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  • il y a 2 jours
Christophe Duchiron, réalisateur du documentaire "Riviera 76, le Woodstock oublié", disponible sur france.tv, et Thomas Arbez, responsable du service des créations de l'INA, sont les invités de France Inter.
Retrouvez « L'invité de 7h50 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50

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Transcription
00:00On va parler d'un festival qui aurait dû marquer notre mémoire collective,
00:04mais dont personne ne semble vraiment se souvenir.
00:06Et pourtant, il y en avait des stars, des spectateurs, des dizaines de milliers
00:09réunis sur un circuit de Formule 1 en Provence.
00:11C'était il y a 50 ans, jour pour jour.
00:14Riviera 76, le Woodstock oublié, c'est le documentaire dont vous êtes venu nous parler.
00:19Bonjour Christophe Duchiron.
00:20Bonjour.
00:21Vous êtes le réalisateur de ce film.
00:22Et bonjour à vous Thomas Arbet.
00:24Bonjour.
00:24Vous êtes vous responsable du service des créations de l'INAR
00:27parce qu'on verra que l'Institut National de l'Audiovisuel a joué un grand rôle
00:30dans la mise en valeur de ces images inédites que l'on découvre dans ce film.
00:34Peut-être qu'on peut commencer par le commencement, Christophe Duchiron.
00:37Racontez-nous en quelques mots l'histoire de ce festival,
00:40qui devait être aussi grandiose que le fameux festival de Woodstock de 1969 aux Etats-Unis.
00:45Bon, ça ne s'est pas vraiment passé comme prévu.
00:47Non, alors c'est l'histoire d'un festival oublié.
00:50C'est un festival qui est sorti des radars de l'histoire pour plusieurs raisons.
00:54et l'une de ces raisons, c'est qu'il devait y avoir un film.
00:58Donc des centaines de bobines ont été rangées dans des boîtes
01:05et ces boîtes ont été découvertes en 2023.
01:09Elles sont restées dans une cave et ça, c'est le point de départ de l'histoire.
01:13Et nous, si vous voulez, le film, on s'est posé la question de savoir
01:16pourquoi ce festival était-il oublié.
01:20Et donc, pas de traces filmées.
01:23Et en fait, ce festival, c'est une suite de catastrophes, si vous voulez.
01:29Donc, il y a moins de monde que prévu.
01:32Il y a des resquilleurs par centaines, peut-être par milliers.
01:36La mafia s'en mêle, donc elle vient se servir un peu sur la bête.
01:41Elle pratique un sport qu'elle connaît très bien, qui est l'extorsion.
01:45Voilà.
01:45Il y a des stars qui ne sont pas tout à fait dans leur état normal.
01:48Alors, il y a un très beau plateau, la tête d'affiche, c'est Joe Cocker.
01:51Sauf que Joe Cocker, au soleil de la Provence, il boit trop.
01:56Et au moment de monter sur scène, il n'est pas vraiment en état de monter sur scène.
02:00Donc, il laisse commencer jouer ses musiciens.
02:03Et puis, le temps qu'ils se remettent un petit peu en forme, il va jouer.
02:07Il va essayer de chanter, plutôt plus mal que d'habitude.
02:11Mais il y a d'autres artistes qui livrent des prestations extraordinaires.
02:15Je pense à Eddie Palmieri.
02:18Je pense à Betty Davis, notamment, qui livre une prestation extraordinaire.
02:24Il y a Magma, ce groupe français qui va jouer.
02:27Il y a Gil Scott-Heron, c'est américain magnifique.
02:29Donc, il y a à la fois des morceaux, si vous voulez, de musique vraiment de haut de volée.
02:35Il y a une vie des festivaliers.
02:37C'est vraiment une capsule temporelle, si vous voulez.
02:40Moi, j'incite vraiment les jeunes à regarder ce film.
02:42Si vous voulez savoir comment vos grands-parents pouvaient vivre un festival à l'époque, vous allez rigoler.
02:47Parce que, vraiment, il faut se remettre dans l'époque.
02:50Woodstock n'a que quelques années.
02:52C'est vraiment la vague hippie qui presque se termine.
02:56D'ailleurs, on est en 76.
02:58On se dit, à ce moment-là, on est sur un endroit gigantesque.
03:01On va attirer des gens, des jeunes de la France entière.
03:04On rêve de faire un événement légendaire.
03:06C'est un peu ça, ce que croient les organisateurs de ce festival.
03:09Oui, alors, les organisateurs du festival, c'est un point important.
03:12Parce que, quand on parle du Woodstock oublié, on pourrait dire qu'on exagère.
03:15Mais il se trouve que l'organisateur du festival Riviera 76 s'appelle Michael Lang.
03:20Et Michael Lang, c'est l'un des co-organisateurs du Woodstock de 1969.
03:25Et donc, en 76, bon, il a de l'argent, il s'ennuie un peu.
03:28Et il se dit que l'avenir de la musique, pour lui, c'est le jazz rock.
03:32Alors, dans le jazz rock, ce qui lui plaît, c'est le métissage, si vous voulez.
03:35On va mélanger les genres, etc.
03:37Bon, il se trompe.
03:38L'avenir de la musique n'est pas au jazz rock.
03:40Alors, il met un petit peu de tout dans la programmation.
03:43C'est un type qui a vraiment des rêves de grandeur.
03:44Ça, on ne peut pas lui enlever.
03:46Ce n'est pas forcément un organisateur, comment vous dire, très, très fiable.
03:50Il promet 350 hectares d'herbe.
03:52En fait, c'est de la rocaille.
03:54Voilà, de la rocaille et de la poussière.
03:56Bon, voilà.
03:57Donc, les conditions sur place sont un peu spartiate, un peu rudes.
04:02Mais ça attire quand même un public.
04:03Est-ce qu'on attendait 80 000 spectateurs ?
04:05On attendait 100 000.
04:07100 000 ?
04:08Oui.
04:08Alors, il n'y en a pas eu 100 000, mais il y a eu du monde quand même.
04:10Il y a eu du monde, mais beaucoup moins que 100 000.
04:12Il y a eu, d'après un décompte précis qui a été fait par le patron du circuit automobile, qui
04:19est allé survoler le site avec un petit avion pour avoir une vue la plus précise possible.
04:24Selon son pointage, entre guillemets, il y a entre 20 et 25 000 personnes.
04:28Quand même.
04:29C'est pas mal, mais il y a surtout un manque à gagner.
04:32Le festival va pâtir, si vous voulez, de cet argent.
04:35Et ce qui va mettre fin, si vous voulez, à l'aventure du montage, c'est qu'il n'y
04:38a plus d'argent.
04:39Alors, il y a des spectateurs quand même.
04:41Problème d'argent, mais il y a des spectateurs.
04:43Il y a des caméras aussi.
04:44Et là, on en vient à votre parti.
04:46Thomas Arbet, c'est filmé.
04:47C'est filmé, et vous le disiez aussi, Christophe Dugiron, du ciel.
04:51Et ces bobines, elles disparaissent.
04:54On ne sait pas trop ce qui l'en vient.
04:55Après le fiasco du festival, effectivement, il n'y a pas l'argent pour finir le film.
04:59Et c'est Martine Fabre, la monteuse du film, qui conserve pendant 50 ans dans sa cave ses bandes.
05:05Et donc, évidemment, quand nous, on entend parler de cette histoire par l'intermédiaire d'Alma Productions,
05:10avec qui on a travaillé, et de Christophe, on se dit qu'évidemment, il y a une histoire de patrimoine
05:15audiovisuel à sauver.
05:16Et donc, on récupère les bandes à l'INA.
05:19Il y a 466 bobines dans des boîtes totalement rouillées.
05:24Tout est mélangé, rien n'est indexé.
05:26Et surtout, on a très peur qu'il n'y ait plus rien de lisible,
05:29parce que les conditions de conservation n'ont pas été bonnes et qu'on sait que les pellicules s'effacent.
05:33Et on a encore les machines pour les liens.
05:35Et nous, on a les machines et on a l'expertise.
05:36Mais alors, c'est quelque chose, parce que pour sauver 466 bobines,
05:40on a 30 techniciens, patients et passionnés,
05:45qui ont travaillé pendant deux ans, photogramme après photogramme,
05:49pour nettoyer, réparer, numériser, synchroniser, sauver le son avant tout,
05:54parce qu'on parle de concerts filmés, et on ne serait pas là à vous en parler
05:57et à pouvoir le partager grâce aux films sur France Télé,
06:00si on n'avait pas pu sauver le son.
06:02Et donc, c'est deux ans de travail à l'INA pour sauver ce patrimoine
06:06et permettre au film de Christophe d'exister.
06:09Et comment expliquer que ces bobines, elles n'aient pas été, justement, explorées avant ?
06:13Qu'elles soient restées dans une cave à l'info de tout le monde, quasiment ?
06:17C'est le chemin de production de ce projet.
06:20Malheureusement, Michael Lang a fui, le film de Christophe le raconte,
06:24a un peu fui aux Etats-Unis après le fiasco du festival, le fiasco financier,
06:30et la mafia qui peut-être lui courait un peu après.
06:34Et donc, personne n'a repris le film.
06:36Les décennies ont passé, et heureusement, Martin Fabre a toujours conservé ces images.
06:41Et c'est vrai qu'on a été stupéfaits quand on les a restaurées au fil des semaines,
06:45et donc on les découvrait pour la première fois, personne ne les avait jamais vus.
06:49De découvrir que ça avait été filmé comme un show à l'Américaine.
06:53Il y avait six caméras sur grue, des luma, des chefs opérateurs sur le plateau.
06:57Et donc, une qualité de captation de ces concerts,
07:00concerts que personne n'a jamais vus, qui était exceptionnelle.
07:02Betty Davis, à notre connaissance, il n'existait au monde aucune prestation filmée,
07:07en tout cas, aucune vidéo de sa prestation scénique.
07:10Et on a découvert là, 50 minutes de son concert, qui est absolument époustouflant.
07:15Parce qu'on regarde les images, on ne se dit pas,
07:17c'est des images filmées à la sauvette par des amateurs.
07:20C'est vraiment très beau.
07:21Très beau, et il y en a des grandes parties qui sont à découvrir dans le film de Christophe,
07:26parce que c'est une histoire de patrimoine pour nous.
07:29Donc, on est un peu émus dans nos missions, INA, d'avoir contribué à ça.
07:34Mais c'est aussi un film très réjouissant sur cette aventure totalement dingue de ce Woodstock français.
07:39Oui, ça fait du bien.
07:39Effectivement, je trouve que ça donne le sourire, cette histoire.
07:41Christophe Duchiron, quand vous avez vu ces images, vous vous êtes dit quoi en les découvrant ?
07:46Écoutez, j'étais comme un enfant qui découvrait jour après jour des cadeaux.
07:52Si vous voulez, c'est un enthousiasme.
07:53C'est les bobines de Noël.
07:54Oui, c'est un peu ça.
07:55Oui, oui, oui, avec vraiment un joli paquet cadeau.
07:58Non, c'était vraiment enthousiasmant et vraiment un enthousiasme de gamins.
08:04Parfois aussi des moments de frustration, parce que tout n'a pas pu être sauvé,
08:08malgré le savoir-faire des équipes de l'INA.
08:13Donc, il y a quelques regrets, il y a quelques bobines, malheureusement,
08:16qui n'ont pas pu être sauvées.
08:19Parfois, on avait l'image, mais le son n'était pas bon.
08:21Parfois, le son était bien, mais l'image n'allait pas.
08:25Mais non, c'était vraiment réjouissant, c'est passionnant.
08:30C'est vraiment une histoire de dingue, si vous voulez, avec plusieurs ingrédients.
08:37Il y a à la fois de la culture, il y a du fait divers, il y a de la
08:41vie quotidienne.
08:43Il y a de la musique.
08:44Et il y a surtout de la musique.
08:48Et c'est en ligne depuis 6 heures ce matin sur la plateforme de France Télévisions.
08:54Donc, allez-y.
08:55Parce que c'est des souvenirs aussi.
08:57Ça, c'est ce qu'on voit aussi dans le film.
08:58C'est que vous avez retrouvé des témoins de l'époque,
09:01alors qu'ils travaillaient sur le festival,
09:02ou simplement des festivaliers qui avaient parfois fait des centaines de kilomètres
09:05pour voir des idoles qui ne venaient pas tous les jours en Provence.
09:09Ça veut dire que même si ce festival, il a été un peu oublié,
09:12la mémoire collective, il reste vivace dans l'esprit de ceux qui l'ont vécu.
09:16Et ça, c'était important aussi de le rappeler, Christophe Lupion.
09:18Oui, absolument.
09:19C'est-à-dire que le principe, si vous voulez, de nos intervenants,
09:23c'était le festival raconté par celles et ceux qui l'ont vécu.
09:26Donc, celles et ceux qui l'ont vécu sont festivaliers,
09:29des journalistes, un Libération, un Devar Matin,
09:33Martine Fabre, la Monteuse,
09:35un caméraman, Jean-Claude Luiat, qui était sur place,
09:37qui a filmé notamment Joe Cocker.
09:40Et si vous voulez, ce qui est fort, moi je trouve,
09:42c'est que l'INA a redonné vie à des images.
09:45Mais derrière ça, on redonne vie à un festival
09:49qui était endormi, qui était oublié.
09:51Et donc, on rend vivant cet événement.
09:54Et là, on se rend compte, si vous voulez,
09:56de la force des émotions
09:58et de la force de la culture, si vous voulez.
10:01Les gens qui ont assisté à ce festival
10:03ne l'ont pas oublié,
10:05quel que soit leur statut à ce moment-là.
10:08Et je suis, moi, très surpris par la précision des souvenirs
10:11et donc par les émotions très fortes
10:13qui ont été vécues lors de ce festival.
10:15Ce travail, Thomas Arbeck, que vous avez mené sur ces images,
10:18ça veut dire qu'il va servir peut-être à d'autres restaurations ?
10:21Est-ce que c'était aussi une manière d'apprendre
10:23et de se dire, si jamais on retombe sur des images,
10:25on saura là encore mieux les valoriser ?
10:28Alors, ce sont des expertises techniques
10:30qu'on a quand même globalement à l'INA,
10:33historiquement, parce qu'on restaure également
10:34notre propre fonds et d'autres fonds.
10:36Néanmoins, c'est sûr qu'on a beaucoup appris
10:38parce que c'était un gros challenge
10:41et de pouvoir le partager au grand public,
10:43parce que c'est toujours très important pour l'INA aussi,
10:45non pas de travailler nos archives pour nous,
10:47mais qu'elle puisse rencontrer le public
10:49et c'est ce que permet le film de Christophe
10:54qu'on a fait pour France Télévisions.
10:55Ça veut dire que vous espérez qu'on retrouve
10:56d'autres festivals oubliés,
10:58d'autres bobines dans des caves ?
11:00Effectivement, s'il y a une autre histoire aussi dingue que ça,
11:03on regardera avec grand intérêt, c'est sûr.
11:05Un dernier mot sur ce Riviera 76,
11:08Christophe Duchiron, au-delà de la prouesse technique
11:11et puis de l'histoire.
11:12Est-ce que ça raconte la fin d'une époque aussi ?
11:14J'ai l'impression que c'est la fin d'une utopie presque
11:16que raconte ce film.
11:17Oui, alors en fait, je pense que ce festival,
11:20c'est un marqueur, si vous voulez, de la fin des hippies.
11:22Je pense aussi qu'une des raisons, si vous voulez,
11:24s'il y a moins de monde,
11:25c'est qu'il n'y a pas de fermement idéologique, si vous voulez.
11:27Par exemple, Woodstock, il y avait une jeunesse
11:30qui était rétive et même opposée,
11:33par exemple, à la guerre du Vietnam.
11:36Bon, là, il n'y a pas d'idéologie.
11:39Donc, de ce point de vue-là, si vous voulez,
11:44on est sur la fin d'une époque.
11:46Je pense que ce festival, c'est la fin
11:47des grandes migrations hippies liées à la musique.
11:51Après, on va passer dans autre chose,
11:53notamment le mouvement punk qui va arriver,
11:55qui va balayer un peu tout ça.
11:56C'est une autre histoire.
11:57Voilà, d'autres histoires, d'autres documentaires,
11:59d'autres bobines.
11:59Et d'autres caves, peut-être.
12:01On découvre donc, et vous le disiez,
12:03ce documentaire qui est déjà en ligne
12:04sur la plateforme france.tv,
12:06Riviera 76, le Woodstock oublié.
12:08Je crois que ça sera diffusé aussi sur France 3
12:10au mois de septembre.
12:11Sur France 5, 5, 5, 5, au mois de septembre, absolument.
12:14En attendant, je vous remercie d'être venu
12:16nous en parler ce matin.
12:17Christophe Duchiron, vous êtes le réalisateur de ce film.
12:19Thomas Arbet, vous êtes le responsable
12:20du service des créations de l'INA.
12:22Merci à vous.
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