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  • il y a 4 semaines
Cyrille de la Morinerie accompagné de la rédaction d’Europe 1, propose à la mi-journée un point complet sur l’actualité suivi de débats entre invités et auditeurs.

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Transcription
00:00C'est un monstre de feu qui dévore tout sur son passage, l'incendie du siècle en Gironde.
00:05On a évidemment une énorme pensée pour les sapeurs-pompiers qui luttent pied à pied avec une énergie folle malgré
00:12la fatigue contre cet incendie.
00:14Et nous sommes justement, on va donner la parole dans un instant bien évidemment à nos deux débatteurs, deux chroniqueurs
00:19Sébastien Ligné et Vincent Roy.
00:20Mais nous sommes en direct sur Europe 1 à 13h19 avec Bruno Ménard. Bonjour Bruno.
00:27Bonjour.
00:27Vous êtes le secrétaire général du syndicat des sapeurs-pompiers de France.
00:32D'abord, dans quel état de fatigue sont les pompiers sur le terrain ?
00:36Ils sont épuisés, décivés, fatigués, mais tiennent bon.
00:42L'état de fatigue, oui, est vraiment très très important.
00:45Ils font face, comme on dit à Nogre, que l'on a en face de nous.
00:49On ne sait pas comment faire.
00:51Les services de secours sont un petit peu dépassés et désorientés sur le terrain.
00:57C'est historique, c'est la première fois.
00:59Comment ça se passe sur le terrain ?
01:00Vous parlez de fatigue extrême.
01:02Comment ça se traduit ?
01:03Comment ils font pour justement éviter que la fatigue prenne le dessus ?
01:09Ce sont les nerfs, l'adrénaline, l'envie de se surpasser pour faire face à une catastrophe annoncée.
01:19La journée classique d'un agent sur place, c'est 16, 17, 18 heures de travail sur le chantier.
01:29Les feux, on les appelle vulgairement chez nous le chantier.
01:33C'est 2 à 4 heures de sommeil dans la nuit, pas plus.
01:37Un petit peu pour se restaurer.
01:4030 minutes, 30, 35 minutes pour se restaurer et ça repart.
01:45Et on a vu des gestes de solidarité des habitants, même des kinés, venir masser les pompiers.
01:50C'est exceptionnel.
01:52C'est la solidarité qui est en train de se mettre en place sur les feux, c'est vraiment exceptionnel.
02:02Initialement, le feu est combattu par les pompiers.
02:06Aujourd'hui, le feu est combattu également par les militaires, par la gendarmerie, par la police, par les kinés, par
02:13les restaurateurs qui viennent, par les agriculteurs qui viennent de toute la France.
02:17Quel élément de solidarité ?
02:20Et moi, quand je vois tout ça, j'ai envie de dire qu'il faut repenser notre système de sécurité
02:26civile, remettre le citoyen au cœur de la sécurité civile.
02:32Et toutes les compétences sont bonnes à prendre et peuvent venir s'imbriquer dans un système.
02:36Mais c'est-à-dire repenser. Qu'est-ce qu'il faut faire pour être plus efficace, pour aider justement
02:40les pompiers, pour éviter ces méga-feux ?
02:44Alors, il y a déjà un constat qui est simple, et ça parle de lui-même.
02:48En l'espace de 25 ans, un tiers des centres de secours en France ont disparu.
02:53Lorsqu'on lutte contre les feux, on sait très bien que les premières minutes sont décisives.
02:57Et pourquoi ils ont disparu ? Pardon, je vous coupe, mais pourquoi ils ont disparu ?
03:00Qu'est-ce qui s'est passé ? Pas assez de budget ?
03:02Pas assez de budget. On tire de plus en plus sur les sapeurs-pompiers volontaires.
03:07Donc, il y a de plus en plus de pompiers volontaires qui arrêtent.
03:10Là, on a des centres dans les Vosges et dans la Meuse qui disparaissent.
03:16Parce qu'à force de tirer sur un pompier volontaire, mais le pompier volontaire, il arrête.
03:21Un pompier volontaire, c'est un étudiant, un salarié, un ouvrier, un chef d'entreprise.
03:27Tout le monde peut devenir sapeur-pompier volontaire.
03:30Mais on a une activité professionnelle à côté.
03:32Donc, quand vous demandez à un pompier volontaire de faire 100, 110, 120 heures de garde et d'astreinte par
03:41mois,
03:41en plus de leur emploi à côté, ça ne peut pas tenir.
03:45Il reste combien de temps ? Ils sont 200 000 en France, ces sapeurs-pompiers volontaires.
03:50Ils font un boulot incroyable.
03:52Combien de temps il reste, sapeurs-pompiers volontaires ? C'est quoi la moyenne ?
03:57Alors, officiellement, le chiffre, c'est 11 ans.
04:00On sait très bien que les pompiers volontaires restent de moins en moins longtemps.
04:07On dit aujourd'hui qu'un jeune sur deux en France qui rentre pompier volontaire ne termine pas sa formation.
04:14Donc, on a les anciens.
04:15Parce que c'est trop contraignant.
04:18C'est trop contraignant qu'on vous demande de prendre la moitié ou les trois quarts de vos vacances
04:23pour aller faire des formations.
04:25Lorsqu'on vous demande de faire des formations dans tous les sens pour rester opérationnel,
04:31à un moment donné, c'est très contraignant.
04:34Vous savez, au bout de quelques années, quand vous vous faites réveiller deux fois, trois fois la nuit,
04:38vous en avez marre.
04:39Au début, c'est excitant.
04:41Vous dites, je pars en intervention.
04:42Et quand vous arrivez au bout de quelques années, vous dites, il faut encore y retourner.
04:45Et quand vous allez sur place après derrière, sur les interventions, la plupart du temps,
04:49ce sont des interventions qui ne nécessitent pas de moyens de secours.
04:54Bruno Ménard, secrétaire général du syndicat des sapeurs-pompiers volontaires.
04:57Vous êtes en direct sur Europe 1.
04:58Merci pour ces mots, pour ces explications.
05:01Et Vincent Roy, qui est journaliste et séiste, a une question pour vous.
05:04Oui, bonjour.
05:05Une question double.
05:06Est-ce que vous êtes soulagé par le soutien de l'armée,
05:10puisqu'on a sollicité l'armée à vos côtés ?
05:12Est-ce que ça vous soulage ?
05:13Et deuxième question.
05:14Est-ce que vous souffrez du manque de Canadair ?
05:19Alors, l'armée, bien sûr.
05:21L'armée qui est arrivée avec l'arme du génie, par exemple,
05:25pour faire les tranchées.
05:27Les tranchées, ça, ça va nous soulager à terme.
05:31On dit, voilà, on anticipe un petit peu les choses.
05:33Nous avons la brigade militaire de la sécurité civile qui est là.
05:39Nous avons la brigade des sapeurs-pompiers de Paris.
05:42Le bataillon des marins-pompiers de Marseille.
05:45Lorsque vous avez toutes ces composantes militaires qui arrivent de partout en France sur un feu,
05:51vous vous dites, waouh, on est quand même une belle famille.
05:56Et concernant les Canadaires, on n'en a pas prévu assez.
06:01C'est simple.
06:03Pas facile d'anticiper.
06:05Je ne veux pas non plus tirer à boulet rouge sur le gouvernement.
06:08Il n'est pas facile d'anticiper.
06:10Il y a des contraintes budgétaires.
06:11C'est une réalité.
06:14Néanmoins, en tant que politique,
06:16quel que soit le bord politique et quel que soit le niveau,
06:19que ce soit les maires, les députés, les sénateurs, les conseillers départementaux,
06:24le Premier ministre,
06:26ils ont été élus,
06:28ils se sont proposés aux élections,
06:30ils ont été élus.
06:32Faire de la politique,
06:33c'est faire des choix.
06:35Prendre des choix, faire des choix.
06:36Et lorsque les choix qui ont été pris
06:39ne sont pas efficaces,
06:42on doit en avoir des conséquences.
06:44Alors Bruno Ménard,
06:45ce qui est un peu paradoxal,
06:47c'est que hier soir, sur France 2,
06:49Laurent Nounès, qui est le ministre de l'Intérieur,
06:50a dit que la France est suffisamment équipée.
06:52Et là, vous êtes en train de dire le contraire.
06:55Oui, enfin, le ministre de l'Intérieur,
06:56ça fait un petit moment qu'il nous dit des choses.
06:59J'en parlais tout à l'heure avec un de mes référents.
07:02Il y a une semaine,
07:03le directeur général de sécurité civile disait
07:05« Tout va bien, on est assez. »
07:07Alors comment ça se fait qu'on envoie 1500 militaires
07:09en l'espace d'une semaine pour aider les sapeurs-pompiers ?
07:13Non, il faut...
07:16C'est un discours de politique
07:18et que là, par contre,
07:20ces discours-là commencent très, très sérieusement
07:23à agacer les personnes qui sont sur place.
07:26Alors Bruno Ménard,
07:27nous sommes également avec Sébastien Ligné dans ce studio
07:30et Sébastien, qui est journaliste et chroniqueur politique,
07:33a une question pour vous.
07:35Non, parce que vous avez parlé du fait
07:36que c'est difficile d'anticiper,
07:39mais là où je m'inscris un petit peu en faux
07:40et ce que vous dites,
07:41c'est que déjà, c'est le but premier d'un politique,
07:43d'anticiper.
07:44Et on ne peut pas dire,
07:45et vous le savez très bien
07:46puisque vous êtes en première ligne,
07:48qu'on a appris cette année
07:50que les feux de forêt allaient se multiplier
07:51avec le réchauffement climatique.
07:53On n'a pas appris cette année
07:55que les feux deviennent de plus en plus violents,
07:58de plus en plus nombreux
07:59et durent de plus en plus longtemps.
08:01Ça, on le sait.
08:02Et d'ailleurs, les politiques savent très bien
08:03que ces feux vont se multiplier
08:05dans les prochaines décennies
08:06et que même d'un point de vue géographique,
08:08l'air un petit peu rêvé
08:10de se restreigner simplement au sud-ouest ou au sud-est
08:13va être terminé
08:14et bientôt, ce sera partout.
08:16Alors bon, vous, vous le savez,
08:17comment ça se fait
08:17que les hommes politiques
08:18semblent se réveiller extrêmement tardivement ?
08:21Parce que, pardon,
08:22ces canadaires,
08:23ça fait cinq ans qu'on en parle.
08:26Oui, vous avez raison.
08:28On sait tous que ça va arriver.
08:31Ce qu'on ne savait pas,
08:32c'est quand.
08:34L'année dernière,
08:35nous avons eu 30 et quelques mille hectares de brûlés.
08:41C'est en 2022,
08:43nous avons eu 61 mille hectares.
08:45Le record, ça a été 1976
08:48avec 80 mille hectares.
08:50Vous savez, avec nos outils,
08:53on a simulé, début juillet,
08:57le nombre d'hectares
08:59qu'on pourrait avoir de brûlés
09:00par rapport au premier chiffre que nous avons.
09:02Et alors ?
09:03Nos outils, à nous,
09:05ils étaient entre 70 et 100 mille hectares.
09:08Et quand on a vu les résultats,
09:09je me disais, mais ça, c'est pas possible,
09:10on ne peut pas balancer à la presse
09:13que nous risquons d'avoir 100 mille hectares de brûlés.
09:16Et là, quand je regarde les chiffres aujourd'hui...
09:18Et là, les chiffres sont incroyables
09:21et nous font froid dans le dos, évidemment.
09:23Question sur cet incendie,
09:25combien de temps il va durer ?
09:26Est-ce qu'on va pouvoir le maîtriser rapidement ?
09:28En Gironde ?
09:30Là, je vais vous dire, en septembre,
09:31on y sera encore.
09:34Pourquoi ?
09:35En fait, un incendie,
09:36on a des opérations d'extinction,
09:39donc c'est la phase visible.
09:42Et après, derrière,
09:42il va y avoir les opérations de noyage
09:44parce qu'un incendie se propage en hauteur,
09:47ce que l'on voit,
09:48et également dans le sol.
09:49Et le sol, il faut aller percer
09:54avec les lances,
09:56noyer pour pas qu'il y ait de reprises.
09:58C'est pour ça que le ministre de l'Intérieur
10:00a dit que ça allait durer très, très longtemps.
10:04Merci beaucoup, Bruno Ménard,
10:05secrétaire général du syndicat
10:06des sapeurs-pompiers volontaires.
10:08On retient donc un manque de moyens,
10:10vous venez de nous le dire sur Europe 1,
10:11et un feu qui va perdurer très longtemps,
10:13en particulier en Gironde.
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