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00:00On va parler maintenant du couvre-feu parce que c'est la décision de la maire d'Amélie Lébain-Palalda
00:07puisque lundi dernier la salle municipale a été incendiée.
00:11C'est une petite commune des Pyrénées-Orientales et il s'agit d'un incendie volontaire qui a été déclenché
00:17par deux jeunes.
00:18Ils ont 10 et 13 ans, ils habitaient la commune et donc la maire a décidé de décréter un couvre
00:24-feu.
00:24C'est un reportage de Malo Steiner, Nicolas Roger avec le récit de Mathilde Ibanez et François Tiskevitch.
00:30Alors on va regarder ce sujet dans un instant, on va me dire quand il est prêt.
00:34Est-ce que la régie peut me dire quand le sujet est prêt ? Est-ce qu'on peut l
00:38'avoir ? Oui, non, peut-être.
00:42Eh bien nous n'aurons donc pas non plus ce sujet.
00:45Catherine Rambert, on va y arriver, l'émission est compliquée pour tout le monde je crois.
00:49Ce couvre-feu, ce que la maire allait raconter, mais je vais vous le dire moi-même,
00:53c'est qu'ils ont trouvé ces deux jeunes qui donc étaient sur le point, ont mis le feu à
00:57cette salle municipale.
00:58Préalablement, ils ont mis le feu à des poubelles à plusieurs reprises, ce sont des enfants du village.
01:03Et donc elle décide, elle dit, cette maire c'est un peu symbolique, je le sais, mais je veux frapper
01:07fort.
01:08On voit en tout cas des maires qui ont envie de poser un peu de fermeté finalement face à des
01:12actes délictuels.
01:13Ce sont des très jeunes, ils ont dit c'est 13 ans.
01:16Je ne connais pas très très bien ce cas précis, mais je pense que le couvre-feu, si cette maire
01:20a fait ça,
01:20c'est que peut-être ce n'est pas la première fois que ça allait y arriver et qu'elle
01:23voulait réagir à une situation qui se renouvelait.
01:26Parce que je ne pense pas qu'on décrète un couvre-feu pour deux jeunes qui font des bêtises dans
01:30un village.
01:30Donc je pense qu'il y a dû y avoir d'autres événements.
01:33Ce sont les mêmes jeunes qui avant ont déjà tenté de mettre le feu à d'autres bâtiments, à d
01:36'autres poubelles.
01:37Ce sont les deux mêmes.
01:38Faire un couvre-feu pour deux jeunes, ça me paraît un petit peu excessif.
01:40En revanche, si c'est un phénomène de répéter avec plusieurs jeunes qui font de la petite délinquance, oui, pourquoi
01:48pas.
01:49Je ne sais pas quelle est la situation exactement de ce village.
01:52Mais ce qui est tragique, c'est que ce sont les maires qui se substituent aux parents,
01:56qui devraient garder les enfants chez eux.
01:58Et en principe, à une certaine heure, un enfant, quand il est entre 10, même 17 ans,
02:02il n'est pas dans la rue en train d'allumer les poubelles.
02:04Et s'il le fait, il se fait engueuler par ses parents, mais en principe, le lendemain, il ne recommence
02:08pas.
02:08Et là, c'est à la collectivité de mettre en place un couvre-feu pour enrayer le problème.
02:14C'est un petit peu le monde à l'envers.
02:15Oui, justement, cette maire, elle en parle de l'importance des parents et de l'absence surtout des parents.
02:20Nous sommes avec Cédric Aoun, le maire de Triel-sur-Seine dans les Yvelines.
02:23Il me semble que vous-même, vous avez été confronté justement à l'obligation, entre guillemets, de mettre en place
02:30un couvre-feu.
02:31Racontez-nous ce qui s'est passé sur votre commune.
02:33Alors nous, c'était l'année dernière.
02:35On avait eu plusieurs incivilités répétitives qui avaient été causées par justement toujours les mêmes mineurs.
02:42Donc c'était en récidive.
02:43Et ce qui s'est passé, c'est qu'on avait un effet de meute.
02:45Au début, vous avez deux meneurs qui sont juste avec deux autres amis.
02:50Et après, ils augmentent en capacité.
02:52Ils trouvent d'autres parce que comme il n'y a pas de sanctions et ils ne sont pas réprimandés,
02:57ils arrivent à entraîner d'autres jeunes.
02:59Et à la fin, ils étaient une quinzaine, voire une vingtaine à se balader en ville et faire différentes incivilités.
03:04En mettant le couvre-feu en place, on redonne le pouvoir aux parents.
03:07Et aussi et surtout, on permet à la police municipale de contrôler ces mineurs qui sont dehors le soir.
03:12Parce qu'il faut savoir que la police municipale n'a pas la capacité de contrôler l'identité.
03:16Ça peut être assez intéressant de noter, comme je dis chaque année d'ailleurs maintenant,
03:21la police municipale ne peut pas contrôler un mineur ou quelqu'un dehors s'il n'est pas en infraction.
03:25Donc grâce à l'arrêté municipale, vous donnez un motif de contrôle.
03:29Et à ce moment-là, le policier municipal peut effectuer un contrôle.
03:32Et à ce moment-là, nous avec des médiateurs, on est allé voir directement les parents
03:35leur signalant que, attention, vos enfants sont dehors.
03:38Voilà, c'est pour ça que c'est assez intéressant de remettre l'accent sur, un, le pouvoir des parents.
03:42Parce que les parents sont désarmés. Et donc là, le maire redonne la capacité aux parents.
03:48Et surtout, les informe. Il y a des enfants mineurs qui ne donnent pas du tout aucune information lorsqu'ils
03:52sortent au soir.
03:53Et les parents sont un peu démunis que là, maintenant, avec un couvre-feu,
03:56je pense que la maire va pouvoir récupérer une certaine liberté d'action au niveau de sa police municipale.
04:02Justement, c'est intéressant ce que vous disiez.
04:04Parce que juste avant de vous entendre, on se disait avec Catherine Rambert,
04:06peut-être que pour deux mineurs dans le village, un couvre-feu, c'est excessif.
04:10Et ce que vous nous racontez, c'est que, justement, ça commence par deux mineurs, puis trois, puis quatre,
04:15puis une vingtaine comme chez vous.
04:16Et que, finalement, agir très tôt, c'est peut-être éviter ce phénomène de meute, comme vous le disiez,
04:22et éviter qu'en fait, ce phénomène prenne de l'ampleur.
04:24Parce que, malheureusement, il y a un phénomène de groupe et de suivisme aussi qui existe chez nos adolescents.
04:30C'est exactement ça. L'impunité commence par le manque de respect.
04:34C'est très important, cette phrase-là.
04:35C'est-à-dire que si vous laissez passer une chose, à ce moment-là, il y en a plusieurs.
04:39Et en plus, les adolescents se vendent de ce qu'ils ont fait la veille auprès de leurs amis.
04:45Et à ce moment-là, ils entraînent les autres à faire exactement la même chose.
04:48Et vous avez des adolescents qui sont parfaitement bien et qui ont des bons résultats scolaires,
04:52qui, d'un seul coup, deviennent des petits délinquants en herbe,
04:54parce que, justement, les parents ne sont pas informés,
04:57la police municipale ne peut pas intervenir.
05:00Et donc là, maintenant, grâce à ce couvre-feu qu'on a mis en place l'année dernière,
05:04on a récupéré, justement, les noms des parents et des adolescents qui étaient un petit peu délicats.
05:10Et on a réussi à les sensibiliser.
05:12On a fait un beau travail aussi avec les médiateurs.
05:13Je tiens à saluer, ainsi que la police municipale de Triel,
05:17parce que c'est un travail qui se fait de nuit, essentiellement,
05:19et qui n'est pas forcément simple à mettre en place pour un maire.
05:22Ce sont des frais supplémentaires.
05:24Et l'amende, j'ai envie de dire, ce qui est dommage,
05:25c'est que l'amende ne revienne pas, justement, à la ville qui le fait,
05:29parce que c'est un coût supplémentaire pour la ville.
05:33Ce qu'on disait aussi, à l'instant, c'est que le maire, vous,
05:36la maire aussi d'Amélie Lébain-Palalda,
05:39ce sont aussi des actes qui font que vous vous substituez à l'État.
05:44Vous le dites vous-même, comme on ne peut pas contrôler un mineur
05:47quand il dort la nuit, sans raison.
05:49Vous mettez en place ce couvre-feu,
05:50vous permettez ainsi de récupérer un certain nombre d'informations.
05:54On voit que ce sont aussi les maires qui sont en première ligne.
05:56Vous n'avez pas énormément de moyens, on le sait, pour agir.
05:59En revanche, vous avez peut-être plus de bon sens que l'État
06:03en trouvant des solutions qui permettent véritablement quelques avancées
06:06et un retour au calme aussi dans vos communes.
06:09On est dans du grand délire, je pense,
06:10parce qu'un animateur en collège, un surveillant de collège,
06:14peut très bien demander justement une autorisation de sortie
06:16en pleine journée à un enfant mineur
06:18pour savoir s'il y a l'autorisation de sortie de ses parents.
06:20Et par contre, la nuit, un policier municipal assermenté
06:23ne peut même pas contrôler l'identité d'un enfant.
06:25Vous voyez à quel point il y a un décalage.
06:28Merci beaucoup, en tout cas, Cédric Aoun, d'avoir été avec nous.
06:31Je rappelle que vous êtes le maire de Triel-sur-Seine dans les Yvelines.
06:35Alors, c'est vrai que, Michel Auvoin, on se dit que c'est quand même dommage
06:38d'en arriver là pour certains mineurs qui mettent le bazar dans les communes.
06:42On doit instaurer des couvre-feux, on doit faire des contrôles.
06:45Néanmoins, quand on écoute un certain nombre de maires,
06:47ils nous disent qu'en réalité, on n'a pas le choix.
06:49C'est soit on fait ça, c'est un peu le seul levier possible,
06:51soit on laisse faire.
06:53Surtout qu'on est souvent très choqués.
06:54Quand on croise des enfants de 11 ans,
06:57ça m'est arrivé à 2h du matin dans les rues.
07:00Demandez à tous les policiers, d'ailleurs, ils connaissent tous le cas,
07:03on se demande vraiment ce qu'ils font dans la rue.
07:04Tout à l'heure, on a cité un enfant de 13 ans.
07:08À 13 ans, on est encore un enfant qui a été grillement blessé à Toulouse par balle.
07:12À 1h30 du matin, à 1h30 du matin, même s'il fait du chouffre.
07:18Il n'a pas à être là.
07:19Voilà.
07:19Bon, donc, le couvre-feu.
07:21Alors, la question de ces mineurs, ça commence où, ça finit où ?
07:24C'est vraiment un sujet important.
07:26Et on va le retrouver tout le temps,
07:27parce que cette loi sur les mineurs de 45 continue de peser dans notre état de droit,
07:34qui fait que la minorité, c'est jusqu'à l'âge de la majorité.
07:37Donc, l'âge de la majorité, c'est 18 ans.
07:40Et du coup, on est mineurs jusqu'à 18 ans,
07:41ce qui, de mon point de vue, n'est pas très juste.
07:44Dans cette affaire-là, quand ce sont des grands enfants jusqu'à 14 ans, 15 ans,
07:48ce n'est pas normal qu'ils soient en pleine nuit dans la rue, seuls.
07:51Alors, le couvre-feu, c'est une bonne solution.
07:54Le maire de Trier, il dit ça très bien.
07:55Ce qui n'est pas normal aussi, c'est que la police municipale
07:57ne puisse pas demander leur identité à des mineurs.
07:59Là aussi, si on veut mettre un peu d'ordre dans ce pays,
08:02il faut quand même adapter notre arsenal répressif législatif.
08:07Malheureusement, ce n'est pas le maire, il peut le faire.
08:08Et appeler les parents et dire, votre enfant est au commissariat.
08:12C'est vrai.
08:13Il va aller le chercher.
08:14C'est hallucinant.
08:15C'est hallucinant.
08:16Toutes les communes n'ont pas non plus des police municipales de nuit, clairement.
08:20D'accord.
08:20C'est hallucinant.
08:22Et puis, pour le maire, d'aller voir des parents, etc.,
08:25c'est quand même une démarche qui est difficile, je veux dire, courageuse.
08:31Parce que les parents en question, parfois, quand vous les rencontrez,
08:35ils ne valent pas tellement mieux que leurs enfants qui sont dans la rue.
08:37Ils ont, a priori, laissé un enfant de 10 ans seul dans la rue
08:40sans se demander où il est en pleine nuit ?
08:42Les policiers qui vous racontent ces histoires vous disent,
08:44on va chez les parents et on trouve quoi ?
08:46Des gens qui sont sous l'emprise de la cocaïne, on y revient, etc.
08:49Les enfants sont complètement abandonnés.
08:51Personne ne sait qu'ils existent et personne ne sait qu'ils sont dehors.
08:54Donc, on a tout ce travail à faire qui est long et facile.
08:58Vous avez raison.
08:59Moi, je l'ai noté.
09:00Je ne sais pas que les policiers municipaux n'avaient pas le droit de relever les identités.
09:05C'est un élément parmi d'autres.
09:06Mais le couvre-feu, ça peut être intéressant
09:09si on dit exactement à quel moment il commence, quel est l'âge, etc.
09:13Il faut savoir que la justice a plutôt couvert, d'ailleurs, ce qui veut dire couvre.
09:18La justice a plutôt donné raison aux maires qui instauraient des couvre-feux.
09:21C'est vrai que, Jean-Marc Sanchez, quand on voit que des maires sont obligés
09:23de mettre en place des couvre-feux pour pouvoir contrôler les mineurs qui sont dans la rue,
09:28on se dit, une fois de plus, on fait toujours plein de lois.
09:30Mais on a l'impression que parfois, elles ont manqué peut-être un peu de bon sens
09:33et de sens du pragmatisme également.
09:36– En France, comme vous le disiez tout à l'heure, l'ordonnance de 45, elle a 81 ans.
09:41On n'est plus du tout dans la même situation.
09:43On demande aux maires des communes, c'est l'article 131 à 12 du Code des communes,
09:48d'assurer la tranquillité, la sécurité, la solidarité publique.
09:52Alors dans les grandes villes, c'est déjà pas facile,
09:54mais dans les petites communes où les maires ne peuvent pas,
09:57et parfois, et on les comprend, ne veulent pas le faire, c'est plus compliqué.
10:00J'ajoute, si vous me permettez de revenir vers cet autre pays qui est le mien,
10:04– Bien sûr.
10:05– Qu'en Espagne, il n'y a pas de couvre-feux pour les mineurs.
10:07On n'a pas besoin d'en imposer.
10:09– Oui, parce qu'eux, ils sont avec les parents, qui veillent au grain.
10:12– Avec les parents, que ce soit à la maison ou que ce soit dehors.
10:16Mais on ne laisse pas les mineurs dans la rue à 11h du soir en Espagne.
10:20Et encore une fois, en Espagne, que ce soit la police nationale,
10:24que ce soit la garde civile, que ce soit la police catalane,
10:26les Mossos Escuadalas, que ce soit la police basque, les ANSA,
10:30qui n'ont pas le même nom, pas les mêmes uniformes, pas les mêmes provocatifs,
10:32qui ne parlent pas la même langue.
10:34Il n'y a pas de zone de non-droit.
10:35Mais on a effectivement les mêmes difficultés qu'en France.
10:39Il y a la présomption favorable aux mineurs.
10:41et effectivement, on a des problèmes de délinquance, comme partout.
10:46Mais pas les mêmes.
10:47– Oui, avec effectivement aussi un encadrement familial
10:50qui est sans doute plus cadré en Espagne que chez nous.
10:54– Sous-titrage ST' 501
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