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Elle était la cantatrice la plus médiatisée du XXème siècle aux côtés de Maria Callas. Elisabeth Schwarzkopf est l'une des plus grandes sopranos de son temps. Lionel Esparza revient sur son parcours, entre un début de carrière sous le joug nazi, et une ascension internationale auprès du chef d'Herbert von Karajan et du producteur Walter Legge.

Retrouvez la saga musicale "Élisabeth Schwarzkopf, les ténèbres et la gloire" de Lionel Esparza sur France Musique : https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/serie-elisabeth-schwarzkopf-les-tenebres-et-la-gloire

#elisabethschwarzkopf #soprano #cultureprime

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Musique
Transcription
00:00Elle est l'une des plus grandes sopranos du XXe siècle,
00:03interprète inoubliable des grands rôles de Mozart et de Richard Strauss.
00:06Mais elle a aussi profité du régime nazi pour sa carrière,
00:09à tel point qu'elle a été surnommée la Diva Nazi.
00:13On vous présente Elisabeth Schwarzkopf.
00:19Née en 1915 sous l'Empire allemand,
00:21c'est au sein de sa famille que la jeune Elisabeth découvre le chant.
00:24C'est certainement par son père que la musique est venue à Elisabeth Schwarzkopf.
00:27Il était chanteur, chanteur amateur, une jolie voix de ténor, très instinctive, disait-elle elle-même.
00:32Sa mère lui a dit à la jeune Elisabeth,
00:34écoute la voix de ton père, tu entendras ta voix dans sa voix à lui.
00:39Elisabeth fait ses premiers pas musicaux au conservatoire de Berlin.
00:44Elle n'a que 18 ans quand Hitler accède au pouvoir.
00:47Lorsque les nazis arrivent au pouvoir en 1933,
00:50ils bouleversent totalement pour des raisons idéologiques,
00:53entre autres le monde culturel de l'Allemagne.
00:55La position des artistes qui sont alors en activité devient particulièrement complexe.
01:00Beaucoup choisissent de rester.
01:02Et parmi eux, il y a bien sûr ceux qui sont idéologiquement en accointance avec le parti,
01:06et puis ceux qui vont rester par opportunisme
01:08et faire leur carrière très pragmatiquement sous ce régime.
01:11Dans le cas d'Elisabeth Schwarzkopf,
01:13c'est toute sa carrière, début de carrière en tout cas,
01:15qui va être déterminée par le régime et par la politique culturelle nazie.
01:21Ayant accepté de manière très pragmatique et très opportuniste de faire sa carrière sous le régime nazi,
01:27on peut le dire,
01:28elle va rencontrer quelques grands artistes,
01:31je pense en particulier à Karl Böhm.
01:33Elle va pouvoir rentrer au Deutsche Oper, l'opéra de Berlin,
01:36approcher aussi, ou être approché plutôt, par l'opéra de Vienne.
01:42A la fin de la Seconde Guerre mondiale,
01:44Elisabeth Schwarzkopf, comme d'autres artistes,
01:46passe par les procès de dénazification.
01:49Ses liens, parfois très proches avec le parti nazi, sont passés au crime.
01:53Des années après la fin de la guerre, un article du New York Times
01:57a titré un jour Elisabeth Schwarzkopf, la diva nazie.
02:00C'était très exagéré, dans la mesure où on ne peut pas dire
02:02qu'elle a été une représentante culturelle, la grande chanteuse du régime.
02:07En revanche, il est vrai qu'elle a eu des accointances avec ce régime.
02:10Il faut se représenter que le monde du spectacle a toujours été un monde
02:13qui a fonctionné, jusqu'à il y a très peu de temps,
02:15pour les jeunes femmes, avec des protecteurs.
02:17En particulier, le monde de l'opéra, à Berlin, en 1942.
02:21Ce qui veut dire que, lorsqu'on était une jeune fille,
02:24on devait passer par un protecteur.
02:26Or, les protecteurs de l'époque, ce sont des hauts dignitaires nazis.
02:30Elle a eu sa carte du parti nazi, l'ayant demandé d'ailleurs,
02:33au moins deux fois, ce qui n'était pas donné à tout le monde.
02:36Et il semblerait même qu'elle ait eu des relations, on va dire, très intimes,
02:41avec certains des hauts dignitaires du Parti national socialiste.
02:45Donc, quand on cumule tous les soupçons qui pèsent, entre guillemets,
02:49sur Elisabeth Schwarzkopf, on va dire que le résultat est assez accablant.
02:52La réalité, c'est qu'aucune étude n'a jamais été réellement menée
02:55pour voir le détail de ce qu'a été sa vie durant cette période.
03:01Au bout d'un an ou deux seulement, elle est autorisée à nouveau à travailler
03:05et que dès 1946-1947, elle peut mener en quelque sorte une nouvelle carrière
03:10sous de nouveaux régimes, en quelque sorte comme s'il ne doit rien n'était.
03:14C'est auprès du chef d'orchestre, Herbert von Karajan,
03:16et du producteur anglais, Walter Leig, qui deviendra son mari,
03:20qu'Elisabeth Schwarzkopf voit sa carrière décoller à l'international.
03:23Il va y avoir une rencontre entre les trois, Leig, Schwarzkopf, Karajan.
03:27Ils vont former une sorte de trio qui va d'une certaine manière pendant des années
03:32constituer à la fois du répertoire, faire des concerts, enregistrer des disques,
03:36tout cela à très très haut niveau, dans une sorte de conjonction de talents assez miraculeuse.
03:41Elisabeth s'illustre dans Les Leaders, ses petits poèmes chantés accompagnés d'un piano.
03:48Mais elle incarne aussi des grands rôles d'opéra.
03:52Elisabeth ne crée pas, mais fixe une sorte de modèle qu'on appelle la soprano Mozart-Strauss,
03:58avec des rôles qui sont à la fois des rôles où le chant est absolument fondamental,
04:02mais où le parler, la diction, est aussi absolument centrale.
04:07On va retenir deux choses sur la voix d'Elisabeth Schwarzkopf.
04:10La première, c'est le sourire.
04:11Il y a quelque chose dans cette voix, dès qu'on l'entend, dans ce timbre,
04:15comme une sorte de sourire permanent qui vous cueille littéralement.
04:18Ça, ce que je vais montrer, c'est qu'on se met dessus.
04:24Même quand, dans la vie privée, on est battu, la dignité est toujours là.
04:28Et puis le second élément, c'est qu'Elisabeth Schwarzkopf est quelqu'un de très décidée,
04:33de très scrupuleux, de très pointilleux, travaillant énormément ses partitions
04:37et considérant que l'art doit être une forme de construction.
04:40Si vous me demandez, je n'étais jamais contente de ce que je faisais sur l'enseignement,
04:48jamais d'un récital, d'un opéra, rien.
04:52Dès les années 50, Karajan, Walter Legg et Elisabeth Schwarzkopf
04:56accompagnent la révolution du disque et enregistrent un grand nombre d'œuvres du passé.
05:01L'une des raisons pour lesquelles Elisabeth Schwarzkopf a pu participer,
05:04avec Walter Legg, Karajan et beaucoup d'autres d'ailleurs,
05:07à cette incroyable floraison du disque dans les années 50, 60 et jusque dans les années 70,
05:12c'est la particularité de sa voix qui était particulièrement phonogénique.
05:16On dit photogénique pour une voix qui passe bien au visuel,
05:19phonogénique pour une voix qui passe bien au disque.
05:21Celle d'Elisabeth Schwarzkopf fonctionnait très très très bien avec le disque.
05:27Elle est devenue l'une des plus grandes chanteuses du disque,
05:30celle par laquelle s'est constitué en quelque sorte
05:32le grand patrimoine discographique du monde classique.

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