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  • il y a 17 minutes
Chaque week-end, Sami Sfaxi vous accompagne de 21h à 00h dans BFM Grand Soir.

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00:00Et merci infiniment, merci Jeanne de nous avoir fait vivre cette procession au flambeau absolument fantastique avec ces images.
00:10C'est vrai Jean-François Colosimo, merci d'être avec moi.
00:12– Bonsoir, bonsoir.
00:14– Merci infiniment, pardonnez-moi pour ce retard, c'est vrai que cette cérémonie a pris un peu de retard.
00:19Mais qu'est-ce que vous retiendrez de cette soirée, de cette journée d'ailleurs, même à Lourdes ?
00:25On a entendu les mots du pape qui mettait véritablement les malades au centre de ce pèlerinage.
00:32– Alors je crois que vous voyez, vous avez deux aspects qui sont fondamentaux, qui ne cessent d'alterner.
00:39Par exemple, il y a la réunion de tout le clergé à Notre-Dame et la prière à Notre-Dame,
00:44et puis après il y a le discours à l'UNESCO, n'est-ce pas ?
00:47Là vous avez Lourdes, Lourdes c'est le pèlerinage.
00:49C'est le premier lieu de pèlerinage en France, vous devez savoir,
00:52c'est le troisième lieu de pèlerinage pour le monde catholique.
00:55Après Rome et après Notre-Dame de Guadalupe.
00:58Donc vous êtes là, si vous voulez, sur la séquence où le pape est pleinement le pape des catholiques.
01:06Mais le pape a aussi, je dirais, un message à adresser à l'entière humanité.
01:11Donc demain on sera sur les questions effectivement plus géopolitiques, l'Europe, etc.
01:17Plus géopolitiques ? Oui et non.
01:19Parce qu'il sera question de la paix, comme aujourd'hui il a été question de la maladie et de
01:23la mort.
01:23A chaque fois en fait, il ne faut pas, je dirais, vouloir opposer le discours politique au discours religieux.
01:30C'est une bêtise je dirais de voir ça comme ça, c'est d'être un peu, je dirais, condamné
01:36par un certain angle mort français.
01:38Le religieux c'est du politique, le politique c'est du religieux.
01:41Quand en fait tout ça c'est de l'anthropologie, c'est-à-dire c'est des considérations sur l
01:45'humanité.
01:46Alors là, effectivement, le grand message qu'il répète quand même depuis qu'il est arrivé, c'est le message
01:51de Vatican II, celui dans lequel l'Église catholique s'est résolument engagée.
01:55C'est la défense de la fragilité, de la vulnérabilité.
02:00C'est la défense de l'humanité qu'on pourrait croire diminuée, n'est-ce pas ?
02:05Ou qu'on pourrait croire absente, pensée aux malades d'Alzheimer, n'est-ce pas ?
02:09C'est la défense radicale d'une notion de l'humanité qui est complète, qui est holistique, qui va de
02:15la conception à la mort.
02:18D'où aussi, je dirais, cette façon qu'a eu le pape, et ça peut-être un peu déçu les
02:23gens qui ont adoré la soirée un peu rock'n'roll du Stade de France, n'est-ce pas ?
02:29C'est qu'effectivement, il est le pape et il défend une certaine conception.
02:35En même temps, il ne s'oppose pas du tout à l'État ou à la loi, n'est-ce
02:38pas ?
02:39Il n'a pas demandé aux catholiques d'entrer en sécession, en rébellion, en insurrection.
02:43Mais il rappelle cela, et au passage, donc, il y a cette notion qui est forte.
02:48C'est quoi être un être humain quand vous n'avez même plus l'air d'en être un ?
02:54Quand on vous a tout enlevé, quand on vous a enlevé votre capacité de liberté, d'initiative,
03:00par exemple quand vous êtes migrant, n'est-ce pas ?
03:02Quand vous êtes déplacé, que vous n'avez plus même de langue pour vous exprimer,
03:06qu'on n'arrive même plus à vous faire comprendre, que vous avez faim, que vous avez soif,
03:09qu'en est-il lorsque vous êtes sur un lit paralytique ?
03:12Est-ce que vous êtes encore un humain ? Est-ce qu'il faut se débarrasser de vous ?
03:15Qu'est-ce que vous en pensez ?
03:16Oui, bien sûr, mais en tout cas...
03:18Vous voyez, c'est ça la question qu'il pose, de manière très forte.
03:21Mais vous avez dit...
03:22Il oblige comme ça quand même à reprendre un peu, particulièrement dans nos cités d'abondance,
03:27où on est devenu un peu douillet quand même, à la difficulté, au mal, enfin, etc.
03:32Il nous rappelle aussi que nous sommes dans un monde de tragédie, n'est-ce pas ?
03:35Et quand le pape Léon XIV demande finalement de protéger la vie face à la maladie, bien sûr,
03:42c'est un message qui est envoyé à tous ceux qui ont défendu ce droit à mourir.
03:47On en a longuement discuté autour de ce plateau.
03:50Est-ce que ce message du pape Léon XIV peut peser dans le débat public, dans l'opinion publique ?
03:56Est-ce qu'il a cette force-là ?
03:58Quand on a vu ici, sur ce plateau, les images hier, sur la place de la Concorde et sur les
04:03Champs-Elysées,
04:04et cette ferveur populaire, on se dit quand même que cette voix, elle porte.
04:07Oui, mais je crois aussi que, vous voyez, dans son message, il a apporté une forme de réconfort.
04:13Vous savez, en France, il y a celui qui croit au ciel, celui qui n'y croit pas.
04:15Il se côtoie tous les jours.
04:17Et donc, je pense qu'il s'adresse aussi, par exemple, lorsqu'il s'adresse aux soignants,
04:23en leur disant qu'il comprend, finalement, le doute qui les étreint
04:29lorsqu'on les place face à cette capacité d'administrer la mort de manière directe,
04:35il les soutient.
04:36Je crois que c'est important.
04:37Donc, même un soignant qui, au fond, ne va pas à l'Église, n'est pas croyant, n'est même
04:40pas baptisé,
04:41peut trouver là, quand même aussi, un molle de réflexion.
04:46Je crois que c'est ça qui est important.
04:48Ça sert à ça, les papes, si ça sert à quelque chose, n'est-ce pas ?
04:51Oui.
04:51Et ceux qui voudraient qu'en fait que les papes se plient, finalement, à la dernière mode,
04:56ont tort, parce que dans ce cas-là, ils se diluraient.
04:58Ils n'auraient aucun sens, n'est-ce pas ?
05:00Et là, vous voyez, il y a un homme qui marque, quand même, par son intériorité,
05:06par sa discrétion, il ne force rien, et en même temps, par sa persévérance.
05:10C'est un opiniâtre.
05:12Bien sûr.
05:12C'est un tenace.
05:13Alors, on va juste aller sur le terrain une petite minute, Jean-François Cosimo,
05:17pour retrouver Élise Phillips, qui est avec, justement,
05:20ceux qui ont participé et assisté à cette procession au flambeau,
05:24qui était, il faut le dire, très impressionnante.
05:29Exactement.
05:30Et vous voyez, sur cette esplanade, juste devant la basilique du Rosaire,
05:34la basilique Notre-Dame du Rosaire, il y a encore des fidèles qui s'attardent,
05:38qui veulent profiter de ce moment d'après procession au flambeau.
05:41On a ressenti, effectivement, un grand moment de recueillement chez ces fidèles
05:46lors de cette procession au flambeau à laquelle le pape a participé,
05:50que le pape a effectué ici, à Lourdes, comme un pèlerin.
05:53C'est-à-dire qu'on l'a vu sur ces images assez impressionnantes tout à l'heure,
05:56le pape a parcouru ces quelques centaines de mètres ici, à Lourdes,
06:00à pied, avec des cierges à la main.
06:02Et ça, c'est vraiment un geste qui a été très remarqué par ces croyants.
06:06On est avec un groupe d'amis qui est venu de Biarritz,
06:09Joël, Jeanne-Marie et Nathalie.
06:12Joël, vous me disiez tout à l'heure,
06:14ce qui vous a marqué surtout pendant cette procession, c'est le silence.
06:16Le silence qui donne une dimension tellement forte à la réflexion
06:23et qui écarte complètement tout ce qui nous encombre, en fait, tous les jours.
06:31Et on vit dans le bruit, on vit dans la rumeur, on vit dans le...
06:35Et là, on était posés, on était plein de vérités
06:43et avec un sentiment de bien-être profond.
06:51Jeanne-Marie, votre amie, elle me disait à l'instant que pour elle,
06:54cette visite du pape en France, pour les croyants en tout cas,
06:57c'est comme une cure de vitamines.
06:58Est-ce que vous adhérez à ce qu'elle a dit à cette expression ?
07:01Non seulement les vitamines, mais je dirais,
07:03ils nous donnent une confiance dont on a peut-être besoin.
07:08Moi, j'ai le sentiment que hier, dans une de ces...
07:12Je ne sais plus à quel moment, il a parlé de la soif que l'on avait.
07:16Et c'est vrai qu'il nous apporte, justement, cette eau,
07:22cette lumière, cette alimentation dont on a besoin.
07:26Il dit avec des mots simples, mais très forts,
07:30ce dont on a vraiment besoin d'entendre aujourd'hui
07:33sur des sujets qui sont cruciaux et essentiels dans le monde actuel.
07:38Merci beaucoup à toutes les trois qui, effectivement,
07:41ont suivi aussi les prises de parole du pape ce week-end
07:45sur les malades, sur la fin de vie.
07:47C'est vrai que ce sont des paroles aussi qui ont été écoutées ici
07:50par ces fidèles et qui ont vécu tous ces moments de communion,
07:53ces moments de partage avec tous ces pèlerins ce week-end à Lourdes.
07:57Alors c'est vrai qu'évidemment, ici à Lourdes,
07:59il y avait une immense majorité de croyants, de catholiques pratiquants.
08:04Mais néanmoins, il y avait tout de même aussi d'autres personnes,
08:06peut-être un petit peu plus éloignées de la foi,
08:07qui ont aussi tenu à être présentes ce soir
08:10et qui ont vécu ce moment assez quand même impressionnant,
08:13on va dire, ce soir ici, cette procession en flambeau
08:16qui a clos ce passage du pape ici à Lourdes.
08:20Merci beaucoup Élise Phillips depuis Lourdes.
08:23Jean-François Colosimo, comment est-ce que vous décriveriez
08:26finalement le style de ce nouveau pape ?
08:28Qui, il faut le dire, on ne connaissait pas avant.
08:31On avait peut-être entendu quelques bribes de discours,
08:34mais c'est vrai qu'on le découvre, un style direct,
08:39avec bien sûr toutes ses nuances,
08:42mais aussi une forme de douceur dans ses prises de discours,
08:45mais les messages passent quand même.
08:46Oui, il faut comparer, parce qu'il n'y a pas d'absolu.
08:49Donc Jean-Paul II avait un immense talent théâtral,
08:52il faut le dire, il avait fait du théâtre,
08:54et donc il était capable, vous voyez, d'arriver à Paris,
08:58France, qu'as-tu fait de fiennes de l'église,
09:01qu'as-tu fait de ton baptême ?
09:02La phrase qui claquait, l'athlète de Dieu à l'époque,
09:06de la même manière qu'à la fin de sa vie,
09:08il était lui-même le malade absolu, n'est-ce pas ?
09:10Bien sûr.
09:11Et qu'il continuait malgré tout à être présent.
09:15Benoît XVI était dans la suavité, dans la profondeur,
09:19il était dans la distinction,
09:22ça a été tout simplement le dernier grand intellectuel européen,
09:26ou dans tout cas le dernier grand pape européen,
09:28au sens où il maîtrisait le grec, le latin, l'allemand, le français, l'italien, l'espagnol,
09:32il avait tout lu,
09:34et il était dans cette classe, n'est-ce pas,
09:37où il fallait prêter l'oreille en fait,
09:39et ça il savait demander, en fait, suggérer,
09:43qu'il fallait être à l'écoute,
09:44il fallait l'écouter.
09:46François, vous l'avez vu, c'était un prophète
09:48qui bousculait tout sur son passage.
09:50– Casser les codes.
09:51– Qui cassait les codes,
09:53qui tapait sur l'épaule de vos confrères,
09:57dans son avion, en entrant,
10:00il lui disait, au fait, alors finalement, tu t'es marié,
10:02et l'autre se disait, ah oui, oui, sainteté,
10:05il disait, ben bravo pour la prison.
10:06– J'ai eu l'occasion de le rencontrer, d'ailleurs, au vatican,
10:08dans sa Fiat 500 qui passait au milieu de tout le monde.
10:11– Oui, voilà.
10:13Donc, là, on a un homme dont on a pu penser au départ
10:16qu'il était timide.
10:17À mon avis, c'est faux.
10:18C'est un homme d'intériorité.
10:20C'est un homme de discrétion.
10:22C'est un homme qui vit les choses,
10:25les reçoit, les absorbe, les transforme,
10:27les transfigure à l'intérieur de lui-même,
10:29et en même temps, il est d'une solidité totale
10:32sur ce qui est l'enseignement, sur ce qu'il entend dire,
10:35mais il ne veut pas froisser,
10:37il ne veut pas blesser,
10:39il n'est pas dans un style de combat.
10:43Ce n'est pas un pape vertical qui vous dit ce qu'il faut penser,
10:46c'est un pape qui est en fait englobant,
10:49qui est enveloppant.
10:50C'est un pape qui vous accepte, d'ailleurs, dans son cercle.
10:54C'est assez fou.
10:55À mon avis, les gardes du corps, là, doivent être en permanence,
10:59je dirais, sur le qui-vive,
11:00parce qu'il va vers les gens, il accepte,
11:03les gens l'attirent, et lui, il se laisse attirer,
11:06en quelque sorte, il se donne.
11:07Il se donne véritablement.
11:09Et je crois qu'il a aussi, à fond, malgré tout, de fermeté,
11:13parce que vous savez, c'est un Augustin.
11:14Alors, c'est un Augustin, c'est un ordre qui est né au Moyen-Âge,
11:17avec les Dominicains, les Franciscains, etc.
11:19En en demandant.
11:20Il en a été le patron,
11:22ce qui veut dire aussi qu'il a une grande habitude du gouvernement,
11:24parce que c'est un ordre international,
11:26donc il s'est rendu au nord, au sud.
11:28Il a vu les gens, les frères qui étaient pauvres,
11:31les frères qui étaient riches,
11:32ceux qui voulaient, etc.
11:34Il a pris une grande habitude du gouvernement,
11:36donc c'est aussi un homme d'écoute, de concertation.
11:38Mais en même temps, il s'est tranché.
11:40Et ça, on le voit bien,
11:42il est extrêmement ferme sur ce qu'il croit vrai,
11:44parce que les Augustins,
11:46il s'avère qu'ils sont aussi augustiniens.
11:48Saint-Augustin, c'est le grand saint qu'il est allé voir.
11:51Le père de l'Occident, n'est-ce pas ?
11:53L'œuvre monumentale qu'il est allé voir,
11:56ça a été le voyage en Afrique, n'est-ce pas ?
11:58Il est allé sur les traces d'Augustin, qui est son maître.
12:01C'est vrai que ses premiers voyages ont surpris, en tout cas,
12:04une partie de ceux qui avaient l'habitude de suivre le Vatican en Afrique.
12:08Il est allé en Algérie également.
12:10En Algérie, où il est allé aussi à la rencontre,
12:12il faut le savoir, du cardinal Jean-Paul Vesco,
12:14qui initialement était un Français,
12:17un grand Dominicain aussi,
12:18qui est aujourd'hui l'archevêque d'Alger,
12:20et bien un cardinal aussi en lien dans le dialogue avec l'islam.
12:23Jouerai-t-il.
12:25Augustin, c'est aussi le sentiment tragique, n'est-ce pas ?
12:28Il a beaucoup de références lorsqu'on l'écoute bien.
12:31La cité des hommes, la cité des dieux, la tragédie de l'histoire.
12:35Comment est-ce qu'on va faire pour sauver l'humanité ?
12:38Cette notion qu'il y a une humanité à sauver,
12:40qu'il habite et qui explique finalement aussi son voyage.
12:45Simplement, le monde a changé.
12:47Son voyage, c'est le même à peu près que celui de Benoît XVI en 2008.
12:51Mais il y a cette étape de demain.
12:53Metz.
12:54Metz pour réunir les religieux,
12:57faire en sorte que les guerres de religion ne puissent pas prendre,
13:00pour dire non à la guerre,
13:02et célébrer dans l'Europe, en fait,
13:05une méthode de résolution des conflits,
13:07de dépassement des guerres.
13:08Or, il faut savoir juste un mot,
13:09c'est que l'Europe, c'est une fondation chrétienne au départ.
13:13Pas l'Europe du Moyen-Âge.
13:15L'Union Européenne, là,
13:17c'est-à-dire ces trois démocrates chrétiens,
13:19qui sont trois catholiques pratiquants,
13:22qui s'appellent Robert Schumann,
13:24Metz,
13:26Adénoer, l'Allemand,
13:27Gasperi, l'Italien,
13:28ils sont tous les trois.
13:29Et ils sont véritablement portés par la vision du Vatican
13:32de refaire une Europe de la paix,
13:35de la solidarité.
13:36C'est, vous voyez, le drapeau venait à Lourdes.
13:39Oui.
13:40Drapeau.
13:41Drapeau de l'Europe,
13:42il est bleu marial.
13:43C'est le bleu de Marie.
13:45Les douze étoiles.
13:46Il n'y a pas douze pays lorsqu'on fonde l'Europe, n'est-ce pas ?
13:49Il y en a beaucoup plus aujourd'hui.
13:51Ces douze étoiles, elles viennent d'où ?
13:52Mais elles viennent de l'Apocalypse.
13:55De la révélation de la dame de l'Apocalypse.
13:57Donc c'est toutes les racines chrétiennes du continent européen
13:59que vous évoquez.
14:00Est-ce que...
14:01Et Schumann, vous le savez certainement,
14:03est vénérable,
14:04et peut-être qu'il va être béatifié,
14:05peut-être qu'il va être canonisé ?
14:07Peut-être, on verra.
14:08Mais est-ce que, justement,
14:10demain, vous parliez de l'Europe à l'instant,
14:12est-ce que la voix du pape
14:14sur les questions de la résolution des conflits,
14:16on va en parler d'ailleurs dans un instant,
14:18peut réellement peser, justement,
14:19auprès des dirigeants, auprès des puissants ?
14:22On voit quand même,
14:23on voit ce bras de fer avec Donald Trump
14:25sur un certain nombre de sujets.
14:26On n'a pas l'impression que ces mots
14:29se transforment en actes, ou en tout cas...
14:31Alors, je dirais d'abord, vous savez,
14:32que c'était la fameuse formule de Staline,
14:36le pape, combien de divisions ?
14:37Combien de divisions blindées ?
14:40Je crois qu'il n'y a plus du RSS,
14:41mais que le Vatican est encore là.
14:43Donc, je crois qu'il ne faudrait pas
14:45se prendre des paris trop audacieux
14:46dans la confrontation avec cette puissance spirituelle.
14:51La deuxième, c'est que le Vatican,
14:53c'est la plus grande diplomatie du monde,
14:55parce que non seulement le Vatican est présent
14:57dans 200 pays avec les fameuses non-ciatures,
15:00l'ambassade où a dormi le pape Léon à Paris,
15:04mais en même temps,
15:05il y a tous ces missionnaires.
15:07Et puis, il y a, vous le savez,
15:10vos amis journalistes de guerre le savent,
15:13il y a toujours ces deux sœurs
15:15qui sont là où il n'y a plus personne d'or,
15:18sur un champ de bataille au bout du monde,
15:20dans un endroit de désolation parfaite,
15:22et elles ramènent aussi
15:23du témoignage,
15:25de l'information.
15:26Donc, on a vu, par exemple, le Vatican
15:28permettre la réconciliation
15:29entre Barack Obama et Fidel Castro.
15:32Ce ne serait pas fait sans le Vatican.
15:35Qu'est-ce qu'il fait face à Trump ?
15:37Mais justement, Trump aimerait l'amener
15:39dans la cage de MMA.
15:41Vous voyez ce que je veux dire ?
15:42Ce qui n'est pas le lieu pour un pape,
15:44ou dans la cage au Lyon.
15:46Qu'est-ce qu'il fait ?
15:46Qu'est-ce qu'il fait ?
15:47Non, qu'est-ce qu'il fait ?
15:48Le 1er mai,
15:50il nomme son premier évêque
15:52aux États-Unis.
15:54Vous savez qui c'est ?
15:55C'est un Salvadorien
15:56qui a fui
15:58le sang qui coulait de tous les côtés
16:00au Salvador entre guerres civiles,
16:02narcos,
16:03commandos,
16:04policiers de la mort,
16:05qui est arrivé aux États-Unis
16:06sans papier.
16:07Il a vécu des années sans papier
16:09avant d'être recueilli
16:10par l'Église catholique
16:11devenir prêtre.
16:12Le premier évêque qu'il nomme,
16:13c'est un sans-papier
16:14d'Amérique du Sud.
16:15Ça, c'est un message
16:16directement adressé.
16:18Oui, voilà.
16:19Donc, il faut regarder
16:20ce que fait le pape
16:22très attentivement
16:22parce qu'en fait,
16:24vous voyez bien,
16:24qui plus est, lui,
16:26particulièrement,
16:27ce sont des manières
16:28de discrétion,
16:29mais des manières aussi
16:30d'efficacité.
16:31Alors, je sais que cette question
16:32est un peu délicate,
16:33mais est-ce que vous pourriez
16:34donner une couleur politique
16:35au pape ?
16:36Alors, ce n'est pas forcément,
16:38bien sûr,
16:39les us et coutumes,
16:40mais on a souvent dit
16:41que le pape François
16:42avait, on va dire,
16:43un tropisme plus à gauche.
16:45Est-ce que le pape Léon XIV,
16:48est-ce qu'on peut aller
16:48sur ce terrain-là ?
16:50Est-ce qu'il a ce côté
16:51un peu plus conservateur
16:52que le pape François,
16:54par exemple ?
16:54Alors, je ne sais pas
16:55ce que ça veut vraiment dire,
16:57tout cela.
16:58Tout ce qu'on peut dire,
16:58c'est que dans sa biographie,
17:00vous notez que c'est
17:01un Américain du Nord
17:02qui prend la nationalité
17:04d'un pays d'Amérique du Sud,
17:06le Pérou.
17:07Ce qui veut dire,
17:08selon vous ?
17:09Ce qui veut dire
17:09que c'est un homme
17:10qui est plus attaché
17:11à sa mission
17:13qu'à son identité.
17:14D'accord.
17:18C'est intéressant.
17:19C'est le premier point.
17:21Le deuxième point,
17:23c'est que certains veulent dire
17:26« Ah, il est plutôt conservateur
17:28par rapport à François, etc.
17:29Regardez comment il s'habille
17:31alors que François avait réduit
17:32le faste pontifical à zéro. »
17:36Mais moi, je crois qu'on se trompe
17:37parce qu'aux États-Unis,
17:38en fait, pour se distinguer,
17:39les catholiques,
17:40ils sont dans un monde protestant,
17:43cultivent beaucoup la belle liturgie,
17:44la trompe, le faste, etc.
17:47Et lui, il est nord-américain.
17:49Donc, il n'a aucune difficulté.
17:50Et puis, vous remarquerez
17:52qu'il arrive à Paris,
17:53il est le pape de tous les catholiques.
17:55C'est-à-dire que là,
17:56les progressistes,
18:00les traditionnalistes,
18:00les réactionnaires,
18:02les gauchistes,
18:04il fait l'unanimité.
18:07Donc, ça veut dire que soit...
18:09– Non, mais c'est intéressant
18:10parce que ce n'était pas le cas
18:12du pape François sur ces questions-là.
18:14– Mais le pape François,
18:14en même temps,
18:15je dirais qu'il vous a
18:16un peu abusé, si vous voulez,
18:18parce qu'il avait des positions
18:19qui semblaient
18:19extraordinairement progressistes,
18:21renverser la table
18:22en politique,
18:24en termes de société, etc.
18:26Mais sur les fondamentaux,
18:28le célibat des prêtres, etc.,
18:31il était, on ne peut plus, rigoureux.
18:34Donc, je crois que,
18:35aujourd'hui,
18:37ce dont il témoigne,
18:39c'est surtout cette chose-là.
18:41Il est le défenseur.
18:43capitale,
18:44parce qu'il est à la tête
18:46de 1,4 milliard de personnes
18:48dans le monde,
18:49c'est lui,
18:50vers lui,
18:50que 1,4 milliard de personnes
18:52se tournent.
18:52Il est le défenseur,
18:54en fait,
18:54de tout ce que
18:55les néo-empereurs,
18:58Poutine,
18:59Xi Jinping,
19:01Erdogan,
19:02Modi,
19:03et désormais Trump,
19:04veulent effacer,
19:06à savoir,
19:06l'État de droit,
19:09le droit international,
19:10les institutions internationales,
19:14les règles de paix,
19:16n'est-ce pas ?
19:16Alors qu'aujourd'hui,
19:17vous voyez triompher
19:18un retour de la force
19:20et de la violence sacralisée,
19:22c'est lui qui se dresse
19:23pour dire non
19:24et qui soutient,
19:26en fait,
19:26regardez comment il nous soutient
19:28indirectement en Europe,
19:30nous qui sommes écrasés
19:31par cette rupture transatlantique,
19:33par ce Trump
19:33qui nous envoie,
19:34nous balade,
19:36nous...
19:36Lui, il est là
19:37et il dit non.
19:38Il va à l'UNESCO
19:40dont Trump veut sortir.
19:42Et il dit à l'UNESCO
19:43vous faites un bon travail.
19:45Je crois que donc
19:46on voit que là,
19:47il est en fait,
19:48là encore,
19:49un défenseur en fait
19:50de la figure de l'humanité,
19:52de la dignité humaine
19:53face à ces néo-potentins,
19:58à ces néo-despotes
20:00qui eux n'entendent,
20:01encore une fois,
20:02que la brutalité.
20:03Que la force
20:03et que la brutalité,
20:04absolument.
20:05Est-ce que selon vous,
20:06c'est ce qui le rend
20:06quelque part,
20:08même si ce terme
20:08est peut-être galvaudé
20:09dans cette situation,
20:10mais séduisant
20:10auprès de son public,
20:11auprès de ses fidèles ?
20:12On a vu par exemple
20:14dans les rues de Paris
20:14une ferveur
20:16qui dépassait finalement
20:18les frontières de la religion,
20:19des gens qui n'étaient pas
20:20forcément croyants.
20:21Et tout le monde
20:22s'accordait à dire
20:23c'était un moment d'unité.
20:25Que vous soyez catholique
20:26ou pas.
20:27Non mais attendez,
20:28d'abord dans cette France
20:29qui est traversée
20:29de doutes,
20:30d'inquiétudes,
20:31qui est la canicule,
20:33les incendies,
20:33les guerres,
20:35une campagne présidentielle
20:36qui s'annonce
20:37d'une violence totale,
20:40etc.
20:41Il arrive
20:42et le temps se suspend.
20:43Il y a une suspension du temps.
20:45Une parenthèse
20:45un peu enchantée.
20:46Un peu enchantée,
20:47c'est ce que j'allais dire.
20:48Parce que d'un coup,
20:48c'est la bienveillance
20:49qui règne.
20:50Et pourquoi la bienveillance règne ?
20:52Moi, mon idée là-dessus,
20:54c'est qu'en fait,
20:54il arrive,
20:55le gars,
20:56il est à la fois
20:57totalement puissant
20:58et totalement désarmé.
21:00Il a une puissance,
21:01celle d'une institution
21:03qui a 2000 ans d'existence,
21:05encore une fois,
21:06représentant
21:06deux êtres humains
21:07sur dix.
21:08Et en même temps,
21:09il ne prétend à rien.
21:10Et contrairement,
21:11en fait,
21:12à nos personnels politiques,
21:14c'est ça qu'il est important
21:15de comprendre,
21:16contrairement à nos personnels politiques,
21:18en fait,
21:19lui,
21:19il se ressemble.
21:20C'est-à-dire,
21:21regardez,
21:21s'il avait été une star,
21:23s'il avait été une personnalité politique
21:24ordinaire,
21:25il a des racines françaises.
21:26Tout le monde le sait,
21:27en Normandie.
21:28Il aurait dit,
21:28je vais faire mon petit voyage
21:29en Normandie
21:30pour voir mes racines.
21:31Mais pas du tout.
21:31Le gars,
21:32il n'existe plus.
21:33Il n'existe plus
21:34en tant qu'individu
21:36parce qu'il se donne
21:37totalement
21:38à sa mission.
21:39Cette capacité de sacrifice,
21:41c'est celle
21:42qu'on a pu connaître,
21:43par exemple,
21:43chez un De Gaulle
21:44et qu'on a perdu en politique.
21:45Et ça,
21:46je crois que ça émeut les gens
21:47parce que d'un coup,
21:48il y a quelqu'un
21:48qu'on peut rencontrer,
21:50qu'on peut regarder dans les yeux.
21:51Il n'y aura pas de mensonge,
21:53il n'y aura pas de manipulation.
21:54D'ailleurs,
21:54il vous dira même parfois
21:56au bout d'un moment,
21:57alors que la conversation
21:57était si fabuleuse,
21:58il va vous dire des choses
21:59qui vont peut-être
22:00un peu vous contrarier.
22:01Oui, c'est ça.
22:02N'est-ce pas ?
22:03Voilà, parce qu'il va vous dire
22:03« Ben non,
22:04moi, je ne suis pas d'accord
22:05sur tel point, tel point. »
22:07Et il y a cette vérité,
22:09en fait,
22:10retrouver un peu de vérité.
22:11Et cette vérité,
22:12elle a inspiré
22:12beaucoup de bienveillance.
22:14Quand même,
22:14il fallait voir
22:15la sortie du Stade de France,
22:17si vous voulez,
22:18avec des policiers
22:20tellement heureux
22:21d'être de mission
22:22ce soir-là.
22:23Vraisemblablement,
22:24il vous a séduit,
22:25quand même,
22:25ce pape Léon XIV.
22:27C'est un personnage
22:28et on n'en est qu'au début,
22:30vous savez qu'il n'a que 71 ans.
22:32Est-ce qu'on peut parler
22:33d'ailleurs d'une génération
22:35Léon XIV,
22:36comme il y a eu
22:36cette génération Jean-Paul II ?
22:38Je n'ai pas cette expression.
22:39Pourquoi ?
22:40Parce qu'elle suppose
22:42qu'il y aurait une jeunesse
22:44totalement homogène.
22:47les jeunes catholiques
22:49aujourd'hui reviennent.
22:53Plutôt,
22:53les jeunes reviennent
22:54à l'Église.
22:54Ils ne sont même pas catholiques
22:55au départ,
22:56on ne sait même pas
22:56ce qu'ils sont.
22:57Ils viennent demander quoi ?
22:58Du sens,
22:59de la verticalité,
23:01du sens,
23:02de la verticalité
23:03et de la communion
23:04et des repères.
23:06Ils les trouvent.
23:07Mais ils sont tellement divers.
23:09Ils sont tellement divers,
23:10n'est-ce pas ?
23:11Donc,
23:12je ne crois pas
23:12qu'il y aura,
23:13comme certains le redoutent,
23:14un vote
23:15de la génération
23:16non-quatre ans.
23:17C'est là où
23:18tout ce vocabulaire
23:19est un peu piégeux
23:20et piégeant.
23:21Dans l'Église,
23:22il y a des personnes.
23:23Il n'y a pas des courants.
23:26Merci infiniment,
23:27Jean-François Colosimo,
23:28d'être venu sur ce plateau
23:29et d'avoir échangé
23:32sur cette...
23:33En tout cas,
23:34d'avoir fait un peu
23:35de théologie aussi
23:35et d'avoir décrypté,
23:37c'est vrai,
23:37ce moment fantastique.
23:39J'ajouterais un mot,
23:39il en faut de la théologie.
23:41Bien sûr, bien sûr.
23:42Voilà, merci.
23:43Merci infiniment.
23:44Et on va d'ailleurs
23:44continuer à suivre.
23:45Demain,
23:46ce n'est pas fini,
23:46bien sûr.
23:47Absolument.
23:47À Metz, tout ça.
23:48Merci, merci.
23:49Merci à vous.
23:50Et très bonne soirée à vous.
23:51– Sous-titrage Société Radio-Canada –

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