00:00Aujourd'hui, nous explorons ces léviathans des océans,
00:03capables d'emporter plus de 24 000 conteneurs sur un même navire.
00:08Comment des géants comme Lever Allot, le CMA-CGM Jacques Saadé,
00:14ou les derniers monstres de 24 000 EVP construits pour MSC,
00:18transportent-ils des masses dépassant les 240 000 tonnes sans se fissurer sous la pression des vagues ?
00:26Comment leur moteur, parmi les plus puissants jamais conçus par l'humanité,
00:31propulse-t-il ces immeubles flottants tout en essayant de ne pas trop fâcher la planète ?
00:37Et enfin, quelles innovations hydrodynamiques et structurelles permettent cette course au gigantisme
00:42sans que ces navires ne finissent par rayer la peinture dans le canal de Suez ?
00:48Les réponses dans cette vidéo. C'est parti !
00:55Au centre de cette démesure se dresse l'Ever Allot,
01:00navire emblématique de la classe A de l'armateur taïwanais Evergreen.
01:06Mise en service en 2022, il a été le premier à franchir la barre psychologique des 24 000 EVP,
01:12équivalent 20 pieds.
01:15Pour les intimes, il peut transporter 24 004 conteneurs standards.
01:20C'est beaucoup de baskets, de téléviseurs et de smartphones.
01:24Si vous alignez tous ces conteneurs au sol, vous auriez une file ininterrompue de 145 km de long.
01:32Avec ses 399,99 m de long, car 400 m, c'était sans doute trop intimidant pour les autorités portuaires
01:40et les compagnies d'assurance,
01:41et ses 61,5 m de large, il flirte avec les limites physiques du canal de Suez.
01:49Son tir en dos de 17 m signifie qu'il transporte sous l'eau l'équivalent d'un immeuble de
01:556 étages,
01:56ce qui oblige les ports à draguer leur fond marin sous peine de voir le géant s'ensabler au premier
02:02virage.
02:03Avec un port en lourd de 240 000 tonnes incluant cargaison, carburant et provisions,
02:09la hauteur totale des piles de conteneurs dépasse souvent les 30 m au-dessus du pont.
02:15À ce stade, on ne parle plus d'un navire, mais d'une ville fortifiée,
02:19qui a décidé de prendre des vacances prolongées en haute mer.
02:24Ces dimensions spectaculaires ne sont pas dues à un simple complexe de supériorité des armateurs,
02:30mais à une quête d'optimisation mathématique implacable.
02:35Les portes-conteneurs ultra-grands, ou ULCV, comme l'Ever-Lot ou les nouvelles unités de MSC,
02:42construites par Hudong Zonghua, partagent des gènes similaires.
02:46Ils font tous environ 400 m de long, car au-delà, les virages dans les ports deviennent, disons,
02:53athlétiques.
02:55Les coques sont sculptées par des supercalculateurs via la dynamique des fluides pour réduire la traînée.
03:02On y trouve des bulbes d'étrave optimisées, ces fameux nez arrondis à l'avant
03:07qui créent une vague artificielle pour annuler celle du navire.
03:12Certaines unités testent même la lubrification par air.
03:16On crée un tapis de micro-bulles sous la coque pour que le navire glisse sur l'eau
03:21comme une savonnette dans une baignoire.
03:23C'est technique, c'est malin, et cela permet de gratter quelques précieux points d'efficacité énergétique,
03:30transformant chaque goutte de fioul en kilomètres supplémentaires.
03:35On étudie aussi la forme des hélices de plus de 10 mètres de diamètre, dont chaque
03:40pâle pèse plusieurs tonnes pour éviter la cavitation, ce phénomène où l'eau bout
03:46littéralement à cause de la vitesse de rotation, ce qui finirait par grignoter l'acier
03:51comme si un banc de piranhas s'en prenait au navire.
03:54Mais l'ingénierie de la coque est le véritable défi caché de cette industrie.
03:59À cette échelle, un navire n'est qu'une immense poutre métallique soumise à des
04:04humeurs changeantes et parfois brutales de l'océan.
04:09Imaginez le stress structurel quand l'avant et l'arrière sont portés par deux crêtes
04:14de vagues alors que le milieu du navire, chargé de milliers de tonnes de marchandises, se retrouve
04:19dans un creux.
04:21On appelle cela le hogging et le sagging.
04:25Dans ces moments-là, l'acier doit être capable de fléchir sans rompre.
04:31Pour éviter que le navire ne se plie en deux comme une vulgaire paille, les ingénieurs
04:35utilisent des aciers à haute résistance et des raidisseurs dimensionnés au millimètre
04:41près, capables d'absorber des tensions colossales.
04:46C'est d'ailleurs pour cette raison qu'on ne peut pas rallonger ces navires indéfiniment.
04:50A un moment donné, la physique gagne et l'acier finit par dire stop.
04:56Chaque mètre supplémentaire demanderait un renforcement tel que le navire deviendrait
05:00trop lourd pour être rentable.
05:03Le navire est en réalité un assemblage de milliers de blocs soudés avec une précision
05:09chirurgicale, car une seule soudure défaillante au milieu de l'Atlantique Nord pourrait transformer
05:15ce fleuron technologique en récif artificiel prématuré.
05:20Sous le pont, on quitte le monde de la poésie pour celui de la force brute.
05:25La propulsion de la classe Ever A repose sur des moteurs diesel de temps monumentaux de
05:31la famille MAN BAW G95.
05:35On parle d'une puissance d'environ 60 MW, soit plus de 80 000 chevaux vapeur.
05:42Pour l'image, c'est l'équivalent de la puissance de 500 voitures de sport de luxe, mais avec
05:48un régime de rotation de moins de 80 tours par minute.
05:51Les pistons ont un alésage de 95 cm.
05:55Ces moteurs entraînent une hélice unique sans boîte de vitesse.
06:00Aujourd'hui, la mode est au slow steaming.
06:03On navigue entre 18 et 20 nœuds pour économiser le carburant et ménager les moteurs.
06:08C'est un peu comme conduire un camion de 40 tonnes à 70 km heure sur l'autoroute.
06:13C'est moins fun, mais votre portefeuille et les ours polaires vous remercient à la fin du mois.
06:19On installe aussi des scrubbers, des systèmes de lavage de fumée géant qui occupent une place folle dans la cheminée
06:26pour filtrer le soufre et éviter de transformer le sillage du navire en nuage toxique.
06:33Pour ceux qui veulent rouler plus vert, le CMA CGM Jacques Saadé a ouvert la voie avec le gaz naturel
06:40liquéfié ou GNL.
06:42Ce géant de 23 000 EVP transporte 18 600 m3 de gaz maintenu à moins 161 degrés dans un réservoir
06:50cryogénique colossal.
06:53Son moteur Dual Fuel WinGD X92DF est un petit bijou capable de brûler du gaz ou du fuel classique.
07:02Le passage au GNL réduit les émissions de CO2 de 20% et élimine quasiment les oxydes de soufre.
07:10C'est un grand pas en avant, même si l'installation de ce réservoir au milieu du navire revient à
07:16essayer de loger un immense thermos incassable dans un sac de voyage déjà plein.
07:21Cela demande une réorganisation totale de l'architecture intérieure du navire dès sa conception.
07:28On doit aussi former les équipages à manipuler ce carburant explosif,
07:33ce qui ajoute une couche de complexité à la vie déjà bien remplie des marins.
07:38Le futur passera sans doute par l'ammoniaque ou le méthanol vert, mais pour l'instant, le GNL est le
07:44champion des poids lourds de la mer.
07:46Au-delà de la force brute, ces navires sont des cerveaux numériques flottants.
07:52Charger 24 000 conteneurs ne se fait pas au hasard ou selon l'humeur du grutier.
07:57C'est un casse-tête logistique mondial géré par des logiciels ultra-performants.
08:03Il faut équilibrer les masses, tenir compte du centre de gravité pour éviter que le navire ne penche dangereusement,
08:09et surtout s'assurer que le conteneur, dont a besoin la prochaine escale, n'est pas coincé sous 10 autres
08:14boîtes de 20 tonnes.
08:17À la passerelle, les officiers ne se contentent plus de regarder l'horizon avec des jumelles.
08:22Ils disposent d'outils croisants météo-satellites et consommation instantanée pour ajuster la route en temps réel.
08:29On optimise tout jusqu'au dernier litre de fioul,
08:33transformant ces monstres en plateforme logistique d'une précision chirurgicale.
08:39Les capteurs sont partout, du moteur à la coque, pour surveiller la moindre vibration anormale,
08:45qui pourrait annoncer une panne coûteuse.
08:49La connectivité satellite permet même de diagnostiquer un problème à distance
08:53depuis le siège de l'armateur à Marseille ou Taipei,
08:57alors que le navire est perdu au milieu de l'océan Indien.
09:01Pour finir, la naissance de ces Titans est un exploit industriel
09:05qui se déroule dans des chantiers navals monumentaux,
09:09principalement en Corée du Sud et en Chine.
09:13On ne construit pas un navire, on assemble des puzzles géants.
09:17La coque est divisée en dizaines de blocs prééquipés,
09:21certains pesant plusieurs centaines de tonnes,
09:23soudés ensemble dans des cales sèches si grandes
09:26qu'on pourrait y faire tenir deux stades de football.
09:30Il faut environ 18 mois pour donner vie à l'un de ces géants
09:33entre la découpe de la première tôle et les essais à la mer.
09:38Tout est vérifié par des sociétés de classification
09:41qui ne plaisantent pas avec la sécurité.
09:44Chaque soudure, chaque câble électrique est inspecté.
09:48Une fois que le moteur a rugi pour la première fois
09:51et que les tests de manœuvrabilité sont validés,
09:54le navire quitte son nid pour entamer une carrière de 20 ans
09:57à traverser les océans.
10:00Ces records d'ingénierie prouvent que l'humanité
10:03n'a décidément pas peur de la démesure
10:05tant qu'il y a des marchandises à faire voyager
10:07d'un bout à l'autre du globe.
10:12Voilà ce qui conclut ce décryptage.
10:14Merci d'avoir suivi jusqu'au bout.
10:18Si la vidéo vous a plu, n'hésitez pas à laisser un like
10:21et à nous dire en commentaire votre avis sur ces géants.
10:24De nouveaux épisodes arrivent bientôt,
10:27alors n'oubliez pas de vous abonner à la chaîne
10:28et activer la cloche pour ne rien manquer.
10:31A très vite !
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