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  • il y a 14 minutes
Chaque semaine, dans Grand bien vous fasse, un humoriste résident apporte sa carte blanche.
Cette semaine, place à Michael Hirsch : "De Nietzsche à Fabrice Lucchini, je passe mes journées à converser"

Catégorie

🎈
Amusant
Transcription
00:00Bonjour Mickaël. Bonjour Eva. Est-ce que ça vous parle ce terme de dialogue ? Et comment Eva ? Je
00:06dirais même plus, je crois pouvoir affirmer modestement que je suis un homme de dialogue.
00:11Et pour vous le prouver, je vais me lancer dans une chronique où je serai le seul à parler.
00:15Ah bah bien sûr. Alors je sais, ça paraît très contre-intuitif cette histoire, mais moi j'ai
00:19l'impression d'être en permanence dans le dialogue, parfois avec d'autres, mais le plus souvent déjà
00:23avec moi-même. Vous savez, cette petite voix intérieure qui converse avec nous sans cesse,
00:28pour nous faire douter, nous suggérer des idées saugrenues. Et bah c'est déjà du dialogue ça, non ?
00:35Non ? Là par exemple, face à ce silence gênant, ma petite voix me dit « T'aurais peut-être
00:41pas dû poser la question. Les gens te regardent de plus en plus bizarrement. Allez vite Mickaël,
00:47trouve quelque chose pour illustrer ton propos ». Mais si, mais si, la petite voix intérieure
00:53c'est déjà du dialogue. Et c'est pas moi qui le dit, c'est Nietzsche. Pas mal Nietzsche,
00:56très France Inter de citer du Nietzsche. Et bah dans Ainsi Parler Zarathoustra, Nietzsche
01:03écrit « Je et moi ». Je et moi ! Oh c'est trop bon, laisse-moi la dire Mickaël,
01:09cette
01:10citation. Je et moi sont engagés dans un dialogue trop veillement. Un dialogue trop veillement,
01:18mais vous entendez Varrock ? Nietzsche est en plein dans le thème de l'émission. C'est
01:24hallucinant ! Je et moi sont engagés dans un dialogue trop veillement. Comment serait-il
01:31supportable s'il n'y avait pas l'ami ? L'ami est celui qui empêche le dialogue des deux
01:38sombres et rosabîmes. Et je crois justement qu'en verbalisant à haute voix cette conversation
01:44avec mon petit Luchini intérieur, chère Eva, chers auditeurs, je suis en train de faire
01:48appel à vous comme à des amis. Ah ne te justifie pas Mickaël ! Bah t'imagines bien que les
01:54gens
01:54qui écoutent France Inter au mois d'août, un lundi à 10h du mat, ils ont eux aussi, comme
02:01dirait Nietzsche un niveau de dialogue intérieur très veillement. Oui, oui, oui, c'est probable.
02:07Enfin tout ça pour dire, Eva, que je crois profondément qu'on a tout à gagner à dialoguer
02:11avec soi-même. On entend souvent que se parler tout seul, c'est le signe de la folie. Moi,
02:16je crois que c'est tout l'inverse. C'est de ne pas se parler à soi-même qui mène
02:19à la folie.
02:20Et figurez-vous que j'ai réalisé ça, il y a peu de temps, en conversant avec une intelligence artificielle.
02:25J'avoue le passage de Nietzsche à chaque GPT, je ne l'avais pas vu venir.
02:30C'est que nos IA, elles savent nous dialoguer dans le sens du poil. Par défaut, elles valident
02:35tout ce qu'on dit, elles nous trouvent formidables, intelligents, beaux, et il y a sûrement un peu de vrai
02:39là-dedans. Mais avec l'IA, on découvre aussi l'ivresse du dictateur. Personne pour nous tenir tête
02:45ou nous faire douter. Et je dois vous le confier, ça, ça en devient tellement grisant que plus je
02:51converse avec une IA, et moins j'ai envie de dialoguer avec des humains. Y compris avec moi-même.
02:57Attends, quand tu dis avec toi-même, c'est avec moi-même ? Michael, tu ne vas quand même pas
03:02me remplacer
03:03par une vulgaire machine ? Bah non, sinon vous ne seriez pas là dans cette chronique. Je ne vais pas
03:09commencer ma carrière sur France Inter par une rupture en direct avec Fabrice Lucchini. Je me mettrais
03:13tous les auditeurs de la station ado. Moi, je ne veux pas vous remplacer. Parce que justement, ce dialogue intérieur,
03:19il m'est trop précieux.
03:19Même si ça m'amène des doutes, des idées de chroniques complètement saugrenues comme
03:23aujourd'hui, et que ça me met souvent face à mes propres contradictions. C'est vachement
03:28beau ce que tu dis là ! Ah non, ah bah non, Fabrice, vous n'allez pas commencer à me
03:32trouver formidable
03:33comme une intelligence artificielle. Désolé, je me suis un peu emballé. Tu peux compter sur
03:38moi, le dialogue va être véhément. Et bah tant mieux. Je préfère quand c'est comme ça, car comme
03:44me disait Jules Renard, j'ai des goûts d'acrobate solitaire. J'aime me tourner le doigt
03:48moi-même. Bon, allez, on y va ! Euh oui, pardon, avec Fabrice, on va devoir vous laisser parce
03:53qu'on a rendez-vous à 11h avec un ami qui écoute nos dialogues et qu'on paye 100 euros
03:56la séance.
03:56Oui, enfin, certains niquels appellent ça un psy. Oui, mais bon, ça, Fabrice, c'est un détail.
04:01Ouais.
04:01.

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