00:02RTL Matin, Céline Landreau.
00:04Et l'invité d'RTL Matin à 7h42, c'est tout simplement du jamais vu depuis plus de 40 ans.
00:09Depuis que l'Etat compile les chiffres, le litre de sans plomb 95 E10 s'affiche à 2,11 euros,
00:15en moyenne un record.
00:16Quand le gasoil lui se rapproche de son plus haut historique, 2,29 euros le litre, il est déjà monté
00:21à 2,31 euros en avril dernier.
00:23Bonjour Patrice Geoffron.
00:24Bonjour Céline.
00:25Vous êtes professeur d'économie à l'université Paris-Dauphine, directeur du centre de géopolitique de l'énergie.
00:30Ces prix records, on le disait, vont-ils encore monter dans les jours qui viennent ?
00:34Oui.
00:35Oui, parce que le prix du baril a augmenté.
00:38L'ensemble de cette hausse ne s'est pas encore traduite à la pompe.
00:41Il faut quelques jours, d'une à deux semaines.
00:45Et puis par ailleurs, il y a une tension conjointe sur la capacité de raffinage de la Russie d'un
00:49côté.
00:50Et puis par ailleurs au Moyen-Orient, dans le détroit d'Hormuz, il y a une forte pression évidemment sur
00:55les Saoudiens.
00:56Également désormais dans la mer Rouge.
00:58On va revenir en détail sur les causes de cette augmentation, mais jusqu'où ça peut monter ?
01:02Avec un baril de Bren qui s'affiche à un peu plus de 107 dollars ce matin, quel prix a
01:06la pompe demain pour nous ?
01:08Un litre d'essence à 2,50 euros, à 3 euros, c'est imaginable ?
01:12Alors 2,50 euros, c'est imaginable.
01:133 euros, ça me paraît difficile pour différentes raisons.
01:16Notamment parce qu'au-delà de 2,50 euros, il y a une partie de ces produits pétroliques qu'on
01:22ne peut plus acheter.
01:23Donc la demande diminue.
01:24Elle diminuerait pas simplement en France, mais au niveau mondial.
01:27Parce que ce choc est en train de se transmettre, y compris aux Etats-Unis.
01:32Donc il est difficile d'imaginer que le prix monte sensiblement au-delà de 2,50 euros.
01:36Mais malheureusement, 2,50 euros pour le diesel, ça me paraît plausible.
01:40Une station sur 10 était en rupture d'au moins un carburant hier, Patrice Joffron.
01:44C'est simplement l'effet d'une ruée sur les stations les moins chères ou il y a un vrai
01:49risque de pénurie qui nous guette ?
01:50Alors il y a une très forte concentration de ces pénuries sur le réseau de Total Energy qui par ailleurs
01:55fait des ristournes.
01:56Donc on a un réseau au niveau national qui est déstabilisé par les ruées que vous mentionniez à l'instant.
02:04Avec également potentiellement un impact sur les stations indépendantes.
02:07Parce qu'en milieu rural, finalement, quand vous avez la malchance de vous retrouver pas très très loin d'une
02:12station totale,
02:13évidemment, il y a une différence qui peut être de 10, 20 centimes peut-être.
02:15Donc ça fragilise le réseau de stations indépendantes.
02:20Mais dans l'état actuel des choses, il n'y a pas de risque de pénurie généralisée.
02:23Alors vous évoquez la situation internationale qui explique en grande partie ces prix qui flambent.
02:28C'est pas facile de dessiner une carte du monde à la radio.
02:31Mais vous l'avez dit, la situation est compliquée au Moyen-Orient avec le détroit d'Hormuz dont on parle
02:34beaucoup depuis le début de la guerre en Iran.
02:36Et désormais, celui de Bab el-Mandeb, c'est de l'autre côté de la péninsule arabique, au côté africain,
02:42pour sortir de la mer Rouge, en gros.
02:45Bab el-Mandeb sous la menace des outils pro-iraniens.
02:48Tout ça nous paraît très lointain.
02:49Mais quelles conséquences concrètes ça va avoir pour nous, automobilistes, demain ?
02:53La conséquence, on l'observe déjà, puisque le prix du baril va tranquillement, mais sûrement, aux alentours de 110, peut
02:59-être 120.
03:00Donc c'est la conjonction de ces différents phénomènes.
03:03Les outils sont en train de mettre une pression sur l'Arabie Saoudite.
03:05L'Arabie Saoudite, finalement, si on continue la géographie, c'est l'Inde.
03:09Jusque-là, transporter son pétrole qui ne pouvait pas sortir d'Hormuz,
03:13le transporter avec un pipeline qui traversait d'ouest en est l'Arabie Saoudite.
03:17Un gros tuyau qui débouchait sur la mer Rouge, ce qui était relativement efficace et qui permettait de contenir les
03:24prix.
03:25Désormais, ce n'est plus le cas puisqu'il y a la menace des outils.
03:28Donc l'activité est très fortement réduite, voire arrêtée.
03:32Ce qui explique que le prix monte.
03:33Ce qui explique également que les marges sur le raffinage sont en train de monter.
03:37Donc il y a un double effet.
03:38Prix du baril plus élevé, raffinage plus élevé, prix à la pompe à 2,30 et peut-être au-delà
03:43dans les jours prochains.
03:44Et la conséquence très directe de ces prix aussi élevés, vous l'évoquiez,
03:47c'est une consommation de carburant qui baisse en France, moins 6% depuis le début de la crise.
03:52Ça c'est une mauvaise nouvelle pour l'économie, y compris pour les comptes publics d'ailleurs.
03:56Alors tout dépend de la manière dont les gens qui nous écoutent s'adaptent.
04:01S'il s'agit d'un côté de faire du covoiturage ou d'avoir d'accès à du transport en
04:06commun,
04:06de fait on a là une bascule qui est plutôt utile globalement et soutenable économiquement.
04:11Mais il y a par ailleurs de la destruction de la demande, pas simplement pour la mobilité,
04:16mais également dans l'industrie, pour les usages de...
04:18Et puis on va voir arriver le deuxième choc à l'hiver avec le prix du gaz qui a augmenté.
04:23Donc évidemment on a une société qui est sous tension.
04:25Moi je pense qu'il ne faut surtout pas se tromper de diagnostic.
04:27C'est la troisième fois en dix ans entre la crise des gilets jaunes 2022
04:31et ce qui nous réunit ce matin que nous avons des chocs pétroliers assez massifs.
04:36Et ce qu'il faut, François Langlais, parler de trouver 6 milliards je crois.
04:40François, en 2022 on avait fait des ristournes à la pompe qui avaient coûté 8 milliards.
04:46Aujourd'hui avec 8 milliards on pourrait donner un véhicule électrique neuf,
04:49donner un véhicule électrique neuf de 20 000 euros à 400 000 personnes.
04:54On pourrait le donner.
04:55Mais ces 8 milliards on les a plus.
04:57On les a plus.
04:57Vous évoquiez les gilets jaunes, la situation elle est comparable pour vous à celle de 2018 ?
05:02Il y a beaucoup d'appels à manifester le 17 octobre prochain.
05:05Alors elle est comparable en termes de douleurs sociales à l'évidence.
05:09Les prix aujourd'hui sont plus élevés encore qu'ils l'étaient à l'époque.
05:11Il me semble néanmoins qu'il y a deux éléments qui sont différents.
05:14Le premier élément, ce qui avait été inflammable en 2018,
05:16ce n'était pas simplement l'augmentation du prix du baril,
05:18mais également la taxe qui était posée.
05:20On était à 1,50€ le litre de gazole à l'époque,
05:23juste pour remettre tout ça en perspective.
05:24Et donc il y avait le sentiment que finalement,
05:26cette tension était en partie liée à la politique publique.
05:31Aujourd'hui, on voit bien que tout ça est externe assez largement,
05:34et on en a suffisamment parlé.
05:36Et puis par ailleurs, surtout, on voit bien qu'on est à l'os en termes de finances publiques.
05:40Le gouvernement a engagé jusqu'alors de l'ordre d'un milliard et demi en termes de réponses.
05:46Je pense qu'il va falloir aller plus loin,
05:48mais en gardant toujours une optique et une optique de ciblage.
05:52Des mesures transversales comme les Espagnols ou les Italiens en utilisent sont extrêmement coûteuses
05:57et de fait ne servent à rien, ne servent pas, si ce n'est à baisser un peu la température.
06:02La tension sociale, mais non pas d'effet transformant.
06:05Le plafonnement des prix, Total le fait, et ça explique ce succès à la pompe dans leur station.
06:11Michel-Edouard Leclerc et certains politiques le réclament.
06:13Pour l'instant, le gouvernement s'y refuse.
06:15Ce serait un gouffre financier insoutenable, même si on plafonne à 2 euros, par exemple ?
06:20Il y a deux manières de le faire.
06:22Le premier, c'est de l'imposer réglementairement à ce moment-là,
06:25mais à ce moment-là, le pétrole va ailleurs.
06:27Il va ailleurs que chez nous.
06:29On est sur un marché mondial qui est sous tension,
06:31et donc c'est la garantie de ne pas avoir de diesel.
06:34Ça, c'est la première manière de le faire.
06:35La deuxième manière de le faire, c'est de le financer.
06:39Par de l'endettement, les taux sont en train de monter très fortement.
06:44Notre crédit sur les marchés me semble un peu vacillé.
06:47J'ai beaucoup de doutes sur le fait que nous puissions financer collectivement un blocage des prix.
06:54Et puis, à nouveau, ce blocage des prix me semble une mesure qui est totalement insensée,
06:58parce que, de fait, ça bénéficierait à tout le monde.
07:00François Langlais parlait d'équité à l'instant.
07:03C'est bien la question qui se pose de parvenir, lorsqu'on est face à des chocs,
07:06à cibler l'effort, le soutien public aux parties de la population,
07:10aux professions qui sont sous ce choc et qui n'ont pas de moyens de s'adapter.
07:14Merci Patrice Geoffron.
07:16On retient donc cette prédiction.
07:18Un litre d'essence à 2,50 euros, c'est très possible.
07:21Et bientôt.
07:22Restez avec nous, s'il vous plaît.
07:23Sous-titrage Société Radio-Canada
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