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  • il y a 26 minutes
Matthieu Pigasse, président du groupe Combat, explique qu'il "ne renonce pas à la bataille politique" même s'il n'a pas pu participer à la primaire organisée par le Parti socialiste et Place publique. Il assure vouloir "œuvrer pour l'union de la gauche".

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Transcription
00:017h49 sur Inter et Benjamin Duhamel, vous recevez un banquier de gauche.
00:05Bonjour Mathieu Pigasse.
00:07Bonjour Benjamin Duhamel.
00:08Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:10Alors il y a neuf mois, à ce même micro, vous assumiez pour la première fois aussi clairement de vouloir
00:15peser sur l'élection présidentielle.
00:17Il y a encore dix jours, vous disiez être prêt à participer à la primaire de la gauche, mais ça
00:21n'a pas marché.
00:22Mathieu Pigasse, vous ne faites pas partie des cinq candidats sur la ligne de départ.
00:26Est-ce que ça veut dire que vous avez tourné la page, vous ne serez pas candidat à l'élection
00:29présidentielle ?
00:30Non, je n'ai pas tourné la page et non, je ne renonce pas à la bataille politique.
00:37Peut-être Benjamin Duhamel, commençons en effet par le commencement, c'est-à-dire la primaire socialiste.
00:41Moi j'ai milité pour que cette primaire soit la plus large et la plus ouverte possible,
00:47avec un objectif qui était le rapprochement, la convergence des forces de gauche.
00:52Ça n'a pas été le cas. En réalité, ce n'est pas une primaire, c'est une désignation militante.
00:57Ils disent que c'est la primaire de l'espace social démocrate, mais elle n'est ni véritablement sociale,
01:04compte tenu du prix qu'il faut payer pour voter, 15 euros.
01:06Ce qui a été décidé par les courants du Parti Socialiste, qui sont l'émanation du vote des militants.
01:11Oui, je vais y revenir, mais elle n'est pas non plus véritablement démocratique,
01:15parce que c'est quand même une primaire où les candidats choisissent les candidats,
01:19ça s'appelle de la cooptation, et où les candidats choisissent même d'une certaine façon leurs électeurs.
01:24Ça s'appelle un plébiscite, c'est la démocratie à l'envers.
01:25Je reviens sur ce que vous disiez, c'est les militants qui ont voté.
01:28Oui, moi je respecte les militants et leur vote, mais franchement c'est facile de dire ça.
01:34Les textes qui ont été soumis aux militants, ils sont le produit, le fruit de mois,
01:40de discussions, d'alliances, de rapports de force.
01:43Et donc il faut que les dirigeants assument leurs responsabilités.
01:46Il y a deux choses importantes dans ce que vous venez de dire.
01:48D'abord, qui vous a barré la route, Mathieu Pigasse, dans ce processus ?
01:51Qui n'a pas voulu que vous puissiez concourir à cette primaire ?
01:54Écoutez, moi j'en sais rien et au fond je ne vais pas rentrer...
01:58Vous avez même raconté que vous discutiez avec le premier secrétaire du Parti Socialiste,
02:00et qu'il vous a un peu, comme disent les jeunes, il vous a un peu ghosté.
02:05C'est vrai, à partir du moment où j'ai dit, écoute, je suis prêt à y aller, il a
02:11un peu disparu.
02:12Mais moi, je ne veux pas rentrer dans les querelles personnelles.
02:14Ce qui m'intéresse, c'est ce que vous avez dit vous-même, c'est l'étape d'après.
02:17Et donc, vous ne renoncez pas, qu'est-ce que ça veut dire ?
02:19Est-ce que ça veut dire que vous êtes candidat à l'élection présidentielle ?
02:22Écoutez, d'abord, on est à huit mois de l'élection présidentielle, on est en septembre,
02:26il peut se passer plein de choses, il va se passer plein de choses d'ailleurs,
02:29et personne ne connaît la photo finish aujourd'hui des candidats et de l'élection.
02:35Donc, pour vous répondre, je vais utiliser une autre formule qui a neuf mois,
02:38je me souviens parfaitement de la discussion qu'on a eue, je dirais, je ne ferme aucune porte.
02:41Ça signifie quoi ? Ça signifie que je veux être utile, ça signifie que je ne me...
02:46C'est assez rare que quelqu'un vienne au micro en te dise que je suis utile dans cette campagne
02:50présidentielle.
02:51Oui, mais je vais expliquer comment je peux l'être et comment je veux l'être.
02:55Parce que moi, je ne me résigne pas, vous voyez, je considère que la situation est grave et il y
02:59a une urgence.
03:01Je vais mener trois combats, pour être très clair.
03:03Le premier combat, c'est celui contre l'extrême droite.
03:07Faire tout pour faire barrage au Rassemblement National et Extrême Droite, on va peut-être en parler,
03:11c'est l'objet de ce qu'on appelle la bataille culturelle que je mène et que nous menons.
03:15Le deuxième combat, c'est œuvrer pour l'union de la gauche.
03:18Je l'ai dit tout à l'heure, mais j'y reviens.
03:20Moi, je considère, et depuis longtemps d'ailleurs, on en avait parlé ici,
03:23qu'aucune gauche ne gagnera seule.
03:25Aucune.
03:26Les gauches irréconciliables, ça n'existe pas.
03:28C'est d'ailleurs une expression de droite.
03:30D'accord, Mathieu Pigasse, mais juste là, sur le front de cette élection,
03:34il y aura la candidature de Jean-Luc Mélenchon,
03:35il y aura un candidat qui sera désigné par le Parti Socialiste et Place Publique.
03:39Il pourrait quand même y avoir en plus une candidature, Mathieu Pigasse ?
03:41Oui, enfin, je pense qu'aujourd'hui...
03:43Oui, oui, c'est ce que je disais.
03:44Je vais reprendre la formule, je n'explique rien ou je ne ferme aucune porte.
03:47Je pense qu'il est trop tôt, en effet, pour se prononcer.
03:51Moi, ce qui m'intéresse, c'est deux choses.
03:53C'est un, l'union de la gauche.
03:54La gauche ne gagnera qu'unis.
03:56Et cette autre chose, Benjamin Duhamel, c'est l'idée,
04:00et je veux porter cette idée, c'était mon troisième combat d'ailleurs,
04:03qu'il faut mener une politique de rupture.
04:06Que ces politiques de rupture, elles sont nécessaires, mais possibles.
04:10C'est ce que j'ai essayé de faire sur la dette publique,
04:13et objectivement, vous serez d'accord avec moi là-dessus,
04:15ça a eu un certain écho.
04:16Enfin, c'est surtout Jean-Luc Mélenchon qui a lancé cette idée,
04:19que vous avez ensuite confirmé qu'il était possible de mettre au feu ou geler la dette publique.
04:24Aujourd'hui, moi, par exemple, je veux mener le débat sur le budget.
04:28Le budget qui a été présenté, c'est un budget assassin.
04:32Un dernier mot, Mathieu Pigasse.
04:33Ça ne vous intéresse pas, le budget.
04:34De passer à un autre sujet.
04:34Si, si, mais c'est savoir, est-ce que vous allez voter à la primaire socialiste ?
04:38Non, je n'irai pas voter à la primaire socialiste,
04:41et non pas pour des considérations personnelles,
04:43mais parce que j'ai un désaccord politique, je l'ai dit,
04:45je la trouve trop étroite, et le débat est trop étroit.
04:49Mathieu Pigasse, je voudrais qu'on parle...
04:50Vous ne voulez pas parler du budget, quand même ?
04:52On peut parler du budget, mais simplement comme, jusque-là,
04:54je choisis juste l'ordre des pèles, on en parlera juste après.
04:57Je voudrais qu'on parle des révélations du canard enchaîné
05:00qui nous a appris il y a une semaine, Mathieu Pigasse,
05:02que vous aviez loué cet été une maison sur l'île Moustique dans les Antilles,
05:05avec un prix total pour 19 nuits de 434 000 euros,
05:08ce qui veut dire plus de 130 000 euros la semaine.
05:11Je précise évidemment que vous faites ce que vous voulez de votre argent,
05:13qu'il n'y a absolument rien d'illégal dans cette location,
05:17mais cette information, elle est à mettre en rapport avec vos propos,
05:19notamment cette phrase dans le podcast Legend,
05:21dit au mois de juillet, ouvrez les guillemets,
05:23on ne juge pas les gens par leur fortune ou leur patrimoine,
05:25on les juge par l'usage qu'ils en font, par la vie qu'ils mènent.
05:29Alors si je vous prends au mot, Mathieu Pigasse,
05:31qu'est-ce que cette somme dépensée dans une villa d'ultra luxe dit de vous ?
05:35Je vais vous dire plusieurs choses.
05:38La première, je comprends que les montants évoqués,
05:43avancés par le canard enchaîné, puissent choquer.
05:47Ce sont des montants qui sont en effet considérables.
05:48Mais vous l'avez dit vous-même, ce n'est pas de l'argent public,
05:51c'est de l'argent privé, c'est mon argent personnel.
05:54Et il n'y a aucun conflit d'intérêt d'aucune sorte.
05:58Juste, vous dites les montants affichés, ce sont les montants ?
06:01Je ne les ai pas confirmés au canard enchaîné.
06:03Et quand ils m'ont posé la question, je dis moi,
06:04je ne réponds pas à la police des mœurs.
06:06Mais venons au fond, il y a la question que vous avez posée.
06:09J'entends parfois, et c'est ce qui est implicite dans votre question,
06:13parler d'incohérence.
06:14Moi, je voudrais dire deux choses.
06:16La première, je n'ai jamais caché, jamais, avoir gagné beaucoup d'argent.
06:21On m'a souvent posé la question, et j'ai toujours répondu,
06:24à la télévision, à la radio, avec beaucoup de transparence,
06:27que j'étais dans le champ de la taxe Zuckman,
06:30c'est-à-dire un patrimoine de plus de 100 millions d'euros.
06:33C'est la première chose.
06:34J'assume ce que j'ai et ce que je suis.
06:38La deuxième chose que je veux dire, Benjamin Duhamel,
06:40c'est être de gauche, ce n'est pas faire vœu de pauvreté.
06:44On n'est pas de gauche en fonction de son compte en banque,
06:47je continue, ou de ce que l'on possède.
06:49On est de gauche en fonction, et c'est là où je veux venir,
06:51de ses valeurs, de ses engagements, de ses convictions.
06:55Et en fonction aussi de ce qu'on fait de son argent.
06:56Et ici, l'idée n'est absolument pas de dire que quand on est de gauche,
06:58on doit faire vœu de pauvreté,
07:00ou on ne doit pas s'assumer d'avoir une forme de fortune.
07:02Là encore, le sujet, c'est l'éventuelle contradiction,
07:05et les auditeurs jugeront, entre des déclarations qui ont été les vôtres.
07:08Je pense aussi à ce que vous avez dit aux universités d'été des écologistes,
07:11où vous disiez, moi je ne suis pas un homme, je suis du tiers-état.
07:14Est-ce qu'on peut être du tiers-état, comme vous le dites,
07:16et avoir dépensé en trois semaines de vacances l'équivalent de 20 années de SMIC ?
07:20Est-ce qu'il n'y a pas là une contradiction de principe ?
07:23Je vais répondre de deux façons.
07:24D'abord, juste la petite référence historique,
07:26et on va peut-être en reparler tout à l'heure sur le tiers-état.
07:29Étaient membres du tiers-état,
07:31ceux qui n'appartenaient ni aux clergés, ni à la noblesse.
07:35Dans le tiers-état, il y avait des riches industriels et des riches financiers.
07:39Dupont-de-Nemours, Mirabeau, Mounier, Barnave.
07:43Et ils avaient tous la même volonté,
07:45c'est ça qui les réunissait,
07:46c'est une volonté de changement.
07:47C'est ce qui m'anime, c'est la volonté de changement.
07:49Je reviens sur ce que vous disiez...
07:52Sur la contradiction entre vos propos et la façon dont vous avez utilisé votre argent.
07:56Sur ce qui est encore là aussi implicite dans votre propos,
07:59ce que vous semblez me reprocher, qui est une forme d'indécence.
08:03Moi, je dis la chose suivante.
08:04Je n'ai pas prononcé ce mot.
08:05Non, mais je le sens.
08:07Non, non.
08:07Non, mais j'assume ce que je dis moi.
08:09Je vais vous dire, l'indécence, ça serait d'avoir de l'argent
08:12et de demander des sacrifices aux autres.
08:14Moi, je fais partie de ceux qui disent
08:16« Oui, j'ai de l'argent.
08:18Oui, je suis riche.
08:19Et oui, je veux payer plus d'impôts.
08:21Et je considère que les riches et les plus riches
08:25doivent contribuer plus. »
08:28Pardon, Mathieu Pigasse, et on entend ce que vous dites,
08:29mais là encore, dans la façon dont c'est dépensé
08:32et dans la forme d'ostentation qu'il peut y avoir,
08:35encore pour nos auditeurs qui ne savent pas ce qu'est l'île Moustique,
08:38c'est une île dans les Antilles,
08:39une sorte de repère de milliardaires
08:41où on peut croiser Mick Jagger,
08:43Jeff Bezos d'Amazon, la famille royale britannique.
08:45Est-ce que là encore, quand on dit vouloir mener un combat de gauche radicale
08:49contre le capitalisme, qu'on dit « je suis du tiers-État »,
08:52est-ce qu'on peut, dans le même temps,
08:54aller dépenser plus de 400 000 euros un été en loin d'une maison ?
08:57D'abord, je réfute totalement le terme d'ostentatoire ou d'ostentation.
09:01Moi, je n'étale rien et je n'ai jamais rien étalé
09:04de ce que je fais ou de ce que je suis.
09:07Et je vous redis une chose ici avec beaucoup de force.
09:09Ce qui compte, c'est, et moi c'est ce sur quoi je demande à être jugé,
09:14si je puis dire, c'est les engagements et les convictions.
09:16Mais vous pouvez comprendre la réalité des Français
09:18qui n'arrivent pas à faire un plein à la pompe tout en menant cette vie-là ?
09:22Est-ce que vous qui dites, et que je n'exclus rien,
09:24est-ce que quand on veut faire de la politique
09:26et qu'on veut peut-être être président de la République,
09:27on peut comprendre les préoccupations des Français
09:29quand on a ce train de vie ?
09:30Eh oui, écoutez, par exemple,
09:32ce n'est pas moi qui viens à votre micro
09:33et qui explique qu'à 2000 euros, on vit bien.
09:36C'est hier, le ministre de l'Economie...
09:38Il a dit, c'est une retraite correcte, Roland Lescurrière.
09:39Non, non, il a dit, je vous redonne les termes exacts
09:41puisque je l'ai écouté, il dit, on vit bien.
09:43Je trouve fantastique d'ailleurs que les macronistes
09:45aient divisé par deux le seuil des richesses
09:47qui avait été défini par François Hollande à l'époque.
09:49Mais oui, moi, je reviens à votre question.
09:54À nouveau, ma vie, on m'a reproché,
09:57on dit oui, il dit, il prend le métro.
09:59Mais oui, vous savez, à Paris, je prends le vélo,
10:02je me déplace en métro,
10:03ce n'est pas un certificat de pauvreté.
10:05Non, mais c'est parce que c'était une façon
10:06de mettre en avant le fait que vous aviez une vie normale.
10:08Or, à l'évidence, ce que révèle le canard enchaîné
10:10ne montre pas une vie normale.
10:12Je peux, cher Benjamin Duhamel,
10:13avoir une vie normale et partir en vacances
10:15à peu près que je veux.
10:16Il n'existe pas, jusqu'à preuve du contraire,
10:18de police des vacances.
10:19Il n'y a pas au ministère de l'Intérieur
10:20un bureau des vacances où vous déposez, vous,
10:23vos vacances, avec qui vous partez,
10:24quand vous partez et où vous partez.
10:26Bon, voilà.
10:2954 milliards d'euros d'efforts demandés aux Français.
10:34Si vous étiez député, évidemment, vous voteriez compte,
10:36vous meneriez la bataille.
10:38C'est quoi ? C'est un budget injuste ?
10:39C'est un budget d'austérité ?
10:40C'est les deux.
10:41C'est un budget injuste et c'est un budget d'austérité.
10:45Donc, pour moi, c'est un budget, je l'ai dit tout à l'heure,
10:47assassin.
10:48Il est injuste socialement, vous le savez.
10:50Il fait porter l'effort sur les retraités,
10:52sur les malades,
10:54sur les bénéficiaires d'allocations de logements
10:56ou sur les immigrés.
10:58Il est totalement injuste socialement
11:00et il est absurde
11:02et dangereux économiquement.
11:04C'est en effet 54 milliards d'austérité.
11:06Vous pouvez estimer que l'effet
11:08sur le PIB sera supérieur à 60 milliards.
11:11C'est la continuation
11:12de la politique de l'offre et c'est en fait
11:14un marche-pied au Rassemblement National.
11:17Et donc, il faut tout faire pour s'opposer
11:18à ce budget et au Rassemblement National.
11:20Merci beaucoup Mathieu Pigasse
11:21et vous reviendrez à en parler
11:22puisque vous n'excluez rien pour 2027.
11:24Merci d'être venu au micro d'Inter.
11:25Et merci Benjamin.
11:26On se retrouve tout à l'heure
11:27pour le grand entretien
11:28mais pour l'instant,
11:29il est 8h sur Inter.
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