00:00Racontez-nous cette journée que vous retracez dans le livre, bien évidemment,
00:04où vous allez voir votre fils pour la dernière fois,
00:08pétri de toute la fierté que peut ressentir un père à ce moment-là.
00:11Alors, mon fils, en fait, je l'ai vu pour la dernière fois,
00:15hélas, sur son lit d'hôpital.
00:17C'est-à-dire qu'il joue à Bordeaux,
00:19et pour des raisons simplement familiales,
00:21puisque son frère aîné, c'était le jour de son anniversaire,
00:24on a dû rester à Paris pendant que lui était à Bordeaux.
00:30Et on a appris la nouvelle de manière un peu brutale,
00:33par téléphone, un peu confuse,
00:36en nous disant qu'il y a eu un accident, Nicolas est évacué.
00:40Et puis ensuite, l'hôpital nous a dit, oui, il faut venir.
00:43Et donc, je suis arrivé à 21h,
00:46et j'ai découvert mon fils stabilisé par les équipes d'hôpital Pellegrin,
00:52c'est-à-dire qu'il avait la seconde vertèbre cervicale arrachée,
00:55mais il avait fait 20 minutes d'arrêt respiratoire.
00:58Il était mort sur le terrain, soyons clairs.
01:00Il a été réanimé parce qu'il y a des gens compétents
01:03qui ont réussi à la réanimer.
01:05Mais il y avait des dommages cérébro-tels,
01:07et il était sans respiration,
01:09que, bon, ben voilà, il était mort.
01:11Et ce matin-là, quand vous le conduisez au train,
01:13il était heureux pour lui, il allait disputer...
01:15Il était très, très, très heureux.
01:17Très heureux.
01:18Enfin, ça faisait six mois qu'il avait rejoint le stade français
01:21au niveau espoir.
01:22Il avait été assidu, il était sur quasiment tous les matchs en remplaçant,
01:27parce que quand vous arrivez, en fait, vous êtes remplaçant,
01:29et c'est normal, on débute tous.
01:31Et puis, cette titularisation,
01:34il met un essai dans les premières minutes.
01:36Enfin, ça se passe merveilleusement bien.
01:37Bon, si vous voulez, moi, je vais vous dire mon...
01:42Ma consolation, c'est de me dire qu'il est mort heureux sur son terrain de rugby.
01:46Parce que ça se passait très, très bien.
01:48Il était au meilleur de ce qu'il souhaitait,
01:51de ce qu'il voulait faire,
01:52et il réalisait un match quasi parfait,
01:55juste qu'il a pris deux autobus qui ne se sont pas baissés,
01:58qui ont méprisé la sécurité,
02:01et qui ont voulu détruire,
02:03et ils ont détruit.
02:04Alors, justement, à qui vous en voulez, aujourd'hui ?
02:07Alors, très franchement, aujourd'hui,
02:09on ne peut pas dire que j'en veux à quelqu'un.
02:11Mais vraiment, ça peut vous surprendre.
02:13Mais ce que je regrette,
02:15c'est que les personnes qui ont commis ces actes
02:17n'ont jamais émis un quelconque remord,
02:20on n'a même pas pris la peine de nous envoyer un petit mot pour nous dire...
02:23Non, c'est vrai.
02:24Bien sûr.
02:25Ils n'ont même pas été désolés qu'ils soient morts dans ces circonstances ?
02:28Non, parce que je pense qu'ils sont conditionnés,
02:30et je pense que quand c'est judiciarisé en plus,
02:32eh bien, on a certainement des conseils qui leur disent
02:35« Bon, attendez, pas de mots, rien. »
02:37Vous en dites, mieux c'est.
02:39Oui, bien sûr, parce qu'à partir du moment
02:41où il y aurait certaines condoléances,
02:45plus que cela même,
02:47ça pourrait valoir aveu et reconnaissance dans le cas d'un procès.
02:50Alors, ça, déjà, ça vous peine, évidemment.
02:53Et ensuite, c'est ce qu'on a découvert après.
02:56C'est-à-dire que...
02:56Alors, il y a deux éléments.
02:59Tout le jeu d'acteurs des institutions
03:02qui sont supposés organiser ce sport,
03:05le protéger et faire en sorte que ça se passe bien,
03:07avaient été totalement défaillants.
03:09Pas devant la presse.
03:10Alors là, pour le côté émotions,
03:13ils ont été très, très présents.
03:15Mais dans les faits,
03:16le Stade français n'a pas déposé de réclamation.
03:18On l'a découvert, mais très tardivement,
03:20alors qu'ils ont déclaré à la police
03:22exactement ce qui s'était passé
03:24dans le cadre de l'enquête préliminaire.
03:26à les comprendre.
03:27Et ça, ça a été une obstruction terrible
03:29pour notre dossier
03:29parce qu'en fait, on nous dit
03:30qu'il n'y a pas de fautes.
03:31Et qu'est-ce qu'on fait là ?
03:32C'est ce que me dit le procureur de la République
03:34lorsque je suis pour l'appel.
03:36Sous-titrage Société Radio-Canada
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