00:00On va parler d'un festival qui aurait dû marquer notre mémoire collective,
00:04mais dont personne ne semble vraiment se souvenir.
00:06Et pourtant, il y en avait des stars, des spectateurs, des dizaines de milliers
00:09réunis sur un circuit de Formule 1 en Provence.
00:11C'était il y a 50 ans, jour pour jour.
00:14Riviera 76, le Woodstock oublié, c'est le documentaire dont vous êtes venu nous parler.
00:19Bonjour Christophe Duchiron.
00:20Bonjour.
00:21Vous êtes le réalisateur de ce film.
00:22Et bonjour à vous Thomas Arbet.
00:24Bonjour.
00:24Vous êtes vous responsable du service des créations de l'INAR
00:27parce qu'on verra que l'Institut National de l'Audiovisuel a joué un grand rôle
00:30dans la mise en valeur de ces images inédites que l'on découvre dans ce film.
00:34Peut-être qu'on peut commencer par le commencement, Christophe Duchiron.
00:37Racontez-nous en quelques mots l'histoire de ce festival,
00:40qui devait être aussi grandiose que le fameux festival de Woodstock de 1969 aux Etats-Unis.
00:45Bon, ça ne s'est pas vraiment passé comme prévu.
00:47Non, alors c'est l'histoire d'un festival oublié.
00:50C'est un festival qui est sorti des radars de l'histoire pour plusieurs raisons.
00:54et l'une de ces raisons, c'est qu'il devait y avoir un film.
00:58Donc des centaines de bobines ont été rangées dans des boîtes
01:05et ces boîtes ont été découvertes en 2023.
01:09Elles sont restées dans une cave et ça, c'est le point de départ de l'histoire.
01:13Et nous, si vous voulez, le film, on s'est posé la question de savoir
01:16pourquoi ce festival était-il oublié.
01:20Et donc, pas de traces filmées.
01:23Et en fait, ce festival, c'est une suite de catastrophes, si vous voulez.
01:29Donc, il y a moins de monde que prévu.
01:32Il y a des resquilleurs par centaines, peut-être par milliers.
01:36La mafia s'en mêle, donc elle vient se servir un peu sur la bête.
01:41Elle pratique un sport qu'elle connaît très bien, qui est l'extorsion.
01:45Voilà.
01:45Il y a des stars qui ne sont pas tout à fait dans leur état normal.
01:48Alors, il y a un très beau plateau, la tête d'affiche, c'est Joe Cocker.
01:51Sauf que Joe Cocker, au soleil de la Provence, il boit trop.
01:56Et au moment de monter sur scène, il n'est pas vraiment en état de monter sur scène.
02:00Donc, il laisse commencer jouer ses musiciens.
02:03Et puis, le temps qu'ils se remettent un petit peu en forme, il va jouer.
02:07Il va essayer de chanter, plutôt plus mal que d'habitude.
02:11Mais il y a d'autres artistes qui livrent des prestations extraordinaires.
02:15Je pense à Eddie Palmieri.
02:18Je pense à Betty Davis, notamment, qui livre une prestation extraordinaire.
02:24Il y a Magma, ce groupe français qui va jouer.
02:27Il y a Gil Scott-Heron, c'est américain magnifique.
02:29Donc, il y a à la fois des morceaux, si vous voulez, de musique vraiment de haut de volée.
02:35Il y a une vie des festivaliers.
02:37C'est vraiment une capsule temporelle, si vous voulez.
02:40Moi, j'incite vraiment les jeunes à regarder ce film.
02:42Si vous voulez savoir comment vos grands-parents pouvaient vivre un festival à l'époque, vous allez rigoler.
02:47Parce que, vraiment, il faut se remettre dans l'époque.
02:50Woodstock n'a que quelques années.
02:52C'est vraiment la vague hippie qui presque se termine.
02:56D'ailleurs, on est en 76.
02:58On se dit, à ce moment-là, on est sur un endroit gigantesque.
03:01On va attirer des gens, des jeunes de la France entière.
03:04On rêve de faire un événement légendaire.
03:06C'est un peu ça, ce que croient les organisateurs de ce festival.
03:09Oui, alors, les organisateurs du festival, c'est un point important.
03:12Parce que, quand on parle du Woodstock oublié, on pourrait dire qu'on exagère.
03:15Mais il se trouve que l'organisateur du festival Riviera 76 s'appelle Michael Lang.
03:20Et Michael Lang, c'est l'un des co-organisateurs du Woodstock de 1969.
03:25Et donc, en 76, bon, il a de l'argent, il s'ennuie un peu.
03:28Et il se dit que l'avenir de la musique, pour lui, c'est le jazz rock.
03:32Alors, dans le jazz rock, ce qui lui plaît, c'est le métissage, si vous voulez.
03:35On va mélanger les genres, etc.
03:37Bon, il se trompe.
03:38L'avenir de la musique n'est pas au jazz rock.
03:40Alors, il met un petit peu de tout dans la programmation.
03:43C'est un type qui a vraiment des rêves de grandeur.
03:44Ça, on ne peut pas lui enlever.
03:46Ce n'est pas forcément un organisateur, comment vous dire, très, très fiable.
03:50Il promet 350 hectares d'herbe.
03:52En fait, c'est de la rocaille.
03:54Voilà, de la rocaille et de la poussière.
03:56Bon, voilà.
03:57Donc, les conditions sur place sont un peu spartiate, un peu rudes.
04:02Mais ça attire quand même un public.
04:03Est-ce qu'on attendait 80 000 spectateurs ?
04:05On attendait 100 000.
04:07100 000 ?
04:08Oui.
04:08Alors, il n'y en a pas eu 100 000, mais il y a eu du monde quand même.
04:10Il y a eu du monde, mais beaucoup moins que 100 000.
04:12Il y a eu, d'après un décompte précis qui a été fait par le patron du circuit automobile, qui
04:19est allé survoler le site avec un petit avion pour avoir une vue la plus précise possible.
04:24Selon son pointage, entre guillemets, il y a entre 20 et 25 000 personnes.
04:28Quand même.
04:29C'est pas mal, mais il y a surtout un manque à gagner.
04:32Le festival va pâtir, si vous voulez, de cet argent.
04:35Et ce qui va mettre fin, si vous voulez, à l'aventure du montage, c'est qu'il n'y
04:38a plus d'argent.
04:39Alors, il y a des spectateurs quand même.
04:41Problème d'argent, mais il y a des spectateurs.
04:43Il y a des caméras aussi.
04:44Et là, on en vient à votre parti.
04:46Thomas Arbet, c'est filmé.
04:47C'est filmé, et vous le disiez aussi, Christophe Dugiron, du ciel.
04:51Et ces bobines, elles disparaissent.
04:54On ne sait pas trop ce qui l'en vient.
04:55Après le fiasco du festival, effectivement, il n'y a pas l'argent pour finir le film.
04:59Et c'est Martine Fabre, la monteuse du film, qui conserve pendant 50 ans dans sa cave ses bandes.
05:05Et donc, évidemment, quand nous, on entend parler de cette histoire par l'intermédiaire d'Alma Productions,
05:10avec qui on a travaillé, et de Christophe, on se dit qu'évidemment, il y a une histoire de patrimoine
05:15audiovisuel à sauver.
05:16Et donc, on récupère les bandes à l'INA.
05:19Il y a 466 bobines dans des boîtes totalement rouillées.
05:24Tout est mélangé, rien n'est indexé.
05:26Et surtout, on a très peur qu'il n'y ait plus rien de lisible,
05:29parce que les conditions de conservation n'ont pas été bonnes et qu'on sait que les pellicules s'effacent.
05:33Et on a encore les machines pour les liens.
05:35Et nous, on a les machines et on a l'expertise.
05:36Mais alors, c'est quelque chose, parce que pour sauver 466 bobines,
05:40on a 30 techniciens, patients et passionnés,
05:45qui ont travaillé pendant deux ans, photogramme après photogramme,
05:49pour nettoyer, réparer, numériser, synchroniser, sauver le son avant tout,
05:54parce qu'on parle de concerts filmés, et on ne serait pas là à vous en parler
05:57et à pouvoir le partager grâce aux films sur France Télé,
06:00si on n'avait pas pu sauver le son.
06:02Et donc, c'est deux ans de travail à l'INA pour sauver ce patrimoine
06:06et permettre au film de Christophe d'exister.
06:09Et comment expliquer que ces bobines, elles n'aient pas été, justement, explorées avant ?
06:13Qu'elles soient restées dans une cave à l'info de tout le monde, quasiment ?
06:17C'est le chemin de production de ce projet.
06:20Malheureusement, Michael Lang a fui, le film de Christophe le raconte,
06:24a un peu fui aux Etats-Unis après le fiasco du festival, le fiasco financier,
06:30et la mafia qui peut-être lui courait un peu après.
06:34Et donc, personne n'a repris le film.
06:36Les décennies ont passé, et heureusement, Martin Fabre a toujours conservé ces images.
06:41Et c'est vrai qu'on a été stupéfaits quand on les a restaurées au fil des semaines,
06:45et donc on les découvrait pour la première fois, personne ne les avait jamais vus.
06:49De découvrir que ça avait été filmé comme un show à l'Américaine.
06:53Il y avait six caméras sur grue, des luma, des chefs opérateurs sur le plateau.
06:57Et donc, une qualité de captation de ces concerts,
07:00concerts que personne n'a jamais vus, qui était exceptionnelle.
07:02Betty Davis, à notre connaissance, il n'existait au monde aucune prestation filmée,
07:07en tout cas, aucune vidéo de sa prestation scénique.
07:10Et on a découvert là, 50 minutes de son concert, qui est absolument époustouflant.
07:15Parce qu'on regarde les images, on ne se dit pas,
07:17c'est des images filmées à la sauvette par des amateurs.
07:20C'est vraiment très beau.
07:21Très beau, et il y en a des grandes parties qui sont à découvrir dans le film de Christophe,
07:26parce que c'est une histoire de patrimoine pour nous.
07:29Donc, on est un peu émus dans nos missions, INA, d'avoir contribué à ça.
07:34Mais c'est aussi un film très réjouissant sur cette aventure totalement dingue de ce Woodstock français.
07:39Oui, ça fait du bien.
07:39Effectivement, je trouve que ça donne le sourire, cette histoire.
07:41Christophe Duchiron, quand vous avez vu ces images, vous vous êtes dit quoi en les découvrant ?
07:46Écoutez, j'étais comme un enfant qui découvrait jour après jour des cadeaux.
07:52Si vous voulez, c'est un enthousiasme.
07:53C'est les bobines de Noël.
07:54Oui, c'est un peu ça.
07:55Oui, oui, oui, avec vraiment un joli paquet cadeau.
07:58Non, c'était vraiment enthousiasmant et vraiment un enthousiasme de gamins.
08:04Parfois aussi des moments de frustration, parce que tout n'a pas pu être sauvé,
08:08malgré le savoir-faire des équipes de l'INA.
08:13Donc, il y a quelques regrets, il y a quelques bobines, malheureusement,
08:16qui n'ont pas pu être sauvées.
08:19Parfois, on avait l'image, mais le son n'était pas bon.
08:21Parfois, le son était bien, mais l'image n'allait pas.
08:25Mais non, c'était vraiment réjouissant, c'est passionnant.
08:30C'est vraiment une histoire de dingue, si vous voulez, avec plusieurs ingrédients.
08:37Il y a à la fois de la culture, il y a du fait divers, il y a de la
08:41vie quotidienne.
08:43Il y a de la musique.
08:44Et il y a surtout de la musique.
08:48Et c'est en ligne depuis 6 heures ce matin sur la plateforme de France Télévisions.
08:54Donc, allez-y.
08:55Parce que c'est des souvenirs aussi.
08:57Ça, c'est ce qu'on voit aussi dans le film.
08:58C'est que vous avez retrouvé des témoins de l'époque,
09:01alors qu'ils travaillaient sur le festival,
09:02ou simplement des festivaliers qui avaient parfois fait des centaines de kilomètres
09:05pour voir des idoles qui ne venaient pas tous les jours en Provence.
09:09Ça veut dire que même si ce festival, il a été un peu oublié,
09:12la mémoire collective, il reste vivace dans l'esprit de ceux qui l'ont vécu.
09:16Et ça, c'était important aussi de le rappeler, Christophe Lupion.
09:18Oui, absolument.
09:19C'est-à-dire que le principe, si vous voulez, de nos intervenants,
09:23c'était le festival raconté par celles et ceux qui l'ont vécu.
09:26Donc, celles et ceux qui l'ont vécu sont festivaliers,
09:29des journalistes, un Libération, un Devar Matin,
09:33Martine Fabre, la Monteuse,
09:35un caméraman, Jean-Claude Luiat, qui était sur place,
09:37qui a filmé notamment Joe Cocker.
09:40Et si vous voulez, ce qui est fort, moi je trouve,
09:42c'est que l'INA a redonné vie à des images.
09:45Mais derrière ça, on redonne vie à un festival
09:49qui était endormi, qui était oublié.
09:51Et donc, on rend vivant cet événement.
09:54Et là, on se rend compte, si vous voulez,
09:56de la force des émotions
09:58et de la force de la culture, si vous voulez.
10:01Les gens qui ont assisté à ce festival
10:03ne l'ont pas oublié,
10:05quel que soit leur statut à ce moment-là.
10:08Et je suis, moi, très surpris par la précision des souvenirs
10:11et donc par les émotions très fortes
10:13qui ont été vécues lors de ce festival.
10:15Ce travail, Thomas Arbeck, que vous avez mené sur ces images,
10:18ça veut dire qu'il va servir peut-être à d'autres restaurations ?
10:21Est-ce que c'était aussi une manière d'apprendre
10:23et de se dire, si jamais on retombe sur des images,
10:25on saura là encore mieux les valoriser ?
10:28Alors, ce sont des expertises techniques
10:30qu'on a quand même globalement à l'INA,
10:33historiquement, parce qu'on restaure également
10:34notre propre fonds et d'autres fonds.
10:36Néanmoins, c'est sûr qu'on a beaucoup appris
10:38parce que c'était un gros challenge
10:41et de pouvoir le partager au grand public,
10:43parce que c'est toujours très important pour l'INA aussi,
10:45non pas de travailler nos archives pour nous,
10:47mais qu'elle puisse rencontrer le public
10:49et c'est ce que permet le film de Christophe
10:54qu'on a fait pour France Télévisions.
10:55Ça veut dire que vous espérez qu'on retrouve
10:56d'autres festivals oubliés,
10:58d'autres bobines dans des caves ?
11:00Effectivement, s'il y a une autre histoire aussi dingue que ça,
11:03on regardera avec grand intérêt, c'est sûr.
11:05Un dernier mot sur ce Riviera 76,
11:08Christophe Duchiron, au-delà de la prouesse technique
11:11et puis de l'histoire.
11:12Est-ce que ça raconte la fin d'une époque aussi ?
11:14J'ai l'impression que c'est la fin d'une utopie presque
11:16que raconte ce film.
11:17Oui, alors en fait, je pense que ce festival,
11:20c'est un marqueur, si vous voulez, de la fin des hippies.
11:22Je pense aussi qu'une des raisons, si vous voulez,
11:24s'il y a moins de monde,
11:25c'est qu'il n'y a pas de fermement idéologique, si vous voulez.
11:27Par exemple, Woodstock, il y avait une jeunesse
11:30qui était rétive et même opposée,
11:33par exemple, à la guerre du Vietnam.
11:36Bon, là, il n'y a pas d'idéologie.
11:39Donc, de ce point de vue-là, si vous voulez,
11:44on est sur la fin d'une époque.
11:46Je pense que ce festival, c'est la fin
11:47des grandes migrations hippies liées à la musique.
11:51Après, on va passer dans autre chose,
11:53notamment le mouvement punk qui va arriver,
11:55qui va balayer un peu tout ça.
11:56C'est une autre histoire.
11:57Voilà, d'autres histoires, d'autres documentaires,
11:59d'autres bobines.
11:59Et d'autres caves, peut-être.
12:01On découvre donc, et vous le disiez,
12:03ce documentaire qui est déjà en ligne
12:04sur la plateforme france.tv,
12:06Riviera 76, le Woodstock oublié.
12:08Je crois que ça sera diffusé aussi sur France 3
12:10au mois de septembre.
12:11Sur France 5, 5, 5, 5, au mois de septembre, absolument.
12:14En attendant, je vous remercie d'être venu
12:16nous en parler ce matin.
12:17Christophe Duchiron, vous êtes le réalisateur de ce film.
12:19Thomas Arbet, vous êtes le responsable
12:20du service des créations de l'INA.
12:22Merci à vous.
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