00:02Nouveauté cette saison, la médiatrice des antennes de Radio France à laquelle vous êtes toujours
00:07très nombreux à adresser des questions, des coups de cœur et des coups de gueule. Eh bien,
00:12vous l'entendrez sur France Inter chaque dimanche à 14h50 et une fois par mois, ici même, dans le
00:18mag de la matinale. Emmanuel Davier, bonjour. Bonjour Sonia de Villers. Voilà, le micro est à
00:25vous. C'est votre espace, une fois par mois, dans le mag de la matinale. Céline Pigalle, bonjour. Bonjour à
00:30toutes, bonjour à tous. Bienvenue dans ce rendez-vous de La Médiatrice. Alors, cette saison, à votre
00:36demande, ce rendez-vous aura effectivement lieu chaque semaine, le vendredi en podcast sur le site
00:42de La Médiatrice, ainsi que le dimanche à 14h50 sur l'antenne de France Inter et une fois par mois,
00:48le jeudi, dans l'émission de Sonia de Villers que je remercie à cette occasion. Ce rendez-vous,
00:55vous le savez, c'est pour vous permettre, à vous, Céline Pigalle, directrice de France Inter,
00:59mais aussi aux journalistes, aux producteurs de l'antenne, de répondre directement aux questions,
01:04aux critiques, aux interrogations des auditeurs. Alors, ce premier rendez-vous, évidemment, est
01:10consacré à Charles Sapin. Depuis l'annonce de l'arrivée du directeur adjoint de la rédaction de
01:15Valeurs Actuelles comme éditorialiste politique le dimanche dans la matinale, je reçois énormément de
01:21messages très critiques dans lesquels des auditeurs se disent en colère. Ils font part de leur
01:26incompréhension, certains parlent même, je cite, de trahison. Alors, avant d'aborder les différentes
01:32questions soulevées par les auditeurs, je voudrais savoir, Céline Pigalle, si vous vous attendiez à une
01:38réaction d'une telle ampleur, est-ce que cette colère vous semble légitime ou bien, selon vous,
01:44s'agit-il d'un malentendu ? Bonjour à tous, bonjour à toutes. Je crois en effet qu'il y
01:51a un malentendu
01:52entre nous et je vous remercie de me donner l'occasion de répondre aux différentes questions
01:55qui ont été soulevées. La première chose que je voudrais dire, et c'est très important, c'est que je
02:00comprends l'émoi, le trouble que cette décision et ce choix ont soulevé. Il y a eu, par le passé,
02:08dans les pages de
02:09Valeurs Actuelles, à la une de Valeurs Actuelles, des articles, des titres, une bande dessinée qui
02:16représentait Daniel Obono comme une femme esclave. Un certain nombre de sujets qui ont choqué et qui
02:26ont ensuite fait l'objet de décisions de justice, de condamnations pour incitation à la haine.
02:31Évidemment, je condamne absolument ce qui s'est passé à ce moment-là. C'est la première chose. Et la
02:37deuxième chose très importante, c'est qu'aucun fait de ce type ne se produiront sur l'antenne
02:44de France Inter. J'en prends l'engagement. La colère et les mois, elles sont suscitées par l'idée que
02:50ce
02:50qui s'est produit dans ce journal pourrait se produire sur l'antenne de France Inter. De toute ma
02:56personne, je suis attachée à la lutte contre les discriminations, à la lutte contre le racisme, à la
03:02lutte contre l'incitation à la haine. Et ces choses-là ne se produiront pas sur l'antenne de France
03:07Inter.
03:08Alors, il y a une question très simple qui revient dans les courriers. Pourquoi avoir choisi Charles
03:12Sapin ? Je vous lis un message qui reflète bien la teneur de ce que j'ai reçu. D'ailleurs,
03:18j'invite les auditeurs, s'ils le souhaitent, à aller lire sur le site de la médiatrice une sélection
03:23de courrier que j'ai donc proposé pour qu'ils prennent un petit peu connaissance de tout ce que je
03:29reçois. Voici ce message. Je suis auditeur de France Inter depuis plus de 30 ans. Comment avez-vous
03:35pu embaucher le numéro 2 de Valeurs Actuelles au nom du pluralisme ? Valeurs Actuelles est un
03:40média condamné pour racisme. Je suis indignée. Fin du message. Alors, Céline Pigalle, pouvez-vous nous
03:46expliquer votre choix ? Absolument. Je suis très heureuse de pouvoir expliquer ce choix. À la veille de l'été,
03:51alors que nous étions en train de boucler la grille de rentrée, j'ai eu le souhait de donner la
03:57parole
03:58à différents points de vue, en matière géopolitique, en matière économique et en matière politique. Pour
04:04ce qui concerne l'édito politique, dont je souhaitais qu'il représente les idées et les valeurs de la
04:10droite républicaine, j'ai pensé à Charles Sapin, qui est un journaliste qualifié, sérieux, responsable,
04:18apprécié de ses pairs et qui, au moment où j'en ai eu l'idée, était journaliste au
04:25point. Et j'apprends que Charles Sapin rejoint Valeurs Actuelles. Au fond, ce qu'ont vécu les auditeurs
04:34avec cette annonce, je l'ai vécu moi aussi. J'ai immédiatement appelé Charles Sapin pour lui dire
04:38« Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Valeurs Actuelles avec ce qui s'est passé ?
04:42» Et Charles Sapin m'a dit
04:44« Précisément, si je rejoins Valeurs Actuelles aujourd'hui comme directeur adjoint, c'est parce
04:49qu'on m'a demandé de venir rejoindre ce titre pour en changer la ligne éditoriale, pour tourner la page
04:56de
04:56ses érances, pour en finir avec ses provocations et pour finalement lui permettre de redevenir un titre
05:06honorable. » Alors vous me direz « Oui, mais il reste le symbole. » Je veux partager avec vous et
05:13avec
05:15les auditeurs la raison pour laquelle je ne me suis pas arrêtée à ce symbole. Dans ma vie professionnelle,
05:23qui est aussi ma vie personnelle, j'ai été un temps directrice de la rédaction d'ITEL. A l'époque,
05:30il y avait un
05:31journaliste du Figaro qui participait à un débat toutes les semaines sur l'antenne d'ITEL. Ce journaliste, c'était
05:35Éric Zemmour. Et à mesure que le temps a passé, au bout environ de deux ans, Éric Zemmour était dans
05:47la préparation de son livre « Le suicide français » et très régulièrement sur l'antenne d'ITEL. Il tenait
05:52des propos qui nous débordaient, qui nous dépassaient. Et le métier de directrice de la rédaction ou de
06:00directrice de chaîne, il commence par la maîtrise de l'antenne. Et il est arrivé un moment où par
06:07ailleurs il tenait des propos extrêmement provocateurs et qui ensuite ont été
06:11sanctionnés là aussi. Je n'ai pas attendu que ces sanctions interviennent pour considérer
06:17qu'on ne pouvait pas continuer. Et donc toute ma démarche, à la veille de cette grille de rentrée, a
06:23été de trouver
06:23un journaliste dont je pensais qu'il n'allait pas utiliser l'antenne de France Inter pour finalement
06:32faire, pas seulement du journalisme d'opinion, mais aussi pour délivrer des messages politiques.
06:41On a vu comment Éric Zemmour ensuite s'est engagé en politique. Et je ne crois pas que ce soit
06:46le projet de
06:47Charles Sapin. Je crois que je peux avoir confiance en lui pour ne pas mettre l'antenne de France Inter
06:53en danger.
06:54Dans la réponse écrite que vous avez formulée aux auditeurs, votre principal argument est celui du
07:01pluralisme. Or, c'est précisément cet argument que contestent les auditeurs. Ils nous disent, en
07:06substance, le pluralisme signifie que toutes les opinions doivent pouvoir être entendues et confrontées,
07:12mais pas nécessairement que toutes doivent disposer d'une chronique régulière. Et il y a des auditeurs qui font
07:18une distinction intéressante. Il ne conteste pas que Charles Sapin puisse être invité, interviewé ou
07:24confronté à d'autres opinions sur France Inter. Ce qu'il conteste, c'est qu'on lui confie un rendez
07:30-vous
07:30régulier, un édito chaque semaine. Alors pourquoi avoir choisi cette formule ?
07:35Alors la logique qui était la mienne, c'était en effet d'aller au devant de cette demande qui nous
07:39est
07:39soumise, de respecter le pluralisme. Je veux dire tout de suite que France Inter s'y conforme tous les
07:46jours. Et tous les jours, on entend des points de vue très différents sur nos antennes. Ça n'est pas
07:51quelque chose qui change radicalement. Nous avons toujours eu cette démarche. Néanmoins, en cette année
07:57présidentielle, et pour éclairer finalement le choix de ceux qui nous écoutent, j'ai jugé utile d'avoir, par exemple,
08:05un éditorialiste économique d'Alternative Économique et une éditorialiste économique du Financial Times.
08:13Dans ce cadre-là, j'ai choisi de confier un éditorial politique à Camille Vigogne, qui travaille pour le
08:20Nouvel Obs, et finalement, je cherchais très simplement son pendant avec un éditorial politique qui représente
08:27les idées de la droite, et encore une fois, c'est très important, sur cette antenne, dans le cadre des
08:33valeurs
08:33républicaines et des valeurs démocratiques. Je veux insister sur une chose. Le pluralisme, c'est tout à fait fondamental
08:41pour une antenne de service public. Que toutes sortes de points de vue, de partis pris, d'opinions puissent être
08:49exprimés
08:50sur cette antenne, c'est fondamental. C'est une de nos missions premières. Et au fond, chaque jour, un peu
08:57plus,
08:58cette mission doit être renforcée pour quelles raisons ? Parce que des médias qui s'adresseraient uniquement à une partie
09:04de l'échiquier, il y en a de plus en plus. Et nous, ce que nous voulons être, c'est
09:09un endroit où, quoi qu'on ne pense pas
09:12la même chose, on puisse se parler, on puisse dialoguer, on puisse débattre, on puisse avoir des échanges apaisés.
09:21Ça peut sembler un peu banal. C'est un terme que j'ai beaucoup utilisé. Il faut retrouver le goût
09:26et le sens de la conversation. Pas le duel, pas l'affrontement, pas la société polarisée, pas la société radicalisée
09:34dans laquelle, il faut le dire, on nous entraîne chaque jour un peu plus, notamment à travers des algorithmes
09:41qui nous font vivre dans des bulles. France Inter, c'est exactement le contraire de ça.
09:46C'est l'agora où tout le monde doit pouvoir se retrouver.
09:49Alors, dans les courriers, ce qui apparaît très clairement, c'est que beaucoup d'auditeurs ne dissocient pas
09:54Charles Sapin du média dont il est aujourd'hui le directeur adjoint de la rédaction.
09:58Pour eux, l'équation, elle est simple. Charles Sapin, c'est Valeur Actuelle.
10:03Alors, jusqu'où peut-on, comme vous le faites, dissocier un éditorialiste du média dont il est l'un des
10:09principaux responsables ?
10:10Certains auditeurs ont même le sentiment que l'on participe de cette manière à une réhabilitation de Valeur Actuelle.
10:17Est-ce que vous comprenez cet argument des auditeurs ?
10:21Pour commencer, je ne le dissocie pas.
10:23J'accepte le fait qu'il ait changé de titre à partir du moment où il me dit que ce
10:28titre va changer.
10:30Je ne m'affranchis pas du symbole qui, en l'état, a fait la discussion dans laquelle nous sommes.
10:41Vous savez, aujourd'hui, je ne me prononce pas en réalité sur Valeur Actuelle.
10:48Je fais confiance à une personne que je connais et dont je pense qu'elle ne mettra pas en danger
10:55l'antenne de France Inter qui, par ailleurs, est forte.
10:58Ça veut dire quoi ?
10:59Ça veut dire que si ce pacte n'était pas respecté, ça veut dire aussi que s'il se produisait
11:04quoi que ce soit d'équivalent à ce qui s'est produit dans le passé dans ce journal, il faudrait
11:08arrêter.
11:09Et vous savez, c'est une chose très importante pour moi, de mesurer l'inquiétude qui règne autour de cette
11:15chaîne.
11:16Parce que précisément, elle est encore le lieu où on peut se parler, elle est attaquée pour cette raison.
11:21Il y a malheureusement un certain nombre de forces qui n'ont plus envie de ces échanges apaisés, de cette
11:26discussion.
11:27Qui ont envie finalement de briser cette concorde.
11:33Et donc, évidemment, moi je ne céderai pas à ce type, à des propos qui seraient haineux, qui seraient de
11:40la pure invective, qui seraient de la pure provocation.
11:43Et en contrepartie, je pense qu'il est utile d'entendre parfois, sur cette antenne, des choses qui ne correspondent
11:50pas à ses convictions, qui ne correspondent pas à ses choix, qui ne correspondent pas à sa vie.
11:55Pour reprendre une formule de Benjamin Duhamel dans sa nouvelle émission, Frangeux, si vous deviez qualifier en un mot votre
12:04première rentrée à la tête de France Inter ?
12:08Responsable.
12:09Responsable.
12:10Oui, responsabilité. France Inter a une très grande responsabilité.
12:15C'est la première chaîne de radio de France.
12:19Mais c'est surtout, c'est ce que j'ai essayé de vous expliquer jusqu'ici, un endroit où on
12:24doit pouvoir encore se parler, plutôt que de se lancer des injures, des menaces.
12:31J'espère bien qu'on va y arriver.
12:33Merci Céline Pigalle.
12:34Et pour continuer à se parler, j'indique aux auditeurs qui souhaitent nous écrire qu'ils peuvent aller sur le
12:39site de la médiatrice de Radio France pour donner leurs avis sur les programmes, les journaux d'information.
12:45Chaque message est lu et envoyé chaque jour à la direction de France Inter.
12:49Merci beaucoup Emmanuel Davier.
12:50Et donc, on vous retrouve dans un mois, début octobre, à cette même place, comme chaque mois, dans le Mac
12:56de la Grande Matinale.
12:58Merci Emmanuel.