00:00Quand les familles me voyant arriver disent
00:02« c'est pas la peine, il n'entend rien, il n'est plus là »
00:05et qu'elles se rendent compte qu'à l'écoute d'une certaine musique,
00:08le patient qui était immobile va amplifier sa respiration,
00:13va avoir parfois des larmes qui croulent.
00:15Ce « il n'entend rien » devient « il entend, elle entend ».
00:20Je suis violoncelliste et je me trouve à la maison médicale Jeanne Garnier
00:24où je viens jouer pour les patients
00:27et je deviens alors violoncelliste soignant.
00:37Est-ce que ça lui ferait plaisir si je venais jouer pour lui ?
00:41Je ne sais pas.
00:42Il ne s'exprime pas.
00:43Mais ce n'est pas grave.
00:47Le pansement Schubert, c'est un livre qui met en mots
00:51plus de 30 ans d'expérience et de rencontre de la musique et du choix.
00:56Et c'est donc mon expérience en marge de ma vie de musicienne professionnelle
01:02qui va couvrir à la fois les grands autistes,
01:06aussi les personnes atteintes de démence,
01:09mais aussi les patients douloureux et en fin de vie.
01:14En 2012, j'ai fait une rencontre marquante
01:17avec une résidente qui était douloureuse,
01:21démente, âgée, qui se débattaient
01:24pendant que les infirmières n'arrivaient pas à faire son pansement.
01:26Et je me souviens que, passant par là avec mon instrument, mon violoncelle,
01:31spontanément, je me suis assise
01:32et j'ai joué pour elle l'endante du trio puissant de Schubert.
01:46Et alors, c'était miraculeux, elle a abandonné son bras aux soins.
01:49Elle n'a rien senti.
01:51Le pansement a été fini en quelques minutes
01:53et après quoi, l'une des infirmières a eu cette phrase
01:55qui est restée pour la postérité.
01:57Il faudra revenir pour le pansement Schubert.
02:04On a mis en place, à la suite de cette expérience,
02:07une étude clinique qui a voulu observer l'impact du violoncelle
02:12sur la douleur au moment des soins.
02:15Cette étude a duré cinq ans
02:16et avec des paramètres cliniques précis
02:18avant, pendant et après le soin douloureux,
02:22en comparant deux séances à 24 heures d'intervalle,
02:26une sans musique et une avec le violoncelle,
02:29pansement Schubert est un complément thérapeutique,
02:32ce n'est pas un médicament miracle,
02:34mais les résultats ont montré une diminution
02:36de 10 à 50 % de la douleur ressentie des patients
02:41au moment d'un soin quand le violoncelle était dans la pièce.
02:48À mon avis, c'est un centrage.
02:50C'est un centrage sur la personne
02:52qui est effectivement détournée de sa douleur
02:56parce qu'elle est rejointe dans un endroit d'elle-même
03:00qui n'est pas malade.
03:02C'est de voir que le violoncelle
03:03qui chante au chevet d'un patient en fin de vie,
03:06parfois aux tout dernières secondes de sa vie,
03:11eh bien, vient rejoindre une partie intacte,
03:14une partie qui n'est pas malade,
03:16quelle que soit la pathologie et l'avancée de celle-ci,
03:19une part qui n'est pas atteinte par les troubles cognitifs.
03:22L'aria de Bach pour vous, monsieur.
03:24Écouter de la musique vivante
03:27quand on est en fin de vie,
03:28c'est une suprême activité
03:31car la musique, elle est d'abord vibratoire.
03:33Ça me touche là, disent les patients,
03:36et quand ils ne peuvent pas le dire, ils le montrent.
03:42Merci, monsieur. Merci.
03:46J'ai une grosse valide
03:48remplie de partitions du monde entier.
03:51La demande, en fait, de répertoires
03:53est quelque chose qui est aussi varié
03:55que la rencontre avec chaque patient.
03:57C'est une musique qui va s'adapter,
03:59qui va changer à chaque seconde.
04:01Donc mes interprétations sont extrêmement libres
04:05et Tempi s'adapte à la respiration des patients.
04:11En soins palliatifs,
04:12on n'a plus l'horizon du guérir,
04:15mais on a l'horizon, en fait, du prendre soin.
04:19La musique a une place de choix
04:22car tout d'abord, la musique n'a pas besoin de mots.
04:25Elle permet également de rencontrer
04:27la complexité radicale des émotions
04:29des patients en fin de vie.
04:32Elle continue de toucher
04:34même quand il n'y a plus de conscience
04:35ou plus de fonctions cognitives en place.
04:42Satan disait que la musique pénètre l'âme
04:46avant de s'adresser à la raison.
04:49Et ça, c'est quelque chose que j'expérimente
04:50en soins palliatifs, toujours.
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