Passer au playerPasser au contenu principal
En marge de sa vie de musicienne professionnelle, Claire Oppert arpente les hôpitaux et lieux de fin de vie avec son violoncelle pour jouer auprès des patients. De cette expérience, sont nés un livre et une étude clinique, nommés "pansement Schubert" : ou comment la musique peut apaiser la douleur.

#violoncelle #musique #soinspalliatifs #schubert

Catégorie

🎵
Musique
Transcription
00:00Quand les familles me voyant arriver disent
00:02« c'est pas la peine, il n'entend rien, il n'est plus là »
00:05et qu'elles se rendent compte qu'à l'écoute d'une certaine musique,
00:08le patient qui était immobile va amplifier sa respiration,
00:13va avoir parfois des larmes qui croulent.
00:15Ce « il n'entend rien » devient « il entend, elle entend ».
00:20Je suis violoncelliste et je me trouve à la maison médicale Jeanne Garnier
00:24où je viens jouer pour les patients
00:27et je deviens alors violoncelliste soignant.
00:37Est-ce que ça lui ferait plaisir si je venais jouer pour lui ?
00:41Je ne sais pas.
00:42Il ne s'exprime pas.
00:43Mais ce n'est pas grave.
00:47Le pansement Schubert, c'est un livre qui met en mots
00:51plus de 30 ans d'expérience et de rencontre de la musique et du choix.
00:56Et c'est donc mon expérience en marge de ma vie de musicienne professionnelle
01:02qui va couvrir à la fois les grands autistes,
01:06aussi les personnes atteintes de démence,
01:09mais aussi les patients douloureux et en fin de vie.
01:14En 2012, j'ai fait une rencontre marquante
01:17avec une résidente qui était douloureuse,
01:21démente, âgée, qui se débattaient
01:24pendant que les infirmières n'arrivaient pas à faire son pansement.
01:26Et je me souviens que, passant par là avec mon instrument, mon violoncelle,
01:31spontanément, je me suis assise
01:32et j'ai joué pour elle l'endante du trio puissant de Schubert.
01:46Et alors, c'était miraculeux, elle a abandonné son bras aux soins.
01:49Elle n'a rien senti.
01:51Le pansement a été fini en quelques minutes
01:53et après quoi, l'une des infirmières a eu cette phrase
01:55qui est restée pour la postérité.
01:57Il faudra revenir pour le pansement Schubert.
02:04On a mis en place, à la suite de cette expérience,
02:07une étude clinique qui a voulu observer l'impact du violoncelle
02:12sur la douleur au moment des soins.
02:15Cette étude a duré cinq ans
02:16et avec des paramètres cliniques précis
02:18avant, pendant et après le soin douloureux,
02:22en comparant deux séances à 24 heures d'intervalle,
02:26une sans musique et une avec le violoncelle,
02:29pansement Schubert est un complément thérapeutique,
02:32ce n'est pas un médicament miracle,
02:34mais les résultats ont montré une diminution
02:36de 10 à 50 % de la douleur ressentie des patients
02:41au moment d'un soin quand le violoncelle était dans la pièce.
02:48À mon avis, c'est un centrage.
02:50C'est un centrage sur la personne
02:52qui est effectivement détournée de sa douleur
02:56parce qu'elle est rejointe dans un endroit d'elle-même
03:00qui n'est pas malade.
03:02C'est de voir que le violoncelle
03:03qui chante au chevet d'un patient en fin de vie,
03:06parfois aux tout dernières secondes de sa vie,
03:11eh bien, vient rejoindre une partie intacte,
03:14une partie qui n'est pas malade,
03:16quelle que soit la pathologie et l'avancée de celle-ci,
03:19une part qui n'est pas atteinte par les troubles cognitifs.
03:22L'aria de Bach pour vous, monsieur.
03:24Écouter de la musique vivante
03:27quand on est en fin de vie,
03:28c'est une suprême activité
03:31car la musique, elle est d'abord vibratoire.
03:33Ça me touche là, disent les patients,
03:36et quand ils ne peuvent pas le dire, ils le montrent.
03:42Merci, monsieur. Merci.
03:46J'ai une grosse valide
03:48remplie de partitions du monde entier.
03:51La demande, en fait, de répertoires
03:53est quelque chose qui est aussi varié
03:55que la rencontre avec chaque patient.
03:57C'est une musique qui va s'adapter,
03:59qui va changer à chaque seconde.
04:01Donc mes interprétations sont extrêmement libres
04:05et Tempi s'adapte à la respiration des patients.
04:11En soins palliatifs,
04:12on n'a plus l'horizon du guérir,
04:15mais on a l'horizon, en fait, du prendre soin.
04:19La musique a une place de choix
04:22car tout d'abord, la musique n'a pas besoin de mots.
04:25Elle permet également de rencontrer
04:27la complexité radicale des émotions
04:29des patients en fin de vie.
04:32Elle continue de toucher
04:34même quand il n'y a plus de conscience
04:35ou plus de fonctions cognitives en place.
04:42Satan disait que la musique pénètre l'âme
04:46avant de s'adresser à la raison.
04:49Et ça, c'est quelque chose que j'expérimente
04:50en soins palliatifs, toujours.
04:52...
04:52...
04:57...

Recommandations