00:00Quand on est dans une situation où on pense d'abord à la fin de mois,
00:05quand on pense d'abord à chercher un logement qu'on n'a pas,
00:08ou un logement qui n'est pas très adapté,
00:10ou qu'on est dans une situation où on n'a pas de boulot,
00:14la santé, ça arrive malheureusement très souvent après.
00:17Qui peut aujourd'hui garantir que demain on aurait un égal accès aux soins ?
00:21En tout cas, on peut quand même se donner comme devoir
00:25de veiller à ce que de plus en plus, ou de moins en moins.
00:30Elles sont en difficulté.
00:34Moi, je n'emploie pas ou plus le terme de désert médical.
00:38Dans le terme désert médical, c'est-à-dire que vraiment plus rien ne pousse,
00:42tout est presque fichu.
00:43J'ai constaté que ce sont souvent dans les territoires
00:46où il y a le plus de difficultés que les idées, les initiatives,
00:49les innovations sont portées.
00:51Donc ça permet de laisser quand même un peu d'espoir.
00:54Par contre, c'est vrai qu'on a une offre de santé
00:58qui est quand même pratiquement sur tous ces segments,
01:01que ce soit le nombre de médecins ou la densité de médecins,
01:04de paramédicaux supérieurs à la moyenne nationale.
01:08A l'inverse, vous l'avez dit, il y a des territoires où c'est plus compliqué
01:11et où il y a des spécialités où c'est plus compliqué.
01:13C'est vrai qu'aujourd'hui, bon, médecin généraliste,
01:16on en a plus que la moyenne nationale.
01:18Médecin spécialiste, il y a quand même des tensions sur certaines disciplines.
01:21C'est vrai pour la psychiatrie, c'est vrai pour l'ophtalmo,
01:25c'est vrai pour les dermatos dans certains territoires.
01:27Et puis, il y a tout l'enjeu de la formation des professionnels de santé.
01:33Enfin, moi, j'aimerais bien, une fois cette mission terminée un jour,
01:37pouvoir vous dire qu'on sera arrivé, par exemple,
01:39à faire en sorte que les quatrièmes, cinquièmes et sixièmes années
01:43qui font leur médecine aujourd'hui, juste avant l'internat,
01:46puissent, pour celles et ceux qui le souhaitent,
01:48parce qu'il y en a qui ont envie quand même d'aller dans l'hexagone,
01:50et pour ceux qui le souhaitent, puissent être formés ici.
01:56Les urgences, c'est le réceptacle de la société.
02:00Et en fait, quand les urgences débordent,
02:04ce n'est pas le fait des urgences,
02:05c'est très souvent la question de l'amont et de la balle.
02:09Ça veut dire que quand ça coince, un peu comme un entonnoir,
02:12c'est qu'au-dessus, on n'a pas mis assez de moyens en matière de prévention,
02:17en matière de régulation.
02:19Vous savez que de plus en plus, désormais, pour aller aux urgences,
02:22on appelle le 15.
02:23Il y a des territoires où c'est même presque tout le temps.
02:26Je ne sais pas dire si c'est bien ou c'est mal,
02:28mais en tout cas, c'est déjà une pré-régulation
02:29qui permet aussi d'éviter d'aller aux urgences
02:34et attendre des heures pas possibles
02:35quand le besoin n'est peut-être pas aussi urgent que ça.
02:38En même temps, dans certains territoires,
02:40quand il n'y a plus que le service public ouvert,
02:42on peut comprendre que les patients le fassent.
02:44C'est vrai aussi au-delà de la régulation
02:47pour faire en sorte qu'on dépiste, on repère,
02:50que les médecins généralistes puissent jouer pleinement leur rôle,
02:53notamment en matière de permanence des soins.
02:55Et puis il y a le après.
02:56Quand ça coince aux urgences,
02:57c'est que très souvent,
02:59il manque des places dans les EHPAD,
03:01il manque des places dans le moyen séjour,
03:04les centres de rééducation.
03:05La ville n'est pas toujours en possibilité de répondre.
03:10Donc ça veut dire que quand on augmente,
03:12et on l'a fait par exemple au GHER,
03:14le nombre de mètres carrés pour les urgences,
03:16c'est la moindre des choses pour les patients et pour les soignants.
03:19Mais ça veut dire aussi qu'il faut travailler
03:22sur qu'est-ce qui se passe avant et qu'est-ce qui se passe après
03:24pour rendre plus fluide le parcours de santé des gens.
03:32Elle est déjà développée, l'intelligence artificielle,
03:34dans le domaine de la radiologie,
03:36dans le domaine de l'expertise sanguine,
03:39dans le domaine de l'appui au diagnostic,
03:43existe déjà.
03:44Et je pense que le train est parti.
03:46Il ne faut pas le refuser, simplement.
03:48Il est évident qu'il faut que cette intelligence artificielle,
03:52et je pourrais vous dire la même chose de la robotique,
03:54de la domotique,
03:54qui sont déjà dans nos établissements.
03:56Aujourd'hui, on opère au CHU grâce à un robot,
03:59par exemple dans certaines spécialités.
04:01Eh bien, il ne faut pas le rejeter,
04:02mais à chaque fois, se dire que le seul but de l'IA,
04:06le seul but de la robotique,
04:08le seul but de ces techniques d'accompagnement,
04:10c'est que ça doit servir le patient.
04:12Et peut-être même,
04:14si le diagnostic est un peu pré-mâché,
04:16peut permettre aux soignants
04:18de reprendre plus de temps
04:20pour expliquer,
04:21pour avoir une réponse qu'on dit holistique.
04:25Vous savez, c'est un grand mot,
04:25mais ça veut dire prendre le patient dans sa globalité,
04:28et pas simplement l'organe ou la maladie qui va le gêner.
04:35Si on veut bien soigner les réunionnais,
04:37il faut aussi prendre soin des soignants.
04:39Je pense qu'il faut le prendre très au sérieux.
04:42Vous savez, le 10 juillet,
04:43j'ai installé une instance,
04:46on l'a appelé comité de pilotage,
04:48pour prendre soin des soignants.
04:51C'est un problème très sérieux,
04:52parce qu'ils l'ont tous dit,
04:55et on le constate,
04:56la santé des soignants,
04:57si on compare à la santé de la population générale,
04:59est bien détériorée,
05:01est bien moins bonne.
05:02Quelles sont les raisons ?
05:04Vraisemblablement,
05:04ce sont des métiers de l'engagement,
05:07comme d'autres, comme vous,
05:08comme celles et ceux qui s'engagent,
05:09où on a tendance à s'oublier.
05:11On soigne les autres,
05:12mais on ne se soigne pas soi-même,
05:14on ne fait pas attention à soi.
05:16Deuxièmement,
05:16les conditions de travail,
05:17dans certains cas,
05:19ne sont pas bonnes.
05:20Il faut le dire,
05:21il ne faut pas avoir peur de dire
05:22que ça dépend de la politique managériale,
05:24ça dépend de la façon dont c'est organisé,
05:25ça dépend parfois du manque de moyens.
05:28Et puis,
05:28par rapport aux soignants,
05:32ils ont été applaudis pendant le Covid,
05:34mais ils le disent eux-mêmes.
05:39Les patients que nous sommes
05:40ont des droits,
05:42mais parfois oublient aussi leurs devoirs.
05:44Le devoir de respecter le soignant,
05:47le devoir de comprendre
05:48que parfois,
05:48quand on attend beaucoup,
05:49ce n'est pas la faute de l'infirmière
05:51qui fait de son mieux,
05:52mais c'est aussi
05:54d'être à l'écoute.
05:59Quand vous regardez les dépenses de santé
06:01rapportées à la population,
06:03toutes les dépenses de santé à La Réunion
06:05sont supérieures
06:05au niveau national
06:08et en augmentation.
06:09Le seul domaine aujourd'hui
06:10où on est en retard,
06:11c'est l'accompagnement
06:13des personnes âgées
06:13et des personnes
06:14en vivant avec un handicap.
06:16Donc,
06:16on a eu la chance
06:19d'avoir des crédits
06:20dites de plan de rattrapage
06:22pour pouvoir créer des places
06:23pour enfants,
06:25pour adultes handicapés.
06:26Alors,
06:26pour adultes,
06:27c'est souvent avec le conseil départemental.
06:30Pour le champ du handicap,
06:32on a pratiquement
06:33presque 50 millions
06:35jusqu'à 2030
06:36pour ouvrir des places
06:38supplémentaires.
06:39On est très déterminés
06:41à avancer sur le sujet.
06:42Maintenant,
06:42le temps que les places s'ouvrent,
06:44ça demande du temps.
06:46Et il ne faut pas non plus
06:47laisser les familles
06:49sans réponse.
06:50Alors,
06:51c'est vrai que
06:51les MDPH,
06:52conseils départementaux
06:53et travailleurs sociaux
06:54font de leur mieux
06:54pour expliquer,
06:56accompagner,
06:56essayer de trouver
06:57quand même des solutions.
06:59On a mis en place
07:00une réponse très concrète
07:01où on a embauché
07:0210 assistantes sociaux
07:04qui accompagnent
07:05des personnes
07:05qui sont en attente,
07:07des familles
07:07qui sont en attente
07:08pour les adultes
07:10handicapés.
07:11Ça a permis
07:12de constater plusieurs choses.
07:14Parfois,
07:15la personne avait
07:17enfin obtenu une réponse.
07:18Donc ça,
07:19c'était bien.
07:20Et puis parfois,
07:20ça a permis aussi
07:21d'expliquer,
07:22d'accompagner
07:23et à un moment donné,
07:24être là
07:25lorsqu'il y aura
07:26une place.
07:27Le deuxième enjeu
07:28qu'on comporte,
07:29c'est ce qu'on appelle
07:30la transformation de l'offre.
07:32C'est-à-dire que
07:32de plus en plus,
07:33il faut que nos
07:34structures médico-sociales
07:37aillent vers le droit commun,
07:39vers l'école,
07:39vers l'emploi,
07:40vers la vie de tous les jours
07:41pour les personnes
07:42vivant à un handicap.
07:43On a un objectif
07:45à échéance 2030
07:47de créer plus de
07:481 000 places supplémentaires.
07:50Vous me direz,
07:50il y en a encore
07:51qui resteront sûrement
07:52en attente,
07:53mais c'est déjà ça.
07:54Et dans tous les secteurs,
07:56ça va de l'accompagnement
07:57à l'école,
07:58à la création
07:58de structures
08:00comme des maisons
08:00d'accueil spécialisées
08:01ou comme des IME adaptées.
08:08On l'a été,
08:09mais il y a eu quand même
08:10un formidable plan
08:10de rattrapage
08:11dans les cinq dernières années
08:12puisqu'il y a près de
08:1340 millions d'euros
08:14qui ont été attribués
08:15à La Réunion.
08:16C'est comme ça
08:16qu'on a pu créer
08:17des hôpitaux de jour,
08:19des CMP,
08:20moderniser l'offre,
08:22investir dans le bâti,
08:23créer des équipes mobiles.
08:24C'est ce qu'on appelle
08:25notre projet territorial
08:26de santé mentale.
08:27Pendant l'attrapage,
08:27je ne veux pas dire
08:28que tout est réglé
08:29parce qu'il y a tellement
08:29de besoins et notamment,
08:31et La Réunion n'y échappe pas,
08:33les indicateurs
08:34ne sont pas bons
08:35en termes de précocité,
08:37d'intensité,
08:38d'acuité,
08:39des problématiques.
08:40Donc, ça va être
08:40de plus en plus jeune.
08:41Il y a l'effet Covid,
08:42mais je pense que ça,
08:43ça couvait depuis longtemps.
08:46Et donc,
08:46on va mettre en place
08:47un deuxième projet
08:49territorial de santé mentale.
08:51Entre 15 et 20 millions d'euros
08:52jusqu'à 2030,
08:53ce n'est pas rien non plus.
08:54Et on est en train
08:56de travailler avec
08:57les hôpitaux,
08:58les libéraux,
09:00les associations,
09:01les institutions,
09:02les collectivités locales,
09:02les usagers,
09:03bref,
09:04pour essayer de continuer
09:06à apporter des réponses.
09:06On va surtout insister
09:08cette fois-ci
09:09sur le aller vers.
09:11On a besoin
09:12d'avoir des équipes,
09:14il y en a déjà,
09:15mais de les multiplier
09:16parce qu'il y a aujourd'hui
09:17des gens
09:18qui renoncent
09:19aux soins
09:20ou qui sont
09:21de plus en plus isolés.
09:22Moi, j'étais allé
09:23à la rencontre d'un
09:24GEM,
09:25un groupe d'entraide mutuelle
09:26qui accueille des personnes
09:27touchées par des problématiques
09:28de handicap psychique.
09:30Toutes me disaient
09:31qu'avant le GEM,
09:32qui est un lieu,
09:32en fait,
09:33dans une maison
09:33où tout le monde se rassemble
09:34et vit des moments
09:35de fraternité sympa,
09:37mais avant ça,
09:37ils ne sortaient plus de chez eux.
09:39Aller chercher son pain,
09:40c'est presque gravir
09:41l'Himalaya.
09:42Et donc,
09:43on va développer
09:44des réponses comme celles-là,
09:45plus,
09:46d'aller vers,
09:48d'action de prévention aussi,
09:51et puis aussi,
09:51peut-être,
09:52de mesures
09:53qui permettront,
09:53je l'espère,
09:54de favoriser
09:55l'accès à l'emploi,
09:57l'accès au logement,
09:58bref,
09:58qui fassent que là encore,
09:59la maladie
09:59n'emporte pas tout.
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