délictuel.
08:20Eh bien on y reviendra un peu plus tard
08:21dans le débat.
08:23Ce sera notre débat tout à l'heure
08:24autour de ce projet de loi
08:27casseur-payeur.
08:28Merci beaucoup d'être intervenu sur RTL,
08:30le président du Conseil Régional du Grand Est,
08:32Franck Leroy, sur RTL.
08:33Dans un instant,
08:34la petite bande d'RTL soir,
08:36avec une réunion XXL pour Florian,
08:39pour Emma,
08:40des culottes qui défient toutes les règles,
08:41et pour Tanguy,
08:42le meilleur du pire,
08:43comme tous les soirs.
08:44A tout de suite.