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  • il y a 2 mois
Hugo Duminil-Copin, mathématicien, médaille Fields 2022 et Emmanuel Sander, professeur au sein de la Faculté Psychologie et des Sciences de l'Education de l'université de Genève. Auteurs de “De l’autre côté du tableau noir” (Seuil). Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mercredi-09-septembre-2026-8637454

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Transcription
00:00C'est une confirmation redoutée qui ne va pas remonter le moral des Français.
00:04Les résultats de l'enquête PISA qui évalue le niveau des élèves de 15 ans dans 90 pays sont sans
00:09appel.
00:09Même si nous restons dans la moyenne de l'OCDE, la France continue à chuter dans le classement en compréhension
00:16de textes et en mathématiques.
00:18Et il se trouve que ce constat tombe le jour où deux chercheurs publient un livre stimulant.
00:23Ils s'attaquent à la façon dont on enseigne les maths en France.
00:26Ça s'appelle « De l'autre côté du tableau noir » aux éditions du Seuil.
00:30Bonjour Hugo Dumini-le-Copin.
00:32Bonjour.
00:32Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:34Vous êtes mathématicien, médaille FILS 2022, c'est-à-dire l'équivalent du prix Nobel de mathématiques,
00:40professeur à l'Université de Genève et à l'Institut des Hautes Études Scientifiques.
00:43Et votre co-auteur est également avec nous.
00:45Bonjour Emmanuel Sander.
00:46Bonjour.
00:46Merci d'être avec nous, professeur de psychologie et sciences de l'éducation,
00:50là aussi à l'Université de Genève, spécialiste de l'apprentissage.
00:53Et bienvenue aux auditeurs, parents, profs de maths, élèves, anciens élèves.
00:57Venez avec nous, c'est simple comme un coup de fil, au 01 45 24 7000 ou sur l'appli
01:02Radio France.
01:03Les résultats sont donc tombés hier matin.
01:06La France occupe la 27e place sur 91 pays.
01:09Pour ce qui est des mathématiques, on chute carrément à la 34e place.
01:14En 10 ans, on a perdu l'équivalent d'un an d'apprentissage.
01:18Alors pour commencer, la même question à tous les deux.
01:20Comment est-ce que vous accueillez cette mauvaise note ?
01:22Est-ce que ça vous étonne ou est-ce que c'est exactement le diagnostic que vous faites dans votre
01:28livre ?
01:29Oui, la France est le pays de Blaise Pascal, de Descartes.
01:34Il y a une tradition mathématique.
01:36On a tendance à penser que c'est un grand pays des mathématiques.
01:39Mais pour moi, un grand pays des mathématiques compte pas seulement ses médailles Fils.
01:43Il devrait surtout transmettre son savoir mathématique à tout le monde.
01:47C'est ce que les gens utilisent dans la vie de tous les jours.
01:50Et on voit que les résultats PISA montrent qu'on est en très grande difficulté.
01:54Il faut qu'on change notre regard sur les mathématiques.
01:57Et c'est en particulier le but du livre.
02:00Ça ne vous a pas étonné ces chiffres ?
02:02Non, ils sont dans la suite de ce qui est en train de se passer.
02:05Et je pense que tant qu'on ne verra pas les mathématiques comme une discipline qui est utile, qui est
02:10sensible, qui est aussi créative,
02:14on ne changera pas en fait ce mécanisme.
02:16Il continuera à y avoir une chute progressive.
02:18On va en parler, mais Emmanuel Sander, quand le ministre de l'éducation, Édouard Geffray, dit lui aussi que c
02:24'est préoccupant,
02:25mais hélas, ça n'est pas une surprise, ça veut dire qu'on échoue de manière prévisible,
02:30sans réussir à inverser la tendance.
02:32Est-ce que ce n'est pas ça le plus inquiétant finalement ?
02:34C'est d'une certaine façon inquiétant, mais en même temps, on est dans une continuité par rapport à une
02:39baisse.
02:39C'est-à-dire que si vous poursuivez le graphique de ce qu'on avait vu précédemment,
02:43donc en fait, c'est vrai qu'il y a cette préoccupation pour nous de dire,
02:48changeons profondément le regard qu'on a sur les mathématiques,
02:52et ce n'est pas une formule générale, c'est aussi aller à l'encontre de certains stéréotypes,
02:59se rendre compte que les mathématiques, c'est quelque chose d'extrêmement utile,
03:02y compris dans la vie quotidienne, c'est une discipline qui est sensible à l'encontre de ce préjugé,
03:08et puis c'est créatif, les mathématiques.
03:11Donc c'est ce changement de regard qui nous semble crucial pour justement aller à l'encontre de ces tendances
03:17qui sinon semblent très très fortes.
03:18Et cette déclaration d'amour aux maths, si j'ose dire, on va effectivement la décliner,
03:23vous allez nous expliquer ce que vous ententez par des mathématiques sensibles incarnées,
03:26mais juste pour rester sur ce rapport PISA,
03:28il souligne que plus d'un tiers des élèves de 15 ans n'atteignent même pas le niveau minimal en
03:33mathématiques et en lecture.
03:35Si on parle bien des maths, ça veut dire quoi concrètement pour des enfants qui sortent du collège ?
03:40Qu'est-ce qu'on ne sait plus faire qui devrait faire partie des savoirs élémentaires en termes de mathématiques
03:44?
03:45Et là, je pose bien la question à la médaille Field dans ce domaine-là, Hugo, du mini-copain.
03:50On se prive en fait des connaissances qui vont servir au quotidien.
03:55On ne se rend pas compte, mais parce qu'on a invisibilisé les connaissances mathématiques qu'on a,
03:59mais elles sont sollicitées perpétuellement pour toutes les activités du quotidien.
04:05Si je vous demande quel est le prix de 50 objets à 3 euros, vous saurez faire ce calcul en
04:10tant qu'adulte,
04:10parce que vous allez dire, 50 fois 3, c'est comme 3 fois 50, c'est 50 plus 50 plus
04:1450.
04:15Mais ça, ça ne vient pas de nulle part.
04:17Et changer les termes, être capable de faire ce calcul,
04:21un jeune enfant ou un enfant qui n'a pas été scolarisé ne peut pas le faire.
04:24Il y a plein de connaissances mathématiques qu'on a totalement invisibilisées.
04:29Et quand on parle de ce tiers d'élèves qui sont en difficulté,
04:33c'est autant de connaissances mathématiques qui auraient pu les aider en tant que citoyennes dans l'avenir qu'ils
04:41n'ont pas.
04:42Donc c'est une tragédie.
04:42Donc c'est bien aussi grave que de ne pas maîtriser la lecture et la compréhension de textes.
04:47Tout à fait, c'est du même ordre.
04:49Vous écrivez que les mathématiques reposent donc sur l'intuition, le tâtonnement, l'erreur,
04:54même l'émotion, contrairement à ce qu'on pourrait penser.
04:57Ce n'est pas uniquement une rigueur froide des théorèmes.
05:01Ces dimensions-là, elles ne sont pas prises en compte dans l'enseignement des maths aujourd'hui ?
05:06En tout cas, selon nous, elles ne sont pas assez mises en avant en général,
05:11parce que justement, il y a tout de même cette idée de la prédominance du côté formel des mathématiques,
05:18c'est-à-dire de l'idée de ces formules, de ces algorithmes.
05:21Et ce qui nous semble absolument crucial, c'est de vraiment saisir que ces mathématiques formelles,
05:26c'est l'extériorisation de processus qui sont avant tout psychologiques,
05:30parce que les mathématiques, elles sont avant tout incarnées,
05:33et c'est parce qu'on les comprend qu'on peut en faire usage.
05:36Ça veut dire quoi des mathématiques incarnées, charnelles, Hugo Dumille-Copin ?
05:40Pensez à la chose suivante, ça ne sert à rien de savoir faire un calcul,
05:43même très complexe, quand vous ne savez pas quand il faut le faire.
05:47C'est-à-dire que la grande dimension des mathématiques,
05:52c'est de vous permettre de comprendre le monde.
05:54C'est de vous offrir ces outils, et il faut pouvoir les mobiliser.
05:58Et ça, ça va être en fait l'interface, c'est l'interface entre ce monde qui fait peur,
06:03qui est peut-être un petit peu formel, mais qui s'incarne dans votre cerveau,
06:07qui vient rencontrer votre expérience,
06:09ce qui fait qu'en fonction des situations que vous avez déjà vues, etc.,
06:12vous serez capable de mobiliser tel ou tel calcul.
06:16Et ça, ce travail-là, d'appropriation de ce que sont les mathématiques,
06:21il n'est pas...
06:22Mais quand vous parlez d'émotion face aux mathématiques,
06:26là encore pour nos auditeurs, est-ce que vous pouvez nous donner des exemples concrets
06:28de formules ou d'exemples de tous les jours qui susciteraient cette émotion ?
06:32Moi, je n'ai pas le souvenir comme élève, ça commence à remonter un petit peu,
06:35d'émotion face à des équations mathématiques.
06:36Il y a une émotion quand on réussit.
06:38Oui, exactement.
06:40D'ailleurs, c'est un des chapitres du livre,
06:44d'écrit une très grande émotion mathématique que j'ai eue.
06:46Parce qu'on essaye aussi de faire une sorte de parallèle
06:50entre l'apprentissage du petit enfant et l'apprentissage du médaille-fils.
06:53On s'est rendu compte très tôt dans notre projet
06:55qu'en fait, c'était pareil.
06:57Donc, on raconte cette histoire de ce moment Eureka,
07:01je nageais sur une plage de Fréjus,
07:03qui vient en fait couronner deux ans de travail d'erreur,
07:07de tâtonnement, de changement de direction.
07:10Et en fait, ça, c'est finalement l'histoire de la vie.
07:13Vous n'avez peut-être pas vécu ça en maths,
07:15mais vous avez vécu ça dans plein d'autres disciplines.
07:17Vous prenez votre hobby,
07:19et bien vous devez essayer, vous devez tenter,
07:22vous rater, etc.
07:22Vous reproduisez le même geste,
07:24et il y a un moment où ça finit par marcher,
07:26et vous avez cette émotion extrêmement forte.
07:28C'est la même chose en mathématiques,
07:30on essaye le geste mental,
07:31on tente, ça ne marche pas,
07:33et il y a un moment où on passe de l'incompréhension à la compréhension.
07:36Mais donc ça, finalement, ça doit s'appliquer à tout le monde,
07:38c'est-à-dire qu'on doit laisser les élèves se tromper,
07:40mais peut-être qu'aussi les professeurs doivent s'apercevoir
07:43qu'ils se trompent dans leur enseignement
07:45et tenter de trouver la bonne solution.
07:49Oui, c'est-à-dire une façon de l'exprimer,
07:51c'est vraiment de se dire
07:53que ce qui va être très, très structurant dans l'apprentissage,
07:57c'est le fait de partir de ses intuitions premières,
08:00parce qu'on a toujours besoin de partir de ce qu'on comprend,
08:02et ça veut dire pour un jeune enfant, par exemple,
08:04on a l'idée que soustraire, c'est enlever,
08:06mais les intuitions premières, elles ne vont pas suffire,
08:08et donc il y a l'idée de, de temps en temps,
08:10rencontrer des situations qui vont à l'encontre de l'intuition première,
08:12mais qui sont tout de même concrètes.
08:14Par exemple, combien est-ce que j'ai gagné ?
08:16Parfois, pour trouver combien on a gagné,
08:17on a besoin de soustraire,
08:18et donc la question, c'est de ne pas rompre le fil de l'intuition,
08:22de toujours rester dans le concret,
08:23mais en même temps de dépasser ces intuitions premières,
08:25que l'intuition, c'est aussi quelque chose qui se développe,
08:28et en mathématiques,
08:29c'est vraiment l'histoire du développement d'intuition.
08:31Hugo, Dominique Opincy,
08:33là encore, on prend le diagnostic que vous formez,
08:34et qu'on essaie de le lier au mauvais résultat PISA.
08:37Il y a donc cette idée que les mathématiques ne seraient pas suffisamment incarnées,
08:39il y a aussi une idée que vous essayez de battre en brèche dans votre livre,
08:42tous les deux,
08:43c'est cette idée qu'il y aurait la fameuse bosse des maths,
08:45et qu'il y aurait des élèves qui seraient naturellement doués,
08:48et d'autres, naturellement pas doués.
08:52La bosse des maths.
08:53Donc la bosse des maths, ça n'existe pas,
08:55tout le monde est un médaille fils en puissance.
08:56C'est ça, et c'est quelque chose de très important,
08:58c'est qu'il faut, pour faire émerger les compétences de demain,
09:03il ne faut pas entraver nos enfants.
09:04Les enfants, ils ont une appétence pour les choses naturelles,
09:08en particulier pour les mathématiques,
09:09on croit que les mathématiques sont mal aimées,
09:11au collège, c'est la discipline préférée.
09:13Il ne faut juste pas entraver par des stéréotypes
09:16qui sont des tueurs implacables,
09:18qui détruisent les vocations,
09:20et en particulier la bosse des maths en est un qui est horrible,
09:23il fait croire qu'on est pourvu ou dépourvu en mathématiques,
09:27qu'en gros, il y a ceux qui peuvent, ceux qui ne peuvent pas,
09:29et c'est complètement, ça va à l'encontre de tous les savoirs scientifiques.
09:34On construit le savoir mathématique, la compétence mathématique,
09:39on le construit à force d'erreurs, de rebondissements,
09:42en mobilisant toute notre psychologie.
09:45Ce n'est pas juste de la logique, les maths,
09:48c'est aussi penser avec l'analogie, etc.,
09:52avec tous les processus cognitifs dont on est pourvu.
09:54Ce que vous dites là, la bosse des maths,
09:56c'est que ça peut créer des blocages,
09:58et on a précisément Maud, au standard de France Inter.
10:02Bonjour, bienvenue Maud,
10:03je crois que vous avez un exemple à nous soumettre,
10:05dans votre entourage.
10:07Oui, bonjour, merci beaucoup de prendre ma question.
10:10Donc moi je m'appelle Maud,
10:11je suis 36 ans,
10:12et je suis docteure en biologie,
10:14donc j'ai été soumise à cette injonction,
10:19un petit peu justement,
10:20de la bosse des maths,
10:21et surtout je trouve qu'il y a une vraie différence
10:23entre les petites filles et les petits garçons.
10:26Et moi j'ai ma nièce qui a 9 ans,
10:28qui est à l'école,
10:29qui est très bonne par ailleurs dans toutes les autres matières,
10:31mais les mathématiques c'est vraiment un sujet,
10:33elle fait un blocage,
10:34et je pense que c'est structurel et un peu systémique de la société,
10:39c'est-à-dire que très tôt,
10:41on fait une vraie différence en fait entre les garçons et les filles,
10:44et je pense qu'elle est convaincue intimement,
10:46sans vraiment trop s'en rendre compte,
10:48qu'elle n'est pas capable.
10:50Et donc j'aimerais vraiment l'aider à passer outre cette barrière qu'elle se fixe,
10:56et peut-être qu'on lui fixe à l'école également,
10:58je ne connais pas sa structure éducative,
11:01mais elle est à l'école, comme tout le monde,
11:03donc j'aimerais vraiment essayer de lui proposer des outils,
11:07de trouver des solutions pour lui faire aimer les mathématiques,
11:11et surtout qu'elle se débloque,
11:12parce que c'est un problème avec ses parents,
11:15donc mon frère et ma belle-sœur,
11:16ma mère essaye de l'aider aussi par des méthodes,
11:20mais bon, ma maman elle a 64 ans,
11:22donc c'est un autre temps aussi,
11:23et moi je sais que j'étais un petit peu victime de ça,
11:26et ce n'est pas pour rien que je me suis portée sur la biologie,
11:28donc j'aimerais vraiment l'aider à ça.
11:29D'accord, écoutez, merci beaucoup Maude,
11:32alors quoi, il y a toujours ce stéréotype en 2026,
11:35les filles sont littéraires et les garçons sont des matheux ?
11:38Emmanuel Sondert ?
11:39Oui, totalement, parce qu'effectivement,
11:42on a par exemple des données très précises qui montrent qu'au CP,
11:45les garçons et les filles ont exactement les mêmes résultats aux évaluations nationales,
11:49au bout de 6 mois, il y a un écart qui commence à se creuser en faveur des garçons,
11:52au bout d'un an il est encore plus grand,
11:54et il y a très très peu d'autres explications que vraiment l'idée de stéréotypes qui sont projetés,
11:59il y a aussi un phénomène bien connu en psychologie qu'on appelle la menace du stéréotype,
12:04c'est-à-dire qu'en fait, s'il y a une fille, vous lui donnez une certaine tâche en
12:07lui disant
12:07c'est une tâche de dessin, ou il y a une tâche de géométrie,
12:10et bien elle réussira moins bien si on lui a dit que c'est une tâche de géométrie,
12:13alors que c'est exactement la même tâche,
12:14tout simplement parce qu'elle a intégré les stéréotypes de la société,
12:18que ça a activé le stéréotype et que ça a diminué sa performance,
12:21donc on va vraiment très très fort contre ça dans notre livre.
12:24Ce qui fait des mathématiques finalement une sorte de filtre social scolaire,
12:29c'est une matière qui trie plutôt qu'une matière qui donne envie,
12:34il y a ce rapport anxiogène aux maths dont vous parlez,
12:36c'est aussi pour ça que la France décroche,
12:39parce que la culture de l'approche mathématique, elle n'est pas comme il faudrait ?
12:46Pour rebondir sur ce qui a été dit, moi j'ai une fille de 5 ans,
12:49donc ça me touche particulièrement,
12:51et je pense que le problème il vient de la société dans son ensemble effectivement,
12:56qui voit les mathématiques comme un tri social,
13:00il y a presque un discours défaitiste autour des mathématiques,
13:03il y a parfois même une fierté d'être nul en maths,
13:05qu'on ne retrouve pas dans d'autres disciplines, etc.
13:07Et tout ça cumulé et qui dépasse l'école,
13:12et bien ça crée cette anxiété chez les enfants,
13:16alors que c'est une discipline qui est, encore une fois, chez les enfants,
13:21je ne l'invente pas ma fille,
13:22elle adore tout ce qui est lié au nombre, etc.
13:25Elle a un papa qui peut l'aider un peu sur les maths.
13:26Moi je ne veux pas faire de maths,
13:29je lui montre que les maths sont connectées au reste du monde.
13:33Juste un mot avant de parler du rapport entre l'intelligence artificielle et les maths,
13:37on recevait il y a quelques jours dans ce studio avec Florence,
13:40Céline Alvarez, pédagogiste comme on dit,
13:43qui insistait sur la nécessité d'apprendre dès la maternelle aux enfants à lire
13:47et qui expliquait que c'était une sorte de matrice
13:49qui permettait ensuite d'avoir des meilleurs résultats dans toutes les autres matières
13:52et notamment dans les mathématiques.
13:55Est-ce qu'Emmanuel Sander, vous êtes d'accord avec cette idée que tout est lié
13:58et que si l'on revoit l'apprentissage de la lecture en maternelle,
14:02ça aidera aussi à être meilleur en maths ?
14:03Alors c'est très très clair parce que c'est aussi une des choses qu'on a profondies dans notre
14:08livre,
14:08c'est tout le lien entre le monde extra-mathématique et le monde mathématique
14:12et en fait il n'y a pas du tout de raison de créer ces barrières
14:15parce que sur le plan de la psychologie, la psychologie des concepts,
14:19la psychologie de l'apprentissage, on est sur des processus
14:21où en permanence il y a justement des échanges et des allers-retours.
14:25Tout à l'heure quand on disait par exemple soustraire c'est enlever,
14:28l'institution de la soustraction, enlever ça fait partie du quotidien
14:32et soustraire c'est une opération mathématique
14:34et si les deux ne communiquent pas, c'est là qu'il y a une difficulté.
14:37Donc bien entendu.
14:38Alors parmi les explications avancées à nos mauvais résultats,
14:41il y a les écrans, les réseaux.
14:43Le ministre de l'éducation, Edouard Geffray, parle d'un phénomène
14:45de destruction cognitive et intellectuelle massif.
14:50Pourtant les pays d'Asie qui sont en tête du classement, eux aussi,
14:54ils ont des écrans, des téléphones.
14:56Pourquoi est-ce qu'ils réussissent toujours beaucoup mieux que nous ?
14:59Il faut se garder des comparaisons dans des cultures qui sont très très différentes.
15:04Mais si on revient sur les écrans, sur l'intelligence artificielle, etc.
15:08Il va falloir faire effectivement attention à certains pièges,
15:12en particulier l'usage de l'IA, c'est un énorme piège.
15:15Utiliser l'IA pour résoudre un problème, c'est comme demander à un hélicoptère
15:19de vous poser en haut d'une montagne.
15:21Il n'y a pas d'effort à faire.
15:22Super, vous pourrez prendre une photo en haut,
15:24mais la seule chose que vous aurez appris si un enfant avait ça,
15:26c'est à monter dans un hélicoptère et être transporté en haut.
15:29Or nous, on a envie de leur apprendre à gravir la montagne,
15:32parce que là, il y a cette montagne-là, c'est l'exercice,
15:34mais il y aura une autre montagne demain, et après-demain,
15:37et après-demain, et on veut qu'ils soient armés
15:40pour pouvoir monter ses montagnes.
15:41Donc il faut faire attention au fait que l'IA,
15:45qui offre ses réponses immédiates,
15:47ne vous apprend pas ce qui est le cœur des mathématiques,
15:50c'est-à-dire de développer des concepts,
15:52de développer des outils par nous-mêmes,
15:54de trouver des solutions par nous-mêmes.
15:56Vous-même, Médaille Fils 2022,
15:58vous expliquez à nos confrères du monde
15:59que vous n'utilisiez pas, pour vos travaux mathématiques,
16:02l'intelligence artificielle.
16:04Ça paraît presque anachronique,
16:06quand on voit l'usage quotidien
16:07qui est fait par les Français de l'IA ?
16:10Mais si on lit le livre,
16:11on se rend compte que pour moi,
16:12ma contribution à la société,
16:14c'est presque un savoir-faire.
16:16C'est ce que je ressens.
16:16Je ressens que ce que je transmets
16:18dans ma capacité à me dépasser,
16:21à aller plus loin collectivement
16:23avec mes collègues dans certains problèmes
16:24qui sont à la frontière du savoir,
16:26c'est ça qu'on apprend à la société.
16:28Parce qu'il faut voir,
16:29les mathématiciens,
16:30on a l'impression qu'ils sont dans leur bulle,
16:32ils créent des petits concepts par-ci, par-là,
16:34qui sont très compliqués, que personne ne peut rendre accessible.
16:38Mais en fait, ces idées qu'on développe,
16:40ce sont les intuitions de demain.
16:42Le zéro, il a été inventé par un mathématicien,
16:45et en fait,
16:471500 ans après,
16:48tout le monde comprend ce que c'est,
16:49les nombres négatifs, pareil.
16:50Est-ce que tout ce que vous racontez dans votre livre,
16:53ça fait une réforme ?
16:55Par exemple, une réforme de la pédagogie,
16:57de l'apprentissage des maths.
16:59À quoi ça peut servir
17:00aux futurs ministres de l'éducation
17:03ou aux futurs profs de maths ?
17:05Écoutez, on risque de paraître immodeste,
17:07oui.
17:07En tout cas, ça donne vraiment, pour nous,
17:10une inspiration très très forte,
17:11et ça peut être programmatique.
17:14On l'a pensé comme ça.
17:15Pour nous, c'est vraiment une contribution
17:16au débat sociétaire.
17:18Fondamentalement, qu'est-ce qu'on change dans les classes ?
17:20S'il faut nous donner deux ou trois étapes ?
17:23Eh bien, on est dans un rapport permanent
17:25entre s'appuyer sur des intuitions,
17:28introduire des problèmes
17:29qui vont être contre-intuitifs,
17:31mais qu'on va pouvoir prolonger
17:33par rapport à des intuitions premières
17:35qui vont favoriser le développement dynamique
17:38de la compréhension des concepts mathématiques.
17:41Ça, c'est un changement de fond en comble
17:43par rapport à ce qu'on fait aujourd'hui ?
17:44Après, c'est en tout cas vraiment
17:46un rapport différent à la discipline.
17:48Il y a aussi toute la question des stéréotypes
17:50qu'on souhaite mettre à bas.
17:51Hugo, Dominique, au pain,
17:52il nous reste peu tant.
17:53Si, pour les profs de maths
17:54qui nous écoutent ce matin
17:56et qui, peut-être, espèrent un conseil
17:58du Médaille Fields
17:59pour la façon dont il faut apprendre les maths
18:01à leurs élèves tous les jours,
18:02qu'est-ce que vous leur diriez ?
18:04Je ne suis pas enseignant.
18:06Moi, j'ouvre des pistes de réflexion
18:08sur lesquelles ils peuvent se baser
18:11pour nourrir leur enseignement.
18:14Je vais avoir plutôt un conseil pour les jeunes.
18:18Moi, j'ai fait ce choix très tard dans ma vie
18:21de me mener vers les mathématiques
18:22et je l'ai fait parce que j'aimais ce que je faisais.
18:24Et je pense que les émotions
18:27sont ce qui vous pousse toujours vers l'avant.
18:29Et donc, quelle que soit la discipline
18:31qu'aime cet adolescent ou cette adolescente,
18:35foncez.
18:36Si vous aimez ça,
18:37vous n'allez jamais le regretter.
18:38Donc, voilà.
18:40Aimer, c'est déjà un premier indicateur
18:43de ce que vous pouvez faire plus tard.
18:45Très bien.
18:46La discipline par le plaisir, en quelque sorte.
18:49Merci, messieurs,
18:50d'avoir été au micro de France Inter ce matin.
18:53Je rappelle le titre de votre livre
18:55« De l'autre côté du tableau noir »
18:57aux éditions du Seuil.
18:58« De l'autre côté du tableau noir »

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