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00:00Bonjour à toutes et à tous, je suis Augustin Trapenard et je suis tellement content de vous retrouver pour une
00:04nouvelle saison de variété.
00:06Pour la première émission, je reçois une romancière qui est à elle-même depuis trois décennies l'oracle de la
00:11rentrée littéraire.
00:11Elle est un petit peu comme le Beaujolais nouveau, sauf qu'elle débarque fin août, début septembre, et qu'elle
00:16préfère le champagne.
00:17Regardez-la, s'installer dans notre petit studio, tout en chemise noire de soie et sans chapeau, s'il vous
00:22plaît.
00:23Elle est discrète, elle est délicieuse, elle est toujours sur le point de s'excuser, elle est entrée sur la
00:28pointe des pieds
00:28pour nous parler aujourd'hui d'amour, de tyrannie, de parentalité et de beauté, à travers son nouveau roman L
00:34'adolescence du perroquet.
00:36Bonjour Amélie Nothomb.
00:37Bonjour Augustin.
00:38Merci beaucoup d'être là. Vous avez conscience d'incarner, pour beaucoup, la fin de l'été, tout simplement, la
00:43rentrée.
00:44J'espère qu'on ne m'en veut pas trop, mais pour le coup je suis doublement un marronnier, d
00:48'abord parce que j'apparais chaque année à la même époque,
00:50mais surtout parce que quand les marronniers commencent à roussir, on sait qu'on va me voir apparaître.
00:54Un marronnier pour celles de ceux qui ne le savent pas, c'est comme un poncif, c'est comme un
00:58lieu commun qu'on reprend en journalisme des moments de l'année précise.
01:02Ça peut être par exemple la rentrée des classes, effectivement, ça peut être plein d'autres choses.
01:06Adieu piscine et farniente, le Nothomb nouveau est arrivé.
01:10Cela dit, ça vaut aussi pour vous, c'est un retour au boulot, je suppose. Vous faites quoi l'été,
01:14vous, tiens ?
01:15L'été, je vais toujours, en Belgique, mon pays, en Ardennes, me reposer très profondément,
01:20parce que croyez-moi, il faut reprendre des forces avant un tel exercice.
01:24Parce que ça vous met dans quel état, une rentrée littéraire, honnêtement ?
01:26Imaginez un rendez-vous amoureux, puissance, un million.
01:29Là, j'imagine, j'imagine. Avec le stress, avec l'angoisse.
01:33Avec le stress, avec la joie, mais surtout la peur de ne pas être à la hauteur, la peur de
01:37décevoir,
01:38et en même temps le désir fou d'y aller.
01:40Encore aujourd'hui, Amélie Nothomb ?
01:42Mais encore plus, maintenant.
01:43Vraiment ?
01:44Je vous jure que c'est vrai, c'est exponentiel.
01:46Venez en exercice, qu'est-ce qui pourrait se passer de pire, comme disait ma grand-mère ?
01:50Rien, en réalité.
01:51Franchement, je ne vois pas.
01:52Bon, ben alors, il n'y a pas de raison de stresser, il n'y a pas de raison d
01:54'angoisser.
01:55Vous avez sûrement raison.
01:56Ça m'intéresse. Quelle superstitieuse est-ce que vous êtes, vous précisément, pour qu'on comprenne le niveau ?
02:00Je suis très superstitieuse parce qu'on ne sait jamais.
02:03Je collectionne les trêves à quatre feuilles, je ne passe pas sous une échelle.
02:06Je me dis, on n'est jamais trop prudent.
02:08Votre pire superstition, la plus étrange, la plus suspecte peut-être même ?
02:12Les parapluies déglinguées.
02:14Je suis persuadée que les parapluies déglinguées portent bonheur.
02:16Et chez moi, énormément de parapluies déglinguées.
02:19Vous ne les ouvrez pas, j'espère, à l'intérieur de la maison ?
02:21Non, mais j'en ai chez moi.
02:23Oui, plusieurs ?
02:24Plusieurs.
02:24Quand vous dites plusieurs, c'est beaucoup.
02:26C'est beaucoup.
02:28Et là, en entrant dans le studio, qu'est-ce que vous avez fait précisément de superstitieux ?
02:31Alors, sous la table, j'ai retourné mes pouces à 180 degrés.
02:36Tout de suite avec vous, ça devient effrayant.
02:38Vous savez quoi ? On a aussi, nous, un rituel dans variété.
02:40On ne va certainement pas changer pour la première de cette deuxième saison.
02:43C'est l'invité qui lance l'émission.
02:45Amélie Notombe, variété, c'est parti !
02:52Alors, j'y pensais ce matin, comment est-ce qu'on ouvre une conversation ?
02:55Une conversation, même n'importe quelle discussion.
02:57On ne lance pas un sujet sur la vie, sur la mort ou je ne sais quoi.
03:00Ça ne se passe pas comme ça.
03:02On commence par une petite chose.
03:04Presque rien.
03:05Le temps qu'il fait.
03:06La couleur d'un pull ou d'un manteau.
03:08Les gens croisés dans le métro.
03:10Presque rien.
03:10Je suis désolé, mais ça fait du bien.
03:12Et je voudrais faire un éloge de l'anecdotique, du banal, de l'insignifiant, du superficiel, de l'anodin.
03:19Parce que c'est une politesse parfois que de ne parler de rien.
03:22Et parce qu'on en a quand même besoin.
03:24Alors, plutôt que le dérèglement du monde, la rentrée ou la guerre,
03:26je parle du goût acidulé des fraises, du pétillement glacé, du champagne, du réconfort, du saint nectar,
03:33de l'importance de mon oreiller à mémoire de forme, quitte à être terre à terre.
03:37Là, on commence à se parler.
03:38Là, on s'écoute.
03:39On commence à faire société.
03:41Je ne sais pas, moi, comment se passe ton week-end ?
03:43Quelle est ta race de chien préférée ?
03:44N'importe quoi.
03:45Chocolatine ou pas au chocolat.
03:46Voilà.
03:5015h, 16h.
03:51Variété.
03:52Variété.
03:53C'est votre rendez-vous avec Augustin Trapenard sur RTL.
03:58Amalie Nothomb, qu'est-ce qu'il y a de plus anodin en vous ?
04:01Mon plaisir de m'enrouler dans la couette.
04:03Je suis très contente parce que là, il sait sans fin de faire très chaud
04:06et on peut recommencer à s'enrouler dans sa couette, dans son lit.
04:09Et ça, j'adore.
04:10Mais est-ce que vous êtes comme moi et vous aimez bien quand même qu'un pied dépasse ?
04:13Pour aérer un petit peu.
04:14Il y a toujours un pied qui dépasse.
04:15Un poil qui dépasse même, parfois, on peut le dire.
04:18Vous vous trouvez, vous, banale, anodine ?
04:22Moi, oui, complètement.
04:23Je n'ai jamais connu d'autre façon de faire que la mienne.
04:26Donc, je la trouve parfaitement anodine.
04:28Et vous comprenez qu'on ait du mal, évidemment, à vous croire.
04:31Ou alors, votre réputation, votre image publique serait un immense malentendu.
04:34Parce qu'on vous présente, et c'est d'ailleurs présent dans votre nouveau texte,
04:38souvent comme quelqu'un avec un grain de folie.
04:40Je sais que j'ai cette réputation, ça ne me déplaît pas,
04:42mais très honnêtement, je n'ai jamais su d'où ça venait.
04:44Vraiment ?
04:44Je vous jure que c'est vrai.
04:45Alors, mais si on est complètement honnête, Amélie Nothomb,
04:48au tout début de votre carrière, quand vous vous présentiez à la télévision,
04:50avec le grand chapeau, en disant que vous mangez des fruits pourris,
04:53ça peut donner, c'est effectivement une impression d'original.
04:56J'ai toujours été d'une désarmante sincérité,
04:59et c'est une chose qui me poursuit depuis l'enfance.
05:01Plus je suis sincère, moins on me croit.
05:03C'est très bizarre.
05:05J'ai décidé de vous croire aujourd'hui.
05:07Mais vous avez raison.
05:08Je vous parle de la beauté des choses anodines,
05:10parce que dans ce nouveau roman qui s'appelle l'adolescence du perroquet,
05:12il est question d'un homme qui est chroniqueur à la radio,
05:15et qui est passionné, je vous cite, par l'anecdotique,
05:17par les choses vues, les pannes de métro,
05:19l'expression à la mode, le petit plat sympathique.
05:21Et quelque chose me dit que vous aussi, vous aimez ça.
05:24Mais je suis exactement ça.
05:25J'ai adoré le commencement de votre émission,
05:28parce que j'adore l'anodin.
05:29Pourquoi faut-il toujours recourir au tragique et au dramatique,
05:32alors que l'anodin est tellement intéressant ?
05:34C'est-à-dire le métro, en fait, par exemple.
05:35Le métro.
05:36Vous qui le prenez souvent.
05:36Le métro, le quotidien.
05:38Rien n'est plus intéressant que le quotidien.
05:40Le quotidien est une possibilité d'approfondissement que je trouve géniale.
05:43Quelle chose banale attire toujours votre regard dans le métro,
05:47vous qui êtes romancière ?
05:48Les gens.
05:48J'adore regarder les gens dans le métro.
05:50Il paraît que c'est très impoli, mais je ne peux pas m'en empêcher.
05:52J'adore regarder les gens dans le métro.
05:54Vous savez que les gens vous regardent également ?
05:56Je n'en suis pas consciente, heureusement.
05:57Ils vous reconnaissent, Amélie Nothomb.
05:59Vous dites quoi dans ce cas-là, d'ailleurs ?
06:00Quelle étrange rencontre avez-vous bien pu faire dans le métro ?
06:02Ça vous est forcément arrivé une fois.
06:04Oui, mais enfin, moi je dis bonjour.
06:06Je suis tout aussi charmée des gens que je rencontre.
06:09Je ne sais pas si les gens qui me rencontrent sont charmés,
06:11mais moi je suis charmée de les rencontrer.
06:13Vous savez qu'il arrive qu'on vous prenne en photo, même dans le métro.
06:15C'est arrivé cet été, je suis tombée sur une paparazzade de vous,
06:18accrochée à la barre du métro, presque en pole dancing,
06:21en jean, tennis, t-shirt d'estroye.
06:23Vous l'avez vue cette photo ?
06:24Je l'ai vue et je la trouve parfaitement anodine.
06:27Comme je vois que les gens, cette photo fait le buzz
06:30plus que tout ce que j'ai pu faire dans ma vie.
06:32C'est ça.
06:32Nous sommes nombreux à aimer l'anodin.
06:34Et on est peu de choses aussi.
06:36C'est aussi ce qu'il faut se rappeler.
06:38C'est ça.
06:38Vous trouvez que c'est élégant ?
06:39Je me souviens de cette expression dans l'adolescence du perroquet.
06:43Votre personnage dit l'anodin, c'est la perle rare.
06:45Personne ne vous téléphone pour vous dire
06:46il m'est arrivé quelque chose d'anodin.
06:48C'est la preuve de l'élégance de ce concept.
06:50Mais c'est ça, l'élégance, c'est ce qui ne se remarque même pas.
06:53C'est aussi pour ça que j'aime tellement l'anodin.
06:55La vie de tous les jours, ça a quel sens pour vous ?
06:57C'est ce que je préfère.
06:58Bon, j'adore les événements tels qu'aller rencontrer Augustin Trapenard.
07:02Mais une vie sans événement me va très très bien aussi.
07:04Quand il ne se passe rien, je trouve ça fascinant.
07:07Ce que j'aime bien dans cette expression,
07:08il ne se passe rien, c'est qu'il se passe en réalité quelque chose.
07:10C'est qu'il se passe énormément de choses.
07:12Ça ressemble à quoi le rien d'Amélie Nothomb ?
07:14Or effervescence, or angoisse, or rentrée littéraire.
07:17Alors j'ai expérimenté ça cet été.
07:19Je passais deux heures par jour au fond du jardin sur une chaise longue.
07:23Et j'étais attentive à l'absolument rien qui se passait autour de moi.
07:27Le vol d'un rouge-gorge, l'apparition d'un papillon.
07:30J'appelais ça le zen du fond du jardin.
07:32J'ai trouvé ça génial.
07:34Je recommande à tout le monde d'essayer.
07:36Et quelle élégance aujourd'hui de m'en parler à Amélie Nothomb ?
07:38J'ai l'impression que pour vous l'élégance c'est une philosophie.
07:40Le convo de l'élégance ce serait quoi tiens d'ailleurs ?
07:43C'est d'être parfaitement soi-même en toute sincérité,
07:46tout en étant parfaitement agréable.
07:48Et puis ce serait aussi à vous entendre de traiter avec respect les choses qui ne paient pas de mine.
07:52Qu'on dédaigne, qu'on méprise, qu'on ne regarde pas forcément.
07:55C'est tellement vrai.
07:56Comme par exemple les parapluies déglinguées.
07:58C'est la raison pour laquelle je prête un tel pouvoir aux parapluies déglinguées.
08:01C'est qu'on les jette, qu'on oublie combien ils ont pu nous sauver.
08:04Et finalement je les trouve très émouvants.
08:06On pourrait construire des cimetières de parapluies.
08:08Des cimetières de parapluies déglinguées ce serait magnifique.
08:10Ce serait des collections.
08:11En vrai vous en avez combien ?
08:13Oh je ne sais pas compter.
08:14Au regard de votre oeuvre qui célèbre l'anodin justement souvent,
08:19vous avez pu en souffrir vous de ça ?
08:21De ne pas être regardée de la bonne façon ?
08:22De mépris parfois ?
08:23De dédain ?
08:24C'est une chose qui m'est beaucoup arrivée.
08:26Bon par ailleurs c'est normal.
08:27Il m'est arrivé une chose qui n'arrive pas à grand monde.
08:30Je suis devenue connue.
08:32Comment est-ce que ça ne susciterait pas le malentendu ?
08:35Donc il y a eu beaucoup de malentendus.
08:37Beaucoup de gens m'ont regardée de haut.
08:39Bon ça se voit que je suis bon public quoi.
08:41C'est vrai.
08:42Je suis dramatiquement bon public.
08:44Je ne sais pas si je suis bon public dans les livres que j'écris.
08:46Mais je suis très bon public quand je vais assister au spectacle des autres.
08:50Ou lire les livres des autres.
08:51Je suis quelqu'un qui aime à peu près tout.
08:54Et ça a pu me faire regarder de haut par beaucoup de gens.
08:57Et puis il y a quelque chose dans votre écriture, dans votre oeuvre, dans votre travail
08:59qui relève aussi pour moi de l'élégance.
09:02Vous allez me dire ce que vous en pensez.
09:03C'est le poids plume.
09:04C'est moins de 200 pages souvent.
09:05Dans le style, dans la forme.
09:06Vous faites depuis toujours des livres très courts, fulgurants.
09:10Comme si par la brièveté, vous ne voulez pas trop qu'on vous regarde.
09:13Vous vous mettiez un petit peu en retrait.
09:15Je trouve que la brièveté est en effet une forme d'élégance.
09:19De ne pas trop encombrer les gens.
09:20C'est paradoxal parce qu'à côté de ça, j'adore les livres très longs.
09:24Mais je serais certainement incapable d'en écrire.
09:26C'est la question que j'allais vous poser.
09:27Un livre de 500 pages, Amélie Nothomb, c'est possible ?
09:29Impossible.
09:30Pour moi, c'est parfaitement impossible.
09:31D'autant plus que plus les années passent, plus j'écris.
09:33Bref.
09:34Je rêve d'obtenir l'épure absolue.
09:36Ça serait quoi un mot ?
09:37Quand vous m'inviterez dans 20 ans, si toutefois vous m'invitez encore dans 20 ans,
09:41ça sera deux pages.
09:42Deux pages.
09:43Oui, c'est ça.
09:44Ou une phrase.
09:44Une saga en neuf volumes.
09:46Un roman de guerre.
09:47Une histoire de la Belgique.
09:48Jamais.
09:50Alors, je suis sûre que ce serait passionnant, mais ce n'est pas moi qui l'écrirai.
09:54Mais cela dit, si on prend tous vos livres, peut-être qu'ils racontent, comme autant de chapitres,
09:57une saga, un roman de guerre, une histoire de la Belgique aussi.
10:00Alors ça, c'est vrai.
10:01Peut-être à ma mort, on comblera tous les livres.
10:04Parlez pas de malheur, on y aura entre eux.
10:05Et on obtiendra enfin un livre d'une dimension honorable.
10:08Et peut-être qu'à ce moment-là, on verra quelque chose comme The Big Picture.
10:11The Big Picture, la grande photographie d'Amélie Nothomb.
10:14Votre personnage principal dans l'adolescence du perroquet, ce nouveau roman,
10:17c'est un homme qui a la quarantaine, je le disais, et qui a tout a priori du mec un
10:20peu banal.
10:21Il est seul, sans histoire, comme une page blanche.
10:23Et j'ai l'impression que vous aimez bien ces personnages anodins à première vue,
10:28à qui on ne prêterait pas attention précisément.
10:30Oui, c'est pour ça qu'il s'appelle Alban.
10:31Il est une page blanche.
10:33Il est parfaitement confortable dans son anodin.
10:35Ça lui va très bien comme ça.
10:37Et puis, il lui arrive un accident de la vie.
10:39Il a un coup de foudre parental pour un perroquet.
10:42Il n'a même pas voulu avoir ce perroquet.
10:44On lui met un perroquet bébé entre les mains.
10:47Et il s'éprend parentalement de ce tout petit oisillon.
10:51Ce tout petit oisillon qui s'avérera peut-être être un psychopathe.
10:55Il vient d'où ce personnage d'Alban ?
10:56Alban, j'ai envie de dire que c'est l'une de mes très nombreuses transpositions.
11:00J'aurais pu être Alban, j'aurais pu être un chroniqueur radiophonique,
11:04du moins que rien, comme ça.
11:05C'est-à-dire qu'il vous ressemble un peu, puis il me ressemble aussi un peu du coup.
11:08Parce qu'il travaille à la radio, j'ai du souci à me faire.
11:10Et puis il a un enfant.
11:12On va en parler évidemment.
11:13On va en parler parce qu'il lui en arrive de bien belle à cet Alban avec ce perroquet qui
11:17s'appelle Joe.
11:18On y reviendra, on reste ensemble.
11:19Amélie Nothomb, jusqu'à 16h, on va se plonger dans l'adolescence du perroquet
11:23et dans une conception de l'amour un petit peu particulière.
11:26Puis il y aura le questionnaire de variété qui lui aussi fait sa rentrée.
11:29Votre capsule temporelle, carte blanche de fin d'émission.
11:32Et bien d'autres surprises, vous êtes sur RTL avec Amélie Nothomb.
11:35Vous écoutez Variété, vous avez bien raison.
11:39Augustin Trapenard
11:41Variété sur RTL
11:43Variété, votre émission du samedi sur RTL à 15h, qui fait sa rentrée avec une romancière que vous aimez.
11:48Et ça me bouleverse parce que c'est rare qu'on manifeste ses vrais au ton de joie et d
11:52'amour
11:53pour un invité littéraire chaque année.
11:55Si je vous dis métaphysique des tubes, hygiène de l'assassin, premier sang, stupeur et tremblement.
12:01Si je vous dis chapeau, champagne, vous savez qui j'ai en face de moi.
12:04Votre nouveau livre, l'adolescence du perroquet à Méline Nothomb raconte l'étonnante rencontre
12:09entre un chroniqueur de radio et un ado.
12:12Un ado rebelle, tyrannique, sadique qui s'appelle Joe et qui, c'est quand même important de le préciser,
12:17un perroquet, un gris du Gabon.
12:19Rassurez-moi, vous qui écrivez des romans fictionnels autant qu'autobiographiques,
12:23vous n'avez jamais eu affaire à ce type d'individu ?
12:25Je vous jure que non.
12:27Il se trouve que j'ai rencontré un gris du Gabon il y a deux ans.
12:31J'ai été absolument fascinée.
12:33C'est en effet un animal extraordinaire, terriblement intelligent, fascinant.
12:37Mais alors là, un caractère pareil...
12:39Vous savez que j'ai grandi, moi, avec un gris du Gabon ?
12:40C'est vrai ?
12:41Bien sûr, c'était celui de mon frère qui s'appelait Kifak.
12:43Ça veut dire, comment vas-tu en libanais ?
12:44Il nous répondait toujours de façon très agressive, d'une humeur assassine.
12:48et il n'écoutait que Véronique Sanson.
12:50C'est terrible !
12:51Je n'ai pas osé le dire à Véronique quand je l'ai reçue.
12:53C'est vrai que j'ai grandi grâce à Kifak avec Véronique Sanson.
12:57Parlez-nous quand même de ce perroquet, de votre roman, dont vous dites,
13:00c'est écrit dans le texte, que c'est un psychopathe et même un serial killer.
13:04Oui, alors déjà les perroquets, c'est forcément des oiseaux fascinants,
13:07puisqu'ils parlent et la grande ambiguïté, c'est que personne ne sait s'ils savent ce qu'ils disent.
13:13Moi, je suis persuadée que le perroquet comprend ce qu'il dit
13:16et qu'il parle dans le but de dire ces quatre vérités à chacun.
13:21Ce qui fait de votre livre une réflexion passionnante d'ailleurs sur le langage et la communication.
13:25Mais ce qu'il faut préciser quand même, c'est que c'est d'un adolescent que vous parlez.
13:28Je vous soupçonne d'avoir très peur des adolescents, Amélie.
13:31C'est-à-dire que j'ai été une adolescente effrayante.
13:33J'ai fait une anorexie au finish qui a bien failli m'emporter.
13:37Mais sur les autres aussi ?
13:38Je n'ai rien fait sur les autres, mais être extrêmement anorexique, c'est une violence sur les autres.
13:43Et ça, je ne le savais pas. Je ne le faisais pas dans le but de violenter les autres,
13:46mais je me suis rendu compte après coup que pour mes parents, ça avait été une extrême souffrance
13:51de voir leur fille risquer de mourir de faim très concrètement pendant plus de deux ans.
13:56Pour autant, Amélie le tombe, parce que la figure du psychopathe est partout dans votre oeuvre.
14:01Depuis le tout premier livre qui s'appelait Hygiène de l'assassin,
14:04quel jour de votre vie vous êtes le plus rapprochée de ce que c'est qu'un psychopathe ?
14:07Une fois j'ai fait la cuisine, ça a très mal tourné, ça a été absolument épouvantable.
14:12Déjà, j'ai failli empoisonner les gens pour qui j'ai cuisiné.
14:16Et je vous jure que je ne le voulais pas.
14:18Vous aviez fait quoi comme plat ?
14:19C'était tout bête, je voulais faire du poisson pané.
14:22Et ça a tourné à la catastrophe.
14:25L'odeur était déjà épouvantable.
14:28Le plat n'était pas mangeable.
14:30En plus, j'avais cassé toute la cuisine.
14:34Finalement, personne n'a pu manger ce plat.
14:37En guise d'auto-punition, je me suis forcée à tout manger.
14:40C'était épouvantable.
14:43Je crois que c'est peut-être la pire action que j'ai commise de toute ma vie.
14:46Et encore une fois, contre vous-même, c'est quand même assez intéressant.
14:49Direz-vous que vous êtes dans le sacrifice ?
14:51J'ai une dimension sacrificielle.
14:53C'est probablement mon pire défaut.
14:55Mon père m'a parlé de Jésus quand j'avais 3 ans.
14:57Ça m'a fait beaucoup d'effet.
14:58Jésus à qui vous avez consacré un livre.
15:00À qui j'ai consacré un livre.
15:01Et j'en ai conservé une espèce de pathologie de pensée que de commettre un sacrifice, c'est très beau.
15:07Or, je pense que la pire erreur qu'ait commise Jésus, c'est justement son sacrifice.
15:11Il y a quelque chose de très beau dans votre nouveau roman.
15:14De très beau parce que vous n'en avez jamais vraiment parlé, du moins pas aussi directement.
15:17C'est la question de la parentalité.
15:19Parce que c'est une question que pose votre personnage, qui est un peu le père symbolique de cet adolescent
15:25perroquet.
15:26Il lui demande est-ce que tu veux te reproduire ?
15:28Et le perroquet lui retourne la question.
15:30Il lui dit et toi ?
15:31Et j'ai envie de vous la poser, cette question, à vous.
15:33Parce que vous l'abordez ici pour la première fois.
15:36Je n'ai pas eu d'enfant et il est trop tard, je n'aurai pas d'enfant.
15:38Je n'ai jamais voulu avoir d'enfant.
15:40Mais j'ai souvent éprouvé des espèces de coups de foudre de parentalité pour des individus.
15:46Et je sais que je dois faire attention avec ça.
15:49Parce que ce n'est pas forcément ce qu'il faut faire avec les gens.
15:52C'est-à-dire développer un amour maternel ?
15:54Un amour maternel, voire même paternel.
15:56Un amour de parent.
15:57Pour des personnes qui n'ont d'ailleurs pas forcément l'âge d'être mes enfants.
16:00Et je comprends très bien aussi qu'on puisse l'éprouver pour un animal.
16:03Le coup de foudre de parentalité, je crois que ça existe.
16:06Et je pense qu'il faut faire attention avec ça.
16:08Il faut faire attention.
16:09Mais ce que vous décrivez quand même en filigrane avant que ça tourne au vinaigre,
16:12c'est quand même un lien qui est fait d'émerveillement, de maladresse, de bonheur,
16:16avant de s'avérer destructeur.
16:18C'est tout à fait vrai.
16:19C'est un très beau lien.
16:20C'est très beau d'être le parent de quelqu'un, d'être la mère symbolique de quelqu'un.
16:24Ce qui fait que dans mon cas, ça ne s'est jamais trop bien passé.
16:28C'est que je m'impliquais trop.
16:30Je pense que c'est aussi pour ça que j'ai eu la grande sagesse de ne pas me reproduire.
16:34Je pense qu'il faut une certaine légèreté, y compris dans l'amour de parentalité.
16:38Pour autant, écrire sur ce sujet aujourd'hui, après tant de romans, ce n'est pas anodin.
16:44Il y a un manque quelque part ?
16:45Il n'y a pas du tout un manque.
16:47Il y a le désir de partager une expérience qui m'est arrivée quelquefois,
16:51que personnellement, je n'ai pas tellement réussi.
16:54Alors qu'il vous est arrivée pas mal de fois, puisque vous parlez souvent à Ménioton de vos romans comme
16:59d'enfants.
17:00C'est vrai.
17:00Mais dans ces cas-là, ce sont des cas de parentalité très heureuses.
17:03J'ai eu des enfants très difficiles, j'ai eu des enfants qui m'ont donné beaucoup de fil à
17:07retordre,
17:08mais j'ai toujours très bien vécu ces enfantements-là.
17:11Parmi tous vos romans, y a-t-il un psychopathe ?
17:14Il y a surtout des psychopathes parmi mes enfants,
17:17mais jusqu'à présent, ce sont des psychopathes qui n'ont pas fait trop de victimes,
17:20ou en tout cas, c'était des victimes consentantes.
17:22Donc jusqu'ici, tout va bien.
17:24Alors si ce nouveau livre, L'adolescence du perroquet, c'est un enfant,
17:27qu'est-ce qu'il est particulier pour vous ?
17:28Quel genre de dernier-né est-ce qu'il est ?
17:30Il est très énigmatique.
17:32Ça faisait très longtemps que je n'avais plus été à ce point intriguée par quelque chose que j'écrivais.
17:37Quand j'ai commencé à l'écrire, je me disais, mais que suis-je en train d'écrire ?
17:41Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Mais où vais-je ?
17:43Et ça me fascinait.
17:45Je continue en me disant, mais où vais-je ?
17:47Et puis tout à coup, j'ai compris où j'allais.
17:49Donc on est quand même dans une gestation difficile, Amélie.
17:51Toutes les gestations sont difficiles.
17:53C'est bien pour ça qu'elles sont tellement intéressantes.
17:55Et l'accouchement ?
17:56Là encore, tous les accouchements sont difficiles,
17:59mais c'est la preuve qu'on a affaire à la vie.
18:00C'est-à-dire que ce qui est dur aussi, c'est que la publication, c'est un petit peu
18:03comme un abandon.
18:04Vous confiez cet enfant, ce livre, au lecteur.
18:07Il y a quelque chose de déchirant, je suppose.
18:08C'est déchirant, mais voyez, comme je ne l'abandonne pas pendant les quatre mois qui suivent sa mise au
18:13monde.
18:14Vous accompagnez l'abandon.
18:15Je l'accompagne.
18:16Et ce lien reste très fort.
18:18Pour vous, c'est quel genre d'amour, le fait d'être parent ?
18:21C'est un amour oblatif.
18:22On donne tout ce qu'on a, c'est qu'on s'oublie complètement soi-même.
18:26C'est aussi un amour de confiance.
18:29Voilà.
18:29Je crois qu'avoir confiance en son enfant, c'est peut-être ça le plus difficile.
18:34Jusqu'à présent, avec mes livres, j'y réussis.
18:36Je pense que si j'avais dû avoir des enfants en vrai,
18:39des enfants de chair,
18:41j'aurais eu beaucoup plus de mal à avoir cette confiance.
18:44Au-delà de l'amour parental, vous parlez d'amour en général dans ce livre-là.
18:49Ce qui fait d'ailleurs une fable, un conte sur l'amour.
18:51Quand vous écriviez, par exemple, l'amour n'est pas un dû.
18:54Qu'est-ce que vous voulez dire ?
18:55Il m'est arrivé maintes fois, ce qui arrive d'ailleurs à tout le monde,
18:59de ne pas être aimé ou de ne plus être aimé de qui j'aime.
19:03Ça fait partie de l'expérience commune.
19:05Je suis toujours étonnée que les gens à qui ça arrive vivent ça dans l'indignation.
19:09Pourquoi s'indigner ?
19:10C'est tout à fait normal que ça s'arrête.
19:12L'amour, on peut trouver ça triste,
19:15mais il n'existe pas de devoir d'aimer.
19:17Considérer l'amour comme un devoir expose à de graves déconvenus,
19:21au chagrin d'amour,
19:22mais aussi à l'attitude de tant de parents
19:25qui s'étonnent de ne pas être aimés de leur enfant
19:27ou de tant d'enfants qui s'étonnent de ne pas être aimés de leurs parents.
19:31Donc il vaut mieux penser que l'amour n'est pas un dû.
19:33J'aime bien votre interrogation
19:34et je me demande si les romanciers, écrivains, poètes
19:37ne sont pas partiellement responsables.
19:39En réalité, dans la représentation de l'amour qu'ils nous ont présenté.
19:42Quel écrivain, pour vous, a représenté l'amour avec justesse, à votre avis ?
19:46Le premier qui me vient à l'esprit, c'est Romain Garry.
19:49Romain Garry présente l'amour comme un récit.
19:52Il dit toujours, aimer, c'est raconter.
19:53Je suis tellement d'accord avec ça.
19:55Et puis, bon, qui dit récit, il dit fin.
19:59L'amour, parfois, ça se termine.
20:00Je ne dis pas que c'est bien,
20:01mais enfin, il faut l'observer.
20:03L'amour, parfois, ça se termine.
20:04C'est intéressant, vous vous sentez responsable, vous, envers vos lecteurs,
20:08du message, de la vérité que vous transmettez ?
20:12Là, je veux dire, je me sens surtout redevable,
20:14enfin, responsable par rapport à mon livre.
20:16Je n'ai pas envie d'écrire n'importe quoi.
20:19Dans la vie, que je dise un peu n'importe quoi,
20:21ce n'est pas grave.
20:22Mais au moment où j'écris,
20:24je souffrirais extrêmement de dire n'importe quoi.
20:27Je me dis, c'est le moment de vérité.
20:28C'est le moment où il s'agit de ne pas dire n'importe quoi.
20:31Quitte à avoir cette cruauté extrême,
20:33de dire, mais remarquez que l'amour n'est pas un dû.
20:36Ce qui est assez émouvant dans le livre,
20:38c'est que votre personnage, Alban,
20:39qui n'est pas très flamboyant, on l'a dit,
20:41il le reconnaît lui-même, il est très seul.
20:43J'ai l'impression que l'amour, c'est une porte de sortie.
20:46Ça naît aussi de cette solitude,
20:48de la difficulté d'être, de vivre.
20:49J'ai l'impression que vous tournez d'ailleurs
20:50autour de cette question depuis des décennies,
20:52que vous l'explorez livre après livre.
20:54Qu'est-ce que ça a de si douloureux de vivre ?
20:57La difficulté d'être,
20:58c'est un de mes livres préférés de Cocteau.
21:01C'est tellement difficile d'exister,
21:03de vivre au quotidien.
21:05L'amour est une des façons d'y arriver.
21:07Je pense qu'une des choses qui rend la vie tellement difficile,
21:09c'est soi-même, c'est de se supporter.
21:11Et une très bonne façon de se supporter,
21:13c'est de tomber amoureuse, d'aimer quelqu'un d'autre.
21:15Ça permet de sortir de soi
21:17jusqu'au moment où on transfère son pouvoir infernal
21:20sur quelqu'un d'autre
21:21et où le quelqu'un d'autre va peut-être en user.
21:23J'aime bien ce que vous dites sur la vie,
21:25qu'elle est dure, tout simplement.
21:27Vous savez, moi, c'est la phrase la plus forte qu'on m'ait jamais dit,
21:29alors que ça semble être comme ça une lapalissade.
21:31Un jour, ma mère m'a dit
21:31« Mais tu sais, la vie, c'est dure. »
21:33Oui, c'est dure.
21:34C'est dure.
21:34Tous les matins, quand je me réveille au plus tard,
21:36à 4h du matin pour écrire,
21:38et que je me dis « Mais je ne vais pas du tout y arriver. »
21:40Avec cette voix-là ou pas ?
21:41Ah oui.
21:42C'est deux fois plus effrayant, Amélie.
21:43Mais c'est parce que j'ai conscience que c'est vrai.
21:46C'est tellement difficile d'écrire.
21:48Et la dernière pensée que j'ai juste avant de m'y mettre,
21:50c'est « C'est beaucoup trop difficile pour moi. »
21:52Heureusement, la seconde d'après, je m'y mets
21:54et je ne dis pas que c'est forcément grandiose.
21:57Mais enfin, je le fais toujours.
21:58Mais alors pourquoi vous le faites justement ?
21:59Écrire, ça permet quoi ?
22:01Ça fait quoi ?
22:02Ça vous aide ?
22:03Comment expliquer ça ?
22:04Il y a un son très puissant en moi.
22:07J'ai absolument besoin de formuler ce son.
22:10Ce son est d'autant plus violent que je ne dors pas la nuit.
22:13Vous savez que je suis une grande insomniaque.
22:16Ce son me hante de plus en plus
22:17et j'ai besoin de le formuler.
22:19Je n'ai pas d'autre moyen de le formuler
22:20que les moyens du langage.
22:21C'est un truc d'oiseau, ça aussi.
22:23Ça veut dire que ce serait un cri ?
22:25Dans mon cas, le cri, ça ne donne rien.
22:28Les oiseaux sont tellement plus forts que nous.
22:31Les oiseaux possèdent le cri,
22:32ils possèdent le chant
22:33et dans le cas du perroquet,
22:34ils possèdent aussi le langage.
22:36On dit que le perroquet nous imite,
22:38mais c'est nous qui imitons l'oiseau.
22:40Moi, je cherche,
22:41j'en suis encore au stade où je cherche ce cri.
22:43Ce qui fait de votre livre un livre sur l'écriture aussi.
22:46On reste ensemble, Amélie Nothomb, jusqu'à 16h.
22:48Vous me connaissez, je veux tout savoir.
22:50J'ai mille questions à vous poser,
22:51votre animal totem,
22:52votre plus grand défaut,
22:53votre plus grand crime.
22:54Évidemment, c'est le curieux
22:55et très coquin questionnaire de variété
22:58dans quelques instants sur RTL.
23:05Avec la romancière Amélie Nothomb
23:07qui publie son dernier cru
23:08ou dernier bébé,
23:10l'adolescence du perroquet
23:11qui nous en parle en exclusivité à la radio
23:12et qui va se livrer,
23:13qu'elle le veuille ou non,
23:14au terrible questionnaire de variété.
23:16Amélie, vous répondez en une phrase,
23:17une anecdote, un mot.
23:19Est-ce que vous êtes prête ?
23:19Prête.
23:20Quel est votre mot préféré ?
23:21Pneu.
23:23Ça commence bien.
23:24Pourquoi pneu ?
23:25Uniquement pour le son.
23:26Je ne m'intéresse pas du tout aux pneus,
23:27mais j'aime tellement ce son
23:28que je place le mot pneu
23:30dans chacun de mes livres.
23:31Il n'y a pas d'exception.
23:32Quels sont vos surnoms ?
23:34Amélion.
23:35Amélion ?
23:35Oui.
23:36Ou Amélion ?
23:36Non, Amélion.
23:37Parce que vous êtes un peu lion ?
23:38Je ne sais pas.
23:40Mes parents, ma soeur m'appelaient Amélion.
23:42Quel a été votre rêve d'enfant ?
23:44Je voulais devenir Dieu.
23:46Qui est votre héros ?
23:47Tintin.
23:48Quel est votre plat préféré, Amélion Tombe ?
23:50Les oeufs brouillés aux truffes.
23:52Vous en mangez souvent ?
23:53Pas assez.
23:54Quelle est votre réplique de film favorite ?
23:56Play it again, Sam.
23:57C'est dans quoi ?
23:58Cassa Blanca.
23:59Dans quelle époque est-ce que vous auriez rêvé de vivre ?
24:01À la préhistoire.
24:02Pourquoi ?
24:03J'aurais voulu peindre les grottes de Lascaux.
24:05Quel est votre animal totem ?
24:07L'engoulevant oreillard.
24:09Vous en aviez parlé dans un de vos livres ?
24:11Oui, dans Psychopompe.
24:12Pourquoi lui ?
24:13Parce que c'est le champion du vol et il a une trop chouette gueule.
24:17Et il fallait que ce soit un oiseau.
24:18Et il fallait bien sûr que ce soit un oiseau.
24:20Donc vous diriez que vous êtes plutôt aviaire ?
24:22Je suis définitivement aviaire.
24:24Si vous m'observez bien, j'ai tous les comportements d'un oiseau.
24:26Moi aussi je ressemble à une autruche si vous regardez bien.
24:28Ah, je n'y avais pas pensé.
24:29C'est vrai.
24:30On me le dit souvent, mais ça n'a rien à voir.
24:33C'est une confession.
24:34Quel est votre livre de chevet, Amélion Tombe ?
24:36La princesse de Clèves.
24:37De Madame de La Fayette.
24:38Quelle est la plus belle chose que vous ayez vue dans votre vie ?
24:41Le Mont Fuji à Midi Pile le 15 décembre 1989.
24:46Qu'est-ce qui s'est passé ?
24:47Il m'a sauvé la vie.
24:48J'étais perdue dans le massif du Komotori Yama.
24:51Je savais que, et ça faisait 8 heures que je courais dans la neige,
24:55sous une tempête de neige, en étant perdue,
24:56je savais que mon seul repère serait le Mont Fuji.
24:59Il m'a sauvé la vie et il n'a jamais été aussi beau qu'à ce moment-là.
25:02Quel mot, quel cri ou quel chant, pour reprendre le lexique de l'oiseau,
25:06est-ce que vous avez poussé, justement, à ce moment-là, quand vous l'avez vu surgir ?
25:09Je ne peux pas reproduire ce cri ici, je vous assure, ça ferait trop peur.
25:13Qu'est-ce que vous détestez chez vous, Amélie Nothomb ?
25:15Mon stress.
25:17Quel défaut est-ce que vous ne supportez pas chez les autres ?
25:19La mauvaise foi.
25:21Comment est-ce que vous aimeriez mourir ?
25:22Foudroyée.
25:23C'est-à-dire ?
25:24Consciente, mais quelque chose d'indolore et d'électrique.
25:28Quel a été votre plus grand mensonge, y compris aujourd'hui ?
25:31Alors aujourd'hui, je ne sais pas si j'ai menti.
25:33J'ai fait tous les mensonges des honnêtes gens.
25:35C'est-à-dire que vous êtes romancière, donc il y en a forcément un.
25:37J'ai dit merci madame, c'était délicieux.
25:39Alors que c'était dégueulasse, il faut continuer.
25:42Si vous deviez choisir un pseudonyme, quel serait-il ?
25:45Amélie Nothomb.
25:46C'est un pseudonyme ?
25:47Non, mais ce serait un très bon pseudonyme.
25:50Avec qui est-ce qu'on vous confond parfois ?
25:52Alors je dois dire qu'on ne m'a jamais confondue avec personne.
25:55Donc avec Amélie Nothomb, on vous confond.
25:56Voilà, on me confond avec Amélie Nothomb.
25:58Qu'est-ce qui vous brise le cœur ?
25:59Un oiseau mort par terre, écrasé par une voiture.
26:02Quel est le parfum ou la saveur de votre enfance que vous n'oublierez jamais ?
26:06Il y en a tellement.
26:07L'odeur de l'omura isu, qui est le plat préféré de tous les enfants japonais.
26:12Ça ressemble à quoi ?
26:13Ce n'est pas très particulier, c'est une omelette au riz.
26:15C'est une odeur un peu fadasse.
26:17C'est cette fadeur poétique japonaise à laquelle je suis très sensible.
26:20Vous la reproduisez chez vous ?
26:21Oh non, mais moi quand je cuisine, c'est un drame planétaire.
26:24Le poisson pané, c'est un drame.
26:25Mais même, je vous assure que l'omelette japonaise au riz, ça doit être très difficile à faire.
26:29Quelle est votre citation fétiche ?
26:31C'est une citation de Chateaubriand.
26:33Soyez économe de votre mépris, il y a beaucoup de nécessiteux.
26:37Ça vous arrive de mépriser vous ?
26:39Le moins possible justement, parce que chaque fois que j'ai la tentation de mépriser, je me rappelle cette citation.
26:43Quelle est la qualité que vous auriez aimé avoir ?
26:45Voler, voler comme un oiseau.
26:47Quelle promesse est-ce que vous n'avez jamais brisée ?
26:50Je tiens toujours mes engagements, toujours.
26:52Alors une de vos plus belles promesses, puisqu'elle n'a pas été brisée ?
26:55Je ne te quitterai jamais.
26:56Amélie Nothomb, quel roman d'un autre ou d'une autre est-ce que vous auriez rêvé écrire ?
27:01Alors vraiment, voilà une chose que je n'ai jamais pensée.
27:03La littérature est un plaisir commun.
27:05Peu importe d'en avoir été ou non l'auteur.
27:08Bon, si vraiment vous me poussez dans mes derniers retranchements, je dirais la Bible.
27:14C'est un bon livre.
27:15C'est un bon livre et puis il y a tellement le mystère de savoir comment ce livre a été
27:20écrit.
27:21Je réponds ça surtout parce que je voudrais savoir comment ça s'est passé.
27:25Vous n'êtes pas jalouse du tout ?
27:26Mais alors s'il y a un être dépourvu de jalousie sur Terre, c'est moi.
27:29Par contre vous êtes violente ?
27:30Alors en colère, je ne suis pas belle à voir, mais je ne fais jamais de mal à personne.
27:34Quand vous dites je ne suis pas belle à voir, ça veut dire quoi ?
27:36Une fois je me suis mise en colère sur ma mère tellement fort que tous les petits vaisseaux du côté
27:40gauche de mon visage ont explosé.
27:42J'avais comme une tâche de vin.
27:44Vous voyez, ça s'est limité à moi-même, j'ai fait de mal à personne.
27:48Et enfin, quel est le plus grand crime que vous ayez commis ?
27:51Je rigole parce que je m'attends au pire en réalité.
27:53Je n'ai jamais vu une journée particulière.
27:56Alors ça c'est vrai et c'est très beau que vous répondiez ça parce que c'est un film
27:59d'Etor Escolat absolument somptueux.
28:01Et je ne comprends pas comment j'ai pu ne pas voir ce film que j'ai tellement envie de
28:04voir et dont j'entends parler depuis tellement longtemps.
28:06Non mais c'est un crime, je suis d'accord avec vous.
28:07C'est un crime, c'est un crime.
28:08Après je ne vais pas mentir aux auditeurs parce que maintenant ça fait 20 ans que je vous interview.
28:11Et un jour à la radio sur une autre chaîne, vous m'avez quand même avoué un meurtre à Méni
28:16Nothomb.
28:16Ah oui, j'avais 8 ans, j'ai tué quelqu'un, j'ai tué un petit garçon de ma classe.
28:20Mais bon, je l'ai tué par la force de ma pensée.
28:22Alors il faut quand même nous raconter qu'est-ce qui s'est passé exactement.
28:25C'est-à-dire que vous avez décidé qu'il devrait mourir et le lendemain il était mort ?
28:30Et le lendemain il était mort.
28:33Mais voilà, il m'énervait beaucoup parce qu'il était très populaire en classe et ça m'agacait.
28:39Donc j'ai passé toute la nuit à penser je veux qu'il meure, je veux qu'il meure.
28:43Et j'arrive le lendemain à l'école et la prof arrive avec un visage décomposé en disant
28:48les enfants il s'est passé une chose terrible, votre condisciple est mort.
28:52Vous avez cru que vous pouviez tuer les gens ?
28:54Alors j'ai essayé avec d'autres personnes, ça n'a plus jamais marché.
28:58On se quitte pas Amélie Nothomb jusqu'à 16h, on va parler d'écriture et d'obsession,
29:03de beauté aussi, parce que c'est au cœur de ce nouveau livre, l'adolescence du perroquet.
29:07Et puis il y aura votre petite capsule temporelle, votre carte blanche de fin d'émission.
29:10On n'est pas au bout de nos surprises.
29:13RTL variété avec Amélie Nothomb sur un air de Radiohead, no surprises en 1997.
29:18J'ai lu que vous adoriez Tom York, vous savez que c'est mon héros moi.
29:20Ah mais je suis fan, c'est un génie absolu.
29:23J'ai interviewé un jour, adorable.
29:25C'est vrai ?
29:25Et d'ailleurs, ça conforte mon idée que les invités, et en particulier les artistes les plus gentils,
29:32les plus curieux et les plus adorables sont souvent les meilleurs.
29:35J'adore ce que vous dites.
29:37Parce que vous n'êtes pas mauvaise, vous le disiez, vous êtes une bonne cliente.
29:40En fait la musique, elle est absolument centrale dans votre vie et dans votre œuvre,
29:44du métal jusqu'à la musique classique.
29:46Vous écoutez la musique tout le temps ?
29:47Alors pas tout le temps, pas quand j'écris, mais je place la musique plus haut que tout.
29:51Je suis écrivain parce que je n'ai pas pu être compositeur.
29:53Et oiseau ?
29:54Et oiseau.
29:55Puisqu'ils font de la musique quelque part en chantant, il paraît que vous traînez au Hellfest Amélie.
29:58Ah ben bien sûr, moi je suis une grande fan de métal.
30:00Je trouve que le métal est l'une des très grandes musiques de notre époque.
30:03Il y a un malentendu au sujet du métal.
30:06Les gens y voient de la musique qui fait trop de bruit, de la musique pour adolescents,
30:09alors qu'en fait la plupart des fans de métal sont des gens de mon âge.
30:13Quelle a été votre plus belle expérience en festoche Amélie ?
30:16Alors j'étais justement au Hellfest et c'est là que j'ai vu que les métalleux sont des gens
30:20très classes
30:20parce que je m'étais un petit peu déguisée, j'avais mis des lunettes noires.
30:24On vous reconnaît, mais bon.
30:25Et je croisais des métalleux qui disaient tout bas.
30:29Amélie, nous tombons total respect.
30:31Là je me suis dit, ces gens sont vraiment bien.
30:33J'adore cette anecdote.
30:34Je pense, pour votre nouveau livre, l'adolescence du perroquet, à une toute autre musique,
30:39c'est celle du compositeur Gottschalk, pianiste virtuose américain,
30:42qu'on entend littéralement entre les lignes du roman.
30:44De quelle beauté est-ce qu'on parle là ?
30:46C'est tellement beau.
30:47En musique classique américaine, tout le monde connaît Gershwin et tout le monde a raison.
30:51Gershwin c'est magnifique, mais on méconnaît Gottschalk.
30:54Or Gottschalk c'est sublime.
30:56Pour moi c'est le plus beau classique américain.
30:58Quand j'étais petite à New York, on écoutait tout le temps Gottschalk.
31:01Et dans quelle mesure une musique peut imprégner un roman ?
31:03Parce que c'est ce que vous faites, ce roman en particulier, dans le rythme, dans la couleur, dans le
31:08ton de l'écriture.
31:08Le Mansonillier de Gottschalk, qui est beaucoup mentionné dans ce livre,
31:12c'est tout à fait le rythme de ce livre.
31:14C'est assez doux, c'est très agréable, ça ne fait pas peur, mais on en meurt.
31:19Parce que le Mansonillier, c'est un arbre empoisonné.
31:22Ce que vit mon personnage, c'est quand même une forme d'empoisonnement.
31:26Il est tellement sous le charme de ce perroquet,
31:29il l'aime tellement que même quand ce perroquet devient toxique,
31:33il ne peut pas s'en déprendre.
31:34Encore toxique, vous êtes sympa.
31:36C'est vrai qu'on va se plonger dans votre petite musique, Amélie Nothomb,
31:38avant une surprise que vous nous avez préparée.
31:41Restez avec nous sur RTL.
31:42On est samedi, c'est Variété.
31:55Variété avec Amélie Nothomb, dont on a appris au hasard d'un questionnaire affreusement pervers,
32:00qu'elle répondait aussi au nom d'Amélion,
32:02qu'elle détestait son stress et qu'elle avait tué un jour un enfant par la pensée.
32:07Si vous nous rejoignez maintenant, sachez que vous pouvez rattraper le début de cette émission en podcast
32:12sur le site de l'application RTL, ainsi que sur toutes les plateformes.
32:14Mais pour l'instant, restez avec nous, Amélie Nothomb et moi, jusqu'à 16h.
32:19Amélie Nothomb, dont on a la chance de déguster depuis quelques jours le nouveau livre en librairie,
32:24ça s'appelle L'adolescence du perroquet.
32:26Dernier livre paru, mais on sait qu'avec vous, ce n'est pas forcément votre dernier livre écrit.
32:30Parce qu'en réalité, à côté de votre oeuvre officielle, il y a une oeuvre cachée,
32:34somme gigantesque de romans qui resteront secrets.
32:37Vous en écrivez quatre par an, si je ne m'abuse, mais un seul paré en librairie, c'est ça
32:40?
32:41C'est vrai. Celui-ci est donc le 111ème, et je suis en train d'écrire le 115ème.
32:46Ah d'accord, waouh ! Et ça veut dire que les 112, 113, 114, au panier, au placard ?
32:51Ben nous verrons, vous mettez la charrue avant les bœufs.
32:54Qu'est-ce qui fait qu'un livre ne paraît pas ?
32:55Mon absence de désir de le publier, mais je ne suis pas encore au stade où je sais si j
33:00'ai ce désir ou non,
33:01puisque c'est l'hiver que je relis tout ce que j'ai écrit dans l'année,
33:04et que je sais si oui ou non, j'éprouve le désir de publier l'un d'entre eux.
33:07Mais quand c'est un non, est-ce qu'il y a un petit déchirement ?
33:09Est-ce que vous éprouvez au moins une petite culpabilité ?
33:12Mais pas du tout, pourquoi ?
33:13Parce qu'il n'existe pas totalement s'il n'est pas lu, si ?
33:16Alors, moi je pense qu'il existe totalement, même s'il n'est pas lu.
33:20C'est intéressant quand même, parce que vous les tuer un petit peu symboliquement.
33:23Vous voulez dire que je suis le genre de mère qui enferme ses nouveau-nés dans des armoires ?
33:26C'est-à-dire que ce n'est pas moi qui le dis, c'est littéralement ce que vous venez
33:29juste de décrire.
33:32Et vous le tuez symboliquement, mais vous le gardez quand même près de vous, chez vous.
33:35Vous voyez bien que je suis une bonne mère.
33:37À quelle heure est votre réveil, Amélie Nothomb ?
33:40Il est à 4h, mais je dois vous dire qu'il ne sert pratiquement jamais.
33:43Alors que vous vous réveillez à 3h59 ?
33:45Je me réveille ces derniers temps beaucoup plus tôt que ça.
33:48Vous vous souvenez quand on était petit, on avait sur notre réveil un bouton snooze ?
33:51Et on appuyait sur le bouton, et on essayait de grappiller une minute, deux minutes, trois minutes.
33:56Vous, vous n'êtes pas comme ça.
33:57Alors moi, je n'ai jamais été comme ça, parce que je souffre d'insomnie depuis que j'ai 3
34:00ans.
34:00Alors vous, vous levez, et vous écrivez tout de suite, pendant 4h, c'est ça ?
34:03C'est ça.
34:04Tout de suite ?
34:05Tout de suite.
34:05Jamais de répit ?
34:06Je bois d'abord un demi-litre de thé trop fort, mais je le bois d'un coup, donc c
34:10'est vite fait.
34:11Jamais de vacances ?
34:12Jamais de vacances d'écriture.
34:13Jamais de repos ?
34:15Je ne suis pas faite pour ça.
34:16Pourtant, j'aime énormément dormir, mais clairement, ce n'est pas dans cette existence-ci que je vais dormir.
34:21Donc dans ma prochaine vie, je veux dormir.
34:23Vous écrivez sur un bureau ?
34:24Non, sauf maintenant, quand je suis en vacances, j'écris sur ce qu'était le bureau de mon père, par
34:29amour pour mon père.
34:31Chez moi, à Paris, je n'ai pas de bureau, alors j'écris sur mes genoux.
34:34Vous savez que je rencontre régulièrement des très jeunes auteurs qui aujourd'hui écrivent carrément sur leur téléphone.
34:40Et même dans les transports en commun, on ne va pas se mentir, on est des dinosaures à côté.
34:45Je suis un dinosaure.
34:46Vous savez, je suis 100% analogique.
34:48Je ne possède pas de téléphone portable, je ne possède pas d'ordinateur et je ne sais pas comment ça
34:52marche.
34:52Mais quel dinosaure est-ce que vous seriez, tiens ?
34:55Ah, c'est une bonne question.
34:56Remarquable question.
34:57Un ptérodactyle.
34:58Ah pourquoi ?
34:59Parce que ça vole.
35:00Ça vous met dans quel état, l'écriture ?
35:02Dans un état extrême.
35:03C'est une joie ?
35:05C'est une trance.
35:06C'est-à-dire ?
35:07C'est-à-dire que je suis suprêmement éveillée, je suis dans un état de tremblement, j'ai extrêmement froid
35:13et je me sens extrêmement vivante.
35:15Et commencer un roman, vous met immédiatement dans cet état ?
35:18Oui, bon, il y a des moments où c'est très difficile, il y a des moments où on ne
35:22sait pas où on est.
35:23Il faut faire confiance en la trance, la trance c'est où elle va.
35:26Elle s'arrête à un moment donné, ça doit être violent.
35:28C'est-à-dire que je vous assure qu'au bout de 4 heures par jour, vous n'en pouvez
35:31plus, c'est tuant la trance.
35:33C'est du sport de haut niveau.
35:34Il y a une descente ?
35:35Je suis devenue experte parce que le moment où ça s'arrête, je me dis maintenant, c'est fini.
35:39Et je sais qu'il faut absolument que je me lève tout de suite, que je change de vêtement et
35:44que je me lance tout de suite dans la vie active
35:46parce que sinon, je vais rester dans un état de conscience critique.
35:49Au fond, qu'est-ce que vous recherchez en écrivant ? Vous avez fini par le savoir ?
35:52Je racle quelque chose qui me rend terriblement vivante.
35:55Voilà.
35:57Les lecteurs aussi ?
35:58Je ne sais pas ce que cherchent mes lecteurs, je ne sais pas ce qu'ils trouvent.
36:01Plus de 100 000 en moyenne chaque année.
36:03Mais je pense que si je me mets dans un tel état quand j'écris, je n'exclus pas que
36:08le lecteur se trouve dans le même état.
36:09Mais à force de chercher, puisque c'est ce que vous nous dites quelque part, à force de chercher à
36:13exprimer,
36:14vous avez bien dû approcher.
36:16Est-ce que vous avez trouvé quelque chose ?
36:18Ça m'est arrivé. Mais vous savez, quand on trouve quelque chose, c'est de l'ordre de l'épiphanie,
36:23on ne peut même pas le formuler.
36:24Tout à coup, on se dit, mais voilà, c'est exactement ça. Mais c'est quoi ça ? C'est
36:28un rythme.
36:29Très souvent, c'est un rythme. Et on se dit, mais voilà, c'est à ce rythme-là qu'il
36:33faut vivre.
36:34Et une fois qu'on l'a eu, une fois qu'on l'a trouvé, on le garde ou alors
36:37ça s'évanouit ?
36:37On le garde et ça ne s'évanouit pas. Simplement, il faut une énergie dingue pour le retrouver.
36:41Ça veut dire qu'on progresse aussi, livre après livre ?
36:44Le ciel vous entende.
36:45On le sait, vous alternez des œuvres autobiographiques et des œuvres fictionnelles,
36:48comme ce dernier roman, L'adolescence du perroquet. Qu'est-ce que permet justement la fiction ?
36:52De tout dire. Parce que dans l'autobiographie, on ne dit jamais tout.
36:55Parce qu'on sait que les gens vous reconnaissent et on se dit, ça je ne peux pas dire,
36:59parce que les gens sauront alors que ça m'est vraiment arrivé.
37:01Tandis que la fiction permet de dire l'indicible, de dire ce qu'on n'oserait jamais dire sur soi.
37:06Et pourtant, vous êtes allé très loin dans vos autobiographies.
37:09Ça veut dire que vous avez souffert parfois de la réaction d'autrui ?
37:12Non, ce n'est pas ça. Ce n'est pas du tout de l'ordre de la souffrance.
37:15C'est que je ne veux pas dire certaines choses.
37:17La fiction permet de dire ces choses-là.
37:19Pourtant, c'est la même œuvre, ces fictions et ces autobiographies.
37:22Oui, c'est vrai.
37:22C'est toujours la même question, en fait.
37:24Qu'est-ce qui les rassemble ? Quelle obsession les relie ?
37:27Une espèce de gigantesque cartographie de l'autre.
37:31Voilà. Le but de la vie, c'est de rencontrer l'autre.
37:35Et en même temps, l'autre est le plus grand danger qui puisse arriver.
37:37Comment vivre la rencontre avec l'autre sans que ce soit un désastre ?
37:42C'est très juste au regard de toute votre œuvre.
37:44Mais je pense à autre chose.
37:46Le début de l'adolescence du perroquet, c'est une ouverture qui m'a frappé
37:50parce que j'ai l'impression que vous livrez une clé de lecture.
37:53Votre personnage, il raconte sa fascination pour le musée du Louvre
37:56où il se sent chez lui, inlassablement depuis l'enfance.
38:00Et il y retourne plusieurs fois par semaine pour aller, je vous cite,
38:03constater la beauté.
38:05C'est exactement ça. Constater la beauté.
38:08La beauté est l'une de mes obsessions.
38:10Il ne suffit pas de l'avoir trouvée, il faut la constater tous les jours.
38:14J'ai ce même rapport obsessionnel avec le Louvre.
38:17Retourner au Louvre trois fois par semaine est la façon idéale de constater la beauté.
38:21Je me souviens d'ailleurs de votre cri du cœur il y a deux ans à la radio
38:23que vous réécrivez d'ailleurs dans la bouche de votre personnage
38:25pour appeler à visiter le Louvre sans réserver de ticket.
38:28À y aller comme ça, sans prévoir, sans QR code.
38:30Et vous interpelliez les futurs visiteurs en leur criant « Obstinez-vous ! »
38:34Et ça, vous le répétez dans le livre.
38:35J'aime bien cette lutte.
38:36Mais oui, je trouve scandaleux qu'il faille réserver,
38:40en plus réserver sur un média qui m'est inconnu, pour aller au Louvre.
38:43Ah bah ça, à Mélinotot et le QR code, on a mis du temps.
38:45C'est un droit démocratique d'aller au Louvre.
38:48Pour ça, c'est le British Museum qui a tout compris.
38:50Le musée, on doit pouvoir y aller comme ça.
38:53Imaginez que votre livre lance un mouvement de rébellion, civile.
38:56Qu'est-ce que ce serait bien !
38:57Alors là, j'aurais vraiment réussi ma vie.
38:59Est-ce que c'est votre but, surtout ?
39:01Je n'irai pas jusque-là, mais tant qu'à faire, ce serait un très bon but.
39:04Oui, c'est un but, mais quelque part politique.
39:06Il y a déjà pas mal de candidats en 2027.
39:08Heureusement que vous êtes belle.
39:09Cela dit, quelle présidente est-ce que vous seriez ?
39:12Il paraît que chaque présidente choisit ce qui sera le champagne de l'Elysée
39:16pendant son quinquennat.
39:17Je pense que je choisirais très bien.
39:19Oui, c'est ça.
39:19Mais c'est-à-dire que ça ne fait pas un pays, ça, ma bonne dame.
39:23Écoutez, la démocratie par le champagne, je suis sûre que ça peut aller très loin.
39:26Franchement, c'est un beau slogan de campagne.
39:29Sérieusement, cet appel à débarquer dans ces musées, à y trouver sa place,
39:33sans réserver, sans prévoir, c'est quand même aussi une invitation à être cueillie par la beauté,
39:38à se laisser emporter, à se laisser aller à la beauté.
39:41Et je me dis, vous me voyez venir, que l'expérience de l'écriture et de la lecture, surtout,
39:45c'est un peu ça aussi.
39:46C'est exactement la même chose.
39:47On lit pour constater la beauté.
39:49On écrit aussi pour constater la beauté.
39:51parce qu'il ne s'agit pas de s'imaginer qu'on la crée.
39:54C'est le moment où on l'écrit, qu'elle nous apparaît.
39:58L'écriture est une épiphanie.
39:59Vous voulez dire que votre texte, il ne vous appartient pas tant que ça ?
40:01J'ai beau faire tout ce que je peux pour lui donner ma marque, il ne m'appartient pas du
40:05tout.
40:06Il faut qu'il vous touche pour que ça touche le lecteur ?
40:09C'est exactement ça.
40:10Au fond, qu'est-ce que vous trouvez beau ?
40:13Des choses impondérables, de l'herbe qui pousse sur un toit que j'aperçois dans la rue,
40:17un adolescent qui boude d'une manière particulière dans le métro, des choses impondérables.
40:22On reste encore quelques instants ensemble, Amélie Noton,
40:25pour que vous puissiez conclure cette émission comme c'est la tradition,
40:28avec votre capsule temporelle, votre surprise, votre carte blanche.
40:32Vous êtes sur RTL, vous écoutez Variété.
40:40Encore quelques instants en compagnie de l'écrivaine Amélie Noton,
40:43qui va conclure l'émission comme c'est la tradition.
40:45Chaque semaine, pour terminer, vous le savez, je passe le micro à mes invités, à mon invité,
40:48pour qu'il y ait la liberté de signer ce moment de radio,
40:50avec un texte, avec des silences, avec des mots,
40:53qu'il ou elle envoie à tout le monde et pour toujours,
40:55puisqu'elles sont éternelles.
40:56Vous le savez peut-être, les ondes de radio.
40:58On y va, Amélie Noton ?
41:00J'entends de plus en plus de gens déclarer
41:02« Ah, moi, je ne lis plus parce que je n'ai pas de concentration. »
41:06C'est terrible, parce qu'il n'existe précisément pas de meilleur exercice de concentration
41:11que précisément la lecture.
41:13Imaginez que je m'apprête à courir le marathon et que je vous dise
41:16« Ah, mais je ne me sens pas très en jambes en ce moment.
41:19Je ne vais pas courir, comme ça, je serai bien en forme pour le marathon.
41:22Vous verriez tous que je vais au-devant d'une terrible catastrophe. »
41:26Bon, peu d'entre nous sont appelés à devenir des marathoniens,
41:28mais nous avons tous besoin de concentration.
41:31Alors, comment faire pour développer notre concentration ?
41:34Je propose trois méthodes.
41:36La première méthode, ne faire qu'une chose à la fois.
41:40La deuxième méthode, quoi que vous fassiez, prolongez la séquence.
41:44Si ce que vous faites, c'est manger, mangez plus longtemps.
41:47Si ce que vous faites, c'est faire l'amour,
41:48personne ne se plaindra que ça dure plus longtemps.
41:50Ça répond.
41:52Et la troisième chose que je propose pour favoriser la concentration,
41:57c'est « faites en sorte que vos activités deviennent des actes ».
42:01Plus clairement, que tout ce qui correspond à l'anglais « to do »
42:04devienne « to make ».
42:07Particulièrement pour la lecture.
42:08On a tendance à considérer la lecture comme un acte passif,
42:10mais c'est tout à fait faux.
42:11Il n'y a rien de plus actif que la lecture.
42:13La lecture peut devenir un acte.
42:15Quelle est l'étymologie du verbe « lire » ?
42:17C'est le verbe « cueillir ».
42:19On choisit quand on lit.
42:20La preuve, c'est que quand on relit un livre,
42:22on ne cueille jamais deux fois les mêmes choses.
42:24C'est pour ça qu'il faut beaucoup relire les livres,
42:26parce que comme ça, on finit par cueillir tous les fruits
42:28qui existent dans un texte.
42:30Voilà, que la lecture devienne un acte,
42:32et c'est ainsi que la concentration se développe.
42:35Donc, c'est ça que je propose.
42:37Puisque le cercle vicieux, c'est « je ne lis plus
42:40parce que je n'ai plus de concentration »,
42:41moi, je dis « lisez énormément,
42:43et à ce moment-là, vous aurez énormément de concentration.
42:45Faites de votre cercle vicieux un cercle vertueux ».
42:49Elle est en campagne, Amélie Nothomb.
42:51Merci pour ces mots si justes,
42:53et pour votre présence, pour votre amitié aussi.
42:55Vous savez qu'en réalité, ça me fait du bien, moi,
42:57de vous savoir, là, chaque saison, chaque rentrée, chaque année.
43:00Je rappelle que les auditeurs peuvent se ruer
43:02sur ce nouveau roman qui s'appelle
43:03« L'adolescence du perroquet » aux éditions Albin Michel.
43:07Merci à mon équipe, ma productrice Marie-Caroline Mandon,
43:10la merveilleuse Manon Grandière à la préparation de cette émission,
43:13mais aussi Damien Béchiot-Hosson et Yann Lemarchand
43:15pour son montage d'Enfer.
43:17Et puis, merci à vous, chers auditeurs, chères auditrices,
43:20de nous avoir écoutés.
43:21Je vous dis à très vite pour un nouvel épisode de Variété,
43:24un podcast disponible sur l'application RTL,
43:26rtl.fr et toutes nos plateformes partenaires.
43:30Sous-titrage Société Radio-Canada
43:31...
43:31– Sous-titrage FR 2021
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