00:00Le 6 septembre, l'AFD, parti d'extrême droite allemand, arrive premier des élections régionales en Sachsen-Halt.
00:07En marge, un des militants est interviewé.
00:10Léoné et Mike, bonjour à Macbeth.
00:13Oui, vous avez bien vu, il fait ce qui ressemble bien à un salut nazi en plein direct.
00:18Et ce geste est loin d'être une exception, le parti est habitué des références au nazisme.
00:23Loin d'être anecdotique, elles sont la partie émergée d'un lien insidieux entre l'idéologie néo-nazie et ce
00:30parti né en 2013, l'alternative pour l'Allemagne.
00:36Le parti a été créé en fait par des conservateurs.
00:39Un peu plus à droite qu'Angela Merkel.
00:42Le thème principal de ce parti, c'était la critique de l'Europe, de l'Union Européenne et de l
00:47'euro.
00:48On était juste après la crise de la dette, la crise grecque, etc.
00:51On était sur des profils de professeurs des universités, des profils très bourgeois.
00:57Ils n'étaient pas encore gangrénés par l'idéologie d'extrême droite ou l'idéologie néo-nazie.
01:04En 2015, c'est un tournant pour le parti.
01:06Fuyant la guerre en Syrie, l'Afghanistan ou l'Irak, des centaines de milliers de personnes se réfugient en Europe.
01:13L'Allemagne ouvre ses portes, lève des changes de discours.
01:16Et là, ça a créé aussi un changement d'orientation du parti par des nouvelles personnalités dont l'objectif était
01:22de recentrer sur les questions liées à l'immigration,
01:25qui sont des questions classiques de l'extrême droite, d'une extrême droite assez diffuse en Europe, sans qu'elles
01:30ne soient forcément néo-nazies ou dans cette logique-là.
01:33Plusieurs membres fondateurs du parti quittent le navire en 2015.
01:37Le parti est tombé entre de mauvaises mains. Il s'éloigne des vues libérales et ouvertes de l'AFD.
01:42Si je ne pars pas, je serai utilisé comme visage d'opinion que je rejette de tout mon cœur.
01:48Le parti entame une ascension exponentielle.
01:51En 2013, après quelques mois d'existence, l'AFD rassemble 4,7% des votes pour le Parlement, insuffisant pour
01:59y entrer.
02:00Dès l'élection suivante, en 2017, le parti fait son entrée au Parlement avec 12,6% des voix et
02:0694 députés.
02:08Dans certaines régions de l'ancienne Allemagne de l'Est, la base militante commence à se gonfler de militants néo
02:14-nazis.
02:14C'était également aussi une ambiguïté de la part des dirigeants à l'époque.
02:18C'est-à-dire qu'on avait un parti qui plafonnait et pour eux, ils ont peut-être vu aussi
02:22l'opportunité d'avoir des nouveaux adhérents et d'avoir une force politique.
02:27Alors pourquoi à l'Est spécifiquement ?
02:29Parce qu'en fait, à l'Est de l'Allemagne, à partir de 1990, des groupuscules d'extrême droite ou
02:34des partis d'extrême droite vont retrouver de la vigueur avec la réunification.
02:39On peut penser au NPD par exemple.
02:41Ils font de l'entrisme au sein de l'AFD parce qu'ils voient dans ce parti une opportunité de
02:45faire ce qu'ils n'avaient pas réussi à faire avec leur parti trop marqué à l'extrême droite.
02:49La communication nationale du parti commence dans le même temps à se radicaliser.
02:53En 2017, le parti embauche une agence de communication.
02:56Aris Media, ses clients, You Keep, le parti du Brexit, brièvement Donald Trump ou encore Benyamin Netanyahou.
03:04Sa spécialité, c'est d'identifier les limites du politiquement correct pour les briser petit à petit et casser Internet
03:10avec ses phrases chocs.
03:11Le groupe applique la même méthode pour l'AFD.
03:14Ce sont les premières affiches du parti aussi radicalement xénophobe, sexiste et raciste.
03:19L'islam, ça ne va pas avec notre cuisine.
03:22Des burqas, on préfère les bikinis.
03:24Des couleurs, on en a déjà.
03:30Le parti s'engouffre dans cette rhétorique et repousse les limites de plus en plus loin.
03:35En 2018, Alexander Gauland, un des dirigeants du parti, aujourd'hui encore président d'honneur, déclare
03:41« Hitler et les nazis n'ont été qu'une petite tâche de fiante d'oiseau dans mille ans d
03:45'histoire allemande ».
03:46Björn Höcke, chef de l'AFD en Thuringe, déclare que le mémorial de l'Holocauste est un monument de la
03:53honte
03:53et réclame un virage à 180 degrés de la politique mémoriale allemande.
03:57Cette position révisionniste de l'histoire est désormais portée par toute une partie de l'AFD.
04:02Les déclarations deviennent de plus en plus agressives.
04:05En 2024, Maximilian Kras, tête de liste pour les élections européennes, déclare qu'il refuse de dire
04:12que quiconque portait un uniforme SS était automatiquement un criminel.
04:16A l'époque, il est écarté des élections européennes, il est désormais élu au Parlement.
04:21Et ses convictions vont au-delà des paroles.
04:24En Sachsen-Halt, où l'AFD vient d'arriver en tête, Ulrich Zygmunt a prévu de changer les programmes scolaires
04:29pour mettre en avant les bons côtés de l'histoire allemande.
04:32Il est très clairement dit, il faut mettre fin au « complexe » de culpabilité vis-à-vis de l
04:39'histoire.
04:40Les programmes scolaires doivent mettre l'accent sur le XIXe siècle,
04:43les pages glorieuses de l'histoire de l'Allemagne.
04:45Le reste, c'est moins important.
04:48Plus de Bismarck, moins d'Hitler.
04:50C'est aussi une manière, non pas seulement de gommer Hitler,
04:53mais de gommer les crimes du IIIe Reich.
04:55C'est donc de ne plus être dans cette politique mémorielle vis-à-vis de la Shoah.
05:00C'est aussi un appel du pied pour les négationnistes et pour les antisémites qui sont aussi présents dans ce
05:05parti.
05:07En parallèle, plusieurs membres du parti font des références au régime nazi,
05:11de manière plus ou moins cachée, le code pénal allemand,
05:14punissant toute diffusion ou utilisation publique des symboles du parti nazi.
05:18Dès 2016, un candidat aux élections à Leipzig fait campagne avec cette voiture siglée AFD
05:23et sur sa plaque personnalisée, ses inscriptions.
05:27Les initiales de Hitler et leur codage en chiffres.
05:31Une pure coïncidence selon le candidat.
05:34Ce même homme est photographié main sur le cœur devant le bunker de Hitler.
05:38Un geste simplement patriotique selon lui.
05:41Il est aujourd'hui député européen.
05:43Le député Martin Reichardt est lui photographié en train de faire un salut nazi en 2020.
05:48L'FD dénonce une manœuvre politique à l'approche des élections régionales.
05:52Lui défend un geste humoristique d'adoubement.
05:55Il y a aussi le cas de cette affiche.
05:57Le député, l'ayant créé pour sa campagne, a été condamné à 11 600 euros d'amende
06:02pour utilisation de symboles d'organisation anticonstitutionnelle.
06:06Ce sont aussi des slogans nazis repris lors d'événements.
06:08Et en particulier, à l'os sur Deutschland, tout pour l'Allemagne.
06:12La devise des SA, le groupe paramilitaire ultra-violent qui a aidé Hitler à se hisser au pouvoir.
06:18Björn Höcke, chef de l'AFD en Thuringe, a été condamné deux fois pour avoir prononcé cette phrase.
06:24L'ancien professeur d'histoire avait également cité un poète soutien des nazis dans son programme.
06:30C'est grâce à ce programme qu'il devient d'ailleurs le premier candidat d'extrême droite
06:33à gagner des élections en Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale.
06:36Loin de le condamner, la chef de l'AFD a été inspirée.
06:45Oui, pour ne pas se faire condamner, c'est Alice für Deutschland
06:48qui est chantée comme hymne pour la première candidature du parti aux élections fédérales.
06:52C'est une logique assez différente, par exemple du Rassemblement National
06:55ou d'autres partis d'extrême droite en Europe.
06:58C'est-à-dire qu'on n'est pas dans la dédiabolisation
07:00ou la volonté de se donner une image plus modérée, mais au contraire.
07:05Pour l'AFD, c'est différent.
07:06On n'a pas besoin de se dédiaboliser, on n'a pas besoin de faire le ménage
07:10parce qu'en fait, la plupart des électeurs sont ceux qui n'étaient pas votants jusque-là.
07:18Donc en fait, on va s'adresser à des nouvelles personnes
07:20qui n'ont pas forcément besoin d'entendre qu'on n'est plus bourgeois
07:23parce que d'ailleurs, même, ils ne le veulent pas.
07:25Parce que si on est comme les autres,
07:26quel serait l'intérêt de voter pour ce parti qui serait comme les autres ?
07:34En plus des appels de pied à l'idéologie nazie,
07:37l'AFD collabore directement avec des néo-nazis.
07:39On ne peut pas dire que les dirigeants du parti actuel
07:43viennent des néo-nazis, ce n'est pas le cas.
07:49Mais il y a des liens, on va dire, informels, fluctuants.
07:55Il y a un exemple particulièrement parlant.
07:57En 2023, une réunion secrète a lieu entre des cadres de l'AFD,
08:01des militants néo-nazis, des membres de la mouvance identitaire
08:04et des entrepreneurs financiers.
08:06Ils développent un projet de déportation massive
08:09en fonction de critères ratios et suprémacistes.
08:12Dans Rémigration, on entend aussi Rémigration de citoyens,
08:16de nationaux qui sont d'origine étrangère.
08:20Et donc, ça permet de faire la part belle à ce qu'avait fait Vichy,
08:26c'est-à-dire de revenir sur les lois de naturalisation
08:28de manière rétroactive.
08:31Donc là, il y a clairement aussi une radicalisation
08:33et une appropriation d'un discours extrêmement radical
08:37qui est assumé dans les programmes officiels,
08:44les discours officiels.
08:46Donc là, il y a quand même le franchissement d'une étape
08:49dans les derniers mois.
08:52Voilà.
08:54Ça, c'est sûr.
08:55Il y avait eu beaucoup de protestations, d'ailleurs,
08:56après les révélations sur cette fameuse réunion de Potsdam.
09:00Il y a eu des grandes manifestations organisées
09:03dans beaucoup de villes allemandes
09:04qui avaient attiré beaucoup de monde.
09:06Le programme d'Ulrich Sigmund, élu en Sachsen-Halt,
09:09reprend mot pour mot ce concept.
09:11Pour l'instant, il n'a pas de majorité absolue au Parlement régional.
09:15En Sachsen-Halt, le parti est classé comme d'extrême droite avérée
09:19par l'Office de protection de la Constitution locale.
09:22Selon cet office, l'AFD a des objectifs
09:25qui entrent en contradiction avec l'organisation démocratique.
09:28Et c'est le cas dans quatre autres régions.
09:30Sous-titrage Société Radio-Canada
09:32Sous-titrage Société Radio-Canada
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