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A l'heure où la réindustrialisation semble faire l'objet d'un consensus et où la souveraineté industrielle est au coeur des préoccupations nationales, comment expliquer que la France soit devenue "un pays qui ne sait plus fabriquer ce qu'il consomme" ? En cinquante ans, la France s'est en effet vidée de près de la moitié de ses usines et du tiers de son emploi industriel. Contrairement aux idées reçues, cette désindustrialisation n'était pas inévitable. Elle résulte de choix politiques, de stratégies patronales et de transformations sociétales. Les témoignages de ceux qui ont orchestré, subi ou analysé cette révolution désindustrielle permettent de comprendre cette mutation majeure de l'économie française. Année de Production :
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00:00:05« Il était une fois un vieux pays, tout bardé d'habitude. Il avait peu de charbon, il n'avait
00:00:16pas de pétrole, son industrie était frappée de routine. »
00:00:22Le 14 juin 1960, alors que la France achève sa reconstruction d'après-guerre, le général de Gaulle s'adresse,
00:00:29comme à son habitude, à la nation,
00:00:31et dessine les contours de la grande ambition industrielle qu'il nourrit pour le pays.
00:00:36« Car il s'agit de transformer notre vieille France en un pays neuf et de lui faire épouser son
00:00:46temps. »
00:00:48Et au milieu de son exposé, jaillit une mise en garde en forme de prophétie.
00:00:53« Il nous faut ou bien accéder au rang d'un grand état industriel, ou bien nous résigner au déclin.
00:01:05»
00:01:06Aujourd'hui, la prophétie semble s'être réalisée. L'industrie n'a peut-être pas complètement disparu, mais elle s
00:01:13'est figée, elle a rouillé, elle s'est délabrée.
00:01:18Des friches dessinent dorénavant, ça et là, aux quatre coins de la France, un paysage d'abandon.
00:01:26Autrefois vivant, aujourd'hui hanté par l'écho des voix des ouvriers qui ont perdu leur travail.
00:01:33Des voix devenues cruellement familières, presque banales. Toutes témoignent de l'incompréhension, de la colère, du désespoir.
00:01:41« Qu'est-ce que vous allez devenir ? »
00:01:44« Moi, je vais avoir 55 ans, alors j'en sais rien. C'est une catastrophe pour tout le monde.
00:01:48»
00:01:48« Qu'est-ce qu'on va devenir ? On ne sait rien. On nous a abandonnés, on nous a
00:01:50laissés tomber. »
00:01:51« Les gens, ils étaient tous déçus, il y en a même qui pleuraient. »
00:01:54« C'est nous qui payons tout, c'est nous qui trimons, on est pris comme des pions, et c
00:01:57'est nous qui fabriquons toutes les richesses de ce pays. »
00:02:01Ce qui pourrait passer pour un bégayement de l'histoire s'explique en fait très clairement.
00:02:06En un demi-siècle, la France a perdu près de la moitié de ses usines et le tiers de ses
00:02:11emplois industriels.
00:02:14Elle s'est désindustrialisée plus que n'importe quel autre pays de l'Union européenne.
00:02:20Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi ?
00:02:23Il est temps d'identifier les responsables de ce déclin, d'interroger témoins, victimes et experts,
00:02:31pour comprendre l'une des plus grandes mutations de notre histoire économique et sociale
00:02:37et répondre à la question « Qui a tué l'industrie française ? »
00:02:43« L'industrie, c'est la mère de toutes les batailles économiques. Ce sont des choix politiques qui ont été
00:02:48faits. »
00:02:48« Au fond, on a constaté qu'on avait fait fausse route en imaginant qu'on pouvait se passer l
00:02:52'industrie. »
00:02:53« L'industrie, c'est fini, c'est has-been, c'est un truc de naze. Et que l'avenir,
00:02:57c'est la mondialisation. »
00:02:59« On apporte tout, tout, tout, tout. On fabrique presque plus 1G. »
00:03:02« C'est 2 millions d'emplois perdus et c'est des régions de tiers sinistrées. »
00:03:08« Un pays qui ne produit pas, c'est un pays qui perd sa liberté. »
00:03:12« L'industrie, c'est un pays qui perdus et qui perdus et qui perdus et qui perdus et qui
00:03:20perdus, c'est un pays qui perdus. »
00:04:03Retour au temps heureux de l'industrie, dans les années 70, quand rien ne laissait présager l'effondrement.
00:04:1030 ans après la Seconde Guerre mondiale, en une génération, la France s'est repeuplée, reconstruite, métamorphosée.
00:04:19L'industrie est le pilier de l'économie. En 1973, elle emploie 29% de la population active, presque 6
00:04:27millions de personnes.
00:04:28Des usines françaises sortent de l'acier, des biens d'équipement, du textile, de l'électroménager.
00:04:38« Vous pouvez bien sûr porter votre choix sur d'autres types de cuisine, à l'aspect rustique, dont les
00:04:44boiseries incitent à la préparation de mets riches et accueillants. »
00:04:49La croissance industrielle est spectaculaire. Chaque année, on produit 5% de plus.
00:04:54Les salaires augmentent, tout comme le niveau de vie, et les exportations des produits français s'intensifient.
00:05:02Ces 30 glorieuses reposent sur 3 piliers. Produire en masse, consommer en masse, échanger en masse. Un véritable mode de
00:05:15vie.
00:05:17« Le plaisir de conduire des grosses voitures, qu'on s'en félicite ou non, cela existera encore longtemps. »
00:05:24Puis soudain, les premiers craquements apparaissent dans l'édifice supposé inébranlable.
00:05:33Jérôme Fourquet est sondeur et politologue, spécialiste des fractures françaises.
00:05:38« Ce qui a en partie dopé la croissance industrielle des 30 glorieuses, c'était le formidable bond en avant,
00:05:46en termes d'équipement matériel, de toute la société française.
00:05:49Et donc, dans les débuts des années 70, ce moteur historique commence à se gripper.
00:05:53Parce qu'une fois que vous avez une voiture, un frigidaire, une télé, la demande se tasse.
00:05:59Et parallèlement, le coût du pétrole explose.
00:06:02Et donc là, notre société est déstabilisée et a fortiori notre industrie. »
00:06:11En octobre 1973, le Proche-Orient s'embrase.
00:06:15Une coalition arabe, menée par l'Égypte et la Syrie, attaque Israël sur deux territoires qui l'occupent.
00:06:21La péninsule du Sinaï et le plateau du Golan.
00:06:24Washington vole au secours de Tel Aviv.
00:06:27En représailles, les pays producteurs de pétrole dégainent une arme économique inédite
00:06:33en réduisant la production de pétrole et en augmentant le prix du baril.
00:06:39« C'est une arme efficace car elle touche l'existence confortable des pays européens. »
00:06:49L'Organisation des pays exportataires de pétrole est le premier suspect de cette enquête.
00:06:54Avec un prix du baril qui quadruple, le choc est fulgurant.
00:06:59Car le pétrole irrigue tout.
00:07:01Nos déplacements, notre chauffage et surtout nos usines.
00:07:05La France, comme tous les autres pays industrialisés, découvre sa vulnérabilité.
00:07:14La puissance industrielle du pays reposait sur un mirage.
00:07:18Celui de ressources infinies et d'énergie bon marché.
00:07:24Dans les matières premières, les gens n'y font pas tellement attention.
00:07:28Ils n'ont pas besoin de faire attention.
00:07:30Ils se disent « bon ben si on en manque, on va en racheter et puis c'est tout ».
00:07:34Ils ont l'impression que c'est une corne d'abondance qui va déverser des matières premières
00:07:41comme ça, continuellement, continuellement, sans avoir du tout à s'en préoccuper.
00:07:44Et c'est pour ça que cette crise nous force à réfléchir au fait que nous n'avons pas de
00:07:50corne d'abondance
00:07:50pour ce qui concerne les matières premières minérales.
00:07:53Les conséquences pour l'industrie sont simples et mécaniques.
00:07:57Les entreprises, étranglées par la hausse des coûts de fabrication,
00:08:01la répercute sur les prix de leurs produits.
00:08:03L'inflation s'envole.
00:08:05Elle atteint 14,7% en 1974.
00:08:09Le pouvoir d'achat s'effrite.
00:08:11La croissance, soutenue hier par la consommation, s'enlise.
00:08:16Ce n'est pas une crise passagère.
00:08:18C'est le début d'un long déclin.
00:08:24Au cœur du pouvoir de l'époque, Pascal Lamy et Louis Gallois ont assisté au déclenchement de la crise.
00:08:34L'environnement économique s'est fortement dégradé avec le choc pétrolier.
00:08:39Les boîtes qui pouvaient vivre correctement, même sans faire trop de profit,
00:08:45passent en dessous de la ligne de flottaison.
00:08:47Et à ce moment-là, elles ne peuvent pas survivre.
00:08:50Le bilan est lourd.
00:08:52En deux ans, 33 000 entreprises disparaissent et la production industrielle plonge de 13%.
00:08:58Ce qui réduit les recettes de l'État.
00:09:02Le problème est là.
00:09:03Notre système, notre protection sociale,
00:09:06tout repose sur les impôts et cotisations générés par les entreprises et leurs salariés.
00:09:13En 1976, le président Valéry Giscard d'Estaing affronte pour la première fois un budget dans le rouge
00:09:20et doit emprunter pour combler les dépenses de l'État.
00:09:23Un tandem dont la France ne sortira plus.
00:09:28Le Premier ministre Raymond Barr, surnommé meilleur économiste de France,
00:09:33tire le signal d'alarme.
00:09:37Il faut que nous comprenions que la raison essentielle de la situation que nous connaissons
00:09:46tient en une seule formule.
00:09:49La France vit au-dessus de ses moyens.
00:09:55Deuxième suspect, la droite.
00:09:57Pour rétablir l'équilibre budgétaire, elle impose le septième plan
00:10:01et sa rigueur inédite pour l'industrie.
00:10:05La méthode Barr est implacable.
00:10:07Fini le soutien aux entreprises non rentables et non compétitives,
00:10:10aux canards boiteux.
00:10:12Particulièrement visé, la sidérurgie et le textile.
00:10:16Un paradoxe cruel émerge.
00:10:18Pour sauver l'industrie, il faudrait l'amputer.
00:10:21Les trente glorieuses reçoivent ainsi leurs coups de grâce.
00:10:32Le Premier ministre, bonjour.
00:10:35Merci de nous accueillir aujourd'hui une fois de plus à l'hôtel Matignon.
00:10:39Nous avons traversé deux années pendant lesquelles le chômage a augmenté
00:10:44parce qu'il fallait non seulement que nos entreprises s'allègent d'effectifs excédentaires,
00:10:50mais parce qu'il fallait aussi remettre de l'ordre dans un certain nombre de branches.
00:10:54C'est le cas de la sidérurgie.
00:10:56La sidérurgie ne disparaît pas.
00:10:58Les licenciements, plus exactement, les suppressions d'emplois
00:11:02qui seront effectuées dans la sidérurgie ont pour but précisément
00:11:04de maintenir une sidérurgie qui soit capable d'être dynamique.
00:11:08Mais les suppressions d'emplois ne rendent pas la sidérurgie plus dynamique
00:11:12et la saignée continue.
00:11:18En 1981, la part du secteur industriel dans l'emploi passe à 22%.
00:11:30La foule a convergé place de la Bastille pour y fêter la victoire de François Mitterrand.
00:11:37En mai 1981, François Mitterrand conquiert l'Elysée portée par les voix ouvrières.
00:11:44Sa promesse de campagne, enrayer la crise et sauver l'emploi.
00:11:47Avec lui, l'État reprend la main.
00:11:51Hausse des salaires, nationalisation de cinq géants industriels
00:11:54dans les secteurs clés de la chimie, de l'électronique et de la sidérurgie
00:11:59et mainmise sur le système bancaire.
00:12:02Les nationalisations sont pour nous une arme de défense de la production française.
00:12:10J'ai été au gouvernement dans les années 80 quand les gauches étaient arrivées au pouvoir.
00:12:16La raison pour laquelle il a fallu nationaliser un paquet d'industries à l'époque,
00:12:23c'était pour les remettre sur le chemin de la profitabilité.
00:12:27J'ai participé aux nationalisations.
00:12:29Les entreprises qui ont été nationalisées étaient presque toutes en très grande difficulté.
00:12:34Thomson était en très grande difficulté, Ron Poulenc était en difficulté.
00:12:38Ces dépenses massives dégradent un peu plus les finances publiques
00:12:42tandis que la crise de l'acier s'enlise.
00:12:44Carnet de commandes désespérément vide, concurrence étrangère imbattable.
00:12:49L'État, désormais employeur de 60 000 sidérurgistes d'usineurs Sassilor,
00:12:55doit restructurer et fermer les sites qui perdent le plus d'argent.
00:12:59Ironie tragique, ce sont les bastions historiques de la gauche qui trinquent,
00:13:03la Lorraine et le Nord.
00:13:07Troisième suspect, la gauche au pouvoir.
00:13:10Elle, qui avait juré de défendre l'emploi, se résout à son tour à accompagner le déclin de l'industrie.
00:13:16S'adressant aux ouvriers et aux syndicats qui l'attendaient dehors, Pierre Maurois a voulu être franc.
00:13:22Il n'y a personne, et pas surtout un gouvernement de gauche,
00:13:28qui doit laisser des usines ouvertes si l'évolution de la technologie,
00:13:34si l'évolution du monde est telle que ces usines produiront des produits qu'on ne pourra placer nulle part.
00:13:41Là est la triste réalité.
00:13:43J'étais directeur général d'industrie à ce moment-là.
00:13:45J'étais le pompier volant, j'allais dire, on allait d'une crise à une autre.
00:13:50Il n'y a pas eu, sur ces grands secteurs d'industrie lourde,
00:13:56il n'y a pas eu de véritable vision.
00:13:57Il ne faut pas se faire d'illusion, il ne faut pas se raconter d'histoire.
00:14:00Il n'y a pas eu de véritable vision.
00:14:03Je me souviens, moi, avoir été avec le Premier ministre sous les volets de Boulon.
00:14:10C'était très éprouvant sur le plan psychologique pour le Premier ministre,
00:14:14qui était Pierre Moroy, qui, en plus, a dû fermer deux nains chez lui, dans le Nord.
00:14:21Le gouvernement de gauche, qu'on a aidé à mettre en place,
00:14:23en fait, on a manifesté notre mécontentement,
00:14:27on a crié de trahison, le mot n'est pas trop fort.
00:14:29Je trouve que c'est une trahison de Mitterrand d'avoir fait comme Giscard en 79.
00:14:34Pour amortir le choc, le gouvernement Moroy déploie un arsenal d'accompagnement social.
00:14:41Pré-retraite, formation, reconversion.
00:14:47Mon rôle, c'était de faire en sorte que ces restructurations,
00:14:52puisque c'est un terme utilisé,
00:14:55se passent dans les meilleures conditions possibles,
00:14:57notamment pour les salariés.
00:15:00Nous avons un système de pré-retraite,
00:15:02nous avons une formation professionnelle généralisée,
00:15:05qui permettra de régler l'ensemble des problèmes.
00:15:09Cela n'a pas empêché des drames, il faut bien le dire.
00:15:12C'est vrai, c'est des drames, on a essayé de limiter les dégâts.
00:15:16On a essayé de limiter les dégâts.
00:15:17Il y a eu un tournant en 83,
00:15:20que j'ai bien vécu,
00:15:21parce qu'à l'époque, j'ai été directeur adjoint du cabinet de Moroy.
00:15:25Renforcement de l'axe Moroy-Delord,
00:15:27avec l'arrivée de Pascal Lamy, un énarque de 36 ans,
00:15:30ex-numéro 2 des Finances,
00:15:31qui supervisera les dossiers économiques.
00:15:34Vous me le passez, c'est Pascal Lamy.
00:15:35Il y avait la syrurgie dans l'Est, il y avait les syrurgies dans le Nord,
00:15:39elle était mal en point.
00:15:40Et la question était de savoir si on réinvestissait,
00:15:45avec des technologies qui sont celles du XIXe siècle,
00:15:49dans des laminoires qui coûtaient très cher.
00:15:52Il y a eu un débat, qui s'est d'ailleurs terminé,
00:15:55ce qui est rarissime, en Conseil des ministres.
00:15:58Et là, il y avait un désaccord profond
00:16:03entre Pierre Moroy et Laurent Fabius,
00:16:06qui était ministre de l'Industrie,
00:16:08et qui a été finalement tranché,
00:16:11dans le sens du Premier ministre,
00:16:13qui disait,
00:16:15il y a moyen de mieux faire avec l'argent.
00:16:19Et donc, l'idée, c'était quand même
00:16:22qu'il fallait, dans la mesure où l'industrie
00:16:25avait besoin de soutien public,
00:16:28il fallait le mettre là où on travaillait pour l'avenir,
00:16:32et pas là où on prolongeait le passé.
00:16:35C'est un raisonnement très simple,
00:16:37dont je reconnais,
00:16:39que si moi, je suis ouvrier dans une fonderie,
00:16:42et qu'on me dit qu'on investit dans l'avenir,
00:16:45et que le passé, c'est moi,
00:16:46je n'ai pas trouvé ça bien.
00:16:47Ça, c'est sûr.
00:16:49L'histoire s'est répétée,
00:16:51quand cette fois-ci,
00:16:52c'était de la sidérurgie dans la Saône-et-Loire
00:16:55qui a été débranchée,
00:17:00parce que le laisser brancher sur fond public
00:17:03finissait par ne plus faire de sens.
00:17:06La sidérurgie dans la Saône-et-Loire,
00:17:09c'est l'emblématique usine Creusot-Loire.
00:17:11Depuis plus d'un siècle,
00:17:13elle transforme la fonte et l'acier
00:17:14en blindage, pont, rail et cuve nucléaire.
00:17:19Propriété de la famille Schneidre,
00:17:21employeur principal de la ville du Creusot.
00:17:24Plus qu'une usine, une société, un monde.
00:17:29André Billardon est le député
00:17:31de la circonscription de l'époque.
00:17:33Témoin direct de l'effondrement de la ville-usine
00:17:37et de son impact sur le territoire.
00:17:41Creusot-Loire va connaître un séisme absolu.
00:17:44qui date de ce mois de juin 1984,
00:17:48qui va déboucher sur ce qu'on a appelé à l'époque
00:17:51la plus grande faillite industrielle du pays.
00:17:55On se dit, on est au fond du trou.
00:17:58L'entreprise disparaissait en tant que telle.
00:18:03Elle représente 4500 salariés.
00:18:05Qu'est-ce que le Creusot devenait ?
00:18:08Qu'est-ce que vous allez faire ?
00:18:12Je ne sais pas, je n'ai aucune possibilité à prendre.
00:18:15Au point de vue, il y a des gens qui ont dégoissé des barraques à payer et tout.
00:18:19Qu'est-ce qu'ils vont faire ces gars-là ?
00:18:20André Billardon multiplie donc, comme ici à la mairie,
00:18:23les rencontres avec des membres du personnel de la firme
00:18:26afin de suivre son évolution et tenter d'y apporter des réponses.
00:18:30L'entreprise maîtrisait non seulement l'économie locale,
00:18:34mais également d'autres aspects de la vie sociale,
00:18:37comme le sport, les loisirs, la culture,
00:18:42tout procédait de l'entreprise,
00:18:45y compris l'habitat, les écoles ou les églises.
00:18:49Le paternalisme industriel, en se délitant,
00:18:52crée un choc que décrypte Marion Fontaine,
00:18:55spécialiste des mondes ouvriers.
00:18:57Au fond, la désindustrialisation,
00:18:58ce n'est pas simplement les fermetures d'usines très spectaculaires,
00:19:02le chômage, les protestations d'ouvriers.
00:19:06C'est en tous les cas une transformation structurelle extrêmement profonde
00:19:10qui concerne pas simplement l'économie,
00:19:13mais la société, mais le politique, mais la culture.
00:19:17Donc il y avait un mode de vie commun,
00:19:19une culture commune, des références communes,
00:19:23le Tour de France, Jean Gabin,
00:19:25et qui formait une identité commune.
00:19:27Être ouvrier en France, non seulement ça avait un sens,
00:19:31ça pouvait être brandi comme un élément de fierté, d'identité.
00:19:37Cette identité ouvrière qui vacille a un impact profond, durable.
00:19:43Et la douleur s'infiltre parfois jusque dans l'intimité des foyers.
00:19:52Imaginez la situation d'un métallo.
00:19:55Il a 50 ans,
00:19:58et d'un seul coup, il se retrouve dans son appartement,
00:20:01en famille,
00:20:02ce que ça peut représenter comme choc psychologique.
00:20:05Je pense qu'on mesure mal jusqu'à aujourd'hui
00:20:07l'effet qu'a eu sur les couples
00:20:11l'usage massif des pré-retraites
00:20:14dans les années 70-80.
00:20:16C'est-à-dire le fait que ça a été le moyen
00:20:18par lequel on a atténué les fermetures,
00:20:20vous évincer du marché du travail,
00:20:22des hommes de 50-55 ans.
00:20:25Les hommes dans ces milieux-là
00:20:26n'ont pas seulement perdu leur job,
00:20:29ils ont perdu aussi leur estime de soi
00:20:33et leur image un peu de référent dans la société.
00:20:38Le chef de famille, c'était celui qui ramenait le pain,
00:20:41qui ramenait la paye.
00:20:42Il y avait une valorisation aussi d'un éthos assez viril
00:20:45puisqu'on vendait sa force de travail.
00:20:47Beaucoup de ces hommes ont été des doubles perdants, en fait.
00:20:51En conséquence, nous vous informons
00:20:52que vous serez mis en dispense d'activité
00:20:54à compter du 1er avril 1984.
00:20:57Alors pour moi, cette annonce de mise en prêt à la retraite,
00:21:01ça me pose beaucoup de questions, je le dis honnêtement.
00:21:04Ça ne suffit pas, il manque quelque chose.
00:21:08Pour moi, ça ne m'a permis que de découvrir quelque chose,
00:21:11que j'avais 53 ans et qu'on n'avait plus besoin de moi.
00:21:16Je vous assure que c'est très difficile de le comprendre.
00:21:19Nos discussions n'ont plus la même valeur
00:21:21de ce qu'elles avaient auparavant
00:21:22puisque je ne discute plus des mêmes problèmes.
00:21:25Et ça me manque.
00:21:26Et il y a eu à ce moment-là, effectivement,
00:21:28des situations difficiles
00:21:30où il a fallu gérer des crises familiales,
00:21:34des morceaux de violence, parfois.
00:21:38Le fait que les suicides se sont accrus au Creusot
00:21:43et donc une société en grande difficulté.
00:21:51Ce déclin de la figure de l'ouvrier
00:21:53est un peu plus bousculé encore
00:21:55par un mouvement plus large
00:21:57d'émancipation des femmes d'un système patriarcal.
00:22:01Je me suis mariée, bon, j'allais avoir 19 ans
00:22:05et j'ai divorcé un an après.
00:22:09J'ai besoin d'argent,
00:22:10de pouvoir gagner assez d'argent
00:22:12pour pouvoir vivre normalement.
00:22:17Les Françaises ont toujours travaillé,
00:22:19mais dès le milieu des années 70,
00:22:21elles entrent massivement dans le salariat,
00:22:24plus qu'ailleurs en Europe.
00:22:2850% des femmes sont actives en 1975.
00:22:32À peine 20 ans plus tard, en 1994,
00:22:35elles sont 80% à travailler.
00:22:38Elles se dirigent majoritairement
00:22:39vers le nouveau secteur des services
00:22:41qui a besoin de cette main-d'œuvre féminine
00:22:44de mieux en mieux formée,
00:22:46moins coûteuse
00:22:46et qui accepte, à la différence des hommes,
00:22:50le temps partiel.
00:22:53René Proglio conseille
00:22:55les grandes entreprises industrielles
00:22:56depuis 1975.
00:22:58Ils témoignent de l'essor
00:22:59du secteur des services.
00:23:02La bascule a eu lieu à ce moment-là.
00:23:04On n'a plus eu l'ambition
00:23:07de développer l'industrie.
00:23:10Jusqu'au moment où d'ailleurs,
00:23:11on s'est dit qu'au fond,
00:23:13l'industrie, c'était finalement
00:23:15beaucoup d'efforts,
00:23:16beaucoup d'investissements,
00:23:18beaucoup de patience,
00:23:19alors qu'on pouvait faire plus d'argent
00:23:21en se tournant vers les services
00:23:23où on avait un rendement immédiat.
00:23:25Le secteur tertiaire.
00:23:27Ce suspect incarne le visage
00:23:29de la modernité,
00:23:31du progrès,
00:23:32une promesse d'une nouvelle prospérité,
00:23:34reléguant l'industrie au passé.
00:23:38Paris, la Défense.
00:23:40Jour après jour,
00:23:41le chantier monumental
00:23:42laisse la place aux immeubles,
00:23:44aux terres pleines,
00:23:45aux voies d'accès.
00:23:47D'immenses surfaces,
00:23:492200 m2 par étage,
00:23:52permettent une organisation
00:23:53à la mesure et au goût
00:23:55de celui qui l'occupe.
00:23:56Pas de raideur,
00:23:57ni de froideur,
00:23:59mais une douceur provoquée
00:24:01par les courbes de l'immeuble.
00:24:03Un cadre de vie
00:24:04à dimension humaine.
00:24:06C'est vraiment aussi important
00:24:08dans la vie de bureau
00:24:08qu'à la maison.
00:24:09Les bureaux succèdent
00:24:11aux usines,
00:24:12les employés aux ouvriers,
00:24:13les cravates au bleu de travail
00:24:15et les métropoles
00:24:16aux territoires industriels.
00:24:18La mutation n'est pas seulement
00:24:19économique,
00:24:20elle est sociétale,
00:24:22comme si elle était
00:24:22le sens de l'histoire.
00:24:25On disait qu'il vaut mieux
00:24:26développer des activités
00:24:27dans les services,
00:24:29les loisirs,
00:24:29la consommation.
00:24:30Les jeunes générations
00:24:32ont plus d'appétence
00:24:32pour aller travailler
00:24:33dans ces secteurs.
00:24:34C'était les cols bleus
00:24:35et les cols blancs.
00:24:36On salira moins les mains,
00:24:37on sera plus reconnus.
00:24:39Et donc,
00:24:39il y a eu un espèce
00:24:40de consensus
00:24:40pour se tourner
00:24:42vers ce modèle-là.
00:24:49Cette industrie
00:24:50dont la société se détourne
00:24:52va parfois jusqu'à disparaître
00:24:54physiquement des paysages,
00:24:55comme pour mieux effacer
00:24:57ce souvenir douloureux.
00:24:59En 1989,
00:25:01le symbole est frappant.
00:25:03Sur les cendres encore chaudes
00:25:04de l'ancienne sidérurgie
00:25:05d'Agondange,
00:25:06le gouvernement
00:25:07de Laurent Fabius
00:25:08finance un parc d'attractions,
00:25:10le Big Bang Strumph,
00:25:12la reconversion ultime.
00:25:14Eh bien, voilà,
00:25:15le conseil des ministres
00:25:16est au bancaire.
00:25:21720 millions de francs,
00:25:23c'est ce qu'aura coûté
00:25:23ce parc des Strumphs
00:25:25qui porte sur ses épaules
00:25:26le symbole
00:25:27du changement lorrain.
00:25:29Donc, on passait
00:25:30d'un monde à un autre.
00:25:31Pour un territoire,
00:25:32c'était plus valorisant
00:25:33d'avoir un parc de loisirs
00:25:34qu'une vieille usine
00:25:36métallurgique.
00:25:37Et donc, on disait,
00:25:38ce phénomène
00:25:38de désindustrialisation,
00:25:39finalement,
00:25:41au bout du bout,
00:25:42n'était pas si grave
00:25:42que cela
00:25:43et qu'on était juste
00:25:44en face
00:25:45d'une évolution historique,
00:25:48comme si un nouveau cycle
00:25:49s'engageait.
00:25:53Encore un matin,
00:25:55un matin pour rien,
00:25:57une argile en creux
00:25:58de tes mains.
00:26:01Encore un matin,
00:26:03sans raison ni fin,
00:26:05si rien ne trace
00:26:06son chemin.
00:26:08Matin pour donner,
00:26:10ou bien matin pour prendre,
00:26:12pour oublier,
00:26:13ou pour apprendre.
00:26:16Matin pour aimer,
00:26:18maudire ou mépriser,
00:26:19les étonnés ou résister.
00:26:25Encore un matin,
00:26:27qui cherche et qui doute,
00:26:29matin perdu,
00:26:30cherche une route.
00:26:33Encore un matin,
00:26:35du pire ou du mieux,
00:26:37à éteindre ou mettre le feu.
00:26:41Un matin,
00:26:43un matin,
00:26:44ça ne sert,
00:26:45ça ne sert à rien,
00:26:47à rien.
00:26:48Un matin,
00:26:50sans un coup,
00:26:53de main,
00:26:56ce matin,
00:26:58c'est le tien,
00:27:00c'est le tien.
00:27:03Un matin,
00:27:06de rien,
00:27:07pour en faire,
00:27:10un rêve plus loin.
00:27:18Encore un matin !
00:27:26En se vidant de ses usines,
00:27:28la France se recompose,
00:27:30se transforme.
00:27:31Mais les causes de la désindustrialisation
00:27:34peuvent se trouver au-delà de l'hexagone.
00:27:38Et notamment,
00:27:40en Amérique latine,
00:27:41quand dans les années 80,
00:27:43la crise économique frappe durement.
00:27:46À genoux,
00:27:47ces pays du Sud
00:27:47demandent de l'aide
00:27:48aux institutions de Washington,
00:27:50FMI,
00:27:51Banque mondiale
00:27:52et département du Trésor américain.
00:27:54Mais le sauvetage a un prix.
00:27:56Ces institutions leur imposent
00:27:58austérité budgétaire,
00:28:00privatisation massive
00:28:01et réduction des dépenses publiques.
00:28:19Ces règles budgétaires strictes
00:28:22prennent le nom de consensus de Washington.
00:28:25Dit comme ça,
00:28:26ce cinquième suspect
00:28:27fleurbon la théorie du complot.
00:28:29Et pourtant,
00:28:30c'est bien lui
00:28:31qui va peser de tout son poids
00:28:32dans la désindustrialisation.
00:28:36Il prend sa source
00:28:37dans une pensée économique
00:28:38anglo-saxonne néolibérale,
00:28:41incarnée par des économistes stars.
00:28:54La philosophie est simple.
00:28:56L'État doit s'effacer,
00:28:57ne plus intervenir.
00:28:58Seul le marché est efficient.
00:29:01Il faut donc le libérer
00:29:02de toute entrave,
00:29:03supprimer toutes les barrières,
00:29:05toutes les régulations.
00:29:12Aurore Laluc est économiste
00:29:14et députée européenne.
00:29:19Arrive la fin des années 70,
00:29:21et là, on a un changement
00:29:23effectivement idéologique
00:29:25qui était en cours
00:29:26dans les universités économiques
00:29:27et qui se traduit par
00:29:29l'accession au pouvoir
00:29:31de Margaret Thatcher,
00:29:32Ronald Reagan, etc.
00:29:33Donc, on commence à avoir
00:29:35une vague idéologique
00:29:36qui est dite néolibérale.
00:29:40La chute du mur de Berlin
00:29:41en 1989
00:29:42achève de consacrer ce triomphe.
00:29:46Ce n'est pas seulement
00:29:47un système politique
00:29:48qui s'effondre,
00:29:49mais aussi un modèle économique
00:29:51alternatif.
00:29:53la chute du mur de Berlin,
00:29:55la fin de l'URSS.
00:29:57On se dit,
00:29:58c'est la fin de l'histoire.
00:29:59C'est le capitalisme triomphant.
00:30:02Ça y est,
00:30:03c'est nous les winners, etc.
00:30:05Donc, tout ça, en fait,
00:30:06ça crée ce moment
00:30:07où, effectivement,
00:30:08il y a une espèce
00:30:08de rouleau compresseur idéologique.
00:30:12L'Union européenne
00:30:13s'est construite
00:30:14dans un moment idéologique
00:30:16où l'idéologie dominante
00:30:18était néolibérale.
00:30:19Donc, l'Union européenne,
00:30:20elle est teintée
00:30:20de cette idéologie
00:30:21parce qu'elle s'est développée.
00:30:24Elle a approfondi
00:30:25sa construction
00:30:25à ce moment-là.
00:30:27Et après,
00:30:27elle a été particulièrement
00:30:29bonne élève
00:30:30dans ce domaine,
00:30:31c'est sûr.
00:30:34L'Europe n'a pas toujours
00:30:35été suspectée
00:30:36de provoquer
00:30:37la désindustrialisation.
00:30:39Bien au contraire.
00:30:42Elle est née en 1951
00:30:44précisément d'une ambition
00:30:46industrielle,
00:30:47la CECA,
00:30:48la Communauté économique
00:30:49du charbon et de l'acier.
00:30:51Plutôt que de s'affronter,
00:30:53la France et l'Allemagne
00:30:54produiraient leur acier ensemble,
00:30:55finançant des projets communs.
00:30:57Une industrie puissante,
00:30:59solidaire,
00:31:00au service de la paix.
00:31:04L'Europe n'a pas été faite.
00:31:06Nous avons eu la guerre.
00:31:08L'Europe ne se fera pas
00:31:09d'un coup,
00:31:11ni dans une construction
00:31:12d'ensemble.
00:31:14Elle se fera
00:31:15par des réalisations concrètes,
00:31:17créant d'abord
00:31:18une solidarité de fête.
00:31:21Mais en 1992,
00:31:23avec le traité de Maastricht
00:31:24et le marché unique européen,
00:31:26une règle a priori louable
00:31:28devient un dogme.
00:31:29L'égalité parfaite entre tous
00:31:31au sein de l'Union.
00:31:33Fini les aides nationales
00:31:34aux entreprises,
00:31:35fini la politique industrielle
00:31:37commune,
00:31:38seule la concurrence
00:31:39doit stimuler
00:31:39leur compétitivité.
00:31:41Résultat,
00:31:42les États membres
00:31:43passent de solidaire
00:31:44à concurrent.
00:31:48On a une commission européenne
00:31:52qui est beaucoup plus exigeante
00:31:57que son équivalent américain
00:31:59sur la règle de concurrence.
00:32:00C'est la raison pour laquelle
00:32:01vous avez un nombre
00:32:02d'opérateurs de téléphonie
00:32:04incalculable.
00:32:05Vous allez en avoir 30 en Europe,
00:32:06là vous en avez 3 aux États-Unis.
00:32:08Votre connexion Internet
00:32:09coûte en France.
00:32:114 à 5 fois moins cher
00:32:12que ce que vous auriez
00:32:13aux États-Unis.
00:32:14Donc les opérateurs
00:32:16sont beaucoup moins riches
00:32:17qu'aux États-Unis.
00:32:20En France,
00:32:21cette pensée néolibérale
00:32:22trouve un terreau fertile
00:32:23et se diffuse
00:32:25par les cabinets d'audit
00:32:26et de stratégie
00:32:27anglo-saxons.
00:32:29McKinsey, KPMG
00:32:30et autres Arthur Andersen
00:32:32débarquent à Paris
00:32:33dans les années 80
00:32:34pour conseiller les entreprises
00:32:36avec des outils
00:32:37de gestion financière
00:32:38modernes et performants.
00:32:40ils vont recruter en masse
00:32:42une main-d'œuvre diplômée.
00:32:48Arthur Andersen est peu
00:32:49connu du grand public
00:32:50mais sur tous les campus,
00:32:52on l'appelle
00:32:52le roi Arthur.
00:32:54Et ce géant multinational
00:32:55du conseil
00:32:56et de l'audit
00:32:57est classé numéro 2
00:32:58par tous les étudiants.
00:33:00Nicolas Dufourc
00:33:01dirige aujourd'hui
00:33:02la banque publique
00:33:02d'investissement.
00:33:03Il a été témoin
00:33:04de l'implantation
00:33:05de ses cabinets.
00:33:07C'est ma génération,
00:33:08ils étaient très bons.
00:33:10Ils étaient vraiment
00:33:11très très bons.
00:33:12Quand on a vu débouler
00:33:13l'école américaine
00:33:14du conseil,
00:33:16c'était quand même
00:33:16intellectuellement
00:33:17du point de vue
00:33:18des process,
00:33:19des méthodes.
00:33:20Ensuite,
00:33:20ils payaient très bien.
00:33:21Donc ils ont recruté
00:33:22tout de suite
00:33:23des galaxies
00:33:23de polytechniciens
00:33:24et d'HEC.
00:33:25Si vous cherchez
00:33:25des compétences
00:33:26et des bons ingénieurs
00:33:28bien formés,
00:33:30sélectionnés,
00:33:31éduqués,
00:33:31vous allez où ?
00:33:33En France ?
00:33:35Ou dans les seules
00:33:36écoles d'ingénieurs ?
00:33:37Il n'y en a pas ailleurs.
00:33:38C'est beaucoup plus difficile
00:33:39de recruter le top niveau allemand.
00:33:41Il faut que vous alliez
00:33:41à Heidelberg,
00:33:42que vous alliez à Francfort,
00:33:43vous êtes obligés
00:33:44de faire un tour d'Allemagne.
00:33:45En France,
00:33:46c'est très simple.
00:33:47Vous allez à la sortie
00:33:48des écoles à Saclay
00:33:50et vous chalutez.
00:33:51Ils ont énormément
00:33:52recruté les talents français
00:33:53pour les mettre à Londres.
00:33:54Quand vous changez
00:33:54l'aquarium,
00:33:55vous changez l'aquarium.
00:33:56Quand vous êtes
00:33:56dans l'aquarium londonien,
00:33:57tout d'un coup,
00:33:58vous considérez que c'est ça
00:33:59la vraie vie,
00:33:59le vrai monde
00:34:00et vous regardez votre pays
00:34:01avec un peu de commisération
00:34:03quand même.
00:34:04C'est un monde
00:34:05qui s'englo-saxonnisait
00:34:06à toute vitesse.
00:34:07Mais à toute vitesse.
00:34:08Au fond,
00:34:08on avait très envie
00:34:09de leur ressembler.
00:34:10Et à partir de là,
00:34:11ça crée votre opinion
00:34:13publique dirigeante.
00:34:14C'est comme ça
00:34:15qu'elle finit par naître.
00:34:17Par si parité,
00:34:18contamination.
00:34:22Septième suspect,
00:34:23les élites dirigeantes.
00:34:27Biberonnées aux règles
00:34:28de rentabilité financière
00:34:29à court terme,
00:34:30elles vont les appliquer
00:34:31jusqu'au cœur des entreprises,
00:34:33jusque dans le quotidien
00:34:34des ouvriers.
00:34:35Même dans les bastions
00:34:37industriels publics,
00:34:38comme Renault,
00:34:39dont la mission était autrefois
00:34:40le maintien de l'emploi
00:34:41sur le territoire,
00:34:42doivent s'y convertir.
00:34:46Fabien Gâche a travaillé
00:34:47près de 40 ans
00:34:48sur le site du Mans.
00:34:50Il a vécu de l'intérieur
00:34:51la transformation
00:34:52de la régie Renault.
00:34:53Là, on voit arriver
00:34:54des gens qui ne sont pas
00:34:55du tout issus de Renault,
00:34:56qui d'ailleurs,
00:34:57pour l'essentiel,
00:34:59ne sont pas issus
00:35:00du milieu de l'autorobile.
00:35:00Ils ne connaissent rien
00:35:01à l'autorobile.
00:35:02On vous explique
00:35:03qu'il va falloir comprendre
00:35:06l'économie,
00:35:07la stratégie financière
00:35:09des groupes,
00:35:10et qu'à partir de ce moment-là,
00:35:13on n'est plus là
00:35:14pour vendre beaucoup de voitures,
00:35:15on est là pour gagner de l'argent.
00:35:17Par exemple,
00:35:18l'usine du Mans,
00:35:18on va prendre un cas concret.
00:35:19On a acheté du côté Lyon
00:35:20une autre entreprise,
00:35:22plus petite,
00:35:24dont l'activité
00:35:25est en concurrence
00:35:26avec celle du Mans.
00:35:27Et donc, en disant au Mans,
00:35:30si vous voulez fabriquer
00:35:31les nouvelles pièces
00:35:32de la future voiture,
00:35:34vous n'aurez l'activité
00:35:36que si vous acceptez
00:35:37d'augmenter le temps de travail,
00:35:38de diminuer les temps de pause,
00:35:39de supprimer des congés
00:35:41qu'on avait obtenus,
00:35:42etc., etc.,
00:35:43de supprimer des déprimes.
00:35:45Bref,
00:35:45à accepter
00:35:46ce que moi j'appelle
00:35:47des moins-disants sociaux
00:35:48pour espérer
00:35:50conserver son emploi,
00:35:52son boulot.
00:35:53Ça se fait
00:35:54entre les usines françaises,
00:35:55mais ça se fait
00:35:56entre les usines françaises
00:35:57et les usines étrangères.
00:35:58Les Français sont mis
00:35:59en concurrence
00:36:00avec les Espagnols.
00:36:01Les Espagnols sont mis
00:36:02en concurrence
00:36:03avec les Roumains.
00:36:03Si vous faites ça
00:36:04avec 20% de moins,
00:36:06vous aurez le boulot.
00:36:07Si vous ne le faites pas,
00:36:07tant pis pour vous,
00:36:08ce sont les autres qui l'auront.
00:36:09On retrouve cette mise
00:36:10en concurrence
00:36:11d'une équipe à l'autre.
00:36:12Eh bien,
00:36:13celui du matin
00:36:13va expliquer
00:36:14qu'il faudra peut-être
00:36:15mettre un petit coup de bourre
00:36:16parce que les gars
00:36:17de l'après-midi,
00:36:17ils ont fait mieux.
00:36:18Et on a d'ailleurs
00:36:19pu vérifier
00:36:20qu'il s'agissait
00:36:21d'une vraie méthode
00:36:22de manière à essayer
00:36:25de mettre tout ce qu'on pouvait
00:36:26mettre en place
00:36:27pour inciter les gens
00:36:28à travailler toujours plus vite,
00:36:29tout simplement.
00:36:33Partout dans les usines françaises
00:36:35résonne désormais
00:36:36le vocable anglais
00:36:37« core business »,
00:36:39« supply chain »
00:36:40ou « lean management »,
00:36:41littéralement gestion maigre,
00:36:43réduite à l'os.
00:36:46L'industrie doit faire plus
00:36:48avec moins.
00:36:49Moins d'argent,
00:36:51moins d'ouvriers.
00:36:55Par exemple,
00:36:56sur une chaîne de montage,
00:36:57vous avez des lécheurs de vitres
00:36:58que l'on monte sur des véhicules
00:36:59qui ont des défauts.
00:37:00Il y a un problème,
00:37:01c'est qu'on n'arrive pas
00:37:02à monter des lécheurs de vitres.
00:37:04Donc les gens sont obligés
00:37:05de prendre des massettes
00:37:06pour pouvoir les encastrer.
00:37:07Mais alors le problème,
00:37:08c'est que quand on vend
00:37:09le véhicule,
00:37:10bien sûr,
00:37:11il y a des soucis
00:37:11de fonctionnement
00:37:13et qui va se laurer
00:37:14et qui va se retrouver
00:37:14dans les coûts de garantie.
00:37:16Ce qu'on va demander
00:37:17aux salariés dans le cadre
00:37:18du Lean,
00:37:19c'est qu'ils nous disent
00:37:20eux-mêmes ce qu'on doit faire.
00:37:21Mais ce qu'on doit faire,
00:37:22ce n'est pas de travailler
00:37:24sur les causes.
00:37:25« Pourquoi j'ai du mal à le mettre ? »
00:37:26Non, non, ce qu'on lui dit,
00:37:27c'est bon,
00:37:27ça, si on ne demande pas
00:37:28ton avis là-dessus,
00:37:29c'est comme ça,
00:37:30c'est comment on peut améliorer
00:37:31les choses quand même
00:37:33avec ce que tu as.
00:37:35Il y a un qui va chercher
00:37:36du savon dans les toilettes,
00:37:37qui va mettre du savon
00:37:38parce que ça va mieux couler.
00:37:40Ce que tu fais,
00:37:40on s'en fout.
00:37:41Ce qui compte,
00:37:42c'est le résultat
00:37:42de ce que tu coûtes
00:37:44et ce que tu fais,
00:37:45n'importe qui peut le faire.
00:37:46Et ce sont les gens
00:37:47qu'ils supportent
00:37:47physiquement, intellectuellement
00:37:49parce qu'on les oblige
00:37:50à faire un boulot de merde
00:37:51et qui se traduit pour eux
00:37:53par une souffrance importante.
00:37:56En 20 ans,
00:37:57l'emploi industriel
00:37:58a diminué de moitié.
00:37:59En 1995,
00:38:01seuls 15% des emplois
00:38:03concernent encore l'industrie.
00:38:06Il y avait eu quand même
00:38:07des cris,
00:38:08qui étaient les cris des PME
00:38:09qui commençaient à fermer,
00:38:11mais que personne n'a entendu
00:38:12parce que la France de l'époque
00:38:14n'était pas construite
00:38:15pour entendre
00:38:16le cri des PME du tout.
00:38:17Et donc,
00:38:18la voix des territoires,
00:38:19comme on dit aujourd'hui,
00:38:21ne portait pas.
00:38:23Et donc,
00:38:24il y a beaucoup de boîtes
00:38:24qui sont mortes en silence.
00:38:25Et puis surtout,
00:38:27beaucoup de gens disaient
00:38:29« Bon, d'abord,
00:38:29c'est pas si grave,
00:38:31c'est pas si important,
00:38:32il y avait un déni. »
00:38:33Il y avait beaucoup de gens
00:38:34qui disaient
00:38:34« Mais c'est normal,
00:38:36il faut juste laisser
00:38:37les choses se faire. »
00:38:39La désindustrialisation
00:38:40va donc poursuivre
00:38:41son œuvre destructrice.
00:38:43D'autant qu'avec
00:38:44les nouvelles technologies
00:38:45de la communication,
00:38:46les capitaux circulent désormais
00:38:48sans entrave,
00:38:49à toute vitesse,
00:38:50entre les places financières mondiales,
00:38:53transformant profondément
00:38:54l'économie.
00:38:56Les investisseurs
00:38:57peuvent choisir
00:38:57les placements les plus divers,
00:38:59titres d'emprunts,
00:38:59actions,
00:39:00dans toutes les grandes devises.
00:39:01Pour la finance,
00:39:02il n'y a plus de limites
00:39:03d'espace ni de temps.
00:39:06L'argent ne passe plus
00:39:08par les banques
00:39:08mais par la bourse.
00:39:09Les industriels
00:39:10y cherchent des financements,
00:39:12les investisseurs
00:39:13des profits.
00:39:14La mondialisation
00:39:15semble si heureuse.
00:39:21marché boursier, cotation,
00:39:24roadshow, rencontre avec des analyses
00:39:25partout dans le monde,
00:39:27plongée dans le grand monde.
00:39:28Tout le monde a vécu ça.
00:39:29Moi-même, je l'ai vécu
00:39:30quand on a coté France Télécom
00:39:31en 1996 à New York.
00:39:33On prenait le Concorde
00:39:34pour aller à New York
00:39:35coté France Télécom
00:39:36qui a la cloche.
00:39:40C'était le nouveau monde.
00:39:41On a tous aimé ça,
00:39:43franchement.
00:39:44Le rêve,
00:39:45c'est de faire de France Télécom
00:39:46une société efficace
00:39:47dans la concurrence.
00:39:48La mise en bourse,
00:39:49c'est une condition pour ça.
00:39:51Cette condition,
00:39:51maintenant,
00:39:52elle est réunie.
00:39:52Les commissions ne reculent
00:39:53devant rien.
00:39:54Le parquet de la bourse
00:39:55de New York
00:39:55sans canaille,
00:39:56le parquet devient cabaret.
00:39:59Les entreprises
00:40:00ont des nouveaux propriétaires,
00:40:02les actionnaires.
00:40:04Ce sont des fonds de pension,
00:40:06des fonds d'investissement,
00:40:07des institutions
00:40:08ou des particuliers fortunés.
00:40:11Ils deviennent
00:40:11les grands argentiers
00:40:13de l'industrie.
00:40:15Eh, monsieur,
00:40:15s'il vous plaît,
00:40:16une seconde pour une question.
00:40:17Qu'est-ce qui est plus difficile
00:40:18de manier ?
00:40:19Le club de golf
00:40:19ou les hedge funds ?
00:40:20Le club de golf.
00:40:21Le club de golf.
00:40:26Ce suspect n'a qu'une exigence.
00:40:28Son argent doit rapporter,
00:40:29rapporter vite.
00:40:31Et tant pis si l'industrie,
00:40:32elle, a besoin d'investissement
00:40:33sur le long terme.
00:40:38Nous aimerions augmenter
00:40:40les intérêts
00:40:40des actionnaires privés.
00:40:42Pas les intérêts
00:40:45des salariés de l'entreprise,
00:40:47mais ceux des actionnaires privés.
00:40:49Par exemple,
00:40:50le droit aux dividendes,
00:40:52à recevoir
00:40:52de très bons dividendes,
00:40:54des profits.
00:40:56Si les profits ne suivent pas,
00:40:58les actionnaires vendent
00:40:59et partent spéculer ailleurs.
00:41:01Les ouvriers, eux,
00:41:02subissent le défilé
00:41:03des repreneurs.
00:41:05Comme Vincent Labrousse,
00:41:07ouvrier dans une usine
00:41:08fabricant des pièces
00:41:08pour l'automobile,
00:41:10il a connu pas moins
00:41:11de 10 actionnaires
00:41:12propriétaires différents.
00:41:15J'avais un contrat de travail,
00:41:17Socomec.
00:41:18Après, c'est passé
00:41:19groupe Socomec.
00:41:21SER,
00:41:23Ariès,
00:41:24Wagone,
00:41:25Sonas,
00:41:26Transatlantique Industrie,
00:41:28Altia,
00:41:28où j'avais oublié Albert,
00:41:30GMS,
00:41:31et maintenant LSI.
00:41:33C'est des mercenaires.
00:41:34Ils sont là,
00:41:35ils se servent,
00:41:36c'est de l'instantané,
00:41:37et puis après,
00:41:39qu'est-ce qui se passe derrière ?
00:41:40On s'en fout.
00:41:41Ils licencient.
00:41:42Et la boîte,
00:41:43elle crève de l'intérieur.
00:41:45Parce que derrière,
00:41:46il n'y a plus assez de gens
00:41:46pour pouvoir développer.
00:41:48On reversait au fonds de pension
00:41:506% des bénéfices.
00:41:53Et ils voulaient passer à 10.
00:41:55Et là, c'était plus possible.
00:41:57Industriellement,
00:41:58à un moment,
00:41:59il faut bien réinjecter
00:41:59quand même un minimum.
00:42:01Donc l'outil industriel
00:42:02était déjà à son maximum
00:42:05de rentabilité.
00:42:06Renault,
00:42:07dans son histoire,
00:42:08le niveau de marge opérationnelle
00:42:10a été de 2,5, 3.
00:42:12Quand on était à 4,
00:42:13on considérait que c'était déjà bien.
00:42:15On est passé de 4 à 6 à 7.
00:42:18Et aujourd'hui,
00:42:19on est avec des objectifs
00:42:20qui dépassent les 10.
00:42:21Si on prend Stellantis,
00:42:22en France,
00:42:23on est à 12,8 de marge opérationnelle.
00:42:25Ce qui est hallucinant,
00:42:26ce qui est historiquement,
00:42:29qui n'a jamais existé.
00:42:30c'est-à-dire que les exigences
00:42:31d'objectifs
00:42:33de niveau de marge opérationnelle
00:42:37ne s'arrêtent jamais.
00:42:39Le capitalisme a changé.
00:42:41Et donc,
00:42:42il y a des fonds
00:42:42qui vont jouer
00:42:44avec un certain nombre d'usines
00:42:45qui, de toute façon,
00:42:46ne seront jamais assez rentables.
00:42:48Puisque l'idée,
00:42:48c'est d'avoir toujours plus de cash,
00:42:51de faire toujours plus d'argent,
00:42:52etc.
00:42:53Donc ça n'ira jamais,
00:42:55fondamentalement.
00:42:55C'est le règne de la cupidité.
00:42:58Cet appétit insatiable
00:43:00des actionnaires
00:43:00rompt une forme
00:43:01de contrat social.
00:43:03Les gains de productivité
00:43:04qui se traduisaient autrefois
00:43:05par des hausses de salaire
00:43:06viennent aujourd'hui
00:43:07nourrir les dividendes
00:43:09et le ressentiment.
00:43:16Si vous jouez le jeu
00:43:19du capitalisme,
00:43:22vous devez
00:43:25rémunérer le capital.
00:43:27Et si vous ne le faites pas,
00:43:29les flux vont aller ailleurs.
00:43:31Alors c'est très pervers.
00:43:32Parce qu'en fait,
00:43:34quand vous gérez une entreprise,
00:43:38normalement,
00:43:38vous devez le faire
00:43:40au profit
00:43:41de tout
00:43:43ce qu'on appelle
00:43:44les stakeholders,
00:43:44c'est-à-dire les gens
00:43:45qui sont intéressés.
00:43:46Parmi eux,
00:43:47le personnel,
00:43:48les actionnaires
00:43:50et l'État.
00:43:52C'est un peu le reproche
00:43:54qui est formé aujourd'hui.
00:43:56les dirigeants
00:43:57versent trop de dividendes,
00:43:59donc privilégient
00:44:00l'actionnaire.
00:44:02C'est un peu ça.
00:44:05Ce n'est pas faux.
00:44:10C'est la question
00:44:10de la redistribution.
00:44:12Il est normal
00:44:13que ces actionnaires
00:44:14soient rémunérés,
00:44:15mais il faut qu'ils soient
00:44:15rémunérés de manière
00:44:16raisonnable.
00:44:17Dans la répartition
00:44:18salaire-capital,
00:44:20le capital a pris
00:44:21une place
00:44:21beaucoup plus importante
00:44:22que dans le passé.
00:44:23Et je pense que
00:44:24la part des salaires
00:44:25est insuffisante
00:44:26actuellement.
00:44:27Et la part du capital
00:44:28peut être trop invoieuse.
00:44:32La financiarisation
00:44:33de l'économie
00:44:34va avancer à grands pas
00:44:35et redessiner le monde.
00:44:37La rémunération
00:44:38du capital
00:44:39l'emporte
00:44:40sur celle du travail,
00:44:41créant ses winners
00:44:42et ses losers.
00:45:07Sous-titrage Société Radio-Canada
00:45:14Générique
00:46:01Générique
00:46:25Les années 2000
00:46:26ouvrent une nouvelle étape
00:46:27dans la désindustrialisation.
00:46:29Après les capitaux,
00:46:31ce sont les produits
00:46:32du monde entier
00:46:32qui circulent
00:46:33de plus en plus librement.
00:46:36Un suspect
00:46:37entre alors
00:46:37en ligne de mire.
00:46:38L'Organisation Mondiale
00:46:40du Commerce,
00:46:41accusée d'accentuer
00:46:42la désindustrialisation
00:46:43des pays développés.
00:46:46La conférence ministérielle
00:46:47conférence
00:46:48so agrees.
00:46:50En 2001,
00:46:51après 15 ans
00:46:52d'âpres négociations,
00:46:53la Chine rejoint
00:46:54l'OMC
00:46:55et ses pays adhérents
00:46:56qui consacrent
00:46:57le libre-échange,
00:46:58érigé en philosophie,
00:47:00pour améliorer
00:47:01le niveau de vie,
00:47:02créer des emplois,
00:47:03bâtir un monde
00:47:03plus prospère
00:47:04et plus pacifique.
00:47:07Pascal Lamy
00:47:08est alors
00:47:08commissaire européen
00:47:09au commerce.
00:47:19C'est ce qui s'appelle
00:47:21la division internationale
00:47:23du travail.
00:47:24Je fais quelque chose
00:47:25mieux que vous,
00:47:26vous faites quelque chose
00:47:27mieux que moi,
00:47:28on a un intérêt
00:47:30objectif
00:47:31à l'échange,
00:47:32vous baissez
00:47:32les droits de douane
00:47:34sur vos importations
00:47:35en contrepartie
00:47:37du fait que
00:47:37les marchés
00:47:38sur lesquels
00:47:39vous voulez exporter
00:47:39baissent les leurs.
00:47:41Vous réduisez
00:47:42les subventions
00:47:43en contrepartie
00:47:44du fait que
00:47:45les autres font pareil.
00:47:47Mais les Américains
00:47:48en tête
00:47:49et les nations
00:47:50industrielles anciennes
00:47:51voient surtout
00:47:52un gigantesque marché
00:47:53d'un milliard
00:47:54de consommateurs
00:47:55avides d'acheter
00:47:56leurs produits.
00:47:57Et par arrogance,
00:47:58qui sait,
00:47:58ou parce que la Chine
00:47:59leur paraît alors
00:48:00si loin de leurs standards
00:48:01industriels,
00:48:02ils ne s'inquiètent guère
00:48:03de la contrepartie.
00:48:26Geoffroy Roux-de-Bézieux
00:48:27est un ancien responsable
00:48:28du patronat français.
00:48:29Il témoigne
00:48:30de l'état d'esprit
00:48:31de l'époque.
00:48:33Quand Clinton décide
00:48:35de faire rentrer
00:48:36la Chine dans l'OMC,
00:48:37il y a une décision politique
00:48:39qui est de dire
00:48:39que ça va être
00:48:40un concurrent.
00:48:41Il va nous concurrencer
00:48:42sur des produits
00:48:42entrée de gamme.
00:48:43Donc il ne va pas
00:48:44nous concurrencer
00:48:45en haut de gamme
00:48:45et on va garder
00:48:46aux États-Unis
00:48:47et un peu en Europe
00:48:49le haut de gamme.
00:48:50La Chine est devenue
00:48:51très vite
00:48:51un énorme producteur,
00:48:54beaucoup plus vite d'ailleurs
00:48:55que personne ne l'avait
00:48:56jamais pensé.
00:48:57Il y a très très peu
00:48:58d'interlocuteurs
00:49:01qui anticipent
00:49:02le monde
00:49:02dans lequel on est tombé.
00:49:04En particulier la Chine.
00:49:06La Chine dans l'OMC,
00:49:07complètement sous-estimée,
00:49:09totalement sous-estimée.
00:49:10Alors intelligence,
00:49:11leur puissance,
00:49:12leur détermination,
00:49:13le rouleau compresseur.
00:49:16La France rêvait
00:49:17d'exportation
00:49:17pour son industrie.
00:49:19C'est l'inverse
00:49:20qui s'est produit.
00:49:21Le libre-échange
00:49:22de l'OMC
00:49:23est le catalyseur
00:49:24du décollage
00:49:24de la Chine.
00:49:26Elle devient
00:49:26l'usine du monde
00:49:27et sur tous les secteurs,
00:49:28son industrie
00:49:29se montre
00:49:29beaucoup plus compétitive.
00:49:35La moto chinoise
00:49:36est 30% moins chère.
00:49:38C'est d'abord
00:49:38le prix de la main-d'oeuvre
00:49:39qui permet cela.
00:49:40Les salaires
00:49:41des 3 000 ouvriers
00:49:41de cette usine
00:49:42ne dépassent pas
00:49:43200 euros par mois,
00:49:44même pour les plus qualifiés.
00:49:47Tout ça
00:49:47comme conséquence
00:49:48que toute une série
00:49:49d'entreprises
00:49:50ou de filières industrielles
00:49:51françaises
00:49:52vont se retrouver
00:49:52en concurrence
00:49:53accrue
00:49:54avec des pays
00:49:55à bas coût
00:49:56de main-d'oeuvre
00:49:56ou à bas coût
00:49:57de production.
00:49:57Donc on va accentuer
00:49:58la désindustrialisation.
00:50:01Pour Arnaud Montebourg,
00:50:03bientôt ministre
00:50:04de l'Industrie,
00:50:05cette période
00:50:05marque un tournant décisif
00:50:07dans la destinée
00:50:08du pays.
00:50:09Quand la Chine
00:50:10est arrivée,
00:50:11c'est une déferlante
00:50:12d'apernu le textile.
00:50:13La maroquinerie,
00:50:15les biens d'équipement,
00:50:16les machines outils,
00:50:17on a tout perdu.
00:50:18Les biens électroniques,
00:50:19le bois,
00:50:20tout, tout, tout, tout.
00:50:21Parce que la mondialisation
00:50:23a organisé la concurrence.
00:50:24Elle n'est pas tombée du ciel
00:50:25comme la Sainte Vierge
00:50:27qui aurait donné
00:50:28l'orientation à l'humanité,
00:50:30économie de l'humanité.
00:50:31Ce sont des choix politiques
00:50:33qui ont été faits
00:50:34à un moment.
00:50:35Cet abandon-là,
00:50:35c'est un abandon politique.
00:50:37Alors, simplement,
00:50:38et je l'ai toujours dit
00:50:39et je le répète
00:50:40volontiers devant vous.
00:50:42Cette division internationale
00:50:44du travail
00:50:44qui procède
00:50:45de l'ouverture des échanges,
00:50:47elle est très efficace
00:50:48pour le consommateur
00:50:49et elle est très pénible
00:50:50pour une partie
00:50:51des travailleurs.
00:50:53L'essor chinois
00:50:54détruit environ
00:50:55270 000 emplois
00:50:56en France,
00:50:57mais il fait aussi
00:50:58gagner 100 euros
00:50:59de pouvoir d'achat mensuel
00:51:00aux ménages français
00:51:02qui consomment
00:51:03des produits chinois
00:51:03moins chers.
00:51:06Presque un pacte faustien
00:51:07qui rend la désindustrialisation
00:51:10acceptable
00:51:10tout en l'accélérant.
00:51:14Il va y avoir
00:51:15un choix
00:51:15plus ou moins inconscient
00:51:17qui va être fait
00:51:17collectivement dans le pays.
00:51:19C'est la priorité,
00:51:20la primauté
00:51:22qui a été accordée
00:51:23collectivement
00:51:24à la consommation
00:51:26au détriment
00:51:26de la production.
00:51:27En disant,
00:51:27ce qui compte,
00:51:28c'est de soutenir
00:51:29le pouvoir d'achat.
00:51:30La France a fait le choix
00:51:31des consommateurs,
00:51:31toujours.
00:51:33Souvenez-vous,
00:51:34à chaque fois
00:51:35qu'il y avait des problèmes
00:51:35d'inflation,
00:51:36de pouvoir d'achat,
00:51:37c'était devenu
00:51:38le sujet numéro un,
00:51:40mais on ne pensait
00:51:41jamais aux producteurs.
00:51:41Ils sont beaucoup
00:51:42moins nombreux
00:51:42ceux qui produisent
00:51:43en France
00:51:43que ceux qui consomment.
00:51:45Si on choisit le prix,
00:51:46on choisit le prix mondial.
00:51:47Le prix mondial
00:51:48est toujours moins cher
00:51:48que le prix local.
00:51:50Cet abandon
00:51:51de la production
00:51:52bon marché
00:51:53est même bientôt théorisé.
00:51:55La France serait appelée
00:51:56à des tâches
00:51:56plus nobles,
00:51:57plus rémunératrices.
00:52:00Serge Tchourouk,
00:52:01président d'Alcatel,
00:52:03l'un des plus grands
00:52:03groupes industriels français,
00:52:05est le premier
00:52:06à en parler.
00:52:07Il choisit
00:52:08de se concentrer
00:52:08sur la recherche,
00:52:09le développement,
00:52:10le marketing
00:52:11et de se débarrasser
00:52:12des usines.
00:52:14C'est l'idéologie
00:52:15du fab-less,
00:52:17littéralement
00:52:18sans usine.
00:52:19En français,
00:52:20on aurait peut-être
00:52:20compris plus tôt
00:52:21le risque encouru.
00:52:24On était un métier
00:52:25d'électronique classique
00:52:26qui employait
00:52:26beaucoup d'ouvriers
00:52:27et d'ouvrières.
00:52:28Aujourd'hui,
00:52:28nous sommes devenus
00:52:29un métier de logiciel.
00:52:30Nous employons
00:52:31des ingénieurs
00:52:32formés au logiciel
00:52:34et au software.
00:52:34Donc,
00:52:35il faut savoir
00:52:35faire évoluer
00:52:36pour être compétitif
00:52:37au plan mondial.
00:52:38La fameuse phrase
00:52:39de chez Asturuc
00:52:40« Je veux une entreprise
00:52:41sans usine »,
00:52:42c'est une phrase
00:52:42d'opportuniste
00:52:43qui se dit
00:52:44« Je vais laisser
00:52:45tout ce qui n'est pas cher
00:52:46à fabriquer en Asie,
00:52:48mais je garderai
00:52:50le contrôle du marketing,
00:52:52de la marque,
00:52:53etc. »
00:52:54Et au fond,
00:52:54la valeur ajoutée,
00:52:55elle sera chez moi
00:52:56et pas en Asie.
00:52:59On se dit
00:53:00que c'est beaucoup plus commode.
00:53:01On garde chez nous
00:53:02les directions d'entreprises,
00:53:04les centres de recherche
00:53:06et les usines
00:53:07ce qui est un peu sale
00:53:08et qui fait qu'il y a
00:53:11des ouvriers
00:53:12et les ouvriers,
00:53:12ça revendique, etc.
00:53:16On le laisse
00:53:16au bien en développement.
00:53:18Deux ans après
00:53:19cette annonce fracassante,
00:53:21Alcatel a atteint
00:53:22son objectif,
00:53:23passer de 150 000
00:53:25à 58 000 salariés
00:53:26et de 120 sites industriels
00:53:28à seulement 30.
00:53:33« Fablesse,
00:53:34on ne fabrique plus ici. »
00:53:36Il a réussi
00:53:36puisqu'Alcatel
00:53:37a disparu
00:53:38alors qu'on était
00:53:39numéro 1
00:53:40des télécoms
00:53:41en Europe.
00:53:41Je le rappelle,
00:53:43il n'y a encore
00:53:43même pas 10 ans,
00:53:44on était
00:53:45un numéro 2 ou 3.
00:53:47« Je crains
00:53:48que
00:53:49mon ami Serge Churuc,
00:53:52que j'apprécie énormément,
00:53:54ait fait une erreur
00:53:55tragique
00:53:56à l'époque
00:53:57de parler
00:53:58de l'industrie
00:54:00sans usines.
00:54:01C'est trop compliqué,
00:54:02ça ne peut pas marcher.
00:54:04alors après,
00:54:05il était dans des secteurs
00:54:06compliqués,
00:54:08mais mine de rien,
00:54:10on a perdu pied
00:54:11dans tous les secteurs.
00:54:15Le « Fabless »
00:54:16se révèle être
00:54:17en réalité
00:54:17un « Fab away ».
00:54:19Les usines ne disparaissent
00:54:20pas de la surface du globe,
00:54:22elles quittent juste
00:54:22la France.
00:54:23Les grandes entreprises
00:54:25françaises
00:54:25deviennent les championnes
00:54:27de la délocalisation
00:54:28pour produire moins cher
00:54:29et maintenir
00:54:30leur compétitivité
00:54:31au niveau mondial.
00:54:33Je ne suis pas contre
00:54:34le fait qu'on ait
00:54:34des usines à l'étranger.
00:54:36Moi-même,
00:54:38Airbus
00:54:39a des usines
00:54:40à l'étranger
00:54:41parce que si vous voulez
00:54:41vendre des avions en Chine,
00:54:42il faut avoir des usines
00:54:43en Chine d'assemblage.
00:54:44Sinon,
00:54:45vous ne vendez pas
00:54:45d'avions en Chine.
00:54:47Mais la politique
00:54:48qui a conduit
00:54:49certains,
00:54:50pas tous,
00:54:52certains,
00:54:54à privilégier
00:54:55les usines
00:54:55à l'étranger
00:54:56pour s'épargner
00:54:58des soucis
00:55:00d'usines en France,
00:55:03ça existait.
00:55:04Ça a été quand même
00:55:05encouragé
00:55:06par le fait
00:55:06que le coût du travail
00:55:08en France
00:55:08était très élevé.
00:55:11Mais abandonner
00:55:12la production
00:55:13sur notre territoire,
00:55:14c'est perdre
00:55:15les savoir-faire
00:55:16et rompre le lien vital
00:55:17entre recherche
00:55:18et fabrication.
00:55:19Car la recherche
00:55:20se nourrit
00:55:21de l'expérience concrète.
00:55:22Le résultat est implacable.
00:55:24Après la fabrication,
00:55:26c'est la conception
00:55:27elle-même
00:55:27qui nous échappe.
00:55:32Ici,
00:55:33la recherche
00:55:34a rattrapé
00:55:34le niveau occidental
00:55:35avec des ingénieurs
00:55:37payés quatre fois moins.
00:55:38Résultat,
00:55:39même dans ce secteur
00:55:40de pointe,
00:55:41la Chine commence
00:55:42à exporter.
00:55:44Un phénomène
00:55:45confirmé
00:55:45par David Kousker,
00:55:47spécialiste
00:55:48de la data économique.
00:55:50Il n'y a pas de pays
00:55:51avec de fort investissement
00:55:53dans la R&D
00:55:55sans un investissement
00:55:56à peu près proportionnel
00:55:57dans l'industrie.
00:55:58Les Chinois,
00:55:59c'est eux qui produisent,
00:56:00c'est eux qui innovent aussi
00:56:01et leurs grands groupes
00:56:02nous prennent des parts de marché
00:56:03et donc c'est ce qui est en train
00:56:04d'arriver dans l'automobile
00:56:05notamment,
00:56:06où on est débordé
00:56:06par la rapidité
00:56:07de l'innovation
00:56:08des groupes chinois.
00:56:09Les Chinois ont rattrapé
00:56:12à toute vitesse
00:56:12et excellé.
00:56:13Et sur quoi ils ont excellé ?
00:56:15Évidemment,
00:56:16sur les nouveaux secteurs.
00:56:17L'électronique grand public
00:56:18est un exemple
00:56:19très frappant.
00:56:20Tout ce qui est électronique
00:56:21est aujourd'hui maintenant
00:56:22pratiquement plus,
00:56:24même plus fabriqué en Europe
00:56:26et 100% fabriqué en Asie.
00:56:30En 2005,
00:56:31l'emploi industriel
00:56:32ne représente plus que 13%
00:56:34des emplois en France.
00:56:36La classe moyenne
00:56:37se sent chaque jour
00:56:38un peu plus exclue
00:56:39du monde nouveau
00:56:40désemparé,
00:56:41presque sidéré.
00:56:43Ce sont des salariés
00:56:45sous le choc.
00:56:46Ils se retrouvent licenciés
00:56:47du jour au lendemain
00:56:48sans le moindre préavis.
00:56:50Je suis surpris
00:56:51qu'on nous prenne
00:56:53pour des...
00:56:55pour des cons comme ça.
00:56:57Ça fait partie des choses
00:56:58dont personne ne peut rien
00:56:59parce que c'est le sens
00:57:00de l'histoire.
00:57:01Ça, ça génère
00:57:02de la frustration,
00:57:02de la souffrance.
00:57:03Le terme de mépris,
00:57:04je l'emploie beaucoup
00:57:05parce que moi,
00:57:06c'est quand même
00:57:06ce que j'entends
00:57:07partout où je vais.
00:57:08Ce phénomène
00:57:09de repli sur soi
00:57:09et qui génère de la colère
00:57:11et malheureusement
00:57:12qui n'est pas forcément
00:57:13dirigée là où elle devrait aller.
00:57:15Les gens vont vous dire
00:57:16mais j'ai perdu mon boulot
00:57:17parce que c'est les Roumains
00:57:18qui nous ont piqué le boulot.
00:57:21C'est les Turcs,
00:57:21c'est les Marocains.
00:57:22Et puis en France,
00:57:23c'est ceux qui sont là
00:57:24qui, pendant que nous,
00:57:25on a bossé comme des cons,
00:57:26il y en a qui touchent
00:57:27les allocations.
00:57:28Et ça, en fait,
00:57:29c'est quand même
00:57:29le terreau du vote fasciste
00:57:32de l'extrême droite,
00:57:33tout simplement,
00:57:34de détourner finalement
00:57:36les gens de la réalité,
00:57:39des causes
00:57:39qui génèrent leurs problèmes.
00:57:43Il faudra encore
00:57:44attendre 10 ans
00:57:45pour dessier les yeux
00:57:46et regarder nos territoires
00:57:48vidés de leurs usines,
00:57:49s'apercevoir des conséquences
00:57:51de la désindustrialisation
00:57:52et affronter
00:57:54l'économie réelle.
00:57:59Une tournance symbolique,
00:58:01c'est ce qui s'est passé
00:58:01à l'été 2012
00:58:04quand François Hollande
00:58:05est élu
00:58:06et bat Nicolas Sarkozy.
00:58:08Quelque part,
00:58:09il y avait une petite musique
00:58:09en disant
00:58:10si toutes ces usines
00:58:11ont fermé, etc.,
00:58:12c'était aussi parce que
00:58:14la droite avait mal géré.
00:58:16Et là, malgré
00:58:17le changement
00:58:19de majorité politique,
00:58:20le phénomène
00:58:21s'est poursuivi
00:58:22et il a touché
00:58:24jusqu'à des entreprises
00:58:26qui étaient
00:58:27parmi les plus grandes
00:58:28de France
00:58:28et notamment,
00:58:29il y a la fermeture
00:58:30du site PSA
00:58:32à Aulnay-sous-Bois.
00:58:34Encu de l'usine
00:58:35ne doit fermer !
00:58:37Et donc là,
00:58:37il y a 3 000 salariés
00:58:38sur le carreau
00:58:39et on se dit
00:58:40que ce n'est plus uniquement
00:58:41la PME industrielle du coin,
00:58:43c'est également
00:58:43les plus grosses entreprises françaises
00:58:45qui ont un genou à terre
00:58:47et là,
00:58:47on est en train
00:58:48vraiment d'attaquer l'os
00:58:49et si on ne fait rien,
00:58:51tout va y passer en fait.
00:58:54Preuve que le diagnostic
00:58:55est alarmant,
00:58:56l'État change
00:58:57de vocabulaire.
00:58:58En 2012,
00:58:59Arnaud Montebourg
00:59:00devient ministre
00:59:01du redressement productif
00:59:03et d'un patient
00:59:04en phase critique.
00:59:09On s'est retrouvé
00:59:10avec des chutes
00:59:11de 80%
00:59:12de chiffre d'affaires,
00:59:13des fermetures partout.
00:59:15On a connu
00:59:15une hémorragie
00:59:16qu'on a essayé
00:59:17de corriger
00:59:17pour sauver
00:59:18nos outils industriels
00:59:19qui continuaient
00:59:20à pisser le sang.
00:59:22Voilà,
00:59:23c'est,
00:59:23disons,
00:59:23les choses
00:59:24de façon
00:59:25assez
00:59:26crue
00:59:27et cruelle.
00:59:30Pourtant,
00:59:31l'industrie française,
00:59:33même affaiblie,
00:59:33ou surtout
00:59:34parce qu'elle est affaiblie,
00:59:36attire les investisseurs.
00:59:37Dans les années 2010,
00:59:39de grandes entreprises
00:59:40passent sous pavillons étrangers,
00:59:42comme le cimentier
00:59:43numéro un mondial
00:59:44Lafarge,
00:59:45stratégique dans le secteur
00:59:47du BTP,
00:59:48Technip,
00:59:49dans celui
00:59:50de l'ingénierie pétrolière,
00:59:52Alcatel Lucent,
00:59:53dans les télécommunications
00:59:54ou Alstom,
00:59:55et son pôle nucléaire.
00:59:59Et qui trouve-t-on
01:00:00aux premières loges
01:00:01de ces ventes
01:00:01aux étrangers ?
01:00:03Des grands patrons.
01:00:06Ils sont accusés
01:00:07de poursuivre
01:00:07un intérêt personnel
01:00:08en favorisant
01:00:09ces transactions
01:00:11qui ne sont pas
01:00:11sans conséquence
01:00:12sur les employés,
01:00:14les territoires
01:00:15ou la France.
01:00:17Pourquoi voulez-vous
01:00:18vendre la plus grande partie
01:00:19de votre entreprise ?
01:00:20Parce que ma préoccupation,
01:00:21ce sont les salariés
01:00:22d'Alstom,
01:00:23les 93 000 salariés
01:00:24d'Alstom.
01:00:25Et mon métier,
01:00:26c'est de leur donner
01:00:27un avenir.
01:00:28Alstom,
01:00:29c'est un fleuron français,
01:00:30c'est 20 000 articles
01:00:30d'affaires.
01:00:31Le dirigeant
01:00:32est allé se rendre
01:00:33aux Américains.
01:00:33Il a pris 15 millions,
01:00:35il a sauvé
01:00:35ses propres intérêts,
01:00:37il s'est protégé lui,
01:00:38au détriment de l'entreprise.
01:00:39Donc,
01:00:40absence de patriotisme.
01:00:41Mais à chaque fois,
01:00:42c'est 15 millions.
01:00:44C'est le prix
01:00:44de la trahison
01:00:45de la France.
01:00:46Vous ajoutez,
01:00:47celui de Technip,
01:00:48M. Pilaco,
01:00:49il vote
01:00:50au sein
01:00:50du conseil
01:00:51d'administration
01:00:52la fusion
01:00:53avec FMC,
01:00:54un Texan
01:00:54qui d'ailleurs
01:00:55était en vérité
01:00:56en quasi-faillite.
01:00:58Donc,
01:00:58nous,
01:00:59on s'amuse avec nous.
01:01:01On est des pions.
01:01:02Et vous avez
01:01:03des dirigeants
01:01:04qui jouent ce jeu-là.
01:01:05Donc,
01:01:05Pilaco,
01:01:05il a pris 13 millions.
01:01:07Après,
01:01:07vous prenez
01:01:07Alcatel,
01:01:09Michel Combe,
01:01:1011 millions,
01:01:10et il vend
01:01:11à Nokia,
01:01:13Finlande.
01:01:15Vous prenez
01:01:16Lafarge,
01:01:18Lafon,
01:01:1915 millions,
01:01:20et il fait
01:01:21la fusion
01:01:22avec Holcim,
01:01:23suisse.
01:01:24En 2015,
01:01:26René Proglio
01:01:26est banquier d'affaires
01:01:27chez l'américain
01:01:28Morgan Stanley.
01:01:29Il conseille
01:01:30les grands patrons
01:01:31dans leurs opérations
01:01:32stratégiques.
01:01:34Ah,
01:01:34il ne me parle pas
01:01:35de Lafarge,
01:01:35ça me crève le cœur.
01:01:38J'étais conseil
01:01:39de Lafarge
01:01:39et j'ai encore
01:01:40un souvenir
01:01:41très,
01:01:41très,
01:01:41très précis
01:01:41de la réunion
01:01:43difficile
01:01:43que j'ai eue
01:01:44avec le président
01:01:45et le directeur
01:01:45général de Lafarge.
01:01:47Je lui ai même
01:01:47suggéré
01:01:48de démissionner
01:01:48et de s'opposer
01:01:49fermement
01:01:50à cette opération.
01:01:51Il ne l'a pas fait.
01:01:53Le résultat,
01:01:53Lafarge a disparu,
01:01:55complètement rayé
01:01:56de la carte.
01:01:57C'est un drame
01:01:58absolu.
01:01:58Pour la France,
01:02:00pour les milliers
01:02:02d'emplois
01:02:02qu'il y avait
01:02:02dans le groupe
01:02:03Lafarge,
01:02:04c'est dramatique.
01:02:07Il y a deux catégories
01:02:08de pays.
01:02:09Il y a les pays
01:02:09qui sont détenteurs
01:02:11et les pays
01:02:12qui sont détenus.
01:02:13Et nous,
01:02:14progressivement,
01:02:14on est passé
01:02:15du statut
01:02:16de pays détenteur
01:02:17à pays détenus.
01:02:18C'est cette image
01:02:18des bijoux de famille
01:02:19que, progressivement,
01:02:21on va vendre.
01:02:22C'est très bien
01:02:23qu'on est des investisseurs
01:02:24étrangers en France,
01:02:25mais le fait
01:02:25d'être de plus en plus
01:02:27détenus,
01:02:28quelque part,
01:02:29vous perdez
01:02:29votre souveraineté,
01:02:30votre indépendance.
01:02:31Pour protéger
01:02:32les industries
01:02:33des secteurs stratégiques
01:02:34pour la France,
01:02:35Arnaud Montebourg
01:02:36conçoit alors,
01:02:37en 2014,
01:02:38un décret soumettant
01:02:39les investissements
01:02:40étrangers
01:02:40à l'autorisation
01:02:41préalable de l'État.
01:02:44Je voulais utiliser
01:02:45ce décret
01:02:46en disant
01:02:46on ne vend pas
01:02:47Alstom.
01:02:49Et le président
01:02:49de la République
01:02:50dit si on vend.
01:02:51Donc la responsabilité
01:02:53de la vente
01:02:54d'Alstom
01:02:55aux Américains,
01:02:55elle revient
01:02:56à M. Hollande
01:02:57d'une part,
01:02:58à M. Macron
01:02:58d'autre part,
01:02:59dans la continuité.
01:03:00C'est leur décision.
01:03:02Ensuite,
01:03:03ce décret,
01:03:03on pouvait l'utiliser
01:03:04pour bloquer
01:03:05toutes les autres ventes.
01:03:06Mais mon honorable
01:03:07successeur,
01:03:08qui était M. Macron,
01:03:09ne l'a pas fait.
01:03:11Aujourd'hui,
01:03:12les sociétés industrielles
01:03:13du CAC 40
01:03:14sont détenues
01:03:15à 58%
01:03:16par des étrangers,
01:03:18réduisant d'autant
01:03:18notre capacité
01:03:20à piloter
01:03:20l'industrie du pays.
01:03:23Est-ce que je participais
01:03:24à ce mouvement ?
01:03:25Je ne sais pas.
01:03:27Je ne sais pas.
01:03:30Mais je n'ai pas
01:03:31l'impression
01:03:31d'avoir participé
01:03:32à dépasser la France
01:03:33du tout.
01:03:35Il se trouve
01:03:35malgré tout
01:03:36que les grands
01:03:39intervenants
01:03:40sur les marchés
01:03:40financiers
01:03:41sont les Américains.
01:03:45Ce dépeçage
01:03:46de l'industrie française
01:03:47s'expose
01:03:48au grand jour
01:03:49en 2020
01:03:49avec la pandémie
01:03:51et l'interruption
01:03:52brutale
01:03:52des importations
01:03:53de produits étrangers.
01:03:57C'est au moment
01:03:58du Covid
01:03:58qu'on s'est dit
01:03:59mince,
01:04:00nous n'avons rien.
01:04:01Quand vous regardez
01:04:02tous les produits
01:04:03qu'on importe,
01:04:04on importe tout,
01:04:05tout, tout, tout.
01:04:06On fabrique presque
01:04:06plus un génie.
01:04:07la moutarde,
01:04:08les masques,
01:04:10les appareils respiratoires.
01:04:11Non, mais écoutez,
01:04:12il manque
01:04:13400 médicaments.
01:04:15Mais nous avons pourtant
01:04:16les champions
01:04:16du médicament
01:04:17en France.
01:04:19Mais ils ne produisent plus
01:04:20en France.
01:04:21Ce n'est pas le job
01:04:22du patron de Sanofi
01:04:23de s'assurer
01:04:24qu'en cas
01:04:26de nouvelle crise,
01:04:28on ait du Doliprane
01:04:29en France.
01:04:30Lui, il est là
01:04:31pour développer
01:04:32l'entreprise Sanofi.
01:04:33Il ne doit pas
01:04:33défendre le pays.
01:04:35si on considère
01:04:36que les médicaments
01:04:38grands publics,
01:04:38que certains médicaments
01:04:39publics font partie
01:04:40des actifs vitaux
01:04:41de la nation,
01:04:42alors il faut considérer
01:04:44que l'État
01:04:46doit intervenir
01:04:47en subventionnant
01:04:48d'une manière
01:04:48ou d'une autre
01:04:49la production.
01:04:50C'est-à-dire,
01:04:50c'est un choix
01:04:51de politique industrielle
01:04:52qui est différent
01:04:53de la stratégie
01:04:55de l'entreprise.
01:04:56Les fonds publics
01:04:57semblent être devenus
01:04:59les derniers outils
01:04:59des États
01:05:00pour attirer
01:05:01les entreprises
01:05:02sur leur sol.
01:05:03Sur le grand marché
01:05:03mondial de la subvention,
01:05:05les pays se retrouvent
01:05:06alors, eux aussi,
01:05:08en concurrence,
01:05:09les uns contre les autres.
01:05:11Moi, je me souviens
01:05:12d'un comité de groupe,
01:05:13Tavares,
01:05:14qui était chez Renault
01:05:15à l'époque.
01:05:16Et il y avait le Sloven
01:05:17qui était le représentant
01:05:18du syndicat
01:05:19qui posait la question
01:05:19à Tavares
01:05:20en lui disant
01:05:20écoutez,
01:05:21vous avez perçu
01:05:22des fonds publics
01:05:24par le gouvernement
01:05:26slovéne
01:05:26qui est contraire
01:05:28aux règles européennes
01:05:29et qu'il n'est pas impossible
01:05:31que cet argent-là
01:05:32vous soit redemandé.
01:05:34Ou à l'avenir
01:05:35que vous ne puissiez
01:05:36plus en bénéficier.
01:05:38Et Tavares,
01:05:39d'une manière
01:05:39totalement froide,
01:05:40il dit
01:05:41écoutez,
01:05:41c'est très simple,
01:05:43si l'État
01:05:44n'est plus en capacité
01:05:45de garantir
01:05:46par des fonds publics
01:05:47la survie de l'usine,
01:05:49on ira ailleurs.
01:05:50Bon, question suivante.
01:05:51L'économie de marché,
01:05:53voilà,
01:05:54elle s'impose
01:05:55parce que c'est
01:05:56un processus
01:05:57tout à fait naturel.
01:05:58Et là aussi,
01:05:59tant pis
01:05:59pour les plus faibles.
01:06:02En 2020,
01:06:04l'industrie française
01:06:05ne représente plus
01:06:05que 10,3%
01:06:07du total des emplois,
01:06:09le plus bas
01:06:09jamais atteint.
01:06:12Paradoxalement,
01:06:13l'opposition
01:06:13la plus ferme
01:06:14à la toute puissance
01:06:15des marchés financiers
01:06:16et au monde
01:06:17façonné par la concurrence
01:06:18vient des États-Unis,
01:06:21pourtant pionniers
01:06:21de ce modèle.
01:06:23En 2022,
01:06:24Joe Biden,
01:06:25le président américain,
01:06:27engage un vaste plan
01:06:28d'investissement
01:06:28dans les industries vertes
01:06:30avec trois objectifs.
01:06:31Réduire la dépendance
01:06:33des États-Unis
01:06:33à la Chine,
01:06:35réindustrialiser le territoire
01:06:36et protéger les ouvriers
01:06:37américains.
01:06:41Le Conseil de Réducation
01:06:43investit
01:06:45369 milliards
01:06:47pour prendre
01:06:49la plus agressive
01:06:49action
01:06:50de jamais,
01:06:51de jamais,
01:06:51de jamais.
01:06:54Just remember
01:06:56who we are.
01:06:58We are
01:06:58the United States
01:07:00of America.
01:07:02There's nothing
01:07:03beyond our capacity.
01:07:05view.
01:07:07Ce grand retour
01:07:08de la politique
01:07:09industrielle
01:07:09rebat les cartes mondiales.
01:07:12C'est le nouveau
01:07:12consensus de Washington.
01:07:15En protégeant
01:07:15son industrie,
01:07:16ce suspect
01:07:17fragilise
01:07:18celle des autres.
01:07:20Les Européens,
01:07:22parce qu'en fait,
01:07:23ils voient qu'il y a
01:07:23du protectionnisme,
01:07:24ils voient qu'il y a
01:07:25des subventions,
01:07:25etc.,
01:07:26ils se disent
01:07:26mais les Américains
01:07:27ne jouent pas les règles
01:07:27du jeu.
01:07:28L'Europe crée au scandale,
01:07:29elle dit
01:07:29on va aller à l'OMC,
01:07:31tout d'un coup,
01:07:31elle se rend compte
01:07:31qu'on ne peut aller
01:07:32à l'OMC.
01:07:33et ça ne changera
01:07:34strictement rien.
01:07:35Les Américains,
01:07:36ils ne vont pas changer
01:07:38leur plan
01:07:39parce que l'OMC
01:07:41dans X années
01:07:42dira quelque chose.
01:07:43Ils n'en ont rien
01:07:44à faire.
01:07:45Après,
01:07:45le côté ridicule,
01:07:46c'est le côté,
01:07:47moi je trouve,
01:07:48humiliant.
01:07:49C'est-à-dire qu'on va
01:07:50aller chouiner
01:07:50auprès des Américains.
01:07:52Macron va aux États-Unis,
01:07:53à Washington,
01:07:54il dit
01:07:55non mais attendez,
01:07:55vous ne pouvez pas
01:07:56faire ça quand même,
01:07:57etc.
01:07:57Et Joe Biden
01:07:59lui dit
01:07:59ben si en fait,
01:08:00je vais faire ça.
01:08:02Pourquoi je ne ferai pas
01:08:02la transition écologique ?
01:08:04Pourquoi je ne développerai
01:08:05pas mon industrie ?
01:08:17Les gouvernements
01:08:18des pays européens
01:08:19redoutent un exode massif
01:08:20des investissements
01:08:21industriels
01:08:22vers les États-Unis.
01:08:242024
01:08:25leur donne raison.
01:08:26Les États-Unis
01:08:27captent
01:08:27394 milliards de dollars
01:08:29d'investissements étrangers,
01:08:31un record mondial.
01:08:32Et presque la moitié
01:08:34provient des entreprises
01:08:36européennes elles-mêmes.
01:08:37Ce sont donc elles
01:08:38qui financent une partie
01:08:39de la réindustrialisation
01:08:41américaine.
01:08:42Cette politique
01:08:43devient plus agressive
01:08:44encore en janvier 2025
01:08:46au Forum économique
01:08:48de Davos.
01:08:49Donald Trump
01:08:50démantèle le volet
01:08:51écologique du plan Biden
01:08:53mais il garde le cap.
01:08:54L'Amérique d'abord,
01:08:56son industrie,
01:08:57ses emplois.
01:08:58Au mépris
01:08:59des traités internationaux,
01:09:00il impose son chantage
01:09:02aux droits de douane.
01:09:06Mon message
01:09:07à tous les entreprises
01:09:08dans le monde
01:09:09est très simple.
01:09:10Venez faire votre produit
01:09:11en Amérique
01:09:12et nous vous donnons
01:09:13les plus hautes taxes
01:09:14de toute nation
01:09:16sur l'Earth.
01:09:17Mais si vous ne faites
01:09:18votre produit
01:09:19en Amérique
01:09:19ce qui est votre prerogative
01:09:21alors très simplement
01:09:23vous devrez payer
01:09:24un tarif
01:09:25de nombreuses
01:09:26mais un tarif
01:09:27qui directe
01:09:28des millions
01:09:28de dollars
01:09:29et même des trillions
01:09:30de dollars
01:09:31dans notre trésorerie
01:09:32pour s'améliorer
01:09:33notre économie
01:09:34et payer des taxes.
01:09:36Face à l'offensive américaine,
01:09:38la Chine poursuit
01:09:39son objectif politique,
01:09:40devenir la première puissance mondiale
01:09:42dans 20 ans.
01:09:44En 2024,
01:09:46son excédent commercial
01:09:47atteint presque
01:09:481000 milliards de dollars,
01:09:49un record inédit
01:09:51dans l'histoire.
01:09:52Panneaux solaires,
01:09:53éoliennes,
01:09:54véhicules électriques,
01:09:55médicaments,
01:09:56son industrie,
01:09:57massivement subventionnée,
01:09:59inondent le marché mondial.
01:10:04Ce qui est vrai,
01:10:05c'est que la Chine,
01:10:07qui au fond
01:10:07avait commencé
01:10:08à s'intégrer
01:10:08au système
01:10:09de capitalisme
01:10:10de marché globalisé
01:10:11entre 2000 et 2010,
01:10:13a bifurqué
01:10:14depuis que Xi Jinping
01:10:15est là.
01:10:17Et ça,
01:10:17ça vient du fait
01:10:17que la Chine
01:10:19triche
01:10:20et que les règles
01:10:20de l'OMC
01:10:21disciplinent très mal
01:10:23les subventions publiques.
01:10:24L'OMC,
01:10:25c'est une institution
01:10:26qui est morte.
01:10:29ça doit être un drame
01:10:30pour Pascal Lamy,
01:10:31mais la réalité,
01:10:32c'est qu'il n'y aura
01:10:33plus d'accord,
01:10:34en tout cas,
01:10:35dans les années qui viennent,
01:10:36parce que les pays
01:10:37n'en veulent pas.
01:10:37La guerre Chine-États-Unis,
01:10:38elle est économique.
01:10:40Et là-dedans,
01:10:41l'Europe a du mal
01:10:41à trouver sa positionnement
01:10:43et la France encore plus
01:10:44au sein de l'Europe.
01:10:46Nous,
01:10:46du côté européen,
01:10:48ça y est,
01:10:48il y a un tabou
01:10:49qui est tombé.
01:10:50Enfin,
01:10:50on peut parler
01:10:51d'industrie,
01:10:52de politique industrielle,
01:10:54ce qui était impossible
01:10:55il y a cinq ans.
01:10:56Mais maintenant,
01:10:57quand est-ce qu'on fait
01:10:57de la politique industrielle
01:10:58pour de vrai,
01:10:59ça,
01:11:00on a du mal à le faire.
01:11:01Ça veut dire
01:11:02accepter le fait que,
01:11:04mais en fait,
01:11:04on s'est trompé.
01:11:07Qui a tué
01:11:08l'industrie française ?
01:11:09Qui a liquidé
01:11:10ses emplois ?
01:11:11Qui a oublié
01:11:12l'intérêt général ?
01:11:14L'industrie manufacturière
01:11:16française
01:11:16n'est pas morte
01:11:17d'une cause unique,
01:11:18mais d'une succession
01:11:20de coups
01:11:21portés par différentes mains.
01:11:23décisions politiques,
01:11:25arbitrage économique,
01:11:26renoncement,
01:11:27abandon.
01:11:29En 50 ans,
01:11:31la France a perdu
01:11:31plus que ses usines.
01:11:33Elle a perdu
01:11:33une partie
01:11:34de sa souveraineté,
01:11:35de son savoir-faire,
01:11:36de sa cohésion sociale.
01:11:39Dans ce nouveau contexte
01:11:41de guerre économique mondiale,
01:11:43c'est peut-être aussi
01:11:44sa capacité
01:11:45à se défendre
01:11:45qui s'est envolé
01:11:46et sa faculté
01:11:48à imaginer une industrie
01:11:49au service de tous.
01:11:51Alors,
01:11:52sans une véritable
01:11:53remise en cause
01:11:54de nos choix passés,
01:11:55la France restera
01:11:56ce qu'elle est devenue,
01:11:57un pays
01:11:58qui ne sait plus fabriquer
01:11:59ce qu'il consomme.
01:12:02On est taré,
01:12:03c'est pas possible.
01:12:04Si on n'a plus
01:12:05de soudeurs,
01:12:06si on ne saura plus
01:12:07faire de bagnoles,
01:12:08on ne saura plus
01:12:08faire d'avions,
01:12:09on ne saura plus
01:12:09faire de trains,
01:12:10mais on ne saura même
01:12:10plus faire une cornière
01:12:13ou faire un portail.
01:12:16On va aller l'acheter
01:12:17en Chine ?
01:12:18Moi, j'ai appris,
01:12:19j'ai tourné,
01:12:19j'ai fraisé,
01:12:20j'ai soudé,
01:12:21j'ai travaillé la matière.
01:12:24Il y a des contraintes
01:12:25d'aller à l'usine
01:12:26ou d'aller dans des endroits
01:12:27où on fabrique,
01:12:28mais c'est tellement bien
01:12:30quand on voit
01:12:31ce qu'on a fait.
01:12:34Et puis,
01:12:34quand on le partage
01:12:36avec les collègues,
01:12:37c'est magique,
01:12:38il y a des choses
01:12:38qui se passent.
01:12:42C'est quelque chose
01:12:43que j'ai envie
01:12:44de transmettre.
01:12:46je ne sais pas quoi
01:12:47leur dire aux jeunes.
01:12:51C'est bien dommage
01:12:52parce qu'ils ratent
01:12:53des choses.
01:12:55J'espère qu'au travers
01:12:56de ce qu'on a mené,
01:12:58excusez-moi,
01:13:00c'est un sujet
01:13:02qui...
01:13:04C'est qu'est-ce
01:13:04qu'on transmet.
01:13:05Ça va bien au-delà
01:13:07de la technicité.
01:13:08Et tout ça,
01:13:09ils sont en train de...
01:13:12ils l'ont cassé
01:13:13pour une grosse partie
01:13:14et ça,
01:13:14moi,
01:13:15je ne leur pardonnerai jamais.
01:13:16C'est pour ça
01:13:17que je suis là aujourd'hui
01:13:17et c'est pour ça
01:13:18que je vais continuer.
01:13:19Jamais je ne leur pardonnerai.
01:13:47Sous-titrage Société Radio-Canada
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