- il y a 3 heures
C pas si loin propose de décrypter les enjeux contemporains en France et à l'international depuis les Outre-mer. Présenté par Karine Baste, C pas si loin explore le monde depuis les Outre-mer. Cette France des trois océans, au carrefour de frontières et d'influences croisées, répond autrement aux dynamiques économiques, écologiques, géopolitiques et culturelles. Ce magazine propose un regard singulier sur nos enjeux contemporains et la place des territoires ultramarins dans le monde. Année de Production :
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00:10Bonjour à tous, très heureuse de vous accompagner pour ce nouveau numéro de C'est pas si loin.
00:15Ancien journaliste, désormais cadre dans la tech, Jean-Philippe Louis est notre invité aujourd'hui.
00:20Ensemble on parlera de son premier roman, Les fils du capot qui est, et puis bien sûr son regard sur
00:26l'actualité de la semaine à commencer par le décrochage scolaire. Et c'est-ce qu'à la Mayotte où
00:31est
00:31expérimenté le dispositif collège en progrès alors que les inégalités scolaires d'un département à
00:37l'autre sont toujours plus criantes. Ce dispositif doit permettre de lutter contre le décrochage
00:42justement. Elle est née dans l'une des dernières tribus Kalinago de la Caraïbe. Nous avons aussi
00:47rencontré cette semaine cette jeune femme, elle vient de la Dominique. Aujourd'hui installée en
00:53Guadeloupe, elle tente de renouer avec son histoire et de la transmettre aussi surtout.
00:57Enfin, se nourrir, se déplacer, se loger, la vie chère n'est plus seulement un cri de
01:02colère venu des Outre-mer. Inflation et flamber des prix de l'énergie mettent les portefeuilles
01:07de presque tous les Français sous pression. On en discutera ensemble évidemment.
01:17Bonjour Jean-Philippe Louis. Bonjour. Je suis ravie de vous accueillir sur le plateau de C'est pas si
01:21long. Alors vous avez été journaliste pendant 15 ans, vous travaillez aujourd'hui dans la tech et
01:26vous venez de publier votre premier roman, Les fils du capoquier paru chez Gallimard. Vous
01:30y racontez l'amitié de deux garçons qui grandissent en Guadeloupe, à Nice qui regardent vers la France
01:34et puis Calixte beaucoup plus vers la Caraïbe. Une amitié qui va se briser sous le poids d'un secret,
01:40on va y revenir. Ces deux jeunes, en tout cas Jean-Philippe Louis, ils sont poussés par les adultes,
01:45par les tatis à partir. À partir en France, à part une qui s'inquiète du développement de l'île
01:50si tout le monde s'en va.
01:51Vous-même avez quitté la Guadeloupe, me semble-t-il, vers 19 ans. Est-ce que c'est une question
01:56qui vous a
01:56accompagné ? Partir ou rester ? Oui, c'est une question... Quand on est là-bas, on se pose la
02:02question de partir.
02:03Est-ce qu'il faut ? Est-ce qu'on doit partir ? Et ce qui est intéressant, c'est
02:06qu'à partir du moment où on arrive
02:09et qu'on commence ses études, se pose immédiatement la question du retour. À quel moment vais-je revenir ?
02:16À quel moment est-ce que le plan...
02:18Est-ce qu'il y a un plan précis qui va pouvoir me permettre de retourner et de rentrer en
02:23Guadeloupe ?
02:23C'est la question qui arrive tout de suite, à partir du moment où on pose le pied dans l
02:29'hexagone et sur le sol.
02:30Et pour quelles raisons cette question se pose et pourquoi est-ce qu'elle se pose aussi vite ?
02:33Parce qu'il y a un attachement et je pense qu'il y a un exil à une certaine mesure.
02:40On est quand même sur des territoires très éloignés,
02:44certes territoires français, mais avec des cultures, une manière de vivre qui est très différente.
02:50Et forcément, c'est un déchirement. Tout départ est un déchirement. Alors c'est déjà un déchirement quand on quitte
02:56la maison de ses parents.
02:57C'est un déchirement quand on quitte la maison de ses parents pour une autre ville. Mais c'est déjà
03:01et c'est encore plus un déchirement
03:03quand on quitte la maison de ses parents sur une île, on traverse l'Atlantique pour se retrouver dans l
03:09'hexagone.
03:10C'est quelque chose qui... Et puis surtout, on va y revenir moins souvent.
03:13On se pose aussi la question du retour, mais même durant l'année, au bout de deux ans, trois ans.
03:19Et même déjà avec les fêtes de fin d'année.
03:21Le rapport à la famille, les rides qui vont se marquer sur le visage de la famille, sur le visage
03:26de sa mère,
03:27qu'on va découvrir peu à peu. Toutes ces choses qu'on ne va pas pouvoir...
03:31Dont on nous prive, tout simplement. Dont on se prive d'ailleurs, qui est de voir sa famille vieillir, grandir
03:38et partager des moments.
03:39Des choses dont on se prive, dites-vous, parce qu'il faut partir le plus souvent quand on vit outre
03:44-mer,
03:45parce qu'il n'y a pas toujours les études qu'on veut faire sur place,
03:48parce que la question de l'emploi se pose aussi très vite.
03:50Et longtemps, vu d'outre-mer, la réussite semblait passer par la France.
03:55Est-ce que c'est encore le message que reçoivent les jeunes ultramarins aujourd'hui,
04:00que reçoivent notamment les jeunes guadeloupéens aujourd'hui ?
04:02Je pense que... Oui et non. Je pense que le champ s'est étendu.
04:06Je pense que la question de partir se pose, mais pas forcément de partir dans l'hexagone.
04:12La question se pose d'ouvrir et d'aller ailleurs.
04:15Il y a une différence, clairement, c'est... On a désormais l'information.
04:20L'information arrive beaucoup plus facilement sur nos territoires,
04:24Internet, les réseaux sociaux, etc.,
04:26qui ont permis tout simplement de savoir quelles étaient les opportunités.
04:32à mon époque, ça fait un peu vieux de dire ça, mais à mon époque,
04:37on avait... Je suis né... Je suis entre le Minitel et Internet.
04:43Je ne savais pas comment devenir journaliste.
04:45Quand je suis arrivé à Paris, j'ai découvert cela via des amis
04:51que j'ai rencontrés sur place et qui m'ont dit,
04:54pour devenir journaliste, il faut faire ça.
04:57Et ils étaient tous déjà briefés, pas moi.
04:58L'éloignement n'est pas que géographique, c'est bien ce que vous nous dites.
05:02On va continuer à parler de votre expérience, Jean-Philippe Louis,
05:05mais à travers le premier extrait sur lequel vous avez souhaité revenir.
05:08Alors que les sorties précoces du système scolaire
05:11sont significativement plus élevées outre-mer qu'en France,
05:14un dispositif est en ce moment testé à Mayotte, baptisé collège en progrès.
05:18Regardez l'extrait du reportage diffusé cette semaine.
05:21On en parle juste après.
05:25Nazra, 17 ans, fait partie de ses élèves raccrochés à la scolarité.
05:30Tombée enceinte en troisième, elle est contrainte de manquer deux années scolaires.
05:34Alors quand la classe papillon s'est proposée à elle, elle n'a pas hésité.
05:39Quand j'ai accouché, je me suis dit, reprenons l'école
05:41et essayons de construire un meilleur avenir pour moi et ma fille.
05:45Et puis je suis revenue à l'école avec des excellents résultats.
05:49Je ne voulais pas être un peu un fardeau.
05:51En même temps, je voulais que je sois là pour ma fille
05:55qui voit qu'au moins, même si j'ai fait une petite erreur dans ma vie,
06:00je me suis reprise et j'ai essayé d'avancer avec elle
06:03pour que je lui donne un avenir meilleur.
06:08Sur le territoire, le taux de réussite au brevet atteint les 71,5%,
06:1315 points de moins que la moyenne nationale.
06:16Alors pour Binti Rifin, l'une des quatre enseignants de la classe,
06:20voir les fruits portés par cette mission est inestimable.
06:23On en a maintenant qui ont passé leur bac,
06:27qui nous envoient des mails, des messages avec les photos des diplômes
06:32pour nous montrer qu'ils ont réussi,
06:34qu'ils sont parvenus à se faire confiance parce qu'on a cru en eux.
06:37On les a vraiment laissés se livrer, faire par eux-mêmes,
06:44se donner les moyens de réussir.
06:45Et ils se sont emparés de ça et ça a été merveilleux.
06:52Et oui, avoir de l'aide pour réussir, c'est capital, Jean-Philippe.
06:54Oui, vous nous racontiez en préparant cette émission
06:56qu'un professeur, en saluant une de vos dissertations,
07:00vous a aidé à vous imaginer journaliste,
07:02puis à le devenir et enfin à devenir écrivain.
07:04Qu'est-ce qui, selon vous, aurait pu se passer
07:06si personne n'avait repéré cela en vous ?
07:09Ça aurait été une autre vie.
07:11Et je pense que l'éducation est primordiale.
07:15Et il y a quelque chose qui est marquant,
07:17c'est quand on parle « j'ai fait une erreur et puis j'ai ».
07:20Je pense qu'il faut pardonner effectivement ces erreurs-là,
07:23ces adolescents.
07:24On a multiples vies qui sont possibles et qui vont être créées.
07:28Et le pire pour un jeune, surtout dans ces territoires,
07:32c'est d'avoir l'impression que plus rien n'est possible,
07:35d'être arrivé à un point.
07:36Et c'est à ce moment-là qu'on fait des erreurs.
07:38Parce qu'on se dit, je pourrais parler, ouvrir la bouche,
07:41crier que personne ne m'entendra,
07:43donc je vais m'attacher et je vais trouver une place
07:48qui m'est accordée, ou en tout cas où j'ai l'impression
07:50qu'on m'a accordé cette place.
07:53Et peu importe où se trouve cette place-là.
07:56Donc à partir du moment où on ouvre des champs
07:58et qu'on a de nouvelles places qui sont montrées à ces jeunes-là
08:02via l'éducation, via la pédagogie,
08:04on se rend compte que tout est possible
08:06et clairement tout est possible.
08:07Et d'ailleurs, dans votre ouvrage « Les fils du capotquier »,
08:09il y a donc Anissé qui trouve dans les livres
08:12et auprès du père de son ami,
08:14quelqu'un qui prend son envie d'écrire au sérieux.
08:17À quel point un adulte qui vous reconnaît
08:19peut-il changer votre trajectoire ?
08:22Je pense que c'est exactement l'idée des livres, surtout.
08:29Je voulais…
08:30L'idée de la transmission et des livres,
08:32c'était important dans le livre.
08:33Je pense à cette phrase de James Baldwin qui disait
08:36« Vous pensez que vos douleurs et vos chagrins
08:40sont sans précédent dans ce monde, puis vous lisez ».
08:42Et c'est exactement ça.
08:43On se sent seul tant qu'on n'a pas réalisé
08:45qu'il y a des multiples histoires,
08:47des multiples vies qui sont présentes.
08:49Mais pour ça, pour découvrir ce monde-là,
08:52cette éducation, ces livres et ces histoires,
08:53il faut un catalyseur, il faut un chemin.
08:55Il faut quelqu'un qui délivre ces messages-là.
08:58Et c'est le rôle de l'éducation.
08:59Dans « Les fils du capotquier »,
09:01c'est le rôle d'Ernest, qui est aussi professeur,
09:03d'ailleurs, c'est fait exprès.
09:06Parce qu'il faut un cheminement,
09:07il faut consolider un vecteur qui va permettre
09:11d'ouvrir ces possibilités-là pour ces jeunes,
09:14à travers notamment la littérature,
09:15qui est pour moi la meilleure façon
09:17d'ouvrir le champ des possibles.
09:19Et c'est d'ailleurs Ernest, dans votre roman,
09:21qui lui ouvre sa bibliothèque à Nice.
09:24Il lui dit qu'il sera écrivain.
09:25Dans votre propre parcours,
09:27quel a été le moment où vous vous êtes autorisé
09:29à imaginer une vie dans les mots ?
09:33Très tard.
09:35Et surtout, comment ?
09:38Quand et comment ?
09:38Je pense que le propre écrivain,
09:41il y a le mot « écrire ».
09:42On parle beaucoup, en ce moment,
09:44de la notion d'écriture.
09:46J'ai toujours écrit,
09:47je n'avais pas en tête l'idée d'être publié.
09:51D'ailleurs, justement, dans le livre,
09:53je crois que c'est Ernest qui dit
09:54« Il y a beaucoup plus de textes dans ce monde
09:56que de livres ».
09:58Et donc, l'idée, c'était d'écrire des textes
10:00et de voir un peu sans savoir où ça menait.
10:03Ce roman a été envoyé aux éditions Gallimard
10:06via Internet.
10:07Tout simplement, j'ai cliqué sur « Upload » le texte
10:10et il a été vu.
10:12Mais vous n'aviez rien téléchargé,
10:13rien tenté avant cela ?
10:14J'ai tenté via des maisons d'édition,
10:17mais pareil, au même moment, plus ou moins.
10:19D'accord.
10:19Et donc, j'ai écrit ce texte et je me suis dit
10:20« Je vais voir si quelqu'un en veut bien ».
10:23Et j'ai eu ce retour de Gallimard.
10:26Évidemment, forcément, je ne m'y attendais pas.
10:28D'ailleurs, j'ai cru que c'était un scam
10:30quand ils m'ont appelé la première fois.
10:32Non, ce n'était pas une blague.
10:33Ce n'était pas une blague.
10:34Donc, c'était assez drôle.
10:37Mais le plus important,
10:38et je pense que c'est ce qui est intéressant,
10:39c'est quand on écrit sans penser à la publication.
10:43Et quand on est primo-romancier,
10:45c'est encore plus difficile
10:45parce qu'on doit s'accorder du temps.
10:47Bien sûr.
10:48Et se dire qu'on ne sait pas où ça mène.
10:50Et on a toujours peur de ce truc
10:52qui consiste à dire
10:53« Mais il se prend pour qui ? »
10:55« Mais tu as besoin d'une heure pour écrire, monsieur. »
10:57Comme quoi, ça vaut le coup de se faire confiance.
10:59Exactement.
10:59Et donc, il faut se faire confiance.
11:01Carrément.
11:01Allez, on enchaîne avec le deuxième extrait
11:03que vous avez choisi, Jean-Philippe Louis.
11:04Retrouvez ses racines
11:05après une adoption forcée en Hexagone.
11:07C'est le parcours de Chalina.
11:08Elle est née sur l'île de la Dominique,
11:10entre Guadeloupe et Martinique
11:11dans l'une des dernières tribus Kalinago de la Caraïbe.
11:13Aujourd'hui installée en Guadeloupe,
11:15elle s'est donnée une mission,
11:16transmettre sa culture.
11:18Extrait du reportage.
11:21Je m'appelle Chalina.
11:22Je suis Kalinago,
11:24donc autochtone de la Caraïbe
11:26et de l'île de la Dominique.
11:30J'ai quitté le territoire Kalinago
11:32quand j'étais encore bébé.
11:34J'ai été placée à l'adoption internationale
11:36et donc j'ai grandi en France,
11:38dans une famille française.
11:44L'adoption que j'ai vécue
11:46est un gros événement traumatique
11:49dans mon histoire.
11:51Je n'ai pas eu ce droit
11:52de savoir que j'étais Kalinago.
11:54Je n'ai pas eu ce droit-là
11:57après la naissance
11:58de grandir dans cette culture-là
12:00et de grandir au moins
12:02avec l'idée que je l'étais.
12:06Quand j'ai eu plus de 19 ans,
12:08j'ai eu accès à mon dossier d'adoption.
12:11J'ai vu que c'était
12:12le Kalinago Territory.
12:14J'ai eu mon nom de Samy
12:15qui est un nom très connu
12:17de la Dominica
12:18où beaucoup de Kalinago le portent.
12:21C'était facile pour moi
12:22après de retracer tout ça.
12:27J'ai fini par retourner
12:29à la Dominica en 2025.
12:32C'était vital.
12:35J'ai besoin de rentrer sur mes terres,
12:38j'ai besoin de rencontrer ma famille,
12:41j'ai besoin de serrer
12:42ces gens dans mes bras,
12:43j'ai besoin d'échanger,
12:44j'ai besoin de voir des gens
12:46à qui je ressemble
12:47pour de vrai.
12:50J'avais l'impression
12:51d'être un fantôme
12:54qui prenait vie,
12:56d'avoir enfin une identité
12:58confirmée aussi.
12:59Et ça,
13:01ça a fait beaucoup de bien.
13:03En fait, c'était très réparataire.
13:07Cette jeune femme,
13:08Jean-Philippe Louis,
13:09elle cherche à transmettre
13:10une histoire qui risque
13:11de se perdre de façon évidente.
13:13Et si l'on fait le parallèle
13:14avec votre roman,
13:15ce que les adultes taisent,
13:17pèsent autant
13:18que ce qu'ils transmettent.
13:20Alors, est-ce qu'on peut finalement
13:21construire son identité
13:22avec une histoire familiale
13:24qui est pleine de silence ?
13:25Je pense qu'on peut
13:27et il faut,
13:28il y a un moment
13:29dans l'identité,
13:31dans la vie de quelqu'un
13:32où on va mener ses recherches.
13:34D'ailleurs,
13:35on le voit beaucoup,
13:36la vie littéraire
13:37est faite de beaucoup d'œuvres
13:39qui vont tout simplement
13:41retracer un passé.
13:42Je crois que c'est le cas
13:44du Prix Goncourt
13:44de l'année dernière
13:45avec Laurent Maudigné.
13:47Parce qu'il y a ce souhait
13:49où il y a toujours
13:51ce...
13:52On vacille entre appartenance
13:53et identité.
13:54Est-ce qu'à qui on a
13:55l'appartenance,
13:56l'identité,
13:57qui on est ?
13:58Et donc,
13:58d'où je viens ?
13:59Pourquoi je n'ai pas cette info ?
14:01Cette recherche de modèles aussi
14:03est très importante.
14:04Elle le dit d'ailleurs
14:05dans le reportage.
14:07On veut avoir des modèles
14:09parce qu'on veut,
14:10à son tour,
14:11transmettre.
14:12Et pour transmettre,
14:13il faut quand même avoir
14:14un certain patrimoine
14:15à transmettre.
14:15Donc, on veut effectivement
14:16s'enrichir
14:18pour ensuite délivrer
14:19des messages.
14:20Je n'ai jamais été
14:20autant intéressé
14:23par d'où je viens
14:24et par qui je suis
14:25à partir du moment
14:26où mon fils est né.
14:28Et c'est à partir
14:29de ce moment-là
14:29encore plus
14:30que je me suis dit
14:30qui suis-je,
14:31d'où je viens,
14:32pourquoi cette information
14:33n'a jamais été délivrée
14:34et j'aimerais bien
14:35savoir un peu plus.
14:36L'identité,
14:37Jean-Philippe Louis,
14:37c'est aussi bien sûr
14:38la langue,
14:39notamment la langue régionale
14:40qu'on peut parler.
14:41Sur votre île,
14:41en Guadeloupe,
14:42il y a une petite polémique
14:42cette semaine
14:43avec le préfet
14:44qui a dû s'excuser
14:44justement d'avoir jugé
14:46que parler créole
14:46était un manque
14:47de respect.
14:48Dans votre livre,
14:49une enseignante
14:50affirme que le créole
14:51n'est pas une langue.
14:52Vous,
14:52vous écrivez un roman
14:53traversé de créole.
14:55Est-ce que c'est
14:56du militantisme
14:57ou juste naturel ?
14:58C'est naturel,
15:00c'est la recherche
15:01du réel.
15:02Ce que j'ai voulu faire
15:04à travers un roman
15:05qui est une fiction,
15:06j'ai voulu inscrire
15:08la Guadeloupe
15:09telle qu'elle est
15:10dans une fiction
15:11et dans un roman.
15:11Et notre vie,
15:14notre manière
15:14de parler,
15:16en fait,
15:16tout simplement,
15:17c'est le fruit
15:18d'un métissage.
15:18On est nés de…
15:20Cette île vient finalement
15:21de personnes
15:22qui ont été importées
15:23sur un territoire,
15:24qui ont développé
15:25une culture
15:26auxquelles on a ajouté
15:27une autre culture
15:27et une autre culture.
15:28Et tout cela,
15:29en fait,
15:29ça crée la Guadeloupe
15:31et ça crée effectivement
15:32ce métissage de langue.
15:33Alors, personnellement,
15:35on navigue avec…
15:36Et c'est ce qu'on peut
15:38montrer cette histoire
15:39avec le préfet,
15:40c'est qu'on voit bien,
15:41on a cette langue
15:42qui m'a été enseignée
15:43qui est la langue cadre,
15:45qui est celle
15:45qu'on enseigne,
15:46et il y a la langue
15:47qui est pour moi,
15:48personnellement,
15:48celle des émotions
15:49qui est le créole.
15:50Quand je pense
15:51à mon fils
15:52et que je pense
15:53à quel point je l'aime,
15:54je pense en créole.
15:55Quand je me frappe
15:56l'orteil contre la porte,
15:59je parle en créole.
16:00Je comprends.
16:00Voilà,
16:01et donc il y a cette émotion
16:02qui a été parce qu'on a toujours…
16:04On a vécu,
16:05en tout cas,
16:05moi j'ai vécu
16:06dans une génération
16:06qui n'existe peut-être
16:07pas désormais
16:08où je ne pouvais pas
16:09parler en créole
16:09à ma mère.
16:10Pareil.
16:11Effectivement,
16:12mais malgré tout,
16:12quand on parle de tradition,
16:14de culture,
16:14il y a les aspects positifs
16:15et puis les aspects
16:16un peu plus négatifs.
16:17Il y a le poids
16:18des traditions.
16:19Dans votre ouvrage,
16:20deux hommes de la génération
16:21de nos parents,
16:22on va dire,
16:23ont dû se cacher
16:23pour s'aimer.
16:24À quel point les jeunes
16:26peuvent-ils aujourd'hui
16:26vraiment se montrer
16:28aujourd'hui
16:28dans cette société
16:29antillaise
16:30pleine de traditions ?
16:31Je suis assez…
16:33Ce roman
16:33est une histoire
16:34de progrès.
16:36il fallait raconter
16:37cette histoire-là
16:39pour raconter
16:40comment sur une île,
16:41dans un milieu,
16:42on dit insulaire,
16:44un peu presque coupé
16:45de tout,
16:46comment on va
16:47s'émanciper,
16:48comment on va découvrir
16:49le monde
16:49et comment on va
16:50s'ouvrir au monde.
16:51Et donc,
16:52ce qui m'a intéressé,
16:53ce n'était pas tant
16:54la difficulté,
16:55même si elle existe,
16:56que comment on part
16:57de cette difficulté-là
16:58pour arriver
16:59dans une génération
17:01qui est celle actuelle,
17:02qui est complètement
17:02beaucoup plus ouverte
17:03et qui est beaucoup
17:04plus intéressée
17:05et sensible
17:06à ces sujets-là.
17:07Évidemment,
17:07on en parlait,
17:08l'information joue
17:09pour beaucoup.
17:10Il y a une phrase
17:11dans le roman
17:12où un des pères dit
17:14peut-être es-tu revenu
17:16trop tôt,
17:16peut-être es-tu parti
17:17trop tôt.
17:18C'est un peu ça
17:19l'idée,
17:19c'est-à-dire qu'il y a
17:20une évolution
17:21que je trouve
17:23clairement admirable
17:24de la part
17:26des Antilles
17:27pour avoir réussi
17:28à se positionner
17:29malgré tous
17:30les problèmes
17:31qui subsistent,
17:32mais pour avoir
17:33déjà réussi
17:34à s'ériger
17:35comme ça
17:35par soi-même
17:37pour s'ouvrir
17:38au monde,
17:38c'est ça que je voulais raconter.
17:39Pour faire ça,
17:40il fallait raconter aussi.
17:41Oui,
17:42alors je salue
17:42votre optimisme
17:43mais malgré tout,
17:44il y a une réalité
17:44et d'ailleurs,
17:45elle est évoquée
17:45dans votre ouvrage.
17:47Un homme
17:47qui va se déguiser,
17:50qui va avoir
17:51des vêtements féminins,
17:53qui va avoir
17:54des paillettes
17:54sur le corps
17:55au carnaval,
17:56va être applaudi
17:57sauf que dans la vraie vie,
17:58il va être moqué,
17:59on va le traiter
18:00et c'est le mot
18:00qui revient
18:01dans votre ouvrage
18:01régulièrement
18:02de makouma,
18:03d'homosexuel
18:04et ce n'est pas un terme,
18:05c'est très péjoratif
18:06dans la bouche
18:07des Antillais.
18:08Donc,
18:08est-ce que les mentalités
18:10ont suffisamment évolué
18:11pour permettre
18:12à des jeunes
18:12du même sexe
18:13de s'aimer
18:14au grand jour
18:15aujourd'hui aux Antillais ?
18:16Les mentalités
18:17ont évolué ?
18:19Est-ce qu'elles sont,
18:20est-ce qu'elles ont
18:20suffisamment évolué ?
18:22C'est une autre question.
18:24J'aime beaucoup dire
18:25que ce livre
18:25aurait été différent
18:26si je ne l'avais pas ancré
18:28à la fin des années 99
18:29et début 2000.
18:31Il y a cette amélioration,
18:33il y a ce changement.
18:34Ce que je voulais,
18:35c'est qu'on passe
18:36tellement de temps
18:37et il faut d'ailleurs
18:38tellement de temps
18:38à militer
18:39pour que ça change
18:41qu'on ne prend pas
18:42parfois le temps
18:43de se retourner
18:45et d'apprécier
18:46quelques réussites.
18:47Ça ne veut pas dire
18:48que c'est terminé,
18:48pas du tout même,
18:50mais justement,
18:50on peut prendre exemple
18:51sur ce qui a déjà été fait
18:52entre 2000
18:53et on peut aussi
18:54prendre exemple
18:54sur le moment
18:56où ça retombe
18:57et d'ailleurs,
18:57dans le roman,
18:58il y a un moment
18:59où dans les années,
19:00justement en 2020,
19:03on retombe très rapidement
19:05dans nos turpitudes,
19:07mais en fait,
19:08on peut y ressortir
19:09et donc,
19:09si on ne regarde pas
19:10le passé,
19:10ça va être difficile
19:11de continuer à évoluer.
19:12Donc,
19:12je voulais vraiment
19:12qu'on prenne le temps
19:13qu'on s'arrête
19:15et qu'on regarde un peu
19:16ce qu'on a déjà fait.
19:17Évidemment
19:17et ce n'est pas plus mal.
19:18Allez jusqu'où nos sociétés
19:19peuvent-elles tenir
19:20alors que le coût de la vie
19:21est de plus en plus élevé ?
19:22Cette semaine,
19:23dans C'est pas si loin,
19:24nous avons parlé
19:24de cette vie chère
19:25qui n'est plus seulement
19:26un cri de colère
19:27venu des Outre-mer
19:28puisque l'ensemble des Français
19:29ou presque
19:30sont sous pression.
19:31Extrait.
19:37On essaie de prendre
19:38le strict minimum,
19:40mais la vie
19:41est vraiment chère.
19:43On est à six personnes
19:44quand même à la maison,
19:45moi, mon mari,
19:46quatre enfants.
19:47Ils me disent
19:48« Maman,
19:48à chaque fois,
19:49moi, j'ai la même chose.
19:50On ne peut pas sortir,
19:50on ne sort pas,
19:51on mange ce qu'on a
19:52à la maison.
19:53avec les Gilets jaunes,
19:55on va aller manifester
19:56parce que la vie
19:57est trop chère,
19:57maintenant,
19:57on ne peut plus.
19:58Mais oui,
19:59on va aller manifester.
20:13Moi, je suis à La Réunion
20:15depuis sept ans
20:16et c'est vrai
20:17qu'il y a une augmentation
20:18des prix
20:19qui est assez conséquente
20:20depuis sept ans,
20:22je dirais à peu près
20:2230-40%.
20:25On voit naître
20:26la différence
20:26avec la métropole,
20:27surtout quand on va
20:28en métropole
20:29et qu'on revient ici.
20:30On prend la même
20:31quantité de produits,
20:32on remplit le caddie
20:34et ici,
20:35on va en avoir
20:35pour 100 euros
20:36et en métropole,
20:37on a pour 30-40 euros.
20:39C'est de l'alimentation,
20:41c'est des frais
20:41dont on ne peut pas se passer
20:42et c'est ça
20:43qui est compliqué.
20:44On a un budget
20:44vraiment important
20:45pour les frais
20:47de base.
20:50Vous nous avez dit
20:51avant cette émission
20:51que vous avez des amis
20:53qui vous envoient
20:53systématiquement
20:54des photos
20:54du prix d'un pack d'eau
20:56lorsqu'ils vont
20:56en vacances en Guadeloupe
20:58et ça vous agace
20:59me semble-t-il
21:00parce que
21:00ça fait évidemment
21:02partie du quotidien
21:03des Guadeloupéens.
21:04Oui, ça fait partie
21:05du quotidien
21:05et ce qui m'a toujours
21:07marqué
21:08et justement
21:09d'ailleurs
21:10l'une des premières pages
21:11du roman
21:11où on parle
21:12de packs d'eau,
21:13en tout cas d'eau,
21:14ce qui m'a toujours
21:15c'est cette résilience
21:16c'est-à-dire
21:18inscrire dans le quotidien
21:19quelque chose
21:20des choses
21:20qui ne sont
21:21pas normales
21:22en réalité
21:23et la question
21:25qui me revient
21:26le plus souvent
21:27c'est
21:27quelles sont
21:28les limites
21:29à cette résilience
21:30jusqu'où
21:31peut-on arriver
21:34à quel moment
21:35on se dit
21:35stop
21:36et je pense
21:37qu'il devrait y avoir
21:39j'ai été journaliste
21:41et notamment économique
21:42je comprends
21:43les lois
21:44de la concurrence
21:44du marché
21:45etc.
21:46il doit y avoir
21:47une certaine
21:47à mon avis
21:49bienséance
21:49qui transcende
21:50les lois du marché
21:51il doit y avoir
21:52le droit
21:53de vivre
21:53et de bien vivre
21:54qui doit
21:55à mon avis
21:56transcender
21:56toutes les lois
21:57auxquelles on a exposé
21:59pour s'assurer
22:00que n'importe quelle personne
22:02sur un territoire
22:03et notamment français
22:04mais dans le monde entier
22:05mais français en l'occurrence
22:06puissent vivre dignement
22:08Vous avez justement été journaliste
22:10Jean-Philippe Louis
22:10est-ce qu'on raconte
22:11trop souvent
22:12ce sujet de la vie chère
22:13à travers les prix
22:14spectaculaires d'un produit
22:15alors que les conséquences
22:16sont plus lourdes
22:18je parle des études
22:19qui sont abandonnées
22:20des soins qui sont reportés
22:21des projets
22:22qu'on ne lance pas
22:23C'est ça
22:23la vie chère
22:25est une des branches
22:27qui mène
22:28forcément
22:29à énormément
22:31d'autres sujets
22:32qui sont
22:33tout aussi graves
22:34la violence
22:36sur les territoires
22:37c'est tout simplement
22:38la possibilité
22:39d'un avenir
22:40et la possibilité
22:41d'un avenir
22:42si on continue
22:42à découler comme ça
22:43c'est la possibilité
22:45de faire autre chose
22:46or moi je l'ai vécu
22:47même au sein
22:48de familles
22:50où on disait
22:51à un enfant
22:51à un jeune
22:52qui partait
22:53par exemple
22:53puisqu'on partait de partir
22:54et on disait
22:55écoute
22:55il va falloir que tu reviennes
22:56et que tu trouves un travail
22:58pour aider la famille
22:59ou même
23:00qu'il ne partait pas
23:01malgré
23:02les bons scores
23:03enfin malgré
23:04les bons résultats
23:07à l'école
23:08et on lui disait
23:08en fait
23:09désolé
23:09tu vas devoir
23:10trouver un travail
23:10très vite
23:10ça existe encore
23:12désormais
23:12en 2026
23:14et on le voit
23:14et notamment
23:15la vie chère
23:16fait partie
23:16de ces briques
23:17qui vont conduire
23:18à cela
23:19et à cette insularité
23:20les conséquences réelles
23:21de cette réalité économique
23:22allez on termine
23:23avec votre photo du jour
23:24Jean-Philippe Louis
23:25elle va s'afficher
23:26je la découvre
23:26en même temps
23:27que nos téléspectateurs
23:28pourquoi le choix
23:29de Christiane Taubira ?
23:31parce que je suis
23:31son grand fan
23:32tout simplement
23:33non parce que
23:36on prend
23:37beaucoup de modèles
23:38souvent des modèles
23:39qui ne sont plus
23:43de ce monde
23:44et qui n'impactent plus
23:45elle est encore vivante
23:45exactement
23:46qui n'impactent plus
23:47la société
23:47et justement
23:48c'est ce qui m'intéressait
23:49c'est que je trouve
23:50que Christiane Taubira
23:50est un modèle contemporain
23:52de comment on peut
23:53s'ériger par la culture
23:55par la connaissance
23:56et comment on peut
23:56naviguer dans ce monde
23:58très masculin
23:58qui est la politique
24:00dans ce monde
24:00qui est très parisien aussi
24:03qui est la politique
24:04comment on peut
24:05naviguer à travers
24:06les mots
24:06à travers la littérature
24:09et la culture
24:11et j'ai toujours été fasciné
24:13moi je peux regarder
24:14des discours entiers
24:16de Christiane Taubira
24:17elle m'a beaucoup inspiré
24:18pour ce livre
24:19d'ailleurs il y a
24:20un clin d'œil
24:20dans ce roman
24:22où je la cite
24:24elle a
24:24je pense qu'elle est
24:27un modèle
24:27pour tout jeune
24:28qui vit sur une île
24:30en se disant
24:30je vais pouvoir
24:32m'ériger
24:33à travers
24:33une culture
24:34mais à travers
24:35ma culture
24:35et c'est quelque chose
24:37qui m'a énorme
24:38je trouve que c'est
24:38une grande dame
24:40et j'avais d'autres
24:41idées en tête
24:42mais clairement
24:42pour moi
24:42Christiane Taubira
24:43c'est quelqu'un
24:44qui doit être
24:45dont on doit parler
24:47aux jeunes
24:48notamment aux Antilles
24:50et le plus longtemps
24:50et le plus souvent possible
24:52Christiane Taubira
24:52que nous avons eu le plaisir
24:53de recevoir également ici
24:54merci beaucoup
24:55Jean-Philippe Louis
24:56c'était un plaisir
24:57de vous recevoir
24:58sur le plateau
24:59de C'est pas si loin
24:59je rappelle votre ouvrage
25:00Les Fils du Capoquier
25:02paru chez Gallimard
25:03premier roman
25:04un premier très bon roman
25:05si je puis me permettre
25:06merci encore d'être venu
25:08merci à vous
25:08et de votre fidélité
25:10à C'est pas si loin
25:11replay et podcast
25:12sont bien sûr
25:13à votre disposition
25:14sur France.tv
25:15et sur toutes les plateformes
25:16OZIO évidemment
25:17très belle fin de semaine
25:18sur France Télévisions
25:19à la semaine prochaine
25:20même lieu même heure