00:00Et le gouvernement qui surveille de près la colère sociale, Loïc, comment ça se passe dans les coulisses ?
00:05Le Premier ministre en personne redoute que la colère se transforme en crise.
00:09Il y a un moment de désespérance qui peut s'installer en France, me confie un proche,
00:13crainte que tout cela se transforme en division, entre générations, entre urbains et ruraux,
00:18entre ceux qui peuvent encore se le permettre et ceux qui n'y arrivent plus du tout.
00:21Attention à la moindre étincelle qui viendrait mettre le feu aux poudres.
00:24Certains ont pu conseiller ces derniers jours, par exemple, à Matignon de proposer un plan de sobriété
00:30face à l'envolée des prix du carburant en abaissant, par exemple, les limitations de vitesse sur l'autoroute.
00:35Le chef du gouvernement s'y est opposé.
00:37On a réussi à ne pas tomber dans le piège de l'infantilisation et de la culpabilisation, me dit un
00:43conseiller.
00:43Comment ça s'organise au cœur du pouvoir, Loïc ?
00:45On a des points minimum deux fois par jour sur les prix, sur les approvisionnements.
00:49C'est ce que m'explique le cabinet de Maude Bréjon.
00:51Leur évolution remonte en temps réel à Bercy, qui en informe évidemment les services du Premier ministre.
00:55Le sujet remonte d'ailleurs plus haut, jusqu'à l'Élysée.
00:58Ça fait partie des discussions à chaque conseil des ministres maintenant depuis un certain nombre de semaines.
01:03Il y a un mot magique que tout le monde attend, c'est « annonce ».
01:06Sauf que nos dirigeants se sont promis que quoi qu'il en coûte, c'est terminé.
01:10Impossible, on n'a plus les moyens.
01:11Et puis surtout, le gouvernement se l'était pris en boomerang
01:13quand on a découvert la dégradation soudaine des finances publiques en 2022.
01:18Ajoutez à cela que de toute façon, quelle que soit l'aide annoncée, ça ne sera jamais suffisant.
01:23Ou du moins que trop temporairement.
01:24Prenez l'aide par exemple au gros rouleur.
01:26Un chèque de 100 euros, c'est à peine un plein désormais.
01:29Et une fois que c'est fait, c'est terminé.
01:30C'est one shot.
01:31Vous avez fini la tablette de chocolat.
01:33C'est frustrant pour tout le monde.
01:34Et au final, ça ne change l'avis de personne.
01:37Est-ce qu'il y a eu quand même, Loïc, un certain retard à l'allumage ?
01:40Si vous ne parlez pas, c'est que vous êtes le problème.
01:43Si vous commencez à parler, alors vous l'incarnez.
01:45Une consigne est passée.
01:47Évitez les discours moralisateurs.
01:49C'est dur de parler transition énergétique
01:50quand une maman solo est à découvert le 15 du mois,
01:53m'explique l'entourage de la porte-parole du gouvernement.
01:56Quand tout est tendu, mieux vaut y aller mollo dans la communication.
01:59Quand le ministre de l'économie dit sur BFM TV par exemple
02:02que certains responsables politiques soufflent sur les braises
02:04pour appeler à aller dans la rue.
02:06Ce n'est pas faux d'un côté.
02:07Mais en même temps, ça ne répond pas du tout à ceux
02:09qui vivaient déjà cette colère avant même que la politique s'en mêle.
02:13Plus globalement, ce principal élément de langage
02:15qui consiste à répéter que c'est une crise internationale,
02:18externe, que le gouvernement n'y est pour rien,
02:20je pense que chacun l'a bien compris.
02:22De là à considérer que le gouvernement n'est responsable de rien,
02:25c'est compliqué de se défausser quand on est aux responsabilités,
02:28encore plus dans ce contexte de chasse aux économies,
02:30au risque de finir soi-même sur la liste des postes de dépenses inutiles.
02:34Sous-titrage Société Radio-Canada
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