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  • il y a 8 minutes
Dans un entretien accordé à la chaîne CBS, un militaire de l'US Air Force témoigne pour la première fois après le crash de son F-15E en territoire iranien. Grièvement blessé lors de l'éjection et privé d'eau, l'officier est parvenu à échapper aux recherches pendant plus de 50 heures avant d'être récupéré par les forces américaines.

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Transcription
00:02Ce jour-là, c'était un jour comme les autres dans la guerre pour nous, jusqu'au moment où nous
00:05avons été touchés par une armée iranienne.
00:07Je serai reconnaissant jusqu'à mon dernier jour envers mon pilote et coéquipier, qui nous a sauvé la vie en
00:12nous éjectant.
00:13Mon parachute avait été endommagé lors de l'attaque initiale.
00:16À un moment donné, j'ai levé les yeux et j'ai vu qu'il n'y avait pas de
00:19parachute.
00:19C'était la chose la plus terrifiante que j'ai jamais vue.
00:22Je n'étais pas concentré sur la vitesse à laquelle je tombais.
00:26Les experts pensent que j'ai percuté le sol à une vitesse comprise entre 110 et 160 km par heure.
00:36Voilà un récit qui est assez stupéfiant, Jérôme Pellistrandi.
00:39D'abord, expliquez-nous sur la procédure de l'éjection. Comment ça se passe ?
00:43Alors, dans un bi-place, en fait, vous avez le pilote et l'officier navigateur.
00:47Et quand l'un des deux décide de s'éjecter, il tire soit sur une poignée entre les jambes, soit
00:56sur une poignée au-dessus du casque.
00:58Et ça entraîne automatiquement l'éjection du binôme.
01:03Voilà, il n'est pas question qu'il y en ait un qui se retrouve dans l'avion.
01:05Il est prévenu juste avant, parce qu'on le fait pour avoir déjà volé sur bi-place.
01:09Vous avez trois fois le mot « éject », « éject », « éject ».
01:12Et c'est à ce moment-là, dit oralement.
01:14Exactement.
01:16Alors, ils ont le casque, c'est par interphone, en quelque sorte, interposé, parce qu'il y a beaucoup de
01:21bruit dans l'environnement.
01:22Et donc, il y a une séquence automatique qui prend quelques dixièmes de seconde.
01:27Donc, la verrière s'éjecte.
01:29Et puis, il y a un séquencement des premiers, deuxièmes qui partent.
01:33Et puis après, vous êtes sanglé sur votre siège, extrêmement, et puis vous partez en l'air.
01:39Et après, il faut que ça s'ouvre.
01:41Et donc, c'est vraiment des quelques secondes.
01:43Et il faut bien penser, enfin, quelques dixièmes de seconde, il faut penser que l'avion en vol, il est
01:48à peu près à 800 km heure.
01:50Il est touché et vous sortez.
01:52Donc, rien que l'éjection elle-même est un véritable choc pour l'organisme.
01:57Alors, on va continuer à entendre son récit.
02:01Et on sait maintenant que ça s'est bien terminé.
02:04Mais c'est vrai, Anthony Debila, que ça aurait pu être vraiment un tournant, cette affaire,
02:08s'il avait été capturé par les Iraniens.
02:09Oui, la doctrine américaine veut qu'il n'y ait personne laissé derrière, comme ils disent.
02:15Et c'est à la fois une sorte de force morale, une manière de prendre l'ascendant en montrant qu
02:20'on est solidaires
02:21et que s'il y a un problème, quelqu'un viendra vous chercher.
02:24Ça donne de la confiance aux combattants.
02:26Mais c'est à la fois une vulnérabilité, une sorte de talon d'Achille psychologique
02:30qui fait qu'au moindre incident, cela prend des proportions très importantes.
02:35On a parlé pendant de nombreux jours de sauvetage.
02:38Je pense que ça a duré deux ou trois jours.
02:4050 heures.
02:4050 heures.
02:41Donc, voilà.
02:41Un peu plus de deux jours, donc.
02:44Et ça a été réalisé grâce à un petit appareil qu'il avait dans son siège,
02:48parce qu'il a des équipements.
02:51Et c'est un thromboscope à infrarouge qui lui a permis de se faire repérer par les pilotes.
02:57Donc, c'est quelque chose qu'on ne voit pas à l'œil nu et qui lui a permis d
03:00'être retrouvé.
03:02Auparavant, les aviateurs avaient des miroirs pour refléter les rayons du soleil.
03:07Comme ça, on n'est pas vu, on n'est pas source de lumière.
03:11Et on peut être vu seulement de celui dont on devait être vu.
03:16C'est donc aussi très étonnant.
03:18Peut-être que c'est dû à la surface sur laquelle il a atterri,
03:22qui n'était pas spécialement dure, dense.
03:26C'est difficile de savoir.
03:28Aussi, l'idée peut-être que l'accélération était terminée.
03:31Le parachute a stabilisé la vitesse.
03:33Et même si vous arrivez assez vite, ça amoindrit le choc.
03:37C'est le phénomène qui fait que les chats ne meurent pas s'ils tombent suffisamment haut d'une tour.
03:43Donc, beaucoup de questions.
03:45Mais en tout cas, véritablement, ça tient du miracle.
03:48Et comme on voit, des croyances fortes qui naissent chez le pilote.
03:52On remercie Dieu, on remercie un absolu.
03:55Parce que quand on vit ce genre d'expérience,
03:58quand on sort de la bulle de violence,
04:00c'est toujours un peu mystérieux.
04:02Et on en ressort transformé.
04:03C'est vrai qu'il y a une dimension un petit peu mystique dans ce récit.
04:06Ce qui est assez courant chez les Américains.
04:08On a envie d'y croire quand même.
04:10Nous aussi, quand on passe 50 heures.
04:11Parce qu'en fait, là, on vous explique son éjection.
04:14Mais l'opération survie commence à ce moment-là.
04:17Justement, il va raconter ça.
04:19Il va raconter ce qui s'est passé à partir de cette opération survie.
04:21Parce que vous nous l'avez dit, il est cassé de partout, pour dire les choses.
04:24Et pourtant, à peine arrivé au sol, il n'a qu'une idée en tête,
04:29qu'une seule obsession, c'est d'aller se cacher le plus vite possible.
04:34Il faisait sombre.
04:35Et au cœur de l'Iran, là où nous étions,
04:37il y a de hautes vallées désertiques,
04:39mais aussi d'impressionnantes vallées escarpées.
04:43Je me suis donc retrouvé dans l'une de ces vallées,
04:45avec des falaises de chaque côté.
04:49Dès que j'ai trouvé un endroit qui, selon moi,
04:51me permettait de rester dissimulé,
04:53j'ai commencé à travailler pour établir une communication.
04:58Et on aperçoit un peu cette configuration sur les images en noir et blanc.
05:00On aperçoit des falaises.
05:02On voit qu'effectivement, c'est particulièrement escarpé.
05:05Comment a-t-il fait, Patrick, Jérôme,
05:08pour se traîner comme ça, sur une distance aussi longue ?
05:12Donc, la première règle, c'est, lorsqu'il touche le sol,
05:16c'est d'abord se déséquiper en partie du parachute,
05:20éventuellement pouvoir cacher le parachute.
05:22Avec une fracture du dos, il faut quand même le rappeler.
05:25Et partir le plus loin possible.
05:27Ne pas rester, on est dans un contexte de guerre.
05:30Donc, pas question de rester près du parachute ou du siège éjectable.
05:34D'ailleurs, souvenez-vous, les Iraniens ont montré des photos du siège éjectable.
05:38Donc, il s'agit de s'exfiltrer le plus rapidement possible.
05:42Alors, bien sûr, après, tout dépend de votre état de santé.
05:44Il est blessé.
05:45Il y a un phénomène qui s'appelle l'adrénaline.
05:48Il sait très bien que s'il est capturé, tout est possible, y compris le pire.
05:54Donc, il faut partir le plus loin possible.
05:58Il fait nuit et se dissimuler, en quelque sorte, faire extrêmement attention.
06:05Ça veut dire aussi qu'il ne peut se déplacer que de nuit.
06:09Pas question de se déplacer de jour.
06:11Parce que de jour, il peut être repéré par la population
06:14ou les centaines de soldats qui ont été envoyés par Téhéran pour le capturer.
06:19– Patrick, il dit dans la vidéo, on est entraîné, on est préparé à ça.
06:23Comment on se prépare ?
06:24C'est quoi exactement les entraînements qui sont faits là-dessus ?
06:27Et puis, en plus, on peut imaginer qu'un opérateur d'avion,
06:31il n'est pas entraîné autant qu'un commando de marine ou qu'un heavy-seat du PCF.
06:35– Et pourtant, si, un pilote de combat doit l'être.
06:38Mais il y a tout ce qui est entraînement visible, j'ai envie de dire,
06:42qui a été détaillé par Jérôme, et l'entraînement invisible.
06:44Alors, c'est soit la foi, soit l'adrénaline, soit il l'a dit aussi,
06:47la motivation, ne pas me retrouver sur les images de la télévision iranienne.
06:53Et c'est là qu'on rentre dans la troisième phase,
06:55la première éjection, la deuxième opération survie.
06:57Il va quand même randonner, si je puis dire, jusqu'à 2000 mètres d'altitude,
07:02et on le rappelle avec une fracture du dos, une autre de l'épaule et une autre à la jambe.
07:06– Il ne mange pas, il ne boit pas ?
07:07– Il n'a rien à manger pendant deux jours, il fait froid en hauteur, à 2000 mètres d'altitude,
07:12et c'est là que commence la troisième phase, c'est l'opération sauvetage,
07:15comme seuls les Américains en sont capables dans le nombre, en fait.
07:19C'est-à-dire qu'il y a à la fois le search and rescue,
07:22les équipages qui vont venir, qu'on peut considérer comme des commandos de l'air,
07:26ils seront 90 sur le terrain, il faut quand même l'imaginer.
07:29On analyse depuis le mois de février la présence ou non d'Américains.
07:33Ils n'ont pas hésité à envoyer avec deux énormes avions de transport,
07:37des soldats, mais aussi, c'est ça aussi qui est tellement américain,
07:40dans ces avions de transport, des hélicoptères de petite taille.
07:45– À l'intérieur des avions.
07:46– À l'intérieur des Little Birds, ce type d'hélicoptères.
07:48Et vous avez, au-delà de ça, la CIA qui lance une grande opération des informations,
07:53grosso modo pour dire qu'il est là, alors qu'il est totalement à l'opposé.
07:57Mais il faudra quand même quasiment 50 heures, parce qu'au bout de 24 heures,
08:02Pitex est le secrétaire à la guerre et ses équipes se disent,
08:05il va falloir qu'on reste 24 heures de plus parce qu'on n'y arrive pas.
08:08Ils vont essuyer des tirs et puis à un moment, parce que c'est trop difficile,
08:12on est englué dans le sable, notamment les trains d'atterrissage,
08:15qu'est-ce qu'on fait ? On envoie encore d'autres avions,
08:18d'abord pour bombarder ceux qui les ont emmenés et ensuite pour exfiltrer tout le monde.
08:22Immense opération, un succès, mais ça faillit très mal se passer.
08:25D'ailleurs, de mémoire, il y a un avion qui n'a pas été récupéré et qui reste au sol.
08:28Ils envoient un autre avion pour récupérer.
08:30En fait, les images qu'on a derrière vous, si on peut, avec la réalisation montrée,
08:34Julien, ça, ce sont des avions américains qui ont été bombardés par les Américains
08:38pour éviter que tout ça soit récupéré par les Iraniens.
08:41Il faut se rappeler que pour le commandement américain, il y a un traumatisme absolu
08:45qui était l'opération faite en 78 pour récupérer les otages américains à l'ambassade à Téhéran.
08:53Et donc, il y a eu ces images, justement, d'avions C-130, le même type utilisé, au milieu du
09:01désert.
09:02Donc, il était hors de question pour Washington que de telles images se reproduisent.
09:07Et il fallait, à tout prix, à la fois détruire les avions et, bien sûr, récupérer le pilote.
09:11Et ce pilote, cet opérateur, bravo, va donc se cacher pendant une cinquantaine d'heures
09:17jusqu'à ce qu'enfin, il voit arriver le commando venu le chercher. Écoutez.
09:24Dès que j'ai trouvé un endroit un petit peu caché, j'ai commencé à chercher un moyen de communiquer.
09:33Quand j'ai eu un moment pour faire le point et réfléchir à tout ce que j'avais traversé,
09:37j'ai envoyé « Dieu est bon » en signe de reconnaissance pour tout ce qu'il m'avait permis
09:41de surmonter.
09:42L'instant où un sauveteur est apparu sur cette crête a été l'un des plus beaux moments de ma
09:46vie.
09:47Je ne saurais le dire plus clairement qu'en disant « Merci, merci pour tout ce qu'ils ont fait
09:51».
09:58Soulagement immense évidemment pour lui, Anthony Dabila, mais aussi pour tout l'état-major,
10:02pour toute l'armée américaine qui jouait très très gros là-dessus.
10:05Oui, c'est très symbolique ce qui s'est passé parce que, comme l'a dit Patrick,
10:10il y avait pendant presque deux jours un avion de transport qui tournait autour de la zone.
10:15Ça démontrait la maîtrise américaine du ciel iranien et ils n'ont pas pris beaucoup de précautions.
10:23C'est-à-dire que les Iraniens étaient assez dépourvus au-dessus de leur propre territoire
10:28pour faire la chasse à des avions qui ne sont pas très technologiques,
10:31qui ne sont ni furtifs ni extrêmement rapides.
10:34Et donc ça a rendu possible cette opération.
10:37C'est une manière d'envoyer un message pour dire que, voilà,
10:40s'il y a quelque chose, on est capable de venir et s'il fallait intervenir
10:45pour aussi détruire un autre objectif militaire cette fois de manière offensive,
10:50eh bien c'était possible.
10:52Donc il y a vraiment eu pendant deux jours une sorte de symbole
10:57pour savoir si les Américains étaient réellement en mesure d'intervenir,
11:01de faire plus ou moins ce qu'ils voulaient au-dessus de l'Iran
11:05ou bien au contraire si les Iraniens étaient capables de toucher
11:10et de faire mal aux Américains.
11:12Très important évidemment pour aussi mobiliser les troupes.
11:16D'ailleurs encore aujourd'hui, Patrick, cette vidéo, cette interview,
11:19elle est réalisée.
11:21Et d'ailleurs c'est un peu polémique aux États-Unis, semble-t-il,
11:24sous la pression du secrétaire à la Défense,
11:26qui a besoin de visage, qui a besoin d'afficher des choses un peu plus glorieuses
11:29que ce qui est en train de se passer du côté du Moyen-Orient.
11:30Oui, oui, alors comme je vous disais, le pilote, lui, pour des raisons de sécurité,
11:34il ne s'est pas exprimé, mais il a quand même envoyé un communiqué
11:36et on sent quand même, alors je sens bien le langage très militaire
11:42et le sens de la litote et la pudeur chez ce colonel de l'US Air Force, certes,
11:47mais ils n'ont pas véritablement envie de montrer ce qui est quand même un échec,
11:52le fait d'avoir été abattu par un missile Sol-Air iranien.
11:57Et c'est surtout, ils le savent, les pilotes américains, mais les marins, les soldats aussi,
12:02qu'il y a ce qui est, en termes de discours de Donald Trump ou de Pitex-7,
12:06c'est-à-dire qu'il n'y a plus de marine, il n'y a plus d'aviation,
12:09et le fait que, comme il le disait, c'était une mission de guerre comme tous les jours,
12:13c'est-à-dire qu'il ne se baladait pas comme au-dessus du Kansas,
12:16je reprends aussi son expression,
12:18alors que si vous allumiez la télévision, notamment Fox News le matin,
12:22on pouvait entendre le ministre de la guerre dire qu'on se baladait un peu comme on voulait,
12:26et qu'on pouvait atteindre tous nos objectifs sans jamais être en danger.
12:30C'est important.
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