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  • il y a 8 mois
L'historien Gilles Candar, grand spécialiste des gauches françaises, était l'invité de France Inter, vendredi 30 mai. Administrateur de la Fondation Jean-Jaurès, il est l'auteur d’une note sur “Les congrès socialistes de Nancy (1907 et 1929)”. Sur France Inter, il apporte un éclairage sur les élections internes au Parti socialiste.

Retrouvez « L'invité de 7h50 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50

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Transcription
00:00France Inter, le 6-9
00:04Notre invité à 7h49 est historien, enseignant et militant, grand spécialiste des gauches françaises.
00:09Il va nous aider à y voir plus clair dans ce qui se passe au Parti Socialiste.
00:14Lui qui publie lundi prochain une note pour la Fondation Jean Jaurès consacrée au Congrès Socialiste de Nancy en 1907 et en 1929.
00:21Bonjour Gilles Kanda.
00:22Bonjour.
00:23Le prochain Congrès du PS qui va avoir lieu à Nancy lui aussi, il aura lieu du 13 au 15 juin prochain.
00:29Et avant ça, il doit avoir lieu le deuxième tour qui doit permettre d'élire le premier secrétaire du Parti Socialiste, le patron du Parti.
00:36Ça, ça sera jeudi.
00:38Vous qui connaissez par cœur l'histoire du Parti, vous diriez qu'il n'a jamais été aussi divisé ?
00:43Non, parce que les divisions de toute façon constituent l'ossature même de la politique.
00:49La politique c'est l'art de régler les dissensus, de voir quelles sont les différentes propositions, les différentes candidatures, les différentes compétitions.
00:58Donc, je ne crois pas qu'on puisse faire de la politique sans envisager les divisions.
01:02On peut parfois décider de les régler en faisant comme si elles n'existaient pas.
01:06On organise dans ce cas-là des partis de manière très centralisée et autoritaire où on contourne les problèmes.
01:12Mais de toute façon, les divisions ont toujours existé.
01:14Le Parti Socialiste est toujours illustré, disons par un antropisme particulier, sur des grandes empoignades, alors dans le meilleur des cas idéologiques et parfois personnels aussi.
01:25Jaurès, Guedde, Blum, Paul Faure, Mollet, Deferre, Mitterrand, Rocage, Jospin, Fabius.
01:31On pourrait continuer pendant plusieurs heures.
01:33Cette semaine, les militants ont placé au coude à coude, ou presque, le premier secrétaire sortant, Olivier Faure.
01:3842,21% des voix, c'est précis, et son principal adversaire, le maire de Rouen, Nicolas Maillard-Rossignol, 40,38% des voix.
01:47Il y en a un qui est critiqué parce qu'il a entretenu des liens proches au sein du nouveau Front Populaire avec la gauche radicale.
01:53Un autre qui tient à s'en démarquer.
01:55Est-ce que cette fracture entre une aile radicale et une aile plus sociale-démocrate, elle est traditionnelle, elle est historique au Parti Socialiste ?
02:02Alors, oui, enfin, sur les alliances, ça a été longtemps le problème du rapport avec le Parti Communiste, parce que c'était plus simple, si on veut.
02:13La gauche était structurée autour du Parti Socialiste et du Parti Communiste, qui étaient les deux principaux partis.
02:25Et il y a eu à la fille ?
02:26Alors, aujourd'hui, bien sûr, les partis socialistes, les partis communistes sont au milieu de leur forme, les écologistes ont émergé, on constitue une force politique importante.
02:36Et puis, la France Insoumise a également émergé, en gros, sur une critique du lègue laissée par les communistes et les socialistes.
02:46On peut dire que, chez la France Insoumise, il y a à la fois, disons, une part du passé de gauche radicale, protestataire, de la fonction tribunicienne qui exerçait le Parti Communiste,
02:58et aussi, disons, de socialistes qui estiment être restés davantage fidèles au changer la vie des années 70.
03:07Il y a ces deux côtés-là, avec le fait, évidemment, un peu original que ce n'est pas un parti classique, mais une structure un petit peu à l'État gazeuse,
03:17avec une autorité éminente qu'exprime le candidat naturel à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon.
03:24Donc, c'est un petit peu différent.
03:25Donc, c'est vrai que, pour les socialistes, comme les autres partis de gauche, la question, à chaque fois, des alliances se pose,
03:32et qu'il y a toujours, évidemment, une aile qui insiste sur l'affirmation, sur l'identité,
03:36et une aile qui va insister sur le rassemblement, la nécessité de s'unir à gauche.
03:42Écoute, de cette troisième voie qu'on a vue, là, dans le premier tour de l'élection pour le poste de premier secrétaire,
03:48de Boris Vallaud, chef des députés PS, il est troisième, donc avec un peu plus de 17% des voix,
03:53on dit qu'il sera faiseur de roi, qu'est-ce qu'il incarne, lui ?
03:57Il a prôné la réconciliation pendant toute la campagne ?
04:00Oui, c'est le problème des troisièmes courants, enfin, que je connais bien,
04:04moi, j'ai fait une thèse sur Jean Longuet, qui, au congrès de Tours,
04:07essaye d'empêcher la scission et de maintenir ensemble ce qui va devenir les socialistes et les communistes.
04:14C'est toujours difficile, là, d'être sur une stratégie entièrement unitaire.
04:18Donc, lui, il prône, évidemment, l'unité des socialistes, le travail commun.
04:26Il a, évidemment, il n'est pas majoritaire, mais comme personne n'est majoritaire sans lui,
04:33il a certainement les moyens de peser plus tard pour éviter, disons, qu'il y ait de nouveaux départs,
04:40de nouvelles scissions et, d'une certaine manière, amener les socialistes à travailler ensemble.
04:45C'est du moins son pari, nous verrons bien s'il est en mesure de le tenir.
04:47En parlant des sujets qui fâchent, en l'occurrence, vous avez cité le congrès de Tours 1920,
04:53vous avez travaillé sur la grande histoire du Parti Socialiste,
04:57vous publiez une note pour la Fondation Jean Jaurès, qui reste la figure tutélaire de ce parti.
05:0424 000 personnes qui votent, 24 000 adhérents du PS qui ont participé au vote
05:11et qui vont devoir départager, donc maintenant, deux candidats.
05:16Est-ce que ce n'est pas tout simplement le dernier clou dans le cercueil d'un parti qui ne sait plus qui il est ?
05:22Vous êtes bien sévère. Je crois qu'il y a une crise générale des partis politiques.
05:30Non mais ça fait des années qu'on parle de grands cadavres à la renverse, c'était l'expression de Bernard-Henri Lévy.
05:34Il fallait reconstruire la maison de la cave au Grenier, c'est ce que disait Arnaud Montebourg il y a au moins 15 ans.
05:40Bon, on en est où aujourd'hui, le PS ? Qu'est-ce que ça représente ?
05:44Oui, tous les partis politiques, tous les syndicats, toutes les associations ont de moins en moins d'adhérents
05:51et doivent apprendre à vivre avec de moins en moins d'adhérents.
05:55Non mais à ce point-là...
05:56Je crois que c'est un phénomène général.
05:58Donc effectivement, le PS c'est une quarantaine de milliers d'adhérents,
06:01Europe Écologie Les Verts c'est 16 000,
06:03Place Publique qui est à la mode actuellement prétend avoir 12 000 adhérents.
06:06Non mais le PS c'est un parti qui a gouverné, qui a présidé la France
06:10et qui a vocation peut-être de revenir au pouvoir.
06:13C'est un parti qui a vocation, il faut le démontrer.
06:15Voilà.
06:16Il faut le démontrer.
06:17Et aujourd'hui...
06:18Qu'est-ce qui permettrait d'y croire aujourd'hui un adhérent socialiste ?
06:22Mais, d'être davantage historien je dirais.
06:25Parce qu'en histoire, on voit que la politique au XXe siècle va se structurer autour des partis politiques.
06:32Ce n'était pas vrai au XIXe siècle.
06:34Et ça devient vrai ?
06:35D'une certaine manière, c'est en partie fini.
06:38En partie.
06:38Je suis d'accord avec cette politiste Rémi Lefebvre, Frédéric Savicky aussi,
06:42qui avance parfois ses idées.
06:45C'est vrai.
06:45Il y a une crise des partis politiques.
06:47Cela dit, les partis politiques structurent toujours les élections.
06:50C'est comme le syndicat.
06:52Il y a de moins en moins de monde qui est syndiqué.
06:54Pas à la présidentielle.
06:55Alors, à la présidentielle, on a vu qu'effectivement, ce n'était pas forcément les partis qui faisaient le candidat.
07:04Mais après, dans la vie politique du pays, justement pour gouverner durablement,
07:10et pas seulement gouverner durablement le pays, mais aussi pour les régions, les départements, les municipalités,
07:14les partis politiques jouent un rôle essentiel.
07:17Mais il y a de moins en moins de militants.
07:19Alors, du part, il faut sans doute que les partis revoient leur fonctionnement.
07:23Ça vaut un peu pour tout le monde.
07:26Parce que le problème...
07:27Mais quand on parle de faiseur de roi, en évoquant la figure de Boris Vallaud,
07:31le roi de quel royaume ?
07:33Oui, alors ça, c'est vous qui avez employé l'expression de roi.
07:37C'est l'expression qui court et qui est employée dans la presse depuis quelques jours.
07:42C'est... Vous comprenez, c'est... La difficulté, c'est justement l'outil parti socialiste.
07:52D'ailleurs, je vois bien quand je fais des réunions, etc.
07:54On voit bien, c'est souvent, disons, déjà des personnes qui sont parfois un petit peu âgées.
08:00La manière de faire de la politique a évolué.
08:04Donc, le problème qui se pose à tous les partis, mais de l'extrême droite jusqu'à l'extrême gauche,
08:09c'est de continuer à sélectionner des candidats, à travailler, disons, avec les forces vives,
08:15comme on dit souvent, les électeurs, etc.
08:18à proposer des équipes pour les prochaines municipalités.
08:24Certainement, il y avait déjà eu quelque chose au moment des primaires élargies, des primaires générales.
08:30Certainement, on trouve les moyens de travailler avec des gens qui ne veulent plus prendre leur carte dans un parti politique.
08:36Je le comprends très bien, je n'ai pas ma carte dans un parti politique.
08:38Et pourtant, ça me passionne, j'en fais un peu l'histoire.
08:41Ça vous passionne au point de dire les textes d'orientation ?
08:44Les trois textes d'orientation ?
08:46Au cœur de la gauche, unir, changer pour gagner ?
08:50C'est un devoir professionnel.
08:52Ça fait rire Patrick Cohen.
08:55Il les a lus.
08:56Mais il est le seul.
08:58Non, non, non, on est quelques pervers.
09:01Mais non, en tout cas, 40 000 personnes, ça ne fait pas beaucoup.
09:0440 000 personnes, c'est vrai que ça ne fait pas beaucoup, oui.
09:07Les militants de partis politiques en France sont devenus très minoritaires.
09:11Mais c'est une évolution qu'on retrouve même dans les pays où les partis étaient des partis de masse.
09:16La France n'a jamais été, alors avant, on se lamentait en disant, oui, la social-démocratie allemande, etc.
09:20Ils sont beaucoup plus nombreux.
09:21Non, mais bien avant, ils étaient beaucoup plus nombreux.
09:26En France, on n'a jamais eu des partis politiques extrêmement nombreux.
09:29Le PS culminait à 100 milliards d'errands, sauf quelques années, exceptionnel.
09:34De toute façon, c'est une tradition déjà de la vie politique française.
09:37On est à la fois un pays très politique et un pays où les partis sont très faibles,
09:41avec une certaine méfiance à l'égard des partis politiques.
09:45Donc, il faut faire avec.
09:47Même si le dispositif des partis est faible, il y a toujours le problème de savoir
09:53quelles vont être vos municipalités, quels vont être vos présidents, quels vont être vos députés.
09:57Vous avez des choix politiques à faire.
09:59Je voulais vous citer, pour finir une tribune de juin 2024, après les européennes.
10:03La gauche, prise dans son ensemble comme en particulier par les courants ou organisations,
10:07ne peut se raconter d'histoire.
10:08Elle demeure à un niveau bas.
10:09La flamboyance n'est au rendez-vous d'aucune liste.
10:11Les rancœurs, détestations, suspicions, etc.
10:13Vous en parlez seul.
10:14Une prise de conscience de ses faiblesses, une volonté humble de rassemblement et de travail
10:18pourrait permettre de trouver l'équilibre recherché entre l'audace et la prudence,
10:21susceptible de lui donner toutes ses chances dans le prochain scrutin.
10:24Est-ce qu'on en prend le chemin ?
10:26Eh bien, je l'espère.
10:28Ce n'est pas évidemment à moi tout le temps.
10:29Mais vous y croyez ?
10:30Alors, vous savez, Léon Blum a dit
10:34« Je le crois parce que j'espère, je l'espère parce que je le crois ».
10:36Ce furent ses derniers mots.
10:38Il est mort juste après.
10:40Donc, je vais sans doute rester prudent.
10:42En tout cas, c'est à mon avis le chemin nécessaire.
10:46Donc, on verra bien si effectivement les socialistes et les autres y arrivent.
10:52A voir.
10:52La question reste posée.
10:54Donc, Gilles Candard, auteur de cette note sur les congrès socialistes
10:57pour la Fondation Jean Jaurès à paraître lundi
10:59et de ce dernier ouvrage au PUF en 2022.
11:01Pourquoi la gauche de la Commune à nos jours ?
11:03Merci de nous avoir répondu sur Inter.
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